"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 décembre 2006

Christ vient pour restaurer l'image (Gen. 1,26)

groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/75b60b0d0220785fLes êtres humains, homme et femme, ont été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu (1). C'est une doctrine fondamentale de la vision Judéo-Chrétienne du monde. Elle signifie que nous humains, nous ne sommes pas simplement le produit de notre hérédité et environnement, de notre composition biologique et de notre assemblage génétique. Ni ne sommes simplement le résultat de quelque combinaison accidentelle de particules physiques et cellules matérielles, ni ne sommes simplement que le résultat de processus historiques, de systèmes économiques et d'organisations sociologiques. Nos vies ne consistent pas dans la quantité de nos biens, notre soif de pouvoir, nos opportunités d'étude, ou notre conduite et satisfactions sexuelles. Tout cela, et bien d'autres facteurs, sont importants dans la vie des gens, même critiques, mais ils ne sont pas ce qui fait de nous des humains. Nous les êtres humains sommes humains parce que notre propriété fondamentale et essentielle est d'être les expressions créées les plus parfaites de l'être et la vie de Dieu. Nous sommes créés pour être "imitateurs de Dieu" et "participants à la Nature divine" (Eph. 5,1; 2 Pierre 1,4).

Etre créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, c'est être à la fois un être spirituel et matériel. C'est être personnellement libre, autonome, et conscient de soi-même. C'est être capable de connaître et faire le bien, être capable d'agir et de faire attention. C'est être capable de gouverner et cultiver, créer et diriger. En un mot, comme tous les saints Chrétiens Orthodoxes l'ont enseigné, c'est être capable d'être par la grâce de Dieu et la bonne volonté absolument tout ce que Dieu Lui-même est par nature. Dieu est un Dieu vivant, et nous sommes aussi créés pour vivre. Dieu est bon, et nous sommes créés pour être bons. Dieu est sage, et nous sommes créés pour être sages. Dieu est paisible et joyeux, bon et miséricordieux, puissant et doux – et c'est ce que nous avons nous aussi à être. Dieu vit à jamais et ne meurt jamais, et nous aussi nous avons été créés pour devenir immortels. Dieu gouverne tout ce qu'Il a créé, et nous, les créatures faites à Son image et ressemblance, nous sommes créés pour prendre soin de Sa Création. Nous pourrions continuer les comparatifs en une liste sans fin; ils sont valables dans tous les cas. Quoique Dieu soit, nous sommes appelés par Lui à le devenir. Et plus important de tout, et ce qui contient tous les éléments spécifiques et particuliers : Dieu est Amour (1 Jn 4,8;16). Et nous Ses créatures nous sommes créés par Lui pour être nous aussi Amour. Nous sommes créés pour aimer comme Il aime. Pour aimer toutes choses qu'Il aime. Et en premier lieu, pour L'aimer.

La cause de toute tristesse et affliction c'est que les êtres humains ont échoué à être – et dès lors à devenir à l'infini – ce pour quoi Dieu les avait créés. In fine, ils ont échoué et ont oublié d'aimer. C'est la signification du péché d'Adam et Eve dans la Bible. Les êtres humains ont utilisé leurs natures divines et utilisé leurs énergies divines pour faire le mal au lieu du bien, pour le mensonge au lieu de la vérité, pour la destruction au lieu de la création, pour la mort au lieu de la vie. Ils ont corrompu leur être même, dénaturant l'image divine en eux-mêmes et ont perdu leur ressemblance à Dieu. (2)
Les Chrétiens Orthodoxes affirment que Jésus-Christ est venu pour restaurer l'image et la ressemblance à Dieu dans les êtres humains. Il leur a permis de redevenir ce pour quoi ils avaient été créés au commencement. Jésus ne fait pas cela seulement parce qu'Il est le Fils Unique engendré et Verbe de Dieu, mais aussi parce qu'Il est "l'image du Dieu invisible" (Col 1,15; 2 Cor 4,4) (3). Ceux qui voient Jésus, comme Lui-même l'a dit, voient Dieu le Père.
"Philippe lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit." Et Jésus de répondre : "Il y a si longtemps que Je suis avec vous, et tu ne Me connais pas, Philippe! Celui qui M'a vu, a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père?" (Jn 14,8-9)

Étant Lui-même l'image éternelle et incréée de Dieu, le Christ restaure l'image de Dieu dans l'être humain, en devenant un véritable être humain, le "dernier" Adam, l'Adam "final, "l'homme des Cieux."

"C'est ainsi qu'il est écrit : Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante (Gn 2,7); le dernier Adam est esprit vivifiant. Mais ce n'est pas le spirituel qui vient le premier, c'est ce qui est animal : le spirituel vient ensuite. Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre; le second est venu du Ciel. Tel est l'homme terrestre, tels sont aussi les hommes terrestres; tel est l'homme céleste, tels sont aussi les hommes célestes. Et de même que nous avons reproduit les traits de l'homme terrestre, ainsi nous reproduirons ceux de l'homme céleste" (1 Cor 15,45-49).

En tant que deuxième Adam et Adam final, Jésus fait tout ce que à quoi le premier Adam, l'original, avait été appelé à faire ou être, mais en quoi il avait échoué. Jésus obéit à Dieu. Il honore Son Nom. Il se réjouit en Sa Présence. Il adore Sa Divinité. Il rend grâce pour Ses dons. Il exprime Ses mots. Il accomplit Ses oeuvres. Il réalise Sa volonté. Et ainsi Il S'accomplit Lui-même d'une manière humaine comme quelqu'un créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Mais étant le Fils de Dieu Lui-même, l'Image et Verbe incréé de Dieu, Son accomplissement s'étend à tous les êtres humains et est rendu accessible à tous librement et en plénitude. Car "tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ" (1 Cor 15,22). Parce qu'Adam lui-même n'était qu'une "figure de Celui Qui devait venir" (Rom 5,14). C'est-à-dire Jésus.

"Mais il n'en va pas du don de la grâce comme de la faute. Si la faute d'un seul a causé la mort de la multitude, à plus forte raison, la grâce de Dieu, et le bienfait de cette grâce obtenue par un seul homme, Jésus Christ, ont-ils été octroyés avec abondance à la multitude. Et il n'en est pas non plus de ce don comme des conséquences du péché d'un seul : la faute d'un seul a eu pour suite un verdict de condamnation; par contre, après de nombreuses fautes, le don de la grâce entraîne un jugement de justification. Si par la faute d'un seul homme, la mort a régné (cela du fait d'un seul), à combien plus forte raison ceux qui ont reçu l'abondance de la grâce et du don de la justice, régneront-ils dans la vie du fait de Jésus Christ, de Lui seul! (Rom 5:15-17)."

Tel est le message de Noël. Il y a un nouvel Adam. Il y a l'image restaurée de Dieu. C'est l'image restaurée de l'Image Elle-même, le Fils et Verbe de Dieu, Jésus-Christ. En Lui, l'humanité a trouvé son accomplissement et sa perfection. En Lui, les humains peuvent vivre. En Lui, chacun peut achever lui-même en tant que créature faite pour être par la grâce de Dieu tout ce que Dieu Lui-même est par nature. En Lui tout le monde peut être humain.

Prépare-toi, Bethléem,
Car l'Eden s'est ouvert à tous.
Dispose-toi, Ephrata,
Parce que l'Arbre de Vie fleurit de la Vierge dans la grotte.
Son sein est le paradis spirituel ensemencé du fuit divin;
Si nous en mangeons, nous vivrons à jamais et ne mourrons pas comme Adam.
Le Christ vient pour restaurer l'image qu'Il avait faite au commencement. (4)

Le Créateur, la Sagesse de Dieu, S'approche,
Le brouillard des promesses des prophètes est dissipé.
La joie balaie les cieux,
La Vérité est resplendissante,
Les ombres des ténèbres sont dispersées,
Les portes de l'Eden sont ouvertes,
Adam danse de joie:
Notre Créateur et Dieu va nous refaçonner. (5)

Tu pris sur Toi la chair humaine, O Christ,
Descendance de la semence d'Abraham.
Tu vins pour donner grâce sur grâce,
Restaurant Ton image
Et nous libérant de la corruption.
Car le Père T'a envoyé, Toi le Fils Unique,
Comme rédemption pour le monde. (6)

O Seigneur mon Dieu,
Je Te chanterai un cantique d'anniversaire,
Une hymne d'avant-fête,
Car par Ta Nativité Tu me donne une renaissance divine,
Et me mène vers ma première perfection. (7)

(1) Cfr Gen 1,26-27; 5,1-2.
(2) Certains auteurs Orthodoxes, y compris certains Pères de l'Église tels que saint Grégoire de Nysse et saint Maxime le Confesseur, font une distinction entre image et ressemblance. Ils disent que l'image de Dieu dans l'homme est ce qui est donné et ne sait jamais être détruit, et que la ressemblance de Dieu en l'homme est ce qui doit être nourri et développé, ou sinon elle sera perdue. Cette distinction n'est pas toujours suivie. Certains Pères de l'Église, tel saint Athanase le Grand, ne la font pas, mais utilisent image et ressemblance comme des synonymes. La liturgie de l'Église tend à suivre la pratique biblique et d'Athanase et ne marque pas une distinction profonde entre les 2 termes. Quelque soit leur usage, cependant, il faut noter que l'enseignement substantiel est le même.
(3) Dans les traductions, parlant du Christ, on utilise pour Col 1,15, "image du Dieu invisible" et pour 2 Cor 4,4 "ressemblance de Dieu". Cependant, dans les 2 cas, en grec, c'est le même mot qui est utilisé, eikon (image), qui a donné icône en français.
(4) Tropaire de l'avant-fête de la Nativité. Ephrata, souvent mentionnée dans la Liturgie de Noël, est une région dans laquelle Bethléem est situé. Le même nom est utilisé comme synonyme pour Bethléem, la ville de David. Cfr. Mich. 5,2.
(5) Matines du 2ème jour de l'avant-fête de la Nativité, 21 décembre.
(6) Complies du 3ème jour de l'avant-fête de la Nativité, 22 décembre.
(7) Complies de la Vigile de la Nativité

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

LE SOLEIL DE JUSTICE

A (re)lire sur le sujet :
"Histoire et histoires : Nativité et Solstice d'hiver"
JM

LE SOLEIL DE JUSTICE
groups.google.fr/group/alt.religion.christian/msg/f1725ca9d922d0b5
Un des titres du Messie dans les écrits prophétiques de la Bible, c'est "Soleil de Justice." On le trouve chez le prophète Malachie.

