"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

19 février 2007

Garde-manger et recettes pour le Carême Orthodoxe byzantin

Date: Jeudi 23 Nov 2006 11:46:00 +0100
From: "R.V. Gronoff" [regis.gronoff@__]
http://groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/8721b95a2a521342
Sujet: Recette de Carême du jour
Riz au cocktail de fruits de mer en sauce tomate.

- ½ kg de fruits de mers divers (genre moules, coquillages, tranches de calamar)
- une petite boîte de concentré de tomates
- un oignon haché
- une ou 2 gousses d'ail écrasée(s)
- persil
- poivre
- riz
Faites revenir dans de la margarine les oignons, l'ail et les fruits de mer jusqu'à ce que le liquide soit presque complètement réduit. Ajoutez le concentré de tomates avec un peu d'eau, laissez cuire une minute, ajoutez le persil haché et laissez cuire à feu doux 2 ou 3 minutes. Servez avec le riz.

*-*-*-*-*-*

CARÊME : Garde-manger, étiquettes et petit-déjeuner
http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2007/02/lenten-pantry-labels-breakfast.html



Voici quelques idées qui peuvent aider à constituer un garde-manger de Carême:



+ fruits secs (raisins, raisins de Corinthe, pommes, canneberge, abricots, pruneau, noix de coco rapée)
+ fruits & légumes frais
+ écorces d'orange et de citron confites
+ pois/fèves secs (haricots noirs, soja, haricots blancs, haricots rouges,..)
+ légumes secs (lentilles rouges, vertes, brunes; pois chiches, pois cassés, etc)
+ graines (potiron, sésame, tournesol, pavot de cuisine)
+ noix (amandes, cajou, cacahouètes, pécan, pignons de pin, pistaches, noix)
+ herbes et épices (poivre, menthe, etc)
+ tisanes
+ cafés de divers goûts
+ jus concentrés congelés
+ caroube (copeaux, morceaux et poudre)
+ succédanés non-laitiers de crème (liquides et séchés)
+ succédanés non-laitiers de sauces fouettées
+ eau de rose
+ cacao de cuisine
+ vins non-alcoolisés & eau pétillante
+ fruits et légumes en boîte
+ jus, sauce et concentré de tomate
+ haricots et légumes en bocaux
+ diverses sortes de pâtes (vérifiez les étiquettes pour les ingrédients)
+ pains de carême (achetés ou faits-maison)
+ produits à base de soja (lait de soja, tofu, tempeh, sauce soja / tamari, etc)
+ cubes de bouillon de carême (légumes, champignons, oignons, etc)
+ sauces végétariennes
+ curry en poudre
+ sauce tomate sucrée, moutarde, pickles, condiments, chutneys
+ mayonnaise de carême (pas d'oeufs, pas de résidu laitier)
+ sauces asiatiques (fèves noires, ail, cacahouètes, etc)
+ sauces et condiments mexicains
+ margarine de carême (ni lait ni résidu laitier)
+ substitut d'oeufs (pas de blancs!)
+ tahin (pâte de graines de sésame), beurre de cacahouètes
+ vinaigres (au cidre de pomme plutôt qu'alcool)
+ huiles végétales (tournesol, soja, cacahouètes, sésame, noix, etc)
+ miels, confitures, sirop d'érable, sirop de maïs
+ orge, farine de maïs, germe de blé, blé
+ divers riz (brun, concassé, entier, sauvage, etc)
+ farines (riz, blanche, froment, etc)
+ chili végétarien (en boîte)

Quelques détails à vérifier pour le choix d'ingrédients carémiques

Nouilles : vérifiez les nouilles en boîtes, la plupart contiennent de l'oeuf ou du lait. Replacez les nouilles avec des spaghettis ou des nouilles végétariennes.

Mayonnaise : la plupart des marques contiennent du lait, des oeufs, ou les 2.

Margarines : si vous voulez réellement jeûner, vérifiez les margarines pour les résidus lactés (lactosérum). Une margarine de soja en est toujours exempte. Certaines margarines à base d'huile végétale le sont aussi.

Oeufs : si c'est absolument nécessaire, utilisez un produit de substitution. Cela rend les recettes plus difficiles; vous pouvez être amené à préférer prendre une meilleure recette plutôt que de devoir évaluer combien de substitut d'oeuf nécessiterait votre première recette.

Fromages : placer un petit bol de fromage râpé sur la table de l'enfant pas encore en âge de devoir jeûner est une manière acceptable pour lui rendre le repas plus attractif; de même que pour pallier au manque de calcium inhérent au régime végétarien [1].

