"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

16 juillet 2006

Les statues orthodoxes byzantines

Western Orthodoxy: Eastern Orthodox Statues

A Cleveland, Ohio (USA), le grand musée expose une belle statue du Bon Pasteur, venant de Rome, datée du 3ème siècle. Troisième, pas treizième. Aucun schisme, aucune rupture de communion n'avait été prononcée pour avoir fait usage de statues dans les églises. Alors comment se fait-il qu'actuellement, cela semble poser problème dans certains diocèses orthodoxes? Le fait qu'actuellement elles ne sont plus en usage dans la plupart des paroisses orthodoxes – la plupart mais pas toutes! - ne doit pas faire oublier que même en Orient, les statues ont eu leur pleine et entière place dans l'Eglise, place doctrinalement assurée en tant qu'images du sacré. Par manque de recul historique - et à cause du passé païen assez sulfureux de la Grèce et de l'usage des statues qu'on y faisait - , ne confondrait-t'on pas Occident déchristianisé et statues? Autant l'Orient a connu les statues dans ses églises, autant l'Occident Orthodoxe a aussi connu la forme d'art liturgique qu'est l'icône peinte sur bois. Seulement, les guerres politiques ont effacé cette mémoire du peuple Chrétien. Avec saint Nicolas Velimirovitch, l'archiprêtre Jean Meyendorff, diverses sources Antiochiennes et le père Les Bundy, retrouvons-là, elle nous appartient de plein droit.

[page récente sur l'Occident : statues miraculeuses à Toulouse]


1. Saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid, "Prologue d'Ochrid" (sanctoral / synaxaire Serbe Orthodoxe), au 12 juillet, nous donne ceci :
"4. SAINTE VERONIQUE
Véronique est la femme aux pertes de sang que le Seigneur a guérie. "Et voilà qu'une femme, qui souffrait d'une hémorragie depuis 12 ans, vint derrière Lui, et toucha le pan de sa tunique" (Saint Matthieu 9,20). Par gratitude envers le Seigneur son Guérisseur, Véronique commanda que lui soit faite une statue du Seigneur Jésus, devant laquelle elle priait Dieu. D'après la tradition, cette statue fut préservée jusqu'au règne de l'empereur Julien l'Apostat, qui fit défigurer la statue pour en faire une idole de Zeus. C'est un des rares exemples de statues de saints utilisées dans l'Eglise d'Orient. Comme on le sait, cela devint par la suite une pratique habituelle dans l'Eglise d'Occident. Sainte Véronique demeura fidèle à la Foi en Christ jusqu'à sa mort, et mourut en paix.
Traduction http://www.amdg.be