"Car voici que le Jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui font le mal ne seront que paille, le Jour qui vient les fera flamber, dit le Seigneur des armées; rien ne restera : ni racine, ni feuillage. Mais sur vous qui craignez Mon Nom, se lèvera le Soleil de justice qui porte le Salut dans ses rayons. Vous sortirez et bondirez libérés, comme les veaux au sortir de l'étable. Vous foulerez aux pieds les méchants, poussière sous la plante de vos pieds, au jour où J'agirai, dit le Seigneur des armées" (Mal 3:19-21).

Dieu Lui-même est appelé le Soleil dans les écrits bibliques (cfr Ps. 84,11). En tant que source de lumière, et Lumière Lui-même, Dieu donne ce même titre à Son Fils unique engendré Qui paraît sur terre comme l'aube d'un jour nouveau, le Jour du Seigneur qui illumine ceux qui se trouvent dans les ténèbres et sur la terre des ombres de la mort (cfr Is 9,2; 42,6-7). On trouve un témoin éloquent de cet enseignement dans l'Évangile selon saint Luc, dans le cantique de Zacharie, le père de Jean le Baptiste.

"Et toi, petit enfant, tu seras appelé Prophète du Très-Haut, car tu précéderas le Seigneur, pour Lui préparer la route, pour donner à son peuple la connaissance du Salut dans le pardon de ses péchés; grâce à la tendre miséricorde de notre Dieu, Qui va nous amener d'en haut la visite du Soleil levant, pour luire sur ceux qui languissent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, et diriger nos pas dans la voie de la paix" (Luc 1,76-79).

Cette traduction du texte est (comme toutes les traductions; ndt) un peu légère dans son interprétation. Littéralement, le texte dit que "l'Orient d'en haut" viendra nous visiter dans le monde, en se référant à Jésus-Christ. Cette expression est utilisée dans l'hymne principale de la Fête de la Nativité dans l'Église Orthodoxe, et cela pour des raisons historiques très spécifiques (1).

A l'origine, il n'y avait qu'une seule fête dans l'Église Chrétienne pour la Venue du Seigneur. Elle était appelée la "fête des lumières" et elle était reliée tant à la fête juive de la saison qu'à la célébration païenne qui avait lieu à cette époque de l'année lorsque le soleil arrêtait sa course vers le sud et recommençait à remonter vers le nord, symbolisant la victoire de la lumière sur les ténèbres dans l'ordre naturel. Cette fête pour les Chrétiens était la Fête de l'Épiphanie, qui signifie littéralement "apparition" ou "manifestation", fête aussi appelée "Théophanie", ce qui veut dire littéralement l'apparition ou la manifestation de Dieu, et elle avait lieu le 6 janvier (2). De toute évidence, elle reçut ce nom parce que Dieu était apparu sur terre en la Personne de Son Fils, et avait manifesté Sa gloire en Celui qui S'appelait Lui-même "Lumière du monde."

"Jésus prit de nouveau la parole et dit : "C'est Moi la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (Jn 8,12).

"Tant que Je suis dans le monde, Je suis la lumière du monde" (Jn 9,5).

"C'est comme lumière que Je suis venu dans le monde; ainsi celui qui croit en Moi ne reste pas dans les ténèbres" (Jn 12,46).

Ces paroles de l'Évangile selon saint Jean renvoient au Prologue du même livre, où Jésus est identifié avec le Verbe divin de Dieu, une identification répétée nombre de fois dans les offices liturgiques de la Pâque d'Hiver.

"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement près de Dieu. Toutes choses ont été faites par Lui, et sans Lui, rien n'a été fait. Ce qui a été fait en Lui était vie, et la vie était la Lumière des hommes; et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point saisie. Il y eut un homme envoyé de Dieu; son nom est Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous les hommes eussent la foi par lui. Il n'était pas la Lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la véritable Lumière Qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. [..] Et le Verbe S'est fait chair, et Il a dressé Sa tente parmi nous, et nous avons contemplé Sa gloire, la gloire qu'un Fils unique reçoit de Son Père, plein de grâce et de vérité" (Jn 1,1-9;14).

La célébration séparée de la Nativité de Jésus, séparée d'une autre célébration générale de Son apparition sur terre – qui contenait originellement tous les aspects de Sa Venue, depuis sa Naissance jusqu'à Sa manifestation publique à Son Baptême dans le Jourdain – fut consciemment effectuée par l'Église Chrétienne, au début en Occident, et plus tard en Orient, pour contre-balancer la fête païenne de "la nativité du soleil invincible." La fête païenne était célébrée le 25 décembre. C'était un jour d'observance religieuse pour ceux qui adoraient les objets célestes comme divinités, en particulier le soleil. Lorsque les païens furent libérés de ce culte et furent bénis pour adorer le vrai Dieu en Chrétiens, il ne fut que naturel pour l'Église de remplacer les fêtes erronées avec la véritable fête, donnant ainsi une véritable signification à un jour qui était déjà spécial dans la vie de nombre de ses nouveaux fidèles. Il semble que l'hymne principale de la Fête de la Nativité du Christ dans l'Église d'Orient fut formulée en polémique consciente contre le paganisme, avec une accentuation particulière sur le fait que ceux qui adoraient auparavant les étoiles, y compris le soleil, avaient été enseignés par une étoile d'adorer le Véritable Soleil, Jésus Fils de Dieu, Qui donne et est la Véritable Lumière.

Ta Nativité, O Christ notre Dieu,
A fait resplendir dans le monde la Lumière de la connaissance,
Par Elle les serviteurs des astres,
Enseignés par l'étoile,
Apprennent à T'adorer, Toi, Soleil de Justice,
Et à Te connaître, Orient d'en haut,
Seigneur gloire à Toi! (3)

Certains reprochent à l'Église Chrétienne d'avoir établi la Fête de la naissance du Christ le jour de la "naissance du soleil." Certaines sectes chrétiennes s'opposent même à la célébration. Les Chrétiens Orthodoxes croient que ce fut un acte inspiré par le Saint-Esprit. Dieu a envoyé Son Fils dans le monde pour sa sanctification et son Salut. Le Messie est venu "non pas pour condamner le monde", avec ses faiblesses et ses tentatives malavisées pour trouver la signification de la vie, mais "pour que le monde puisse être sauvé par Lui" (Jn 3,17). Car, comme l'Apôtre Paul l'a écrit, c'est "Dieu qui a dit : "Que du sein des ténèbres la lumière brille", est aussi celui qui a fait briller sa lumière dans nos coeurs, pour qu'y luise l'éclat de la connaissance de la splendeur de Dieu qui apparaît sur le visage (*) du Christ" (2 Cor. 4,6)
(*) littéralement : "personne", mais traduit habituellement par "visage" ou "face".

Les mages qui avaient été guidés en chemin par l'étoile divine,
Se tenaient devant Toi émerveillés par Ta merveilleuse Nativité;
Et apportant leurs présents, ils virent le Soleil
Qui S'était levé du nuage vierge. (3)

Que le peuple qui se trouvait dans les ténèbres
Voie luire la Lumière qui ne connaît pas de couchant,
Lui que l'étoile autrefois manifesta
Aux rois Perses adorateurs du feu. (4)

Tu as paru hors d'une Vierge,
O Spirituel Soleil de Justice,
Et une étoile T'a révélé,
Toi que rien ne saurait contenir,
Étant contenu par une caverne.
Tu as guidé les mages pour venir T'adorer,
Et se joignant à eux nous Te magnifions.
O Donateur de Vie, gloire à Toi. (5)

Notre Sauveur, Aurore de l'Orient,
Nous a visités d'en haut;
Et nous qui étions dans les ténèbres et l'ombre,
Avons trouvé la Vérité.
Car le Seigneur est né d'une Vierge! (6)

(1) "Anatolia" est le mot grec pour "Orient", signifiant littéralement "Est." Les Bibles traduisent habituellement par "aurore".
(2) L'Église Arménienne, jusqu'à nos jours, célèbre une seule fête de la Venue du Seigneur, le 6 janvier. Il ne faut pas la confondre avec la célébration de la Nativité du Christ le 7 janvier par certaines Églises Orthodoxes, par exemple celles en Russie, où cela correspond au 25 décembre dans le calendrier Julien qu'elles utilisent encore de nos jours.
(3) Tropaire de la Fête de la Nativité. Le mot "Orient" pour le Messie est aussi proclamé dans une hymne populaire de l'Église Orthodoxe qui est chantée lors de nombreux Offices, mais principalement identifiée avec les mariages et ordinations:
Réjouis-toi, O Isaïe, la Vierge a un enfant, et elle mettra un fils au monde,
Emmanuel, à la fois Dieu et homme.
Et Orient est Son Nom, qu'en magnifiant, nous appelons la Vierge bienheureuse.
(4) Matines du dernier jour de l'avant-fête de la Nativité, 24 décembre. Voir Apocalypse 21,23-25 "La ville n'a d'ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine, et sa lampe est l'Agneau [c-à-d le Christ]. Les nations marcheront à Sa lumière et les rois de la terre y importeront leur opulence. On n'en fermera pas les portes journellement, puisqu'il n'y aura point là de nuit."
(5) Vêpres de la Fête de la Nativité.
(6) Hymne de la lumière lors des Matines de la Fête de la Nativité.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

Goûtons à l'hospitalité du Maître!

