"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

17 février 2007

Homélie catéchétique du patriarche Bartholomeos de Constantinople pour le début du Saint et Grand Carême


(Article cité par "Direction to Orthodoxy")
Le patriarche Bartholomeos et le président Jacques Chirac,
rencontre au palais de l'Elysée, Paris, 2 février 2007.
REUTERS/Patrick Kovarik/Pool (FRANCE)


"Le temps est venu, c’est le début des combats spirituels."
(Hymne des Laudes du Dimanche du Pardon)

Frères et soeurs, fils et filles bien-aimés dans le Seigneur,

C’est par ces paroles que le saint hymnographe nous rappelle que nous devons, au début de cette période du saint et Grand Carême, intensifier nos combats spirituels, en vue d’un accroissement de notre entraînement spirituel et pour notre progrès.

Dès les temps les plus anciens, les hommes ont constaté que c’est faisant des efforts que l’on acquiert ce qui est bon. Les saints Pères ont à leur tour constaté d’une manière analogue que goûter à l’amour divin, qui contient tout bien éternel et temporel, il est nécessaire de mépriser son propre repos, comme saint Isaac le Syrien le déclare expressément. Or, pour ce qui est des biens matériels, nous sommes, nous les humains, habituellement prompts à les acquérir au prix de toutes sortes d’efforts pénibles.

En revanche, les biens spirituels sont un don de la Grâce de Dieu, mais à la condition préalable de Le rechercher en tout premier lieu, ainsi que Son Amour, et non pas de rechercher d’une manière égocentrique les biens spirituels pour eux-mêmes, dans le but de faire grandir notre satisfaction personnelle ou notre ambition. Le Seigneur nous a dit clairement : "Recherchez en premier lieu le Royaume de Dieu et Sa justice, et tout le restant vous sera donné par surcroît" (Matthieu 6,33). Il nous a aussi assurés que celui qui donne sa propre vie par amour de Dieu l’aura sauvée. C'est à dire, d’une manière plus générale, que quiconque a en vue l’amour de Dieu le Père, dans la grandeur de son âme, au lieu de rechercher sans Lui les biens matériels ou même spirituels dans l’étroitesse de son âme, jouit en fin de compte tant de l’amour de Dieu, auquel il aspire, que des biens de toute nature qu’il ne recherche pas.

Car, mes fils et filles bien-aimés dans le Seigneur, notre Père qui est aux Cieux, Qui nous aime et désire notre félicité, Lui le dispensateur et la Source de tout bien, nous donnera, quand nous retournerons auprès de Lui, tous les autres biens qui nous sont nécessaires, de même qu’Il les a donnés au fils prodigue lorsque celui-ci est revenu auprès de Lui. Le meilleur vêtement, le veau gras, l’anneau à notre main, le banquet festif, et plus important que tout, Il nous ouvrira Ses bras paternels. Pour nous retrouver dans Ses bras paternels, il faudra toutefois nous détourner de nos péchés, et principalement de notre égocentrisme; les caroubes dont les porcs se nourrissaient en sont le symbole. C’est en nous livrant avec zèle à un dur combat spirituel volontaire que nous prouveront la sincérité de notre désir de l’amour de Dieu.

La nature véritable du combat spirituel consiste à se donner pour objectif l’amour de Dieu, à en faire l’objet de toute recherche et de tout désir. Mais en même temps aussi à se priver et à abandonner tous les biens et désirs légitimes, afin que notre existence soit consacrée, de toute notre âme et de tout notre esprit, à notre objectif premier. Dès lors, le jeûne, l’un des principaux combats de l’ascèse du Grand Carême, n’exprime pas le rejet des nourritures bénies, mais au contraire la privation volontaire de l’apaisement qu’elles procurent au corps. Le but principal est de détacher notre âme de l’intérêt exclusif pour notre ego. Le jeûne vise par ailleurs à rendre le corps bien entraîné et obéissant à l’esprit qui le gouverne, à en faire l’instrument et non le chef de la personne humaine.

Le but de l’ascèse spirituelle n’est pas d’acquérir des vertus, ou d’autres capacités au-delà de l’habitude, par la puissance humaine, comme le croient les adeptes des différents humanismes. Au contraire, c'est l’expression de notre désir que nous avons de rencontrer la Personne de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui tout est contenu et de qui tout découle. Le Verbe de Dieu proclame en toute clarté que, sans Lui, nous ne pouvons rien faire, et le saint Hymnographe nous rappelle encore que, si le Seigneur n’édifie pas la maison des vertus de notre âme, alors nous luttons en vain. Aussi donc, nous Chrétiens, attachons-nous à l’amour du Christ. Renonçons de notre plein gré à bien d’autres amours et attachements secondaires afin d’être dignes de Sa présence en la demeure de notre âme. Quand nous serons parvenus à un tel résultat avec la Grâce et la bénédiction de Dieu, alors la paix, la joie et l’amour parfait se seront installés en permanence dans notre existence.

C’est la raison même pour laquelle l’ascèse spirituelle ne se fait ni sous une apparence d’abattement, ni d’une manière démonstrative, mais autant que possible dans la joie et le secret. S’il y a ostentation, nous renonçons à cet objectif qu’est l’amour de Dieu, et à sa place entre le désir de plaire aux hommes. S’il y a abattement et tristesse, le caractère agréable et volontaire en est absent, et celui qui se livre à l’ascèse spirituelle vit alors dans un climat d’oppression et d’obligation, ce qui veut dire dans un état d’âme qui guère agréable à Dieu.

Le combat spirituel doit être pratiqué dans la joie et son objectif premier doit être d’introduire notre cœur dans l’amour et la joie de Dieu, par lesquels sont expulsés hors de nous toute affliction et toute rancœur, toute protestation et tout grief, à l’encontre de nos frères et soeurs en humanité. A la place, nous aurons alors la paix que rien ne trouble et qui est au-dessus de tout, la paix de Dieu entre alors en nous et rayonne autour de nous.

Puissions-nous traverser l'arène du Grand Carême dans les combats spirituels, afin de connaître pleinement la joie de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ et que Sa Grâce et Sa grande miséricorde soient à profusion avec vous tous.

Saint et Grand Carême 2007

+ Bartholoméos de Constantinople
Fervent Intercesseur devant Dieu pour vous tous

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Traduit et publié en la fête de saint Silvain de Thérouanne et saint Gevroc de Saint-Pol-de-Leon


Trois intéressantes lectures patristiques :

http://orthodoxie.club.fr/ecrits/peres/florileg/textes/lettre05.htm

http://www.nistea.com/trad_vraieglise_fr.htm

http://www.nistea.com/papifr.htm

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