"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

26 novembre 2006

Carême de la Nativité du Christ 2


Carême de la Nativité
12:04 14/11/2006, Ian Climacus
[texte remanié, le Carême étant déjà commencé; ndt]
http://www.wiblog.com/ian/read.php?20029


Le Carême de la Nativité a commencé. De même que nous cheminons avec le Grand Carême vers Pâques (Pascha), le Carême de la Nativité nous amène à cette glorieuse Fête, la Nativité selon la Chair de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ (j'ai déjà dit que les Orthodoxes et la brièveté dans les noms de fête, cela faisait 2 : ceci est un bon exemple!) - Noël. Comme durant le Grand Carême, l'accent est mis sur le jeûne, la prière, et l'aumône : et aussi, alors que nous nous abstenons de nourriture, nous sommes mis au défi de nous abstenir de tout péché : colère, jalousie, jugement, et toutes ces choses qui offensent causent injustice envers notre prochain, et envers nous-mêmes.
Durant ce parcours, il y a un certain nombre de jours de fêtes, y compris la Présentation de la Mère de Dieu le 21 novembre, saint Nicolas (oui, lui! Et je trouve sa vie bien plus surprenante que celle des "pères Noëls"!), de même que la commémoration des grands prophètes, pères et mères de l'Ancien Testament, le Dimanche des Ancêtres.
En allant dans les centres commerciaux et grands magasins, j'ai souvent la sensation d'être déjà à Noël – mais, par la grâce de Dieu, puissai-je, à travers le Jeûne de la Nativité et les hymnes de l'église de cette période, approfondir sans cesse plus la véritable signification de cette période. Mes prières sont avec vous en ce parcours béni vers la Nativité: que vous soyez un Orthodoxe Oriental dont le Carême est déjà commencé, ou dans une paroisse de Rite Orthodoxe Occidental ou dans une église occidentale qui commence bientôt l'Avent [*]; ou quelque soit la manière dont vous marquez ce cheminement vers ou cette arrivée à Noël. Dieu vous bénisse.

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[*] La tradition chrétienne occidentale
http://en.wikipedia.org/wiki/Advent#Western_Christian_tradition
[voir aussi http://www.amdg.be/ pour une explication historique de très haute qualité]

Dans le Christianisme occidental, l'Avent commence le 4ème dimanche avant Noël [**]. Au plus tôt, l'Avent sait commencer le 27 novembre, et au plus tard le 3 décembre. Bien souvent, l'Avent commence le Dimanche après la fête américaine de Thanksgiving. Techniquement, l'Avent s'achève le 23 décembre. Cependant, si le 24 décembre, Veille de Noël, devait tomber un dimanche (comme en 2006), alors l'obligation pour les catholiques-romains d'assister à la messe serait toujours d'application, et c'est considéré comme le 4ème dimanche de l'Avent, et la Vigile de Noël est commémorée durant la messe. Si le 24 décembre échoit durant la semaine, il ne fait pas partie de l'Avent; la messe de Vigile est dite.

[** sauf dans le calendrier liturgique "Sarum", rite romain version Angleterre, où il semble que c'était 5 semaines, si je m'en tiens à la version orthodoxe dudit Rite, dans le Saint Colman Prayerbook en usage autorisé dans l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières; ndt]

A partir du 8ème siècle, la période était considérée comme une période de jeûne
aussi stricte que pour le Grand Carême – commençant dans certains endroits le 11 novembre, fête de saint Martin, et appelé dès lors "jeûne de saint Martin" ou "Carême de saint Martin" – mais cette règle a été allégée dans les églises Anglicane et Luthérienne, l'église Catholique-romaine suivant le mouvement par la suite, bien que conservant la période de l'Avent comme temps de pénitence. En plus de jeûner, la danse et autres festivités similaires étaient interdites, et jusqu'à aujourd'hui, en accord avec le symbolisme des couleurs liturgiques, le clergé porte des vêtements liturgiques de couleur pourpre durant les offices de l'église, bien qu'au cours des récentes années, le bleu a gagné du terrain, apparemment un regain du Rite de Sarum, qui date de l'Angleterre médiévale (Sarum étant le nom latin pour la ville de Salisbury, d'où provient la coutume d'utiliser des vêtements liturgiques bleus en cette période de l'année ecclésiastique). On utilise le rouge dans les Églises orientales.

