"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

08 janvier 2007

La famille – une perspective Chrétienne Orthodoxe

par l'archevêque Stylianos d'Australie
http://www.greekorthodox.net.au/pages/family.htm

Adam et Eve : Création, péché, expulsion du Jardin d'Eden
Première Bible de Charles le Chauve,
Tours, France, 9ème siècle, Folio 10v


Le mariage en tant que Sacrement a été institué comparativement tard dans l'Église Chrétienne, mais il apparaît que la signification sotériologique de cette institution peut être retracée aussi loin que dans la création de l'homme et de la femme, telle que rapportée par le récit de la Genèse.

En d'autres termes, cela signifie que la distinction entre mâle et femelle ne résulte pas d'un phénomène accidentel ou secondaire dans le développement biologique des espèces, mais au contraire, est le reflet de la libre volonté de Dieu dont la raison se trouve dans l'essence de Dieu.

La définition de l'essence de Dieu en tant qu'Amour (cfr 1 Jean 4,8), qui est la pierre de fondation de toute la théologie Chrétienne, trouve sa justification pleine et entière dans la distinction entre mâle et femelle dans la couronne de toute la Création, à savoir la personne humaine.

L'égalité fondamentale entre homme et femme, déjà donnée dans l'acte original de création, est renforcée par le fait de leur différence, qui facilite l'expérience de la plus profonde forme d'amour en tant qu'enrichissement mutuel dans une communication complémentaire.

De tout ce qui précède, l'on devrait clairement dire que la signification du mariage en tant que Sacrement est donnée, en premier lieu, dans l'événement de communion entre homme et femme. C'est la présupposition idéale pour son expansion sous la forme d'une famille, au sein de laquelle un nombre encore plus grand de personnes partage les bénédictions de la communion et du respect mutuel. En d'autres termes, le caractère sacré du mariage et de la famille se situe d'abord non pas dans la procréation d'enfants ou la continuité de l'espèce, mais plutôt dans la qualité de la communion.

Dès lors, la famille Chrétienne vise au sacrifice mutuel et à la sanctification du couple dans une unité divine qui est modelée sur le mystère de la Sainte Trinité (à savoir l'Unité de 3 Personnes en une Essence), et encore plus concrètement et de manière empirique sur l'unité de 2 natures – humaine et divine – en la Personne de notre Seigneur Jésus-Christ. Dans ces 2 doctrines de l'Église Chrétienne, à savoir la doctrine Trinitaire et la doctrine Christologique, la tension entre la pluralité des personnes et l'unité d'essence est harmonieusement balancée par la vertu de la divine interpénétration et l'amour.

Le 4ème Concile Oecuménique à Chalcédoine a forgé 2 adverbes qui devinrent capitaux dans toute l'ère Chrétienne, décrivant, de la manière la plus adéquate, le mystère de l'unité et, en même temps, l'intégrité de personnes vivant en communion entre elles. Comme vous le savez, ces adverbes sont [traduits par] "sans confusion" et "sans division". Bien que ces 2 expressions aient été introduites par ledit Concile afin de clarifier autant que possible la relation entre les 2 natures en la Personne une du Dieu Incarné, ces mêmes expressions peuvent s'appliquer pour décrire la communion et l'interpénétration, sans subordination, des 3 Personnes de la Sainte Trinité.

Il ne fait aucun doute que les deux expressions précitées signifient aussi les conditions idéales sous lesquelles l'institution de la famille peut atteindre ses buts divins.

Le niveau de relations interpersonnelles entre époux et épouse est enrichi dans la famille par un second niveau de relations entre parents et enfants, de même que par un troisième niveau de relations, celui entre les enfants.

Avec tant de différents niveaux de relations interpersonnelles, la famille devient l'unité la plus dynamique et efficace pour la formation de la personnalité humaine. Bien que dans toutes les autres formes de coexistence humaine, la force motrice demeure une motivation sociale, dans la famille et l'Église - cette dernière étant la famille de Dieu -, la motivation est existentielle et sacramentelle. C'est précisément pourquoi famille et Église sont d'une importance unique dans la préparation de la personne individuelle en tant que citoyen.

En termes pratiques, tout ceci signifie que la personne qui a, dans la famille et dans l'Église, expérimenté la variété d'amour aux différents niveaux de relations interpersonnelles sera à même d'apprécier les différentes qualités des autres personnes dans une société séculière. Ayant expérimenté la discipline requise par respect envers chaque personne en fonction de la place et de la mission de chacun dans tout le corps de l'unité familiale, il sera prêt à accepter le même ordre et discipline dans les structures sociales. Cependant, afin d'être à même de réagir de manière positive dans une société au sens large du terme, on doit avoir ressenti la sécurité et l'enrichissement à travers la présence des autres dans sa propre famille.

Le sens de la famille chez les peuples méditerranéens – Grecs, Italiens, Turcs, etc – est reconnu comme étant encore si fort que normalement, un membre de la famille ne se sent pas gêné par la coexistence avec d'autres. Bien sûr, on ne saurait négliger les demandes mutuelles fréquentes et vraiment grandes entre les différents membres, demandes qui ne sont pas seulement inconnues mais aussi incompréhensibles pour la famille occidentale moderne. Cependant, les sacrifices résultant souvent de telles demandes sont aussi compensés par le soutien réel et multiple dont on bénéficie de la part de tous les membres de la famille, dans chaque difficulté possible de la vie. Ce merveilleux soutien fait parfois ressentir à celui qui en bénéficie comme si ses propres forces physique et morale étaient multipliées par le nombre de membres de sa famille.

En plus de tout ceci, on devrait conclure que la famille, telle que structurée dans le monde Orthodoxe, peut non seulement devenir le noyau de tout le corps de l'Église, mais aussi le refuge ultime de la Foi. Ceci est particulièrement vrai
lorsque l'athéisme ou la persécution rendent la vie officielle de l'Église difficile, voire impossible. Les meilleurs exemples à cet égard sont la survie de l'Orthodoxie durant les 400 ans d'occupation Turque dans la plupart des pays Orthodoxes orientaux, et plus récemment, la situation qui a été vécue en Union Soviétique.


+ Stylianos




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"Le fondement de la famille n'est pas seulement un collectivisme utilitaire; tout au contraire, son principal fondement et sa source sont purement spirituels : c'est un rapprochement d'âmes."

Dmitri Alexeievitch Khomiakov

Sainte Waudru (612 – 686) (soeur de sainte Aldegonde de Maubeuge, toutes deux filles de saint Walbert et sainte Bertille), accompagnée de son mari saint Vincent de Soignies, et de leurs enfants saint Landry (évêque de Metz), saint Dentelin, sainte Adeltrude et sainte Madelberte.
Une vraie famille Orthodoxe, où tous ont vécu en Christ!

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