"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 septembre 2006

Mauvaise exégèèèèèse (les brebis perdues)

http://www.orthodoxytoday.org/articles6/MetrakosExegesis.php
L'Ecriture prise hors contexte peut mener à une grande confusion, égarer et même être destructive. Prenez cette critique d'école biblique totalement élimée concernant la manière dont les fidèles Orthodoxes et catholiques-romains s'adressent à leur clergé, Matthieu 23,9 (n'appelez personne père). L'application littérale de Marc 16,19 (manipuler des serpents) est carrément effrayante. La mode vestimentaire estivale des femmes au sud étant ce qu'elle est, je suis reconnaissant que personne ne milite en faveur de l'application littérale de Marc 9,47 (si ton oeil t'est cause de péché, arrache-le). [1]

Le triturage et le tortillage de l'Ecriture n'est pas le seul domaine de ceux qui pensent que les grandes Eglises sont "non-confessionnelles" et que l'Eglise Orthodoxe a été "fondée" au 19ème siècle avec la montée du nationalisme. Nous Orthodoxes savons aussi comment jouer le petit jeu du "je ne prend que ce que j'aime dans la Bible." Ma déformation contemporaine de l'exégétique orthodoxe, c'est Luc 15,4 : "Quelqu'un d'entre vous possède 100 brebis. S'il en perd une, ne laisse-t-il pas les 99 autres dans le désert, pour aller chercher celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il la retrouve?"

Les Chrétiens Orthodoxes d'Amérique regardent vers la magnifique image du Bon Berger revenant à la maison avec le petit agneau perdu autour de son cou et se disent en eux-mêmes : "Allons trouver tous ces gens qui ont un nom de famille ethniquement Orthodoxe, et ramenons-les sur les bancs de l'église!" Voyez-vous ça, un nouveau "Comité de la Brebis Perdue" est né.

Pour tous les "Comités de la Brebis Perdue" passés et encore à venir, ce paradigme évangélique n'a porté que peu ou pas de fruit. Pourquoi? Les personnes avec un nom de famille "orthodoxe" qui ne mènent pas la vie de l'Eglise le font par choix. Ils sont des brebis qui ont fuit le troupeau – si elles sont seulement des brebis.. Plus encore, les "Comités de la Brebis Perdue" ne marchent pas parce qu'ils sont basés sur une exégèse erronée. Luc 15,4 doit être replacé dans le contexte plus large des versets 4 à 7 :

"Quelqu'un d'entre vous possède cent brebis. S'il en perd une, ne laisse-t-il pas les 99 autres dans le désert, pour aller chercher celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il la retrouve? Quand il l'a trouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules; puis, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi : j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. - De même, vous dis-je, il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur pénitent que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de repentance." [accentuation rajoutée par l'auteur]

Jésus utilise l'image de Luc 15,4-7 pour nous dire qu'Il est le bon pasteur qui appelle chaque humain à la repentance, et nous rappelle que Son ministère rédempteur est centré non pas sur le maintien du status quo pour le juste, mais sur la récupération de celui qui est tombé. Si nous devons suivre les paroles du Seigneur, alors nous devons aller chercher la brebis perdue. Nous devons juste être sûr de savoir qui sont les brebis perdues.


Qui ne sont pas les Brebis Perdues

Igor Czht arriva de Slobovie aux Etats-Unis lorsqu'il avait la vingtaine. Après avoir passé quelques années à travailler pour son cousin à Chowderland, USA, dans la Fabrique de Poterie de Chowderland (Les Slobovènes sont des potiers renommés), Igor a déménagé vers le sud, vers Countryland, USA. Vingt ans après être arrivé en Amérique, il devint le patron de la lucrative Fabrique de Poterie de Countryland. Il passait ses samedis soir à consommer de copieuses rations de brandy Slobovène et jouer au cartes, et ses dimanches à pêcher sur son bateau de rivière. La dernière fois qu'il avait été à une Liturgie, c'était il y a 2 ans, lorsque sa mère était venue de son vieux pays lui rendre une visite.

Lorsqu'on demande à Igor pourquoi il ne vient pas à l'église, il répond sans hésitation : "Ils jugent tout le monde trop catégoriquement."