Par pays.
Dans nombre de pays, l'Avent a longtemps été marqué par diverses coutumes populaires, dont certaines ont survécu. C'est ainsi qu'en Angleterre, en particulier dans les comtés du nord, il y avait une coutume à présent disparue voulant que les femmes pauvres portent des "images de l'Avent", 2 sortes de statues représentant Jésus et la bienheureuse Vierge Marie. Quiconque se la voyait présenter était censé donner un demi penny, et la malchance était censée frapper les maisons qui n'avaient pas été visitées par les porteuses de statue avant la veille de Noël au plus tard.
En Normandie, les fermiers employaient des enfants de moins de 12 ans pour courir dans les champs et vergers, armés de torches, enflammant de la paille, et la croyance populaire était que cela éloignerait la vermine susceptible de ruiner les récoltes. En Italie, parmi les autres célébrations de l'Avent, il y a l'entrée à Rome durant les derniers jours de l'Avent des Calabrian pifferari, ou joueurs de cornemuse, qui jouent devant les sanctuaires de Marie, la mère de Jésus. La tradition italienne affirmant que les bergers avaient joué de cet instrument lorsqu'ils étaient venus à la mangeoire à Beth-leem pour rendre hommage au Messie.

Marquer le passage de l'Avent
Dans le sens chrétien, l'Avent se réfère aux 4 semaines avant Noël. Les 4 dimanches de l'Avent sont souvent traditionnellement célébrés avec 4 bougies, souvent sur une couronne d'Avent, une étant allumée chaque dimanche. Pour les Catholiques-romains et les Protestants, la première, deuxième et troisième sont rouges (ou bleues), mais la troisième est souvent rose, pour représenter le dimanche de "Gaudete", avec une liturgie moins sombre. Quelques chrétiens non-liturgiques, ou pour les Catholiques-romains pour qui les bougies de diverses couleurs ne sont pas disponibles, on utilise les 4 bougies rouges. Une 5ème bougie, blanche ou dorée – appelée "Bougie du Christ" – est souvent allumée au centre lors du jour de Noël, ou utilisée pour remplacer la couronne.
Dans l'usage populaire, l'Avent est le mois de décembre jusqu'au jour de Noël.[..] Il y a aussi des "compteurs d'Avent" qui utilisent des bougies, des histoires ou des jouets pour chaque jour de décembre jusqu'au jour de Noël, mais ils ne sont pas dans la forme traditionnelle d'un calendrier.

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Jeûne de la Nativité
http://orthodoxwiki.org/Nativity#Nativity_fast
Le cycle commence avec un jeûne de 40 jours qui précède la Fête. On l'appelle jeûne de la Nativité ou Avent. Pour le fidèle, c'est un temps de purification tant pour l'âme que le corps, afin d'entrer de manière appropriée et de partager la grande réalité spirituelle de la Venue du Christ, un peu comme la préparation par le jeûne pour la Résurrection du Seigneur.
Le début du jeûne le 15 novembre n'est pas marqué liturgiquement par le moindre hymne, mais 5 jours plus tard, la veille de la Fête de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple, nous entendons les premières annonces tirées des 9 "irmoi" du Canon de Noël : "Christ est né, glorifiez-le!"
Cette période comporte d'autres jours préparatoires spéciaux annonçant la Nativité qui s'approche : saint André le 30 novembre; saint Nicolas le 6 décembre; le Dimanche des Ancêtres; et le Dimanche des Pères.
Le 20 décembre commence l'avant-fête de la Nativité. La structure liturgique est semblable à celle de la Semaine Sainte précédant la Pâque (Pascha). L'Église Orthodoxe voit la naissance du Fils de Dieu comme étant le commencement du ministère salvifique qui Le mènera, pour le Salut de l'homme, jusqu'au sacrifice ultime de la Croix.

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A-t'on vraiment besoin d'attendre l'Avent pour se rendre compte que ceci, ce n'est plus manger pour vivre, mais vivre pour manger? Et "manger", est-ce que consommer de la nourriture qui nous détruit, tant elle est disproportionnée par rapport à nos besoins physiologiques, c'est vraiment ça, manger? Où est la sacro-sainte "rationalité" dont est si fier l'Occidental, si rapide à se moquer des Hindous qui refusent de tuer une vache pour rien, ou des paysans de l'Altiplano, majoritairement végératiens et vivant bien plus vieux et moins malades que la plupart de nos concitoyens?...

















