"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

26 décembre 2006

La Toujours-Vierge Marie

groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/ea4f60c13329b741Les Évangiles enseignent et la Liturgie proclame que Jésus-Christ est né sur terre de la Vierge Marie. Dans la "pensée du Christ" qui est donnée aux fidèles par l'inhabitation du Saint-Esprit de Dieu (cfr 1 Cor. 2), il est évident qu'il ne saurait en être autrement. La raison est simple. Jésus est le Fils de Dieu. Et Dieu est Son Père de toute éternité. S'il y a quelque chose d'unique, d'original, de sans précédent dans les Écritures, et d'absolument indéniable à propos de l'enseignement de Jésus Lui-même, c'est ceci : Lui, et uniquement Lui, peut appeler le Dieu Très Haut "Abba, Père!" Et c'est ce qu'Il fait près de 200 fois dans les pages des Évangiles.

Le Père de Jésus est Dieu. Dès lors, Il ne saurait avoir de père humain. Il avait à naître d'une Vierge. Saint Matthieu voit la naissance virginale comme l'accomplissement des paroles du prophète Isaïe : "Vois, la Vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera appelé Emmanuel (ce qui signifie, Dieu avec nous)" (Mt 1,23; Is 7,14). Bien que les érudits se disputent sur le mot "vierge" dans ce texte, disant qu'il peut aussi signifier "jeune femme", il est évident par le mot grec utilisé par l'Évangéliste de même que par l'entièreté de sa narration qu'il signifie littéralement une vierge qui n'a pas eu de relation sexuelle avec un époux humain (1).

Bien qu'il y ait quelques divergences de détail entre les récits de l'enfance dans les Évangiles selon saint Matthieu et saint Luc, il n'y a pas de divergence du tout concernant la naissance virginale de Jésus. Saint Luc rapporte les faits avec luxe de détails. Marie demande à l'Ange de manière directe comment la naissance aura lieu lorsqu'elle dit "je ne connais pas d'homme" (Lc 1,34). nous connaissons tous la réponse de l'Ange.

"Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la Puissance du Très Haut te couvrira de Son ombre; c'est pourquoi l'Enfant qui naîtra sera appelé saint, le Fils de Dieu" (Lc 1,35).

La tradition de l'Église affirme que saint Luc a reçu le récit de la naissance du Christ de Marie en personne, voyant dans sa déclaration "et Sa mère gardait toutes ces choses en son coeur", une référence pas-SI-cachée à la source de son information (Lc 2,51). Mais quoiqu'il en soit, son enseignement est clair. Le Messie est le Fils de Dieu qui n'a pas eu de père humain (voir Lc 3,23).

Un prodige grand et merveilleux a eu lieu aujourd'hui :
Une Vierge enfant un fils
Et son sein ne souffre nulle corruption.
Le Verbe S'est fait chair
Cependant Il ne cesse de demeurer avec le Père.
Les Anges avec les pasteurs rendent gloire
Et avec eux nous nous écrions :
Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur terre (2).

Pourquoi débordes-tu d'émerveillement, O Marie?
Pourquoi es-tu étonnée de ce qui t'arrive?
"J'ai donné naissance dans le temps au Fils éternel,
Cependant je ne comprends pas comment je L'ai conçu.
Je n'ai pas connu d'homme,
Comment dès lors ai-je pu enfanter un enfant?
Qui a jamais vu une naissance sans semence?
Mais comme il était écrit, "Lorsque Dieu le veut, l'ordre de la nature est bouleversé."
Le Christ est né de la Vierge à Bethléem en Judée! (3)

C'est aussi l'enseignement de l'Église, d'après l'Écriture, que Marie est restée vierge toute sa vie durant. Elle n'a jamais connu d'homme. Elle n'a jamais eu d'autres enfants en dehors du Seigneur Jésus. De nouveau, cette conviction est non seulement défendue sur base du compte-rendu biblique, mais est aussi compris comme étant une vérité théologique inspirée par le Saint Esprit, vérité qui est mystiquement et spirituellement évidente pour ceux qui ont "l'esprit du Christ" (1 Cor 2,16). (4)

