"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 septembre 2006

Indiction & Nouvel-An ecclésial byzantin

Dans l'Empire Romain, l'Indiction était une indication fiscale. On la retrouvera dans les textes de l'Eglise, et on en parle encore dans la partie Orientale de l'Eglise Orthodoxe. Par contre, les Orthodoxes de Rite Occidental, quasiment tous d'origine Anglicane, ne le font pas (les cycles commencent à la Pentecôte ou à la Trinité, selon le Rite). D'où cela vient-il?

Le mot latin "indictio" - "annonce" - désignait, dans l'Empire romain, le montant de l'impôt foncier, dont les bases étaient définies par le cadastre. La réforme de l’imposition (taxes) dans l'Empire Romain menée au début du 3ème siècle organisait une base d'imposition selon les possessions et les revenus des contribuables. Le relevé fiscal de ces bases d’imposition devait être actualisé périodiquement. Pour finir, une périodicité de 15 ans fut adoptée pour l'actualisation, à mener par le préfet du prétoire.

Le sens de ce terme s'est élargi, signifiant d'abord la période de 15 ans entre deux révisions cadastrales, puis un simple cycle chronologique de 15 ans. L'habitude fut prise de compter les indictions à partir de l'année 312 de l'ère Chrétienne (ou 313, selon les auteurs). Car c'est en 312 que l'empereur Constantin le Grand a rendu cette mention de l'année de l’indiction obligatoire pour qu’un acte juridique soit valide, c’est-à-dire le numéro d'ordre de l’année dans le cycle. Ce système de référencement des dates était plus pratique que l’indication du nom des consuls de l’année. Après la ruine de la partie occidentale de l'empire, on voit dans les textes patristiques bien des difficultés de datation. Charlemagne reprendra ce mode de datation à partir de l'an 800.

L'Orient Chrétien gardera ce système pour l'Eglise. Probablement parce qu'on y conservera plus qu'ailleurs la mémoire du fameux "édit" de tolérance religieuse promulguée par le grand empereur - édit dont on ne trouve nulle trace dans les archives pourtant bien conservées de Rome, et qui a donc dû avoir été un accord verbal.

La mention de l'indiction sur un document désigne le rang de l'année dans le cycle de 15 ans en cours. "Indictio quinta" signifie la cinquième année d'une période indictionnelle. Mais ne précise jamais le nombre d'indictions écoulées depuis l'année 313. C'est pour cela qu'on ne sait pas dater un document en ne faisant usage que de cette information-là; elle est indicative, complémentaire.

Exemple de calcul indiqué sur :
http://www.encyclopedie-universelle.com/lexique-general.html#I

"Prenons l'exemple d'un acte marqué de l'indiction 12, qu'on suppose écrit vers 850. Il faut retrancher du millésime 850 le nombre 312, représentant les années antérieures au début du calcul par indiction ; le résultat est ensuite divisé par 15, nombre d'années d'une indiction, soit 850 - 312 : 15 = 35, avec un reste de 13. Le quotient (35) indique le nombre d'indictions écoulées depuis l'année 313, et le reste (13) le rang de l'année 850 dans l'indiction en cours.
L'acte examiné, daté de l'indiction 12, est donc antérieur d'un an, soit 849. La division ne donne pas de reste quand le millésime correspond à la quinzième année de l'indiction. Lorsque la date de l'ère chrétienne et l'indiction sont toutes deux mentionnées dans un document, la seconde peut servir à contrôler la première.

L'usage de l'indiction comme mode de datation se répandit pendant le Haut Moyen-Âge dans toute l'Europe occidentale. Introduit par Charlemagne dans les actes impériaux, il persista en France jusqu'à la fin du Moyen Âge. Mais ce système a dû être jugé d'un maniement délicat pour certains rédacteurs d'actes, qui trouvèrent prudent de se protéger derrière des formules comme celle-ci "Indictio Xa, plus vel minus", c'est-à-dire dixième année de l'indiction, plus ou moins. Curieusement, on peut encore lire sur des calendriers, imprimée généralement en petits caractères, la mention "Indiction romaine" suivie du chiffre donnant le rang de l'année dans l'indiction en cours, par exemple "Indiction romaine 4" pour 1996, soit 1996 - 312 : 15 = 112, reste 4."

