"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 mai 2006

Ciel, mes bijoux! (c) Castafiore

Une jolie pie, entre 2 ondées, de jardin en jardin s'en va, jouant à cache-cache avec mon regard, perdu dans la verdure....

Dame pie, à virevolter ainsi, comment aurais-tu pu penser un seul instant que c'est à toi que le Phénix aurait pu décerner le titre de la sagesse des oiseaux? Phénix? Mais oui, si tu avais lu saint Clément de Rome, tu l'aurais su. Partagerais-tu ta tête avec celle de la gracile et distraite linotte?

DE AVE PHOENICE

Il est, en Orient, un site fortuné

Où du ciel éternel s'ouvre la porte immense.

Le Soleil en ce lieu, se lève non l'hiver,

Ni l'été, mais aux jours lumineux du printemps.

Un plateau déploie là ses plaines découvertes :

Nul tertre n'y surgit, nul vallon ne s'y creuse,

Mais les monts de chez nous, que nous jugeons si hauts

De deux fois six coudées ce plateau les dépasse.

Quand l'univers flambait, brûlé par Phaéton,

Ce lieu seul demeurait à l'abri de ces flammes;

Et lorsque le déluge eut recouvert le monde,

Il émergea des eaux deucalionéennes.

Là verdoie le bosquet du Soleil et, plein d'arbres,

Un bois sacré que pare un feuillage immortel,

On n'y voit point venir les pâles maladies,

Ni la triste vieillesse et la mort sans merci,

Ni la crainte ou le meurtre et l'âpre amour du gain.

On n'y connut jamais Vénus et ses fureurs;

Là, nul deuil douloureux, point de noire indigence,

Ni les amers soucis, ni la faim criminelle.

Là, jamais de tempête et jamais d'ouragan,

Jamais de gel couvrant de givre blanc la terre;

Point de nuage sombre étendant sa toison,

Point d'averse tombant de la voûte du ciel.

Mais au centre jaillit une source d'eau vive,

Limpide et toujours calme, abondante en eaux douces,

Qui, débordant soudain au cours de chaque mois,

Inonde le bosquet douze fois par année.

Là des arbres dressés sur leurs fûts élancés,

Portent des fruits bien mûrs qui ne tombent jamais.

Dans ces bois vit l'oiseau unique, le phénix.

Unique, mais toujours recréé par sa mort

Illustre satellite, il sert Phébus son maître,

Fonction qu'il reçut de la Nature-Mère.


C'est lui qui marque aussi les heures qui s'envolent,

Nuit et jour, par des sons qui ne trompent jamais.

Il est prêtre des bois et gardien du bosquet,

Et le seul qui connaisse, ô Phébus, tes arcanes.

Lorsqu'il a parcouru les mille ans de sa vie,

Que sa longue existence a rendu lourd son corps,

Afin de recréer son ère déclinante,

Délaissant le séjour de son heureux bosquet,

Anxieux de renaître, il quitte ces lieux saints

Et gagne notre monde où la mort est maîtresse.

Vif en dépit des ans, il s’envole en Syrie

Qui reçut de l'oiseau son nom de Phénicie.

Survolant les déserts, il atteint la forêt

Qui cache en ses ravins un bois plein de mystère.

Lors il élit, dressant sa cime, un haut palmier

A qui l'oiseau donna son nom grec de Phoinix.

Nul animal méchant ne se glisse en ses branches,

Ni les serpents luisants ni les oiseaux rapaces.

Eole alors enferme en ses outres les vents,

De peur qu'à leur contact l'air pur ne se ternisse,

Et qu'un nuage, au ciel, formé par le Notus,

Ne masque le soleil et ne nuise à l'oiseau.

Celui-ci se construit son nid ou son sépulcre.

Car s'il meurt, c'est pour vivre, et c'est lui qui se crée.

Il va chercher alors dans la riche forêt

Les parfums d’Arabie et les sucs d'Assyrie,

Ceux qui viennent de l'Inde et ceux que le Pygmée

Cueille dans son pays et ceux de la Sabée:

Le cinname et l'amome au souffle parfumé,

Il les assemble avec les feuilles balsamiques ;

La casse a l'odeur douce et l'acanthe embaumée,

Et les larmes d'encens tombant en lourdes gouttes,

Il les joint aux épis encore tendres du nard,

Avec la panacée et l'essence de myrrhe.


Il installe en ce nid son corps qui va changer,

Et sur ce lit de vie il se livre au repos.

Au premier rougeoiement de l'aurore naissante

Dont les rayons rosés font pâlir les étoiles,

Douze fois il se plonge en une onde sacrée,

Douze fois il répand l'eau vive autour de lui.

Il s'enlève et s'installe au sommet du grand arbre

Qui domine à lui seul le bosquet tout entier,

Et, tourné vers Phébus et ses aubes nouvelles,

Il attend ses rayons et l'astre qui se lève.

Puis, lorsque le soleil heurte le seuil splendide

Et que point le reflet de la prime lumière,

L'oiseau commence alors un chant religieux,

Appelant par sa voix les nouvelles clartés.

Ni Philomèle, ni la flûte harmonieuse

De leurs sons cirrhéens n'égalent ses accents;

Ni le cygne mourant, ni les cordes sonores

De la lyre d'Hermès ne pourraient l'imiter.