"Mais le prêtre, le père Boris, est énergique, et travaille dur."

"Il est le pire de tous. Il hait les Slobovènes."

"Avez-vous parlé avec lui?"

"Je n'en ai pas besoin. J'ai entendu suffisamment à son égard au Club des Slobovènes."

"Mais le père du prêtre Boris était Slobovène, et il en parle la langue. Il a même co-écrit le livre 'La poterie Slobovène et les Fêtes majeures de l'Eglise'."

"Ecoute," dit Igor. "Je n'ai pas besoin d'aller dans une église enfantine ni d'être un bébé Chrétien."

Igor pourrait être décrit comme un certain animal dont le nom tient en 4 lettres, mais il n'est sûrement pas une brebis perdue. Il n'a jamais fait partie du troupeau et ne reconnaît pas son besoin de repentance. Et pourtant, les églises Orthodoxes de tout le pays perdent leur temps à s'agiter à cause du fait que les Igors du monde se soucieraient moins de l'Eglise.

Est-ce que je dis qu'Igor ne mérite pas un coup de téléphone, une carte postale ou une visite? Bien sûr que non. Mais gaspiller trop de ressources paroissiales pour ramener Igor à l'Eglise, c'est irresponsable. Pire que la non-participation d'Igor à la vie de la communauté, ce serait Igor traînant dans la paroisse avec son attitude destructive usuelle. Au lieu de récupérer une brebis perdue pour le Christ, la paroisse aurait délibérément introduit une maladie dans le troupeau.


Qui pourraient être les Brebis Perdues

Panagiotis et Panagiota Pappas partirent pour Countryland il y a 3 mois d'ici. Longtemps durant, ils n'ont pas su qu'il y avait une paroisse Orthodoxe dans leur nouvelle ville. La paroisse Slobovène avait une mention en une ligne dans l'annuaire et leur site internet était "en construction" depuis l'époque de l'internet par modem. Lorsque Panagiota réussit à trouver le numéro de téléphone de la paroisse, quelqu'un répondit à l'appel "église Slobovène".

Sans se laisser démonter, elle et Panagiotis vinrent à la Liturgie le dimanche suivant. Ils passèrent la première fois devant l'église sans la remarquer (le panneau fait 1m x 1m). Ils ont alors roulé 2 fois autour du pâté de maisons pour trouver l'entrée du parking. Après être entrés dans le narthex, où on leur indiqua là où se trouvaient les cierges à un dollar et celles à 5 dollars. Après la Liturgie, le prêtre a tenu à annoncer l'accueil de "M. et Mme Panagiotis" et les a invités à venir partager la tasse de café dans la salle à côté – où personne ne s'est adressé à eux.

Les Pappa sont des brebis en recherche d'un troupeau. Répondre à leurs besoins ne demande qu'un tout petit peu d'argent et aussi un peu moins d'esprit de chapelle. Au lieu de placer leur lumière sous un boisseau, la paroisse Slobovène ferait mieux de dépenser un peu d'argent pour une présence décente dans l'annuaire et sur l'internet. Oserais-je le dire? Une annonce radiophonique occasionnelle serait fort bien.

Installez quelques panneaux qui aident les gens à trouver l'église. Faites quelque chose à propos de ce trafic du parking. Au moins faites semblant d'être heureux de voir des visiteurs. Et s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, cessez de vous appeler "église Slobovène".


Qui sont les Brebis Perdues

Jane et John Whitebread vivent dans une maison de mille mètres carré dans un quartier protégé. Tous deux ont fait de hautes études et ont un bon métier. Jane a été élevée comme Protestante Baptiste mais n'a plus mis les pieds à l'église depuis des années. La famille de John n'a jamais fait partie d'une communauté de foi.

Les Whitebreads travaillent dur. Comme la plupart des Américains, ils jouissent d'un confort matériel dont les royautés de l'Antiquité n'auraient jamais osé rêver. John descend une bouteille de whisky par semaine et Jane va en thérapie. Les soirs de semaine, ils s'effondrent endormis sur leur couche et aiment être assis à regarder les nouvelles. Les samedis soirs, ils les passent à boire du gin-tonic avec les voisins.

