"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 janvier 2007

Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs

Il y a quelques années, je me suis un jour disputé (incroyable, non?) avec un prêtre que pourtant j'aime beaucoup, habituel paradoxe du pécheur impossible à convertir. La raison? En ce 30 janvier, dans mon Église, c'est à nouveau fête de 3 saints d'Orient qui ont déjà leur fête à plusieurs autres reprises, et on méprise à nouveau les saints de l'Occident Orthodoxe, par méconnaissance bien entendu, mais aussi, disons-le clairement, par refus de vouloir connaître chez nombre de responsables à qui le Christ a confié le troupeau. Et c'est bien triste et porteur de conséquences. L'ethno-centrisme étant la plus visible.

Le prêtre prenait la défense de la-dite fête au nom du fait que justement, il y avait derrière une histoire de "préférences pour tel ou tel saint", et qu'ils seraient tous les 3 apparus pour mettre tout le monde d'accord, comme quoi il ne fallait pas faire de préférence. Raison de plus, avais-je bien entendu réagit, pour qu'on ne les préfère pas aux saints qui sont d'ici et n'ont pas d'autre date de fête. J'ai d'ailleurs eu la même réaction pour d'autres "célèbres saints" d'Orient qui ont plusieurs fêtes et qui de ce fait cachent la présence de saintes et saints Orientaux importants mais moins connus. L'Église et la vie avec les amis du Christ, c'est toujours plus d'enrichissement, et ces "petites préférences" sont un triste appauvrissement, quelles que soient les bonnes intentions invoquées.
Ce qui me chagrinait dans cette histoire, c'est que si je pouvais comprendre qu'un membre du clergé d'une autre Église Orthodoxe installé ici de fraîche date ne connaisse rien de la riche histoire orthodoxe locale, de ce riche premier millénaire, je ne pouvais pas trouver cela acceptable qu'il soit encore dans l'ignorance à ce sujet après quelques années sur place. Et encore moins dans l'épiscopat. Les calendriers liturgiques auraient dû être adaptés aux réalités spirituelles locales depuis belle lurette, en se basant sur les calendriers Orthodoxes officiels bien entendu. Car c'est toujours pour après demain dès lors qu'il s'agit d'ici, et ce n'est pas normal, c'est un manque d'amour flagrant envers tout ce qui n'est pas "de chez eux", une aberration puisque c'est ici que Dieu les fait vivre, et donc ici le "chez eux", et je crois qu'il est temps qu'ils en prennent tous conscience (certains le font). Mille six cent ans d'ignorance ont mené à tant d'erreurs et d'horreurs. "Aimons-nous les uns les autres afin de pouvoir confesser le Père, le Fils.." disons-nous à la Divine Liturgie byzantine, certes, mais pour que ça ne reste pas que des mots, encore faudrait-il vouloir connaître cet "autre", n'est-ce pas?..

Revenons à mon altercation liturgico-pécheresse avec mon confesseur. Là où je "pétais les plombs" (ce qui n'est pas judicieux ni convenable envers son confesseur), c'est que ce prêtre qui défendait ce choix liturgique... c'était un Belge. Bien au courant de la richesse spirituelle dont ces choix nous privaient.. et reconnaissant cette richesse.. Bon, entre-temps j'ai mis beaucoup d'eau dans mon vin et accepté certains de ses arguments. Mais pas tous, parce que la vie de l'Église Indivise lui donne tort sur ce sujet. Alors, aujourd'hui, hors de question pour moi de faire l'impasse sur notre Mère parmi les saints, la grande sainte Aldegonde de Maubeuge. En une époque où, par la folie consumériste, par un style de vie industrielle induisant des pollutions sans cesse plus terribles partout sur terre, le cancer est une maladie hyper répandue, se priver d'une sainte dont la guérison du cancer tant physique que moral semble bien être la "spécialité", quelle folie! Sainte Aldegonde, prie Dieu pour nous.
En plus, à cause de cet ostracisme insupportable, pas de renouveau iconographique non plus, et on doit se contenter de "ça"...