Bouillons: les bouillons de viande peuvent être remplacés par des bouillons de légumes. Si vous utilisez des cubes de bouillon, ne rajoutez pas de sel à votre recette, car les cubes en regorgent.

Gélatine, gelées et guimauves: autrefois, ces produits étaient considérés comme d'origine animale; cependant le processus pour les produire est si poussé que les rabbins Juifs-orthodoxes les considèrent comme Casher pour les repas sans viande. Cela semble en tout cas suffisant pour être acceptable pour la plupart des Chrétiens Orthodoxes (on trouve aussi des gélatines d'origine végétale).

Beurre de cacahouètes & tahin: rien à redire [2].

Chocolat: peut être remplacé par du cacao ou de la caroube (les copeaux de chocolat peuvent être remplacés avec des copeaux de caroube).

Alcool: le cidre de pomme léger est un bon substitut pour le vin blanc, et parfois le sherry ou le vin rouge.

Desserts: quand vous recevez des invités durant le Carême, souvenez-vous que nombre de gens se privent de desserts et de sucreries. Ayez plutôt un panier de fruits frais décorant votre table. Les invités souffrant de diabète apprécierons aussi.


Ingrédients de petit-déjeuner carémique
+ biscuits aux fruits
+ gaufres carémiques avec confiture ou sirop
+ petits pains avec beurre de cacahouètes et miel
+ salade de fruits
+ quatre-quart aux pommes
+ tahin & miel sur biscotte
+ crêpes de carême
+ petites génoises carémiques
+ fruits frais
+ compote de pomme ou pommes au four
+ pamplemousse cuit
+ céréales en flocons & lait de soja goût vanille
+ couke à la cannelle
+ croissant non-lacté
+ sablés (ou kasha)
+ müesli avec compote de pommes
+ müesli avec compote d'autres fruits
+ porridge aux raisins et sirop ou confiture

Croyez-le ou non, mais la compote de pomme marche à merveille comme substitut au lait sur les céréales, et aussi dur à croire et pourtant vrai, le jus d'orange va aussi bien en la matière (vraiment!)

La plupart des suggestions ci-dessus proviennent de la paroisse Saint Mary Antiochian Orthodox Church, Wichita, Kansas

notes du traducteur
[1] c'est le baratin qu'on a réussi à faire croire à la population pour pousser à la consommation, et donc à la vente et à la surproduction bovine et laitière, mais c'est archi-faux. Les haricots, algues, etc, contiennent infiniment plus de calcium que les produits laitiers; et étant d'origine végétale, c'est un calcium intégralement assimilable par l'organisme, au contraire de celui d'origine animale. Sinon comment, depuis des millénaires, certaines populations ont-elles fait pour subsister, sans produits laitiers??
[2] et les OGM??? La plupart des cacahouètes d'origine américaine sont impropres à la consommation, n'étant plus produites naturellement depuis des lustres. Il est difficile de trouver du beurre de cacahouètes qui ne soit pas infecté par les OGM. C'est d'ailleurs valable pour d'autres produits de la liste, le soja étant le plus célèbre problème, 80% de la production mondiale (minimum!) étant d'ores et déjà contaminée par cette folie prométhéenne que sont ces OGM.
[3] Une telle liste pouvant être utile à ceux dont l'alimentation habituelle, etc (voir ci-après) correspond, je la publie en traduction. De toute manière, ça n'enlève en rien au besoin de consulter son père confesseur.
JM

macaronis de Careme************************

Discussion et objections sur les "nourritures carémiques" (page en anglais, modérée par le p. Joseph, Antiochien):
http://www.haloscan.com/comments/huneycutt/114190622683497269/

extrait traduit :
Andrew, intervenant Orthodoxe:
"Les règles Orthodoxes du jeûne semblent être un retour en arrière vers le Pharisaïsme. Les questions posées reflètent un souci presqu'obsessionnel au sujet des sortes d'aliments, plutôt que du véritable esprit du Carême.
Cela transforme le Carême en une sorte de stupide jeu alimentaire qui obscurcit réellement les si profondes réalités de ce temps de prière et de pénitence. Ces règles, qui ont été faites par et pour des moines, ont peu à faire avec le Carême, en particulier quand on en vient à les contourner en utilisant des astuces genre crème pour café non-lactée et tous ces autres produits qui ressemblent et goûtent comme les aliments interdits mais ne sont pas interdits par les règles du fait de lacunes. Quelle bêtise! Pourquoi ne pas être des Chrétiens adultes, décider pour vous-mêmes les domaines de votre vie où vous voulez faire repentance, et y travailler ces 40 jours durant? Avec des millions d'enfants mourant chaque jour de faim, pensons-nous vraiment que Dieu va être soucieux si quelqu'Américain obèse mange un peu de fromage durant le Carême? Honnêtement. Dieu ne se souciera pas moins si vous prenez un peu d'huile d'olive ou un bout de fromage durant le Carême. Ce qui L'intéresse, c'est comment vous agissez dans vos devoirs quotidiens et comment vous vous souciez d'autrui – en particulier des pauvres. Saint Paul est très explicite quand il dit : "Car le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger ni le boire, mais c'est la justice, la paix et la joie dans l'Esprit-Saint" (Romains 14,17).
Andrew - 10.02.07 - 16h24