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Les origines de l'Avent

Dans l'église Catholique-romaine et les autres églises chrétiennes en Occident, un groupe de semaines précédant Noël est appelé l'Avent, du mot latin signifiant "Venue". Le début de l'Avent commence toujours le dimanche le plus proche du 30 novembre, l'ancienne Fête (tant en Orient qu'en Occident) de l'Apôtre André. Parmi les Chrétiens d'Occident, cette période préparatoire, qui tend à être moins rigoureuse que celle du Grand Carême et n'implique souvent aucun jeûne particulier du tout, commence toujours le 4ème dimanche avant Noël. Dès lors, elle variera toujours d'année en année entre 3 et 4 semaines, mais aura toujours 4 dimanches.
L'observance de la période de l'Avent est plutôt tardive. On ne trouve nul sermon pour l'Avent, par exemple, dans les homélies liturgiques de saint Léon le Grand, au milieu du 5ème siècle. Cependant, vers cette époque, cette période liturgique apparaissait déjà en Espagne et dans les Gaules. Quelque mille ans plus tard, à l'époque de la Réforme protestante, l'Avent fut conservé parmi les coutumes liturgiques des Anglicans et des Luthériens; durant les plus récentes années, d'autres groupes Protestants ont commencé à la réformer, de manière informelle, un peu comme cela a commencé aux tous débuts – une assemblée à la fois.
Dans l'Église Orthodoxe orientale, la période pénitentielle de préparation à Noël correspondante commence toujours le 15 novembre, le jour après la Fête de l'Apôtre Philippe. Pour cette raison, on l'appelle de manière populaire "jeûne de saint Philippe." Un simple compte des jours entre le 15 novembre et le 25 décembre montre que cette période spéciale comporte exactement 40 jours, comme le Grand Carême.
Plus récemment, une partie des Chrétiens dans l'Église Orthodoxe ont commencé à appeler cette période par son nom latin, Avent. On retrouve à présent ce terme de manière courante dans les publications de l'archidiocèse Antiochien en Amérique du Nord, par exemple. L'adoption du mot "Avent" par des Chrétiens Orthodoxes orientaux est inspiré de la même raison que celle qui poussa à l'adoption d'autres termes théologiques latins, tels que "Sacrements", "Incarnation" et "Trinité". Très simplement, ce sont des termes théologiques reconnaissables qui sont passés dans les langues occidentales. Il se fait que de plus, ils sont théologiquement fondés! Si l'Occident Chrétien pouvait adopter des termes grecs tels que "Christologie", alors il semble juste pour l'Orient Chrétien d'adopter des termes latins tels que "Incarnation." (D'un autre côté, on trouve des Chrétiens Orthodoxes, en particulier parmi les convertis récents et hyperactifs en provenance d'églises occidentales, qui résistent à l'adoption du terme "Avent", préférant parler de "Carême d'hiver" ou quelqu'autre anomalie du genre. On aura du mal à s'expliquer cette préférence excentrique, lamentable, d'une langue occidentale moderne par rapport au latin sur un point de théologie.)
Plusieurs autres caractéristiques de l'Avent méritent quelque commentaire:

* D'abord, en Occident (non-Orthodoxe), le premier dimanche de l'Avent est considéré comme le début de l'année liturgique. (En Orient, l'année liturgique ne commence pas avec l'Avent mais au 1er septembre, qui porte le titre traditionnel de "Couronne de l'année." Sa relation historique avec la fête juive de Rosh Hashana est flagrante.)
* Ensuite, au court du 20ème siècle, une charmante coutume est née, celle de la couronne de l'Avent, tant dans les bâtiments ecclésiaux que dans les maisons. Cette couronne est posée horizontalement, ornée de 4 bougies. Ces dernières, symbolisant les 4 millénaires couverts par l'histoire dans l'Ancien Testament, sont allumées, une à la fois, chaque samedi soir précédant les 4 dimanches de l'Avent, de manière à marquer les étapes de la période jusqu'à Noël. Cette pratique moderne se retrouve déjà dans certaines maisons de Chrétiens Orthodoxes, où la période étant plus longue, elle requiert 6 bougies sur la couronne d'Avent.
* Troisièmement, du fait de son accent mis sur la repentance, l'Avent est une période fort sérieuse, ce n'est pas un temps approprié pour les réjouissances, encore moins pour faire la fête et pour les soucis mondains. L'Avent ne fait pas partie des vacances de Noël, et les Chrétiens des temps anciens seraient choqués de l'habitude actuelle de considérer cette période comme un temps pour s'éclater et de "réjouissances de Noël", avec des fêtes au bureau, l'installation d'arbre de Noël et autres décorations domestiques, l'échange de cadeaux, les petites chansonnettes, et même le chant de musique de Noël à l'église.

Toutes ces choses festives sont une partie de la célébration de Noël en lui-même, qui dure 12 jours, du 25 décembre au 6 janvier.
Cette période de l'année liturgique implique plus que des offices liturgiques. La période liturgique est supposée gouverner la vie de ceux qui l'observent. Pour cette raison, anticiper durant l'Avent ces activités qui appartiennent en propre à Noël, c'est considérablement diminuer la possibilité d'être convenablement préparé, par la repentance, pour la grâce de cette si grande période, Noël; cela augmente aussi la probabilité que nous tomberons victimes de l'esprit mondain que le monde du commerce encouragera durant cette période.
04/11/2006

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity.Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

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Voir aussi : "Jeûner et déjeûner, maladie et jeûne"
http://stmaterne.blogspot.com/2006/08/jeuner-et-dejeuner-maladie-et-jeune.html

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