"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

02 septembre 2006

PRIÈRE – CHAPELET (TCHOTKI) : MODUS OPERANDI

Ce Vieil Homme...
this-old-man.html

Un conseiller en mission dans un service de secours me parla un jour de leur questionnaire d'admission, dans lequel ils demandaient à chacun de parler de son histoire. Ces récits, avec de légères variantes, tournaient pour la plupart autour de la boisson et de la drogue, couplée à du vagabondage sexuel. Ensuite quand ils demandaient "Et qu'en est-il de votre relation avec Dieu?" - près de 100% des personnes interrogées répondaient sur toute la ligne "Oh! Moi et Dieu, on est liés! Ouaips. Dieu et moi on est proches."

Ca nous arrive tous : notre "vieil homme" (Ephésiens 4,22) nous joue des mauvais tours, nous amenant à négliger la seule chose nécessaire pour remplir nos vies, et bien que nous aspirions à Dieu, à les remplir avec ce qui nous éloigne de Lui.

L'Ancien Païssions l'Athonite écrivait :
"Celui qui néglige sa prière et ses devoirs de manière injustifiable et travaille tout le temps (bâtissant des pyramides pour Pharaon) se sépare de Dieu, devient agité, frappant constamment et cruellement son Ange gardien par ses désordres et coups, jusqu'à ce que pour finir il le chasse loin de lui. Alors, il accepte le diable comme son maître, et ce dernier lui fait immédiatement accomplir les changements suivants :
1) abolition du chapelet de prière, remplacé par le chapelet mondain (*) et
2) met un terme complet à l'étude spirituelle, la remplaçant par la lecture de magazines et journaux mondains.

A la fin, le diable le vaincra et il souffrira en son fors intérieur, et cherchera des distractions comme le roi Saül le fit, lorsqu'il s'éloigna de Dieu et que le démon le posséda (Epitres, p. 218)."

Les tentations de la société actuelle, pour ne pas parler des forces de dépendance destructrices, nous séduisent en nous amenant à croire qu'elles ont nécessaires au point d'exclure ce qui est nécessaire à notre Salut (prière, jeûne, aumône).

Vraiment, mes frères et soeurs, nous n'avons qu'une seule tâche :
"La chose qui comptera le plus pour Dieu au Jour du Jugement, c'est l'effort que chacun d'entre nous aura accomplit contre son 'vieil homme'.
Assurément, nous avons tous une capacité de discernement, mais hélas, la plupart d'entre nous n'en font pas usage envers eux-mêmes mais envers autrui, et nous la contaminons avec des critiques, condamnation, et la demande aux autres de se corriger eux-mêmes. Nous ferions mieux, au contraire, de n'exiger cela que de nous-mêmes, nous qui ne nous décidons pas à lutter avec ferveur, nous débarrasser de nos passions, libérer notre âme, et nous envoler vers les Cieux" (Epitres, pp. 150-151).

p. Joseph Huneycutt, patriarcat d'Antioche

[ (*) : ne pas confondre le chapelet orthodoxe (grec, komboschini; russe, tchotki) avec les "passe-nerfs", ces cordes de noeuds qu'on tripote quand on est inquiet, qu'on s'ennuie ou qu'on est sous tension...]

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L'archimandrite Thomas, monastère de Pervijze (patriarcat de Moscou) publie une édition en néerlandais de la vie de Païssios l'Athonite, avec nombre de citations de ses passionnants écrits. C'est un auteur très terre-à-terre, pas lassant pour un sou.
http://www.amdg.be/ed-pervijze.html
"Vader Paisios van de Heilige Berg", 13 € hors frais d'envoi.













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Pratique de la Prière de Jésus
(ou Prière du Coeur)

http://www.svots.edu/Faculty/






Albert S. Rossi

"La prière n'est pas une option"

Lors de l'Université d'Été du Séminaire Saint-Vladimir, un laïc a écrit cette phrase comme étant la chose la plus importante qu'il avait apprise de toute la semaine.

Quelles paroles.

La forme classique de la Prière de Jésus est :

"Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur."