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Un des chants que les Chrétiens Orthodoxes aiment beaucoup est chanté le Jeudi Saint avant la Pâque de printemps du Seigneur. C'est la dernière Ode du Canon des Matines, qui est chantée à la place de l'hymne à la Théotokos à la célébration de l'Eucharistie qui en ce jour-là célèbre spécifiquement la Cène Mystique du Seigneur. Ce même chant est repris comme dernière Ode du Canon de Complies le 3ème jour de l'avant-fête de Noël.

Venez, O fidèles,
Goûtons l'hospitalité du Maître,
Le banquet de l'immortalité.
Dans la chambre haute, l'esprit élevé,
Acceuillons les paroles exaltées du Verbe
Que nous magnifions.

Les tropaires qui suivent le chant de cette Ode sont exactement ceux du Jeudi Saint, commémoration de la Cène Mystique du Seigneur avec, à nouveau, juste quelques paroles modifiées pour correspondre à la célébration de la Nativité.

Après avoir rencontré les chefs des prêtres,
Hérode le trompeur parla aux sages :
Allez et cherchez l'Enfant.
Revenez-moi vite lorsque vous L'aurez trouvé.
Mais Tu détruisis ce complot, O Seigneur,
Couvrant de honte l'impie esclave du mal.

Lui Qui est le Créateur de tout,
Engendré du Père avant les siècles,
Vient pour naître de la Vierge.
Il est la Sagesse, le Verbe et la Puissance de Dieu.
Nous Le magnifions comme Dieu et homme, le Seigneur,
Venu sous 2 natures et cependant une seule Personne.
Je suis révélé comme homme en essence et non en imagination;
Par cette Communion, la nature humaine M'est unie et déifiée.
Sachez que Je suis votre Sauveur, Qui procède du sein de la Vierge, dit le Seigneur.
Nous bénissons la Vierge dans la foi, nous la magnifions par nos chants. (1)

Comme virtuellement chaque chant et hymne de la période, ces versets déclarent clairement qui est Jésus-Christ et pourquoi Il est venu. Il est le Fils éternel de Dieu; la Sagesse, le Verbe et la Puissance incréée de Dieu (2). Il est le Créateur de Tout, l'Un par Qui, en Qui, et pour Qui toutes choses furent créées (3). Il devient homme sans changement à Sa divinité. Restant Dieu, car en effet, il Lui est impossible de cesser d'être divin, Il devient un homme : Jésus de Nazareth. Il est dès lors, comme cela en viendra à être formulé au fil des siècles de pénibles et amères controverses, "Une Personne en 2 Natures." En Fils unique de Dieu, Jésus-Christ est une Personne divine avec la Nature divine de Dieu le Père Lui-même. Et Il devient, comme le rappelle le chant, vraiment un homme "en essence et non en imagination." Dès lors Il est, telle que l'exprime la définition dogmatique du Concile de Chalcédoine, appelé par les Orthodoxes le 4ème Concile Oecuménique, vraiment Dieu et vraiment homme. Il n'y a nulle séparation ni division de quelque sorte que ce soit entre Sa divinité et Son humanité. Et cependant, il n'y a pas confusion entre les 2 "natures" radicalement différentes, et nul changement en aucune d'entre elles en ce qu'elles sont essentiellement.

En un mot, Il est divin avec exactement la même divinité que Dieu le Père et le Saint-Esprit. Et Il est humain avec exactement la même humanité que celle de n'importe quel être humain qui a déjà vécu ou vivra. (5) Une merveilleuse manière d'exprimer la raison pour laquelle Dieu a envoyé Son Fils dans le monde en tant qu'homme est simplement de dire qu'Il est venu afin que nous puissions "goûter à l'hospitalité du Maître" en prenant part au "banquet de l'immortalité." Le Seigneur est apparu sur terre pour "dresser la table" dans le désert de ce monde afin de nous nourrir avec le Pain de Vie, le Pain qui vient du Ciel, le Pain de Vie que Lui-même est. Il est venu pour nous nourrir de Son propre Corps et Sang.

"Jésus reprit : "C'est Moi le Pain de Vie : qui vient à Moi n'aura jamais faim, et qui croit en Moi n'aura jamais soif. Mais Je vous l'ai dit : Vous Me voyez et vous ne croyez point... Tout ce que le Père Me donne viendra à Moi, et Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à Moi. Car Je suis descendu du Ciel pour faire non ma volonté, mais celle de Celui Qui M'a envoyé. Or, la volonté de Celui Qui m'a envoyé est que Je ne perde aucun de ceux qu'Il m'a donnés, mais que Je les ressuscite au dernier jour. Telle est la volonté de Mon Père, que tout homme qui voit le Fils et croit en Lui, ait la vie éternelle; et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour."
"Je suis le Pain Vivant qui est descendu du Ciel. Si quelqu'un mange de ce Pain, il vivra éternellement; et le Pain que Je donnerai, c'est Ma chair, pour le Salut du monde."
"Jésus leur dit alors : "En vérité, en vérité Je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez Son sang, vous n'aurez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange Ma chair et boit Mon sang a la vie éternelle; et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour. Car Ma chair est vraiment une nourriture, et Mon sang est vraiment une boisson. Celui qui mange Ma chair et boit Mon sang demeure en Moi, et Moi en lui. Tout comme le Père, Qui M'a envoyé, est vivant, et comme Je vis par le Père, ainsi celui qui Me mange vivra par Moi. Tel est le Pain descendu du Ciel. Il n'en est pas de lui comme de la manne que vos pères ont mangée; ils sont morts. Celui qui mange de ce Pain vivra éternellement."
(Jn 6:35-40, 51, 53-58)

Le Royaume de Dieu que le Messie apporte est décrit dans la Bible comme un banquet. Jésus Lui-même compare le Royaume de Dieu au souper festif dans plusieurs de Ses paraboles (6). Il dit à Ses disciples qu'au repas pascal final, ils siégeront à table, mangeant et buvant dans le Royaume de Dieu.

"Vous, vous avez persévéré avec Moi dans Mes épreuves, et c'est pourquoi Je dispose en votre faveur du Royaume, comme Mon Père en a disposé en Ma faveur; vous pourrez ainsi manger et boire à Ma table dans Mon Royaume et siéger sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël" (Luc 22,28-30). (7)

L'Apocalypse selon saint Jean confirme cet enseignement du Seigneur. Le "repas des noces de l'Agneau" est annoncé pour la fin des temps, et tous ceux qui sont invités pour y partager l'hospitalité de Dieu sont appelés bienheureux.

"Là-dessus j'entendis comme un choeur immense, sonore comme le bruit des grandes eaux et le grondement de puissants tonnerres, entonner : "Alléluia! Le Seigneur notre Dieu, le Dominateur, a établi Son Règne. Réjouissons-nous, exultons et glorifions-Le, parce qu'approchent les noces de l'Agneau; Son Épouse s'est parée de la fine toile, nette et splendide, qu'elle a reçue pour s'en habiller." Or la fine toile, ce sont les bonnes oeuvres des saints. Il me dit alors : "Écris : Bienheureux les invités au dîner des noces de l'Agneau." Il ajouta : "Ce sont là paroles authentiques de Dieu."
(Apoc. 19,6-9)

(1) Complies du 3ème jour de l'avant-fête de la Nativité, 22 Décembre.
(2) Cfr Jn. 1,1; 1 Cor 1,24.
(3) Cfr Jn 1,2-3; Heb 1,2-3; 1 Cor 8,6; Col 1,15-20.
(4) Cette phrase rappelle le faux enseignement de quelques anciens Chrétiens, disant que Jésus n'aurait fait que prendre l'apparence humaine, mais sans l'être vraiment, erreur appelée le docétisme, du mot grec "dokein" pour "sembler être" ou "avoir l'air". Dans le texte, le mot pour imagination est "phantasia", fantaisie, à savoir irréalité.
(5) La définition du Concile de Chalcédoine dit que Jésus-Christ est "parfaitement Dieu et
parfaitement homme", étant "un en essence avec Dieu en ce qui concerne Sa divinité, et un en essence avec les humains en ce qui concerne Son humanité." Elle décrit l'union entre la divinité et l'humanité de Jésus comme "hypostatique", c-à-d, en une "hypostasis" ou "personne" du Fils de Dieu. Et elle définit comment cette "union" a lieu par l'usage d'adverbes négatifs [apophatiques; ndt] : indivisible, inséparable, immuable et sans confusion. Pour le texte anglais de cette définition conciliaire et plus d'explications, voir p. Thomas Hopko, The Orthodox Faith: An Elementary Handbook, vol. 1: Doctrine (New York Department of Religious Education, Orthodox Church in America, 1976, revised edition) pp. 77-79.
En ligne :
http://www.oca.org/ocorthfaith.asp?SID=8
(6) Voir, par exemple, Mt 22,1-9; 25,1-9; IS 14,1-24; 15,11-32.
(7) Voir aussi Mt 8,11-12.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

Six Icônes volées à Chypre retrouvées à New York

http://www.hri.org/news/greek/ana/2006/06-12-21.ana.html#40NICOSIE, 21/12/2006 (ANA-MPA)
Six Icônes religieuses de Chypre, qu'on pense avoir été volées par des trafiquants Turcs d'antiquités volées, ont été découvertes chez Sotheby's, l'établissement de vente aux enchères de New York, rapporte le quotidien chypriote Fileleftheros.
Les Icônes seront rendues à Chypre après les efforts coordonnés du ministère des Affaires Étrangères de Chypre, l'Archidiocèse de Chypre et la sainte métropole de Morfou.

