"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

09 juillet 2006

Recevoir les Sacrements hors de l'Eglise Orthodoxe : lettre pastorale de saint Raphaël de Brooklyn

ORTHODIXIE : Pastoral Letter of St Raphael on PECUSA
Mercredi 24 mai 2006

A mon bien-aimé clergé et laïcat de l'Eglise Catholique Grecque-Orthodoxe Syrienne en Amérique du Nord:

Salutations dans le Christ Jésus, notre Seigneur et Dieu Incarné.

Mes bien-aimés :

Il y a 2 ans, alors que j'étais vice-président et membre de l'Union des Eglises Anglicane et Orthodoxes Orientales, plein de compassion pour mes enfants dans la sainte Foi Orthodoxe "transmise une fois pour toute aux Saints" (saint Jude verset 3), dispersés à travers toute l'Amérique du Nord et privés des services de l'Eglise, - et en particulier dans les endroits éloignés de tout centre Orthodoxe -, et pensant de même que l'Eglise Protestante Episcopale (Anglicane) possédait largement la foi Orthodoxe, vu que nombre d'éminents clercs l'avaient professée devant moi avant que je n'étudie en profondeur leurs autorités doctrinales et leur liturgie – le "Livre de Prière Commune" – j'ai écrit une lettre en tant qu'évêque et chef de la Mission Syrienne Catholique [= Orthodoxe] en Amérique du Nord, donnant la permission, - mais je précisais "dans les cas extrêmes", où aucun prêtre Orthodoxe ne pourrait être amené dans un bref délai -, à solliciter l'administration sacramentelle par du clergé Protestant Episcopalien (Anglican). Cependant, j'avais bien explicité en définissant quand et comment cette administration pourrait être acceptée, et aussi quelles exceptions pouvaient être faites. En rédigeant cette lettre, j'avais espéré, d'un côté, aider spirituellement mon peuple, et, de l'autre côté, à ouvrir la voie pour que les Anglicans entrent dans la communion de la sainte Foi Orthodoxe.

Ayant entendu et lut que ma lettre, et peut-être non-intentionnellement, avait été mal interprétée par certains du clergé Episcopalien (Anglican), j'ai rédigé une second lettre dans laquelle j'ai mis en exergue le fait que mes instructions et exceptions avaient été soit négligées soit ignorées par beaucoup, à savoir :

(a) Ils (les Episcopaliens) ont informé le peuple Orthodoxe que je reconnaissais la Communion Anglicane (Eglise Protestante Episcopale) comme étant uni à la Sainte Eglise Orthodoxe, et leur ministère, c'est-à-dire les saints ordres, comme valide.

(b) Le clergé Episcopalien (Anglican) a offert son administration sacramentelle même là où mon clergé Orthodoxe résidait en tant que pasteur dans les mêmes villes et zones paroissiales. Et,

(c) Le clergé Protestant Episcopalien a dit qu'il n'y avait pas besoin pour le peuple Orthodoxe de rechercher l'administration sacramentelle de leurs propres prêtres Orthodoxes, car leurs (Anglicans) soins pastoraux suffisaient en tout.

Dès lors, je me suis senti forcé par toutes ces circonstances à entreprendre une étude approfondie de la foi de l'Eglise Anglicane et de ses ordres de même que de sa discipline et rituel. Après mûre réflexion, j'ai réalisé qu'il était de mon devoir le plus honnête, en tant que membre du Collège Episcopal de la Sainte Eglise Orthodoxe Apostolique Grecque, et chef de la Mission Syrienne en Amérique du Nord, de démissionner de la vice-présidence et résilier mon adhésion à l'Union des Eglises Anglicane et Orthodoxes Orientales. En même temps, j'en ai expliqué les raisons dans ma lettre de démission.

Je suis convaincu que l'enseignement doctrinal et les pratiques de même que la discipline de l'entièreté de l'Eglise Anglicane sont inacceptables par la Sainte Eglise Orthodoxe. Je me dois de m'excuser auprès d'Anglicans que je révère profondément en tant que respectables Chrétiens, mais les enseignements très vagues de tant d'éminents de théologiens Anglicans sont si flous dans leur définition de vérités, et si inclinés vers de petites hérésies qu'il est difficile de dire ce qu'ils croient.