Les mots précis de nos courtes prières peuvent varier. Nous pouvons dire la version classique de la Prière de Jésus, ou nous pouvons dire "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi." Nous pouvons dire "Seigneur Jésus, aie pitié." Ou nous pouvons dire un verset de Psaume, ou une citation de la Bible, ou quelqu'autre prière.
Les moines des temps anciens disaient tout au long de la journée "Dieu, viens à mon aide. Seigneur, hâte-Toi de me secourir" (Psaume 69,2).
Le plus loin que nous avons pu remonter dans l'histoire de la Prière de Jésus, c'est au début du 6ème siècle, avec Diadochos, qui enseignait que la répétition de la prière menait au calme intérieur. Mais auparavant déjà, saint Jean Cassien recommandait ce type de prière. Au 4ème siècle, en Egypte, dans le désert de Nitrie, des courtes prières "pointues" étaient pratiquées.
Abba Macaire d'Egypte disait qu'il n'était pas nécessaire de gaspiller du temps avec des paroles. Cela suffisait d'élever vos mains et de dire "Seigneur, selon Tes souhaits et Ta sagesse, prend pitié." Si on est opprimé dans la lutte, dire "Seigneur, sauve-moi!", ou dire "Seigneur!" Il sait ce qui est le mieux pour nous, et aura pitié de nous.

Prier sans cesse.

Nous sommes tous appelés à prier sans cesse, dit saint Paul dans la 1ère Epître aux Thessaloniciens, 5,17. La vraie question c'est : comment faire.
La Prière de Jésus fournit un bon moyen pour prier constamment. En fait, la Prière de Jésus est la plus répandue et la prière spirituelle la plus spécifiquement Orthodoxe, d'après le métropolite Corneanu.
Notre tâche est de nous rapprocher toujours plus de Dieu. Saint Isaac le Syrien disait qu'il était impossible de se rapprocher de Dieu autrement que par la prière incessante.

La Puissance du Nom

Bibliquement, connaître le nom d'une personne donnait le pouvoir sur cette personne. Le nom était lié à l'être. Dans l'Ancien Testament, Dieu ne voulait pas dévoiler Son Nom. Dans le Nouveau Testament, Jésus nous donne explicitement le nom de Dieu, Abba, Père, et nous dit d'utiliser le Nom dans la prière. Jésus nous donne l'accès à la Divinité par le Nom.
Jésus enseigna à Ses Apôtres qu'ils n'avaient vraiment pas encore assez utilisé Son Nom dans la prière. "Jusqu'à présent, vous n'avez rien demandé en Mon Nom. Demandez, et vous recevrez, si bien que votre joie sera parfaite" (Jn 16,24).

Martyre caché

S'efforcer de prier de manière répétitive est une ascèse intérieure. D'après saint Ignace Brianchaninov, essayer de prier sans cesse est un "martyre caché."
Un exemple fortuit mais profond arriva à un petit groupe d'étudiants d'école supérieure. Ils étaient en visite dans un foyer pour filles-mères. La femme qui dirigeait cette maison leur parla durant une demi-heure. La femme ayant ressenti que les étudiants s'étonnaient de son engagement dans la Foi, elle dit : "hé bien, voyez-vous, cela fait 30 minutes que vous êtes ici, et j'ai prié 15 fois." Ils ne l'avaient pas quittée des yeux, ni elle n'avait cessé la conversation. Et pourtant, durant leur échange actif, cette femme trouva le désir, l'attention et le temps pour "tirer 15 flèches de prière" vers Dieu. C'est une fervente vigilance. C'est un martyre caché, en particulier quand on essaye de le faire à longueur de journée.
La prière demande un courage sur-humain, vu l'atmosphère du monde actuel. Tout l'ensemble des énergies naturelles est en opposition. Ainsi parle Sophrony.
Les lions ne nous dévorerons peut-être pas à cause de l'Evangile. C'est plutôt que notre appel au martyr prend la forme de l'attention à avoir pour le moment présent, nous en remettant toujours à la puissance de Dieu, et à faire Sa volonté. Notre appel au martyr pourrait bien ne pas être plus facile que celui de la mort violente.