Trois des Icônes sont de l'église de la Panagia à Asinou, et une du village de Kalopanagiotis; on n'a pas encore pu établir de quelle église chypriote provenaient les autres.





Le métropolite Neofitos de Morfou ira à New York à la mi-janvier pour récupérer les Icônes chez Sotheby's et les ramènera à Chypre.






restitution de l'Icone d'Elona, septembre 2006Le vol de saintes Icônes est hélas monnaie courante.
Elona, septembre 2006, restitution de l'Icône récupérée

22 décembre 2006

La Bonne Nouvelle d'une grande joie

groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/1d921c8b24c3befela Visitation, évangéliaire de Saint-Bertin, 12ème siècleLa naissance de Jésus est annoncée au monde comme une proclamation de grande joie. L'Archange Gabriel vient d'abord auprès du prêtre Zacharie alors qu'il offre l'encens à l'Autel, et il lui annonce que sa femme Elisabeth va donner naissance à un fils qui sera le précurseur du Messie. "Tu en auras de la joie et de l'allégresse" (Luc 1,14). Le même messager de Dieu vint auprès de la Vierge Mari et le message fut le même. Marie dit que son "âme magnifie le Seigneur" et que son "esprit se réjouit en Dieu" son Sauveur (Luc 1,46-47). Car son Enfant sera le Messie en Personne, "appelé le Fils du Très Haut", à Qui le Seigneur Dieu donnera "le trône de David Son père, et Il régnera à jamais sur la maison de Jacob; et Son Royaume n'aura pas de fin" (Luc 1,32-33). Et la naissance est annoncée au monde, à nouveau par l'Ange du Seigneur. C'est une annonce de "la bonne nouvelle d'une grande joie qui va toucher tout le peuple" (Luc 2,10).

Et elle donna naissance à son Fils premier-né et L'enveloppa dans des langes, et Le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'auberge. Et dans cette région, il y avait des bergers qui se trouvaient dans les champs, à veiller sur leur troupeau durant la nuit. Et un Ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur rayonna autour d'eux, et ils furent remplis de crainte. Et l'Ange leur dit "Rassurez-vous : je vous porte la bonne nouvelle d'une grande joie qui va toucher tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.' Et soudain se joignit à l'ange une troupe céleste, louant Dieu en ces termes : 'Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes" (Luc 2,7-14).

La joie pour la Venue du Messie abonde dans les Offices de la Pâque d'Hiver de l'Église. Lorsque le "Salut" de la salutation angélique est traduit en "réjouis-toi", comme c'est souvent le cas dans les Offices religieux vu qu'en grec c'est ce que cela signifie littéralement, il y a une présence encore plus grande de la "bonne nouvelle d'une grande joie" pour les fidèles, puisqu'alors, ensemble avec toute la Création, ils sont salués par cette salutation, encore et encore, dans les chants de la célébration festive.

Que la Création se réjouisse grandement,
Car le Créateur Se façonne Lui-même en créature.
Et Celui Qui était avant toutes choses à présent Se manifeste en Dieu nouvellement révélé.
Que les sages aillent à Sa rencontre avec leurs présents;
Que les bergers battent des mains avec foi face à la merveille;
Et que les mortels se joignent à la réjouissance des Anges. (1)

Réjouis-toi, O terre!
Vois, le Christ approche pour naître à Bethléem.
Réjouis-toi, O mer!
Et danse de joie, O assemblée des prophètes,
Car aujourd'hui vous contemplez l'accomplissement de vos paroles.
Réjouissez-vous, tous les justes!

Que les rois de toute la terre chantent de joie,
Et que les nations éclatent en cris de joie!
Montagne, collines et vallées,
Rivières, mers et toute la Création:
Magnifiez le Seigneur Qui est né à présent.

Réjouis-toi, O Vierge,
La Théotokos qui du Saint Esprit a apporté la Vie en ce monde
Pour le Salut de tous! (2)

Une des accusations les plus dévastatrices qui puisse être faite contre les Chrétiens est qu'ils n'auraient pas de joie. Les Chrétiens mornes sont de vivantes contradictions. Les gens qui sont amers, qui se plaignent, condamnent, accusent, sont insatisfaits et déprimants ne sont sûrement pas Chrétiens. Cela ne peut qu'être des gens dont la vie n'est pas touchée par la grâce, des gens dont l'existence est confinée aux limitations suffocantes de "ce monde" dont le maître est le diable, un monde qui passe (cfr Jn 12,31; 1 Cor 7,31). Il n'est pas possible que ce soit ceux qui appartiennent au Christ et au Royaume de Dieu. Car par définition, les Chrétiens ont le Christ, "la joie accomplie en eux-mêmes" (Jn 17,13). Ce sont des gens dont la joie, qui ne peut leur être enlevée, est littéralement débordante et complète (Jn 15,11; 16,22, 24).

Dans son célèbre livre "Pour la vie du Monde", le père Alexander Schmemann parle de la joie des Chrétiens. Dès le tout début, il dit "Le Christianisme a été la proclamation de la joie, de la seule joie possible sur terre. Il a rendu impossible toute autre joie qu'habituellement nous pensons être possible. Mais dans cette impossibilité, au plus profond de cette ténèbre, est annoncée et exprimée une nouvelle joie embrassant tout, et avec cette joie, la Fin se transforme en Commencement. Sans la proclamation de cette joie, le Christianisme est incompréhensible. Ce n'est qu'en tant que joie que l'Église a été victorieuse dans le monde, et elle a perdu le monde quand elle perdait cette joie, et cessée d'être pour lui un témoin crédible. De toutes les accusations contre les Chrétiens, la plus terrible a été lancée par Nietzsche lorsqu'il a dit que les Chrétiens n'avaient pas de joie." (3)

Le père Alexander continue en disant qu'avant que les Chrétiens ne puissent faire quoique ce soit avec tous leurs "programmes et missions, projets et techniques," ils "doivent retrouver la signification de cette grande joie." Il dit que la joie "n'est pas quelque chose que l'on peut définir ou analyser. On entre dans la joie. 'Entre dans la joie de ton Seigneur' (Mt. 25,21). Et on entre dans cette joie, dans cette joie extrêmement grande, insiste-t'il, uniquement en entrant dans la vie liturgique, eucharistique de l'Église elle-même. C'est ici, et uniquement ici, comme dans la célébration de la Nativité du Christ et de Son Épiphanie dans le monde, qu'une personne peut goûter à cette joyeuse réalité pour laquelle le monde lui-même a été créé au commencement.

Venez, réjouissons-nous grandement dans le Seigneur,
En racontant ce présent mystère,
Le mur de séparation a été détruit,
L'épée de feu remise au fourreau,
Les chérubins se sont retirés de devant l'Arbre de Vie,
Et je prend part aux délices du Paradis,
D'où j'avais été chassé par désobéissance.
Car l'Image parfaite du Père,
La véritable Empreinte de Son Éternité,
Prend la forme d'un esclave,
Et sans subir de changement à Sa divinité,
Il vient naître d'une mère qui n'a pas connu d'homme.
Car Vrai Dieu Il était, Vrai Dieu Il demeure.
Et ce qu'Il n'était pas, Il le prend sur Lui-même,
Devenant homme par Son amour pour l'humanité.
Crions-Lui tous fort :
O Dieu né de la Vierge, accorde-nous miséricorde! (4)

Tous les Anges dans les Cieux se réjouissent
Et célèbrent grandement ce jour.
Toute la Création danse de joie,
Car le Sauveur et Seigneur est né à Bethléem.
Toute erreur d'idolâtrie a cessé,
Et le Christ règne pour les siècles sans fin. (5)

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

Histoire et histoires : Nativité du Christ, Solstice d'hiver

à (re)lire :
"Page spirituelle pour le temps de Noël",
en français, sur le site de l'Église Orthodoxe d'Estonie
http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/spiritualite/pageNoel.htm


Résumé du mythe habituellement ressorti en Occident pour la période de Noël :
"En 274, l'empereur régnant, Aurélien, a estimé approprié de réunir les célébrations du solstice d'hiver, aussi appelées "Saturnalia", et "Natalis Solis Invicti" (Naissance du Soleil Invincible), avec la tradition chrétienne grandissante observant la nativité de jésus, "Natalis Filius Invicti" (Naissance du Fils Invincible)"
Vous ne pouvez pas avoir échappé à ce genre de laïus - depuis mon enfance, on me l'a bassiné chaque année que Dieu fait. Les convaincus et thuriféraires de cette théorie n'apportent jamais la moindre preuve de leurs affirmations, mais l'exposent avec tant de conviction qu'oser leur dire que c'est n'importe quoi vous vaut d'être illico taxé d'obscurantiste, de fanatisme religieux, etc.