Mais après que Phébus à lâché ses coursiers,

Et que, toujours montant, il dévoile son disque,

En son honneur l'oiseau par trois fois bat des ailes,

Saluant le soleil par trois fois, il se tait.

Ensuite, de son bec, il répand sur ses membres

Les sucs dont les parfums embaumeront sa mort

Parmi tant de senteurs, enfin, il rend l'esprit;

Sans crainte, il leur confie un si noble dépôt.

Son corps, pourtant, ravi par une mort vitale,

S'échauffe et sa chaleur fait jaillit une flamme.

Un rayon de l'éther à son tour vient l'atteindre :

Il s'embrase et bientôt il est réduit en cendres.

Ces cendres, la nature, en les rendant humides,

Les condense, y insuffle un germe, les féconde.

On prétend qu'il en sort une larve sans membres

Et que cet embryon a la couleur du lait.

Il croît dans son sommeil pendant un temps fixé

Puis, en se ramassant, prend la forme d'un œuf.

Comme on voit se changer l'agreste chrysalide

Suspendue à son fil, en un beau papillon,

Ainsi l'oiseau reprend sa figure première

Et, brisant son cocon, redevient le phénix.

Il n'est point d'aliment pour lui dans notre monde;

Jeune, nul n'est commis au soin de le nourrir.

Il goûte du nectar l'ondée ambrosiaque

Que fait tomber vers lui le ciel peuplé d’étoiles.

Tels sont, dans les parfums, les seuls mets que l'oiseau

Absorbe en attendant son entière croissance.

Mais quand pour lui fleurit la prime adolescence,

Il s'envole à nouveau vers son propre pays,

Non sans avoir formé, des restes paternels,

Des os et de la cendre et des autres reliques,

Un globe que d'un bec filial il enrobe

Dans un onguent de myrrhe et de baume et d'encens.









Dans sa serre il l'emporte en Héliopolis.

Il l'offre sur l'autel du sanctuaire auguste.

Il requiert les regards et les tributs de tous,

Tant il a de splendeur, tant est grand son prestige !

Sa couleur écarlate est celle que l'été

Donne en ses plus beaux jours aux grenades bien mûres,

Celle que Flore prête aux pavots des campagnes,

Quand, sous les deux vermeils, elle entr'ouvre sa robe.

Tout ce rouge ennoblit sa gorge et sa poitrine

Et recouvre sa tête et sa nuque et son dos.

Il déploie, relevée de fauves reflets d'or,

Une queue où rougeoient des moires empourprés.

Iris a diapré les plumes de ses ailes

Ainsi qu'un arc-en-ciel qui colore un nuage.

D'un blanc étincelant aux reflets d'émeraude,

Son bec est à la fois ivoire et diamant.

Ses yeux sont grands, brillants comme deux améthystes,

Dont le centre projette une flamme éclatante

Epousant les contours de sa tête nouvelle,

Son nimbe radié reproduit le soleil.

La pourpre tyrienne a teint deux fois ses pattes;

Ses serres ont l'éclat ardent du vermillon.

En sa figure on croit voir et celle du paon

Et celle de l'oiseau qui vit aux bords du Phase.

Par sa taille il égale, oiseau ou mammifère,

L'échassier colossal des déserts d'Arabie.

Pourtant, il n'est point lent comme ces volatiles

Qui, lourds de leur grand corps, marchent à petits pas ;

Mais, alerte et léger, plein de grandeur royale,

Tel l'oiseau se présente aux regards des mortels.

Toute l'Egypte accourt pour voir cette merveille,

Et la foule Joyeuse acclame l'oiseau rare.

Dans le marbre sacré l'on sculpte son image

Et l'on grave à nouveau le jour de sa venue.

Tous les êtres ailés forment une assemblée

D’où l'amour du massacre et la peur sont bannis.

Entouré de ce chœur d'oiseaux, il prend l'essor,

Et la foule l'escorte, heureuse et recueillie.

Mais quand ils ont atteint les plaines éthérées,

La cohorte revient ; lui, regagne son gîte.

Ô destin fortuné ! Ô trépas bienheureux

Que Dieu donne à l'oiseau pour naître de soi-même !

Qu'il soit mâle ou femelle ou bien ni l'un ni l'autre,

Heureux être, ignorant les liens de Vénus !

Sa Vénus, c'est la mort ; la mort, son seul amour ;

Afin de pouvoir naître, il aspire à mourir

Il est son propre fils, son héritier, son père.

Il est tout à la fois nourricier et nourri ;

Il est lui et non lui, le même et non le même,

Conquérant par la mort une vie éternelle.



poème profane de Lactance, Père de l'Eglise (+ après 325)



Quant à moi, je préfère m'en aller chantoner avec ma petite dernière
Une comptine qui nous fera danser, pendant que virevolte la pie, légère...

"Y a une pie dans l'poirier
J'entends la pie qui chante
Y a une pie dans l'poirier
J'entends la pie chanter
J'entends, j'entends, j'entends la pie qui chante
J'entends, j'entends, j'entends la pie chanter"

1 commentaire:

Ian a dit…

My French isn't up to reading all of it, but wonderful photos.