"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 décembre 2006

Sainte Mélanie la Jeune, Couronne de l'année civile

Sainte MélanieMiniature du Ménologe de Basilios II (976-1025),
ouvrage détenu par la Biblioteca Vaticana (Cod. Lat. grec. 1613, f.285)

Il ne faut pas la confondre avec une autre célèbre Chrétienne de cette même famille, sainte Mélanie l'Ancienne.
Sainte Mélanie la Jeune est née à Rome en 383, de Valeri Publicola et Ceionia Albinos, tous deux appartenant à de glorieuses familles romaines. À 14 ans, elle fut mariée à Valeri Pinien. Après la mort de leurs 2 fils, elle parvint à le convaincre d'entamer ensemble une vie pénitente et continente. Ayant grandit dans une ambiance où l'idéal ascétique était fortement apprécié, Mélanie abandonna la ville pour se retirer avec ses serviteurs et les siens dans une villa des faubourgs, afin d'y mener la vie monastique.
Elle distribua progressivement son énorme patrimoine aux pauvres et aux églises, avant de rejoindre en 406 saint Paulin de Nole, le célèbre évêque et Père de l'Église, qui était un ami de la famille, et ensuite de se retirer à Messine. Son action était très mal vue du milieu romain, et n'allait pas sans provoquer quelques remous économiques, vu l'imbrication de la famille dans le système de l'empire..

Aspirant toujours à de plus grands biens spirituels, elle séjourna avec sa mère et son mari à Tagaste, à l'école de saint Augustin et saint Alipius, et visita avec grand intérêt de célèbres monastères en Égypte, donnant toujours un vivant exemple d'amour pour les Écritures et la Divine Liturgie, de détachement des biens terrestres et de générosité.
En 417, ils partirent pour Jérusalem, où Mélanie voulait s'installer. Elle y fonda successivement un monastère masculin et un féminin, sur le Mont des Oliviers.
La Règle des 2 communautés, qu'elle rédigea elle-même, se caractérisait par une intense vie ascétique et liturgique.
Elle mourut le 31 décembre 439 à Jérusalem.

Avec son époux saint Pinien, c'était donc un richissime couple qui s'était détourné de l'esprit de ce monde, de la vie mondaine, et s'était donné au Christ de manière radicale. Mélanie décrira la Rome de son époque : un lieu de débauche et de perdition, de faux christianisme. On comprend mieux que ce cinquième siècle sera le dernier pour "l'ancienne Rome". Les gens y ayant si massivement abandonné le Christ, ne gardant que pour certains des apparences de chrétienté, des coutumes, bref un christianisme sociétal et culturel, et le reste étant retourné ouvertement au paganisme, il était inévitable que cette ville disparaisse en tant que capitale d'importance. Soyons clairs : ça ressemble à s'y méprendre à la situation de l'Occident moderne. Et je ne parierais pas un kopeck sur une différence de résultat dans moins d'un siècle, l'accélération de la ré-athéisation ayant commencé il y a 2 siècles et demi, avec les pseudo "Lumières". Il est indéniable qu'on arrive au bout du rouleau. Nulle armée, nulle politique, nulle méthode humaine n'arrivera à changer les choses. Seul un retour radical et massif au Christ le permettrait. L'Histoire ne repasse les plats que lorsqu'on en reprend les recettes d'antan, en bien comme en mal. Depuis des siècles, aveuglés puisque vivant hors de l'unique Lumière, Qui est le Christ, nous ne reprenons que ce qui a abouti aux échecs cuisants et fins de civilisations. Sic transit gloria mundi...

Comme chez nous à présent, cette chute spirituelle à Rome aura des "dégâts collatéraux" comme on dit maintenant : les saintes et saints occidentaux de Rome de cette époque, tous Orthodoxes, seront très peu présents dans la Liturgie occidentale ultérieure, même durant les siècles orthodoxes. A un point qu'on a du mal à s'imaginer si on ne parcours pas, page par page, les anciens sacramentaires.
Ce qui se verra aussi dans le peu d'appréciation que l'on donnera à la vie monastique de sainte Waudru et son époux saint Vincent de Soignies (entamée après que leurs saints enfants, tous canonisés, soient partis vivre leur vie propre), idem sainte Ite et saint Pépin de Landen (les parents entre autres de sainte Gertrude de Nivelles et sainte Begge d'Andenne), etc. Pour ne rien dire du "saint Basile le Grand de l'Occident", saint Hilaire de Poitiers, évêque marié dont l'épouse et la fille seront aussi canonisés... mais rigoureusement oubliés par la suite dans la vénération "dirigée" de l'Église en Occident, jamais vraiment remise de sa première chute, avant la catastrophe de 1014 (proclamation de l'adoption officielle par Rome de l'hérésie lors du sacre d'Henri 2) puis du drame de 1054 (déclaration de Schisme, Rome se sépare d'avec l'Église).

Car vous pouvez chercher sainte Fabiola et sainte Mélanie dans les sacramentaires occidentaux, pour prendre 2 exemples lumineux. Sacramentaire "Grégorien" (Hadrianum) : nada. Et ceux qui en découlent, avant le 11ème siècle : idem. Livres "tridentins" ultérieurs, qui ont repris une partie d'avant et rajouté leurs histoires à eux : néant. Bréviaire romain pré-Vatican 2 (je ne regarde pas après, puisqu'un paquet de saints ont disparu) : "le trou noir."
Et le plus étonnant (et réjouissant) c'est que cette absence dans la vénération en Occident se verra contrebalancée par la vénération de ces saints et saintes .. en Orient.. où la vie monastique ne sera pas dépréciée comme elle le sera en Occident "hors cadre réglementé du système rigide mis en place par les Carolingiens."
Nul n'est prophète en son pays... Grâce à l'Orient Orthodoxe, l'Occident à ré-Orthodoxiser va donc pouvoir retrouver ses vrais saintes et saints. "Il ne reste plus qu'à". Et notamment à le faire dans le cadre liturgique qui a produit tant de saintes et saints chez nous des siècles durant, il y a plus de mille ans d'ici. Cadre liturgique qui est donc adéquat et agréable à Dieu et sanctifiant.

Oraison.
O Dieu, Qui a voulu que sainte Mélanie resplendisse dans l'Église comme exemple de détachement face aux biens de ce monde et par une extraordinaire charité envers les pauvres, accorde que, suivant ses exemples, nous obtenions la récompense promise aux humbles et aux miséricordieux.Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Homélie pour la fête d'une Vierge
(début du Livre I des Vierges / Lib. I de Virg.)
Puisque c'est aujourd'hui l'anniversaire d'une Vierge, l'amour de l'intégrité nous invite à dire quelque chose de la virginité, afin de ne pas paraître traiter par allusion et superficiellement une vertu qui est capitale. Car la virginité n'est pas louable parce qu'elle se trouve dans les martyres, mais parce qu'elle-même fait des martyres. Mais qui peut comprendre avec un esprit humain cette vertu qui n'est pas incluse dans les lois de la nature? Ou qui pourrait exprimer totalement, en mots de la nature, ce qui dépasse l'usage de la nature? C'est du Ciel que nous est venu le modèle à imiter sur terre. Et ce n'est pas sans raison qu'elle a demandé au Ciel sa manière de vivre, celle qui s'est trouvé un Époux dans le ciel.
Cette vierge, s'élevant au-dessus des nuages, des airs, des Anges et des astres, trouve le Verbe dans le sein même du Père et y puise à plein coeur. Qui donc en effet, après avoir trouvé tant de bien, l'abandonnerait? "Car parfum répandu est Ton Nom, c'est pourquoi les jeunes filles T'ont aimé et T'ont attiré" (cfr Ct 1,2). Enfin ce n'est pas de moi qu'est cette autre parole, que celles "qui n'épousent pas et ne sont pas épousées, seront comme les Anges de Dieu dans le Ciel" (cfr Mt 22,30). Que personne donc ne s'étonne si elles sont comparées aux Anges, celles qui s'unissent au Seigneur des Anges.
Qui donc niera qu'elle nous a été donnée du Ciel, cette manière de vivre qu'on ne trouve pas facilement sur terre, si ce n'est depuis que Dieu est descendu dans ces membres de notre corps terrestre? Une Vierge alors Le conçut dans son sein, et le Verbe S'est fait chair, pour que la chair devînt Dieu. On dira : "mais Élie non plus n'a jamais été mêlé aux passions de l'union corporelle." C'est donc pour cela qu'il a été enlevé au Ciel dans un char; pour cela, qu'il paraît en gloire avec le Seigneur pour cela, qu'il doit venir en précurseur de l'Avènement du Seigneur.
+ Saint Ambroise, évêque de Milan


Vie de sainte Mélanie la Jeune, prière de sainte Mélanie adressée au Christ, iconographie:
http://www.amdg.be/sankt/dec31.html#PERS

Saint Augustin d'Hippone parle d'elle dans sa lettre 126
Epistola 126

Saint Jérôme parle d'elle dans sa lettre 4
"Ad Florentinum de ortu amicitiae"

Archéologie, Rome et sainte Mélanie

Les fouilles archéologiques dans la résidence romaine de Sainte Mélanie
http://www.santamelania.it/melania/scavi/scavi.htm

La curiosité pour mieux connaître l'histoire de Sainte Mélanie et surtout les lieux de Rome qui appartenaient à sa famille, nous nous a poussés à rencontrer l'archéologue Gianfranco De Rossi qui, dans son étude, a réussi à approfondir l'enquête sur la résidence urbaine des Valeri, une des familles plus importantes "historiques" de Rome. Nous lui avons posé quelques questions et, ainsi, nous avons découvert que sur le Celio se cachent des témoignages du passé romain de Mélanie.
 Parlons un peu des Valerii : nous savons que Mélanie était fille de Valerio Publicola et que le père de Pinien s'appelait Aradius Valerius Severus.