Voyons de près cette fiction qui a la vie dure depuis quelques décennies dans nos pays déchristianisés à outrance depuis un millénaire déjà, et donc ayant perdus les repères de certaines fêtes et faits historiques d'antan.
En 274, l'empereur Aurélien a en effet réalisé "quelque chose". Mais pas ce qui en est dit. Tardivement, ils ont créé ce culte étatique romain du "Sol Invictus" (Soleil Invaincu). Aurélien a dédié un temple et créé les "Agon Solis" (Jeux du Soleil). Ceci est entre autres rapporté par la Chronique de Jérôme pour l'année 2291 AA (calcul à partir d'Abraham, qui correspond à l'année 275 après Jésus-Christ, parce qu'il y avait une erreur de calcul d'un an) (p.305)
Dans la Chronographie de 354, 80 ans plus tard, on trouve une fête marquée au 25 décembre appelée "Natalis Invicti."
Le même calendrier montre que les Saturnalia continuaient d'être célébrées du 17 au 23 décembre, comme cela avait été le cas depuis leur institution.
Il n'y a pas d'ancien document montrant qu'Aurélien a créé cette fête. Il n'y a pas de document montrant son existence avant l'an 354. Il n'y a pas le moindre document d'époque de qui que ce soit rapportant cette "combinaison" avec les Saturnalia. Il n'y a pas le moindre rapport de la moindre relation avec les Chrétiens qui étaient à l'époque, faut-il le rappeler, totalement proscrits, illégaux, et dont les fêtes n'avaient de ce fait pas la moindre valeur aux yeux de l'imperium romain, qui était la clé de voûte du système de religion païenne, dont l'empereur était une des divinités. Prétendre le contraire avec aplomb comme cela se fait sans arrêt depuis la crise occidentale athéiste du 20ème siècle, c'est aller contre les évidences historiques les plus fortes. Et pour ce faire, il leur faut utiliser le révisionnisme marxiste, classique en la matière, en récrivant tout simplement l'histoire.
Hélas pour eux, les documents d'époque, eux, sont limpides. Les archives de l'empire romain étaient d'une précision.. bureaucratique. Une large partie existe encore. On ne trouve rien pour corroborer les affirmations anti-Noël habituelles à cette époque de l'année. Les Chroniques d'historiens Chrétiens – et je parle d'historiens dont même les historiens non-Chrétiens font usage, comme les chroniques de saint Jérôme – ne sont pas contredites par les archives étatiques de l'empire romain sur des points aussi importants. Et pourtant, nombreuses sont les chroniques étatiques et rares les chroniques chrétiennes d'avant le 4ème siècle. Les persécutions n'engageaient pas les Chrétiens a avoir des documents "compromettants", ne l'oublions pas non plus. Et ces persécutions sont attestées de manière irréfutable par ceux-là même qui les pratiquaient.
A vous de savoir que croire : les inventions actuelles ou le témoignage de ceux qui vivaient à l'époque, qu'il s'agisse de Chrétiens ou non.

Pour en revenir à la question de la présence de Noël au 25 décembre, il y a plusieurs points d'importance à faire remarquer. D'abord, comme le Christ le lui a montré via Ses paraboles, l'Église utilise largement les symboles présents dans la nature pour exprimer par des analogies et des métaphores une approche du mystère divin. Une approche seulement bien entendu. La partie "historicité" n'entre pas en ligne de compte – pourriez-vous d'ailleurs me fournir un certificat de la date et l'heure garantie à 100% de la naissance de votre arrière-arrière grand-père maternel? Personne ne le peut. Est-ce que cela signifie que tous ces ancêtres n'ont pas existé?.. L'Église a utilisé, progressivement et dans un lent développement local en divers endroits, par souci pastoral, des moments qui lui semblaient appropriés. On est dans la symbolique pour exprimer des faits historiques. Tel ou tel personnage de l'histoire biblique a tel message à exprimer, on le relie à un événement évident pour l'inconscient collectif. Dans le Judaïsme aussi, cela se pratiquait. L'Église, héritière de la Synagogue, n'a fait que continuer la méthodologie pédagogique.

Ensuite, on confond aussi très souvent les fêtes qui pouvaient en effet avoir existé en tel ou tel endroit avant le Christianisme, et ce qui était fêté ailleurs. Ce n'est pas parce qu'en Irlande ou en Écosse, Pictes et Gaëls avaient une fête solaire à cette époque que les Celtes de la région de Lyon ou Trêves avaient la même chose. La religion était largement partagée au niveau du système, certes, mais les conditions naturelles, puisque ces fêtes se fondaient clairement sur la nature (et non pas l'utilisait comme analogie) n'étaient pas les mêmes. On ne peut donc généraliser à toute l'Europe une fête pratiquée en un bout de terre balayé par les vents de l'Atlantique et utiliser cette généralisation infondée comme "raison" pour dire "vous voyez bien, les Chrétiens ont copié". C'est irrationnel.

Revenons-en à la chronologie. Ce qui est attesté par la tradition, c'est que la fête de Noël a commencé à être fêtée dans les Gaules, alors qu'en Orient, c'était l'Épiphanie ou Théophanie qui était le centre d'intérêt spirituel de la période. C'est tardivement que les 2 fêtes ont été "échangées" entre Orient et Occident Orthodoxes. L'existence même de l'Épiphanie, non-liée au moindre "événement" païen, ruine là aussi les prétentions de "substitution" opérée par les Chrétiens "sur le dos des païens et reprenant à son compte ce qu'eux avaient comme fête." On ne peut pas séparer la réalité historique des faits spirituels. Avant Constantin-le-Grand, tout ce qui était Chrétien était interdit. Point final. Tout se passait clandestinement. Même après 313, tout n'a pas changé du jour au lendemain. Il faudra attendre la fin du 4ème siècle pour voir vraiment l'implantation de la vie Chrétienne au coeur même de la vie de l'empire. Et encore, à Rome, au milieu du siècle suivant, le Sénat sera encore largement païen. Mais plus de fêtes étatiques païennes. D'où les rancoeurs païennes.
Autre conséquence de cette suppression des fêtes païennes au niveau étatique, c'est que l'empereur pouvait officialiser les fêtes Chrétiennes existantes. Noël fêté auparavant dans les
cavernes et catacombes et maisons privées sortait sur la place publique. Pour "remplacer" quelque chose? Mais quoi, puisque toute fête païenne publique n'existait (heureusement) plus!! Lorsque la pèlerine Espagnole Égérie visita Jérusalem en 381, c'est face à un cycle liturgique complet qu'elle se retrouva. Cela n'aurait pas pu naître et se développer si vite de manière si complète. En 362, Julien l'Apostat régnait. En 20 ans seulement, avoir l'Église si bien organisée dans la vie publique, ce n'était possible QUE parce qu'auparavant, durant "l'Église des Catacombes", tout fonctionnait déjà, au moins en partie. Ce n'est que ma conviction personnelle, bien entendu.
On est un peu dur de la feuille..
les Anges ont du boulot pour nous faire entendre la bonne nouvelle...
L'article encyclopédique ci-dessous a quelques imprécisions, voire même des erreurs flagrantes et des contradictions. Il est cependant fort intéressant. Parmi les contradictions évidentes, parler d'une nouveauté pour fait du 4ème siècle et citer saint Cyprien de Carthage qui en parle déjà au milieu du siècle précédent. Ou, même au conditionnel, relier la "crèche" à s. François d'Assise alors qu'elle avait déjà cours en Palestine, à Bethléem, au 5ème siècle, c'est ne pas avoir sérieusement creusé le sujet, alors que justement certains des auteurs cités en parlent. Ou parler d'évolution du Baptême de celui des adultes vers celui des enfants, alors qu'il suffit de lire les catéchèses mystagogiques de l'époque pour voir que c'était chose courante, et c'était le cas depuis les Actes d'Apôtres - cfr Corneille "et toute sa maisonnée", le gardien de la prison de Pierre et Jean "et toute sa maisonnée", etc. Ou les affirmations infondées concernant la tradition scripturaire, qui avaient grand succès à l'époque de Loisy mais n'intéressent plus que les derniers survivants de sa vague sans lendemain. Ou confondre Marcionisme et Manichéisme, erreur grossière que ne commettrait pas un étudiant en première année de théologie, même non-Orthodoxe! Etc. On en trouvera encore plusieurs. Ce mélange d'exactitude, d'imprécisions et d'erreur est cependant "encyclopédique". Cela rappelle que "scientifique" ne veut pas nécessairement dire "vrai" ou "exact". Seul Dieu est vrai. Car seul le Christ EST Vérité. Et le Christ ne Se trouve pas dans l'encyclopédie, mais bien dans Son Église. Si vous cherchez à comprendre, vous y êtes bienvenus.

JM


Nativité du ChristMissel de Robert de Jumièges(Normandie, 10ème siècle)


NOËL, un article de l'encyclopédie "Brittanica" de 1911
http://1911encyclopedia.org/Christmas
Noël, en Anglais "Christmas", c'est-à-dire la Messe du Christ, est pour l'Église Chrétienne la fête de la Nativité de Jésus-Christ. L'histoire de cette fête est si intimement liée à celle de l'Épiphanie qu'il faut aussi lire l'article la concernant.

La plus ancienne partie de la tradition évangélique, représentée par Marc de même que par les documents primitifs autres que ceux de Marc présents dans les 1er et 3ème Évangiles, commence non pas par la naissance et enfance de jésus, mais par Son Baptême; et cet ordre de construction d'évangile est fidèlement reflété dans la chronologie de l'institution des fêtes. La grande église adopta Noël bien plus tard que l'Épiphanie; et avant le 5ème siècle, il n'y avait pas de consensus d'opinion générale sur la date du calendrier où fixer la fête, que ce soit le 6 janvier ou le 25 mars ou le 25 décembre.

La plus ancienne identification du 25 décembre avec la Nativité du Christ est un passage, d'autre part inconnu et probablement apocryphe, de Théophile d'Antioche (+ entre 171 et 183), conservé en latin par les centuriators de Magdebourd (i 3,118), rapportant que les Gaules soutenaient que puisqu'elles célébraient la naissance du Seigneur le 25 décembre, peut importe le jour de la semaine où cela tombait, elles avaient à célébrer Pâques le 25 mars, où venait alors la Résurrection.