Suite : voir en ligne!

Quelques réflexions personnelles sur le sujet et elles n'engagent que moi.

1. C'est l'absence généralisée d'authentique vie spirituelle qui fait que ces règles monastiques ont été introduites dans notre partie de l'Église, celle qui vit au milieu du monde et y mène le rude combat d'y être sans en être. Si chacun priait suffisamment (moi en premier), nos évêques et nos prêtres seraient saints, il y aurait des saintes moniales et des saints moines à profusion, et on verrait refleurir partout "l'ami de l'âme" (staretz, pnevmatikon) dont nous avons besoin pour nous accompagner sur le chemin de la vie en Christ, et en particulier dans les moments de lutte, comme le Grand Carême (et tous les Carêmes de l'année, mercredis et vendredis compris). Et on n'aurait pas besoin de "normes écrites" rigides et inadaptées pour aider à suivre le Christ de manière assurée.

2. Ces règles byzantines ont été importées d'un milieu monastique bien précis, qui se trouve en un lieu bien précis, et ont été composées pour des gens menant un genre de vie bien précis. Aucune des conditions entourant la composition ne se retrouve dans la vie actuelle ailleurs que sur le Mont Athos. Strictement nulle part ailleurs au monde les conditions ne sont réunies. Pas même dans les monastères en Roumanie! Et pourtant, quelle riche vie spirituelle qu'ils y ont, dans ces monastères roumains.

3. Les Pères Apostoliques, les premières communautés Chrétiennes, et les Chrétiens Orthodoxes d'Occident des 8 premiers siècles n'ont JAMAIS connu ce régime alimentaire. Le jeûne était pratiqué, la Didachè le rappelle que ce n'était pas limité au temps du Christ "puis plus rien." Un saint Patrick ou un saint Jean Cassien sont des maîtres de jeûne. Les buts, les principes, tout était le même que pour les moines byzantins ayant concocté nos actuelles règles. Par contre, les moyens étaient adaptés aux lieux, aux peuples et aux temps. Les règles monastiques de saint Colomban de Luxeuil sont aussi strictes que celles des Pères du désert d'Égypte ou de Palestine – et bien plus encore que les "règles basiliennes" à bien des égards! - comme l'est aussi la règle de saint Benoît (non-mitigée et quand elle est appliquée comme chez les Bénédictins Orthodoxes). Mais le régime alimentaire est adapté à la région. Il était aberrant pour eux, à l'époque, d'aller payer des marchands pour importer de la nourriture qui ne pousse pas là où Dieu les a "fait pousser", pourquoi en serait-il autrement pour nous, aujourd'hui? Parce qu'elle est là, dans nos magasins, et pas chère?

Tiens, parlons-en du "pas cher", et sans oeillères! Réfléchissons un peu au coût réel, à la somme de servage, d'esclavage, que cela implique, depuis le lieu de production, passant par les moyens de transport, et jusqu'au personnel de nos magasins.. Sans compter la pollution hallucinante que cet agro-alimentaire industriel provoque partout sur la planète!

