Et alors, ils jeûneront... (Matthieu 9,14-16)
http://www.goarch.org/en/ourfaith/articles/article7057.asp

Mgr Isaiah (Kapsimalis) de Proikonisos, métropolite de Denver

Quarante jours après Sa glorieuse Résurrection, le Seigneur Jésus monta aux Cieux. Avant Son Ascension, Il avait promis à Ses disciples qu'Il reviendrait après Son départ initial. En fait, Jésus avait mentionné Son départ et Son glorieux retour à plusieurs reprises durant les 3 années de Son ministère public.
Comme le rapporte le Livre des Actes d'Apôtres, le jour de Son Ascension, 2 hommes vêtus de blanc se tinrent près des Apôtres et autres témoins oculaires qui regardaient l'événement. Ils leur dirent : "Galiléens, que restez-vous là, à regarder au ciel? Ce Jésus qui vient de vous être enlevé vers le ciel, en reviendra de la même manière que vous L'y avez vu monter." [1]
Les premières communautés Chrétiennes aux jours des Apôtres et immédiatement après l'ère apostolique vivaient dans la fervente anticipation du retour de Jésus durant leur vie terrestre. Les Apôtres eux-mêmes attendaient Son rapide retour. Cette croyance était dans une large mesure due aux paroles du Seigneur à l'Apôtre Pierre, lorsque les 2 avaient parlé ensemble après Sa Résurrection. C'était au moment où Jean l'Évangéliste marchait légèrement en retrait d'eux. Après que le Seigneur avait informé Pierre de sa future mort en tant que martyr, Pierre s'était retourné brièvement vers Jean et avait demandé à Jésus : "Seigneur, et lui?" Jésus lui dit: "Si Je voulais qu'il reste jusqu'à Mon retour, que t'importe? Toi, suis-Moi." [2]
Cependant, Jean clarifia les faits lorsqu'il rédigea ce passage dans son Évangile. C'était nécessaire pour lui de rapporter précisément les faits; car les fidèles répétaient l'affirmation que Jean resterait en vie jusqu'au retour du Seigneur. Jean écrivit : "Ainsi courut parmi les frères le bruit que ce disciple ne devait pas mourir. Cependant Jésus n'avait pas dit: "Il ne mourra pas", mais : "Si Je voulais qu'il reste jusqu'à Mon retour, que t'importe?" [3] Jean était si soucieux de l'exactitude de cette déclaration du Seigneur qu'il la répéta à la fin de son Évangile.
Malgré cela, la croyance que Jean serait encore en vie lors du retour du Christ persista dans les communautés Chrétiennes. Même l'Apôtre Paul semble avoir donné crédit à cette parole au sujet de Jean. C'est probablement pour cela qu'il écrivit à son disciple Timothée en disant "de garder le commandement, sans tache, sans reproche, jusqu'à l'apparition de notre Seigneur Jésus Christ" [4]. Il écrivit virtuellement la même chose à son autre disciple, Tite, lui disant que que les disciples du Christ devaient vivre dans la justice, d'une vie pieuse, parce qu'ils étaient ".. dans l'attente de notre espérance bienheureuse et de la manifestation glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus" [5]. En dehors de Paul, Pierre et Jacques ont aussi écrit à propos de la Parousie ou Seconde Venue du Seigneur Jésus-Christ dans leurs épîtres, comme si cela devait avoir lieu bientôt.
Il n'y avait pas de changement perceptible dans le monde, même après les événements salvateurs, cosmiques, de la mort et de la Résurrection du Christ. L'empire Romain demeurait intact et contrôlait tout le monde connu. Cependant, avec la destruction de Jérusalem par l'empereur Tite en l'an 70, nombre de fidèles assimilèrent cette destruction et leurs souffrances avec les prophéties du Christ telles que rapportées par l'Évangile de saint Matthieu (24,1-22) au sujet de la fin des temps. Nombre d'entre eux ne se marièrent pas. D'autres donnèrent tous leurs biens à l'Église et vécurent comme frères et soeurs dans les diverses communautés Chrétiennes, s'identifiant comme les membres de la famille de Dieu et le Corps du Christ. Pendant ce temps d'autres, dont la plupart sont inconnus dans l'Église de nos jours mais assurément connus de Dieu, partirent au désert dans tout le Moyen-Orient, l'Asie Mineur et l'Afrique du Nord, où ils vécurent en ermites, priant sans cesse, et attendant dans des cavernes et crevasses de la terre pour la fin du monde à venir. Ce n'était pas le désir des Chrétiens que d'avoir à continuer à vivre dans le monde en face de la tyrannie de Rome et la soumission de milliers de gens par le biais de la force militaire de l'empire païen. Ils préféraient être avec le Christ et leurs attentes se centraient sur le Christ.