2. Protopresbytre Jean Meyendorff
"Cette vie liturgique étant, essentiellement, un culte communautaire, l’édifice qui sert régulièrement de cadre à l’assemblée acquiert tout naturellement, une importance particulière. Et ici encore, Byzance a créé un art qui, au cours de tout son développement, fut une remarquable réussite dans l’expression picturale des dogmes chrétiens et dans la réponse qu’il donnait aux problèmes du sentiment religieux. L’importance que cet art a acquise dans la vie de l’Église d’Orient fut si grande qu’elle a suscité, aux VIIIe et IXe siècles, la grande crise iconoclaste: seul un art intimement lié aux dogmes et à la vie religieuse pouvait susciter à la fois une opposition aussi farouche et un si grand nombre de défenseurs passionnés. Au cours de cette crise, l’Église a défini la nature dogmatique de la vénération des images : c’est là la matière des décisions du VIIe concile oecuménique (Nicée, 787). "Nous définissons, proclament les Pères, que les saintes images - en couleurs, en mosaïques ou en quelque autre matière - doivent être exposées dans les saintes églises de Dieu, sur les vases et les vêtements liturgiques, sur les murs et les meubles, dans les maisons et sur les routes : l’image de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, celle de notre Souveraine, l’immaculée et sainte Mère de Dieu; celle des vénérables anges et celles de tous les saints hommes. Ces représentations, en effet, chaque fois qu’elles sont contemplées, portent ceux qui les regardent à commémorer et à aimer leurs prototypes. Nous définissons également qu’elles soient embrassées et qu’elles soient l’objet de vénération et d’honneur (timètikè proskunèsis), mais non pas d’un véritable culte (latreia) qui concerne l’Objet de notre foi et ne convient qu’à la seule Nature divine... L’honneur rendu à l’image se transmet, en effet, au prototype; celui qui vénère l’image, vénère en elle la réalité qu’elle représente."
La distinction établie par le VIIe concile entre le "culte" ou "adoration" (latreia) de Dieu et la vénération (proskuvèsis) des images saintes est avant tout destinée à réfuter les accusations d’idolâtrie dont les orthodoxes étaient l’objet de la part des iconoclastes. Elle garde toute son actualité aujourd’hui, notamment pour préciser aux Protestants le sens véritable des icônes dans l’orthodoxie : trop souvent, en effet, on parle d’un "culte" et d’une "adoration" des images saintes, alors que ces mots ne sauraient être utilisés ici que dans la mesure où ils ne coïncident pas avec le grec "latreia", formellement exclu par la décision de Nicée. Il n’en reste pas moins qu’une valeur dogmatique positive est attribuée à la vénération des icônes : cette valeur est essentiellement fondée sur la réalité de l’Incarnation du Verbe. Le Fils de Dieu, affirment tous les défenseurs des images, de saint Jean Damascène au patriarche Nicéphore, est devenu réellement homme : invisible, inconnaissable et indescriptible, il est devenu visible, connaissable et peut être décrit dans la chair qui fut la sienne. Cette chair, pourtant, est déifiée : elle est elle-même devenue source de la grâce. Les images qui la représentent devront donc refléter ce caractère divin : voilà pourquoi l’art byzantin, avec ses conventions et son traditionalisme, s’est trouvé particulièrement apte à devenir un véritable art chrétien... Comme toutes les controverses dogmatiques des premiers siècles, les querelles iconoclastes avaient ainsi trait à la christologie : les iconoclastes refusaient, au fond, la réalité de l’Incarnation et défendaient la notion d’un Dieu totalement transcendant; quant aux orthodoxes, tout en affirmant la réalité d’une nature humaine en Christ, ils n’oubliaient pas que cette nature était déifiée, qu’elle appartenait en propre à l’unique hypostase du Verbe et que donc les images du Christ, comme aussi celles de la Vierge et des saints qui communiaient en Christ à la déification, doivent être des images saintes et vénérées.
Ces images constituent donc un élément essentiel de la piété orthodoxe. Certaines de ces images sont réputées miraculeuses et reconnues comme telles par l’Église qui a institué pour elles des fêtes liturgiques spéciales : de même que des portraits de personnages particulièrement célèbres ou chers peuvent susciter en nous des sentiments particulièrement forts, de même certaines icônes peuvent posséder le privilège de rapprocher particulièrement le Prototype du coeur des fidèles, susciter en eux des actes de foi et manifester enfin la toute puissance divine."
"L'Eglise Orthodoxe, hier et aujourd’hui", éditions du Seuil, Paris, 1960 pages 70-71, chapitre "L'héritage de Byzance : structure canonique, liturgie.."


3. Statues
Un FANTASTIQUE article sur l'utilisation des statues dans l'Orthodoxie est à lire dans le numéro en cours de la revue "The Lion" (Patriarcat d'Antioche)
http://web.archive.org/web/20101214142903/http://www.westernorthodox.com/stmark/lion/lion2006-06
Pour nombre d'Occidentaux, et dans le folklore Orthodoxe, les Icônes sont le substitut Oriental pour les statues, que l'on croit habituellement et erronément être interdites dans l'Eglise Orthodoxe.
Lisez-donc cette judicieuse et historique réponse à l'idée bizarre que "les Orthodoxes ne font pas de statues".
http://web.archive.org/web/20070630044709/http://raphael.doxos.com/comments.php?id=P3459_0_1_0


4. Les statues orthodoxes orientales
http://westernorthodox.blogspot.com/2006/06/eastern-orthodox-statues.html
Vendredi 16 juin 2006

Une ancienne statue du Bon Pasteur, trouvée dans les catacombes romaines

Un article fascinant et érudit d'Ember Tidings, publication officielle de la paroisse Saint Peter's Orthodox Church (Antioche, AWRV), Ft. Worth, Texas, au sujet des statues dans l'Orthodoxie. J'ai rajouté les images ci-dessous afin de rehausser l'article. Hélas, le texte n'est pas actuellement repris sur le site internet de la paroisse.
Comme on le voit ici, l'argument véhément de "l'image bi-dimensionnel contre la tri-dimensionnelle" pourrait encore bien être un nouvel exemple d'intrusion de la culture dans la foi.