La Bible ne mentionne jamais Marie ayant d'autres enfants que Jésus. Il n'y a nul autre texte qui même ne fut-ce que de manière vague indique une telle chose. Des "frères et soeurs" de Jésus sont mentionnés, mais il n'y a aucune affirmation explicite que ce seraient les enfants de Marie. Depuis les plus anciens temps dans l'Église, l'interprétation traditionnelle est qu'il s'agit soit de cousins de Jésus, ou d'enfants d'un autre mariage de Joseph (5). On sait que Joseph était bien plus âgé que Marie, et qu'il est mort avant que Jésus ne commence à prêcher. Lorsqu'Il se trouva sur la Croix, Jésus recommanda formellement Sa mère au disciple bien-aimé Jean, ce qui n'aurait pas eu de sens si ses "frères" avaient été en fait les propres enfants de Marie (Jn 19,26-27).

L'évidence spirituelle et mystique de la virginité perpétuelle de Marie, qui fut explicité comme dogme de l'Église par le 5ème Concile Oecuménique en 533, et est répété sans cesse par le culte liturgique de l'Église, est irrésistiblement présente à l'esprit et au coeur des fidèles. Il est tout simplement inconcevable pour les saints que la femme qui a donné naissance par le Saint-Esprit au divin Fils de Dieu, Son Verbe et Sa Sagesse, Son Image Vraie et le Resplendissement de sa Gloire, puisse ensuite concevoir tout naturellement d'autres enfants de la manière habituelle. Il n'y a ici nulle dépréciation de l'accouchement, et certainement aucune répugnance pour l'union sexuelle (6). Il y a plutôt la compréhension bien claire de l'unicité de Marie, celle qui est "bénie entre les femmes," que "toutes les générations diront... bienheureuse", donnée à l'Église en tant qu'image vivante de tous ceux qui sont sauvés parce qu'ils "écoutent la Parole de Dieu et la gardent" (Lc 1,42, 48; 11,28). La place de Marie dans le plan du Salut de Dieu affirme sa virginité perpétuelle plus que n'importe quel texte biblique particulier ou référence spécifique scripturaire pour ceux qui en sont venus à la connaître dans la vie mystique de l'Église.

Voyez la Vierge, comme annoncé,
A conçu en son sein,
Et a donné naissance à Dieu en tant qu'homme,
Et cependant elle demeure vierge.
Étant réconciliée à travers elle avec Dieu,
Chantons ses louanges, nous les pécheurs,
Car elle est vraiment la Théotokos. (7)

Comment est-Il contenu dans un sein,
Celui que rien ne peut contenir?
Comment peut-Il être tenu entre les bras de Sa mère
Celui Qui demeure à jamais dans le sein de Son Père?
C'est suivant Sa bonne volonté
Selon Son omniscience et Son désir!
Car étant non-charnel,
Lui Qui de Sa propre sainte volonté Se fit chair,
CELUI QUI EST eut à devenir pour notre Salut ce qu'Il n'était pas.
Il a partagé notre nature sans se départir de la Sienne propre.
Désirant remplir le monde de saints,
Christ a eu une double naissance! (8)

Lui Qui avant l'étoile du Matin,
Fut engendré par le Pères sans une mère,
Par toi, est fait chair aujourd'hui sur terre, sans père humain.
Une étoile annonce l'heureuse nouvelle aux sages,
Pendant que les Anges avec les bergers chantent ton enfantement sans corruption,
Toi qui est pleine de grâce! (9)

[ndt : je serais très reconnaissant si quelque lecteur/trice pouvait me donner les textes exacts de l'usage liturgique pour la France pour les références ci-dessus, merci!]

