"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 janvier 2007

Épiphanie dans l'Occident Orthodoxe: particularités, oraisons & hymnes, homélie de saint Léon le Grand


Nativité - l'adoration des Mages
Psautier de Würzburg, anno 1255
Psalterium Codex 1903, volio 8r
Benediktinerstiftes, Melk, Autriche

Voici 2 des oraisons de la Liturgie de l'Épiphanie telles qu'on les retrouve dans le Sacramentaire de Corbie. Il y en a bien d'autres, et une bénédiction solenelle aussi pour cette grande fête

Oratio.
Deus qui hodierna die unigenitum gentibus stella duce revelasti, concede propitius, ut qui iam te ex fide cognovimus usque ad contemplandam speciem tuae celsitudinis perducamur. Per eundem.
Oraison.
O Dieu qui as aujourd'hui révélé Ton Fils Unique-engendré aux païens guidés par une étoile, accorde-nous miséricordieusement que, Te connaissant déjà par la Foi, nous soyons guidés jusqu'à contempler Ta splendeur. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit..

Deus cuius unigenitus in substantia nostrae carnis apparuit, praesta quaesumus ut per eum quem similem nobis foris agnovimus, intus reformari mereamur. Qui tecum.
O Dieu, Toi dont le Fils Unique-engendré est paru dans la nature de notre chair, accorde, nous T'en prions, que par Celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement, nous puissions être recréés intérieurement. Par Lui Qui vit et règne..

Suite des nombreuses prières voir : Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986, édition du texte critique, pages 104-107, Henry Bradshaw Society http://www.henrybradshawsociety.org

Epiphanie Solesmes 1891 folio 1
Epiphanie Solesmes 1891 folio 2
Epiphanie Solesmes 1891 folio 3
Epiphanie Solesmes 1891 folio 4cliquez sur les images pour obtenir la page en grand
Antiphonarii Horae diurnae
Solesmes 1891


Dans une Tradition liturgique née il y a 13 ou 14 siècles, pour les Églises locales de culture latine, une riche hymne d'origine gallicane introduisait les Vêpres de l'Épiphanie.

Angleterre, vers 1333 : "Hostis Herodes impie"
En "anglais moyen", British Library MS Addit. 46919, f. 205r

Vous ne la trouverez plus telle quelle dans les missels occidentaux qualifiés de "tradis" : ce qu'on y trouve c'est "Crudelis Herodes", qui est une modification de l'hymne originelle (et orthodoxe) de saint Sedulius, qui s'appelait "Hostis Herodes", comme le rappelle ce site internet catholique-romain, modification commise en 1632 par Urbain 8.
http://www.preces-latinae.org/thesaurus/Hymni/HostisHerodes.html

J'ai trouvé une transcription en partition moderne du texte original qui était encore en vigueur en Occident en Schisme en 1581 :
Thomae Ludovici - A Victoria Abulensis - Hymni Totius Anni - Secundum Sanctae Romanae - 1581a - elle se trouve ici : http://www.upv.es/coro/victoria/pdf/Hostis_Herodes_Impie.pdf
Et ici une photo des 2 pages d'époque :
http://www.upv.es/coro/victoria/1581a/1581a-018.jpg
http://www.upv.es/coro/victoria/1581a/1581a-019.jpg

Hélas je n'ai pas trouvé de lien musical pour comparer "avant-après", avec des partitions (neumes) d'avant le Schisme, ce qui fait que je n'ai pu que comparer le texte.
En sa forme originale, c'est une hymne fort intéressante, en ce qu'elle conserve le bon équilibre entre Baptême au Jourdain, qui est la toute première manifestation de la Trinité dans les saintes Écritures, et l'adoration par les Mages, qui est prémice de l'annonce aux Nations. En Occident, l'accent était apparement moins mis sur le premier que sur le second événement. Les 8 homélies sur l'Épiphanie composée par saint Léon le Grand, pape de Rome et héros de Chalcédoine, sont là pour nous rappeler que ce n'est pas une "erreur" des Occidentaux, une dérive au fil des siècles, mais simplement un autre regard sur un même mystère, celui de l'Incarnation. Par la suite, certes, le déséquilibre occidental sera réel, mais si ce n'était que sur ce point, passons.

