New-York : Clarifications du Synode EORHF sur l'Acte de Communion Canonique

http://russianorthodoxchurch.ws/synod/eng2006/9enaktexplanantion.html

NEW YORK: 11 Septembre 2006
Ayant entendu les opinions d'un certain nombre de clercs et de laïcs, le Synode des évêques de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières a estimé utile de faire les clarifications suivantes :
Au sujet de l'opinion exprimée par certains comme quoi les différences en matière de principe entre les 2 parties n'auraient pas été résolues – les questions de l'oecuménisme et du "Sergianisme" – nous sentons qu'il est nécessaire de dire que ces questions ont été minutieusement examinées par les Commissions conjointes, qui ont rédigé les documents en commun, subséquemment acceptés et approuvés par les hiérarchies de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières et l'Église Orthodoxe de Russie du patriarcat de Moscou. Ils comprennent 2 documents fondamentaux : "Sur les relations entre l'Église et l'État" et "Sur l'attitude de l'Église
Orthodoxe envers les Hétérodoxes et envers les Organisations inter-confessionnelles." Comme il mentionné dans l'annonce officielle du 8 juillet 2004 – il y a 2 ans déjà – le Synode des évêques "a adopté les documents préparés lors des réunions conjointes des 2 Comités, notant leur accord avec les positions de principe de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières."Ces documents, et aussi les documents communs suivants, préparés par les Commissions et approuvés par les Synodes ou Conciles des évêques de chaque partie, définissent clairement l'attitude Orthodoxe vis-à-vis des 2 questions présentées aux Commissions : "Sergianisme" et oecuménisme.
En particulier, nous lisons dans ces documents :
"Au 20ème siècle, après la révolution Bolchevique, une persécution sans précédent a éclaté contre l'Église en Russie. Durant ces années, par la Divine Providence, l'Église de Russie a produit un grand nombre de saints Néo-Martyrs et Confesseurs de Russie. Tout le monde n'a pas résisté durant les années de persécution. Certains clercs et laïcs, piétinant la Divine vérité, ont facilité les actions des persécuteurs en vue de la destruction de l'Église. De telles actions ne peuvent, en aucune circonstance, être permises et justifiées; elles méritent toute condamnation, pour éviter leur répétition dans l'éventualité où le Seigneur permettrait aux persécutions de recommencer.
"Lorsque se conformer aux prescriptions légales menace son Salut éternel et implique une apostasie ou l'accomplissement d'actes indubitablement pécheurs envers le Seigneur et son prochain, le Chrétien est appelé à accomplir l'exploit de la Confession pour l'amour de la vérité de Dieu et pour le Salut de son âme en vue de la vie éternelle.
"L'Église doit soutenir toutes les bonnes initiatives de l'État, mais elle doit résister au mal, à l'immoralité et aux phénomènes sociaux nuisibles, et toujours fermement confesser la Vérité, et lorsque les persécutions commencent, continuer à ouvertement témoigner de la Foi et être prête à suivre le chemin des Confesseurs et Martyrs pour le Christ. ("Sur les relations entre l'Église et l'État")."Aujourd'hui, nous pouvons dire qu'il y a de la contre-vérité mêlée dans... la Déclaration [*]. La Déclaration s'était donnée pour but de placer l'Église en relation correcte avec l'État Soviétique. Mais cette relation – et dans la Déclaration elle était clairement définie comme la soumission de l'Église aux intérêts de la politique gouvernementale – est incorrecte du point de vue de l'Église" (sa sainteté le patriarche Alexis II).
"Tant dans la partie de l'Église de Russie se trouvant à l'étranger, et, ce qui est très important, en Russie aussi, la "Déclaration" a été vue par le peuple de l'Église comme un compromis morbide et tragique, mais non pas comme le libre choix de l'Église du Christ."
"La 'Déclaration' était vue comme un document extorqué qui n'exprimait pas la libre volonté de l'Église.
"Comme sa sainteté le patriarche Alexis II l'a dit en 1991, "La Déclaration du Métropolite Serge appartient au passé, et nous ne sommes pas guidés par elle." ("Commentaire sur le Document commun des Commissions du patriarcat de Moscou et de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières titré 'Sur les relations entre l'Église et l'État'.").
