"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 octobre 2006

Devenir moine/moniale ou prêtre dans une société sécularisée et indifférente

Les États-Unis d'Amérique nous offrent un spectacle très varié, où le pire côtoie le meilleur, et où bien des travers qui n'existent pas encore chez nous sont "testés" avant d'être adoptés ici. De préférence les pires. Mais il y a aussi le meilleur. Il est intéressant de regarder ces expériences de vie où, dans un environnement totalement sécularisé et indifférent, où le relativisme est le maître-mot et où "croire en Dieu" est banal et quasiment sans implication dans la vie quotidienne pour la plupart des gens (sauf quelques coutumes), certains cependant se laisser toucher. C'est une société où l'apparence de confort de vie a sacrifié l'environnement, la nature, et en même temps, on ne trouvera pas d'État plus "écologique" vis-à-vis de cette nature que la Californie, par exemple... tout en y voyant l'absolument pire contre l'humain se produire à tous les étages, y compris législatifs... Et malgré cela, malgré cette pression, des hommes, des femmes, s'y laissent toucher en profondeur par le Seigneur. Certains deviennent moines ou prêtres. Certaines deviennent moniales. Bref, du "totalement inutile" dans une société utilitariste à outrance. Quel signe fort! Prions pour ces "colonnes de prières" qui prient pour nous – le combat du désert est un combat terrible, où satan déchaîne toute sa folie pour détruire celles et ceux qui se vouent ainsi corps et âme au Christ Sauveur pour porter l'humanité en prière. Prions pour que le Seigneur daigne envoyer de tels ouvriers dans les champs pleins de ronces de notre pauvre Europe.

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Un prêtre Orthodoxe prend son service à l'église Saint-Elias à Ellwood City
http://www.timesonline.com/site/printerFriendly.cfm


Eric Poole, Calkins Media
15 / 10 / 2006

Pour certains, la retraite (pension) signifie aller jouer au golf, ou peut-être déménager vers la Floride.

Lorsque la retraite a commencé cette année, John Schmidt a répondu à l'appel de sa vie.
Après avoir travaillé 33 ans au département d'état des services sociaux de l'Indiana, Schmidt – le prêtre John Schmidt – a été nommé prêtre à l'église Orthodoxe Saint-Elias, sise Cherry Way à Ellwood City.
Le pastorat à Ellwood City est le premier du p. Schmidt, mais il n'aime pas qu'on appelle cela sa seconde carrière.
"J'ai hésité à appeler la prêtrise une carrière, mais le monde semble voir cela ainsi," dit-il. "C'est l'accomplissement de ce que je suis réellement."
Avant de devenir prêtre en 2003, Schmidt était diacre, qui est une position ordonnée dans l'Église Orthodoxe.
Les diacres continuent souvent pour devenir prêtre.
Après avoir été élevé dans l'Église Catholique-Romaine, Schmidt s'est converti à la Foi Orthodoxe Orientale en 1978. Son choix était, pour une petite partie, basé sur un compromis entre lui et son épouse, Karen, qui avait été élevée dans l'église Méthodiste.
"Étant des gens du type des années 1960, nous ne considérions pas la foi religieuse comme un problème," dit Schmidt. "Mais nous avons finit par chercher quel type de foi nous pourrions embrasser ensemble."
Ils ont été attirés par l'origine liturgique Chrétienne de la Foi Orthodoxe, mais Schmidt dit que les vues divergentes au sujet de l'humanité entre les églises Chrétiennes Occidentale et Orientale a été un autre facteur.
Schmidt dit que l'Église Orthodoxe Orientale affirme que l'homme est une création glorieuse de Dieu, tout en reconnaissant que l'homme est pécheur et a besoin de la miséricorde de Dieu.
"On ne trouve pas en Orient [Orthodoxe] un enseignement disant que l'homme serait totalement mauvais," dit-il. "Peut-être que certains des problèmes du monde tels que l'écologie ne seraient pas survenus avec (le point de vue de l'Orient)."
Avant que Schmidt ne soit nommé prêtre à Saint-Elias, le prêtre de la paroisse avait fait le trajet depuis l'Ohio.
Schmidt habite dans le presbytère juste à côté de l'église. Cela changera bientôt, lorsque son épouse arrivera d'Indiana, mais il dit qu'ils ont l'intention de vivre dans l'agglomération d'Ellwood City.
"J'aime cette communauté et j'aime ce temple," rajoute-t'il. "L'amour que les gens ont les uns pour les autres est étonnant. Ils prennent visiblement soin les uns des autres."
Les temples et sanctuaires Orthodoxes peuvent nécessiter un grand entretien du fait des précieuses Icônes dans les églises, et Schmidt dit que certaines églises plus anciennes avec de plus petites assemblées sont fort usées.

