"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 décembre 2006

LE SOLEIL DE JUSTICE

A (re)lire sur le sujet :
"Histoire et histoires : Nativité et Solstice d'hiver"
JM

LE SOLEIL DE JUSTICE
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Un des titres du Messie dans les écrits prophétiques de la Bible, c'est "Soleil de Justice." On le trouve chez le prophète Malachie.

"Car voici que le Jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui font le mal ne seront que paille, le Jour qui vient les fera flamber, dit le Seigneur des armées; rien ne restera : ni racine, ni feuillage. Mais sur vous qui craignez Mon Nom, se lèvera le Soleil de justice qui porte le Salut dans ses rayons. Vous sortirez et bondirez libérés, comme les veaux au sortir de l'étable. Vous foulerez aux pieds les méchants, poussière sous la plante de vos pieds, au jour où J'agirai, dit le Seigneur des armées" (Mal 3:19-21).

Dieu Lui-même est appelé le Soleil dans les écrits bibliques (cfr Ps. 84,11). En tant que source de lumière, et Lumière Lui-même, Dieu donne ce même titre à Son Fils unique engendré Qui paraît sur terre comme l'aube d'un jour nouveau, le Jour du Seigneur qui illumine ceux qui se trouvent dans les ténèbres et sur la terre des ombres de la mort (cfr Is 9,2; 42,6-7). On trouve un témoin éloquent de cet enseignement dans l'Évangile selon saint Luc, dans le cantique de Zacharie, le père de Jean le Baptiste.

"Et toi, petit enfant, tu seras appelé Prophète du Très-Haut, car tu précéderas le Seigneur, pour Lui préparer la route, pour donner à son peuple la connaissance du Salut dans le pardon de ses péchés; grâce à la tendre miséricorde de notre Dieu, Qui va nous amener d'en haut la visite du Soleil levant, pour luire sur ceux qui languissent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, et diriger nos pas dans la voie de la paix" (Luc 1,76-79).

Cette traduction du texte est (comme toutes les traductions; ndt) un peu légère dans son interprétation. Littéralement, le texte dit que "l'Orient d'en haut" viendra nous visiter dans le monde, en se référant à Jésus-Christ. Cette expression est utilisée dans l'hymne principale de la Fête de la Nativité dans l'Église Orthodoxe, et cela pour des raisons historiques très spécifiques (1).

A l'origine, il n'y avait qu'une seule fête dans l'Église Chrétienne pour la Venue du Seigneur. Elle était appelée la "fête des lumières" et elle était reliée tant à la fête juive de la saison qu'à la célébration païenne qui avait lieu à cette époque de l'année lorsque le soleil arrêtait sa course vers le sud et recommençait à remonter vers le nord, symbolisant la victoire de la lumière sur les ténèbres dans l'ordre naturel. Cette fête pour les Chrétiens était la Fête de l'Épiphanie, qui signifie littéralement "apparition" ou "manifestation", fête aussi appelée "Théophanie", ce qui veut dire littéralement l'apparition ou la manifestation de Dieu, et elle avait lieu le 6 janvier (2). De toute évidence, elle reçut ce nom parce que Dieu était apparu sur terre en la Personne de Son Fils, et avait manifesté Sa gloire en Celui qui S'appelait Lui-même "Lumière du monde."

"Jésus prit de nouveau la parole et dit : "C'est Moi la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (Jn 8,12).

"Tant que Je suis dans le monde, Je suis la lumière du monde" (Jn 9,5).

"C'est comme lumière que Je suis venu dans le monde; ainsi celui qui croit en Moi ne reste pas dans les ténèbres" (Jn 12,46).

Ces paroles de l'Évangile selon saint Jean renvoient au Prologue du même livre, où Jésus est identifié avec le Verbe divin de Dieu, une identification répétée nombre de fois dans les offices liturgiques de la Pâque d'Hiver.

"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement près de Dieu. Toutes choses ont été faites par Lui, et sans Lui, rien n'a été fait. Ce qui a été fait en Lui était vie, et la vie était la Lumière des hommes; et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point saisie. Il y eut un homme envoyé de Dieu; son nom est Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous les hommes eussent la foi par lui. Il n'était pas la Lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la véritable Lumière Qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. [..] Et le Verbe S'est fait chair, et Il a dressé Sa tente parmi nous, et nous avons contemplé Sa gloire, la gloire qu'un Fils unique reçoit de Son Père, plein de grâce et de vérité" (Jn 1,1-9;14).