Et sainte Martine : depuis quand une sainte martyre du Christ serait "moins", au point de ne pas même avoir de mention prévue en Liturgie?
dessin de sainte Bathilde, reine et diaconesse orthodoxeEt comment ose-t'on évacuer d'un geste du coude sainte Bathilde, la reine qui deviendra diaconesse, fondatrice de tant de monastères, protectrice de tant d'autres, véritable "moteur logistique" d'une partie de la gigantesque réforme monastique lancée par saint Colomban de Luxeuil, réforme qui "ne" produira "que" 2 siècles de saints tant laïcs que clergé et monastiques dans toute une partie de l'Europe?! Mais c'est fou, de se priver de tels amis du Ciel, et surtout d'en priver les autres! C'est dans la grande abbaye de Corbie dont elle sera la fondatrice que notre amie sainte Rolende de Gerpinnes se retrouvera, avant de venir achever son parcours terrestre chez nous. Nous avons les plus grands liens spirituels avec elles, l'Église doit restituer dans le calendrier liturgique cette réalité. Il en va de la catholicité. Tout le restant est prétexte ethno-phylétiste.

Vous les retrouverez ici, ainsi que bien d'autres :
http://www.amdg.be/sankt/jan30.html

Et, l'âme en paix parce que "devoir accompli",
je continue alors en passant au texte du p. Thomas. Comme de bien entendu, il ne parle que de la fête de l'Orient byzantin, et pour le calendrier "de l'Église", uniquement des saints de l'Orient, même si une (toute petite) partie des autres y sont aussi présents, et bien qu'il habite et enseigne depuis si longtemps en Occident. Vous voyez, le problème est très répandu. Mais ses remarques sont applicables aux autres saints, et notamment ceux d'ici. Quand on voit les familles comme celles de sainte Waudru, sainte Gertrude de Nivelles ou saint Poppon, avec des canonisés tous azimuts, des maîtres à penser fruits d'un profond vécu Chrétien et qui deviennent ferments et dirigeants de ce milieu Chrétien d'où ils sont issus, oui, le texte du p. Thomas s'applique aussi chez nous.
Ca va de soi mais ça va mieux en le disant :-)
JM

Les 3 Saints Hiérarques

Les jours suivant la fête de l'Épiphanie sont remplis de commémorations liturgiques de grands saints de l'Église. Durant cette époque de l'année, nous trouvons des célébrations en l'honneur de personnes tels qu'Ignace d'Antioche, Grégoire de Nysse, Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome, Maxime le Confesseur, Athanase et Cyril d'Alexandrie, et Marc d'Éphèse; de même que les saints moines Antoine, Paul, Macaire d'Égypte, Euthyme, Théodose et Ephrem le Syrien.
Au mois de janvier on trouve aussi la mémoire de femmes martyres telles que Domnica, Tatiana et Xénia. Ce faisant, c'est une des périodes les plus riches de l'année pour contempler la sainteté Chrétienne.
Le 30ème de ce mois, comme une sorte de résumé de la période, l'Église célèbre la fête des 3 saints hiérarques : Basile le Grand, archevêque de Césarée en Cappadoce; Grégoire le Théologien, évêque de Nazianze et archevêque de Constantinople; et Jean Chrysostome d'Antioche, aussi archevêque de Constantinople. Cette journée est connue dans l'Église Orthodoxe comme jour de célébration des lettres Orthodoxes, la fête des études théologiques et des écoles ecclésiastiques.

Que nous tous qui aimons leurs paroles nous nous rassemblions avec des hymnes,Pour honorer les trois grands luminaires de la Divinité Tri-Une,Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome.Ces hommes ont illuminé le monde avec les rayons de leurs divines doctrines.Ce sont des rivières débordantes de sagesse,Qui ont irrigué toute la création avec les sources de la connaissance céleste.Ils ne cessent d'intercéder pour nous auprès de la Sainte Trinité. (1)

Ces 3 saints hiérarques étaient des hommes très différents les uns des autres. Basile le Grand (+ 379) était un homme d'Église appliqué, un solide penseur, un pasteur plein de compassion, un ferme défenseur de l'Orthodoxie et un maître monastique. Grégoire le Théologien (+ 389) était son meilleur ami. Ils s'étaient rencontrés à l'université d'Athènes, où ils étudiaient la littérature, la rhétorique et la philosophie, avant de tout abandonner pour l'amour du Christ, afin de Le suivre. Après avoir passé du temps ensemble dans la solitude monastique, Basile entrepris la tâche de défendre la divinité du Christ telle que définie par le Concile de Nicée. Il devint évêque et força son ami, réticent, à aussi entrer dans l'épiscopat et à illuminer la Foi Orthodoxe.