Statues Orthodoxes orientales
par le p. Les Bundy

professeur d'études religieuses, Regis University, Denver,
prêtre de l'église Saint Colomba Orthodox Church, Lafayette, Colorado

Les innombrables splendides Icônes anciennes qui se sont répandues en Occident depuis la Première Guerre Mondiale, et l'intérêt croissant pour elles de la part des artistes, des érudits comme des simples amateurs de la beauté ont été un des phénomènes marquant des 2 dernières générations. Une énorme littérature a été produite autour de l'Icône, tant érudite que populaire, et les centres de reproduction de vieilles Icônes tout comme la peinture de nouvelles Icônes se sont particulièrement développés depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Pour un grand nombre de gens, l'Icône est le symbole suprême de l'Eglise Orthodoxe. Ce fut particulièrement vrai au niveau populaire depuis que le monde Occidental a vu affluer des émigrés Russes et des objets d'art religieux après la Première Guerre Mondiale. Peu après, le renouveau des études Byzantines a repris de l'élan et les Icônes ont été étudiées de manière érudite, pendant que les antiquaires offraient des exemples d'un peu tout, allant des rares anciens spécimens jusqu'aux mièvres et romantiques imitations occidentales du 19ème siècle de ce qui, au 18ème siècle, avait supplanté les types traditionnels dans les pays Orthodoxes.

Pour nombre d'Occidentaux, et dans le folklore Orthodoxe, les Icônes sont habituellement le substitut pour les statues, et, erronément, on croit ces dernières interdites dans l'Eglise Orthodoxe. En réalité, les statues ne sont en rien interdites dans l'Orthodoxie, et ont toujours eu leur rôle régulier dans l'ameublement décoratif et dévotionel de l'espace sacré, l'intérieur de l'église.

Icône : actuellement un terme technique utilisé habituellement pour désigner l'image dévotionnelle de l'Orthodoxie orientale, image plane et sans perspective; c'est simplement le mot grec pour "image". Les décrets dogmatiques du Concile Oecuménique sur les Icônes se réfèrent, en fait, à toutes les images religieuses, y compris les statues tri-dimensionnelles.

Le professeur Sergios Verkhovskoi, le conservateur professeur de dogmatique au Séminaire Saint-Vladimir condamne sans ambiguïté comme hérétique quiconque déclare les statues comme non-Orthodoxes, ou de quelque manière que ce soit, canoniquement inférieures aux peintures. (Au 19ème siècle, les traditionnelles peintures planes, dérivant des portraits funéraires hellénistiques et égyptiens, et actuellement présentées être les "authentiques" Icônes, avaient été supplantées dans toute l'Eglise Orthodoxe par des peintures naturalistes occidentales, plus ou moins bien réalisées).

Comment, dès lors, est-ce que cette opinion commune est née, comme quoi les statues seraient "occidentales", "hétérodoxes", "hérétiques"? La réponse est très simple et dérives de solides fondements culturels et sociologiques.

Les statues étaient habituelles dans le Byzantium. L'introduction de notre article présente une statuette en ivoire, tri-dimensionnelle, de la Vierge et l'Enfant, "Hodigitria", venant de Constantinople et datant du 10ème siècle. Elle se trouve à présent au "Victoria and Albert Museum", et diffère d'exemples similaires que l'on trouve à Hambourg et New York en ce que celle-ci n'a pas été taillée hors d'une plaque d'ivoire. L'arrière est aussi soigneusement et habillement taillé que la face.

La statue Hodigitria en ivoire, Victoria and Albert Museum, Londres; 10ème s.
[origine : http://www.hope.edu/academic/art/hanson/img/Hodegetria.gif]

Constantinople était remplie de statues, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des églises. Un auteur affirme que près de 300 statues classiques ornaient la place devant Sainte-Sophie. La célèbre Madonna espagnole, Notre-Dame de Montserrat, est une statue byzantine, de même que le sont de nombreux exemples dans le sud de la France, mais ce sera en Russie que la liberté Chrétienne Orthodoxe dans l'usage des images survivra. Examinons à présent les raisons pour lesquelles les statues sont devenues impopulaires dans l'Orthodoxie.


statue de Notre-Dame de Montserrat, Espagne

La cause principale, bien entendu, c'est l'Iconoclasme (destruction d'image). Depuis aussi loin que l'art dans les catacombes à Rome, les Chrétiens ont utilisé des images sacrées, tant pour l'instruction que, évidemment, comme moyen de vénérer la personne ou l'événement dépeint. La plupart sont des peintures, mais au moins 2 statues du Bon Pasteur sont antérieures à Constantin-le-Grand, et la "Vénération de la Croix" est si ancienne qu'on ne sait pas lui fixer de date initiale. Nous avons la preuve qu'en 576, en Occident, une image de Saint Martin était honorée par une lampe brûlant constamment devant elle, et [saint Venance] Fortunat a été guéri par une onction faite avec l'huile de cette veilleuse.