Car, par exemple, pour produire des "fruits de mer" bon marchés, on a implanté des installations d'aquaculture partout dans les pays "sous-développés" ayant accès à la mer. Résultat? Le Tsunami de 2004!!! Parce que la mangrove qu'on a arrachée partout dans l'Océan Indien – nous, les intelligents Occidentaux avides de nourritures exotiques dont on refuse de payer le prix réel, qu'on fait porter aux populations lointaines, par la facture écologique et sociale qu'on leur laisse... -
ayant disparu, cette protection naturelle qui avait fait merveille depuis des millénaires, voilà nos 200.000 morts, dont on se serait fichu sans hésiter s'il n'y avait eu quelques touristes occidentaux dans le lot... Car c'est là, le prix de ces fruits de mers bons marchés : destruction de l'éco-système du lieu de production.
Et les huiles d'olive bon marché? Allez voir comment sont traités les paysans méditerranéens pour parvenir à de tels prix. S'il n'y avait la tricherie sur les prix grâce à la "manne européenne", ils seraient ruinés.
Et le vin, où les OGM et les manipulations chimiques sont au rendez-vous pour obtenir des bas prix? Pourquoi du vin d'ailleurs, produit qui sauf exception due à un micro-climat très localisé, n'est pas un produit naturel de chez nous, au contraire de la bière (qui permet d'ailleurs de boire de l'eau souvent peu potable, cfr saint Arnoult le Fort), et surtout, voir les Règles monastiques de chez nous, qui donnaient un bon aperçu du type d'alimentation locale à l'époque : la bière en fait partie. Alors quand on consomme des produits non-locaux, on participe activement à la prolongation de ce système monstrueux qui broie humains et nature. Alors est-ce qu'en Carême, devoir acheter des produits qui ne sont pas d'ici et qui sont très chers socialement et écologiquement parlant, c'est VRAIMENT un "acte carémique"? Ou n'est-ce pas plutôt bêtement se plier à la LETTRE d'une Règle, s'achetant une bonne conscience à bon prix?

On ne devrait jamais acheter ce genre de nourriture. Ou alors en "fair trade", "commerce équitable", mais alors le prix sera à la hauteur de la juste rétribution des divers intervenants de la chaîne de production.. Et est-ce que ce prix vaut la dépense, pour 40 jours non-stop? Cet argent qu'on compte investir dans des "substituts" pour garder le même genre de repas "sans enfreindre la règle", ne serait-ce pas mieux de le donner à une asbl s'occupant de développement dans les pays concernés [*] ? Ne serait-ce pas là un véritable geste de Carême?

Et à côté de ça, pour la partie alimentaire - puisque nous sommes incarnés et qu'il faut bien aussi dompter cette "bête"-là qu'est notre corps, quoique fort facile à dompter à côté de notre esprit indocile... – faire l'inventaire avec son père confesseur en fonction du lieu où on vit, du style de vie que l'on a, et du régime alimentaire habituel. Marié et avec enfants scolarisés, c'est pas pareil que célibataire dans un Skeete de montagne ou pensionné, esseulé et malade. Aller dire à un végétarien qu'il doit s'abstenir de tout ce qu'en temps normal il ne mange pas "parce que c'est la lettre de la règle", ne se rend-t'on pas compte à quel point c'est stupide? Et puis comme le faisait remarquer Andrew ci-dessus, les astuces pour contourner sont légion et donnent bonne conscience, et sont même carrément encouragées "pour être dans l'ethos orthodoxe" paraît-il. Au point que même des évêques vous disent "pas de chocolat au lait, puisqu'il y a du lait, mais ok pour le chocolat noir"... un produit de fête autorisé parce qu'il ne contient pas un ingrédient "interdit" pour l'Athos, c'est ça, l'Orthodoxie? Et le Tarama, crème fraîche et caviar de poisson, un met absolument succulent, sous prétexte que culturellement, pour la Grèce, c'est acceptable, en quoi est-ce qu'ici ça serait "carémique", honnêtement?

Il faut en revenir à l'esprit de la lettre, et alors on passera au-delà du problème des règles à forte orientation culturelle. Sinon c'est la culture qui remplace l'Évangile. Est-ce ça, le Carême? Il faut aussi traiter le corps, mais pas s'en contenter – c'est facile à faire et quantité de religions humaines prônent le jeûne et leurs adeptes sont souvent plus rigoureux que nous en la matière.

Au monastère Saint-Silouane, à Saint-Mars de Locquenay, l'archimandrite Simeon (Cossec) enseigne le "dur du dur" pour le jeûne : s'abstenir de tout ce qui est de nocif mais invisible, parce que se passant dans sa tête à soi. Combattre les imaginations intempestives. Combattre le jugement hâtif et incessant de tout et de tous. Combattre ces vains discours et vaines paroles qui s'y préparent, pour ne pas leur permettre causer les dégâts en nous, et éviter ainsi qu'ils puissent sortir et détruire autour de nous. Je pense aussitôt à Origène quand il applique le "tuer le premier né d'Égypte" à ce genre de pensées, dans son homélie sur l'Exode : toutes ces pensées mortifères que nous portons toutes et tous en nous, et qui sont si difficiles à vaincre qu'on préfère... ben oui, une bête règle, bête parce qu'hors contexte, pas bête en elle-même bien sûr.
Cette lutte contre les mauvaises pensées, je le confesse, c'est le vrai et dur combat. C'est autre chose que de dire "ok pour des frites mais avec du ketchup, et du cidre au lieu d'une bière", pas vrai?!