Que tout ceci – difficultés des datations, faible persistance du système "romain" en Occident dès la chute de l'Empire et avant son rétablissement par Charlemagne, couplé au fait que dans certaines parties de la Chrétienté, on a toujours fait usage d'un calendrier local, différent de ce que la majorité utilisait – bref, que tout ceci aide à relativiser les notions de "sacré" du calendrier telles qu'on les retrouve un peu partout dans l'Eglise. Que ça soit dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs. Le rôle du Chrétien, c'est de sanctifier le temps présent, et de (re-)christinianiser les événements de la vie terrestre normale, pour amener grâce à ces "signes inscrits dans la nature" (cfr épître aux Romains ch. 1) les incroyants à l'acceptation de Dieu dans l'amour et la vérité.
Tropaire du Nouvel-an ecclésial ton 2
O Créateur de l'Univers,
Tu fixas les temps par Ta propre puissance,
Bénis dans Ta bonté la couronne de cette année, O Seigneur.
Préserve la sécurité de Tes dirigeants et Tes villes :
Et par les Intercessions de la Mère de Dieu, sauve nous!

Kondakion du Nouvel-an ecclésial ton 4
O Créateur et Maître des temps et âges,
Dieu de tous, Miséricordieux et Tri-un :
Accorde les bénédictions pour cette année qui commence,
Et dans Ta miséricorde infinie, sauve ceux qui Te louent et crient avec crainte :
O Sauveur, accorde les bénédictions à toute l'humanité!


L'Indiction: Début de l'Année Ecclésiastique
http://www.dynamispublications.org/090106.html
Vendredi 1er septembre 2006

2ème Vêpres Indiction :
Lévitique 25,3-12; 14-17; 19-24
Epître: 1 Timothée 2,1-7
Evangile: Saint Luc 4,16-22

Prière et temps: 1 Timothée 2,1-7, en particulier les versets 3, 4: "...Dieu notre Sauveur, Qui veut que tous les hommes soient sauvés, et parviennent à la connaissance de la vérité.."
Nous considérons comme acquis que l'année civile commence le 1er janvier, mais c'est souvent fort peu connu que le 1er septembre est le début de l'année ecclésiastique dans l'Eglise Orthodoxe. Le premier Concile Oecuménique tenu à Nicée en 325 s'est fixé par rapport à cette date. Pour un certain nombre de raisons, le 1er septembre est une date particulièrement appropriée pour débuter le cycle annuel de prière de l'Eglise. Dans l'hémisphère nord, septembre est le mois des premières récoltes. De plus, c'est durant cette saison, à la synagogue de Nazareth, que le Seigneur Jésus a lu les paroles : "L'Esprit du Seigneur est sur Moi, parce qu'Il M'a oint pour annoncer la bonne nouvelle", signalant que Son ministère débutait (cfr Luc 4,18 & Is. 61,1).

Historiquement, Septembre avait une autre importance spéciale pour les Chrétiens, car durant ce mois, Constantin le Grand a battu son rival Maxence, et entrepris d'accorder aux Chrétiens la liberté de culte à travers tout l'Empire Romain. Pour les siècles suivants, et jusqu'à nos jours, l'Eglise a fixé des prières spéciales de supplication à offrir immédiatement avant la fin de la Divine Liturgie – prières pour l'Eglise et pour toutes les villes et pour les pays à travers le monde.
Cette action offre l'opportunité d'obéir à l'injonction Apostolique de saint Paul, que l'on retrouve dans la lecture de ce jour : "Je recommande donc surtout de faire des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes" (1 Tim. 2,1).