Saint Elias est une exception – la paroisse a été fondée en 1907 et l'église bâtie en 1915. Schmidt fait remarquer la beauté intacte du temple Saint-Elias.
Cette beauté est importante, dit-il, parce que l'Office Orthodoxe est une expérience d'immersion mystique complète, utilisant tous les sens.
"Ce n'est que dans la liturgie que le peuple vient à connaître Dieu et tout ce qui concerne la Foi Orthodoxe," dit Schmidt. "Cela devient vraiment une expression de la vie en Christ."
Historiquement, Schmidt dit que l'Église Orthodoxe Orientale a été basée sur l'ethnicité – Saint-Elias a été fondée en tant qu'église roumaine, mais les églises grecque, russe et serbe sont aussi courantes.
En tant que prêtre de Saint-Elias, le but de Schmidt, en tant que non-Oriental s'étant converti à la Foi, c'est d'atteindre la communauté locale. "Nous ouvrons nos portes, peu importe la foi d'origine et peu importe l'origine ethnique," dit-il.

"Eric Poole"


http://www.oca.org/DIRlisting.asp?SID=9&KEY=OCA-RO-ELCSEC


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Qu'est-ce qu'un moine?
http://www.beliefnet.com/story/79/story_7906.html


Être moine, c'est plutôt un état d'esprit – et de coeur.
Par les Moines de Skete (Orthodox Church of America)


Bien que la plupart des gens pensent probablement que la vie d'un moine est entièrement différente de la leur, la réalité pourrait bien les surprendre. L'auteur Russe Dostoevsky avait bien raison lorsqu'il affirma qu'un vrai moine, ce n'était rien d'autre que ce que tout un chacun avait à devenir. Il se référait à une attitude de coeur, à une manière de voir la vie.

Ce qui fait que quelqu'un est vraiment un moine, c'est son attitude intérieure, non pas les pratiques externes associées à son état de vie.

Les cheveux longs et longues barbes sont "monastiques" dans certains milieux, alors que les têtes rasées sont la norme dans d'autres; certains moines ne mangent pas de viande alors que d'autres le font, certains portent une tenue alors que d'autres non. Tenter de déterminer ce qui est monastique sur base de tels critères est futile; l'essence de leurs vies plonge ses racines bien plus profondément que de telles banalités.

Les questions qui nous consument, auxquelles tout être humain doit faire face à un degré ou l'autre s'il veut espérer atteindre la maturité et la véritable joie – voilà ce qui caractérise les moines et moniales. Il y a une dimension monastique, contemplative, en chaque vie humaine. Les moines ont simplement choisit de s'y livrer de manière officielle et radicale, à plein temps.

Le mot "moine" vient du grec "mónachos", qui vient de "monos", "seul, tout seul". Bien que cette étymologie a été utilisée pour justifier la vie solitaire de l'ermite en tant que vision la plus pure de ce qu'est le moine, une telle interprétation est erronée. Les moines vivent habituellement ensemble dans des communautés très unies, non pas vivant d'eux-mêmes seuls. Reconnaissant qu'il y a toujours eu des moines-ermites, cependant, depuis les temps les plus anciens, "mónachos" s'est vite appliqué à ces moines vivant ensemble et partageant tout en commun.