Voici un intéressant aperçu de cette différence d'approche entre Orient et Occident Orthodoxes, par un sous-diacre Orthodoxe Antiochien de Rite Occidental (AWRV). Je dirais cependant qu'à mon humble avis, en défendant (ce qui est justifié) la position occidentale sur l'Épiphanie, il pêche un peu dans l'autre sens quand il parle d'une célébration "plus riche que la Byzantine". Qu'est-ce qui pourrait être plus riche que la Sainte Trinité??? Même si l'accent trinitaire est un développement historique, ce point-là n'est pas exact. Quiconque aura trouvé le temps de lire tous les explicatifs du p. Thomas Hopko ici traduits et publiés l'aura compris :

Épiphanie Occidentale
http://occidentalis.blogspot.com/2005/01/occidental-epiphany.htmlJ'ai entendu de plus d'un frère Byzantin que le Christianisme Occidental n'a rien compris du tout à la Fête de l'Épiphanie. Après tout, chaque Orthodoxe sait qu'en réalité, l'Épiphanie est appelée "Théophanie", et que tout y tourne autour du Baptême du Christ, plutôt que la Visite des Mages. Mais dans l'ancienne compréhension Chrétienne Latine, ce n'est qu'un tiers de la vérité. En fait, en vérité, la célébration du Rite Occidental de l'Épiphanie est quelque part plus riche que la célébration Byzantine.

Bien qu'il est certainement exact que dans l'ancienne Église Occidentale [1], l'accent central de l'Epiphania Domini occidentale est la visite des Mages, ce n'est pas vrai que pour les Chrétiens occidentaux, ils auraient pu penser que l'Épiphanie ne serait que cela. On peut en voir clairement la preuve que nous en fournissent les trésors des textes liturgiques latins eux-mêmes.

Le mot Épiphanie vient d'un mot grec qui veut dire "manifestation" ou "apparition." Dès lors, dans un sens général, la Fête de l'Épiphanie commémore l'apparition ou manifestation de Dieu à Ses créatures. Apparemment, dans la plus ancienne conscience de l'Église (c'est-à-dire avant le 4ème siècle), l'idée "d'épiphanie" était un terme plutôt général. C'est toujours clairement le cas dans le Rite Occidental, dans la première Antienne psalmique des premières Vêpres de l'Épiphanie :

"Ante luciferum genitus et ante saecula, Dominus Salvator noster hodie mundo apparuit" [Engendré avant l'aurore et avant les siècles, le Seigneur, notre Sauveur est apparu aujourd'hui au monde).

Le caractère plus général de la Fête est mis en évidence par le fait que, primitivement, nombreuses parties de l'Église [2] célébraient la Fête de la Nativité le 6 janvier. Ce n'est qu'au 4ème siècle que tant dans l'Orient Grec que l'Occident Latin [3] que la commémoration de la Nativité a commencé à être déplacée vers notre date actuelle, 25 décembre. Dès lors, l'événement de la Nativité en lui-même fut considéré par les anciens Chrétiens comme "l'épiphanie" ou "manifestation" première du Verbe-fait-Chair – mais comprise comme une des nombreuses différentes manifestations de la Nature Divine du Christ tout au long de Son ministère terrestre.

Lorsqu'ont été séparées les Fêtes de la Nativité et de l'Épiphanie, apparemment, elles ont commencé à prendre des accents différents en se développant en Orient et en Occident. L'Église en Occident, de son côté, considéra la visite des Mages comme une manifestation très importante du Dieu-Homme en tant que "Lumière pour éclairer les Nations."

"Venit lumen tuum, Jerusalem, et gloria Domini super te orta est; et ambulabunt Gentes in lumine tuo" (Ta lumière a brillé, ô Jérusalem, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi, et les nations marcheront à ta lumière) (2ème antienne des Psaumes, 1ères Vêpres de l'Épiphanie).

