"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 juin 2006

Bénédictins Orthodoxes ERHF : Jeune et Abstinence dans le Rite Occidental


JEUNE & ABSTINENCE
OBSERVANCE ORTHODOXE OCCIDENTALE


INTRODUCTION
Dans toute discussion au sujet du jeûne au sein de l'Eglise universelle, il faut tenir compte que jusqu'à une époque très récente, l'uniformité n'a jamais prévalu, ni en Orient ni en Occident. Peut-être plus que pour tout autre aspect de la pratique ecclésiale – avec la possible exception des calendriers locaux de saints – les observances du jeûne ont considérablement varié de lieu en lieu, diocèse en diocèse, rite en rite, pays en pays. Ce qui cependant a toujours été maintenu, c'est l'importance du principe du jeûne à certaines époques et saisons. Il n'y a que dans le Protestantisme, le Catholicisme-romain moderne, et même certaines juridictions Orthodoxes modernistes, que la discipline et la sagesse du jeûne ont été abandonnées ou perdues. La discipline du jeûne et de l'abstinence ici présentée reflète celle de la communauté monastique Orthodoxe du Christ Sauveur [Christminster], de rite occidental, telle que reçue originellement au sein de l'Eglise Orthodoxe de Russie, et par la suite dans l'Eglise Orthodoxe Russe Hors Frontières. Le jeûne et l'abstinence devraient toujours être observées avec révérence et dans la prière, et ne devraient jamais devenir l'occasion de quelque sorte de jugement pharisaïque que ce soit, ou de comparaison autosatisfaite vis-à-vis de ceux qui pourraient moins bien l'observer. En effet, comme notre Seigneur nous l'a enseigné, notre jeûne et notre abstinence devraient être observés de telle manière que nul ne puisse penser à le complimenter ou à y faire des commentaires. Notre observance devrait être empreinte de charité et d'humilité, faite par amour pour Dieu et regret pour nos péchés, et ne devrait jamais être une source de différend ou d'orgueil.

JEÛNE
Le jeûne, que l'on distingue de l'abstinence, se réfère à la quantité de nourriture mangée et au moment de la journée où les repas sont pris. Son principe essentiel est qu'en un jour de jeûne, un seul repas complet peut être mangé, et devrait être mangé tard dans la journée, après 15h00, c'est-à-dire l'heure canonique de None. A moins que le jour de jeûne soit aussi jour d'abstinence, il n'y a pas de restriction particulière au sujet de la quantité ou nature de la nourriture ou la boisson, la modération étant toujours un guide sûr. Pour ceux dont le travail requiers plus de nourriture, traditionnellement, une légère collation, sans viande, peut être prise à n'importe quelle heure du jour (même avant 15h si nécessaire), sa quantité étant moitié moins que ce qui constituera le repas principal du jour. En dehors de cela, il ne faudrait pas manger en un jour de jeûne. L'eau ne rompt pas le jeûne. Il est absolument interdit de jeûner tous les Dimanches, Solennités et Grandes Fêtes. De plus, du fait que tant les règles canoniques que la Sainte Règle de Saint Benoît proscrivent le jeûne les Samedis, on ne fera qu'observer l'abstinence les Samedis durant les périodes de jeûne.
Tout au long de l'année, sauf durant le Grand Carême lorsque les Lundis sont aussi observés, les Mercredis et Vendredis sont jours de jeûne et d'abstinence, sauf si une Solennité ou une Grande Fête tombe ces jours-là. Durant la période libre de jeûne après Noël et entre Pâque et Pentecôte, on n'observe pas le jeûne mais l'abstinence est observée les Mercredis et Vendredis. Donc, tous les Mercredis et Vendredis de l'année sont aussi des jours de jeûne, à moins qu'il y ai une Solennité ou Grande Fête, et en dehors des périodes sans jeûne. Du fait que les Solennités et Grandes Fêtes commencent toujours avec les Premières Vêpres la veille avant la fête, tout jeûne doit s'achever avant que la fête ne commence, c-à-d avant les Vêpres. Dès lors, les jeûnes s'achèvent après l'Office de None (15h) chaque jour, afin qu'aucun jeûne n'aie lieu un jour de fête solennelle.

ABSTINENCE
L'abstinence se distingue du jeûne en ce qu'elle consiste à s'abstenir entièrement de manger de la viande ou volaille, et jus de cuisson, soupe ou sauce fait à base de viande ou de volaille. Les jours d'abstinence, le poisson et les produits laitiers sont toujours autorisés. Les boissons alcoolisées sont interdites, mais le vin et la bière, là où ils sont coutumiers, sont permis. L'abstinence s'applique à n'importe quelle nourriture prise ce jour-là. Au contraire du jeûne, qui par sa nature s'achève lorsque l'on mange, l'abstinence dure généralement de minuit à minuit. Mais les Samedis, ou la veille des Solennités ou Grandes Fêtes, l'abstinence s'achève avec les Vêpres. Dès lors, un Samedi normal durant le Grand Carême, bien que ce ne soit pas un jour de jeûne, permettant donc des repas plus tôt dans la journée, ces repas doivent être sans viande au moins jusqu'au repas du soir. Dès lors, les repas du soir des Samedis du Grand Carême devraient être pris après la fin des Vêpres, lorsque liturgiquement parlant, le Dimanche a déjà commencé. Pour ceux qui ne participent pas aux Vêpres, l'observance du Dimanche peut être considérée comme commençant à 17h00.