Qui peut dire la Prière

Il est bien clair que la Prière de Jésus n'est pas réservée aux moines. On nous explique que la Prière est pour les chauffeurs de taxi, les travailleurs sociaux, ceux qui sont dans les affaires, les enseignants, les joueurs de baseball professionnels (elle n'est pas nécessairement utilisée pour gagner la partie), les psychiatres. Nous utilisons la Prière de Jésus pour accomplir la volonté de Dieu, pas nos propres souhaits. N'importe qui, tout le monde sait dire la Prière de Jésus. Les seuls prérequis sont de garder les Commandements, d'être un membre vivant de l'Eglise, et d'avoir un guide.
L'évêque Kallistos (T. Ware) a un bon conseil pour ceux qui ne parviennent simplement pas à trouver un guide adéquat. "Mais ceux qui n'ont pas de contact personnel avec un staretz [pnevmatikon, anamchara, ami de l'âme, père spirituel] peuvent pratiquer la Prière sans la moindre crainte, pour autant qu'ils ne le fassent que durant des périodes limitées – au départ, pas plus de 10 ou 15 minutes d'affilée – et pour autant qu'ils n'essaient pas d'interférer avec les rythmes naturels du corps."

Quand prier

La Prière de Jésus est recommandée le matin, à la suite de notre règle de prière, pendant un certain laps de temps, 10 à 15 minutes. Si c'est impossible, alors à un autre moment avant midi, ou le soir. On pourrait appeler ceci l'usage "formel" de la prière. Une autre forme de la Prière de Jésus, c'est l'usage "libre" de la prière. Cela veut dire à n'importe quel moment et à tous les moments du jour ou de la nuit. C'est particulièrement vrai durant les tâches semi-automatiques telle que la conduite, laver la vaisselle, marcher, avoir une insomnie, etc. La Prière de Jésus est remarquablement utile en temps de souci ou déception extrême.
Lorsqu'on est seul, on peu trouver utile de dire la Prière de Jésus à voix haute. Cela peut aider à abaisser le niveau de distraction.

Prière du Coeur

La Prière de Jésus est aussi appelée la Prière du Coeur.
Dans l'Orthodoxie, l'esprit et le coeur doivent fonctionner ensemble. Saint Théophane nous dit de garder notre "esprit dans notre coeur" en tout temps. Le coeur signifie le muscle physique qui pompe le sang, et les émotions / sentiments, et le tréfonds de l'âme de la personne, l'esprit. Le coeur est associé à l'organe physique, mais ne lui est pas identifiable. Le coeur signifie notre chambre la plus intime, notre demeure secrète où Dieu vit.
"Le coeur n'est qu'un petit vase; cependant, dragons et lions s'y trouvent, et des créatures venimeuses, et tous les trésors de méchanceté; des chemins âpres et inégaux, des des gouffres sans fond. Et Dieu s'y trouve aussi, là sont les bonnes inclinaison, les cités célestes et les trésor de la grâce; toutes les choses s'y trouvent." Ainsi parle saint Macaire.
Quelqu'un a dit que le coeur est la dimension du sentiment intérieur, de la conscience, où nous entrons en contact avec l'espace intérieur, un espace qui n'a
pas de dimensions. Cette conscience est hors du temps, le lieu où les larmes demeurent et où se maintien le contact avec le moment présent, et d'où viennent les mouvements paisibles. Agir depuis notre coeur signifie agir avec délicatesse, avec vigueur et enthousiasme. Quand nous ne sommes pas dans cette conscience intérieure, nous sommes sans repos, agités et préoccupés.
Il y a en nous un espace, le champs du coeur, dans lequel nous trouvons la Divine Réalité, et dont nous sommes appelés à vivre. L'esprit, alors, doit descendre dans ce sanctuaire intérieur, par le moyen de la Prière de Jésus ou de la contemplation taciturne, et y rester tout au long de notre journée active, et le soir. Nous descendons avec notre esprit dans notre coeur, et nous y vivons.
Le coeur est le palais du Christ. Là, le Christ Roi vient prendre Son repos.