La mention suivante du 25 décembre est chez Hippolyte (+ 202), dans son commentaire sur Daniel 4,23. Jésus, dit-il, était né à Bethléem le 25 décembre, un mercredi, la 42ème année du règne d'Augustus. Ce passage est probablement aussi interpolé. En tout cas, il ne mentionne
pas de fête, ni qu'une telle fête était en adéquation avec les idées orthodoxes de cette époque-là. Vers 245, Origène, dans sa 8ème homélie sur le Lévitique répudie comme péché la simple idée de célébrer l'anniversaire du Christ "comme s'Il était un roi pharaon." La première mention certaine du 25 décembre est chez un chroniqueur Latin, en 345, publiée pour la première fois en entier par Mommsen (1). Elle dit : "L'an 1 après le Christ, durant le consulat de César et Paulus, le Seigneur Jésus-Christ naquit le 25 décembre, un vendredi, et le 15ème jour de la nouvelle lune." A nouveau, nulle mention de la célébration festive de ce jour.

(1) Dans le "Abhandlungen der sudchsischen Akademie der Wissenschaften" (1850). Notez qu'en l'an 1, le 25 décembre était un dimanche, pas un vendredi.

Il y eut, cependant, nombre de spéculations au 2ème siècle à propos de la date précise de la naissance du Christ. Clément d'Alexandrie, vers la fin de sa vie, en mentionne plusieurs, et les condamne comme superstitions. Certains chroniqueurs, dit-il, affirmaient que la naissance avait eu lieu la 28ème année d'Augustus, le 25ème jour de Pachon, le mois égyptien, c'est-à-dire le 20 mai. C'étaient probablement des gnostiques Basilidiens. D'autres la placent au 24 ou 25 de Pharmuthi, c'est-à-dire le 19 ou le 20 avril. Clément lui-même la place au 17 novembre de l'An 3 avant Jésus-Christ. L'auteur du traité latin appelé "De Pascha computus", écrit en Afrique en 243, la place "par révélation divine", "ab ipso deo inspirati", au 28 mars. Il argumente en disant que le monde avait été créé parfait, les fleurs épanouies, et les arbres en fleurs, dès lors au printemps; et aussi à l'équinoxe, et lorsque c'était tout juste la nouvelle lune. La lune et le soleil avaient été créées un mercredi. Le 28 mars répondait à tous ces critères. Dès lors, le Christ, étant le Soleil de Justice, était né le 28 mars. Le même raisonnement symbolique avait amené Polycarpe (2) (+ avant 160) à placer la naissance un dimanche, lorsque la Création du monde avait commencé, mais Son Baptême un mercredi, car c'était analogue à la création du soleil.

(2) Dans un fragment préservé par un auteur Arménien, Ananias de Shirak.

Sur de telles bases, certains Latins aurait, dès aussi tôt que 354, transféré la naissance humaine du 6 janvier au 25 décembre, qui était alors une fête Mithraïque et à laquelle se réfère le chroniqueur précité, mais dans une autre partie de sa compilation, elle est appelée "Natalis invicti solis", ou naissance du Soleil invaincu. Cyprien (de orat. Dom. 35) (+ 258) appelle le Christ "Sol Verus" (véritable Solei), Ambroise L'appelle "Sol novas noster" (notre nouveau Soleil, Sermo 7,13), et une telle rhétorique était largement répandue. Les Syriens et les Arméniens, qui s'en tenaient au 6 janvier, accusaient les Romains d'adoration du soleil et d'idolâtrie, soutenant que fort probablement la fête du 25 décembre avait été inventée par les disciples de Cérinthe et ses péricopes par Artemon pour commémorer la naissance naturelle de Jésus. Jean Chrysostome atteste aussi que le 25 décembre avait été connu depuis le début en Occident, et même jusqu'en Thrace aussi loin que Gades. Ambroise, De Virginiis, 3, ch. 1, écrivant à sa soeur, laisse entendre qu'aussi loin que durant la papauté de Libère (352-356), la Nativité de la Vierge avait été fêtée ensemble avec les Noces de Cana et les Banquet des 4000 (Luc 9,13), qui n'étaient jamais fêtés un autre jour que le 6 janvier.

Chrysostome, dans un sermon prêché à Antioche le 20 décembre 386 (ou 388) dit que certains affirmaient que la fête du 25 décembre avait été célébrée en Occident, depuis la Thrace jusqu'aussi loin que Cadix, depuis le début. Elle a certainement ses origines en Occident, mais s'est rapidement répandue en Orient. En 353-361, elle était observée à la court de Constance. Basile de Césarée (+ 379) l'avait adoptée. Honorius, empereur d'Occident (395-423), informa sa mère et son frère Arcadius (395-408) en Byzantium de la manière dont la nouvelle fête avait lieu à Rome, séparée de celle du 6 janvier, avec son propre tropaire et stichère. Ils l'adoptèrent, et la recommandèrent à Chrysostome, qui y avait été depuis longtemps favorable. Épiphane de Crête y fut gagné, de même que 3 autres patriarches, Théophile d'Alexandrie, Jean de Jérusalem et Flavien d'Antioche. Cela eu lieu sous le pape de Rome Anastase (398-400). Jean ou Wahan de Nice, dans une lettre reproduite par Combefis dans son "Historia monothelitarum", rapporte les détails précités. La nouvelle fête fut communiquée par Proclus, patriarche de Constantinople (434-446), à Sahak, Catholicos d'Arménie, vers 440. La lettre fut dévoilée traîtreusement au roi des Perses, qui accusa Sahak d'intrigues avec les Grecs et le déposa. Cependant, les Arméniens, au moins ceux en territoire Byzantin, l'adoptèrent pendant une trentaine d'années, puis l'abandonnèrent en même temps que les décrets de Chalcédoine au début du 8ème siècle. Nombre d'auteurs de la période 375-450, p.ex. Épiphane, Cassien, Asterius, Basile, Chrysostome et Jérôme, font ressortir le contraste de la nouvelle fête avec celle du Baptême d'un côté, et de l'autre la naissance selon la chair, avec ce que nous déduisons comme étant par la suite considéré comme une naissance selon l'Esprit. Aussi instructif que de montrer que la nouvelle fête avait voyagé d'Occident vers l'Orient, c'est le fait (remarqué par Usener) qu'en 387, la nouvelle fête fut calculée d'après le calendrier Julien par les auteurs de la province d'Asie, qui se référaient pour les autres fêtes en utilisant leurs calendriers locaux. Aussi anciennement qu'en 400 à Rome, un rescrit impérial inclut Noël parmi les 3 fêtes (avec Pâques et Épiphanie) où les théâtres doivent être fermés. L'Épiphanie et Noël ne devinrent pas jours fériés officiels avant 534.

Pendant un certain nombre d'années en Occident (jusqu'en 353 à Rome), la fête de la naissance fut rattachée à la fête baptismale du 6 janvier, et à Jérusalem, elle la supplanta entre plus ou moins 360 et 440, lorsque l'évêque Juvénal introduisit la fête du 25 décembre. La nouvelle fête fut introduite à Alexandrie vers la même époque (440). La période de quadragésime de l'Épiphanie (c-à-d la fête de la présentation au Temple, ou hypapanthe) continua d'être célébrée à Jérusalem le 14 février, 40 jours après le 6 janvier, jusqu'au règne de Justinien. Dans la plupart des autres endroits, elle avait depuis longtemps été déplacée au 2 février pour accommoder avec la nouvelle fête de Noël. Les historiens Arméniens décrivent les émeutes, et la démonstration de force armée sans laquelle Justinien ne fut pas en mesure de transférer cette fête du 14 au 2 février.

Les bases sur lesquelles l'Église introduisit aussi tardivement que vers 350-440 une fête de Noël jusqu'alors inconnue, ou, si connue, reliée de manière précaire au Baptême, semblent avoir été principalement celles-ci :
1) la transition du Baptême des adultes vers celui des enfants s'accélérait en Orient, et en Occident pratiquement terminé. Son complément naturel était la reconnaissance festive du fait que l'élément divin était présent en Christ depuis le départ, et n'était pas une étape d'une promotion spirituelle uniquement contemporaine avec la descente du Saint Esprit sur Lui au Baptême. L'adoption générale du Baptême d'enfants aida à éteindre la vieille idée que la vie divine de Jésus remontait à son Baptême, un point de vue qui avait mené à ce que la fête de l'Épiphanie soit considérée comme la renaissance spirituelle de Jésus. Cet aspect de la fête était dès lors oublié, et son importance diminua à tous points de vue face à la fête nouvelle et rivale de Noël.
2) Le 4ème siècle fut témoin de la rapide diffusion de la propagande Marcionite, ou, comme elle était à présent appelée, Manichéenne, dont le dogme était que Jésus n'était soit pas né du tout, n'était qu'un fantôme, ou de toute façon n'avait pas pris chair de la Vierge Marie. La nouvelle fête de Noël était une protestation contre cette vue, puisqu'elle était particulièrement la fête de sa naissance dans la chair, ou en tant qu'homme, et c'est ainsi qu'elle est constamment décrite par les Pères qui ont témoigné de son institution.

En Grande-Bretagne, le 25 décembre était une fête longtemps avant la conversion au Christianisme, et Bède (De temp. rat. ch. 13) rapporte que "les anciens peuples des Angles commençaient l'année le 25 décembre, quand nous à présent célébrons la naissance du Seigneur; et cette même nuit qui nous est si sainte, ils l'appelaient dans leur langue modranecht (modra niht), c'est à dire "la nuit des mères", par une raison que nous soupçonnons du fait des cérémonies de vigiles qu'ils accomplissaient tout au long de cette nuit-là." Avec son habituelle réticence à propos du paganisme ou de ce qui n'est pas orthodoxe, Bède s'abstient de rapporter qui les mères étaient et quelles étaient les cérémonies. En 1644, les Puritains Anglais interdisèrent toute joie ou offices religieux par un Acte du Parlement, disant que c'était une fête païenne, et ordonnèrent d'y observer le jeûne. Charles II restaura la fête, mais les Scots s'en tirent aux vues des Puritains.