Après la destruction de Jérusalem, la communauté Juive se trouva en pagaille. Les pratiques religieuses et la stricte adhésion à la foi juive s'étaient brutalement retrouvées arrêtées par la destruction du Temple et la dispersion du peuple à travers les différentes parties du monde connu. Les Chrétiens se retrouvèrent eux aussi dans des circonstances tragiques. La poigne de fer de Rome sur le monde continuait de se faire sentir de manière aussi violente.
Néanmoins, face à tout cela, les Apôtres, ayant grandement reçu du pouvoir par le Saint Esprit, continuèrent à prêcher et à enseigner le Christ et Son Royaume qui vient. Ils fondèrent de nouvelles communautés à chaque fois qu'ils se déplacèrent et continuèrent à convertir beaucoup de gens à la Foi.Quand les conditions se sont améliorées après la destruction de Jérusalem, les Chrétiens de là-bas ont commencé à recevoir l'aide qui était si désespérément attendue, reçue auparavant de l'Apôtre Paul et de nombre d'autres. L'amour de l'Apôtre Paul pour son peuple était si grand que partout où il allait, il recevait des présents et dons pour "les saints à Jérusalem."[6]
Dans toute cette adversité et destruction, qu'est ce qui a fait que les membres de l'Église s'en sont tenus avec ferveur au Christ et à Ses promesses? Nombre de signes merveilleux et de miracles ont eu lieu. Des gens étaient guéris de graves maladies; certains étaient ressuscités. Le Saint Esprit manifestait Sa présence et puissance parmi le peuple, les renforçant dans leur Foi. Les puissantes oeuvres accomplies par les Apôtres au Nom de Jésus-Christ donnaient courage et détermination au peuple, afin de persister dans la Foi. Les témoins oculaires du Seigneur Ressuscité et du grand jour de la Pentecôte qui étaient encore en vie confirmaient la réalité et la vérité de la Foi Chrétienne. En face de ces glorieux événements, la force unifiante du Christ était expérimentée à travers toutes les communautés Chrétiennes en croissance.
En ce temps-là, l'espoir du proche retour de Jésus-Christ continuait à dominer les coeurs du peuple, ils attendaient cet événement dans une joyeuse anticipation. Ils se rappelaient mutuellement d'être vigilant et de veiller comme les 5 vierges de la parabole. Le Seigneur Jésus allait paraître. "Maranatha" [7] était le maître-mot. Ils se le répétaient souvent : "O viens, Seigneur!"
Le temps passant, on commença à réaliser que ce n'était pas encore le moment du retour du Christ. Ses prophéties dans les saints Évangiles n'étaient pas encore réalisées. Ils se rappelèrent que lorsque les disciples avaient demandé au Seigneur les signes annonçant la fin, Sa réponse comportait nombre d'événements, qui n'avaient pas encore été accomplis. La destruction de Jérusalem les avaient induits en erreur. Il devait y avoir encore tant d'événements à se produire dans les cieux, de même que sur terre. Ils se rappelèrent aussi que Jésus avait dit : "Pour ce qui est du jour et de l'heure, nul n'en sait rien, pas même les Anges du Ciel, mais le Père seul. (..) Vous aussi, tenez-vous prêts, parce que le Fils de l'Homme doit venir à l'heure que vous ne pensez pas."[8]
Les fidèles Chrétiens ont bientôt commencé à accepter qu'ils auraient à continuer à vivre dans le monde. Le Seigneur n'allait pas revenir si tôt et les emporter. Malgré ça, ils savaient aussi qu'ils ne pourraient jamais être identifiés avec le monde; car un jour, le monde entier serait consumé par le feu [9]. Soudain, ils commencèrent à réaliser que quelque chose d'inattendu se passait dans le monde autour d'eux. Des jours meilleurs arrivaient. L'Église grandissait en taille, de manière importante. Leurs croyances et l'Église étaient à présent tolérées par l'empire. Avec le temps – moins de 350 ans après la Pentecôte – l'Église Chrétienne allait devenir la religion officielle de l'empire converti et Christianisé. L'Église trouva une nouvelle liberté pour se développer dans toutes ses expressions pour le salut de son peuple. Cependant, l'Église n'oublia jamais qu'il y aurait une fin au temps, et que son Seigneur reviendrait un jour pour l'emmener avec Lui.Alors, la croyance en la Seconde Venue du Seigneur Jésus, Sa Parousie, restera constante, et le principe eschatologique primordial dans la vie de l'Église. Dans la récitation de la Prière du Seigneur dans presque chaque office liturgique, les paroles du Seigneur à propos de Son Royaume qui venait allaient rester une base. Dès l'année 381 et le Second Concile Oecuménique, la confession de Foi à présent appelée "Credo de Nicée-Constantinople" allait permettre aux fidèles de proclamer comme aux temps des Apôtres la Venue du Seigneur Jésus Christ en gloire, un événement advenant avant la consommation du temps présent.