Les Valerii étaient à l'époque une des plus importantes familles patriciennes de Rome. Depuis l'époque de la République, ils lui avaient donné des Consuls, des généraux et des magistrats, ce qui avait rehaussé leur prestige et en outre avait permis aux Valeri d'accumuler de considérables richesses et propriétés dans tout le bassin de la Méditerranée. Il était dès lors naturel de trouver leur domus, leur propriété et demeure principale, sur le Celio, qui était à l'époque le quartier résidentiel des sénateurs et membres de l'aristocratie romaine, et un lieu de luxueuses demeures appartenants à des personnages célèbres.

Possédons-nous des témoignages écrits ou des preuves qui confirment l'hypothèse de l'appartenance de cette "domus" patricienne à la famille de Mélanie?

Pour les historiens romains, la première domus des Valeri était sur la Velia, une petite colline qui joignait le Palatino à la colline de l'Oppio et qui fut "rasée" durant notre siècle pour permettre la construction de la via dei Fori Imperiali. Ensuite, en 1554, on a découvert sur le Celio la résidence du père de Pinien. A côté d'elle vous trouviez le Castra Peregrinorum, la caserne de l'armée provinciale qui, dans la Ville, avait des tâches communes avec l'administration de la ville, en plus de s'occuper des fonctions de police et des services postaux. Pendant les XVIème et XVIIème siècle, des fouilles répétées s'intéressèrent à l'emplacement occupé par la "domus" et, malheureusement, suite à cela disparurent une grande partie des colonnes, des sculptures et des peintures qui l'ornaient. La certitude de l'identification de la villa comme appartenant à Valeri Severo et à Pinien est possible grâce à deux diplômes en bronze, don des colonies africaines de Thenae et d'Hadrumetum, découvertes durant les premières fouilles.
En outre la découverte d'une lucarne de bronze en forme de bateau avec le Christ à la barre, portant l'inscription "Dominus legem dat Valerio Severo", en plus des nombreux verres dorés avec les effigies de saint Pierre et saint Paul et de quelques objets d'argent avec des symboles Chrétiens, rendent maintenant certaine notre hypothèse.

Pouvez-vous nous décrire la villa? Peut-être nous devrons faire preuve d'un peu de fantaisie...
Malheureusement, aujourd'hui, il ne reste que bien peu de visible de la domus des Valeri, la plus grande partie étant en ruines et recouverte par la construction ultérieure de l'hôpital dell'Addolorata. De toute manière, les excavations de la fin des années 1800 ont permis la découverte de quelques parties, qui ne nous permettent cependant pas une reconstitution globale du bâtiment. La villa devait être de dimensions considérables et dotée de riches et importantes décorations. Il y avait un espace de portique, peut-être une salle d'entrée ou une cour à péristyle; au-dessus on trouvait une pièce pour représentations, pavée de marbre de couleur taillé en diverses formes géométriques (sectilia). Elle se terminait avec une abside et communiquait avec des chambres reliées à des thermes privés. On y a en outre retrouvé une fontaine et une série d'autres locaux, peut-être utilisés comme chambres de service. Les fouilles ont mis en évidence la raison de l'abandon de la domus, qui a eu lieu par la suite à cause d'un grand incendie, événement qui est aussi mentionné dans la biographie de Mélanie.
 Afin de conclure : quelles transformations a subi ce lieu, après la destruction par l'incendie et l'abandon subséquent de la villa?

Nous ne savons pas si après l'abandon de la domus le lieu fut réoccupé. En 575 fut fondé sur les ruines de la villa des Valeri le monastère grec de Sant'Erasmo avec comme annexe le Xenodochium Valeriorum, une sorte d'abri ou d'hospice pour pauvres et pèlerins. Il conservait dans le nom le souvenir de l'ancienne propriété de la famille de Pinien. En ruine déjà au Xème siècle, il fut définitivement détruit par les Normans de Robert Guiscard lors du "sac" de 1084.

Effigie de Robert GuiscardMonnaie de bronze, XIe siècleBnF, Monnaies et médailles (25 Droit/Revers)

Une entrevue par Marta Silli.

Quartier du Celio : l'édifice circulaire est la Basilique S.Stefano Rotondo. À droite d'elle, plus bas, le Castra Peregrinorum. Encore plus à droite, plus haut, le Domus Valeriorum, à l'intérieur du carré actuellement occupé par l'hôpital dell'Addolorata.
*-*-*-*-*-*

Revue en anglais d'un ouvrage italien :
La Bibliotheque di S. Stefano Rotondo, il monastero di S. Erasmo e la Casa dei Valerii sul Celio by G. B. de Rossi

Série d'articles en italien :
"Domus Valeria"

"Torna alla luce sotto l'ospedale la dimora della 'Gens Valeria'."
"Torna alla luce al Celio la dimora dei Valerii"

Messe "tridentine" de sainte Mélanie, "propre" en italien

Archeologia e monumenti : "LA DIMORA DEI VALERII E L'OSPEDALE DI SAN GIOVANNI IN LATERANO"

Le chiese di Roma dal secolo IV al XIX, di Mariano Armellini, 1891
"PARTE SECONDA - Notizie storiche e topografiche delle chiese di Roma"

"La domus dei Valerii a Roma" - Associazione Internazionale di Archeologia Classica

Bidental et viridarium
Viridarium = terrasses avec jardinBidental = à l'origine, chez les Romains, édifice consacré par l'immolation d'une brebis de 2 ans ("bidens"). Cette dénomination fut appliquée plus tard au petit temple circulaire qu'on élevait autour d'un "puteal", margelle d'un puits.
J'en déduis et présume que le nom est resté pour désigner une petite chapelle privée dans une demeure patricienne mais Chrétienne.


vue du couloir et du viridarium

*-*-*-*-*

497 articles postés depuis le 28 mars 2006 - plus de 33.000 visites (ce que certains sites non-religieux réalisent en 2 ou 3 minutes...) - ça a bien carburé, à la grâce de Dieu.A l'année prochaine!Deus vos garde

Jean-Michel

Est-ce vraiment un jour festif pour nous?

Un milliard d'Indiens (Inde) ne fêtent pas le passage du 31 décembre au 1er janvier. Un milliard deux cent millions de Chinois font de même. Un milliard de Musulmans font pareil. Je ne sais combien de millions de Juifs, etc, et de peuples ayant un calendrier différent du calendrier occidental (fut-il "ancien") ne fêteront pas non plus ce changement d'année civile. Ceux de ces peuples qui le feront, ce sera par dégénérescence, par contamination de ce qui est sans intérêt chez nous - on aurait du mal à les contaminer avec le bon, puisqu'on a presque tous rejetté le Christ...

Non, un calendrier, c'est une convention, pas une "vérité", donc les fêtes civiles qui sont liées à un calendrier civil, ça n'a pas grand intérêt. C'est lié à une époque, à un monde, et ceux qui épousent cette époque, quand elle sera morte, ils se retrouveront veufs.

Je ne sais plus où, chez saint Augustin d'Hippone, il parlait de ce passage vers le premier jour du mois de Janus, Janvier, comparant le comportement de beuveries et de sur-consommation de nourritures diverses. Il encourageait les Chrétiens à jeûner ce jour-là, pour faire une sorte de contre-poids spirituel.

Est-ce à dire que nous serions des tristes, des grises-mines? M'enfin, si plus des 3/4 de la planète n'ont rien à faire de ce changement conventionnel d'année, en quoi donc en ne participant pas aux fausses festivités, nous serions des rabats-joie??!! Et puis, en quoi donc jeûner serait une activité triste, puisque le but est de s'aider à se rapprocher du Christ, source de toute joie??!!

"Prenez, Chrétiens des manières aisées, ouvertes, une expression gaie et contente. Dieu demande que vous agissiez sans affectation, sans vanité, sans fard, sans hypocrisie, afin que vous ne paraissiez pas vendre votre jeûne pour ainsi dire. Il ne faut pas que ce soit une tristesse et un chagrin de travailler à votre salut en prenant un air sombre et pleureur, qui dise que vous jeûnez et faites pénitence."
+ Saint Ambroise, évêque de Milan

Si c'est un jour festif pour nous, c'est au niveau de l'approfondissement spirituel que les diverses Liturgies & Offices nous aurons permis de vivre - nottament sainte Mélanie la Jeune (voir article suivant), saint Sylvestre de Rome, et autres festivités spirituelles de cette Octave de la Nativité du Christ.
Alors non, ce n'est pas un jour à beuveries, et on peut bien jeûner dans la joie.