Les paroles concluant ce document ("Commentaire"), adopté par les Saints Synodes des 2 parties de l'Église de Russie, établissent une évaluation parfaitement définitive de la "Déclaration" du Métropolite Serge en 1927 : "Le rejet de la direction prise par l'Église de Russie dans ses relations avec l'État telle que reflétée dans la 'Déclaration' ouvre le chemin à la plénitude de la communion fraternelle."
On ne saurait être plus explicite. Rejet signifie rejet.
En ce qui concerne l'oecuménisme, nous lisons dans les documents communs :
"L'Église Orthodoxe de Russie adhère strictement à l'enseignement présenté par le Credo, stipulant que l'Église du Christ est Une.
"Puisque le Corps du Christ est l'unique vaisseau du Salut, en tant que pilier et fondation de la vérité, l'Église ne s'est jamais divisée ni n'a disparu, mais toujours, tout au long de l'histoire du Christianisme, a enseigné le pur enseignement de l'Evangile dans l'abondance des dons pleins de grâce de l'Esprit-Saint.
"Une partie considérable du monde Protestant, au cours de son développement, s'est embarquée sur le chemin du libéralisme humaniste et a de plus en plus perdu ses liens avec la Tradition de la Sainte Eglise, changeant selon ses propres désirs les normes établies divinement en matière de moralité et d'enseignements dogmatiques et se plaçant au service des intérêts de la société consumériste, se soumettant eux-mêmes aux notions de confort terrestre et de buts politiques. En tant que 'sel ayant perdu sa saveur' (Matthieu 5,13), de telles communautés ont perdu leur pouvoir de résistance aux passions et péchés humains.
"De telles tendances suscitent une profonde crainte, et ont motivé l'Église Orthodoxe à réexaminer ses relations avec les diverses confessions et organisations inter-confessionnelles.
"Une condition à la participation de l'Église Orthodoxe aux organisations inter-confessionnelles, y compris le Conseil Oecuménique des Églises, est l'exclusion du syncrétisme religieux. Les Chrétiens Orthodoxes insistent sur leur droit à librement confesser leur foi en l'Église Orthodoxe comme en étant l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, sans la moindre concession à la soi-disante "théorie des branches" et en rejetant définitivement la moindre tentative de diluer l'ecclésiologie Orthodoxe.
"L'Église Orthodoxe exclut la moindre possibilité de communion liturgique avec les non-Orthodoxes. En particulier, la participation à des actions liturgiques en relation avec les services religieux soit-disant oecuméniques ou inter-confessionnels est considérée comme inadmissible pour un Orthodoxe. En général, l'Église devrait déterminer sur base conciliaire les formes de l'interaction avec les hétérodoxes, sur base de ses enseignements, discipline canonique et opportunité ecclésiastique" ("Sur l'attitude de l'Église Orthodoxe envers les Hétérodoxes et envers les organisations inter-confessionnelles").
Dans une entrevue publiée récemment, son éminence le métropolite Kirill, président du département des relations ecclésiales externes du patriarcat de Moscou, disait :
"Je souhaite exprimer avec une absolue clarté que pour les Chrétiens Orthodoxes, il ne saurait y avoir le moindre doute que l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, c'est l'Église Orthodoxe. Tout au long de l'histoire du COE (WCC), aucun de ses participants Orthodoxes n'a soutenu la soi-disante "théorie des branches" puisqu'elle contredit fondamentalement l'ecclésiologie Orthodoxe."
"Depuis que de nombreux Protestants se sont lancés sur le chemin de l'extrême libéralisation de la théologie et de la moralité, abandonnant de manière décisive les normes de la foi et de la vie de l'Eglise Apostolique, les représentants de l'Eglise de Russie ont déclaré qu'ils ne pouvaient plus participer à une prière commune au sein du Conseil Oecuménique des Églises."