En dehors des pays Teutons, les cadeaux de Noël sont inconnus. A leur place, dans les pays Latins, on trouve les "strenae", les étrennes (en français dans le texte; ndt), données le 1er janvier. Dans l'Antiquité, c'était une grande fête, dès lors jusqu'à la fin du 4ème siècle, les Chrétiens observaient ce jour en deuil et jeûne. On dit que l'installation d'une crèche de Noël dans les églises Latines aurait son origine avec saint François.

Sources : K. A. H. Kellner, Heortologie (Freiburg im Br., 1906), with Bibliography; Hospinianus, De festis Christianorum ,(Genevae, 1574); Edw. Martene, De Antiquis Ecclesiae Ritibus, iii. 31 (Bassani, 1788); J. C. W. Augusti, Christi. Archdologie, vols. i. :and v. (Leipzig, 1817-1831); A. J. Binterim, Denkwiirdigkeiten, v. pt. i. p. 528 (Maim., 1825, &c.); Ernst Friedrich Wernsdorf, De originibus Solemnium Natalis Christi (Wittenberg, 1757, and in J. E. Volbeding, Thesaurus Commentationum, Lipsiae, 1847); Anton. Bynaeus, De Natali Jesu Christi (Amsterdam, 1689); Hermann Usener, Religionsgeschichtliche Untersuchungen (Bonn, 1889); Nik. Nilles, S.J., Kalendarium Manuale (Innsbruck, 1896); L. Duchesne, Origines du culte chretien (3 e ed., Paris, 1889). (F. C. C.)

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Oraison de la 4ème semaine d'Avent

Excita, Domine, potentiam tuam et veni, et magna nobis virtute succurre, ut per auxilium gratiae tuae quod nostra peccata praepediunt, indulgentia tuae propitiationis acceleret. Qui vivis
.

Seigneur, déploie Ta puissance, et viens. Que Ta grande force nous secoure, pour qu'avec l'aide de Ta grâce, notre Salut, qui est retardé par nos péchés, soit hâté par Ta miséricordieuse bonté. Toi Qui vis.

in : Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986
édition du texte critique, p.368-369, Henry Bradshaw Society
http://www.henrybradshawsociety.org/
Page 384 de l'édition HBS

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Ajout suite remarque d'un "fervent lecteur" :

on parle ici de la fête liturgique de Noël, pas de la Personne du Christ, de l'historicité des saints Évangiles, etc.
Pour ces points-là, par exemple, voir ici (page très brouillonne, je n'ai jamais pris le temps de la refaire, désolé)
Apologétique Bible (partie "Nouveau Testament")

Il faut aussi (re)lire, à tout prix, les Pères Apostoliques.
Vous trouverez ici de tout, Didachè, Ignace, Polycarpe, etc :
http://www.orthodoxievco.net/ecrits.htm

Saint Ignace d'Antioche, que l'on fêtait ce 20 décembre, a été contemporain d'une partie des faits. Saint Polycarpe et lui ont été disciples de l'Apôtre et Évangéliste saint Jean. Leurs écrits sont des témoignages de témoins directs. Ils ont VU et ils ont préféré se laisser massacrer plutôt que d'accepter de dire le contraire. Ils n'ont torturé personne pour qu'on les suive, ils n'ont menacé personne par des armes, n'ont soudoyé personne, au contraire de ce qu'on leur a fait pour tenter (en vain) de les faire changer d'avis. Ils sont vrais témoins. Certains leur reprocheront cependant le fait d'être Chrétiens et donc de ne pas être "témoins acceptables", puisque ne le sont que ceux qui pensent contre le Christ, dans notre Occident dégénéré.

Bueno. La page "apologétique Bible" citée ci-dessus indique les très nombreux témoignages hors du milieu Chrétien, témoignages d'époque, sur la solidité et l'historicité des faits. Que quelques détails matériels soient discordants, il y a diverses manières de le comprendre - à commencer par le fait que des gens d'une culture essentiellement orale se trouvaient tout d'un coup à devoir passer dans une culture écrite. Mais l'essentiel est "en béton."

Bonne et sainte fête de Noël!

21 décembre 2006

L'Arbre de la Vie fleurit

enluminure de l'Arbre de la Vie, Apoc. 22,12-16groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/34c8f1de757a72d5
Dans les hymnes de l'avant-fête de la Nativité du Christ, la naissance de Jésus annonce le retour au Paradis. Le Messie est né, et les portes de l'Eden sont ouverte. Le Sauveur vient, et l'Arbre de Vie fleurit.
La prophétie de tous les prophètes est accomplie,
Le Christ est né à Bethléem.
Le Paradis est ouvert pour ceux de la race d'Adam. (1)

Prépares-toi, O Bethléem,
Car l'Eden a été ouvert pour tous.
Pare-toi, O Ephratha,
Car l'Arbre de Vie fleurit, sortant de la Vierge dans l'étable.
Son sein est le Paradis spirituel ensemencé du divin fruit;
Si nous en mangeons, nous vivrons à jamais et ne mourrons pas comme Adam.
Le Christ est venu pour restaurer l'image qu'Il avait faite au commencement. (2)
Le Paradis n'est pas un lieu sur une carte. C'est une condition de l'esprit. Lorsqu'une personne connaît Dieu et vit en communion avec Lui, c'est le paradis. Lorsqu'une personne ne connaît pas Dieu et vit en communion avec son propre néant, c'est la mort et l'enfer, la "terre de l'oubli" (Ps 88,11-12). Seul est vraiment vivant celui qui connaît Dieu. Jésus Lui-même le disait : "Or, la vie éternelle consiste en ce qu'ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jn 17,3).

L'histoire biblique du Paradis rapporte que dans le jardin d'Eden, poussaient 2 arbres qui avaient une importance particulière. L'un était "l'arbre de la connaissance du bien et du mal" et l'autre, "l'arbre de la vie." Dans l'histoire scripturaire, le Seigneur dit à Adam et Eve qu'ils peuvent manger des fruits de tous les arbres du jardin sauf de celui de la connaissance du bien et du mal. Il leur fut dit que s'il mangeaient du fruit de cet arbre-là, s'ils faisaient que ne fut-ce qu'y toucher, ils en mourraient assurément. Dieu n'avait pas dit qu'Il les tuerait. Il avait dit que l'acte en lui-même les tuerait, comme la consommation de poison (3). Dans la Tradition de l'Église, il y a bien des interprétations de cette consommation du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Bien que toutes les interprétations soient d'accord sur le fait que l'acte fut destructeur pour nous, et qu'il avait été commis par désobéissance, manque de confiance, orgueil, ingratitude, et en fin de compte, par manque d'amour pour Dieu de la part de Ses créatures, il existe une variété de compréhensions à propos de l'acte en lui-même.
Saint Grégoire de Nazianze, par exemple, pense que la communion avec l'arbre symbolisait l'état avancé d'union spirituelle avec Dieu pour lequel Adam et Eve n'étaient pas prêts. Il pensait que Dieu aurait finit par les laisser consommer des fruits de cet arbre une fois qu'ils seraient devenus suffisamment matures. Leur péché, cependant, était celui de présomption. L'idée est que nous avons à grandir dans notre relation avec Dieu. Nous avons à nous développer, à gagner en maturité. Nous devons aboutir à l'illumination, la contemplation et l'union avec Dieu en passant par un long processus spirituel. Nous ne pouvons pas y entrer avant d'être prêts. Si nous le faisons, il nous détruit. (4)

Le père Alexander Schmemann avait une autre idée à propos de la signification de cette consommation par Adam et Eve des fruits de l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

"L'homme mangea le fruit interdit. Le fruit de cet arbre, quoiqu'il puisse signifier, n'était pas comme n'importe quel autre fruit dans le Jardin : il n'était pas offert en cadeau pour l'homme. Ni donné ni bénit par Dieu, il était une nourriture dont la consommation était vouée à se retrouver en communion avec uniquement soi-même, et non pas avec Dieu. C'est l'image du monde aimé pour lui-même, et en manger, c'est l'image de la vie comprise comme une fin en elle-même. (5)"

Cependant, la plupart des interprétations du récit disent simplement que le péché d'Adam fut à proprement parler l'expérience du mal, l'acte de rompre la relation avec Dieu, d'en venir à connaître la différence entre bien et mal par l'accomplissement de l'acte mauvais. Dans cette compréhension, peu importe ce que fut l'acte. Le récit ne concerne pas l'une ou l'autre transgression spécifique. Il concerne la transgression en elle-même. Il montre ce qui arrive quand les êtres humains commettent n'importe quelle sorte de mal, n'importe quel péché, n'importe quelle transgression ou infraction à la volonté de Dieu.
Le placement par Dieu de cet arbre de la connaissance du bien et du mal au milieu du Jardin n'est pas là comme une sorte de test éthique ou spirituel. Ce n'est pas un "examen." C'est une réalité inévitable. La possibilité de péché se trouve toujours au milieu du jardin. Elle doit y être. Il ne saurait en être autrement. Nous sommes libres. Dieu nous dit dès lors : l'arbre est là, n'en mangez pas, n'y touchez même pas. Mais il a été vu comme "bon à manger", et "appétissant d'aspect", et précieux pour ouvrir l'intelligence" (6). Et Adam et Eve ne purent résister. Ils en mangèrent. Et ils moururent.

Mais au milieu du Jardin, on trouve aussi un autre arbre, c'est "l'Arbre de la Vie." Il symbolise pour tous les interprètes ecclésiaux l'actualisation de la communion avec Dieu; d'obéissance, de vérité, de vie même. Il est l'image de ce que les écrivains du Nouveau Testament appellent "le Royaume de Dieu" qui, selon l'enseignement de l'Apôtre Paul, "ce n'est pas le manger ni le boire, mais c'est la justice, la paix et la joie dans l'Esprit-Saint" (Rom. 14,17). Et le fruit de cet Arbre, c'est le fruit du Saint-Esprit, l'Esprit de Vérité, Qui est "charité, joie, paix, longanimité, affabilité, bonté, fidélité, douceur, tempérance" (Gal 5,22-23).