L'Église grandit et se développa dans ses premières années, cet organisme vivant divinement établit, qui ne pourra jamais être détruit par quelque puissance adverse que ce soit. C'est ce que le Seigneur avait promis lorsqu'Il avait dit à Ses disciples qu'Il enverrait sur eux l'Esprit Saint, Qui demeurerait à jamais dans l'Église [10]. Il avait aussi dit que pas même les puissances de l'Hadès ne sauraient prévaloir contre Son Église [11].
Dès lors, le Saint Esprit Qui préside à l'Église donna instruction aux Pères divinement inspirés, durant les années où elle se formait, afin qu'ils placent l'enseignement à propos de la Parousie au coeur de la Foi. Ce faisant, l'Église préserve jusqu'à nos jours la croyance en la Seconde Venue du Seigneur Jésus Christ dans les offices de l'Église qui ont lieu pendant la période la plus sainte du cycle ecclésiastique annuel, la période du Triode (Triodon), du Grand Carême et de la Semaine Sainte, une durée de 70 jours.
Depuis les tous débuts, et comme nous le verrons plus loin, l'Église a tenu fermement à cette croyance de base dans la Parousie, de manière ininterrompue tout au long des siècles et jusqu'à aujourd'hui. Bien que le peuple de l'Église se voit annuellement rappeler les redoutables et terrifiants événements des derniers jours à venir avant le Retour du Christ, il se voit aussi rappeler les si merveilleux et joyeux événements qui auront lieu juste après, avec le commencement du Huitième Jour, le jour de la perfection. Ce jour merveilleux commence avec la glorieuse Résurrection de Jésus-Christ, le Jour de la Sainte Pâque. Pour parvenir à faire l'expérience de ce jour, il est impératif de s'y préparer convenablement.
Dans sa préservation de l'enseignement au sujet de la Seconde Venue du Christ, l'Église utilise l'image, que le Christ Lui-même avait utilisée dans Sa parabole des 10 Vierges et de l'Époux. C'est cette parabole si dramatique, qui décrit si simplement, avec tant d'éloquence, les événements des jours derniers, le Retour de Jésus-Christ, et l'établissement de Son Royaume éternel. Nombre d'offices de l'Église durant cette période de 70 jours font allusion au Christ en tant que l'Époux. Les prières et hymnes significatives du Triode et du Grand Carême sont remplies de ce message de l'Époux Qui vient pour revendiquer Son épouse, l'Église.
Les jours de préparation comportent les 3 semaines du Triode et le Grand Carême, ils guident le fidèle pratiquant à travers un désert spirituel symbolique pendant 63 jours, jusqu'au premier Office de la Semaine Sainte, qui est appelé l'Office de l'Époux et qui a lieu chaque Dimanche des Rameaux, au soir, dans toutes les églises.
Tout au long de la période pénitentielle du jeûne ou Grand Carême, l'Église encourage son peuple à accroître son temps de prière, tant privée que commune, tout en les invitant en même temps à s'abstenir et à jeûner des choses de la vie qui identifient quelqu'un comme appartenant au monde. Le but de cette discipline est de renforcer l'esprit du fidèle, de sorte que l'esprit et le coeur commencent à vivre parmi les choses qui ne sont pas de ce monde. De cette manière, le fidèle suit un cheminement parallèle à celui que le Christ a parcourut dans le désert, 40 jours et 40 nuits durant, pendant lesquels Il y alla pour être tenté par satan.