Mónachos veut aussi dire "uniquement avec, un avec le Christ". Cela traduisait le mot hébreux "yahid", qui veut dire "exil", quelqu'un qui est déplacé loin de sa véritable patrie. Voici ce qui, plus que tout, caractérise le véritable moine. Pour rencontrer le véritable Dieu et trouver notre véritable demeure dans cette réalité, c'est la tâche perpétuelle du moine, en faisant un voyageur par nature (bien que vivant en un endroit), un pèlerin (bien que goûtant déjà au but final), explorant les vastes déserts du coeur humain (bien que guidé par ceux qui l'ont précédé).

Ainsi donc, la plus profonde réalité du moine se trouve au-delà des définitions simplistes et les manière variées de la vie monastique manifestent cela. Au contraire, un moine tente d'incarner une vision particulière de ce que la vie est, avec une intense singularité de but. En particulier, le moine Chrétien met l'accent sur la relation avec le divin et l'humain, et inspiré par l'exemple de Jésus, il est consumé par la signification et l'expérience de ce mystère à chaque moment de sa vie. C'est sa joie et son ravissement, et cependant, ça devient une passion inextinguible qui lui refuse tout repos.






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Les moniales Orthodoxes vivent pour Dieu
http://www.yakima-herald.com/page/dis/313783609642789?print=1Par ADRIANA JANOVICH
YAKIMA HERALD-REPUBLIC
SATUS PASS – Sur un secteur couvert de sapins au large de l'autoroute américaine US Highway 97, le nord-ouest de l'océan Pacifique rencontre l'empire Byzantin.
Les arbres à feuillage persistant abritent une série de bâtiments qui ressemblent plus à des cabanes typiques du Nord-ouest qu'à un monastère Grec-Orthodoxe.
Aux petites heures, les bois sont noirs. Si calmes, si silencieux, si paisibles. Ailleurs, les bars ferment, les camionneurs font leurs grands transports, les enfants dorment depuis des heures.
Dans ce monastère en marge de la route, à l'orée de la forêt, les moniales Grecques-Orthodoxes prient pour tous ces gens-là.
Dans cette sylvestre retraite installée à 16 km de Goldendale, plus d'une douzaine de moniales prient pour le monde. Leurs prières continuent jusqu'à ce que les étoiles disparaissent du ciel, le soleil se lève et brille, et la nuit se retire.

La vie – un cycle paisible de travail et de prière – se déroule de manière largement ininterrompue à Saint-Jean le Précurseur, le seul monastère Grec-Orthodoxe au coeur de l'Etat de Washington. Tapis sous les arbres et nommé en l'honneur de saint Jean le Baptiste, c'est une version réduite de ces monastères de Grèce qui fonctionnent depuis des siècles, et il est en croissance. De nouvelles moniales, pour la plupart venant de l'ouest des Etats Unis, arrivent presque chaque année.
Le monastère est la demeure de 16 moniales, en ce compris 4 novices. La plupart ont dans la vingtaine d'années. La plus âgée est septantenaire. Quatre viennent de Grèce. Trois sont de Washington, dont 2 de Yakima. Les 3 autres viennent de Californie.

Elles s'engagent pour passer toute leur vie sous les sapins de Satus Pass, un promontoire à 900 mètres d'altitude, sur la face nord du Horse Heaven Hills, dans le conté de Klickitat. Là où il se situe, à quelque 95 km de Yakima et des milliers de kilomètres de la Grèce, on peut dire que ça se trouve au milieu de nulle part.