L'Eglise Anglicane dans son ensemble ne s'est pas exprimée de manière officielle sur sa doctrine. Ses membres de tendance Catholique peuvent faire appel à ses doctrines de diverses manières, mais son cheminement dans le domaine doctrinal est si nébuleux que ceux qui voudraient lui tendre une main fraternelle tant Chrétienne qu'ecclésiastique n'osent pas, sans méfiance, saisir la main de ses théologiens, car si nombre d'entre eux sont orthodoxes sur certains points, ils sont tout à fait hétérodoxes sur d'autres. Je parle, bien entendu, du point de vue de la Sainte Eglise Orthodoxe Catholique Orientale. La Sainte Eglise Orthodoxe n'a jamais changé de manière perceptible depuis les temps Apostoliques, et, dès lors, nul ne saurait s'égarer en découvrant ce qu'elle enseigne. Comme son Seigneur et Maître, quoique de temps à autres entourée de maladies humaines – qu'Il pardonne miséricordieusement – elle est la "même hier, et aujourd'hui et à jamais" (Hébreux 8,8)... mère et sûre dépositaire de "la vérité telle qu'elle est en Jésus" (Ephésiens 4,21).

[Ici, saint Raphaël détaille les différences entre l'Orthodoxie et l'Anglicanisme au sujet du nombre, de l'essence et de l'administration des Sacrements.]

Je ne considère pas nécessaire de mentionner toutes les différences flagrantes entre la Sainte Eglise Orthodoxe et la Communion Anglicane en référence à l'autorité de la sainte tradition, le nombre des Conciles Généraux, etc. Cela a déjà été suffisamment dit et indiqué pour montrer que la Communion Anglicane ne diffère que fort peu de tous les autres groupes Protestants, et, dès lors, il ne saurait y avoir d'intercommunion tant qu'elle ne sera pas revenue à l'ancienne sainte Foi Orthodoxe et à ses pratiques, et rejeté toutes les omissions et ajouts Protestants.

Dès lors, en tant que chef officiel de la Sainte Eglise Orthodoxe Catholique Apostolique Syrienne en Amérique du Nord, et en tant que celui qui "doit rendre compte" (Hébreux 13,17) devant le Trône du Jugement du "Berger et Pasteur des âmes" (1 Pierre 2,25), comme quoi j'aurais bien nourrit "le troupeau de Dieu" (1 Pierre 5,2), comme il m'a été donné mission par la Sainte Eglise Orthodoxe, et dans la mesure où la Communion Anglicane (Eglise Protestante Episcopale des Etats-Unis d'Amérique), pour ce qui concerne les points vitaux pour le bien-être de la Sainte Eglise Orthodoxe, ne diffère en rien de certaines des plus absurdes sectes Protestantes, j'ordonne à tout le peuple Orthodoxe résidant dans n'importe quelle communauté [région] de ne pas rechercher ni accepter l'administration des Sacrements et rites par quelque clergé que ce soit sinon celui de la Sainte Eglise Orthodoxe Catholique et Apostolique, et car le commandement Apostolique, disant que les Orthodoxes ne devraient pas communier dans les affaires ecclésiastiques avec ceux qui ne sont pas "nos frères dans la Foi" (Galates 6,10), est très clair : "Tout évêque ou prêtre ou diacre qui priera avec les hérétiques, qu'il soit anathémisé; et s'il leur permet en tant que clerc d'accomplir le moindre office, qu'il soit déposé" (Canon Apostolique 45). "Tout évêque, ou prêtre, qui accepte le Baptême ou le Saint Sacrifice d'hérétiques, nous ordonnons qu'il soit déposé, car 'Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial? Quelle part le croyant peut-il avoir avec l'incroyant? (2 Cor. 6,15)'?'" (Canon Apostolique 46).