A propos des tentations que le Christ a dû affronter, le Chrétien pratiquant est aussi supposé vaincre ces 3 tentations que le Christ a expérimentées et qui nous identifient au monde : les tentations d'orgueil, de puissance et de possession de biens terrestres. Dans le monde actuel, nous utiliserions les mots d'égoïsme ou amour-propre, maîtrise d'autrui et consumérisme débridé. Dans les tentations affrontées par Jésus, satan lui demandait de faire démonstration de Sa puissance en changeant les pierres en pain afin de satisfaire Sa faim [12]. Le Seigneur fut tenté par l'orgueil lorsque satan Lui dit que s'Il était le Fils de Dieu, Il n'avait qu'à Se jeter du sommet du toit du Temple, Il ne Lui arriverait aucun mal. Car il est écrit que Dieu enverrait Ses Anges pour porter le Christ, afin que Son pied ne heurte pas sur une pierre [13]. Pour finir, satan avait emporté Jésus au sommet d'une haute montagne d'où il Lui avait montré tous les royaumes du monde et leur gloire. Il avait dit à Jésus : "Tout ceci, je Te le donne si seulement Tu Te prosterne et m'adore" [14].
Cette tentation n'avait probablement pas vraiment d'attrait pour Jésus, puisqu'Il savait que toutes choses venaient de Lui et que toutes choses étaient en Ses mains, sauf la corruption que Ses yeux avaient vue du fait de l'homme déchu qui avait d'abord été victime de satan au Jardin d'Eden. Cette dernière tentation révélait le fait que satan n'avait jamais vraiment réalisé Qui était vraiment Jésus. Car satan n'avait jamais compris dans sa vaine gloire que le Dieu Tout-Puissant S'humilierait si fort Lui-même au point de devenir homme : Jésus, dès lors, en tant que nouvel Adam, vainquit les 3 grandes tentations et satan fut repoussé.Durant cette période pénitentielle et cependant spectaculaire et passionnante qu'est le Grand Carême, que les fidèles devraient ardemment désirer expérimenter, il y a un message de base, et pour le peuple de l'Église, c'est de prendre le contrôle de leurs vies. Une fois qu'ils l'ont fait, alors l'attente anticipative du Christ d'une manière personnelle et faire l'expérience de l'avant-goût du Royaume qui arrive devient quelque chose de basique et naturel dans leurs vies quotidiennes.
Comment a commencé tout ce processus concernant le Grand Carême et ses attentes? Ce fut Christ Lui-même Qui établit le processus. Il donna la formule pour cette période de carême, période en laquelle nous expérimentons la joyeuse tristesse, une tristesse parce qu'Il est partit et une joie anticipée parce que nous allons Le revoir. Pour comprendre bibliquement ce processus, nous devons lire les paroles de saint Matthieu dans son Évangile. Il écrit ceci :
"Alors les disciples de Jean s'adressent à Lui: "D'où vient, disent-ils, que nous et les pharisiens pratiquons le jeûne, et pas vos disciples?" Jésus leur dit: "Les invités de la noce peuvent-ils être en deuil tant que l'Époux est avec eux? Mais viendront des jours où l'Époux leur sera enlevé; alors ils jeûneront" [15]C'est dans cette citation de l'Évangile que nous voyons et comprenons que le Christ Lui-même établit la relation entre Son départ imminent du monde et la discipline de jeûne avec une nouvelle signification. A cet égard, jeûner est une pratique de base pour le Chrétien pratiquant, pour lui rappeler que Jésus-Christ reviendra un jour dans la gloire.
Les bénéfices du jeûne ou de l'abstinence sont énormes. Cela n'a rien du tout à voir avec les raisons pour lesquelles de nos jours nombreux utilisent la discipline du jeûne. Car de nos jours, nous voyons des gens qui jeûne pour des buts politiques ou pour protester, ou pour perdre du poids, ou même par désir de mourir. Le jeûne Chrétien est bénit par Dieu Lui-même car c'est le message adressé par le fidèle à Dieu, dans lequel il exprime son désir des bénédictions éternelles à venir, plutôt que des bénédictions temporaires de cette vie-ci. Son bénéfice inclut une puissance spirituelle accrue, la véritable obéissance à Dieu et la patience absolue envers son prochain. Il aide le fidèle à prendre contrôle de ses bas instincts qui impliquent les sens physiques. Le fidèle devient alerte et sensible mentalement envers tout ce qui se produit autour de lui. De plus, sa compréhension de la vie s'accroît aussi.