GRAND CAREME & AVENT
L'observance du Grand Carême commence au matin du Mercredi des Cendres. Durant le Grand Carême, en dehors des Samedis et Dimanches (ou des Solennités & Grandes Fêtes), tous les jours sont jour de jeûne, où l'on ne pourra prendre qu'un seul repas après 15h, et, si nécessaire, une autre petite collation sans viande. De plus, durant le Grand Carême, en dehors des Solennités et Grandes Fêtes, tous les Lundis, Mercredis et Vendredis sont jour d'abstinence, pendant lesquels ni viande ni volaille ne pourront être mangées. Le Samedi des Quatre-Temps de la première semaine du Grand Carême a une observance spéciale, en ce qu'on lui rajoute le jeûne à l'abstinence habituelle pour un Samedi du Grand Carême, se terminant, comme de coutume, après None. Durant le Triduum Sacré de la Semaine Sainte – Jeudi Saint, Vendredi Saint et Samedi Saint – l'observance du Grand Carême continue comme de coutume; mais les Jeudi et Vendredi, aucune nourriture ne sera consommée jusqu'après la célébration de la Liturgie quotidienne de l'après-midi ou du soir. Le Samedi Saint, du fait qu'aucune Liturgie ne sera célébrée avant l'office nocturne de la Grande Vigile, un repas léger et sans viande pourra être mangé avant midi. Le jeûne du Grand Carême s'achève avec la Grande Vigile et la Messe de Pâques.
L'observance de l'Avent commence le Lundi qui suit le premier Dimanche de l'Avent, qui sera toujours le Dimanche le plus proche de la fête de saint André l'Apôtre (30 novembre). Son observance est identique à celle du Grand Carême, excepté que durant les 2 premières semaines de l'Avent, les Lundis sont uniquement jour de jeûne, sans abstinence. Les 3ème et 4ème semaines de l'Avent, l'abstinence du Lundi est ajoutée à l'observance. Le Samedi des Quatre-Temps de l'Avent est observé comme durant le Grand Carême, avec jeûne et abstinence jusqu'après None. L'observance de l'Avent s'achève avec le début des Premières Vêpres de la veille de la Nativité.

JOURS DES QUATRE-TEMPS ET ROGATIONS
Les Jours de Quatre-Temps sont d'une antique origine et ont lieu 4 fois par an, à l'époque du changement de saison, le Mercredi, Vendredi et Samedi des semaines suivantes : la première semaine complète de Grand Carême après le premier Dimanche du Grand Carême; la semaine suivant l'octave de Pentecôte; après la Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix (14 septembre); après la fête de sainte Lucie (13 décembre). Les Jours des Quatre-Temps, on observe jeûne et abstinence. Traditionnellement, le don d'aumônes marquera aussi ces temps.
Les Jours de Rogations, qui ont sont les Lundi, Mardi et Mercredi avant le Jeudi de l'Ascension, sont observés uniquement par l'abstinence, du fait qu'ils ont lieu durant la période sans jeûne du temps Pascal. Ces jours sont dédiés à la prière pour ceux qui sont ordonnés dans les Saints Ordres.

VIGILES
Le jeûne est observé lors des Vigiles (la veille) de certaines fêtes majeures, s'achevant avant le début des Premières Vêpres. Ces vigiles sont observées pour les jours suivants : toutes les fêtes des Apôtres et Evangélistes, Noël (24 décembre), saint Jean Baptiste (23 juin), saint Laurent (9 août), Assomption (14 août), Toussaint (31 octobre). Si ces Vigiles tombent un Dimanche, l'observance, à moins d'être empêchée par une Solennité ou Fête, est déplacée au Samedi, et observée avec abstinence (le jeûne n'étant pas observé les Samedis en dehors des Quatre-Temps). Les Vigiles d'Apôtres qui ont lieu durant le temps Pascal sont observées avec abstinence au lieu de jeûne. Donc aucune viande ne peut être mangée ces jours-là jusqu'après les Premières Vêpres.

PERIODES SANS JEÛNE
On n'observe pas le jeûne durant la période qui va de Noël à l'Epiphanie et son Octave, ou de Pâques à la fin de l'Octave de Pentecôte. L'abstinence, cependant, est habituellement observée les Mercredis et Vendredis durant ces périodes, à moins qu'une Solennité ou Grande Fête aie lieu.

JEÛNE AVANT LA COMMUNION
Pour ceux qui reçoivent la Sainte Communion, ni nourriture ni boisson ne sont autorisées depuis minuit qui la précède jusqu'après la Messe. Dans les cas où, pour raison pastorale, la Messe sera célébrée le soir, ceux qui désirent recevoir la Sainte Communion devront jeûner depuis midi au moins, s'ils ne sont pas capables de jeûner entièrement depuis minuit. Les seules exceptions sont le Jeudi Saint et le Vendredi Saint, où tous sont obligés de jeûner jusqu'après les Liturgies du soir, qu'ils aillent recevoir la Sainte Communion ou non.

AUTRES JEÛNES
Des jeûnes spéciaux pourront être observés à l'occasion du Baptême, Confirmation, Ordination et autres circonstances similaires tel qu'ordonné par l'évêque ou l'abbé. Les jeûnes privés observés pour raisons personnelles ne peuvent être permis que pour autant qu'ils n'enfreignent pas les jeûnes réguliers tels que mentionnés ici. En de tels cas, la personne devrait toujours agir sous la guidance et avec la bénédiction de son confesseur ou père spirituel. De même, quiconque aurait besoin d'une exemption pour un des jeûnes ou abstinences mentionnés ici pourra demander à un confesseur pour obtenir une telle permission. L'exemption peut être légitimement présumée pour ceux qui sont physiquement faibles, malades, très vieux, très jeunes, ou dans quelqu'état de besoin raisonnable. Les enfants devraient être progressivement éduqués et entraînés à jeûner, et se voir enseigner l'abstinence dès le très jeune âge.


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