Au niveau pastoral, quelle implication cela requiert pour le clergé : impossible de se cacher derrière des "règles faites pour tout le monde". Car ces règles, que le laïc qui veut vivre en Chrétien n'a pas le droit (et c'est heureux) de modifier en pratiquant "l'économie" d'initiative (sauf cas évidents comme pour un problème médical par exemple), il est alors nécessaire de les interpréter, globalement, en homélie et lettres diocésaines pour les grandes lignes. Le courage d'aller publiquement contre la coutume culturelle, c'est pas facile à avoir, je m'en doute. Puis, comme nous sommes tous différents et que chez les Orthodoxes, il ne saurait être question de "tout le monde dans le même sac", le prêtre aura à voir avec chaque paroissien, de plus jeune au plus âgé... quel travail pastoral, pas vrai? Mais le but du Grand Carême, n'est-ce pas d'aider toute une paroisse à grandir en Christ, à devenir plus Chrétien encore, à chercher à accomplir la sainteté reçue en germe au saint Baptême? Alors, est-ce que le jeu n'en vaut pas la chandelle? Est-ce que ça ne vaut pas mieux qu'un blini au tarama arrosé d'un coup d'une gnôle inconnue des Règles? Est-ce que ce n'est pas mieux que de contourner le principe de l'abstention de repas festif en remplaçant la mayonnaise de ses frites par un équivalent réalisé avec du tahin ... que j'aime beaucoup... et qui coûte 9 fois le prix du produit d'origine?

Bon, fidèle à mon sale caractère, comme végétarien, mon carême, ça sera manger de la viande tous les jours. Et du porc en plus, ce dont j'ai horreur. Juste histoire de voir la tête de mon père confesseur quand il apprendra comment j'ai réglé le problème du choix alimentaire "de manière adulte et Chrétienne!"

0=%^)=

[*] Il y a de bonnes petites associations qui méritent notre soutien, associations tant Orthodoxes que non-Orthodoxes mais amies du Christ.
L'archimandrite Thomas et son dispensaire au Pérou, avec développement agricole et social. Ou le père Timothée, au Bénin (voir la paroisse Saints Silouane et Martin, à Bruxelles, pour plus d'info). Ou chez les catholiques-romains, "Simba Mosala" par exemple, asbl qui construit une école pour réapprendre à travailler dans le bâtiment, etc, en banlieue de Kinshasa.
Et si tout ça semble "trop lointain" pour certains, je suis sûr qu'en cherchant un peu, on trouvera facilement bien des émules de saint Jean de Cronstadt, des paroisses organisant la même chose dans notre "Quart-Monde".. qui doit sûrement déjà représenter le tiers de la population et ne cesse de croître...
Donner un chèque à une grosse organisation internationale qui fait du "charity-business" et puis se dire "c'est bon, j'ai fait mon oeuvre de Carême, maintenant à moi les frites au ketchup!", bof, bof... Même si on a des faibles ressources financières, que le sacrifice financier est important, le p. Schmemann dans sa belle homélie pour le Dimanche du Pardon rappelle à quel point l'absence de souci d'autrui de manière concrète est une manière cachée de ne pas aimer l'autre – se soucier pas seulement son bien matériel, s'intéresser vraiment à l'autre. Avec le chèque, on est loin du compte, quel que soit son montant.

Notre père dans la Foi saint Martin, évêque de Tours, Apôtre des Gaules, surnommé "le Miséricordieux" à juste titre, est un excellent guide pour tout en la matière : jeûne alimentaire, jeûne des mauvaises pensées et actions, et des bonnes actions à accomplir en surabondance, pas par obligation mais par surgissement, par surabondance de l'amour de Dieu débordant du coeur de celle ou celui qui aura beaucoup aimé, beaucoup prié – beaucoup de Marthe et de Marie à la fois. Suivons saint Martin! En tout cas j'essaierai. A nouveau, comme avant chaque Carême... plaise à Dieu que cette fois-ci, ça sera la bonne, avec plus de réussite que d'échecs dans la balance finale, celle de l'amour de Dieu.

Saint Carême à toutes et tous, que vous l'ayez déjà entamé hier soir après les Vêpres du Pardon, ou l'entamiez ce mercredi puisque dans l'Orthodoxie Occidentale, ce sera "Cendres", un rite liturgique qui pré-date très très largement le Schisme et nous appartient donc autant que les Vêpres du Pardon.

