"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 janvier 2007

LA FÊTE DE LA THÉOPHANIE (ÉPIPHANIE) : La Manifestation de la Trinité

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Baptême du Christ
Bénédictional de Saint Aethelwold
Londres, British Library, Additional MS 49598, folio 25r




Le Baptême de Jésus dans le Jourdain, événement qui contient tous les mystères de notre Salut, n'est pas seulement Son Épiphanie en tant que Messie, Serviteur Souffrant du Seigneur. Il est aussi la première manifestation au monde du plus grand de tous les mystères, l'adoration de la Sainte Trinité.



Que s'écoulent les flots de larmes de nos yeux,
Lavons les souillures de nos âmes, O fidèles!
Nous verrons le Christ,
Lumière de la Triple Lumière,
Venant pour être Baptisé.
Des Cieux, le Père témoignera pour Lui,
Et le Saint Esprit descendra sous l'apparence d'une radieuse colombe. (1)

Dans le Jourdain lorsque, Seigneur, Tu fus baptisé,
A l'univers fut révélée la Sainte Trinité;
En Ta faveur Se fit entendre la Voix du Père
Te désignant comme Fils bien-aimé,
Et l'Esprit sous forme de colombe
Confirma la vérité du témoignage.
Christ notre Dieu qui T'es manifesté,
Illuminateur du monde,
Gloire à Toi ! (2)

Lors du Baptême de Jésus, le mystère de tous les mystère est, pour la toute première fois, clairement révélé au monde. C'est la révélation au grand jour, imperceptiblement suggérée dans les "ombres" des alliances précédentes d'Israël, que l'unique vrai Dieu est essentiellement un Père (3). Étant l'Amour même, Dieu ne pouvait demeurer isolé dans la perfection de Sa divinité. Ce serait une contradiction de termes, comme nous l'apprenons par les événements de "l'Alliance nouvelle et éternelle" de Dieu, scellée par le divin sang du Messie. Le Dieu absolument parfait, Qui est l'Amour même – "car Dieu est Amour" (1 Jn 4,8;16) – doit par nature Se donner. Il doit Se manifester Lui-même et Sa divine perfection dans la divine Personne d'un Autre. Et Il le fait. Car Il a un Fils qui est éternel, divin, et non-créé; un Fils Qui est Son Image divine et Son Verbe (4), un Fils Qui est "resplendissement de la gloire de Dieu et empreinte de Sa substance" (Héb 1,3) (5). C'est ce Fils bien-aimé, ou, pour utiliser l'expression plus exacte de l'Apôtre Paul, "le Fils de Son Amour" (Col 1,13) (6). Toutes choses ont été créées par et pour ce Fils (7). "Il existe antérieurement à tout, et tout subsiste en Lui" (Col. 1,17) (8). Mais "quoiqu'Il fût de condition divine, Il ne S'est pas prévalu de Son égalité avec Dieu; mais Il S'est anéanti Lui-même en prenant la condition d'esclave et Se faisant pareil aux hommes" (Phil 2,6-7.)

"Et quand Il eut revêtu l'aspect d'un homme, Il S'est encore abaissé Lui-même en Se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. Aussi, Dieu l'a-t-Il souverainement exalté et Lui a-t-il conféré le Nom qui est au-dessus de tout
nom, afin qu'au Nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue professe, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus Christ est Seigneur" (Phil 2,8-11).

Avec la manifestation du Fils de Dieu en tant que Jésus, le Christ d'Israël et le Sauveur du monde, le Saint Esprit de Dieu est aussi manifesté en tant que Personne divine unique. Lui aussi n'était que très vaguement préfiguré dans Ses activités dans les anciennes alliances, mais à présent, est révélé dans Sa gloire personnelle. Il est "l'Esprit de Vérité, Qui procède du Père" (Jn 15,26). Il descend personnellement sur l'homme Jésus, L'oignant en Son humanité, et tout les peuples en Lui, et montrant ce dernier au monde comme étant le Messie promis, et brillant de Jésus sur tous ceux qui Le reçoivent comme leur Seigneur et Dieu (9).

Telle est l'unique doctrine du Christianisme Orthodoxe : l'adoration de la Divine Trinité, "Une en essence et indivisible." (10). C'était annoncé dans les théophanies de l'Ancienne Alliance d'Israël. Cela a été approché dans les contemplations de diverses saintes personnes de diverses "religions du monde." Ce fut obscurément découvert dans les spéculations des philosophes mystiques de toutes les nations, en particuliers les Grecs. Et ce fut clairement rendu manifeste dans "l'Alliance nouvelle et éternelle de paix" du vrai et unique Dieu avec Son peuple, révélée pour la première fois dans l'Épiphanie du Messie à Son Baptême dans le Jourdain. Cette dévotion se trouve au coeur de la célébration de la Pâque d'Hiver dans l'Église Orthodoxe.

Te voyant, O Christ notre Dieu,
S'approchant de lui dans le Jourdain,
Jean dit : Pourquoi est-ce que Toi, sans péché,
Tu viens à Ton serviteur, O Seigneur?
Au nom de qui vais-je Te baptiser?
Du Père? Mais Tu Le porte en Toi-même.
Du Fils? Mais Tu es Toi-même le Fils Incarné.
Du Saint Esprit? Mais Tu sais que de Tes propres Lèvres Tu Le donne aux fidèles.
O Dieu Qui nous est apparu, fais-nous miséricorde! (11)

La Trinité a été manifestée dans le Jourdain,
Car le Père, suprême en la divinité, a porté témoignage en disant,
Celui Qui est baptisé est Mon Fils bien-aimé,
Et l'Esprit, égal en divinité, a reposé sur Lui,
Que le peuple béni et exalte par dessus tout à jamais.

Venez, O fidèles,
Parlons des choses divines,
Joignons-nous aux Anges dans des hymnes sans fin
Pour glorifier le Dieu en Qui nous avons reçu l'initiation:
Père, Fils et Saint Esprit,
La Trinité, consubstantielle en Personnes,
Et cependant un seul Dieu à Qui nous chantons:
Bénis es-Tu, O Dieu de nos pères! (12)

(2) Tropaire de la fête de la Théophanie.
(3) Les écrits apostoliques des premiers Chrétiens font usage de la distinction entre "ombre" et "réalité" pour décrire la relation entre les deux Alliances; cfr Col 2,17 et Héb 10,1.
(4) Jn 1,1-18; Col 1,15; 2 Cor 4,4. cfr pp. 12-14.
(5) cfr p. 14, n. 4.
(6) Les traductions modernes disent en général "fils bien-aimé"; littéralement, le texte dit "Fils de Son amour".
(7) Jn 1,1-3; Héb 1,1-3; Col 1,16.
(8) Jean le Baptiste lui-même atteste que Jésus était là avant lui (Jn 1,30). Et Jésus affirme même "qu'avant qu'Abraham ne fut, Je SUIS" (Jn 8?58).
(9) cfr Jn 1,33-34; 15,26; 16,7.15; 20,28.
(10) C'est la formule liturgique de la Divine Liturgie selon saint Jean Chrysostome.
(11) Complies de la fête de l'Épiphanie; aussi chantée le 2ème jour de l'après-fête.
(12) Matines de la fête de l'Épiphanie.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

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