Lorsqu'il nous exhorte à prier pour tous les hommes, l'Apôtre spécifie à la fois par des supplications et des intercessions, et cependant, nous devons faire remarquer qu'il n'y a pas de différence essentielle entre ces 2 formes de demande, car tous 2 sont des "prières" offertes en faveur des autres dans le besoin. Et lorsqu'on considère les besoins physiques, émotionnels et spirituels de l'humanité, l'étendue des problèmes humains potentiels est vaste. Dès lors, l'Apôtre ne nous limite pas, au contraire, il nous encourage à prier pour les soucis et les afflictions qui frappent nos concitoyens en humanité.

De plus, saint Paul nous exhorte à prier "pour tous les hommes", et non pas uniquement pour les Chrétiens, sa directive incluant bien tout le monde. Dès lors, lorsque nous prions, nous avons à supplier Dieu en particulier pour les dirigeants (v. 2). Pourquoi? Afin que l'Eglise puisse vivre dans des conditions qui permettent une vie paisible et tranquille pour une croissance en toute piété, afin que nous puissions nous conduire devant le monde d'une manière agréable à Dieu (v. 2-3). Quand la Foi s'incarne dans la pureté, la sainteté et la joie, il y a beaucoup plus de gens qui sont encouragés à "parvenir à la connaissance de la vérité," et "être sauvés" (v. 4).

Pour finir, l'Apôtre nous conseille vivement de ne pas limiter nos prières à rien d'autre que des "requêtes". Il ajoute à l'exhortation que les prières devraient être offertes "eucharistiquement", ou tel que traduit ici, par "des actions de grâce" (v. 1). Il n'y a aucun doute que cette mention est une allusion aux prières de louange régulières et à l'action de grâce [evcharistein] en faveur de toute l'humanité telle que l'on trouve dans la Divine Liturgie.

Dans la Liturgie, ce que la prière de l'Anaphore rend clair d'une manière particulièrement poignante, chaque personne est présentée à notre Dieu et "Maître Qui aime l'humanité", à Celui Qui nous a façonnés "de poussière de terre.. et honorés de (Sa) propre image," même lorsque nous avons "désobéi" et que nous avons dès lors été "trompés par la ruse du serpent et rendus sujets à la mort." Observez que l'intégralité du drame de la rédemption humaine est offerte dans ces prières, révélant le fort désir de l'Eglise pour la restauration de tous par le Seigneur Jésus, "vraie Image" de Dieu le Père.
Sans aucun doute, l'offrande constante, jour après jour, année après année, à travers les siècles et jusqu'à la fin des temps, d'une telle action de grâce eucharistique [pléonasme, ndt] à Dieu nous permet de vivre devant les autres, afin qu'ils soient attirés à la Foi et "soient sauvés, et parviennent à la connaissance de la vérité" (v. 4).

O Dieu, permet-nous de vivre et prier afin que tous les hommes soient amenés sur le chemin du Salut.


http://www.dynamispublications.org/

"Dynamis!" est une publication quotidienne de la cathédrale du diocèse de Wichita et Centre de l'Amérique, archidiocèse Antiochien Chrétien Orthodoxe d'Amérique du Nord
"St. George Orthodox Christian Cathedral"
7515 E. 13th
Wichita, KS 67206-1223
http://www.stgeorgecathedral.net/
















Bonne Année (Ecclésiale!) - Que vos voeux soient acceptables au Seigneur!
http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2006/09/happy-church-new-year.html

[texte légèrement adapté pour situation locale, ndt]

Il peut sembler bizarre de souhaiter "bonne année" en septembre, mais c'est à ce moment-là que l'Eglise place son commencement annuel. Le 1er septembre est, pour l'Eglise, le premier jour du Nouvel An.
Une pieuse tradition de l'Eglise affirme que Jésus de Nazareth a commencé à prêcher la bonne nouvelle de Sa mission le 1er septembre. Lorsque le Seigneur entra dans la Synagogue, on Lui donna à lire le livre du Prophète Isaïe, et Il l'ouvrit et trouva l'emplacement où il était écrit :
"L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, libérer les opprimés, publier l'année favorable du Seigneur".
Puis Il roula le livre, le rendit au servant et S'assit; et tous dans la synagogue de fixer les yeux sur Lui" (Luc 4,18-21).