Dans cette même entrevue, le métropolite Kirill justifie de la manière suivante la poursuite de l'Église Orthodoxe de Russie :
"Le Conseil Oecuménique est une bonne tribune pour prêcher et pour défendre les valeurs et les intérêts de l'Orthodoxie dans le monde entier. Il ne faudrait pas oublier que le travail consultatif réalisé entre les Églises Locales Orthodoxes est aussi accomplit dans le cadre du COE. Vu le fait que les conférences pan-Orthodoxes n'ont pas lieu pour un certain nombre de raisons, et que le processus pan-Orthodoxe s'est retrouvé à l'arrêt, le Conseil Oecuménique reste souvent le seul forum où des participants Orthodoxes savent se rencontrer, et où ils peuvent discuter des questions actuelles urgentes. En le quittant, nous nous isolerions de nous-mêmes du processus consultatif entre les Églises Orthodoxes Locales. Il n'est pas exclu que ceci conviendrait à certains. Il est bien connu qu'il y a des forces au sein de l'Orthodoxie qui sont inquiètes des succès de l'Église Orthodoxe de Russie et qui sont intéressés de la voir affaiblie. Si le monde Chrétien n'entend pas la voix de l'Église de Russie, il entendra d'autres voix à sa place. Cela pourrait renverser la balance au sein de l'Orthodoxie Universelle, qui est maintenue au prix de grands efforts, en particulier grâce à l'autorité mondialement reconnue à l'Église Orthodoxe de Russie. Se retirer aujourd'hui du COE signifierait affaiblir les positions dont bénéficie l'Église de Russie au sein de la famille Orthodoxe, et aussi à travers le monde, y compris dans la société russe, qui est très intéressée par le sujet des relations inter-confessionnelles et inter-religieuses. La demande d'auto-isolement de l'Église Orthodoxe de Russie ne peut qu'être adressée par ceux qui ne savent pas ce qui se passe au COE et quel est le véritable rôle que l'Église de Russie a dans tout ce complexe système de relations inter-Chrétiennes et inter-religieuses, ou par ceux qui luttent consciemment pour limiter son influence et affaiblir son autorité."
En conclusion, il dit:
"Enfin, si des participants principaux du COE continuent à quitter des fondamentaux de la théologie et de la morale Chrétienne, nous reconsidérerons la forme, voire le fait même, de la continuité de notre participation."
En ce qui concerne les raisons de la participation au COE telles qu'exprimées par le métropolite Kirill, nous les comprenons, mais cela ne change en rien notre attitude négative envers la participation aux organisations oecuméniques. Partageant pleinement les principes soulignés en la matière dans les documents communs, nous confirmons ce qui a été déclaré dans la Résolution du 4ème Concile Général de la Diaspora : "La participation de l'Église Orthodoxe de Russie du patriarcat de Moscou au Conseil Oecuménique des Églises suscite de la confusion parmi nos clergé et fidèles. Avec une peine sincère, nous demandons à la hiérarchie de l'Église Orthodoxe de Russie du patriarcat de Moscou de considérer l'appel de notre troupeau pour prestement éloigner cette tentation."
* * *
A la deuxième question régulièrement soulevée, exprimant qu'actuellement, l'Église Orthodoxe de Russie est en manque d'une autorité ecclésiastique suprême légitimement élue, puisqu'en accord avec la décision du Concile Général de Russie de 1917-1918, la plus haute autorité dans l'Eglise appartient au Concile Local avec la participation des évêques, du clergé et du laïcat, il est bon de rappeler que "l'Acte de Communion Canonique" stipule que c'est le Concile Local de l'Église de Russie qui est l'autorité ecclésiastique suprême.
Le paragraphe 8 dit : "Les évêques de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières sont membres du Concile Local et du Concile des Évêques de l'Église Orthodoxe de Russie et participent de la manière prescrite aux réunions du Saint-Synode."
Le paragraphe 9 de "l'Acte" dit : "Les plus hautes instances de l'autorité ecclésiastique dans l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières sont le Concile Local et le Concile des Évêques de l'Église Orthodoxe de Russie," auquel participent tous les évêques de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières, conformément au paragraphe 8.
Le paragraphe 8 dit aussi que "les représentants du clergé et du laïcat de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières participent au Concile russe Local de l'Église Orthodoxe de Russie de la manière prescrite." Tout ceci est en plein accord avec la décision du Concile Général de 1917 qui déclare : "Dans l'Église Orthodoxe de Russie, la plus haute autorité – législative, administrative, judiciaire et de contrôle – appartient au Concile Local, qui est périodiquement rassemblé et qui est composé des évêques, du clergé et du laïcat."
La résolution du 4ème Concile Général de la Diaspora se réfère aussi au Concile Local : "Nous espérons que le prochain Concile Local de l'Église unifiée de Russie réglera les problèmes ecclésiaux encore non-résolus."