Homélie de saint Basile le Grand sur le jeûne
SONNEZ de la trompette en ce premier jour du mois, au jour célèbre de votre grande solennité (Ps. 80. 4.). Tel est le commandement du Roi-Prophète. Les lectures qu'on vient de faire nous annoncent, d'une manière plus sensible et plus éclatante que la trompette et que tous les instruments de musique, une fête qui amène les jours du jeûne, dont Isaïe nous apprend les avantages, en réprouvant la manière dont les Juifs jeûnaient et en nous montrant quel est le vrai jeune. Vous jeûnez, leur dit-il, pour dire des procès et des querelles.... Mais rompez tout lien d'iniquité (ls. 58. 4 et 6.). Et que dit le Seigneur ? Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes, mais lavez votre visage et parfumez votre tête (Matth. 6. 16, ). Pratiquons ces maximes : ne soyons point tristes dans les jours oit nous allons entrer; disposons-nous-y avec joie comme il convient à des saints. Nul homme à qui on met la couronne sur la tète n'est abattu; nul n'érige un trophée avec la tristesse sur le front. Ne vous affligez point parce qu'on travaille à vois guérir. Il est ridicule de ne pas se réjouir de la santé de l’âme, de se chagriner du retranchement de quelques nourritures, et de montrer plus d'empressement pour les plaisirs du corps que pour la sanctification de l'amie. Le plaisir de manger satisfait le corps ; le jeûne tourne à l'avantage de l’âme. Réjouissez-vous de ce que le médecin vous a donné un remède propre à détruire le péché. Les vers qui fourmillent dans les entrailles d'un enfant en sont chassés par des médecines amères: ainsi le jeûne (1) pénétrant jusqu'au fond de l’âme, en bannit et y fait mourir le péché.
Lavez votre visage et parfumez votre tête. Ces paroles sont mystérieuses (2) , et doivent être tendues dans un sens spirituel. Lavez votre visage, c'est-à-dire, effacez les péchés de votre âme. Parfumez votre tête, c'est-à-dire, répandez sur notre tête l'huile sainte, afin que vous soyez participant de Jésus-Christ. Approchez du jeûne avec ces dispositions. Ne déguisez pas votre visage a lu manière des hypocrites. On déguise son visage, lorsqu'on cache ses sentiments sous de faux dehors, et qu'on les couvre, potin ainsi dire, d'un voile d'imposture. Les hypocrites ressemblent aux comédiens , lesquels représentent des personnages étrangers. Sur le théâtre, l'esclave est souvent maître, le simple particulier est souvent roi. Dans la vie, comme sur le théâtre, plusieurs se déguisent et annoncent à l'extérieur ce qu'ils n'ont point au fond de l'âme. Ne déguisez pas votre visage. Montrez-vous tel que vous êtes ; n affectez pas un air triste et sobre pour vous donner la réputation d'un homme abstinent. Un bienfait publie à son de trompe perd tout son mérite ; le jeûne exposé aux yeux des hommes ne produit aucun avantage. Les bonnes oeuvres faites pur ostentation ne fructifient point pour la vie éternelle, mais se terminent aux vaines louanges des hommes. Accourez donc avec joie à la grâce du jeûne.
Le jeûne est une faveur ancienne, qui ne vieillit pas avec le temps, mais qui se renouvelle sans cesse , toujours dans sa première vigueur. Croyez-vous que je tire de la loi l'antiquité du jeune ? Il est plus ancien que la loi même; et vous en conviendrez, si vous voulez écouter ce que je vais vous dire. Ne pensez pas que le jour de propitiation , que les Israélites célébraient le dixième jour du septième mois, soit l'origine du jeûne : parcourez l'histoire, et remontez plus haut pour trouver son antiquité. Ce n'est pas une invention nouvelle ; c'est un trésor qui nous a été transmis par nos premiers ancêtres. Tout ce qui est fort ancien est vénérable. Respectez l'ancienneté du jeûne qui a commencé avec le premier homme , qui a été prescrit dans le paradis terrestre. Adam reçut ce premier précepte : Vous ne mangerez pas le fruit de l'arbre de la science du lien et du mal ( Gen. 2. 17. ) . Cette défense est une loi de jeûne et d'abstinence. Si Eve se fût abstenue de manger du fruit de l'arbre , nous n'aurions pas maintenant besoin de jeûner. Ce ne sont pas ceux qui sont en santé , mais ceux qui sont malades, qui ont besoin de médecin (Matth. 9. 12.). Le péché nous a fait des blessures, guérissons-les par la pénitence : or la pénitence sans le jeûne est inutile. La terre maudite vous produira des ronces et des épines ( Gen. 3. 17.). Vous êtes ici-bas pour vivre dans la tristesse et non dans les délices. Satisfaites à Dieu par le jeûne.
Le jeûne est une fidèle image de la vie du paradis terrestre, non-seulement parce chie le premier homme vivait comme les anges, et qu'il parvenait à leur ressembler en se contentant de peu; mais encore parce que tous ces besoins, fruits de l’industrie humaine , étaient ignorés dans le paradis terrestre. On n'y buvait pas de vin , on n’y tuait pas d'animaux , on n'y connaissait pas tout ce qui tourmente l'esprit des malheureux mortels. C'est parce que nous n'avons pas jeûné , que nous avons été chassés du paradis : jeûnons donc pour y rentrer. Ne voyez-vous pas que c'est le jeûne gui a ouvert à Lazare l’entrée du ciel ? N’imitez pas la désobéissance d'Eve : ne suivez pas les conseils du serpent perfide, qui lui suggéra de manger du fruit de l'arbre pour flatter ses sens. Ne vous excusez ni sur votre faiblesse , ni sur votre santé : ce n'est pas à moi que vous alléguez des excuses, mais à celui qui connaît tout. Vous ne sauriez jeûner , dites-vous ; mais vous savez bien, manger sans aucune retenue , et user votre corps en le chargeant de nourritures. Toutefois les médecins ordonnent à leurs malades, non des mets variés , mais une diète rigoureuse. Quoi ! vous pouvez vous incommoder en mangeant, et vous ne pouvez vous abstenir de manger ! passe-t-on mieux la nuit après s'être livré aux excès d'un grand festin qu'après s'être contenté d'un repas frugal ? Chargé de vin et de viande , vous vous tourmentez dans votre lit, vous vous tournez de tous côtés sans savoir quelle position choisir. Dira-t-on qu'un pilote conduit plus aisément un vaisseau chargé outre mesure , qu'un vaisseau leste et dégagé. Le moindre soulèvement de flots submerge le navire que son propre poids accable déjà : celui qui n'a qu'une charge médiocre surnage aisément, parce que rien ne l'empêche de s'élever au-dessus des vagues. Ainsi les corps appesantis par les viandes deviennent la proie des maladies : au lieu que ceux qui ne prennent qu'une nourriture sobre et légère, échappent aux menaces d'une maladie, comme à un soulèvement de flots , et dissipent bientôt les maux actuels qui viennent les assaillir comme un violent orage. Vous croirez donc qu'il y a plus de peine à être assis qu'à courir, à se tenir en repos qu'à lutter , puisque vous dites que les délices conviennent mieux aux personnes infirmes qu'une diète raisonnable ? La chaleur naturelle digère bien une quantité modique de nourriture et en forme une bonne substance; mais si on lui donne plus d'aliments qu'elle n'en saurait porter , elle ne peut les digérer entièrement ; et de-là viennent toutes les maladies.
Mais reprenons l’histoire de l'antiquité du jeûne, et montrons comment tous les saints, le recevant les uns des autres comme un patrimoine, il s'est transmis jusqu'à nous de pères en fils par une succession non interrompue. On ne connaissait point le vin dans le paradis terrestre, on n'y tuait point d'animaux, on n'y mangeait point de chair. C'est après le déluge que le vin a été connu ; c'est après le déluge qu'il a été dit aux hommes: Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement ; je vous l'abandonne, comme les légumes et les herbes de la campagne ( Gen. 9. 8. ). C'est lorsqu'on a désespéré de leur perfection, qu'on leur a accordé cette jouissance. Ce qui prouve qu'on n'avait aucune expérience du vin , c'est que Noé en ignorait l'usage. Cette liqueur n'avoir pas encore été introduite dans le monde, et les hommes n'étoffent pas accoutumés à s'en servir. Comme donc Noé n'avait vu personne en boire, et qu il ne l'avait pas éprouvée lui-même , il se trouva pris sans qu'il pût s'en garantir. Noé planta la vigne, dit l'Ecriture , il but de son fruit , et s'enivra ( Gen. 9. 20. ) : non qu'il fût coupable, mais il ignorait la quantité de vin qu’on pouvait se permettre. Ainsi les hommes n'ont connu le vin qu'au sortir du paradis terrestre, tant la dignité du jeûne est ancienne.
Nous savons que c'est par le jeûne que Moïse s'est approché de la montagne. Jamais il n'eût osé monter sur cette cime fumante, jamais il n'eût eu la hardiesse de pénétrer dans la nue , s'il n'eût été muni du jeûne ( Exode. 24. 18.—34. 28. ). C'est le jeûne qui a fuit recevoir la loi écrite de la main de Dieu même sur des tables. Au haut de la montagne le jeûne obtenait du Seigneur la loi, tandis qu'ail bas la gourmandise précipitait le peuple dans tous les excès de l'idolâtrie. Le peuple s'assit pour manger et pour boire, et il se leva pour jouer (Exode. 32. 6 ). Ce qu'un fidèle serviteur avait obtenu en priant et en jeûnant durant quarante jours, la seule intempérance le rendit inutile : et les tables écrites de la main de Dieu qu'avait reçues le jeûne, l'excès de vin les brisa, le prophète ne jugeant pas qu’un peuple ivre fût digne de recevoir du Seigneur ce riche trésor. Un peuple que Dieu avait instruit par les plus grands prodiges, fut plongé par la gourmandise dans l’idolâtrie des Egyptiens. Faites le parallèle , et voyez comment le jeûne nous approche de Dieu, comment les délices nous perdent.