La tradition affirme aussi que ce fut durant le mois de septembre que les Hébreux entrèrent dans la Terre Promise. Et, la coutume de commencer la nouvelle année avec l'automne était habituelle dans les pays Bibliques et méditerranéens parce que la récolte d'été avait été achevée, les moissons rentrées, et c'était le moment où les gens commençaient à préparer le nouveau cycle agricole. C'était un temps approprié pour un nouveau début. C'est évident dans les offices de l'An Neuf car l'Eglise supplie Dieu pour une météo favorable, des pluies de saison, et l'abondance des fruits de la terre.

Alors que nous entamons cette nouvelle année, il faut faire remarquer que le
Calendrier de l'Eglise est rempli d'événements importants – en particulier les 12 Grandes Fêtes, les 4 Jeûnes, et PÂQUES. Et aussi, chaque jour de l'Année Ecclésiale est consacré à honorer des Saints; nombre d'entre ceux qui sont morts à la date du jour. De même que nos calendriers personnels où nous mentionnons les anniversaires terrestres de la famille et des amis, l'Eglise rappelle les Saints pour leur "anniversaire céleste" – le jour où ils sont passés de cette vie et entrés dans le Royaume des Cieux.

Liturgiquement, l'Année Ecclésiale commence et s'achève avec la Mère de Dieu. La première grande Fête de l'année, le 8 septembre, honore sa naissance; la dernière grande Fête de l'année, le 15 août, commémore sa Dormition. Entre ces 2 Grandes Fêtes, l'Eglise met l'accent sur 10 autres Fêtes majeures et Pâques, la Fête des Fêtes. [Elles sont toutes à date fixe sauf Pâques, l'Ascension et la Pentecôte; et ces 3 dernières sont à même date dans l'Ancien Calendrier, il ne faut donc pas rajouter 13 jours.]

PÂQUES – 8 avril 2007
Ascension de notre Seigneur – 17 mai 2007
Dimanche de Pentecôte, 27 mai 2007

Les dates pour le Dimanche des Rameaux (Palmes), Pâques, Ascension et Pentecôte varient chaque année. En 2007, les églises Catholiques-romaines et Protestantes célébreront Pâques en même temps que les Orthodoxes, le 8 avril. Le Jeûne des Apôtres peut varier en durée. Il commence le lundi après le Dimanche de la Toussaint (premier Dimanche après la Pentecôte) [appelé "Dimanche de la Trinité" dans le Rite Orthodoxe Occidental] et se termine avec la Fête, le 29 juin.
Chaque paroisse célèbre aussi a "Fête de l'Autel", le jour réservé pour son saint patron, Fête ou Dédicace.

Les calendriers muraux que la plupart des paroisses ont à disposition à partir de l'automne reprennent nombre des saints du jour et des lectures quotidiennes pour l'année. De plus, la plupart des gens ont leur propre saint patron – ou fête patronale – à commémorer, de même que les autres saints préférés, personnels ou familiaux.
Pourquoi ne pas entamer comme il faut la Nouvelle Année? Notez dans votre calendrier personnel les Fêtes, Jeûnes et jours des saints de l'Eglise. Prenez la résolution de participer au cycle liturgique de l'Eglise. Au contraire des résolutions du Nouvel An mondain, marquez votre calendrier, honorez Fêtes et Jeûnes, et embarquez-vous pour une nouvelle vie au sein de la vie annuelle de l'Eglise : c'est une merveilleuse manière de sanctifier le temps. Unissons-nous, tous ensemble, pour faire de ceci une "année acceptable pour le Seigneur!"

Bonne Année!

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