Cette photo est celle d'une jeune fille de 17 ans, Bethany, qui a dit qu'alors qu'on la prennait en photo, elle se sentait comme si elle était occupée à marcher "dans le silence des montagnes". Pour atteindre le champs du coeur, nous avons besoin du silence, extérieur et intérieur, quelque chose comme ce que l'on pourrait expérimenter en contemplant cette scène.

Silence

Le silence est un choix. Nous choisissons les choses que nous voulons faire. Ces choses, ensuite, ordonnent et délimitent notre vie. Quelqu'un a dit que les Chrétiens "ordonnaient et délimitaient" leurs vies de Communion en Communion. Nous pourrions aussi dire que les Chrétiens "ordonnent et délimitent" leurs vies de silence en silence.
Dans le meilleur des cas, le silence, c'est être conscient de Dieu. Nous faisons taire nos vies extérieure et intérieure et écoutons Dieu parler. Quelqu'un a dit que lorsque Dieu parle, Ses paroles sont comme le bruit d'un battement d'aile d'oiseau. Nous avons besoin d'être attentifs si nous voulons pouvoir entendre quoi que ce soit.
Le silence extérieur est un choix. Lorsque mon fils, alors adolescent, m'accompagnait dans la voiture familiale, nous avions mis un accord au point. Il pouvait utiliser la radio la moitié du temps, et moi l'autre moitié. Il faisait toujours son choix au début de sa partie au début du voyage. Comme la plupart des adolescents, il voulait s'éclater. Pour ma moitié, je choisissais parfois le silence, car j'aime le silence. Je ne le faisais vraiment pas pour le heurter. Lui, cependant, s'en trouvait parfois fort mal et perturbé. Par la suite, il me racontera qu'il avait apprécié nos ballades silencieuses.
Le silence extérieur calme les sens. Par contraste, la surcharge sensorielle et l'excitation peuvent créer une dépendance.
Le silence intérieur ne sait habituellement être atteint qu'en substituant une pensée par une autre. Ici, la Prière de Jésus l'emporte sur notre flot invétéré de pensées à propos de nos propres angoisses. En commençant avec cette forme de prière, nous pouvons alors être menés vers un silence intérieur plus profond, la prière sans paroles. L'avertissement ici c'est que la prière sans parole n'est pas être dans une monotonie lourde et à moitié assoupi. Au contraire, la prière sans parole est une vivante et vigoureuse prise de conscience de Dieu.
Une jeune fille de 17 ans m'a dit qu'elle a récemment appris que "le silence est mon ami."
Abba Pastor nous dit que toute épreuve qui nous tombe dessus peut être conquise par le silence.

Contemplation

La contemplation a été décrite comme une conscience claire sans paroles. La contemplation, c'est "voir clairement". Nous mettons de côté les pensées, afin de ne pas être guidé vers le vide ou la somnolence, mais vers la plénitude intérieure. Nous nions pour affirmer. La contemplation silencieuse n'est pas une absence, mais une présence, une conscience de Dieu. Le but est de nous amener à une rencontre directe avec un Dieu personnel, selon les dispositions de Dieu.
Le silence interne, le calme interne, appelé "hesychia", s'expérimente en s'asseyant pour une contemplation sans parole et sans image. Lorsque la conscience s'égare, une phrase comme "Seigneur Jésus" peut être utilisée pour ramener l'esprit, et alors la personne s'assied paisiblement en présence du Seigneur. Le désir d'un éveil de conscience, assis et sans parler, c'est pour s'ouvrir à Dieu, pour écouter Dieu.
Certains enseignants suggèrent que si nous en sommes capables, nous pouvons consacrer une demi-heure à la contemplation silencieuse, commençant par demander à Dieu de nous enseigner à prier, ou par un passage de la Bible. Habituellement, cela ira mieux si on le fait le matin, avant de se lever ou avant midi. Si la personne en a la possibilité, réserver un temps de calme le soir est aussi recommandé. En espérant que tout cela puisse s'accomplir sous la direction d'un guide spirituel.
Tant la Prière de Jésus et la contemplation nous recentrent sur nous-mêmes, nous concentrent sur le ici et maintenant [hic et nunc], avec un seul centre. Ce centre, c'est Dieu.