La célébration séparée de la Nativité de Jésus, séparée d'une autre célébration générale de Son apparition sur terre – qui contenait originellement tous les aspects de Sa Venue, depuis sa Naissance jusqu'à Sa manifestation publique à Son Baptême dans le Jourdain – fut consciemment effectuée par l'Église Chrétienne, au début en Occident, et plus tard en Orient, pour contre-balancer la fête païenne de "la nativité du soleil invincible." La fête païenne était célébrée le 25 décembre. C'était un jour d'observance religieuse pour ceux qui adoraient les objets célestes comme divinités, en particulier le soleil. Lorsque les païens furent libérés de ce culte et furent bénis pour adorer le vrai Dieu en Chrétiens, il ne fut que naturel pour l'Église de remplacer les fêtes erronées avec la véritable fête, donnant ainsi une véritable signification à un jour qui était déjà spécial dans la vie de nombre de ses nouveaux fidèles. Il semble que l'hymne principale de la Fête de la Nativité du Christ dans l'Église d'Orient fut formulée en polémique consciente contre le paganisme, avec une accentuation particulière sur le fait que ceux qui adoraient auparavant les étoiles, y compris le soleil, avaient été enseignés par une étoile d'adorer le Véritable Soleil, Jésus Fils de Dieu, Qui donne et est la Véritable Lumière.

Ta Nativité, O Christ notre Dieu,
A fait resplendir dans le monde la Lumière de la connaissance,
Par Elle les serviteurs des astres,
Enseignés par l'étoile,
Apprennent à T'adorer, Toi, Soleil de Justice,
Et à Te connaître, Orient d'en haut,
Seigneur gloire à Toi! (3)

Certains reprochent à l'Église Chrétienne d'avoir établi la Fête de la naissance du Christ le jour de la "naissance du soleil." Certaines sectes chrétiennes s'opposent même à la célébration. Les Chrétiens Orthodoxes croient que ce fut un acte inspiré par le Saint-Esprit. Dieu a envoyé Son Fils dans le monde pour sa sanctification et son Salut. Le Messie est venu "non pas pour condamner le monde", avec ses faiblesses et ses tentatives malavisées pour trouver la signification de la vie, mais "pour que le monde puisse être sauvé par Lui" (Jn 3,17). Car, comme l'Apôtre Paul l'a écrit, c'est "Dieu qui a dit : "Que du sein des ténèbres la lumière brille", est aussi celui qui a fait briller sa lumière dans nos coeurs, pour qu'y luise l'éclat de la connaissance de la splendeur de Dieu qui apparaît sur le visage (*) du Christ" (2 Cor. 4,6)
(*) littéralement : "personne", mais traduit habituellement par "visage" ou "face".

Les mages qui avaient été guidés en chemin par l'étoile divine,
Se tenaient devant Toi émerveillés par Ta merveilleuse Nativité;
Et apportant leurs présents, ils virent le Soleil
Qui S'était levé du nuage vierge. (3)

Que le peuple qui se trouvait dans les ténèbres
Voie luire la Lumière qui ne connaît pas de couchant,
Lui que l'étoile autrefois manifesta
Aux rois Perses adorateurs du feu. (4)

Tu as paru hors d'une Vierge,
O Spirituel Soleil de Justice,
Et une étoile T'a révélé,
Toi que rien ne saurait contenir,
Étant contenu par une caverne.
Tu as guidé les mages pour venir T'adorer,
Et se joignant à eux nous Te magnifions.
O Donateur de Vie, gloire à Toi. (5)

Notre Sauveur, Aurore de l'Orient,
Nous a visités d'en haut;
Et nous qui étions dans les ténèbres et l'ombre,
Avons trouvé la Vérité.
Car le Seigneur est né d'une Vierge! (6)

(1) "Anatolia" est le mot grec pour "Orient", signifiant littéralement "Est." Les Bibles traduisent habituellement par "aurore".
(2) L'Église Arménienne, jusqu'à nos jours, célèbre une seule fête de la Venue du Seigneur, le 6 janvier. Il ne faut pas la confondre avec la célébration de la Nativité du Christ le 7 janvier par certaines Églises Orthodoxes, par exemple celles en Russie, où cela correspond au 25 décembre dans le calendrier Julien qu'elles utilisent encore de nos jours.
(3) Tropaire de la Fête de la Nativité. Le mot "Orient" pour le Messie est aussi proclamé dans une hymne populaire de l'Église Orthodoxe qui est chantée lors de nombreux Offices, mais principalement identifiée avec les mariages et ordinations:
Réjouis-toi, O Isaïe, la Vierge a un enfant, et elle mettra un fils au monde,
Emmanuel, à la fois Dieu et homme.
Et Orient est Son Nom, qu'en magnifiant, nous appelons la Vierge bienheureuse.
(4) Matines du dernier jour de l'avant-fête de la Nativité, 24 décembre. Voir Apocalypse 21,23-25 "La ville n'a d'ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine, et sa lampe est l'Agneau [c-à-d le Christ]. Les nations marcheront à Sa lumière et les rois de la terre y importeront leur opulence. On n'en fermera pas les portes journellement, puisqu'il n'y aura point là de nuit."
(5) Vêpres de la Fête de la Nativité.
(6) Hymne de la lumière lors des Matines de la Fête de la Nativité.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

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