JM

A lire, un petit guide de sites internet qui vient de paraître :
Grand Carême 2007 : petit guide du web orthodoxe
http://www.orthodoxie.com/2007/02/grand_carme_200.html

A (re)lire aussi :

"Jeûne et abstinence de l'Eglise: pourquoi? comment?"
L’apprentissage du jeûne et l’acquisition du sens de l’Eglise – p. Marc-Antoine Costa de Beauregard, doyen de la métropole roumaine en France
http://orthodoxe.typepad.com/paroisse/2007/02/jene_et_abstine.html

Règles du jeûne orthodoxe : "explications du jeûne du Grand Carême", p. Thomas Hopko, avec rappel que dans l'Église, les samedis et dimanches sont aussi jours de jeûne.

"Jeûne et liberté" (méditation d'un hiéromoine de Roumanie)

Bénédictins Orthodoxes EORHF : Jeûne et abstinence dans le Rite Occidental
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/bndictins-orthodoxes-erhf-jeune-et.html

Le jeûne et le siècle à venir (DYNAMIS)
"Dynamis" est une publication quotidienne de la cathédrale Saint-George, Wichita, Kansas, archidiocèse grec-orthodoxe antiochien d'Amérique
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/le-jene-et-le-sicle-venir-dynamis.html

Et alors, ils jeûneront... (Matthieu 9,14-16) - méditation historico-spirituelle sur le sens du jeûne, du Grand Carême, de la vie Chrétienne et de Pâques, par Mgr Isaiah (Kapsimalis), métropolite de Denver
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/et-alors-ils-jeneront-matthieu-914-16.html

Jeûne et Abstinence dans le Rite Occidental EORHF, textes officiels du sacramentaire-pontifical "Saint Colman Prayer Book", usage approuvé 09/2005
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/orthodoxie-occidentaleerhf-jeune-et.html


Jeûne et Abstinence dans le Rite Occidental AWRV (vicariat de rite orthodoxe occidental, archidiocèse grec-orthodoxe antiochien d'Amérique)
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/orthodoxie-occidentaleantioche-jeune.html

Jeûner et déjeuner, maladie et jeûne eucharistique
http://stmaterne.blogspot.com/2006/08/jeuner-et-dejeuner-maladie-et-jeune.html


Pendant le Carême de la Nativité, plusieurs articles parlant du jeûne ont été publiés, leur portée n'est pas limitée à cette période liturgique précise, mais à toute période de jeûne. Les revoici :

"Carême de la Nativité du Christ 3 : jeûne, vie familliale & fêtes du Carême, prière et Parousie"
http://stmaterne.blogspot.com/2006/12/carme-de-la-nativit-du-christ-3-jene.html
Carême de la Nativité du Christ 2 - Réflexions de "Ian Climacus" en Australie; l'Avent dans la tradition chrétienne occidentale orthodoxe et non-orthodoxe; Jeûne de la Nativité (orthodoxwiki.org); manger pour vivre, ou vivre pour manger?; les origines de l'Avent, par le p. Patrick Reardon (Patriarcat d'Antioche)
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/carme-de-la-nativit-du-christ-2.html

Carême de la Nativité du Christ 1 - Père Alexander Schmemann : "Le Cycle de la Nativité" - Pourquoi jeûner avant la Nativité - Mère Gavrilia et le jeûne, arme spirituelle par excellence - Règles du jeûne dans l'Orthodoxie Occidentale Bénédictine
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/carme-de-la-nativit-du-christ-1.html



Produis, ô mon âme, les dignes fruits du repentir

6 commentaires:

tigourmet a dit…

Afin d'ajouter un peu d'exotisme ou encore un petit côté santé, on peut remplacer la canneberge dans la plupart des recettes par du Goji séché. Surprise assurée pour vos invité ! Pour ceux qui ne connaissent pas la baie de Goji, un petit fruit chinois, vous trouverez de l'information sur http://www.encyclogoji.com ou sur http://www.buygojifruits.com (où je l'achète).