Changer l'univers

Chaque prière change l'univers entier. La moindre de nos prières, chaque prière, change en fait l'histoire, la manière dont Dieu créa le monde et tout le restant. Dieu est hors du temps. Dieu n'est pas "à attendre là-bas" après notre prière, et puis seulement Il agit. Tout cela a déjà eu lieu en Dieu.

Prière d'intercession

Thérèse, une sainte catholique-romaine, avait des difficultés pour savoir si Dieu entendait ses prières en faveur des autres. Etant jeune, elle décida de mettre Dieu "à l'épreuve", une bonne fois pour toutes. Il n'y a que des gens comme ça qui peuvent "tester" Dieu. Elle pria avec ferveur pour le salut d'un tueur en série de femmes, Henri Pranzini. Ce Pranzini avait été capturé, déclaré coupable et condamné à la guillotine. Durant tout ce temps, Thérèse pria pour qu'il soit sauvé, et qu'elle puisse recevoir un signe que sa conversion avait eu lieu. Pranzini devint encore plus arrogant. Thérèse persista. Le jour de l'exécution, Pranzini gravit les marches, plaça sa tête sur l'échafaud, toujours rigolard. Puis, soudain, il se releva, attrapa le crucifix qui pendait sur le prêtre tout proche, et Pranzini embrassa à 3 reprises les pieds du Christ. Pranzini s'était repenti publiquement. Ensuite il replaça sa tête sur l'échafaud, et la guillotine tomba. Thérèse déclara que ses prières avaient été exaucées, que ses prières d'intercession avaient sauvé un criminel endurci.
Est-ce vraiment la manière dont la prière d'intercession fonctionne? En un mot, oui. La réponse repose quelque part dans les mystérieuses voies du Seigneur. Ce que nous en savons, avec certitude, c'est que chaque prière pour quelqu'un d'autre est entendue, et dans la Bonté de Dieu, elle reçoit réponse, pour le bien de l'autre personne. La moindre prière pour autrui aide cette personne, et nous aide.
Les vies des saints sont remplies d'exemples du même genre. Sainte Monique, la mère de saint Augustin d'Hippone, pria nuit et jour pour son fils pendant que ce dernier menait une vie de païen. Entre autres exploits, Augustin avait eu un enfant hors mariage. L'évêque de Monique lui déclara "qu'aucun enfant d'autant de larmes (de prières) ne pourrait être perdu." Les prières de Monique furent l'instrument dans le salut d'Augustin.
Nous sommes tous appelés à prier, ardemment, pour nos enfants, famille, prêtres, l'Eglise, le pays, le monde. Nous avons une vocation noble et royale, prier et faire la différence, énorme, dans le cosmos entier.

Comment est-ce que cela marche?