Ils se réveillent les dimanches matin avec une gueule de bois. John sort et va chercher la gazette dominicale. Une tasse de café, les mots croisés, et il est temps de penser à tondre la pelouse et à aller chercher le linge au lavoir.

Pendant ce temps, les enfants des Whitebread accomplissent leur rituel du dimanche matin. Leur fils de 13 ans "chatte" avec ses copains tout en regardant des sites internet pornographiques. Leur fille de 9 ans est scotchée devant la télévision. Leur fils de 6 ans joue aux jeux vidéos.

Jane et John sentent qu'il y a quelque chose qui manque dans leur vie. Ils se demandent si ça pourrait être la religion, mais ils abandonnent l'idée. Ils ne parviennent pas à établir un rapport avec ces fondamentalistes qui leur font leur prêchi-prêcha au PTA (association d'éducation pour parents) et dans les rassemblements d'associations de voisinage. Ils pensent que les prédicateurs en polo de golf et tenue kaki ont l'air stupides. Les panneaux d'église de style publicitaire, les Offices qui commencent à 16h48, les réponses simplistes aux questions complexes, et les positions morales qui semblent s'accommoder des tendances de la société, tout cela laisse John et Jane totalement froids. Ils se demandent : "N'existerait-il pas une religion qui offrirait des pratiques et des croyances qui ne nous demandent pas de nous débarrasser de la moitié de notre cerveau ou d'admettre que le mariage homo est une étape nécessaire dans l'évolution culturelle?"

Les Whitebreads sont la brebis perdue de l'Amérique. Ils ne le savent même pas, mais ils sont la raison pour laquelle Dieu S'est fait homme. Ils mènent une vie de confort où tout n'est qu'abondance. Que ferons-nous, nous les Orthodoxes, pour les aider à quitter leur état d'hébétitude et entrer dans la lumière du Royaume? C'est la question déterminante pour l'Orthodoxie Américaine.

Je ne prétend pas connaître la réponse à cette question. Mais je sais que remplir le Grand Mandat, cela signifie que nous devons cesser de gaspiller notre temps et notre énergie à courir derrière des fabriquants de poterie et devons aller à la recherche de la véritable brebis perdue. Chemin faisant, nous voudrons peut-être nous rendre plus visibles et accessibles.

Et si un visiteur veut payer un dollar pour un cierge de cinq dollar, c'est bien aussi. L'église les achète pour moins d'un quart de dollar pièce.

Posté: 25 Juillet 2006

Le père Aris P. Metrakos est un prêtre Grec-Orthodoxe, prêtre de l'église Holy Trinity Greek Orthodox Church, à Columbia, Caroline du Sud.
Ancien pilote de l'aviation embarquée dans la US Navy, il a passé 7 années en service actif avant de rentrer au Séminaire.






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[1] Exemple récent et mortel d'une application littérale de la Bible :
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Gabon : un pasteur se noie en voulant imiter Jésus (29/8/2006)
http://www.metrofrance.com/part/flux/060829092437.3da3r4yl.php
Un jeune pasteur d'une Eglise dite "de Réveil" (pentecôtiste) s'est noyé lundi sur une plage de Libreville en voulant marcher sur l'eau, à l'instar de Jésus-Christ dans la Bible, rapporte mardi le quotidien gouvernemental L'Union.
Selon le journal, le pasteur d'origine camerounaise "aurait eu une révélation lui permettant de rallier la Pointe Denis", séparée de Libreville par l'Estuaire du Komo, une traversée d'une vingtaine de minutes en bateau.
"En fait de dominer une mer généralement impitoyable avec ceux qui la défient, le serviteur de Dieu a tout simplement sombré en présence du photographe qu'il avait pris comme témoin du miracle et de quelques fidèles auxquels il avait promis la guérison", explique le quotidien.
Les Eglises pentecôtistes, souvent d'inspiration américaine, se sont multipliées depuis le début des années 90 au Gabon, pays d'1,3 million d'habitants qui en compte actuellement plus d'un millier, rassemblant environ 120.000 fidèles réguliers.
Les pasteurs promettent généralement à leurs fidèles que leur foi leur apportera succès professionnel et amoureux, santé, richesse. Certains prétendent pouvoir accomplir des miracles et notamment guérir toutes sortes de maladie, de la simple grippe jusqu'au sida.
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