C'est pourquoi le jeûne spirituel rend le croyant Chrétien plus vigilant face aux attentes que Dieu a fondées pour Son peuple. Jeûner est au Chrétien Orthodoxe ce que l'exercice physique et mental est à l'athlète professionnel qui aspire à devenir le champion et remporter le trophée. Pour le Chrétien, jeûner de corps et d'esprit, se basant sur l'obéissance de la prière, renouvelle la santé de l'âme, qui est desséchée chez la plupart des gens, et probablement mourante. Les résultats expérimentés par le fidèle incluent la grâce spirituelle et une paix et une joie intérieure que nul ne saurait leur enlever. C'est cet état bienheureux qui permet non seulement de prêter attention, mais de continuellement se concentrer sur les bénédictions célestes que le Christ promet à Son peuple.
Le jeûne Chrétien est l'arme la plus efficace que l'on sait avoir, juste après la prière. Les 2 ensembles, accomplis au Nom de Jésus, peuvent faire des miracles. Un jour Ses disciples avaient demandé à Jésus pourquoi ils ne parvenaient pas à guérir un enfant en chassant le démon qui l'habitait. Lui ayant demandé "Pourquoi ne parvenons-nous pas à l'en chasser?", la réponse du Seigneur avait été, "Cette sorte-là ne se chasse pas, sinon par la prière et le jeûne" [16]
Dans les Évangiles, Jésus nous donne instruction de jeûner dans le secret. Pourquoi? De toute évidence, la foi est une puissance intérieure; la véritable puissance d'une personne est en son esprit. La puissance spirituelle est développée dans le coeur et l'esprit, qui oeuvrent de concert pour renforcer l'homme intérieur. L'homme est stimulé et renouvelé intérieurement par Dieu, à travers son être interne et son coeur interne. N'importe qui peut avoir cette sorte de force et puissance spirituelle s'il pratique la discipline Chrétienne de la prière et du jeûne. Il est important de se souvenir de nombre parmi les plus pieux serviteurs de Dieu, qui avaient le pouvoir de guérir autrui du fait de leur force intérieure, étaient eux-même physiquement infirmes, comme saint Paul l'Apôtre. De plus, en jeûnant, on réalise que l'on est dépendant de Dieu, même si nous n'avons pas d'infirmité. Celui qui pratique le jeûne sait que sans Dieu, il ne peut rien.
Prière accrue et jeûne sont encouragés par l'Église durant le Grand Carême comme moyens de purification et préparation. On y insiste autant sur la purification physique que spirituelle, de sorte que le fidèle puisse se sentir prêt pour expérimenter un événement spectaculaire, l'événement du Retour du Seigneur. Son Épouse, l'Église, est toujours dans l'anticipation du glorieux retour de son Époux. L'accent sur cette anticipation est apporté par la première Divine Liturgie de la Semaine Sainte, la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, qui est célébrée au matin du Lundi Saint. La lecture de l'Évangile à la Liturgie, dans l'Évangile de saint Matthieu (24,3-35), nous parle des disciples du Seigneur Lui demandant quand est-ce que Son Retour aura lieu, de même que la fin du monde. Dès lors, jeûner et prière durant cette époque de l'année, ce n'est pas simplement parce que c'est le Grand Carême, mais parce que l'Église est dans l'attente du Retour de Son Époux.
Au coeur de ce thème eschatologique du Grand Carême se trouve une autre vérité de base, à savoir que le Christ revient en tant que Juge Éternel, Qui vient avec grande puissance pour juger le monde entier. C'est pourquoi il est impératif que le fidèle Chrétien soit préparé autant que possible, par l'humilité et la repentance, pour venir se présenter devant Dieu. En même temps, son désir de célébrer la Résurrection de Jésus Qui est mort pour les péchés du monde ne diminue jamais.
