"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 janvier 2007

Sainte Geneviève de Paris


Avec Geneviève, nous sommes aux sources de ce qui allait sanctifier le nord des Gaules durant 4 siècles. Nous avons une liaison spirituelle forte avec l'Orient Chrétien, par l'amitié qui liait saint Syméon le Stylite et sainte Geneviève, pour laquelle il avait une grande admiration (excusez du peu!). Elle avait une grande dévotion pour saint Martin de Tours et saint Denis de Paris, et fréquentait beaucoup les reliques de ce dernier – quel exemple pour nous, ici aussi.
Clovis, l'ancien roi Franc de Tournai (Belgique), ayant déplacé sa capitale en France, fera construire une basilique sur le tombeau de sainte Geneviève, où il se fera enterrer, et bien d'autres rois à sa suite. Certaines traditions rapportent que sainte Clotilde avait introduit sainte Geneviève auprès de son brutal époux, et que donc, avec saint Vaast, elle serait à l'origine de la conversion du roi des Francs. Nous avons affaire à une sainte d'importance énorme, et pourtant, voyez autour de vous. Quel gâchis d'avoir eu tant de richesses spirituelles et de ne plus rien en faire. Quel aberration que de se confier en des hommes aveuglés par leurs prétentions mondaines et de négliger toutes ces vraies richesses du véritable Christianisme, dont la qualité a fait ses preuves, largement. Que c'est affligeant. Quand donc comprendra-t'on, en Occident? Que ne suit-on l'exemple de sainte Geneviève?!

Petit aperçu de sa vie : Geneviève est née à Nanterre, dans les environs de Paris. Dès son enfance elle montra des signes éclatants d’une rare vertu. Comme elle était encore une petite fille, saint Germain, évêque d’Auxerre, de passage dans son village, lui prédit qu’elle deviendrait une grande amie de Dieu et que la sainteté de sa vie la rendrait illustre. Après quelques années, Geneviève reçut de l’évêque de Paris la consécration solennelle des vierges. Par sa prière incessante, son ascèse rivalisant avec les plus austères saints du désert d'Égypte et sa proverbiale charité envers les malades et les pauvres, doublée d'une patience jamais en défaut malgré la méchanceté et les calomnies de tous ceux qui lui étaient hostiles, elle devint très célèbre. Sa vie en Christ portera la marque céleste déjà de son vivant, par nombre de miracles, par un esprit prophétique aussi. C'est ainsi qu'elle annonça plusieurs événements à venir, et nottament que la ville de Lutèce (Paris), quoique moins bien protégée que d'autres villes fortifiées, serait laissée intacte par Attila, le roi des Huns qui ravageait alors les Gaules à la suite de sa défaite contre Aetius et saint Loup de Troyes. Elle organisa la défense spirituelle de sa ville, malgré les ricanements d'une partie de la population (surtout masculine, nous dit la Vita), incrédule, et Attila passa au large. Plus tard, lorsqu'à cause du siège de Childéric contre la ville, la famine sévissait et que la nourriture était de ce fait très chère, elle organisa le ravitaillement de la ville et d’innombrables pauvres en leur fournissant du froment et du pain en abondance. Enfin, après plus de 80 ans au service de Dieu, elle s'endormit dans le Seigneur le 3 janvier, vers l'an 500.


III NON. IAN. NATALE SANCTAE GENOVEFAE VIRGINIS
Beatae genovefae natalitia veneranda, Domine Deus ecclesia tua devota suscipiat, et fiat magnae devotionis amore, et tante fidei proficiat exemplum. Per Dominum nostrum Iesum Christum.

Suite (prières sur les offrandes, préface et ad complendum) voir : Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986, édition du texte critique, page 103, Henry Bradshaw Society http://www.henrybradshawsociety.org/

Dans le "missel romain" 1962 & missel "tradi", on ne trouve soit rien du tout ("tradi" Dom Lefevre 1929), soit cette autre prière (que je trouve néanmoins fort belle):
"Répands sur nous, Seigneur, l'esprit de Ta connaissance et de Ton amour, dont Tu as comblé Ta servante Geneviève; afin que, l'imitant assidûment dans un service sincère, nous Te plaisions par notre foi et notre activité. Par notre Seigneur."