Dès les début du 8ème siècle, les Juifs, basant leur position sur la proscription des images dans l'Ancien Testament, les hérétiques Pauliciens (une branche des Manichéens, une secte qui méprisait la "matière" comme inférieure à "l'esprit"), et les Monophysites s'opposèrent tous aux images. Ces derniers étaient des hérétiques qui déclaraient que Jésus était Dieu et que dès lors Sa nature humaine avait été avalée par sa divinité, et donc cette humanité sans importance ne devait pas être dépeinte. De plus, dans certaines régions – Syrie, Egypte, et parmi les tribus germaniques – il y avait un méfiance basique face à l'appréciation grecque de la beauté humaine, en particulier quand manifestée dans l'art.

Toutes ces influences semblent avoir plut à l'empereur Léon l'Isaurien qui, en 726, publia le premier édit pour la destruction des images. Il y eut une opposition populaire, les évêques Romains protestèrent, et saint Jean Damascène résuma les témoignages des Pères dans 3 célèbres essais. Léon mourut en 740 et eut pour successeur son fils Constantin 5 "Copronyme", qui poursuivit le programme de son père avec une vigueur barbare. Lorsqu'il mourut en 780, son épouse, Irène, commença l'oeuvre de restauration et 7 ans plus tard, convoqua le 7ème Concile Oecuménique à Nicée, qui restaura pleinement la vénération des images. Après la période de persécution qui s'ensuivit – le mouvement Iconoclaste durera avec diverses intensités entre 726 et 842 – la restauration des images fut fixée en 842.

L'influence anti-image à Constantinople provenait des Syriens et Arméniens, était teintée de monophysisme, et en Occident, elle vint de l'empereur Charlemagne, et persista dans les terres Franques jusqu'au 9ème siècle, bien que Rome et l'Italie avaient au départ adopté la position Orthodoxe. Il ressort de toute évidence de cette étude que les héritages raciaux et culturels ont été de très grande influence.


Sarcophage de Bambino, catacombes romaines.

On peut dire la même chose de la disparition concrète des statues par opposition aux Icônes dans de grandes parties de l'Eglise Orthodoxe. Le souvenir persistant des Iconoclastes encouragea la réticence, et la conquête par les Musulmans gela l'art Orthodoxe dans sa forme la plus limitée. Dans les régions conquises, l'Eglise fut repoussée à l'intérieur [de ses bâtiments], les cloches interdites, et toutes les formes extérieures de culte Chrétien interdites en public. Du fait que toutes les représentations de créatures sont interdites pour les Musulmans, et la pression maximale faite aux Chrétiens pour s'y conformer le plus possible, seule l'Icône a pu y survivre, au contraire de la statue. Il n'y a qu'en Russie que l'Eglise est restée suffisamment libre pour maintenir la tradition dévotionnelle dans l'intégralité de son esthétique.

La gravure de bois du Nord de la Russie était hautement développée avant l'arrivée des missionnaires Orthodoxes, et elle survécu et fut "baptisée" au service de l'Eglise. Toutes les images, statues et Icônes étaient soigneusement supervisées par l'autorité ecclésiastique, tel qu'on le voit dans un oukaze [décret] du Saint-Synode du 15 mars 1772. A partir de la Révolution de 1917/18 et jusqu'après la Seconde Guerre Mondiale, les statues de valeur historique ont souffert des destructions destinées à tous les monuments religieux, mais récemment, l'intérêt pour les réalisations de l'ancienne Russie ont attiré finances, attention et recherche sur tout l'ancien art, et les statues Orthodoxes sont particulièrement appréciées.

Des centaines d'exemplaires de ces objets dévotionels ont été détruits durant la première phase de la campagne anti-religieuse des Révolutionnaires. Cependant, le nombre de statues et de crucifix tri-dimensionnels est abondant et encore en usage.

Les années 1920 ont redécouvert l'Icône orthodoxe peinte, les années 1970 les statues orthodoxes.
Reproduit, avec permission, de "Ad Clerum", juin 2006
Posté par le sous-diacre Benjamin Johnson à 13h21

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Pravda, 7 mai 2003 (en anglais)
La Russie offre une statue de Saint Nicolas le Thaumaturge à Bari (Italie)
17:40 2003-05-07
http://web.archive.org/web/20070621012400/http://newsfromrussia.com/science/2003/05/07/46707.html



saint Andrei Roubliov, prie Dieu pour nous!

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