Comme pour la natation : il faut se jeter à l'eau et commencer. Il y a un monde de différence entre penser ou parler à propos de la prière silencieuse, et la pratique de la prière. Comme pour les nageurs débutants, on n'apprend qu'en se mouillant.
Les Pères nous expliquent que, souvent, la première chose qui survient, c'est l'expérience de ténèbre et résistance. Ensuite, quand nous persistons, la paix commence à remplacer les ténèbres. Les tentations peuvent devenir plus importantes, même des tentations d'arrêter de prier, mais nous pécherons moins. Les Pères nous expliquent que tant que nous continuons de prier et de vivre en pratique les Commandements, d'aller à l'église et d'écouter notre père spirituel, nous pouvons nous attendre à être libérés de l'indécision, des peines et de l'hésitation. Notre volonté devient plus forte. Nous pouvons nous attendre à être plus disponibles pour les autres d'une manière à laquelle on ne s'attendait pas, et nous deviendrons plus concret et créatif.
L'évêque Kallistos (T. Ware) dit qu'en passant ne fut-ce que quelques moments à invoquer le Nom Divin chaque jour, nous transformons en fait tous les autres moments de la journée.
Au début, il pourrait ne pas y avoir de nouvelle perception intérieure, ni de sentiments agréables. On a perdu son temps? Pas forcément. Par la foi, le Chrétien croit qu'en passant du temps à vouloir prier, et priant en effet, il touche le Dieu Miséricordieux. Dieu entend. Et, en retour, la Divine Vérité est connue à travers l'expérience directe, parfois appelée intuition. Quelque chose se passe, et provoque un changement à un niveau de conscience situé plus profondément, de manière inaperçue.
Nous pouvons nous attendre à des pièges invisibles et subtils, envoyés par satan, précisément parce que nous avons augmenté nos efforts, et nous nous tournons vers Dieu. En un sens, nous poussons l'ennemi à agir. Saint Jean Chrysostome disait que lorsque nous commençons à prier, nous réveillons le serpent (qui vit en nous), et que la prière sait parvenir à rabaisser le serpent.
Sophrony nous dit qu'il n'y a pas d'effort ascétique plus difficile, plus pénible, que l'effort de se rapprocher de Dieu.
Lorsque nous commençons à prier, nous consacrons du désir et de l'effort. Les résultats dépendent de Dieu. La prière pure est un don de Dieu, pas le paiement en échange de notre transpiration.
La prière fonctionne dans la Guerre Invisible en tant que puissance/don de Jésus, donné en fonction de notre capacité à la recevoir. Nous augmentons notre capacité à la recevoir en demandant pour son accroissement, et Dieu l'accorde selon ce qu'Il voit convenir, de Sa manière tendre, douce et miséricordieuse.

Ce n'est pas du Yoga

S'asseoir, dire la Prière de Jésus, ou la contemplation silencieuse, ce n'est ni du Yoga ni une quelconque autre pratique du lointain Orient. La différence se situe dans la rencontre avec le Dieu vivant, Jésus.
Les postures, techniques et apparences externes peuvent être similaires, mais le contenu dans la prière Chrétienne est unique. Le contenu de la prière Chrétienne est Jésus.
Parfois, la différence est comparée à une peinture sans prix. Nous pouvons admirer le magnifique cadre de la peinture, et c'est bien ainsi. Mais le cadre n'est pas le chef d'oeuvre. Les similitudes du Yoga oriental et de la pratique Souffie dans la prière sont le cadre, mais le Christ est le chef d'oeuvre, l'intérieur, de la prière Chrétienne. Et c'est là toute la différence au monde.

Techniques & problèmes psychosomatiques

La compréhension orthodoxe du rôle du corps dans la prière repose sur une solide anthropologie. Le corps, l'âme et l'esprit agissent comme une seule unité, ni divisée ni séparée. Dès lors le corps a un rôle dans la prière.

On peut comprendre de 3 manières comment l'on implique le corps. Parfois, on appelle cela des psychotechniques.
1. Respiration,
2. Exploration interne, et
3. Position.
Au cours des siècles, ces questions ont été explosives.

1. Respiration. L'évêque Kallistos (T. Ware) dit que si nous prions la Prière de Jésus pour de courtes périodes, 10 ou 15 minutes au début, alors il n'y a aucun problème à faire correspondre les paroles de la prière avec le rythme de notre respiration. Nous devons respirer naturellement, sans jouer avec le rythme de la respiration. A l'inspiration, on peut dire "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu." Et à l'expiration, on dit "aie pitié de moi, pécheur." Nous avons à respirer et prier lentement, religieusement et attentivement.

2. Exploration interne. Cela signifie habituellement suivre notre respiration à travers les narines, jusque dans les poumons, tout à l'intérieur, et vers l'extérieur. C'est à proscrire, inconditionnellement. Les dangers potentiels dans tout ceci ne sauraient être exagérés.