Il doit être bien clairement compris qu'en l'absence de la reprise de communion canonique entre les 2 parties de l'Église de Russie par la signature commune de "l'Acte de Communion Canonique", la participation des représentants des évêques, clergé et laïcat de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières dans un futur Concile Local de l'Église de Russie serait impossible.
Concernant certaines autres dispositions dans "l'Acte de Communion Canonique", qui, selon l'opinion de certains, "place une Eglise au-dessus de l'autre," en particulier, la commémoration du Primat de l'Église Locale de Russie, le patriarche de Moscou, la réception du Saint Chrême de sa part, et autres détails du genre : il est important de se rappeler que ces points proviennent directement des obligations canoniques découlant des décisions du Concile Général de Russie de 1917-1918.
Dans sa Décision du 8 décembre 1917, titrée "Sur les droits et les devoirs de sa sainteté le patriarche de Moscou et toute la Rus'", le paragraphe 2(k) déclare que le patriarche "s'occupera de la préparation en temps opportun et de la consécration du Saint Chrême pour l'usage de l'Église de Russie."
Au paragraphe 3 de la même Décision, il est écrit : "Le nom du patriarche est commémoré durant les Divins Offices dans toutes les églises de l'Église de Russie."
Dès lors, les dispositions se trouvant dans "l'Acte de Communion Canonique" sont en plein accord avec les décisions du Concile Général de Russie et avec les normes canoniques de l'administration ecclésiale.
Selon "l'Acte de Communion Canonique", l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières est "auto-gouvernée dans les domaines de la pastorale, l'éducation, administratif, gestion, propriété et affaires civiles" (par. 2). Aucun des décrets du Synode des Évêques de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières n'est soumis à être revu ou confirmé par le Saint-Synode ou le Concile de l'Église Orthodoxe de Russie du patriarcat de Moscou, sauf ceux de nature canonique.
Par conséquence, il ne saurait y avoir de discussion sur une "soumission" d'une partie à l'autre, ou de l'auto-dissolution de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières . Bien au contraire, "l'Acte de Communion Canonique" confirme le futur statut canonique de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières – en reconnaissant que "dans les diocèses, paroisses, monastères, fraternités et autres organisations ecclésiastiques qui ont prit forme au cours de l'histoire, [elle] demeure une partie indissoluble de l'Eglise Orthodoxe Russe locale" comme elle s'est toujours considéré être.
L'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières, dans sa totalité, préserve donc son existence et son statut d'auto-gouvernance. Elle continuera à avoir son propre premier Hiérarque, son propre Concile des Évêques, son propre Synode d'Évêques, ses propres Règles, et se gouvernera elle-même avec une complète indépendance.
Cependant, son statut temporaire appartient au passé, un statut qui avait été conditionné, tel qu'il est explicitement écrit dans le premier paragraphe des Règles de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières, par l'existence en Russie du régime athée. Ce paragraphe stipule : "L'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières est une partie indissoluble de l'Église Orthodoxe de Russie, et en attendant l'extermination en Russie du régime athée, elle est auto-gouvernée sur base des principes conciliaires..."
Avec l'abolition du régime athée en Russie, ce paragraphe perd sa force, et ne peut pas rester en tant que base pour le statut canonique de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières.
Dès lors, il était nécessaire d'établir un nouveau statut canonique, indiscutable, reconnu par la totalité de l'Orthodoxie Universelle pour l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières, tout en préservant sa condition originelle d'être une "partie indissoluble de l'Église Orthodoxe Locale de Russie."
Ceci fut en fait accompli dans "l'Acte de Communion Canonique" approuvé et confirmé par le dernier Synode des Évêques.
+ LAURUS,
Métropolite de l'Est de l'Amérique et de New York
Premier Hiérarque de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières
+ Mark, Archevêque de Berlin et d'Allemagne
+ Kyrill, Archevêque de San Francisco et de l'Ouest de l'Amérique
+ Michael, Évêque de Genève et de l'Europe de l'Ouest
+ Gabriel, Évêque de Manhattan
+ Peter, Évêque de Cleveland
[*] Ndt : "La Déclaration" : il s'agit de l'acte d'allégeance au moins partielle que le Métropolite Serge de Moscou avait faite à l'État Soviétique en son temps, et dans les terribles circonstances que l'Histoire à présent connaît bien.





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