"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 décembre 2006

Sainte Mélanie la Jeune, Couronne de l'année civile

Sainte MélanieMiniature du Ménologe de Basilios II (976-1025),
ouvrage détenu par la Biblioteca Vaticana (Cod. Lat. grec. 1613, f.285)

Il ne faut pas la confondre avec une autre célèbre Chrétienne de cette même famille, sainte Mélanie l'Ancienne.
Sainte Mélanie la Jeune est née à Rome en 383, de Valeri Publicola et Ceionia Albinos, tous deux appartenant à de glorieuses familles romaines. À 14 ans, elle fut mariée à Valeri Pinien. Après la mort de leurs 2 fils, elle parvint à le convaincre d'entamer ensemble une vie pénitente et continente. Ayant grandit dans une ambiance où l'idéal ascétique était fortement apprécié, Mélanie abandonna la ville pour se retirer avec ses serviteurs et les siens dans une villa des faubourgs, afin d'y mener la vie monastique.
Elle distribua progressivement son énorme patrimoine aux pauvres et aux églises, avant de rejoindre en 406 saint Paulin de Nole, le célèbre évêque et Père de l'Église, qui était un ami de la famille, et ensuite de se retirer à Messine. Son action était très mal vue du milieu romain, et n'allait pas sans provoquer quelques remous économiques, vu l'imbrication de la famille dans le système de l'empire..

Aspirant toujours à de plus grands biens spirituels, elle séjourna avec sa mère et son mari à Tagaste, à l'école de saint Augustin et saint Alipius, et visita avec grand intérêt de célèbres monastères en Égypte, donnant toujours un vivant exemple d'amour pour les Écritures et la Divine Liturgie, de détachement des biens terrestres et de générosité.
En 417, ils partirent pour Jérusalem, où Mélanie voulait s'installer. Elle y fonda successivement un monastère masculin et un féminin, sur le Mont des Oliviers.
La Règle des 2 communautés, qu'elle rédigea elle-même, se caractérisait par une intense vie ascétique et liturgique.
Elle mourut le 31 décembre 439 à Jérusalem.

Avec son époux saint Pinien, c'était donc un richissime couple qui s'était détourné de l'esprit de ce monde, de la vie mondaine, et s'était donné au Christ de manière radicale. Mélanie décrira la Rome de son époque : un lieu de débauche et de perdition, de faux christianisme. On comprend mieux que ce cinquième siècle sera le dernier pour "l'ancienne Rome". Les gens y ayant si massivement abandonné le Christ, ne gardant que pour certains des apparences de chrétienté, des coutumes, bref un christianisme sociétal et culturel, et le reste étant retourné ouvertement au paganisme, il était inévitable que cette ville disparaisse en tant que capitale d'importance. Soyons clairs : ça ressemble à s'y méprendre à la situation de l'Occident moderne. Et je ne parierais pas un kopeck sur une différence de résultat dans moins d'un siècle, l'accélération de la ré-athéisation ayant commencé il y a 2 siècles et demi, avec les pseudo "Lumières". Il est indéniable qu'on arrive au bout du rouleau. Nulle armée, nulle politique, nulle méthode humaine n'arrivera à changer les choses. Seul un retour radical et massif au Christ le permettrait. L'Histoire ne repasse les plats que lorsqu'on en reprend les recettes d'antan, en bien comme en mal. Depuis des siècles, aveuglés puisque vivant hors de l'unique Lumière, Qui est le Christ, nous ne reprenons que ce qui a abouti aux échecs cuisants et fins de civilisations. Sic transit gloria mundi...

