Mercredi Orthodoxe des Cendres (EORHF)

Le mot "cendre" vient du latin cinis, cineris, qui a donné "incinération". On le retrouve à 40 reprises dans la Bible, dans un usage soit au sens propre, symbolique ou figuré.
L'aspect symbolique et négatif de la cendre est évident : anéantissement, mort, néant (Jérémie 31,40; Ez. 28,18; 2 Pi 2,6; Mal 3,21; Is. 44,20).
Comme Job (30,19), notre père Abraham se savait ne rien être d'autre que pécheur et fragile, poussière et cendre:
Genesis 18:27 "respondens Abraham ait quia semel coepi loquar ad Dominum meum cum sim pulvis et cinis."
Genèse 18:27 "Abraham reprit: "Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre."
Le feu couvant sous la cendre, cela permettait de garder le foyer au chaud, elle n'était donc pas un "déchet" selon notre appréciation moderne. En boulangerie et en cuisine, elle servait aussi, et parfois trop, cfr Ps 101,10 : "Je mange de la cendre au lieu de pain."
En Lévitique 6,3, on voit que les cendres des sacrifices (holocaustes) étaient conservées précieusement près de l’Autel.
Le Livre des Nombres (19,9;17-18) enseigne que certains types de cendres étaient d'un usage cultuel, comme la purification, en aspergeant personnes ou objets ayant été en contact avec un mort. On voit ici un usage vétéro-testamentaire clairement "sacramentel" : héritière, l'Église n'a fait que continuer, elle n'a rien "inventé."
Les cérémonies illégitimes destinées à moquer les authentiques serviteurs de Dieu se terminent aussi dans la cendre, comme on le voit avec les prêtres apostats luttant contre le saint prophète Élie (1 Rois 13,3).
Et enfin, par son aspect volatile et sale à la fois, avec le sac, la cendre est devenue l’expression externe de l’humiliation et de la volonté d’amendement : Isaïe 4,1-3; Ezechiel 27,30-37; Jonas 3,6; Job 42,6; Jérémie 6,26; Isaie 44,20; Jérémie 25,34; le tout amenant au Nouveau Testament : Matthieu 11,21. Le Seigneur rappelle cependant par la bouche de Son prophète Isaïe (Isaïe 58,5) que le signe extérieur doit correspondre aux dispositions intérieures...
Sur la cendre et sa signification au sens spirituel, Tertullien a des paroles très fortes.
[Comme je l'ai déjà mentionné sur ce "blogue", bien des traductions posent un problème en fonction de qui a traduit. Je n'ai pas le texte latin des citations ci-dessous. Je constate seulement que certaines notions théologiques absentes chez les autres Pères Latins sont reprises ci-après. Les choix de traduction possible amènent bien des traducteurs à prendre ceux qui correspondent à la vision théologique du groupe auquel ils appartiennent, plutôt qu'à chercher l'esprit de la lettre de l'auteur. Hélas. Autre problème, encore plus grave à mon avis, c'est la source des textes. Pour les Pères Latins d'avant le Schisme, voire selon les régions, carrément d'avant la période Carolingienne, on ne possède plus de manuscrit "original", pas même de copie réalisée dans les générations qui ont suivies. On se retrouve à devoir supputer de la théologie de nos Pères en se "fiant" à des "reconstitutions" réalisées hors de l'Église, en général à partir des Bollandistes et des Mauristes. Autant dire qu'il est dans ce cas rigoureusement impossible de dire "ça, c'est un texte de saint Y et c'est sa théologie", puisque ce sont des recompositions avec incorporation d'une théologie et d'un vocabulaire totalement étrangers à l'époque du saint en question. On n'est pas dans la m....]
Voici celles de son "Traité de la Pénitence"
"On se soulage du poids de ses péchés en les confessant, autant qu'on les aggrave en les dissimulant. La confession est un commencement de satisfaction; la dissimulation un acte de révolte.