3. Position. La position habituelle, telle que recommandée par l'évêque Kallistos (T. Ware), c'est s'asseoir de manière confortable sur une chaise. Parfois, il est recommandé d'être debout. Habituellement, les yeux sont fermés. La posture peut prendre diverses formes, tant que les postures sont religieuses, respectueuses.

Les auteurs sérieux et éclairés, tels que l'évêque Kallistos, saint Ignace Brianchaninov et le p. Sophrony, tous sont d'accord pour dire que "la plénitude de la Prière de Jésus peut être pratiquée sans la moindre méthode physique."
En résumé, on peut dire que les méthodes physiques sont optionnelles et pas du tout nécessaires. Les méthodes physiques sont plus appropriées pour les débutants, comme le dit saint Grégoire Palamas. Les techniques physiques sont potentiellement dangereuses, et ne doivent pas être utilisées sans guide. Saint Théophane suggère : "Prenez l'habitude d'avoir l'intellect se tenant dans le coeur, mais pas d'une manière physique."

Chapelet ou corde de prière

Les chapelets orthodoxes sont habituellement doux et faits en laine. Le but est de nous aider à nous concentrer, pas nécessairement de compter. Dans le célèbre livre "Le Récit du Pèlerin Russe", le pèlerin dit la prière 2.000 fois, puis 6.000, puis 12.000. Est-ce que ces 12.000 Prières de Jésus sont mieux que 2.000? Absolument pas. La quantité n'a rien à voir avec l'amour, et dans le vécu d'une relation étroite avec Jésus. Le pèlerin en fit 12.000, ni plus ni moins par acte d'obéissance envers son père spirituel, non pas parce qu'il "progressait". Il priait aussi beaucoup du fait que c'était "le désir de son coeur". Chaque prière est un acte d'amour, adressé à l'Auteur de l'Amour, Qui est dans l'attente de notre aspiration après Son Amour et de notre acceptation de Son Amour.

La Prière de Jésus comme psychothérapie

En tant que remède, la Prière de Jésus est destructrice des passions et change la conduite. De même que le médecin place un cataplasme sur la blessure du patient, et que ce cataplasme agit sans que le patient ne sache comment, appeler le Nom de Dieu "enlève les passions" sans que l'on ne sache comment ni pourquoi, d'après Barsanuphe et Jean.
Le Saint Nom, lorsque répété paisiblement, pénètre l'âme comme une goutte d'huile se répandant et imprégnant un vêtement.
Notre traduction [et compréhension] moderne de "pitié" est limitée et insuffisante. "Pitié" vient du grec "eleison".
"Eleison" a la même racine que "elaion", qui signifie olive et huile d'olive. Au Moyen Orient, l'huile d'olive apporte la guérison physique à nombre de maladies, en particulier respiratoires. "Aie pitié" signifie "oint d'huile guérissante" mon âme.
Les Pères nous disent que prier le Nom Sacré change notre personnalité, de la fatigue à la joie. "Jusqu'à présent, vous n'avez rien demandé en Mon Nom. Demandez, et vous recevrez, si bien que votre joie sera parfaite" (Jean 16,24).
La Prière de Jésus fonctionne comme une thérapie, un peu comme l'huile guérissante, transformant notre personnalité du surmenage à la joie, et en continuant de prier, ces changements deviennent permanents.

Résultats de la Prière

Nous ne disons pas la Prière de Jésus, ou entrons dans la contemplation silencieuse, afin d'en tirer "quelque bénéfice". Nous ne prions pas pour réduire notre stress, notre tension émotionnelle, ou pour renforcer notre système immunitaire, ou pour perdre du poids, ou pour ajouter des années à notre vie terrestre. Au contraire, nous entrons dans la prière pour suivre le Christ, pour nous devenir ouverts à Lui. Sa voie, c'est la Voie de la Croix.


1 commentaire:

Bruno-Marie a dit…

Bonjour, j'aimerais savoir où me procurer un Tchotky en laine sur le net si possible. merci. Bruno-marie. merci de me contaétcter à cette adresse : brulep06@hotmail.fr