Comme chez nous à présent, cette chute spirituelle à Rome aura des "dégâts collatéraux" comme on dit maintenant : les saintes et saints occidentaux de Rome de cette époque, tous Orthodoxes, seront très peu présents dans la Liturgie occidentale ultérieure, même durant les siècles orthodoxes. A un point qu'on a du mal à s'imaginer si on ne parcours pas, page par page, les anciens sacramentaires.
Ce qui se verra aussi dans le peu d'appréciation que l'on donnera à la vie monastique de sainte Waudru et son époux saint Vincent de Soignies (entamée après que leurs saints enfants, tous canonisés, soient partis vivre leur vie propre), idem sainte Ite et saint Pépin de Landen (les parents entre autres de sainte Gertrude de Nivelles et sainte Begge d'Andenne), etc. Pour ne rien dire du "saint Basile le Grand de l'Occident", saint Hilaire de Poitiers, évêque marié dont l'épouse et la fille seront aussi canonisés... mais rigoureusement oubliés par la suite dans la vénération "dirigée" de l'Église en Occident, jamais vraiment remise de sa première chute, avant la catastrophe de 1014 (proclamation de l'adoption officielle par Rome de l'hérésie lors du sacre d'Henri 2) puis du drame de 1054 (déclaration de Schisme, Rome se sépare d'avec l'Église).

Car vous pouvez chercher sainte Fabiola et sainte Mélanie dans les sacramentaires occidentaux, pour prendre 2 exemples lumineux. Sacramentaire "Grégorien" (Hadrianum) : nada. Et ceux qui en découlent, avant le 11ème siècle : idem. Livres "tridentins" ultérieurs, qui ont repris une partie d'avant et rajouté leurs histoires à eux : néant. Bréviaire romain pré-Vatican 2 (je ne regarde pas après, puisqu'un paquet de saints ont disparu) : "le trou noir."
Et le plus étonnant (et réjouissant) c'est que cette absence dans la vénération en Occident se verra contrebalancée par la vénération de ces saints et saintes .. en Orient.. où la vie monastique ne sera pas dépréciée comme elle le sera en Occident "hors cadre réglementé du système rigide mis en place par les Carolingiens."
Nul n'est prophète en son pays... Grâce à l'Orient Orthodoxe, l'Occident à ré-Orthodoxiser va donc pouvoir retrouver ses vrais saintes et saints. "Il ne reste plus qu'à". Et notamment à le faire dans le cadre liturgique qui a produit tant de saintes et saints chez nous des siècles durant, il y a plus de mille ans d'ici. Cadre liturgique qui est donc adéquat et agréable à Dieu et sanctifiant.

Oraison.
O Dieu, Qui a voulu que sainte Mélanie resplendisse dans l'Église comme exemple de détachement face aux biens de ce monde et par une extraordinaire charité envers les pauvres, accorde que, suivant ses exemples, nous obtenions la récompense promise aux humbles et aux miséricordieux.Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Homélie pour la fête d'une Vierge
(début du Livre I des Vierges / Lib. I de Virg.)
Puisque c'est aujourd'hui l'anniversaire d'une Vierge, l'amour de l'intégrité nous invite à dire quelque chose de la virginité, afin de ne pas paraître traiter par allusion et superficiellement une vertu qui est capitale. Car la virginité n'est pas louable parce qu'elle se trouve dans les martyres, mais parce qu'elle-même fait des martyres. Mais qui peut comprendre avec un esprit humain cette vertu qui n'est pas incluse dans les lois de la nature? Ou qui pourrait exprimer totalement, en mots de la nature, ce qui dépasse l'usage de la nature? C'est du Ciel que nous est venu le modèle à imiter sur terre. Et ce n'est pas sans raison qu'elle a demandé au Ciel sa manière de vivre, celle qui s'est trouvé un Époux dans le ciel.
Cette vierge, s'élevant au-dessus des nuages, des airs, des Anges et des astres, trouve le Verbe dans le sein même du Père et y puise à plein coeur. Qui donc en effet, après avoir trouvé tant de bien, l'abandonnerait? "Car parfum répandu est Ton Nom, c'est pourquoi les jeunes filles T'ont aimé et T'ont attiré" (cfr Ct 1,2). Enfin ce n'est pas de moi qu'est cette autre parole, que celles "qui n'épousent pas et ne sont pas épousées, seront comme les Anges de Dieu dans le Ciel" (cfr Mt 22,30). Que personne donc ne s'étonne si elles sont comparées aux Anges, celles qui s'unissent au Seigneur des Anges.
Qui donc niera qu'elle nous a été donnée du Ciel, cette manière de vivre qu'on ne trouve pas facilement sur terre, si ce n'est depuis que Dieu est descendu dans ces membres de notre corps terrestre? Une Vierge alors Le conçut dans son sein, et le Verbe S'est fait chair, pour que la chair devînt Dieu. On dira : "mais Élie non plus n'a jamais été mêlé aux passions de l'union corporelle." C'est donc pour cela qu'il a été enlevé au Ciel dans un char; pour cela, qu'il paraît en gloire avec le Seigneur pour cela, qu'il doit venir en précurseur de l'Avènement du Seigneur.
+ Saint Ambroise, évêque de Milan