Dom Prosper Guéranger (Solesmes, OSB)
[4], explique fort bien la conception occidentale de l'Épiphanie:

"Ce jour de l'Epiphanie du Seigneur est donc véritablement un grand jour; et l'allégresse dans laquelle nous a plongés la Nativité du divin Enfant doit s'épanouir, tout de nouveau, dans cette solennité. En effet, ce second rayonnement de la Fête de Noël nous montre la gloire du Verbe incarné dans une splendeur nouvelle; et sans nous faire perdre de vue les charmes ineffables du divin Enfant, Il manifeste dans tout l'éclat de Sa divinité le Sauveur Qui nous a apparu dans Son amour. Ce ne sont plus seulement les bergers qui sont appelés par les Anges à reconnaître le VERBE FAIT CHAIR, c'est le genre humain [symbolisé par les mages païens], c'est la nature entière que la voix de Dieu même convie à L'adorer et à L'écouter."
(L'année liturgique, volume 3)

En effet, le voyage des sages orientaux vers Bethléem pour adorer le Christ Enfant est continuellement mentionné dans les divers Propres des Offices de l'Épiphanie occidentale. Mais les textes liturgiques latins révèlent aussi que notre Épiphanie concerne en fait beaucoup plus que cela. Elle commémore au moins 2 autres grands mystères de la manifestation de Dieu dans le Seigneur Incarné : elle commémore aussi, comme le fait l'Orient, le Baptême du Christ dans le Jourdain; et de même, le mystère du premier miracle public de notre Seigneur, à la noce à Cana en Gallilée. Nombreux parmi les grands Pères de l'Église en Occident (dont saints Léon le Grand, Grégoire le Grand, Augustin d'Hippone, Ambroise de Milan, Paulin de Nole, Maxime de Turin, Hilaire d'Arles et Isidore de Séville) ont mit l'accent dans leurs écrits sur l'Épiphanie en même temps sur les 3 éléments de ces grands mystères de la manifestation divine. On trouve aussi mentionné dans certaines Églises locales d'Occident, telles que celles de Milan ou en Espagne, un 4ème mystère – celui de la multiplication des pains et poissons par notre Seigneur.

Il ne fait aucun doute que l'ancienne Église Orthodoxe Catholique Occidentale s'est résolument décidée à mettre l'accent sur la visite des Mages plus que sur les 2 autres aspects; mais le fait demeure que les textes du Rite Occidental eux-mêmes ont toujours, historiquement, inclus ces 2 autres mystères, ce qui est évident avec l'Antienne du Benedictus de l'Heure de Laudes, dans laquelle les 3 mystères sont merveilleusement entrelacés :

"Hodie caelesti Sponso juncta est Ecclesia, quoniam in Jordane lavit Christus ejus crimina: currunt cum muneribus Magi ad regales nuptias, et ex aqua facto vino laetantur convivae" (En ce jour l'Église s'est unie au céleste Époux, car dans le Jourdain le Christ en a lavé les péchés. Les mages accourent aux noces royales avec leurs présents, et l'eau changée en vin réjouit les convives de la Fête).

En témoigne aussi l'Hymne de l'Office des Vêpres, Hostis Herodes impie, écrit par saint Sedulius (Sechnall, + vers 450):

Pourquoi impie Hérode, te mettre à trembler,
Parce que le Christ vient pour régner?
Lui Qui donne les royaumes célestes.
Il ne s'empare pas des royaumes terrestres.

Les Mages de l'Orient s'avançaient, chargés
Pour là où l'étoile venait de s'arrêter
Guidés par la lumière vers la Lumière, ils s'empressaient,
Et par leurs présents, leur Dieu confessaient.

L'Agneau de Dieu S'est manifesté,
Dans les eaux du Jourdain S'étant plongé,
Et Lui Qui n'avait point connu le péché,
Par ce bain, des nôtres nous a lavés.

Et Celui Qui règne sur toute la nature
Peut aussi transformer l'eau pure
Et donne à Cana ce signe divin
Que l'eau s'y changea en vin. [5]

On pourrait aussi ajouter que, du fait de cet accent fortement mis sur les Mages dans les Offices de l'Épiphanie, l'Église en Occident a trouvé particulièrement approprié de faire une commémoration spéciale du Baptême du Christ à la fin de l'Octave de l'Épiphanie (8ème jour). De même, les Noces de Cana sont à nouveau commémorées le 2ème dimanche après l'Épiphanie. Nombre d'autres dimanches après l'Épiphanie sont centrés sur d'autres "manifestations" du Christ – le Christ enfant retrouvé au Temple parmi les docteurs de la Loi; la guérison du lépreux en Matthieu 8; notre Seigneur apaisant la tempête en Marc 4; etc.