Alors que les autres jeunes femmes vont à l'université et se fiancent, cherchent un emploi, se marient et élèvent une famille – les moniales donnent leur vie à Dieu, vivant dans la solitude – ensemble – et priant pour le monde.
"C'est un appel de Dieu," dit soeur Ephraimia, 33 ans. "Il grandit dans votre coeur. C'est comme un feu au dedans de vous."
Originaire de Santa Barbara (Californie), soeur Ephraimia a été la première Américaine à venir vivre au monastère, fondé par 3 moniales Grecques en 1995. Elle y est depuis 11 ans.
"Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'étais la vie monastique avant de venir ici," dit-elle. "Ce qui m'attirait, c'était le Christ. Nombre de gens disent qu'on est dans une prison ou quelque chose du genre. Ce n'est pas le cas. C'est le contraire. C'est comme si vous étiez libre."

Les moniales mènent une vie contemplative, paisible, largement recluse par rapport au monde externe – sauf pour les rendez-vous médicaux, les achats et autres commissions, et le voyage occasionnel vers un autre monastère. Au contraire des moniales catholiques-romaines, qui sont habituellement actives dans leurs communautés, les moniales Orthodoxes centrent leur vie sur le désir de devenir plus proche de Dieu par la prière.
"Il est difficile de comprendre la profondeur de cette vie," dit soeur Iosiphia, 30 ans, originaire de Scottsdale, Arizona. Elle vit au monastère depuis près de 10 ans. "C'est une vie merveilleuse. Vous faites cela pour Dieu."

Les moniales commencent par une période de noviciat – ou essai – qui peut durer plusieurs années, avant de devenir moniales tonsurées. Il est extrêmement rare pour une moniale d'abandonner la vie monastique après cette étape.
"Vous venez ici avec l'intention d'y finir votre vie," dit soeur Iosiphia. "C'est un engagement très sérieux."

L'Orthodoxie est ancienne, remontant aux débuts du Christianisme. Ses fidèles estiment qu'ils pratiquent la forme de la foi la plus pure, une histoire ininterrompue que l'on retrace jusqu'à la mort de Jésus.
Et "le monachisme est le coeur de l'Église Orthodoxe," dit soeur Iosiphia.
Les vies des moniales sont des sacrifices à et des célébrations de Dieu. Tout ce qu'elles font, de nourrir les poulets jusqu'à la cuisson du pain tôt le matin, elles le font dans l'amour pour Dieu.
On dirait qu'on n'a pas les pieds sur terre, en cet endroit au milieu des sapins. La quiétude y est honorée. Les discussions oisives doivent y être évitées. Les femmes, murmurant leurs prières en grec et portant d'amples tuniques noires, collectent les oeufs, font paître les chèvres, ramassent la neige à la pelle. Elles font cuire le baklava, fabriquent des savons parfumés, de l'encens et des cierges en cire d'abeille, cultivent leur jardin potager, et ont une petite boulangerie où elles vendent aussi du café et des cadeaux, près de la borne routière 24.

Tout en travaillant, elles prient : "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous."
"Ces quelques mots sont les plus puissants," dit soeur Iosiphia.

Dans la lumière hivernale, en février dernier, 2 moniales – soeur Ioanna, 25 ans, originaire de Wasilla, Alaska, et soeur Philothei, 28 ans, originaire de Ben Lomond, Californie – prient tout en peignant des Icônes dans une pièce au-dessus de la cuisine. Elles sont assises côte à côte dans la petite pièce bien éclairée, se concentrant sur les coups de pinceaux et murmurant leur prière, encore et encore et encore.
"Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous."

Les moniales font voeu de pauvreté, chasteté et obéissance. Chacune s'efforce d'unir tout son être – esprit, corps et âme – en une prière constante et non-égarée. Leurs vies sont des exercices continus de renoncement à soi. Et les moniales épousent ces restrictions.
"Nous nous mettons toujours dernières," dit soeur Myrophora, 28 ans. Originaire de Felton, Californie, elle vit ici depuis 5 ans. "Lorsque vous venez au monastère, vous faites partie d'un groupe. Personne n'est un individu. C'est l'humilité."