Poursuivons, et avançons dans l’histoire sainte. Qu'est-ce qui a avili Esaü, et l'a rendu esclave de son frère n'est-ce pas un seul potage qui lui a fait vendre son droit d'aînesse ? Pour Samuel, n'a-t-il pas été accordé à la prière et au jeûne de sa mère ? Qu'est-ce qui a rendu invincible le brave Samson ? n'est-ce pas encore le jeûne ? C'est par le jeûne qu'il a été conçu dans le ventre de sa mère ; le jeûne l'a mis au monde , le jeûne l'a nourri , le jeûne l'a fortifié jusqu'à ce qu'il lait devenu Monime. Il s'est montré fidèle à ce précepte de l'Ange: Il ne mangera pas du fruit de la
vigne, il ne boira pas de vin, ni d’aucune liqueur fermentée ( Jug. 13. 14. ). Le jeune enfante les prophètes et fortifie les puissants. Le jeûne instruit les législateurs; il est la meilleure garde de l'âme, le plus sûr compagnon du corps , l'armure des gens braves, le gymnase des athlètes; il chasse les tentations, excite à la piété, fait aimer la sobriété, inspire la modestie ; donne du courage dans la guerre et apprend à chérir la paix; il sanctifie les Nazaréens, il consacre les prêtres, qui ne pourraient, sans lui, offrir le sacrifice dans le culte mystique et véritable de nos jours , qui ne le pouvaient pas même dans celui qui a précédé et qui n'en était que la figure. C'est par le jeûne qu'Elie fut favorisé d'une vision extraordinaire. Il purifia son âme en jeûnant quarante jours ; et il mérita de voir le Seigneur dans la caverne d'Horeb , autant qu'il est possible à un homme. C'est après avoir jeûné qu'il rendit l'enfant à la veuve , et qu'il sut triompher de la mort même. La parole sortie d'une bouche sobre ferma le ciel pendant trois ans et six mois pour punir un peuple prévaricateur. Il s'exposa lui-même avec les autres à cette calamité, pour amollir des âmes dures et intraitables. Vive le Seigneur, dit-il ; il ne tombera de pluie sur la terre que selon la parole qui sortira de ma bouche (3. Rois. 17. 1.). Il obligea par la famine tout un peuple de jeûner , afin de corriger les désordres, suites des délices et d'une vie dissolue. Et le prophète Elisée comment vivait-il comment fut-il reçu chez la Sunamite? comment lui-même traita-t-il les prophètes ? Il leur donna des herbes sauvages et un peu de farine. On avait mêlé parmi ces herbes de la coloquinte, et tous ceux qui en mangèrent eussent été en danger de périr, si le jeûne et les prières du prophète n'eussent amorti la force du poison. Enfin c'est le jeûne qui a conduit tous les Saints à une vie selon Dieu.
Il est une sorte de pierre appelée amiante (1) , qui ne peut être consumée par le feu ; qui, jette dans les flammes, paraît être réduite en charbon, mais qui en étant tirée n'en est que plus pure comme si elle eût été lavée dans l'eau. Tels étaient les corps des trois enfants de Babylone ; le jeûne leur donnait la vertu de l'amiante. Au milieu d'une ardente fournaise, supérieurs au feu tonie s'ils eussent été d'or , ils n'en reçurent aucun dommage : ils parurent même plus puissants que l'or , puisque le feu, loin de fondre leurs chairs, les conservait intacts. Cependant rien alors ne résistait à une flamme , dont la violence redoublée par des amas de sarments , de souffre et de bitume , s'étendait à quarante-neuf coudées, dévora tous les objets environnants, et consuma nombre de Chaldéens. Entrés avec le jeûne dans un incendie aussi terrible , les trois jeunes hommes le foulèrent aux pieds : ils respiraient un air doux et suave au milieu d'un feu violent, qui respecta même leur chevelure , parce que c'était le jeûne qui l'avait nourrie et entretenue. Daniel , cet homme de désir, après avoir passé trois semaines sans manger de pain et sans boire de vin , apprit aux lions à jeûner dans la fosse : leurs dents ne purent entamer son corps, comme s'il eût été de pierre, ou de fer, ou de quelque autre matière plus dure. Le jeûne avait donné au corps du Saint une trempe de nature à émousser les dents de ces animaux féroces , qui n'entreprirent pas même de le dévorer. Ainsi le jeûne éteint les flammes et adoucit les lions.
Le jeûne sert d'ailes à la prière pour s'élever en haut et pénétrer jusqu'aux cieux. Le jeûne est le soutien des maisons, le père de la santé, l'instituteur de la jeunesse, l’ornement des vieillards, l'agréable compagnon des voyageurs, l'ami sûr des époux. Un mari ne soupçonne pas la fidélité de sa femme, quand il la voit faire du jeûne ses délices: une femme n'est pas jalouse de son mari , quand elle le voit chérir et embrasser le jeûne. Le jeûne n'a jamais ruiné une maison. Comptez ce que vous avez de bien aujourd’hui ; comptez encore par la suite, et vous ne trouverez pas que le jeûne ait rien diminué de votre fortune. Lorsque l'abstinence règne, nul animal ne déplore son trépas : le sang ne coule nulle part, molle part une voracité impitoyable ne prononce une sentence cruelle contre les animaux : le couteau des cuisiniers se repose; la table se contente des fruits que donne la nature. Le sabbat avait été donné aux Juifs , pour qu'ils laissassent reposer leurs bêtes de somme et leurs serviteurs ( Exode. 20. 10.). Que le jeûne donne quelque relâche à ceux qui vous servent toute l'année, qu’ils respirent de leurs continuels travaux. Qu'on n'entende plus dans votre maison tout ce tumulte, que la fumée et l'odeur des viandes en soient bannies; que cette foule d'hommes diversement employés au service de la table, qui vont et qui viennent sans cesse tour exécuter les ordres du ventre, de ce maître dur et sans pitié, se tiennent enfin tranquilles. Les collecteurs des tributs laissent au moins quelques moments de repos à ceux qui sont sous leur juridiction: cille le ventre fasse au moins avec nous une trêve de cinq jours (1), ce ventre insatiable, qui demande toujours et n'est jamais satisfait, qui a déjà oublié aujourd'hui ce qu'on lui donna hier , qui raisonne star la tempérance lorsqu'il est rempli, et ne sonne plus à ses beaux préceptes dès qu'il a digéré. Le jeûne ne connaît pas l'usure ; ces intérêts accumulés, qui se replient comme des serpents, sont ignorés à la table de l’homme sobre. Ses enfants non plus ne recueillent pas le triste héritage de ses dettes. Le jeûne d ailleurs est propre à inspirer la joie et la satisfaction. On boit avec plaisir quand on a soif, la faim assaisonne tous les mets: ainsi l'abstinence, qui interrompt le cours de la bonne chère, réveille l'appétit, et donne du goût aux viandes. Si donc vous voulez trouver agréable ce que vous mangez, faites diversion par le jeûne. La satiété des délices en émousse le goût, et l'excès du plaisir le fait disparaître. Les meilleures choses fatiguent par la continuité de la jouissance. On jouit avec empressement de ce qui ne s'offre que de loin à loin. c'est ainsi que le Créateur nous a ménagé par la vicissitude un plus vif agrément dans les faveurs journalières dont il nous comble. Le soleil paraît plus brillant après la nuit, le réveil est plus agréable après le sommeil , la santé est plais douce après la maladie ; la table de mène est plis satisfaisante après le jeûne, pour le riche dont la table est somptueuse, comme pour le pauvre dont la nourriture est simple et frugale. Craignez le malheur de ce riche de l'Evangile , que les délices ont plongé dans les enfers ( Luc. 16. 19 et suiv. ). Ce n'est point pour ses injustices , mais pour sa vie molle qu'il a été condamné à un feu éternel. Pour éteindre ce feu , il faut de l'eau. Ce n'est pas seulement pour la vie future que le jeûne est utile; il contribue encore à la santé dans cette vie. Un excessif embonpoint est sujet à bien des retours, parce que la nature qui succombe ne peut en soutenir le poids. lotis dédaignez maintenant de boire de l'eau; prenez garde d'avoir par la suite , comme le mauvais riche , à en désirer une seule goutte. L'eau n’a jamais enivré personne ; l'eau ne charge pas la tète elle ne lie ni les pieds ni les mains quand on boit de l'eau , on n'a jamais besoin pour marcher du secours d'autrui. Les mauvaises digestions, suite de l'intempérance , occasionnent des maladies fâcheuses. L’extérieur de l’homme qui jeûne n'a rien que de vénérable. Son teint n'est pas fleuri, ni coloré d'un rouge insolent , mais décoré d'une pâleur modeste; ses yeux sont doux, sa démarche gave, son air réfléchi : il ne se permet pas un ris immodéré ; son langage est aussi tranquille que son âme est pure.