Vie de sainte Mélanie la Jeune, prière de sainte Mélanie adressée au Christ, iconographie:
http://www.amdg.be/sankt/dec31.html#PERS

Saint Augustin d'Hippone parle d'elle dans sa lettre 126
Epistola 126

Saint Jérôme parle d'elle dans sa lettre 4
"Ad Florentinum de ortu amicitiae"

Archéologie, Rome et sainte Mélanie

Les fouilles archéologiques dans la résidence romaine de Sainte Mélanie
http://www.santamelania.it/melania/scavi/scavi.htm

La curiosité pour mieux connaître l'histoire de Sainte Mélanie et surtout les lieux de Rome qui appartenaient à sa famille, nous nous a poussés à rencontrer l'archéologue Gianfranco De Rossi qui, dans son étude, a réussi à approfondir l'enquête sur la résidence urbaine des Valeri, une des familles plus importantes "historiques" de Rome. Nous lui avons posé quelques questions et, ainsi, nous avons découvert que sur le Celio se cachent des témoignages du passé romain de Mélanie.
 Parlons un peu des Valerii : nous savons que Mélanie était fille de Valerio Publicola et que le père de Pinien s'appelait Aradius Valerius Severus.

Les Valerii étaient à l'époque une des plus importantes familles patriciennes de Rome. Depuis l'époque de la République, ils lui avaient donné des Consuls, des généraux et des magistrats, ce qui avait rehaussé leur prestige et en outre avait permis aux Valeri d'accumuler de considérables richesses et propriétés dans tout le bassin de la Méditerranée. Il était dès lors naturel de trouver leur domus, leur propriété et demeure principale, sur le Celio, qui était à l'époque le quartier résidentiel des sénateurs et membres de l'aristocratie romaine, et un lieu de luxueuses demeures appartenants à des personnages célèbres.

Possédons-nous des témoignages écrits ou des preuves qui confirment l'hypothèse de l'appartenance de cette "domus" patricienne à la famille de Mélanie?

Pour les historiens romains, la première domus des Valeri était sur la Velia, une petite colline qui joignait le Palatino à la colline de l'Oppio et qui fut "rasée" durant notre siècle pour permettre la construction de la via dei Fori Imperiali. Ensuite, en 1554, on a découvert sur le Celio la résidence du père de Pinien. A côté d'elle vous trouviez le Castra Peregrinorum, la caserne de l'armée provinciale qui, dans la Ville, avait des tâches communes avec l'administration de la ville, en plus de s'occuper des fonctions de police et des services postaux. Pendant les XVIème et XVIIème siècle, des fouilles répétées s'intéressèrent à l'emplacement occupé par la "domus" et, malheureusement, suite à cela disparurent une grande partie des colonnes, des sculptures et des peintures qui l'ornaient. La certitude de l'identification de la villa comme appartenant à Valeri Severo et à Pinien est possible grâce à deux diplômes en bronze, don des colonies africaines de Thenae et d'Hadrumetum, découvertes durant les premières fouilles.
En outre la découverte d'une lucarne de bronze en forme de bateau avec le Christ à la barre, portant l'inscription "Dominus legem dat Valerio Severo", en plus des nombreux verres dorés avec les effigies de saint Pierre et saint Paul et de quelques objets d'argent avec des symboles Chrétiens, rendent maintenant certaine notre hypothèse.