Notes du traducteur :
[1] = les diverses Églises locales d'Occident, comme p.ex. on lit dans le récit des Martyrs de Lyon (+ 177), "l'Église du Christ qui est à Lyon". Il n'existait bien entendu pas une seule structure monolithique.
[2] = plusieurs Églises locales, la "pyramide" n'étant pas la structure de l'Église du Christ. L'auteur le sait, mais le lectorat de mon blog n'étant pas le même, je me dois de préciser.
[3] mais pas l'Orient sémite, les Églises Syriaques Orthodoxes de l'époque n'ayant pas suivit cette évolution liturgique pour les raisons qui leurs sont propres.
[4] Dom Guéranger est certes hétérodoxe, et donc à ne pas confondre avec les Bénédictins Orthodoxes dont la Foi est intégralement celle de l'Église du Christ. Mais son travail sur le plaint-chant grégorien et la liturgie y attenante est impressionnant.
[5] modeste traduction/adaptation personnelle : je ne connais pas de livre de prière orthodoxe qui reprenne cette hymne pourtant authentiquement orthodoxe, tant dans son contenu que par son compositeur et la période d'origine. Hélas.

Tempus de l'Épiphanie, d'après le grégorien

Calendriers, Nativité & Épiphanie
Samedi 6 janvier 2007
Vous dites Théophanie, nous disons Épiphanie... certains disent : "Christ est né!"
southern-orthodoxy.blogspot.com/2007/01/you-say-theophany-we-say-epiphany-some.html
Il y bien longtemps, la Fête était une combinaison, célébrant à la fois la Nativité du Christ et Son Baptême par Jean dans le Jourdain. De nos jours, grâce au malheureux développement de l'Église Une – 2 calendriers – nous sommes confrontés à un fait ironique, à savoir que les 2 sont chronologiquement réunis (en quelque sorte).
Que ce soit pour l'un ou pour l'autre, c'est un merveilleux
moment de l'année pour les Chrétiens Orthodoxes!
Joyeuse(s) Fête(s)!

Prêtre Joseph Huneycutt
(Houston,
patriarcat grec-orthodoxe d'Antioche, rite byzantin)



L'ÉPIPHANIE DE NOTRE SEIGNEUR
Évangile selon saint Matthieu, 3, 13-17
"Alors survient Jésus; il arrivait de Galilée au Jourdain près de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean s'y refusait : "C'est moi qui ai besoin de ton baptême, et toi, tu viens à moi!" Mais Jésus lui répondit: "Laisse faire pour le moment; car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice." Alors Jean le laissa faire. Au moment où Jésus, baptisé, sortait de l'eau, voici que les cieux s'ouvrirent à lui, et il vit, tel une colombe, l'Esprit de Dieu descendre sur lui. Et du ciel une voix se faisait entendre : "Voici le Fils de Mon Amour, sur qui je porte mon affection."