Rappelez-vous les saints des siècles passés , dont le monde n'était pas digne, qui erraient couverts de peaux, manquant de tout, persécutés, affligés (Heb. 11. 37 et 38). Imitez leur conduite, si vous voulez obtenir leur gloire. Qu'est-ce qui a fait reposer Lazare dans le sein d'Abraham? N’est ce pas le jeûne ? Toute la vie de Jean-Baptiste n'était-elle pas un jeûne continuel? il n'avait ni lit, ni table, ni terre labourable, ni boeuf pour labourer, ni grains, ni serviteur pour les moudre, en un mot aucune des choses nécessaires à la vie. C’est pour cela que parmi ceux qui sont nés des femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste (Math. 11. 11.). Entre toutes les tribulations dont se glorifiait Paul, c'est surtout le jeûne qui l'a transporté au troisième ciel. Enfin Jésus-Christ notre Seigneur, après avoir fortifié , par le jeûne , la chair qu'il a prise pour nous, a voulu soutenir dans cette même chair les attaques du démon, afin de nous apprendre comment nous devons nous disposer et nous exercer aux combats des tentations. comme la divinité du Fils de Dieu le rendait inaccessible à l'esprit tentateur, il s'est assujetti à nos besoins, afin de lui donner occasion de l'attaquer par cette apparence de faiblesse. Près de monter aux cieux, s’il a pris de la nourriture, ce n'était que pour fournir des preuves de sa résurrection.
Et vous, vous ne cesserez pas d'engraisser votre corps à l’excès, tandis que vous ne vous embarrasserez nullement de laisser dessécher votre esprit en négligeant de le nourrir d'une doctrine salutaire et vivifiante! Dans la mêlée, secourir un parti ,c’est faire succomber l'autre: ainsi se ranger du parti de la chair, c'est combattre contre l'esprit; comme passer du côté de l'esprit, c'est assujettir la chair: car ce sont deux puissances opposées. Si donc vous voulez fortifier l'esprit, il vous faut dompter la chair par le jeûne. C'est-là ce qui a fait dire à l’apôtre : Plus l’homme intérieur se détruit en nous, plus l'homme extérieur se renouvelle ; et ailleurs : Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort (2. Cor. 4. 16. - 12. 10.). Ne mépriserez-vous pas des viandes corruptibles? ne désirerez-vous pas la table du royaume céleste, que vous préparera le jeûne d'ici-bas, ignorez-vous que l'intempérance vous engendre une foule de vers rongeurs ? Qui jamais dans les délice, continuelles d'une table abondante, mérita de participer aux grâces spirituelles ? Il fallut que Moïse se disposât par un second jeûne à recevoir une seconde fois les préceptes de la loi ( Exode. 34. 28.). Les Ninivites n'auraient pur échapper à la ruine totale dont ils étaient menacés s'ils n'eussent fait jeûner jusqu'à leurs animaux. Quels sont les Juifs dont les corps sont restés étendus dans le désert (Heb. 3. 17.) ? ne sont-ce pas ceux qui demandaient à manger de la chair ? Tant qu'ils se commuèrent de la manne et de l'eau du rocher, ils vainquirent les Egyptiens, ils passèrent la mer à pied sec, il n'y avait pas de malades dans leurs tribus (Ps. 104. 37.) ; mais lorsqu'ils regrettèrent les chairs de l'Egypte ( Exode. 16. 3. ), qu’ils se transportèrent dans ce pays par leurs désirs , ils fuirent privés du bonheur de voir la terre promise. Cet exemple ne vous fait-il pas trembler? ne craignez-vous pas que votre amour pour des viandes terrestre ne vous prive des biens éternels ? Le sage Daniel n'eût pas eu des visions aussi merveilleuses, sil n'eût purifié et éclairé son âme par le jeûne. Les vapeurs et les fumées qui s'élèvent d'une nourriture grossière , sont comme un nuage épais qui offusque les lumières par lesquelles l'Esprit-Saint éclaire nos intelligences. Si les anges prennent quelque nourriture, ce n'est que du pain selon le témoignage du Prophète: L'homme a mangé le pain des anges ( Ps. 77. 25.) (1). Ils ne connaissent ni la chair, ni le vin, ni rien de ce que désirent avec tant d'ardeur les esclaves du ventre. Le jeûne est une arme qui nous fait triompher de l'armée des démons. Cette sorte de démons, dit Jésus-Christ, ne se chasse que par la prière et par le jeûne. Tels sont les grands avantages que le jeûne nous procure. L'intempérance est la source des plus affreux désordres. Les mets délicats et les vins exquis nous portent à des passions brutales. Les délices irritent la concupiscence et allument dans les hommes des désirs furieux qui les rendent semblables à des chevaux indomptés. Les excès dit vin nous font renverser l'ordre de la nature, pervertir et corrompre l'usage des différents sexes. Le jeûne au contraire entretient la modestie et la continence dans le mariage; il fait qu'on se retranche même les choses permises, et que deux époux se les interdisent de concert pendant quelque temps pour vaquer plus librement à l'oraison.
Prenez garde néanmoins de borner l'avantage du jeûne à l'abstinence des viandes. Le jeûne véritable est de s'abstenir des vices. Rompez tout lien d'iniquité( Is. 58. 4 et. 6.) : pardonnez à votre prochain la peine qu’il a pu vous faire, remettez-lui ses dettes; ne jeûnez plus pour faire des procès et des querelles. Vous ne mangez point de chair , mais vous dévorez votre frère. Vous vous abstenez de boire du vin, mais vous ne modérez aucune des passions qui vous emportent. Vous attendez le soir pour manger, mais vous consumez, tout le jour dans les tribunaux. Malheur à ceux que, non le vin , mais leurs passions enivrent ( Is. 51. 21. ). La colère est une ivresse de l’âme; elle la trouble et la transporte comme le vin. La tristesse est aussi une ivresse, puisqu'elle enveloppe et ensevelit la raison. La crainte est une autre ivresse, quand elle nous fait trembler mal-à-propos. Délivrez mon âme, dit David au Seigneur,
de la crainte de mon ennemi,( Ps. 63. 2. ). En général, toute passion violente qui trouble et dérange la raison, peut être appelée ivresse. A oyez un homme emporté par la colère: cette passion le rend ivre; il n'est plus maure; de lui-même, il ne se connaît plus, il ne connaît aucun de ceux qui sont présents; il se jette sur tous ceux qu'il rencontre, comme dans un combat nocturne ; il parie au hasard, il ne peut se contenir, il invective, il frappe, il menace, il crie, il s'emporte en jurements , il se livre à toute sa rage. Evitez une pareille ivresse.
Fuyez aussi celle que cause le vin. Ne vous préparez pas à boire de l'eau en buvant du vin avec excès. Que l'ivresse ne vous introduise pas dans les mystères du jeûne. Ce n'est pas l'ivresse qui conduit au jeûne, comme ce n'est pas la cupidité qui conduit au désintéressement, ni l'intempérance à la sagesse, ni en général le vice à la vertu. Il est un autre chemin qui conduit au jeûne; la frugalité mène au jeûne comme l'ivresse mène aux dissolutions. Les athlètes se préparent au combat par des exercices; on se dispose au jeûne en s'exerçant à l'abstinence. Ne cherchez pas à éluder la loi, et à vous dédommager d'avance, par la débauche, d'un jeûne de cinq jours (1). C'est en vain que vous mortifiez votre corps, si vous ne rendez pas cette mortification utile en renonçant au vice. Vous confiez des provisions à un cellier perfide : vous versez du vin dans un tonneau percé. Le vin s'écoule par le passage qu'il trouve ouvert, et le péché demeure. Un esclave fuit le maître qui le frappe; et vous ne vous éloignez pas du via qui attaque tous les jours votre tête. La meilleure mesure dans l'usage du vin, c'est de n'en prendre que pour le besoin du corps. Si vous passez aujourd’hui les bornes, vous aurez demain la tête pesante, vous serez ennuyé, étourdi, vous exhalerez une odeur désagréable, vous croirez que tous les objets qui vous environnent tournent autour de vous. L’ivresse cause un sommeil qui approche de la mort, et un réveil qui ressemble à un assoupissement. Ne songez-vous plus à celui que vous devez recevoir C'est celui qui nous fait cette promesse consolante : Mon Père et moi nous viendrons, et nous ferons en lui notre, demeure (Jean. 14. 23.). Pourquoi donc recevez-vous d'abord l’ivresse, et fermez-vous par-là l'entrée au Seigneur? pourquoi invitez-vous l’ennemi à s'emparer des avenues de votre âme? L'ivresse ne reçoit pas le Seigneur, l'ivresse bannit l'Esprit-Saint. L'intempérance chasse la grâce, comme la fumée chasse les abeilles. Le jeûne est l'ornement de la ville, le soutien du forum, la paix des maisons, la sûreté des fortunes. Voulez-vous comprendre quelle est sa dignité ? comparez le jour où nous sommes avec le jour suivant: vous verrez le bruit et le tumulte se changer en un calme profond. Je voudrais que nous fussions aussi sages aujourd'hui que nous le serons demain , et que demain il régnât la même joie qu'aujourd'hui.
Que le Seigneur qui fait succéder les temps les uns aux autres, nous accorde, après nous être exercés comme de braves athlètes, et avoir pratiqué constamment la tempérance, d'arriver au jour oit seront distribuées les couronnes: qu il nous accorde, après nous être conformés dans cette vie au Sauveur souffrant, de recevoir dans la vie future la récompense de nos travaux, de la main du souverain Juge, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Dimanche après la Nativité du Seigneur dans la tradition orthodoxe occidentale (EORHF)