Le Sacrifice Suprême sur la Croix, établit pour l'Église le mystère de la sainte Eucharistie. C'est lors de chaque Divine Liturgie que le Chrétien humble, pénitent et obéissant, est invité à recevoir vraiment le Corps et le Sang du Christ pour la rémission de ses péchés et pour la promesse de la vie éternelle. Il fait cela en accomplissement des propres paroles du Christ lors de la Dernière Cène, que l'Apôtre Paul rapporte avec la plus grande précision en disant : "Ainsi donc, toutes les fois que vous mangez ce Pain et que vous buvez cette Coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'Il vienne" [17].Progressant dans son pèlerinage annuel vers la Jérusalem symbolique pour rencontrer le Seigneur à Son Tombeau à travers des Offices spécifiques, le fidèle pratiquant rencontrera sûrement les moqueurs de ces derniers temps. Ils sont plus nombreux que jamais. Mais ne parviendront pas à nuire au Chrétien pieux et obéissant. L'Apôtre Pierre parle d'eux lorsqu'il dit que dans les derniers temps, des gens demanderont avec cynisme : "Où en est la promesse de Son avènement? Depuis que nos pères sont morts, tout demeure comme depuis le commencement du monde" [18]. Ils pourront ne pas utiliser précisément ces mots-là, mais leur style de vie, leur comportement, leur discours, leurs obsessions face aux choses de ce monde, tout cela rendra témoignage de leur incroyance, de leur cynisme, et de leur mépris.
Malgré cela, le fidèle croyant persévérera. Il continuera son jeûne, ses bonnes actions, son temps accru de prière. D'une manière symbolique, et cependant très réelle, la période de 3 semaines du Triode, c'est la traversée de la Mer Rouge par le peuple de Dieu, s'éloignant de l'Égypte païenne pour entrer dans le désert du Sinaï. Les 40 jours d'effort spirituel et le parcours de son voyage pénitentiel sont symboliques, dans un sens très réel, des 40 années de séjour des anciens Israélites dans le désert de la péninsule du Sinaï. Pour le Chrétien, ce voyage spirituel est le temps pour laisser derrière lui tous les bagages excessifs qu'il pourrait avoir emportés du monde séculier, de même que de se débarrasser de tous les vestiges de rébellion et d'idolâtrie.
De même que les anciens Israélites s'égaraient en cheminant à travers le Sinaï, parfois obéissants à Dieu, mais d'autres fois retournant à leur ancien passé païen et se rebellant contre Dieu, le Chrétien pénitent voyage à travers le difficile désert des influences du monde séculier, tenant parfois bon dans sa foi et tombant d'autres fois. Les Israélites auraient bien pu atteindre la Terre Promise plus tôt qu'ils n'y sont parvenus, s'ils avaient pris une route plus directe. Mais Dieu les maintînt dans le Sinaï 40 ans durant, afin que la génération qui était sortie d'Égypte et qui était fortement empreinte d'idolâtrie et de rébellion ne puisse pas entrer en Terre Promise. Ce fut la seconde génération, ceux nés dans le désert du Sinaï, qui purent y entrer.
Exactement de la même manière que Moïse guida son peuple, l'Église guide ses enfants à travers les 40 jours du voyage du Grand Carême. Car il faut au moins cela pour nombre de fidèles pour se débarrasser de la vanité et des soucis de ce monde et pour être transformés. Dans cette transformation, les fidèles de Dieu deviennent les enfants nouveau-nés du désert séculier, qui seront à même de faire l'expérience de la joie de la Terre Promise.
Les Offices supplémentaires et plus longs, les périodes de silence et d'introspection, la discipline des prosternations tant dans les Offices et dans la prière privée, tout cela aidera le Chrétien repentant à se débarrasser de l'impatience, de la colère, des vains bavardages, et de toutes les diverses expressions de rébellion contre Dieu, contre autrui, et même contre soi-même. Après cette intense discipline, le Chrétien en lutte doit être en paix avec lui-même, avec autrui, et particulièrement avec Dieu.