C'est aussi un combat. "Nous luttons contre nos passions, contre nos péchés," dit soeur Ephraimia. "Nous essayons de nous oublier nous-mêmes le plus possible."
Les passions sont les 7 péchés principaux : orgueil, jalousie, gloutonnerie, luxure, colère, avidité, paresse.
"Vous rabotez les passions, centimètre par centimètre," dit soeur Iosiphia. "C'est l'affaire de toute une vie. C'est un très lent processus. Nous y parvenons plus vite sans distractions."

Dès lors, lorsqu'elles arrivent ici, dans ce coin couvert de sapins, elles abandonnent tout le reste derrière elles. Elles n'emmènent pas leur ancienne vie dans leur valise. Pas de livre d'université, de trophée sportif, pas même de photo de famille. Elles disent au revoir à leur famille et amis et passé, leur anniversaire – même leur prénom original – afin de tenter d'atteindre la pureté.
Un Ancien donne à chaque moniale un nouveau prénom, celui d'une sainte, protectrice personnelle, modèle pour elle.
"C'est le sacrifice," dit soeur Iosiphia. "Vous laissez tout derrière vous et vous vous concentrez sur l'autre vie. Le monachisme, c'est le sacrifice. Vous voulez vous donner à Dieu. Vous voulez donner ces années, votre jeunesse."

Les moniales échangent leurs vêtements pour de longues tuniques noires qu'elles tissent elles-mêmes, souvent doublées d'une veste fourrée pour un peu de chaleur dans cet environnement montagneux. Le noir leur rappelle la mort, mais "pas d'une manière morbide," dit soeur Myrophora. "Cela nous rappelle que c'est une vie temporelle. Cela nous rappelle la repentance."
Dans leur nouvelle vie, les moniales apprennent le grec.
Elles abandonnent leur compte en banque, cessent de manger de la viande, de se maquiller, d'aller au cinéma, d'écouter la radio, de surfer sur Internet – et même de se regarder dans un miroir, car il est plus facile de voir ses fautes intérieures en évitant les apparences externes.
Le monastère est lui-même un miroir, dit soeur Myrophora, ajoutant : "Quand vous arrivez ici, vous découvrez beaucoup sur vous-même. Vous découvrez beaucoup à propos de vos péchés, de vos faiblesses."

Quand aux objets qu'elles abandonnent, "vous ne vous souvenez même plus que ces choses existent," dit soeur Ioanna, qui est depuis 7 ans au monastère. Toute jeune, elle savait qu'elle voulait être moniale. "Il n'y a jamais rien eu d'autre pour m'intéresser. Le rapport grandit lorsque vous restez ici. Vous sentez que c'est l'endroit où Dieu a voulu vous voir vivre."

De même que les moniales se concentrent sur la beauté intérieure pour elles, c'est aussi ce qu'elles veulent pour leurs hôtes. Il est demandé aux visiteurs de s'habiller modestement, de porter une coiffe dans la chapelle, de ne pas utiliser de miroir. Plus de mille visiteurs – pour la plupart Orthodoxes – viennent chaque année au monastère, et le nombre grandit. Les visiteurs viennent les jours de fête, pour des retraites spirituelles, des pèlerinages, Noël, et Pâques que l'on appelle Pascha dans la tradition Grecque-Orthodoxe.