Anonyme a dit…

"tigourmet" le goji est effectivement un bon produit mais je pense que vous n'avez pas saisi que Jean-Michel est un père de famille payé au smic qui n'a ni les moyens ni l'envie de changer son rythme et ses habitudes durant ces semaines de Grand Carême.
En essayant de convaincre les lecteurs, qui ont eu le désagrément de le lire, il essaye de se convaincre lui même. Qui l'oblige à être plus pieux? personne, c'est un choix personnel. Certes l’environnement d'aujourd'hui n'est pas conditionné pour un jeûne idéal, mais se restreindre à cette excuse pour ne pas être pieux, c'est navrant. A lire l'article on dirait que les croyants et pratiquants orthodoxes se résignent à l'aspect alimentaire et chipote sur des produits de substitution. Les appétits physiques sont une analogie à notre capacité à nous contrôler nous-mêmes. Si nous sommes incapables de contrôler nos habitudes alimentaires, nous serons probablement incapables de contrôler d’autres habitudes.
J'avais 12 ans à l'époque de la publication de cet article et je me rends compte que le fléau d'internet n'a pas seulement impacté ma génération dans la diffusion de désinformation.

Jean-Michel a dit…

Anonyme, je vous remercie pour votre intéressante réflexion. Si le détail "smic" est exact, la question des habitudes à changer vous a échappé. Dans l'article je précise bien les tenants et aboutissants du Grand Carême, qui est une lutte contre les passions. C'est d'une facilité enfantine de s'abstenir de bidoche et autres gâteries. Même pas besoin de remplacer par quoi que ce soit - mon ami Vasili-Régis qui publiait la 1ère recette est affligé d'un handicap tel que vous en seriez sûrement mort rien qu'à l'imaginer, alors une petite adaptation sympa du régime alimentaire "selon les normes monastiques grecques" ne doit pas valoir jugement. Je ne remplace rien. Ce jour, riz basmati (bio) cuit à l'eau, champignons ajoutés en fin de cuisson, salade de carottes et chou blanc hachés. Hier c'était aussi "élaboré" - poireaux coupés grossièrement en morceaux, semoule de blé éparpillée dessus, cuisson à l'eau et basta. Maintenant ceux qui veulent se soucier de menus "dans les règles", c'est leur droit aussi.
Mais c'est pas là, le vrai combat. Cette focalisation sur l'alimentaire selon des normes qui ne sont pas de nos régions ni de notre ère fait passer à côté de l'essentiel. Le chrétien orthodoxe du Cameroun ne connaît pas l'huile d'olive; le chrétien orthodoxe du Pérou n'a jamais vu de "fruits de mer" pousser dans sa Cordillère des Andes. Ces règles sont pharisiennes. Et elles évitent au chrétien de s'occuper de son âme "j'ai pas mangé ceci et cela, tout va bien, j'ai jeûné". Ou au contraire, comme plusieurs commentaires reçus ces jours-ci, "catastrophe, j'ai pas encore commencé le Carême", uniquement parce que pas encore adapté le menu à cause de la vie quotidienne et des obligations diverses. Ce sont des misvoth pharisiennes, ces règles. Il faut des saints, des évêques saints et spirituels, pour que chaque Église locale soit dirigée sur le chemin du Christ selon les besoins et moyens locaux. C'est tout.

Demain, restant du riz aux champis. Mercredi, ptet du toffu, ça coûte 6€ en bio chez Colruyt, moins que du hareng au vinaigre, ça ira pour accompagner les patates aux carottes. Ou le blé. ou le bulgur. ou le millet. ou ce qui me tombera sous la main quand j'ouvrirai l'armoire à provision. Quand la famille est là, repas selon heures habituelles. Quand je suis seul, façon Règle Bénédictine (EORHF oblige), un seul repas le soir après les Vêpres. Sans importance. La lutte est si dure, contre toute la violence qui se déchaîne et qui déclenche des idées terribles en nous, on a mieux à faire que de s'enquiquiner avec des menus. Au plus simple le mieux.

Laurence Guillon a dit…

Le Carême m'a posé beaucoup de problèmes, car il faut à chaque fois bouleverser ses habitudes alimentaires, et cuisiner, faire les courses et se prendre la tête avec la bouffe beaucoup plus que le reste du temps. De plus, j'observe que ces carêmes étaient codifiés dans des pays méditerranéens où les fruits et légumes ne manquaient pas et où la température était clémente. Faire le carême en fin d'hiver en Russie, c'est déjà plus sportif. Ils le font néanmoins là bas, avec une rigueur variable. Il me semblerait personnellement préférable de manger frugal toute l'année, et je deviens végétarienne par dégoût de ce qu'on fait subir aux animaux. J'adore les produits laitiers, mais il paraît que c'est désastreux pour la santé. Je mange du chocolat sans complexe parce que je suis peu à peu privée toute l'année de tout ce qui me faisait plaisir. Je m'en tiens à ce que me disait mon père spirituel russe, pas du tout draconien: il faut une différence entre les jours de jeune et les autres, à cause de qu'ils représentent. J'essaie de prier plus assidûment, de lire davantage, de secouer ma flemme. En fin de compte, le starets Pavel Grouzdev disait à ce propos: "Personne n'ira en enfer pour de la nourriture".