Grégoire était un homme délicat, un contemplatif et un poète. Il était facilement blessé et sera souvent insulté. En tant que pasteur, il eut moins que du succès. Mai comme théologien, il fut le plus grand. Ses homélies sur la Sainte Trinité, prononcées devant un petit groupe de fidèles Chrétiens Orthodoxes à Constantinople, lorsque la cathédrale et la masse du peuple étaient aux mains des infâmes hérétiques Ariens, demeurent des classiques de la théologie Orthodoxe.

Jean Chrysostome (+ 407) était un prédicateur passionné. On l'appelle Chrysostome, ce qui signifie "bouche d'or", du fait de ses remarquables dons oratoires. Saint Jean était fermement Orthodoxe en tous ses enseignements, mais n'est pas principalement connu comme théologien. On parle plus volontiers de lui et le loue pour ses enseignements sur la vie Chrétienne, ses dénonciations prophétiques de l'injustice et du mal, son souci pastoral pour les pauvres et les opprimés, et son opposition intrépide à ceux qui voulaient dénaturer et trahir l'Évangile du Christ, en particulier ceux se trouvant à de hautes responsabilités dans le pouvoir. Il mourut en exil, chassé de son église, en 407.

Les 3 saints hiérarques étaient entourés de petits groupes de fidèles soutiens, y compris des membres de leurs familles, qui les assistaient et les inspiraient dans leur travail. La mère et la grand-mère de Basile, Emmelie et Macrine, de même que sa soeur Macrine, sont des saintes canonisées par l'Église, de même que son frère Grégoire de Nysse. Tant lui que son frère Grégoire considéraient leur soeur Macrine comme leur plus grand enseignant.
La mère de Grégoire le Théologien, Nonna, est aussi une sainte canonisée. Dans son oraison funèbre en son honneur, le saint père dit que sa mère lui avait donné tout ce qu'il avait dans le Seigneur, y compris non seulement sa vie physique, mais aussi sa vie spirituelle. Théosebie, la soeur de Grégoire, que certains pensent être l'épouse de Grégoire de Nysse, fut louée par son frère comme "plus grande que les prêtres", et avec elle, sa soeur Gorgonia.
Anthusa, la mère de Jean Chrysostome, est aussi une sainte canonisée de l'Église. La meilleure amie et collaboratrice de Jean était la diaconesse Olympiada (ou Olympia), à qui il adressa sa plus touchante lettre, à la fin de sa vie.
Nous voyons ainsi que ces grands évêques, théologiens et prédicateurs n'étaient pas seuls dans leurs efforts. Au sens vrai, ils étaient les produits d'une communauté de Foi, dévotion et érudition; de même que ses dirigeants et enseignants.
En contemplant les vies et oeuvres de Basile, Grégoire et Jean, nous réalisons comment, plus que toute autre chose, un petit groupe de fidèles peuvent faire de bien pour l'édification de l'Église et le Salut des âmes. Nous voyons aussi comment nul ne peut vivre dans l'isolement, comment même les plus grands saints ont eu besoin d'autres saints pour les inspirer et les encourager, les instruire et les soutenir dans leur service. Nous voyons de même que l'intelligence et l'érudition ne sont pas suffisantes. L'esprit des gens doit être voué à Dieu et à la divine sagesse et vérité, mais il faut aussi non seulement aimer Dieu de tout son esprit, mais aussi de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force. Les 3 saints hiérarques étaient des hommes de fervente prière et de discipline ascétique. C'était des hommes de l'Église, et non pas de l'académie. Et ils étaient des hommes qui non seulement voulaient prêcher, mais aussi pratiquer ce qu'ils prêchaient; non seulement parler mais agir; et non seulement agir mais aussi souffrir pour la Parole de ce Dieu Qui était venu Lui-même en ce monde non seulement pour prêcher, mais pour souffrir et mourir pour le bien du Salut de tous. Aux époques où ont vécu ces 3 hiérarques, c'étaient des temps terribles pour l'Église, assurément pas moins noirs et déprimants qu'actuellement, et peut-être même pires encore sous bien des aspects. Mais ces hommes, et les femmes qui étaient avec eux, furent capables de persévérer fidèlement jusqu'au bout. C'est grâce à ces gens du passé que nous avons une vie Chrétienne dans l'Église d'aujourd'hui.