Pouvez-vous nous décrire la villa? Peut-être nous devrons faire preuve d'un peu de fantaisie...
Malheureusement, aujourd'hui, il ne reste que bien peu de visible de la domus des Valeri, la plus grande partie étant en ruines et recouverte par la construction ultérieure de l'hôpital dell'Addolorata. De toute manière, les excavations de la fin des années 1800 ont permis la découverte de quelques parties, qui ne nous permettent cependant pas une reconstitution globale du bâtiment. La villa devait être de dimensions considérables et dotée de riches et importantes décorations. Il y avait un espace de portique, peut-être une salle d'entrée ou une cour à péristyle; au-dessus on trouvait une pièce pour représentations, pavée de marbre de couleur taillé en diverses formes géométriques (sectilia). Elle se terminait avec une abside et communiquait avec des chambres reliées à des thermes privés. On y a en outre retrouvé une fontaine et une série d'autres locaux, peut-être utilisés comme chambres de service. Les fouilles ont mis en évidence la raison de l'abandon de la domus, qui a eu lieu par la suite à cause d'un grand incendie, événement qui est aussi mentionné dans la biographie de Mélanie.
 Afin de conclure : quelles transformations a subi ce lieu, après la destruction par l'incendie et l'abandon subséquent de la villa?

Nous ne savons pas si après l'abandon de la domus le lieu fut réoccupé. En 575 fut fondé sur les ruines de la villa des Valeri le monastère grec de Sant'Erasmo avec comme annexe le Xenodochium Valeriorum, une sorte d'abri ou d'hospice pour pauvres et pèlerins. Il conservait dans le nom le souvenir de l'ancienne propriété de la famille de Pinien. En ruine déjà au Xème siècle, il fut définitivement détruit par les Normans de Robert Guiscard lors du "sac" de 1084.

Effigie de Robert GuiscardMonnaie de bronze, XIe siècleBnF, Monnaies et médailles (25 Droit/Revers)

Une entrevue par Marta Silli.

Quartier du Celio : l'édifice circulaire est la Basilique S.Stefano Rotondo. À droite d'elle, plus bas, le Castra Peregrinorum. Encore plus à droite, plus haut, le Domus Valeriorum, à l'intérieur du carré actuellement occupé par l'hôpital dell'Addolorata.
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Revue en anglais d'un ouvrage italien :
La Bibliotheque di S. Stefano Rotondo, il monastero di S. Erasmo e la Casa dei Valerii sul Celio by G. B. de Rossi

Série d'articles en italien :
"Domus Valeria"

"Torna alla luce sotto l'ospedale la dimora della 'Gens Valeria'."
"Torna alla luce al Celio la dimora dei Valerii"

Messe "tridentine" de sainte Mélanie, "propre" en italien

Archeologia e monumenti : "LA DIMORA DEI VALERII E L'OSPEDALE DI SAN GIOVANNI IN LATERANO"

Le chiese di Roma dal secolo IV al XIX, di Mariano Armellini, 1891
"PARTE SECONDA - Notizie storiche e topografiche delle chiese di Roma"

"La domus dei Valerii a Roma" - Associazione Internazionale di Archeologia Classica

Bidental et viridarium
Viridarium = terrasses avec jardinBidental = à l'origine, chez les Romains, édifice consacré par l'immolation d'une brebis de 2 ans ("bidens"). Cette dénomination fut appliquée plus tard au petit temple circulaire qu'on élevait autour d'un "puteal", margelle d'un puits.
J'en déduis et présume que le nom est resté pour désigner une petite chapelle privée dans une demeure patricienne mais Chrétienne.


vue du couloir et du viridarium

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497 articles postés depuis le 28 mars 2006 - plus de 33.000 visites (ce que certains sites non-religieux réalisent en 2 ou 3 minutes...) - ça a bien carburé, à la grâce de Dieu.A l'année prochaine!Deus vos garde

Jean-Michel