Matines :
Psaume 79 Qui regis Israel
Psaume 80 Exultate Deo
Psaume 83 Quam dilecta!

Épître : saint Paul Apôtre aux Galates 4,1-7
Je m'explique. Tant que l'héritier est mineur, encore qu'il soit maître de tout, il ne se distingue en rien d'un esclave, il dépend des tuteurs et des gérants jusqu'à la date fixée par son père. Nous de même, durant notre minorité, nous étions
asservis aux éléments du monde; mais, lorsque vint la plénitude du temps Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sujet d'une loi, pour racheter les sujets de la loi et nous octroyer l'adoption filiale. La preuve que vous êtes bien des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, l'Esprit qui crie : "Abba ! Père!" Ainsi tu n'es plus esclave mais fils, et si tu es fils, tu es aussi l'héritier de par Dieu.

Évangile : saint Matthieu 1,18-25
Voici comment naquit Jésus Christ : comme Marie, sa mère, avait été fiancée à Joseph, avant leur union elle se trouva enceinte par l'action de l'Esprit-Saint. Joseph, son mari, qui était un homme de bien, et ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Il y réfléchissait lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe : "Joseph, dit-il, fils de David, ne crains point d'accueillir Marie, ta femme; l'enfant qu'elle a conçu vient de l'Esprit-Saint. Elle va mettre au monde un fils, à qui tu donneras le nom de Jésus , car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." En tous ces événements, s'accomplissait l'oracle inspiré du prophète : Voici que la vierge va concevoir et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel (Is. 7,14) - c'est-à-dire : Dieu avec nous. Dès son réveil, Joseph exécuta ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit, et prit chez lui son épouse. Et, sans qu'il l'eût connue, elle mit au monde un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

COLLECTE POUR DIMANCHE NOËL 1
Dieu Tout-Puissant, Qui nous as donné Ton Fils unique-engendré, afin qu’Il prît notre nature sur Lui, et qu’Il naquît en ce temps d’une Vierge; accorde-nous qu’étant régénérés et devenus Tes enfants par adoption et par grâce, nous soyons, tous les jours renouvelés par Ton Saint Esprit.
Par Ton Fils notre Seigneur, à Qui soient, avec Toi et le Saint-Esprit, tout honneur et gloire, pour les siècles des siècles
R: Amen.

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE APRÈS NOËL
(qui est à une date ultérieure dans l'ancien calendrier; ndt)
Nous sommes peut-être le dimanche après Noël, mais l'Église ne nous laisse pas quitter Noël de la sorte. Depuis Noël, nous avons aussi célébré la Saint Étienne – souvent appelé "protomartyr" par les théologiens, c-à-d le premier martyr, une sorte de prototype des martyrs. Ensuite le lendemain, c'était la fête de saint Jean l'Évangéliste, puis des saints Innocents, ensuite saint Egwin qui fonda le célèbre monastère d'Evesham en Angleterre et mourut en 717, puis sainte Alburge, la moniale qui mourut au milieu des années 800. Et enfin saint Fagan, un des plus anciens saints connus de l'Église dans les Iles Britanniques. Saint Fagan était un de ces nombreux "professionnels" amenés par saint Lucan pour réorganiser l'Église dans l'ouest de l'île, vers 160-180. Ce fut donc une période plutôt chargée, si on peut s'exprimer ainsi.
Et cependant, ici, à la fin de toutes ces célébrations, l'Église revient sur Noël et nous raconte à nouveau l'histoire. Il y a des réflexions, certaines choses curieuses se sont passées concernant l'histoire de la Nativité de Jésus et des événements environnants. Dans sa réflexion, l'Église a choisit d'inclure certains livres dans la Bible. Ces livres rapportent sans doute suffisamment de la vérité essentielle sans déformation pour convenir au Saint Esprit, et dès lors ils ont été inclus. Ils ne rapportent pas nécessairement l'entièreté de l'histoire, et on voit bien que les auteurs ont laissés certains détails de côté – probablement parce qu'ils savaient qu'ils étaient rapportés par d'autres écrits. Pour certaines parties de l'Église, il y a toujours eu des réticences à abandonner ces livres écrits à propos des événements de la vie de Jésus et qui n'avaient pas été repris dans le Canon de la Bible. L'Église ancienne, par exemple, lisait d'autres Évangiles et Épîtres durant la Liturgie, en plus de ceux que nous connaissons de nos jours dans le Canon du Nouveau Testament. Certains de ses livres sont très précieux pour leur valeur éducative de même que pour les éclairages complémentaires qu'ils apportent sur les événements principaux. Certains parmi les plus érudits des évêques Anglicans, tels que l'archevêque Wake et d'autres, ont exposé que l'Église Anglicane devrait suivre l'exemple de l'Église Ancienne – à savoir l'Église Orthodoxe – et faire un plus grand usage de certains des livres disponibles.

Parmi ces livres, on trouve le Protévangile - aussi appelé Évangile ou Livre de saint Jacques. Nombre des anciens Pères de l'Église ont affirmé qu'il avait assurément été écrit par saint Jacques, qui avait été élevé dans la même maisonnée que notre Seigneur et Lui était "apparenté." Jacques pourrait certainement être une source intéressante pour nombre de choses qui sont des affaires familiales courantes et pas nécessairement connues des 4 Évangélistes. Par un telle source, nous apprenons que Marie était une Vierge du Temple – une fillette confiée toute jeune aux soins du Temple et ensuite, placée par les autorités du Temple sous la protection d'un vieux veuf nanti. D'où la consternation de saint Joseph à l'annonce que sainte Marie était enceinte, car leurs fiançailles n'étaient censées qu'être de nature protectrice. Nous avons de bonnes raisons de croire la tradition de l'Église disant que saint Joseph était en fait beaucoup plus âgé que sainte Marie – et qu'il avait probablement plus de la cinquantaine et qu'elle était une grande adolescente au moment de la Naissance de notre Seigneur. Nous avons aussi de bonnes raisons d'écarter l'assertion occidentale moderne prétendant que saint Joseph n'avait pas d'autres enfants – parce que saint Jacques nous rapporte qu'il avait des fils plus âgés (non-nés de Marie). Au chapitre 18, verset 1, rapportant que saint Joseph avait quitté sainte Marie dans la caverne pour aller chercher une accoucheuse, il écrit "et la laissant elle et ses fils dans la caverne, Joseph partit pour quérir une accoucheuse Hébreuse au village de Bethléem." Notez qu'il dit "ses fils" et non pas "leurs fils." Ce détail n'est jamais mis en avant par les ecclésiastiques catholiques-romains qui ne veulent pas entendre parler d'autres enfants de Joseph, mais ici, saint Jacques nous dit simplement que lui-même pourrait bien avoir été là lorsque notre Seigneur est né. Saint Jacques nous dit aussi que Salomé, probablement la mère de saint Jean, arriva peu après la naissance, en même temps que l'accoucheuse – qui arriva trop tard pour aider. Apparemment, il fut décidé de rester dans la caverne pour quelque temps, car ils s'y trouvaient encore lorsqu'arrivèrent les Mages. Ce ne fut pas avant que ces astrologues orientaux aient omis de se représenter à Hérode, et quelqu'un aie rapporté les plans de ce dernier pour tuer les enfants de Bethléem, que Jésus fut couché dans la mangeoire parce qu'il n'y avait plus de place dans l'auberge – et parce que c'était une bonne cachette. Alors Joseph fut averti que le massacre ne s'arrêterait pas à Bethléem, et ils entreprirent le voyage en quête de sécurité. Jacques nous raconte aussi l'histoire du meurtre de Zacharie, le père de saint Jean le Baptiste, durant ce massacre d'envergure – la même histoire est rapportée par le Talmud de Jérusalem et Babylone. Rien de tout cela ne rajoute de signification immédiate à Noël. Cependant, cela nous aide dans notre représentation des événements, cela nous aide à comprendre que l'histoire de Jésus n'a pas eu lieu dans un lieu perdu et inconnu – cela nous dit que c'était bien connu à l'époque – et étroitement lié aux événements et personnalités du moment. Dès l'instant de Sa naissance, Jésus fut au centre de tempêtes politiques majeures – et toute Sa famille avec Lui. Même ce petit bébé dans la caverne, par la suite caché dans la mangeoire, fut considéré simultanément avec amour et haine, même à ce moment-là, Il avait la puissance pour provoquer de grands changements, des événements majeurs, rien que parce qu'Il existait sur terre. Ne fut-ce que cela devrait nous dire que ce n'était pas un simple bébé humain, un simple messie mortel, car de tels troubles ne pouvaient résulter que de la Venue de Dieu Lui-même sur terre. Et ainsi, nous avons célébré l'événement le plus monumental de tous les temps – la descente de Dieu, né en tant qu'homme. Avec une telle vérité, tout ce qui devait arriver durant les 30 années suivantes – et les 2.000 ans qui ont suivit – était inévitable. Ni eux à ce moment-là, ni nous maintenant, ne pouvions ignorer Jésus Christ. Nous pouvons L'aimer ou nous pouvons Le haïr – mais même si nous nous efforçons autant que possible à L'ignorer, tôt ou tard, nous serons forcés d'avoir une opinion sur Lui – si Ses disciples sont dans les environs pour nous parler de Lui.

hiéromoine Michael
Église Orthodoxe Russe Hors Frontières
abbé du monastère Saint-Petroc
http://www.orthodoxresurgence.co.uk/Petroc/


La Nativité dans le verre et dans la pierre,
cathédrale de Chartres



Visite des Mages
vitrail du York Minster, 14ème siècle



Caverne de la Nativité, France, 18ème siècle
(Image où maints détails apocryphes ont été adjoints à diverses traditions culturelles locales. Canevas collé, coquillages, personnages en verre, tissus collé sur papier.)

L'enseignement Chrétien : par l'exemple et intellectuellement et moralement sain (Tite 2)

Prêtre Patrick Henry Reardon
Dimanche 31 décembre
Tite 2:1-15: "Quant à toi, que ton enseignement soit conforme à la saine doctrine. Les vieillards seront sobres, graves, prudents, robustes dans la foi, la charité, la patience. De même, les femmes âgées auront une tenue empreinte de sainteté; elles ne seront ni médisantes ni intempérantes; mais qu'elles soient de bon conseil ainsi elles apprendront aux jeunes femmes à aimer leur mari, leurs enfants, à être réservées, chastes, ménagères soigneuses, bonnes et soumises à leur mari, de sorte que la parole de Dieu ne soit point exposée au dénigrement. De même, exhorte les jeunes gens à la réserve en toutes choses, donnant toi-même l'exemple d'une belle conduite : pureté de ton enseignement, gravité, langage sensé et irréprochable, à la confusion de l'adversaire qui ne trouvera rien de mal à reprendre en nous. Exhorte les esclaves à l'obéissance vis-à-vis de leurs maîtres et à la prévenance; qu'au lieu de les contredire et de rien dérober, ils témoignent toujours une parfaite fidélité, afin de faire honneur en tout à la doctrine de Dieu notre Sauveur. Car la Grâce de Dieu, source de Salut pour tous les hommes, s'est manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, pour vivre dans le siècle présent avec retenue, justice et piété, dans l'attente de notre espérance bienheureuse et de la manifestation glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus. Il S'est livré Lui-même pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de Se faire, en le purifiant, un peuple qui Lui appartienne en propre, et zélé pour le bien. Voilà ce que tu dois enseigner, prêcher et défendre avec une pleine autorité. Que personne ne te méprise."