Cependant, c'est bien celle en latin ci-dessus qui est la prière originale, prière venant de l'époque mérovingienne, la même que celle qui était reprise dans le Sacramentaire en cours dans nos régions, et c'était le cas pour les autres aussi, comme le montre cet extrait d'une intéressante étude en musicologie de l'université de Pretoria (les voies du Seigneur...)

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(Etude des manuscrits de Mont-Sainte-Marie, Gosnay, près d'Arras - Origine Cartusienne (Chartreux), uniques Antiphonaires de Laudes et Vêpres survivants, imprimés vers 1540)

Les Manuscrits de Gosnay
pp. 232-233
Carol STEYN
Department of Art History, Visual Arts and Musicology
University of South Africa, Pretoria
Studia Musicologica Academiae Scientiarum Hungaricae 45/1–2, 2004

"Les 2 versets ne posent pas de problème; ils ont été repris du Commun des Vierges du rite cartusien, respectivement pour les Vêpres et pour les Laudes. Cependant, la prière "Beate Genovefae natalitia veneranda. Domine quis ecclesia tua devota discipiat; et fiat magne glorificationis amore devotiorum et tante fidei proficiat exemplo Per Dominum" n'est pas la prière "Beatae Genovefae virginis tue, Domine Deus, gloriosis meritis [*]…" que l'on trouve dans le Missel Cartusien imprimé à Paris en 1541 et dans les éditions ultérieures.
La prière dans les manuscrits de Gosnay se retrouve dans 2 Bréviaires (non-cartusiens) d'Amiens et de Troyes, tous deux très conservateurs par contraste avec leurs contemporains, et c'est dès lors la prière traditionnelle pour la fête de sainte Geneviève le 3 janvier, en usage depuis la période mérovingienne. La prière dans le Missel Cartusien se retrouve dans le Bréviaire de Moulin (c-à-d d'Autun, puisque le diocèse s'était séparé d'Autun). C'est la prière traditionnelle pour la fête du miracle de la sainte du 26 novembre [**] : elle insiste dès lors sur son rôle en tant que thaumaturge, protectrice ou guérisseuse."
antienne Sainte Genevieve epouse de Dieu
antienne Sainte Genevieve epouse de Dieu(cliquez sur les images pour une plus grande version)
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notes de traduction :
[*] et pour cause que ce n'est pas une prière originale : la théologie des "mérites" est une invention post-Schisme, non-conforme à la Foi apostolique, et qui n'avait pas cours dans l'Occident Orthodoxe. D'où son absence dans la prière originale adressée à Dieu en la fête de sainte Geneviève.
[**] un miracle de 1129, cessation
par son intercession de la peste frappant Paris ("mal des ardents"). La fête et la prière subséquente sont donc post-Schisme, ce qui n'enlève en rien à la certitude que j'ai de ce miracle, mais explique le pourquoi de cette bizareté de ces "mérites" mentionnés dans ladite prière composée après les faits.


Pour sa Vie avec moults détails, Liturgie (byzantine & orthodoxe occidentale), iconographie byzantine, etc, je renvoie à cette page, elle est plutôt complète.
http://www.amdg.be/sankt/jan03.html

Je profiterai de cette grise et froide journée pour une petite présentation iconographique de notre grande amie sainte Geneviève à travers les âges et les styles.

On la retrouve dans des Livres d'Heures de la fin du Moyen-Age, aux Pays-Bas

mais c'est une iconographie pas très délicate, amha.
Surtout comparé à "avant" et "maintenant"..










Ses saintes reliques sont
conservées en l'église Saint-Etienne-du-Mont, 1, rue Saint-Etienne-du-Mont - 75005 Paris




sainte Genevieve, saint Germain d'Auxerre et l'eveque de Paris, fresque de la paroisse de Zepperen, Limbourg belge
A Zepperen, près de Tongeren, dans le Limbourg belge, une église lui est dédiée, Sint-Genovevakerk
. Construite à partir du 12ème siècle. Couverte de fresques retraçant la vie de sainte Geneviève.


mort de sainte Geneviève
Tableau de Laurens, 1872

Une fontaine de sainte Geneviève dans le Berry, mais avec une statue de sainte Solange!