Anciennement, il y avait 3 noms pour cette fête de l'Église : Théophanie, Épiphanie et Bethphanie. Le suffixe fait référence à une manifestation, dès lors c'est dans le préfixe de chaque mot que nous irons afin de voir à quel événement il fait référence. En fait, ils se référaient à 3 manifestations de la Divinité de notre Seigneur durant le temps de Sa vie sur terre : Son Baptême par saint Jean le Baptiste dans le Jourdain au commencement de Son ministère, à l'occasion duquel ceux qui étaient à même de recevoir la révélation virent les cieux ouverts et l'Esprit de Dieu descendre sur Jésus, sous la forme visible d'une colombe, et entendirent Dieu rendre témoignage à Son Fils; Son adoration par les 3 Mages, Gaspar, Melchior et Balthazar, dans la caverne hors de Bethléem; et Sa manifestation dans la maison lors de la noce à Cana.
Dans l'Église en Orient, la célébration première du Baptême de notre Seigneur demeura inchangée. Dans l'Église en Occident, l'adoration par les Mages vint à l'avant-plan; et dans les 2 cas, la Bethphanie semble avoir disparu de cette fête à une époque très précoce. L'Épiphanie semble avoir été un développement de la Théophanie, plutôt que quelque chose d'entièrement séparée. Il semble que ce serait quelque part au 4ème siècle qu'aurait commencé à être vu cet accent sur la signification de la visite des Mages zoroastriens, en élément séparé de la fête élargie de Noël. Aussi tardivement que dans le Sacramentaire de saint Grégoire le Grand, la fête est encore appelée "Théophanie" dans l'Église en Occident.
Dès lors, comme ils le faisaient aux anciens jours du Christianisme, nous célébrons d'abord le Baptême de notre Seigneur, et la reconnaissance publique qu'Il reçoit de Dieu le Père, et en second, la reconnaissance de Sa divinité par les Mages en tant que représentants du monde païen. Saint Jean a immergé notre Sauveur dans l'eau, mais ce fut Dieu Qui envoya le Saint Esprit sur le Seigneur baptisé, exactement comme cela se passe de nos jours quand un prêtre baptise un enfant. Le Baptême de Jésus fut nécessaire comme le met en exergue le bref échange rapporté entre le Christ et Jean juste avant, car juste après le Baptême par Jean, Dieu révéla Son Fils à ceux qui avaient l'acuité et l'écoute spirituelle pour comprendre ce qu'Il avait fait. Le Christ n'avait nul péché à laver, mais nous avions besoin de voir et entendre Son Père nous parler, et nous Le présenter. Car nous, les baptisés, c'est pour nous qu'Il a été baptisé.
hiéromoine Michael
Église Orthodoxe Russe Hors Frontières
abbé du monastère Saint-Petroc
http://www.orthodoxresurgence.co.uk/Petroc/


Homélie de saint Léon le Grand
Deuxième sermon sur l'Épiphanie

Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes bien-aimés, je le dis encore, réjouissez-vous (Phil. 4,4): puisque, peu de temps après la solennité de la Nativité du Christ, voici que resplendit la Fête de Sa manifestation; et Celui qu'en ce jour-là, la Vierge enfanta, est aujourd'hui reconnu par le monde. Car le Verbe fait chair a disposé les débuts de l'oeuvre de notre relèvement de façon que la Naissance de Jésus fût manifestée aux croyants et cachée aux persécuteurs. Alors déjà 'les Cieux racontèrent la gloire de Dieu, et la résonance de la vérité se répandit dans toute la terre' (cfr Ps. 1, 4 et 18), quand l'armée des Anges apparut aux pasteurs pour leur annoncer la Naissance du Sauveur, et qu'une étoile conduisit les Mages venus L'adorer. C'est ainsi que, du levant au couchant, l'enfantement du vrai Roi fut manifesté avec éclat, puisque les royaumes d'Orient apprirent à y croire par les Mages, et que l'Empire romain ne l'ignora pas. Car la cruauté d'Hérode, voulant étouffer dès le berceau le Roi Qui lui était suspect, servait, à son insu, à cette économie du Salut. En effet, tandis qu'il décidait son crime affreux et qu'il cherchait à atteindre cet Enfant inconnu dans un massacre général, la renommée répandait partout, d'une façon plus frappante, la naissance du souverain que le Ciel avait annoncée, et cela, d'autant plus vite et d'autant mieux que le signe céleste était plus inouï, et la cruauté du persécuteur plus impie. Alors aussi le Sauveur fut porté en Égypte, pour que cette nation attachée à d'anciennes erreurs fût marquée par une grâce secrète, pour le Salut tout proche; et qu'avant d'avoir rejeté de son âme la superstition, elle offrît déjà un asile à la vérité. Reconnaissons donc, mes bien-aimés, dans les Mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi; et, la joie au coeur, célébrons les débuts d'une espérance bienheureuse. Car, dès ce jour, nous avons commencé à entrer dans l'héritage éternel; dès ce jour, les arcanes des Écritures qui annonçaient le Christ s'ouvrirent pour nous; et la vérité, que l'aveuglement des Juifs n'a pas acceptée, a répandu sa lumière dans toutes les nations. Honorons donc ce jour très saint en lequel apparut l'Auteur de notre Salut; et Celui que les Mages ont adoré petit Enfant dans une mangeoire, adorons-Le tout-puissant dans les Cieux. Et comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, nous, tirons de nos coeurs des hommages dignes de Dieu.

Hérode ordonnant le massacre, peintures de Suède

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