"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 septembre 2006

PATRIARCHE OU PAPE: CE N'EST PAS LA MÊME CHOSE

par Dom James Deschene, OSB
http://www.christminster.org/Patriarch.htm

The Editor
Providence Journal
29 Janvier 2002

Monsieur,

Le récent article de votre Journal (25/1/2002) à propos de la réunion oecuménique à Assise des dirigeants religieux du monde avec le pape Jean-Paul sert, regrettablement, à perpétuer la notion répandue mais erronée que le patriarche Bartholoméos serait au monde du Christianisme Orthodoxe ce que le pape de Rome serait au Catholicisme-romain. Appeler le patriarche le guide spirituel de tous les Chrétiens Orthodoxes est aussi exact – et significatif – que d'appeler guide moral du monde libre le président des Etats-Unis d'Amérique. Le titre a une signification symbolique, et la position a même quelqu'influence. Mais dans aucun de ces cas, l'homme n'a le moindre pouvoir légal ou la moindre autorité en dehors de sa propre juridiction. Une autre nation peut librement affirmer soutenir une partie de la politique du président américain. Mais en aucun cas cela n'autorise le président américain à parler au nom des autres nations ou à déterminer leur politique en dehors du cas où elles lui donneraient leur accord, pour lequel elles seraient toujours et fort justement libres de le refuser.

Cette situation est presqu'exactement parallèle à la situation du patriarche oecuménique. Il peut exprimer sa propre opinion et politique, mais cela n'a aucune autorité légale ou effet sur quelqu'Église Orthodoxe en dehors de la sienne propre (à savoir, de Constantinople) à moins que et tant que ces Églises Orthodoxes librement affirment cette politique et la soutiennent. Dès lors, dans quelque sens légaliste ou officiel du terme que ce soit, il ne parle pas au nom du monde Orthodoxe, pas plus que George Bush ne parle légalement au nom du monde libre. Le président Bush, bien qu'à même de mener une guerre (ou négocier une paix) pour ce pays, n'aurait aucune autorité pour déclarer la guerre, mettons, entre l'Angleterre et la France. Et on peut être certain que tant l'Angleterre que la France seraient prompt – et tout à fait dans leur droit – à réfuter une telle usurpation de leur souveraineté.

Les Occidentaux, influencés par la souveraineté et la nature monarchique de la papauté romaine, sont bien trop rapides à supposer qu'une telle autorité et puissance équivalente revêtirait un personnage de l'Orthodoxie – par exemple, le patriarche oecuménique. Mais l'Orthodoxie, au contraire du Catholicisme-romain, croit dans la souveraineté et l'autorité de chaque Église Orthodoxe indépendante (telle que celle de Grèce, de Russie, de Serbie, d'Antioche, etc) et son collège ou synode d'évêques.

Dès lors, alors que le pape romain est, par la loi et la constitution de sa propre église, revêtu du pouvoir d'agir d'une manière souveraine et absolue dans tout le Catholicisme-romain, nul dans le monde Orthodoxe ne possède une telle autorité ou puissance. Donc, alors que le pape, s'il le souhaitait, pourrait décréter unilatéralement qu'il considère le Schisme avec le monde Orthodoxe comme étant terminé, il n'y a personne du côté Orthodoxe qui pourrait faire la même chose unilatéralement, ou même accepter au nom de toute l'Orthodoxie la décision du pape.

Il est vrai que ceci rend certaines décisions et règles difficiles à obtenir, puisque l'Orthodoxe doit obtenir un consensus de tout le corps Orthodoxe. Mais cela a aussi protégé le trésor de la Foi Orthodoxe et de son culte liturgique contre l'espèce de décrépitude et dilution que l'on a vu dans les églises occidentales depuis quelques générations. Selon les paroles du Psalmiste, l'Orthodoxie ne place pas sa confiance dans les princes – même spirituels – mais dans le Seigneur Qui, étant Lui-même la Vérité ("Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie"), garde Son peuple de l'erreur et du mensonge.

Peut-être que le Journal pourrait apporter une modeste contribution à ce processus en corrigeant, ou au moins en ne perpétuant pas les perceptions erronées au sujet du monde du Christianisme Orthodoxe.

Bien à vous,
Dom James M. Deschene
Abbé

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Dom James est abbé du monastère Bénédictin Orthodoxe "Christminster", au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières.
http://www.christminster.org/

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