Les jours menant à Pascha sont passés dans un jeûne strict, des Offices liturgiques plus longs, des préparatifs. Il y a une atmosphère de joie dans le monastère.
Le 22 avril dernier, juste après 22h, 2 moniales ont glissé des fleurs – des oeillets blancs et des gypsophiles, des roses oranges et jaunes – dans la verdure ornant une des 3 arches de l'Autel. Elles avaient été occupées à la décoration de la petite chapelle depuis le début de l'après-midi, après avoir cuisiné toute la semaine, ayant jeûné depuis début mars. Au matin, elles feront la fête avec des oeufs et du fromage.
A présent se trouvent à leurs pieds des paniers de branches feuillues, de lys, de roses, et une tâche. Les paroissiens vont bientôt arriver. Soeur Philothei, qui vit ici depuis presque 6 ans, remarque qu'un endroit de la verdure manque de quelque chose. Elle s'inquiète qu'elles n'aient pas assez de fleurs. Une arche – et la moitié d'une autre – ont besoin de couleur.
"Des gypsophiles arrangeront tout cela," dit-elle, grimpant à une échelle, puis pliant les délicates tiges dans l'arcade.
Revenue sur le sol de la chapelle, elle recule pour regarder son travail : "C'est beau. Je crois que c'est bon."
Soeur Ioanna n'est pas si sûre : "Il faut encore plus de gypsophiles," dit-elle.
Toutes deux veulent que la chapelle soit magnifique. Pascha, la célébration de la Résurrection du Christ d'entre les morts, avant ascension aux Cieux, est la Fête des fêtes, le jour le plus magnifique de l'année.

L'été, les moniales organisent un camp pour les jeunes filles Orthodoxes. Et une fois par mois, soeur Iosiphia donne un cours aux étudiants de l'école Orthodoxe Chrétienne Saint Jean de Cronstadt, à Yakima.
Chaque semaine, une demi-douzaine de familles Orthodoxes du coin participent aux Offices réguliers, durant lesquels hommes et femmes sont assis sur des bancs séparés dans la chapelle. Mais il n'est pas inhabituel que de petits enfants s'infiltrent à travers le rang des moniales, chantant dans la nef de leurs voix basses et mélodieuses, leurs noires et amples tuniques noires laissant voir au milieu une jeune enfant, la tête couverte d'un voile, regardant vers les moniales avec crainte et admiration.

Les moniales servent de modèles pour la communauté Orthodoxe locale. Les membres disent qu'ils se sentent bénis d'avoir un proche monastère. Les enfants saluent souvent les moniales par leur prénom, entourant de leurs bras leurs longues robes noires.
"Nous voyons le monastère comme une sorte de dynamo spirituelle. C'est l'endroit où votre âme trouve repos et guidance," dit Maria Meals, 53 ans, habitante de Yakima, convertie à l'Orthodoxie et mère d'une des novices. "Pour nous, les moniales sont comme des balises."

Les parents de soeur Ephraimia, Linda et Patrick Wallace, 65 et 63 ans, ont déménagé vers Satus Pass en octobre dernier, pour être proches de leur fille, du monastère et des moniales.
"Elles sont devenues comme des filles," dit Linda Wallace, qui sert comme bénévole à l'échoppe de café du monastère 5 jours par semaine. Elle reconnaît cependant que cela lui fait drôle, parfois, d'appeler sa fille "soeur Ephraimaia."
"Il m'arrive encore de l'appeler 'Salut ma chérie'," dit-elle. "Il y a des choses qu'il est difficile de retirer à une mère."
"Elle m'a beaucoup enseigné," dit Wallace en parlant de sa fille. "Cela m'amène à l'humilité. C'est différent. A présent, elle a une autre mère, l'abbesse."

Gerontissa Efpraxia, qui est soixantenaire, est abbesse, ou dirigeant spirituel de Saint Jean le Précurseur. Avant de fonder le monastère, elle a passé le plus clair de sa vie dans un autre monastère, à 160km au nord-ouest d'Athènes, Grèce.
"Nous voulons seulement vivre simplement et humblement. C'est tout," dit en grec l'abbesse.
Soeur Iosiphia traduit, rajoutant : "Nous sommes comme une famille et l'abbesse est comme notre mère. Elle nous guide et nous garde en bon ordre."
Les moniales lui demandent sa bénédiction dans toutes leurs activités. Elles lui partagent leurs pensées quasiment tous les jours. La journée commence vers 2 heures du matin.