En ce qui concerne les fidèles de la Sainte Eglise Orthodoxe vivant dans des districts hors du rayon d'action du clergé Orthodoxe Catholique, j'ordonne que l'ancienne coutume de notre Sainte Eglise soit observée, à savoir, dans les cas d'extrême nécessité, c'est-à-dire, en danger de mort, les enfants seront baptisés par quelque pieux laïc Orthodoxe, ou même par un parent de l'enfant, par la triple immersion au Nom des (Personnes de la) Sainte Trinité, et en cas de mort un tel Baptême est valide : - mais si l'enfant devait vivre, il devrait être amené à un prêtre Orthodoxe pour recevoir le Sacrement de Chrismation.

Dans le cas du décès d'une personne Orthodoxe là où aucun prêtre de la Sainte Eglise Orthodoxe ne peut être amené, un pieux laïc pourra lire sur le corps, pour le réconfort des proches et pour l'instruction des gens présents, les Psaumes 91 et 118, et ensuite le Trisagion ("Dieu Saint, Dieu Fort,.."). Mais il doit être bien clair qu'aussitôt que possible, les proches doivent avertir un évêque ou un prêtre Orthodoxe et lui demander de célébrer dans sa cathédrale ou église paroissiale la Liturgie et le Requiem pour le repos de l'âme du défunt.

En ce qui concerne le Saint Mariage, si certains devaient être unis dans le mariage hors de la Sainte Eglise Orthodoxe à cause de l'éloignement de centres Orthodoxes par rapport à leur domicile, j'ordonne qu'aussitôt que possible, ils invitent un prêtre Orthodoxe, ou se rendent là où il réside, et reçoivent de ses mains le saint Sacrement du Mariage; dans le cas contraire, ils seront considérés comme excommuniés jusqu'à ce qu'ils se soumettent à la règle de l'Eglise Orthodoxe.

De plus, j'ordonne que les Chrétiens Orthodoxes ne prennent pas l'habitude d'assister aux Offices d'autres communautés religieuses, afin qu'il n'y ait nulle confusion quant aux enseignements et doctrines. Au contraire, j'ordonne que le chef de chaque maisonnée, ou un membre, lise les prières spéciales que l'on peut trouver dans les Livres d'Heures de la Sainte Eglise Orthodoxe, et dans d'autres livres dévotionnels équivalents qui ont été publiés sous l'autorité de la Sainte Eglise Orthodoxe.

Confiant notre clergé et laïcat à la garde de Jésus-Christ, et priant que l'Esprit-Saint nous garde tous dans la vérité et étende les frontières de la Sainte Foi Orthodoxe, je demeure

Votre affectionné Serviteur dans le Christ,

RAPHAEL
Evêque de Brooklyn, Chef de la Mission Grecque Orthodoxe Catholique en Amérique

[Publié fin 1912; extrait du livre, "The Most Useful KNOWLEDGE for the Orthodox Russian-American Young People," compilé par le p. Peter G. Kohanik, 1932-1934 (pp. 297-303).]

* * * *

Office de Matines (Rite Occidental) à lire par Lecteur (en assemblée) ou laïc (à domicile) en l'absence de prêtre :
http://www.orthodoxes.net/

Notes importantissimes pour le lectorat : le terme "catholique" ci-dessus ne doit bien entendu pas être pris dans le sens que lui donne l'Église du Vatican depuis bientôt un millénaire, sens inventé "après coup". Comme pour tous les textes provenant de la Sainte Église, il faut comprendre ce terme dans le sens qu'il avait sous la plume de celui qui l'a forgé, saint Ignace d'Antioche. Utilisé pour définir l'Église, c'est un synonyme d'orthodoxe. La Sainte Église, à savoir l'Église du Christ, l'unique qui professe de manière vérifiable la Foi Orthodoxe, la Foi fidèle et invariable depuis les origines, sans invention, modification, altération, etc, tous périls mettant le Salut de celle ou celui qui y souscrit en grand danger. Sans le préciser puisqu'il parle d'un problème précis - l'Anglicanisme -, mgr Raphaël ne permet cependant pas non plus à ses fidèles de s'adresser à une paroisse "catholique", à savoir dépendant du Vatican, ses remarques étant valables dans ce domaine-là aussi. Sinon il aurait explicitement permis à ses fidèles de faire appel à ce clergé-là dans les cas d'urgence, ce qui n'est objectivement pas le cas.

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