(1) Certains prétendent aussi que le texte d'Isaïe n'a rien à voir avec la naissance de Jésus mais
indique un événement à l'époque du prophète en question. Que ce soit ou non le cas n'a pas grand chose à voir avec l'usage du texte dans les Évangiles puisque, dans l'interprétation Chrétienne classique, les prophètes ne sont pas censés devoir d'office connaître la signification profonde de leurs paroles, et nombre d'événements historiques dans l'histoire d'Israël ont été pris comme "types" ou "figures" d'événements qui devaient avoir lieu plus tard, avec une signification totalement neuve, dans les temps messianiques. Il est intéressant de noter que les paroles du prophète adressées au roi Achaz "Le Seigneur Lui-même te donnera un signe" ont donné naissance dans la tradition Orthodoxe au nom pour l'Icône de la Vierge Marie avec ses bras étendus dans la position de l'orante, et le Christ Enfant représenté en son sein. On l'appelle "la Mère de Dieu du Signe" ou simplement l'Icône du Signe.
(2) Complie de la Fête de la Nativité. L'utilisation d'expressions telles que "sans corruption" ou "sans souillure" pour la naissance du Christ et le sein de Marie sont des affirmations "ontologiques" et non pas "éthiques." Le fait est que la naissance du Christ a lieu de manière miraculeuse, laissant la virginité de Marie intacte. Cela ne compromet en rien la réalité de la naissance en tant que "l'ouverture du sein de Marie", puisque l'Évangile dit que c'est bien ce qui s'est passé (Lc 2,23), et les Icônes de la Fête montrent (souvent) des accoucheuses lavant le Christ Enfant nouveau-né. L'Église s'oppose à toute tentative de nier, ou même de diminuer, la réalité de l'humanité du Christ, qui est officiellement définie par le 4ème Concile Oecuménique de Chalcédoine comme étant identique à la nôtre.
(3) Matines de la Fête de la Nativité.
(4) Le texte dans l'Évangile selon saint Matthieu disant, parlant de Joseph "sans qu'il l'eût connue, elle mit au monde un fils, auquel il donna le nom de Jésus" (Mt 1,25) est considéré comme étant un sémitisme, un idiome, une tournure de phrase sémitique, qui n'implique en rien qu'il "l'aurait connue" après que le Fils soit né. Saint Jean Chrysostome, lui-même originaire d'Antioche, présente d'autres idiomes équivalents dans la Bible qui illustrent ce point. Voir Chrysostome, Sur Matthieu, homélie 5, 5-6.
(5) L'Église affirme solennellement que Jésus avait des "frères et des soeurs", appelant saint Jacques, qui est célébré liturgiquement le dimanche après la Nativité, "le frère du Seigneur."
(6) Voir pp. 41-43
(7) Matines de la Fête de la Nativité.
(8) Matines de la Fête de la Nativité, et chantées à nouveau aux Matines du 3ème jour de Noël, lors de la fête de saint Étienne, le premier martyr. Le "CELUI QUI EST" dans l'Hymne est la référence du Nom de Dieu tel qu'il fut révélé à Moïse [dans le texte grec; ndt], cfr Exode 3,14.
(9) Kondakion du 2ème jour de la Nativité, la Fête de la Synaxe (ou assemblée) de la Théotokos, composée par saint Romanos le Mélode et Hymnographe.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)Icône de la Théotokos du Signe, Kiev

Sondages sidérants sur Noël : un très faible pourcentage de la population occidentale sait encore de quoi il s'agit. Quand je dis que l'Occident a vécu 1000 ans de sécularisme à couleur religieuse, et que c'est la source de la déchristianisation à outrance, je n'invente rien ni ne joue au Taliban Orthodoxe. Hélas. Les faits sont là.
http://www.orthodoxie.com/2006/12/sondages_nol_et.html

http://www.la-croix.com/afp.static/pages/061223132947.ws559xx9.htm
LONDRES, 23 déc 2006 (AFP) - La religion fait plus de mal que de bien jugent les Britanniques (sondage) (La Croix)14:43 23/12/2006, Yahoo! - La majorité des Britanniques semble se détourner de la religion, considérée comme un facteur de divisions et de tensions, a révélé un sondage paru samedi.
La page originale en référence :
http://www.guardian.co.uk/frontpage/story/0,,1978046,00.html

Voir aussi ici :
http://www.moinillon.net/post/2006/12/25/Noel

à côté de cette chute en avant de l'Occident, quelques bribes de lumière paraissent, même chez nous, comme le rapporte cet article du Figaro :
"Les Orthodoxes, gardiens vigilants de la tradition"
www.lefigaro.fr/reportage/20061227.FIG000000020_les_orthodoxes

Textes liturgiques et catéchèse de Noël par l'archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard (Patriarcat de Roumanie)
http://www.orthodoxie.com/2006/12/dimanche_24_dce.html

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