C'est la connaissance de Dieu par l'expérience concrète. C'est la sagesse et la compréhension. C'est la clarté et la clairvoyance intérieure. C'est la connaissance du bien mais pas du mal. Car dans le langage biblique, connaissance veut toujours dire expérience : goûter et toucher, communier et participer (7).
"Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse,
celui qui est parvenu à l'intelligence,
ses chemins sont semés de délices,
et ses sentiers vont vers la paix.
Pour qui la saisit elle est un arbre de vie,
qui s'y attache est un homme heureux"
(Proverbes 3,13;17-18)

"Le fruit du juste est un arbre de vie; le sage conquiert la vie" (Prov 11,30)

Lorsque le Christ est né, l'arbre de vie a été planté sur terre. Il a grandit hors de la Vierge dans une caverne. Son sein est devenu un paradis spirituel. Et tous les enfants mortels d'Adam et Eve sont invités à venir et à manger de son fruit, le fruit de l'Esprit donné par Jésus. Et ils prennent part à la vie éternelle qu'Il apporte. C'est ce que l'Esprit de Dieu dit aux Églises :
"Au vainqueur [contre les démons, avec Jésus, le Nouvel Adam] Je donnerai à manger (du fruit) de l'arbre de vie qui se trouve dans le jardin de Dieu" (Apoc. 2,7). Telle est la propre promesse de Jésus dans ce même livre de l'Apocalypse :

"Voici que Je viens en hâte apporter Mon salaire, pour rendre à chacun d'après son ouvrage. C'est Moi l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements, pour avoir droit à l'arbre de Vie, et entrer dans la ville par les portes. Dehors les chiens, les empoisonneurs, les paillards, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique le mensonge! Moi, Jésus, J'ai envoyé Mon Ange attester tout cela au sujet des Églises. C'est Moi le rejeton et le descendant de David, l'Étoile radieuse du matin" (Apoc. 22,12-16).

La racine et la descendance de David est née. La radieuse étoile du matin est apparue. Le Christ est venu, et l'arbre de la vie fleurit pour que tous puissent y prendre part.

Prépares-toi, O Bethléem, car l'Eden est ouvert.
Prépares-toi, O Ephratha, car Adam et Eve sont renouvelés.
Le Salut entre dans le monde et la malédiction est détruite.
Préparez-vous, O coeurs des justes,
Au lieu de myrrhe, apportez vos chants tels une offrande de sagesse.
Recevez le Salut et l'immortalité pour vos corps et âmes.
Voyez, le Maître Qui repose dans une mangeoire nous exhorte à achever nos chants spirituels.
Crions sans cesse vers Lui : O Seigneur, gloire à Toi! (8)

(1) Matines du 2ème jour de l'avant-fête de la Nativité, 21 décembre.
(2) Tropaire de l'avant-fête de la Nativité.
(3) Cfr Gen. 2,15-3,7
(4) Voir Grégoire de Nazianze, Oratio 39, Sur les saintes Lumières de l'Épiphanie.
(5) Protopresbytre Alexander Schmemann, "Pour la vie du monde," p. 16 (dans l'édition US).
(6) Cfr Gen. 3,6
(7) Dans la Bible, le mot "connaissance" est utilisé pour les relations sexuelles entre mari et femme.
(8) Les Vêpres du 4ème jour de l'avant-fête de la Nativité, 23 décembre.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

Que T'offrirons-nous, O Christ?

groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/abf96c7a942eda79La liturgie de l'Église durant la période festive de l'hiver ne parle pas seulement de l'hospitalité que le Fils de Dieu vient pour donner à Son peuple. Elle parle aussi de l'hospitalité qu'Il espère recevoir d'eux lorsqu'Il vient. Les chants et hymnes des Offices appellent les fidèles à accueillir Dieu le Fils, à L'accepter, à Le saluer, à aller au devant de Lui pour Le recevoir.

Le Seigneur de toute sagesse vient pour naître,
Recevant l'hospitalité de Ses propres créatures.
Recevons-Le nous aussi,
Afin que ce divin Enfant dans l'étable puisse faire de nous Ses hôtes
Dans le Paradis des délices! (1)

(1) Matines du premier jour de l'avant-fête de la Nativité, 20 décembre.

Non seulement les êtres humains, qui ont été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, sont appelés à préparer la Venue du Seigneur et à L'accueillir dans ce monde qu'Il a fait, mais toutes les créatures de Dieu sont invitées à se joindre à la réception de leur Maître. La Liturgie proclame que toute la Création participe nécessairement dans l'Incarnation de son Seigneur, et que sans cette participation active et volontaire, littéralement, le Maître ne viendrait pas.
L'Incarnation du Fils de Dieu est un effort coopératif. C'est la collaboration entre le Créateur et Ses créatures. C'est une synergie entre Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit d'un côté, et tous les Anges et animaux et éléments de l'autre, avec les êtres humains au centre en tant que médiateurs entre cieux et terre, étant ceux pour qui le monde a été créé et à qui il est confié. Il ne peut y avoir de Venue du Fils de Dieu, d'Incarnation du Verbe Divin, de naissance de Jésus, à moins que tous et tout ne se joigne joyeusement et avec reconnaissance dans l'acte. Ce n'est pas seulement vrai "physiquement" dans l'histoire, mais aussi vrai "mystiquement" dans nos vies spirituelles.
Un des cantiques bien aimés dans la période de la Nativité orthodoxe est chanté aux Vêpres le soir de Noël. Ceux qui sont familiers avec la Liturgie, en particulier les enfants qui viennent juste d'en découvrir la beauté et la puissance, attendent souvent cette hymne et se réjouissent lorsqu'ils la chantent, car elle raconte de la manière la plus touchante la participation plénière des créatures dans la Venue du Créateur.

Qu'allons-nous T'offrir, O Christ!
Car pour nous, Tu T'es fait homme
Et Tu t'es manifesté sur la terre.
Chacune de Tes créatures T'apporte
Son action de grâces.
Les Anges – leur chant,
Les cieux – l'Étoile,
Les mages – leurs dons,
Les bergers – l'adoration,
La terre offre la grotte,
Le désert – la crèche,
Mais nous, nous offrons une Mère Vierge,
O Dieu Éternel, sauve-nous!
(Stichères du Lucernaire, ton 2)
(2)

Qu'il est magnifique de contempler la coopération céleste et cosmique impliquée dans la Venue du Seigneur. Et qu'il est significatif de voir ce que nous humains avons à offrir. Nous offrons la mère terrestre sans laquelle le Fils de Dieu ne pourrait pas être né en tant qu'homme. Tel est le dogme de l'Église.

L'Église Orthodoxe enseigne qu'il est déraisonnable, impie et même blasphématoire de penser que Dieu aurait pu choisir n'importe quelle autre femme pour être la mère de Son Fils, ou que le Seigneur aurait pu naître sans ou même contre la coopération libre et volontaire de celle qui allait Le porter. Ou, pire encore, qu'il aurait simplement pu "choisir un sein" duquel naître "telle l'eau passant à travers un tuyau," comme certains hérétiques des débuts du Christianisme l'ont prétendu dans leur zèle mal guidé pour défendre la souveraineté et la puissance de Dieu "Qui fait tout ce qu'Il veut."
C'est plutôt considéré comme étant la plus grande gloire des créatures qu'elles rendent grâce à dieu d'une manière appropriée à leur être en fournissant l'une d'entre elles pour permettre Sa Venue . Les 3 jeunes gens dans la fournaise à Babylone réalisaient peu à quel niveau de gloire les créatures allaient parvenir aux temps Messianiques lorsqu'ils appelèrent toutes et tous à bénir le Seigneur et à Le louer et L'exalter à jamais (3). Et tous les enfants d'Adam et Eve ont bien peu réalisé à quelle gloire seraient élevés les êtres humains lorsqu'une d'entre eux, appelée "nouvelle Eve", deviendrait véritablement la Theotokos ("porteuse de Dieu", "deipara", Mère de Dieu) en donnant naissance à un homme qui est en réalité le divin Fils de Dieu.
Les chants de la nativité du Christ, et peut-être plus encore, comme nous le verrons, ceux de Son Baptême dans le Jourdain, répètent sans cesse ce thème de diverses manières. Toute la Création participe dans l'apparition du Seigneur sur terre. Et toute la Création participe à la sanctification salvatrice qu'Il apporte.

Avec les bergers et les Anges
Ils préparent le chemin du Seigneur.
Les étoiles brillent fortement;
l'étable est lumineuse.
Les sages viennent avec leurs présents;
Viens, O Bethléem,
Oindre la sainte mangeoire,
Car le Maître vient pour toi,
Sanctifiant ton bois par Sa propre divinité. (5)

Les familles des nations
Offrent gloire et louange.
Les sages viennent avec leurs présents;
Les bergers contemplent dans les champs,
Préparant joyeusement le chemin.

Vous collines et montagnes,
Vous plaines et vallées,
Vous rivières et toute la Création,
Magnifiez votre Seigneur
Qui vient pour naître par amour pour vous. (6)

Apporte de bonnes oeuvres à la mangeoire de nos âmes, O Seigneur,
Qu'avec la face brillante et radieuse
Nous puissions Te chanter à Toi Qui vient pour naître :
"Bénissez le Seigneur, vous toutes les oeuvres du Seigneur!" (7)

(6) Vêpres du 3ème jour de l'avant-fête de la Nativité. 22 décembre.
(7) Complies du 2ème jour de l'avant-fête de la Nativité.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)