Anonyme a dit…

Tout d'abord, merci d'avoir pris le temps de me répondre. Je suis ouvert au dialogue lorsque cela se passe de manière cordiale.
Détrompez vous je ne juge pas, je vous ai juste écrit comme je l'ai ressenti, c'est à dire comme d'autres personnes en vous lisant peuvent le ressentir. Lorsque l'on interagit sur un support social je pense qu'on doit avoir la maîtrise de ce que l'on peut véhiculer comme image. J'ai trouvé que sur cet article vous avez eu un esprit réducteur sur le sujet.
Que l'on soit à notre première ou trentième année de jeûne, on apprend à chaque fois de nouvelles choses sur notre religion et sur nous même. En imaginant le fait, que d'autres jeunes comme moi qui cherchent à en apprendre d'avantage, lisent l'article (un brin provocateur) et se disent bon au final pourquoi pas délaisser l'aspect alimentaire de côté, m'a déçu.
Comme l'a laisser entendre Laurence sans pour autant aller dans mon sens, cela rythme les journées. Donc bien sûr que c'est positif de mettre des liens pour des associations mais à ce moment là autant le faire toute l'année et pas seulement pendant 2mois, donc où est le recentrement sur soi pour mieux s'ouvrir à Dieu? Chacun a son propre avis, il faut essayer de rester tolérant dans la mesure du possible. D'après moi, c'est dans la faim ou la privation que l'on fait face à nous mêmes, si l'on omet cette partie qu'en est t-il du reste? On se laissera plus facilement aller dans nos vices quotidiens.
Je n'ai par conséquent jamais affirmer qu'il fallait se pencher uniquement sur cet aspect, et c'est là que je me rends compte que vous avez mal interprété mon message.
J'aimerais par ailleurs relativiser votre réflexion sur l'abstention de “bidoche et autres gâteries.” Chacun a ses propres habitudes alimentaires, allez dire ça à une personne en surpoids qui a cette tentation au quotidien. Je prend mon exemple pour illustrer cette pensée: remplacez les sucreries par des protéines. Je pratique la musculation et manger 3,4 fois par jour incluant de la viande animal est d'usage courant pour moi. Croyez le ou non c'est un manque qui se ressent fortement au bout d'un moment. C'est votre manque d'ouverture d'esprit que je vous reproche, chacun a ses propres combats et que vous le voulez ou pas l'alimentation en fait parti.
Quand je parle du smic je tiens à dire que ce n'est pas péjoratif, je dis juste qu'on a une impression de frustration financière en vous lisant. Je suis moi même étudiant donc je sais que lorsque l'on choisi des aliments plus sains et de meilleurs qualité, on se rend compte paradoxalement, que le ticket de caisse augmente.
Je n'ai jamais mentionné qu'il faut se ruiner ou s'adapter "selon les normes monastiques grecques" mais je pense qu'il faut parfois savoir faire des concessions, surtout que c'est pour la bonne cause.
En tout cas je suis content pour vous que vous ayez, comme je le constate, délaisser l'idée de manger du porc tous les jours durant cette sainte période pour afficher votre indignation de l'époque.

Nicolas a dit…

N'est-ce pas un autre type de "farisianisme" que de dire "regardez comme je m'importe plus pour tel ou tel aspect du jeûne et ne suis pas comme ces gens qui n'ont rien compris et marchandent sur l'alimentaire en cherchant des succédané?" N'est-ce pas là de nouvelles règles rigides pour se sentir supérieur? Se sentir supérieur en "comprenant le sens profond"?

On est tous des farisiens! Voilà le sens de ce que Jésus Christ le dénonce tellement souvent dans les évangiles! Nous essayons tous de suivre l'exemple du Christ en acceptant qu'il bouleverse notre vie, nous mette face à notre hypocrisie, en essayant de "tout laisser tomber pour le suivre". C'est cette conversion constante qui est le processus. Celui qui croit qu'il y es déjà arrivé y est rarement. Le trait de caractère de ceux qui atteignent la sainteté est une profonde humilité et pas le dénoncèrent du "farisianisme" des autres car il sait qu'il a toujours à s'améliorer et que cette dénonciation, Jésus Christ lui-même l'a déjà faite.