Dans le chapitre précédent, Paul avait parlé qu'il fallait être "solide dans la foi" (hygiainosin en tei pistei – 1,13). Une telle "fermeté" est la marque qu'il continue à inculquer dans le présent chapitre, exhortant Tite à ce que son "enseignement soit conforme à la saine doctrine" (hygiainousei didaskalioi - verset 1), de sorte que les hommes matures puissent être "robustes dans la foi" (hygiainantes tei pistei - verset 2) et d'un "language sensé" (logon hygie - verset 8). Cette "solidité" (dans la racine du mot grec, hygi, nous reconnaissons ce qui a donné nos mots "hygiène" et "hygiénique") est aussi un thème remarqué dans les lettres à Timothée (cfr. 1 Timothée 6,3; 2 Timothée 1,13; 4,3). C'est à dire que l'enseignement Chrétien devrait porter les marques de la santé intellectuelle, morale et émotionnelle. Il ne se recommandera pas de lui-même s'il encourage des pensées, sentiments et comportements qui sont manifestement pas sains.
Dans le verset 2, nous observons la triade foi, amour et patience. Cette conjonction, commune aux lettres à Timothée (cfr 1 Timothée 6,11; 2 Timothée 3,10), se trouvait déjà antérieurement chez Paul (cfr 2 Thessaloniciens 1,3-4).
Au verset 5, comme ailleurs chez Paul (1 Corinthiens 14,35; Ephésiens 5,22; Colossiens 3,18; 1 Timothée 2,11-14), les épouses sont exhortées à être subordonnées à leurs époux (hypotassomenas, du verbe "tasso", "mettre en ordre", "arranger"). Concernant cette exhortation, l'exégète Protestant Baptiste E. Glenn Hinson remarque : "L'initiative appartient à l'épouse.. Paul ne dit pas aux époux de soumettre leurs épouses." Même avec cette sage mise en garde, il est évident que l'exhortation de Paul va directement à l'encontre du mouvement égalitariste contemporain.
Comme Timothée (1 Timothée 4,12), Tite doit donner le bon exemple (verset 7). Nous nous rappelons que Paul se réfère plutôt souvent à son propre bon exemple qu'il donne. Les pasteurs et les missionnaires enseignent sûrement plus par l'exemple qu'ils ne peuvent le faire que quelqu'autre manière que ce soit.
Le "grand Dieu" au verset 13 est identique au "Sauveur Jésus Christ", parce que dans le texte grec, un même article couvre les 2 mots, Dieu et Sauveur, et le restant de la phrase ne parle que du Christ. Il est Celui dont nous attendions l'apparition (cfr 2 Thessaloniciens 1,7; 1 Corinthiens 1,7; 1 Timothée 6,14-15; 2 Timothée 4,1).
Le Don de Soi du Christ (verset 14) est une référence paulinienne typique à la Passion du Seigneur et au sang de la Rédemption (Galates 1,4; 2,20; Ephésiens 5,2,25; 1 Timothée 2,6).

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

30 décembre 2006

Historicité de l'ordination ministérielle Chrétienne dans l'Épître à Tite

Prêtre Patrick Henry ReardonSamedi 30 décembre
Tite 1,1-16: "Paul, serviteur de Dieu, apôtre de Jésus Christ pour donner la foi aux élus de Dieu ainsi que la connaissance de la vérité qui conduit à la piété, dans l'espérance de la vie éternelle promise avant le temps par le Dieu qui ne ment pas et qui, au temps voulu, a manifesté sa parole par une proclamation à moi confiée par ordre de Dieu notre Sauveur, _ à Tite, mon vrai fils en notre foi commune : grâce et paix de la part de Dieu le Père, et du Christ Jésus notre Sauveur!
Je t'ai laissé en Crète pour achever de tout organiser et pour établir, suivant mes instructions, des anciens dans chaque ville. Que chacun d'eux soit irréprochable, qu'il n'ait été marié qu'une fois; qu'il ait des enfants croyants, qui ne puissent être taxés d'inconduite ou d'insubordination. Car, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu, l'évêque doit être irréprochable. Il ne peut être arrogant, ni colérique, ni intempérant, ni violent, ni cupide; mais qu'il soit hospitalier, ami du bien, prudent, juste, pieux, maître de lui, attaché à la vraie parole, telle qu'elle a été enseignée, afin d'être en mesure d'exhorter suivant la saine doctrine, et de réfuter les contradicteurs.
En effet, on trouve, surtout parmi les circoncis, une quantité d'insoumis, de radoteurs et de séducteurs. Il faut leur fermer la bouche, car ils bouleversent des familles entières en enseignant ce qui ne convient pas, et cela dans un vil esprit de lucre. L'un d'entre eux, leur propre prophète, a dit : "Les Crétois sont de perpétuels menteurs, de mauvaises bêtes, des ventres fainéants." Ce témoignage est vrai. C'est pourquoi, reprends-les sévèrement, pour qu'ils conservent une foi saine, sans s'intéresser aux fables des Juifs et à des préceptes humains qui détournent de la vérité. Pour ceux qui sont purs, tout est pur; tandis que pour ceux qui sont souillés et incroyants, rien n'est pur; jusqu'à leur esprit et leur conscience qui sont maculés de souillures. Ils prétendent connaître Dieu et le renient par leurs actes, gens abominables, rétifs et incapables d'aucun bien."

Cette introduction très solennelle (versets 1 à 4) rivalise avec celles des épîtres plus longues, qui étaient adressées à des congrégations entières. A cet égard, l'Épître à Tite contraste avec les autres épîtres qui ne sont adressées qu'individuellement (Timothée, Philémon).
La promesse de Dieu avait été faite à l'aube de l'Histoire (verset 2) mais à présent était manifestée dans la prédication de l'Évangile (verset 3). Toute l'Histoire était guidée par cette promesse originelle, de sorte que l'Évangile embrasse toute l'Histoire dans sa portée et son champ d'intérêt.
Les directives de Paul pour le choix et l'ordination des ministres (versets 5 à 9) correspondent à celles qu'il avait données à Timothée un peu plus d'un an auparavant (1 Timothée 3,1-7). Un tel ministre est appelé à la fois un "ancien" (presbyteros -verset 5) et un "superviseur" (episkopos - verset 6). Dans ces 2 mots grecs, nous discernons les racines étymologiques pour nos termes modernes de "prêtre" et "évêque." Ce n'est vraiment qu'au tout début du 2ème siècle, semble-t'il (car notre premier témoignage encore existant, celui de saint Ignace d'Antioche, a été écrit en 107), que les 2 termes en sont venus à signifier 2 fonctions distinctes. (Cette hypothèse raisonnable n'argumente seulement que sur le fait qu'il y a eu développement dans la terminologie, cela ne nous dit rien d'un développement dans le ministère lui-même).
Il est impératif de faire remarquer que l'autorité de ces hommes provient de leur choix et ordination par Tite (et Timothée et ainsi de suite), qui à leur tour avaient été autorisés par Paul. Le Nouveau Testament ne connaît pas de ministère ordonné légitime si ce n'est par la continuité historique traçable jusqu'à ces 11 hommes qui reçurent la Grande Mission (Matthieu 28,16-20). C'est à dire que l'ordination Chrétienne [1] est une institution historique, littéralement "transmise", conférée par l'imposition des mains par ceux qui sont autorisés à le faire; la notion d'une "succession" est essentielle à ce ministère. [2]
Paul est strict en ce qui concerne la vie morale et domestique de ces ministres (versets 6-8), dont il décrit le service principalement en termes d'enseignement (verset 9). A cet égard, ils sont mis en contraste avec les hérétiques Juifs (verset 10). Ces dernier, suggère-t'il, Tite risquait bien de les rencontrer, du fait de la large communauté Juive en Crête (Flavius Josèphe, Antiquités 17.12.1-2, §323-331; Les Guerres Juives 2.7.1, §103; Ad Gaium 282). Les
idées de ces enseignants Juifs, explique Paul, risquaient de trouver une oreille bien plus favorable parmi les Crétois! (verset 12).
D'après saint Clément d'Alexandrie, le poète que cite Paul ici était Epimenides (Stromates 1.14; cfr. Tatien, Oratio 27), un auteur écrivant 6 siècles avant le Christ.
Ces ministres Chrétiens ne doivent pas être ceux qui professent Dieu uniquement de leurs lèvres et pas par leurs vies (versets 15-16).

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

Notes du traducteur
1) = "Sacrement de l'Ordre"
2) Comme l'est la notion de "foi intacte, apostolique", qui est aussi requise que cette imposition des mains en "transmission historique", l'Ordre n'étant pas une question juridique mais spirituelle. C'est ce dernier point qui différentie radicalement l'Église Orthodoxe de l'intégralité des autres confessions chrétiennes (
même des Nestoriens, Catholiques-Romains ou Anglicans, pour prendre 3 groupes ayant une "succession technique" réelle), et qui explique l'insistance que met l'Église à la notion de "foi apostolique", et n'accepte pas qu'on se contente de l'aspect "juridique", puisque pour saint Paul non plus ce n'était pas suffisant.

Au bruit de Tes écluses... (K9)

On a du mal à le croire, mais 5 mois jour pour jour séparent ces 2 photos de notre petit loupiot, Elvis...
La météo est de nouveau aussi pourrie, mais lui, il continue de grandir peinard. A présent, quand il est debout sur ses pattes arrières, son museau atteint la barre du haut du chenil. Avantage de sa taille : comme on habite à l'étage, on sait lui faire une caresse sur la truffe en se penchant un brin par la fenêtre, et il en est tout content... Les piafs qui avaient l'habitude de venir y manger un peu moins, parce qu'il est vraiment TRÈS près du rebord de la fenêtre, notre "petit gamin" de 7 mois à peine!

"L'abîme appelant l'abîme
au bruit de Tes écluses,
la masse de Tes flots et de Tes vagues
a passé sur moi"
Psaume 42:8

"A l'image et à la ressemblance de Dieu", sermon de saint Colomban de Luxeuil

statue du 12ème s.

Sermon 11. Sur l'entraînement.
en latin
en anglais



omme Moïse l'a écrit dans la Loi, "Dieu fit l'homme à Son image et ressemblance" (Gen. 1,26).

Je vous en prie, remarquez la particularité de cette phrase; Dieu l'Omnipotent, l'Invisible, l'Insondable, l'Ineffable, l'Introuvable, créant l'homme à partir de la glaise, l'ennoblît de la distinction de Son image. Quelle comparaison l'homme a-t'il avec Dieu? Qu'y-a-t'il entre la terre et l'esprit? Car "Dieu est Esprit" (Jn 4,24).
C'est une grande dignité que Dieu aie accordé à l'homme l'image de Son éternité et la ressemblance de Son caractère. Une grande distinction pour l'homme que cette ressemblance à Dieu, si elle est préservée; mais à nouveau, c'est une grande damnation que de souiller l'image de Dieu. Car s'il prostitue pour un usage contraire ce qu'il a reçu du souffle de Dieu, et corrompt la bénédiction de sa nature, alors il pervertit la ressemblance à Dieu et la détruit dans la mesure de son possible; cependant, s'il emploie les vertus plantées en son âme pour une bonne fin, alors il sera comme Dieu. Car quelques soient les vertus que Dieu a semées en nous dans notre état original, Il nous a enseigné dans les Commandements à les Lui rendre. Tel est le premier, "Aimer notre Seigneur de tout notre coeur" (Mt. 22,37) "car Il nous a aimés en premier" (Jn 4,10), depuis le début et avant que nous soyons. Car l'amour de Dieu, c'est la restauration de Son image. Mais il aime Dieu celui qui observe Ses Commandements; car Il a dit "Si vous M'aimez, vous garderez Mes Commandements" (Jn 14,15). Tel est Son Commandement, l'amour mutuel, selon cette parole "Tel est Mon Commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme Je vous ai aimés" (Jn 15,12). Mais l'amour véritable "n'est pas seulement en paroles, mais en actes et en vérité" (Jn 3,18). Dès lors, restaurons pour notre Dieu, notre Père, Sa propre image dans la sainteté non-souillée, puisqu'Il est Saint, selon cette parole "vous aussi soyez saints, puisque Je suis Saint" (Lév. 2,44); dans l'amour, puisqu'Il est amour, selon cette parole de Jean "Dieu est amour" (1 Jn 4,8); dans la justice et la vérité, puisqu'Il est juste et vrai.

Ne soyons pas les peintres d'une autre image; car tel est le peintre d'une image despotique, qui est farouche, courroucé, orgueilleux. Car de même que la fausse connaissance est détectée, ainsi la fausse image est aussi découverte comme n'étant qu'un fantôme. Parce que la vérité est distincte de la fausseté, la justice de l'injustice, l'amour de la volonté malade, l'enthousiasme de la négligence, la rectitude de l'erreur, l'affection du faux-semblant, et toutes peignent quelqu'images sur nous, qui sont mutuellement opposées. Car la justice et l'injustice, la paix et le désaccord, sont opposés l'un à l'autre. Dès lors, de peur que nous ne risquions de laisser venir en nous-mêmes des images despotiques, laissons le Christ peindre Son image en nous, comme Il le fait en disant "Ma paix, Je vous la donne, Je vous laisse Ma paix" (Jn 14,27).

Mais quel est notre intérêt de savoir que la paix est bonne, si elle n'est pas bien préservée? Car tout don excellent est habituellement le plus fragile, et la plus précieuse des choses requiers le plus grand soin et la meilleure garde; car une chose est si précaire, qu'elle est perdue par la vaine parole, et périt de la moindre blessure d'un frère. Il n'y a personne que vous flagorniez que vous ne blessiez; et vous ne flattez personne lorsque vous le méprisez. Car si vous dites "Fou, vous" (avez tous 2 rompu la paix et) "êtes condamnable au feu de l'enfer" (Mt 5,22).

Dès lors, ceux qui pratiquent l'accomplissement de l'amour fraternel doivent prendre garde à ne pas parler comme il leur plaît, et à ne pas laisser leur langue vaquer au gré du mouvement de leur esprit, et ceci non seulement à cause des paroles offensantes, mais même "pour les paroles inutiles, pour lesquelles nous aurons à rendre compte" (Mt 12,36).
Dès lors, nous devons prendre pour habitude de ne pas nous attarder en discussion, mais de dire le strict minimum. Car il n'y a rien de plus agréable pour les hommes que de parler et de s'intéresser aux affaires des autres, et à prononcer de vaines paroles un peu partout, et à critiquer les absents; et dès lors ceux qui ne savent pas dire "le Seigneur m'a donné une langue capable de discernement, afin que je puisse soutenir celui qui est fatigué avec une parole," (Is. 50,4) ils devraient garder le silence, et s'ils disent quelque chose, que ce soit pacifique. Car aussi sage puisse être un homme, il offense moins avec peu de paroles qu'avec beaucoup; car quand on ment, maudit, critique, on se tranche sa propre gorge avec sa propre épée. Mais qu'est-ce que nos ennemis auraient désiré d'autre pour nous, sinon que nous tombions sous nos propres armes? "Ne critiquez pas" (dit l'Écriture), "sinon vous serez exterminé" (Ps 37,8-9)
Voyez ce qui est accomplit dans les oeuvres d'injustice; demeures et plantations, que nous peinons à établir par de longs et quotidiens labeurs, sont exterminées par une seule parole de critique, et ce qui est fondé avec difficulté par des efforts de longue haleine est renversé par le début d'un seul discours. Que chacun prenne garde, de peur qu'à cause d'une critique acerbe, sa racine ne soit arrachée hors de la terre des vivants. Car nul ne critique jamais celui qu'il aime; parce que le reproche est le premier-né du courroux, et dès lors le fils d'un tel père doit à juste titre être exterminé.

C'est un dangereux état, mes très chers amis, que celui dans lequel ces choses ne sont pas rejetées. "Car si," (comme le dit l'Apôtre), "vous vous enviez et mordez l'un l'autre, (critiquez l'un l'autre, je dis), prenez garde que vous allez vous entre-détruire" (Gal. 5,15). Car si "celui qui aime ne connaît pas la mort" (1 Jn 3,14), où se retrouvera celui qui critique? Pour ce dernier, les larmes sont bien plus nécessaires que les paroles. Car quoi d'autre la Loi de Dieu a-t'elle commandé avec plus d'insistance et plus complètement, si ce n'est d'aimer? Et pourtant vous en trouverez rarement qui le fassent. Que dirons-nous comme excuse? Pourrons-nous réellement dire "c'est pénible, c'est difficile?" Aimer n'est pas difficile; aimer est plus agréable, plus salutaire, meilleur pour le coeur. Car si le coeur n'a pas succombé sous le poids de ses vices, l'amour est sa bonne santé, en plus d'être agréable à Dieu; car rien n'est plus cher à Dieu que l'amour, en particulier l'amour spirituel, puisqu'il est le résumé de Sa Loi et de tous Ses Commandements, selon ce qu'en disait l'Apôtre, "car celui qui aime son prochain a accompli la Loi" (Rom. 13,8).
Et celui qui a accomplit la Loi par la pratique de l'amour a la vie éternelle, comme Jean l'a aussi dit : "Frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons notre prochain; car celui qui n'aime pas est dans la mort. De plus si quelqu'un hait, il est meurtrier. Et vous savez que nul meurtrier n'a la vie éternelle en lui" (1 Jn 3,14-15).

C'est pourquoi nous ne devons être occupés avec rien d'autre qu'aimer, ou nous ne devons attendre rien d'autre sinon la punition, "car l'amour est accomplissement de la Loi" (Rom. 13,10), et avec cela, que le Juste daigne grandement nous inspirer, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Lui Qui daigna être offert en tant qu'Auteur de la paix et Dieu d'Amour, à Qui soit la gloire aux siècles des siècles.
Amen.

Saint Colomban, père abbé de Luxeuil et Bobbio

*-*-*-*-*-*-*-*

Grande Icône contemporaine de saint Colomban :
http://www.atelier-st-andre.net/fr/pages/oeuvres/frsaintdoc04.html


Justice et amour : pétition pour obtenir la libération des infirmières Bulgares et du médecin Palestinien injustement condamnés en Lybie, et abjectement menacés d'un crime contre Dieu : la peine de mort.

En Belgique, l'ACAT (action des Chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort) avait (et a encore??) parmi ses responsables francophones un prêtre Orthodoxe Belge. C'est ce qu'on peut appeler la mise en pratique du sermon de saint Columban ci-dessus: de rares paroles mais de l'action dans l'amour du prochain.
http://www.acat-belgique-francophone.be/