Bien qu'indiquée "sainte Philomène", le texte nous précise qu'il s'agit d'une fort ancienne chapelle de sainte Geneviève (présence d'éléments des années 1400), plusieurs fois reconstruite ou restaurée par la suite, d'où je présume le changement de nom.
Les Croix de Saint-Michel-en-Grève, Bretagne

Saint Geneviève enfant en prière
1876, Huile sur toile par Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
Dimensions : 0,76 x 1,35 m
Musée Van Gogh, Paulus Potterstraat 7, Amsterdam

Santa Genoveva
Terre cuite (terracota), 25cm de haut
Museo Fundacion Lázaro Galdiano, Madrid, Espagne


Paris a une paroisse Orthodoxe dédiée à la sainte patronne de Paris :
Paroisse Notre-Dame Joie des Affligés et sainte Geneviève
(patriarcat de Moscou)
http://ndjasg.club.fr/index.html
vous y trouverez une belle iconographie ainsi qu'un Office complet à sainte Geneviève

L'abbaye dans Paris au 16ème siècle
in: Civitates Orbis Terrarum I -7
Braun und Hogenberg, 1572
et d'autres cartes médiévales des lieux :
http://historic-cities.huji.ac.il/france/paris/stroll/st_genevieve/st_genevieve.html


Tableau-reliquaire de sainte Geneviève
Argent poinçonné et doré, Paris, vers 1370
Musée national du Moyen Âge - Thermes et hôtel de Cluny
6, place Paul Painlevé, 75005 Paris


Sainte Geneviève lisant en tenant un cierge
volet de tryptique, émail peint sur cuivre, art du Limousin
Nardon Pénicaud, 1503
musée du Louvre



Sainte Geneviève et le diable miniature sur parchemin, XIIIe siècle,
tirée du censier de la pitancerie de l'abbaye Sainte-Geneviève, 1276 – 1277
texte et crédit photo :
http://www.culture.gouv.fr

Geneviève protégeant la mérovingienne Lutèce, chrétienne contrairement à l'actuelle Paris












et ayant sa flamme de la Foi protégée du démon par un Ange!
Je terminerai avec une note d'humour. De ma tende enfrance, heu, tendre enfance, j'ai souvenance d'une BD qui m'avait toujours beaucoup amusé, "Attila, A la conquête de l'Ouest!", éditions DOMINO, 1976
Cela fera sourire, mais ce fut ma première rencontre avec sainte Geneviève (je ne suis pas issu d'une famille Orthodoxe).
On y voit sainte Geneviève, frêle jeune fille, en prière face à la Seine, et Attila et de costauds Huns qui arrivent par derrière et veulent lui flanquer la pétoche. Tout se passe sur mode "Bruce Lee", pas de sang ni de tripes dans cette BD.
Attila pousse son cri et prend sa posture de karatéka, mais Geneviève riposte en poussant le célèbre "Kiaiiiii" des samuraïs, les mains prêtes à hacher menu le Hun et son unique troupe, et voilà la bande qui détale. Mémorable mise en image!
Notez que les auteurs de cette BD, dans la collection "histoires du temps jadis en bandes dessinées", ont aussi commis un ouvrage sur Clovis et son vase, et sur l'histoire d'Esaü et Jacob. Dans le premier cas, mes enfants ont d'abord lu le récit de saint Grégoire de Tours, puis la BD. Dans le second, les passages de la Genèse, puis la BD. Et bien, si ça a rajouté un peu de "gags" dans leur manière de raconter les histoires, ils les ont en tout cas bien mieux retenues que si je m'étais contenté du texte brut!


Bref, le récit de sainte Geneviève et d'Attila en BD est une version plus sympa que l'histoire originale du "fléau de Dieu" (surnom d'Attila) et sa maxime classique mais légendaire "Là où mon cheval passe l'herbe ne repoussera plus"

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