"Nous avons des horloges," dit soeur Iosiphia. "Nous avons aussi nos soeurs; nous nous aidons mutuellement pour nous lever à temps."
Chaque matin, les moniales prient dans leur cellule jusque 04h30, puis elles se rejoignent à la chapelle pour célébrer ensemble. Vers 06h, elles retournent se coucher. A 08,30, elles se relèvent pour aller prendre le petit-déjeuner, puis passent le restant de la matinée à travailler, fabriquant ce qu'elles vendent pour vivre.
Après le repas de midi, les moniales ont un temps de repos. Certaines lisent dans leur cellule, d'autres vont se promener. Ensuite, elles reprennent le travail pour plusieurs heures avant un autre Office, les Vêpres, à 18h30. La boutique ferme à 18h00.
"Mais des gens arrivent, et nous ne les mettons pas à la porte," dit soeur Myrophora. "Nous restons jusqu'à ce qu'ils aient terminé."

Lundi dernier, une fraîche soirée d'Octobre, soeur Myrophora et Joanna Dunaway, 47 ans, épouse de père Michael, le prêtre Orthodoxe qui dessert le monastère, ont fermé le magasin. L'épouse du prêtre a prit les pâtisseries grecques de l'étal, les a placées dans le réfrigérateur pour la nuit. Soeur Myrophora a préparé un dernier "latté" pour un homme qui a franchit le pas de la porte pile à 18h. Dunaway met en ordre tables et chaises, puis tire un cordon, couvrant l'enseigne fluorescente "ouvert" qui se trouve à la fenêtre.

Peu de temps après, vers 18h15, les lumières du magasin s'éteignent. Soeur Myrophora traverse en marchant sur le sol noir, en route vers les Vêpres, qui seront suivie du souper et d'un bref Office d'adoration. Vers 20h30, les moniales se retirent dans leurs cellules, et le cycle tranquille de travail et de prière continue.

Les moniales restent là, priant pour le monde au milieu des sapins de Satus Pass, où il fait si calme, si tranquille, si paisible.

* Adriana Janovich peut être contactée au 577-7653 ou ajanovich@yakimaherald.com

SARA GETTYS/Yakima Herald-Republic
Durant l'Office de Pascha (Pâques) du 22 avril, les moniales du monastère Grec-Orthodoxe Saint Jean le Précurseur partent en procession dehors, leurs cierges allumés représentent la lumière de Dieu, elles écoutent l'Évangile sous les étoiles, recréant symboliquement l'événement des femmes qui avaient attendu Jésus au tombeau, à l'aube.


SARA GETTYS/Yakima Herald-Republic
Soeur Rebekah aide soeur Prodromia à creuser la neige, alors qu'elles travaillent ensemble à nettoyer le chemin d'accès au magasin, le 31 janvier.


SARA GETTYS/Yakima Herald-Republic
Soeur Prodromia introduit des paquets de mèches dans la machine qui réalise les cierges.
17 mars.



SARA GETTYS/Yakima Herald-Republic
Soeur Ioanna décorant une Icône de Marie et Jésus qui se trouve en face de l'église, occupée à aider à la préparation de l'Office de Pascha, 22 avril 2006..


SARA GETTYS/Yakima Herald-Republic
Soeur Arsenia prend la commande de café pour Nona Schulz, de Yakima, dans la petite échope de café et cadeaux que tiennent les moniales.

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Une autre manière encore plus radicale de se donner à Dieu comme moniale : le chemin de sainte Marie de Paris (mère Marie Skobtsova), martyre à Ravensbruck, ou comment être "porte-Christ au milieu d'un monde devenu complètement fou".
http://www.pagesorthodoxes.net/saints/mere-marie/mmarie-intro.htm

Une riche collection de photos et d'Icônes sur sainte Marie de Paris, en ces pages du grand ami de la Paix, Jim Forest :
http://www.flickr.com/photos/jimforest/sets/72157594152181792/


Sainte Marie de Paris, prie Dieu pour nous!

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