Honorons dignement les prédicateurs de la Grâce,Les trompettes résonnant de l'Esprit de Dieu,Les puissants éclairs tonnant du redoutable Évangile,Proclamant la gloire de Dieu jusqu'aux confins de la terre:Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome,Ces trois radieuses étoiles de la Sainte Trinité.
Honorons les champions de la Trinité,Les enseignant du culte vrai,Les trois Apôtres qui marchèrent dans l'esprit des Douze,Les rivières de l'Eden débordant de l'eau vive,Renouvelant la face de la terre avec les flots de la théologie,Guidant le monde vers une nouvelle naissance de Foi.
Laissons joyeusement sonner les trompettes.Célébrons la fête de nos enseignants dans l'allégresse et les cantiques.Louons les trois rivières de doctrine qui ravivent nos coeurs lassés.Ils proclamèrent fidèlement les mystères de la Sainte Trinité.Bénissez les sages hiérarques, vous tous qui aimez la sagesse.Que les prêtres magnifient ces trois grands pasteurs.Ils apportent des richesses pour le pauvre en esprit,Ils intercèdent pour le pécheur,Ils réconfortent l'affligé et gardent le voyageur,Crions vers eux, car ils écoutent promptement nos suppliques désespérées :O saints Enseignants, sauvez-nous de cette génération mauvaise et de la mort éternelle. (2)

(1) Tropaire
de la fête des Trois saints Hiérarques.
(2) Vêpres de la fête des Trois saints Hiérarques.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

*-*-*-*-*
Une des paroisses Orthodoxes de Paris leur est dédiée :
http://e.korsoun.free.fr/fr/cath/intro.htm

Et vous trouverez ici une vidéo de la Vigile de la fête patronale:
http://www.dailymotion.com/video/51208

Pour cette fête, le patriarche Bartholomeos 1er de Constantinople sera à London (Londres, Angleterre), dans une église qui est elle aussi dédiée à ces 3 hiérarques :
http://www.info-grece.com/agora.php?read,32,29513
http://www.orthodoxie.com/2007/01/rencontre_entre.html

Explication (texte d'un patrologue catholique-romain) de cette question d'apparition pour calmer des afficionados byzantins du 12ème siècle se disputant pour savoir lequel des 3 hiérarques était le plus grand.
http://orthodoxie.centerblog.net/851374-Les-Trois-Hierarques-fetes-le-30-janvier

Ménologue et Synaxaire pour la fête du 30 janvier, avec tropaires & kondakion :
http://www.pagesorthodoxes.net/fetes/menologe/01menologe-janvier.htm

Même après le Schisme, en Occident, jusqu'à une certaine période au moins, on n'oubliera pas les saints d'Orient. Certes leur enseignement sera oublié – le laminage anti-apostolique passant par là, bibliothèques incendiées, etc – mais ils seront encore présents au moins dans les invocations liturgiques et la vénération populaire. Voici des enluminures des 3 saints docteurs. Le moins bien loti est saint Jean Chrysostome, mais c'est aussi la plus tardive des enluminures. Les 2 autres, bien que provenant des Pays-Bas, sont comme "jumelles" en style avec le Psautier de Saint-Bertin.


Saint Jean Chrysostome prêchant aux hérétiques
Den Haag KB museum, ms 133A6 folio 108v
Il méritait tout de même mieux que cette piètre représentation... Pensez donc que Saint Adelphe, évêque d'Aravitsk, en larmes, priait Dieu de lui montrer dans quelle assemblée des saints se trouvait au Ciel saint Jean Chrysostome. Miraculeusement transporté en esprit dans le Ciel, il vit de nombreux Saints Pères de l'Église, mais ne trouva pas saint Jean Chrysostome parmi eux et il fut très chagriné. Il le dit à l'Ange qui l'accompagnait. Et l'Ange lui répondit: "Ne t'afflige pas, ce Jean-là ne peut pas être vu par un homme qui a encore son enveloppe corporelle, car il se trouve devant le Trône de Dieu et les chérubins et les séraphins l'entourent."


Saint Basile le Grand donnant 3 pains à l'empereur Julien l'apostat
Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, détail


Saint Grégoire de Nazianze inspiré par la "colombe"
Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, détail


Den Haag KB museum, ms 76F5 folio 25v, page complète
(on y voit aussi saint Mercurius tuant Julien l'Apostat)

Aucun commentaire: