"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

16 avril 2006

"Le Grand Carême, notre Exil"


"Le Grand Carême, notre Exil"
Hiéromoine Seraphim (Rose)

"Sur les bords des fleuves de Babylone,
nous étions assis tout en larmes au souvenir de Sion."

Dans ces paroles du Psaume de Carême, nous Chrétiens Orthodoxes, le Nouvel Israël, nous nous souvenons que nous sommes en exil. Pour les Chrétiens Orthodoxes bannis de la sainte Russie, le Psaume a une signification particulière; mais aussi pour tous les Chrétiens Orthodoxes, qui vivent en exil dans ce monde, et aspirent à rentrer dans la vraie patrie, le Ciel. Pour nous, le Grand Jeûne est une saison d'exil ordonnée pour nous par notre Mère, l'Eglise, pour garder bien présente en notre mémoire la Sion dont nous nous sommes si fortement éloignés. Nous avons mérité notre exil et nous en avons grand besoin à cause de notre grand état de pécheur. Il n'y a que via le châtiment de l'exil, que nous nous souvenons dans le jeûne, les prières et la repentance de cette saison, que nous nous soucions de notre Sion.

"Si je t'oublie, O Jérusalem"

Faibles et oublieux, même au milieu du Grand Jeûne, nous vivons comme si Jérusalem n'existait pas pour nous. Nous tombons amoureux du monde, notre Babylone; nous sommes séduits par les passe-temps frivoles de cet "étrange pays" et négligeons les Offices et la discipline de l'Eglise qui nous rappellent notre véritable patrie. Pire encore, nous aimons nos véritables ravisseurs – car nos péchés nous tiennent captifs bien plus sûrement que n'importe quel maître humain – et à leur service, nous passons dans la paresse les précieux jours du Carême, alors que nous devrions nous préparer à rencontrer le soleil levant de la Nouvelle Jérusalem – la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

Mais il est encore temps; nous devons nous souvenir de notre véritable patrie, et pleurer sur nos péchés, cause de notre exil loin d'elle. Prenons à coeur les paroles de saint Jean Climaque : "L'exil est la séparation de tout afin de garder l'esprit inséparable de Dieu. L'exil aime et produit les larmes continuelles." Exilés du Paradis, nous devons devenir des exilés à ce monde si nous voulons espérer repartir. Nous pouvons faire cela en passant ces jours dans le jeûne, la prière, en nous séparant du monde, en participant aux Offices de l'Eglise, dans les larmes de la repentance, en préparation de la joyeuse Fête qui mettra un terme à ce temps d'exil; et en portant témoignage à tous en cet "étrange monde", de notre souvenir de cette Fête encore plus grande qui aura lieu lorsque notre Seigneur reviendra pour emmener Son peuple dans la Nouvelle Jérusalem, d'où il n'y aura plus d'exil, car elle est éternelle.

père Seraphim Rose

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