Une fois que le fidèle accomplit tout cela, jamais de lui-même mais avec l'aide de Dieu, il sera capable d'escalader la montagne spirituelle, et pas seulement de contempler de loin la Terre Promise comme eut à le faire Moïse, mais d'y entrer. Cette entrée dans la Terre de la Promesse est pour le Chrétien le début de la Semaine Sainte et de Pâques. Au premier Office de la Semaine Sainte, qui a lieu le soir du Dimanche des Rameaux, le fidèle pèlerin qui vient de lutter 40 jours entendra les paroles de la parabole pendant que l'Icône du Christ sera amenée depuis le sanctuaire : "Voici que viens l'Époux!" Le fidèle Chrétien mettra ses pas dans ceux de l'Époux tout au long des saints Offices de cette semaine si émouvante spirituellement. Ce faisant, il expérimentera - d'une manière réelle, car les événements originels se reflètent continuellement eux-mêmes à travers les siècles – le ministère public du Seigneur et les paroles concernant Son Retour. Il revivra de manière dramatique la trahison dont sera victime le Seigneur, l'arrestation, l'extrême souffrance, la mort douloureuse et tourmentée, et Sa mise au tombeau, en particulier à travers les Offices du Jeudi Saint et du Vendredi Saint.
Le lendemain, le Saint et Grand Samedi, toute la nature fera silence pendant que le corps de Jésus repose dans le tombeau. Ce silence sera principalement expérimenté par ceux qui auront suivit Jésus à travers les saints Offices dans les dramatiques événements de Sa Passion. Ils seront à méditer les événements finaux de Sa vie terrestre. Ensuite, le premier jour de la semaine, que nous appelons de nos jours le dimanche, mais qui est l'aube du Huitième Jour, le jour qui ne connaît pas de coucher, les paroles du Seigneur vont jaillir comme une fontaine en leurs coeurs : "Les invités de la noce jeûneraient-ils donc pendant que l'Époux est avec eux?" [19]
Aux Offices de minuit du Samedi Saint, dans la nuit, dans les églises aux lumières éteintes, partout dans le monde Orthodoxe, le célébrant émergera du sanctuaire avec les cierges allumés, chantant : "Venez et recevez la lumière de la Lumière qui ne s'éteint pas et glorifiez le Christ Qui est ressuscité d'entre les morts!" Le jour nouveau et glorieux de la Résurrection du Christ Seigneur brillera dans une abondance de joie et d'allégresse. Bien que cette année-ci n'aura peut-être pas été celle de la Parousie, elle aura sans aucun doute ce même éclat spirituel qui brillait sur les visages des premiers Chrétiens.
Lors de l'Office final de cette période de 70 jours, appelé Agape, une des hymnes qui résonnera dans les églises annoncera :
"Revenez de ce lieu, O femmes porteuses de bonnes nouvelles, et dites à Sion : 'Reçois de nous l'annonce de la joie de la Résurrection du Christ; exulte de joie et sois dans l'allégresse, O Jérusalem, car tu vois le Christ Roi sortir du Tombeau en tant qu'Époux!"'
La longue préparation et la vigilance du fidèle durant ce très saint temps de l'année n'aura pas été vaine; car en son fors intérieur, il se souviendra de la parole, "Maranatha", que ses ancêtres Chrétiens avaient en leurs coeurs et sur leurs lèvres. Et en réponse à cette expression de joie qu'on ne saurait contenir, il entendra, en anticipation, les paroles enthousiasmantes adressées par l'Époux de l'Église, résonnant pour que le monde entier et les Cieux l'entendent :
"Oui, Je reviens en hâte", déclare Celui Qui atteste tout cela. "Amen. Viens, Seigneur Jésus!" [20]
[1] Actes 1,11
[2] Jean 21,21-22
[3] Jean 21,23
[4] 1 Timothée 6,14
[5] Tite 2,13
[6] Romains 15,25-32
[7] C'est très perturbant que les traducteurs modernes du Nouveau Testament aient choisit de traduire ce mot de leur propre "autorité" vers une langue moderne, le privant dès lors de son impact original, tel que trouvé en 1 Corinthiens 16,22.
[8] Matthieu 24,36-42
[9] 2 Pierre 3,10
[10] Jean 14,16
[11] Matthieu 16,18
[12] Matthieu 4,3
[13] Matthieu 4,6
[14] Matthieu 4,9
[15] Matthieu 9,14-15
[16] Matthieu 17,19-21
[17] 1 Corinthiens 11,26
[18] 2 Pierre 3,4
[19] Marc 2,19
[20] Apocalypse 22,20
© 2003 Greek Orthodox Archdiocese of America
L'Orthodoxie n'est pas une mode, mais ça marche























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