IX. Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus la preuve en doit être laborieuse, de sorte qu'elle ne réside pas seulement au fond de la conscience, mais qu'il lui faut encore quelque manifestation extérieure. Cet acte, que nous nommons le plus ordinairement par un mot grec, c'est l'exomologèse, en vertu de laquelle nous confessons au Seigneur notre péché, non pas qu'il l'ignore, mais parce que la confession dispose à la satisfaction, que la pénitence naît de la confession, et que la pénitence apaise la colère de Dieu. L'exomologèse est donc un exercice qui a pour but d'humilier l'homme et de l'anéantir, en lui imposant une conduite qui attire la miséricorde, en réglant son extérieur et sa table, en le courbant sous le sac et la cendre, en lui apprenant à couvrir son corps de poussière et à plonger son âme dans la douleur, et convertissant en moyens de pénitence tout ce qui fut l'instrument du péché. D'ailleurs elle ne connaît du boire et du manger que ce qu'il faut pour soutenir la vie et non pour flatter le ventre; elle nourrit la prière par le jeûne; elle gémit, elle pleure, elle crie et le jour et la nuit au Seigneur son Dieu; elle se roule aux pieds des prêtres, elle s'agenouille devant ceux qui sont chers à Dieu; elle sollicite les prières de tous les frères, afin qu'ils soient ses mandataires auprès de Dieu. Voilà ce que fait l'exomologèse pour donner plus de prix à la pénitence, pour honorer le Seigneur par la crainte du péril, pour que, prononçant elle-même contre le pécheur, elle se substitue à l'indignation divine, enfin pour éviter, que dis-je? pour acquitter la dette des supplices éternels par les afflictions qu'elle s'impose dans le temps. Ainsi, en abattant l'homme, elle le relève; en le souillant de poussière, elle le purifie; en l'accusant, elle le justifie; en le condamnant, elle l'absout. Crois-moi, moins tu te pardonneras à toi-même, plus Dieu te pardonnera."
Voir ici une traduction un peu plus récente :
http://www.tertullian.org/french/delapenitence.htm#9_1
Tertullien en parle aussi dans son "Traité d'Apologétique" :
CHAPITRE XL, §13
"Nous, au contraire, exténués par les jeûnes, mortifiés par toute espèce de continence, sevrés de toutes les jouissances de la vie, |p107 nous roulant dans le cilice et sous la cendre, nous importunons le ciel par une ardente prière; nous désarmons Dieu"
ainsi que dans son "Traité sur la Patience":
"Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la patience, simple, uniforme, et résidant seulement dans l'âme. Voyons maintenant comment la patience, en ce qui concerne le corps, contribue à nous mériter l'amitié du Seigneur, puisqu'il a donné aussi à nos corps des forces suffisantes pour pratiquer cette vertu. En effet l'âme, qui tient en nous le gouvernail, communique aisément au navire qu'elle habite la cargaison de l'Esprit. Quel est donc l'exercice de la patience dans le corps? D'abord "la tribulation de la chair est une hostie qui apaise le Seigneur" par le sacrifice de l'humiliation, lorsque, satisfaite d'une nourriture frugale et d'un peu d'eau pour boisson, elle offre au Seigneur sa pauvreté et son abstinence; lorsqu'elle accumule jeûnes sur jeûnes; lorsqu'elle vit sur le sac et la cendre. Cette patience du corps accrédite nos prières, elle appuie nos demandes, elle ouvre les oreilles de Jésus-Christ notre Dieu; elle désarme sa sévérité, elle attire sa miséricorde. Ainsi ce roi de Babylone, pendant qu'il était exilé de la forme humaine, ayant, par une pénitence et une humiliation de sept ans, immolé au Seigneur qu'il avait offensé, la patience de son corps recouvra son royaume, et, ce qui est plus désirable pour l'homme, rentra en grâce avec Dieu"
Un autre Père Latin de l'Église a un très beau sermon sur le sujet:
Saint Augustin d'Hippone, Explication du Sermon sur la Montagne, livre II, chapitre 12, "Du jeûne" :
"40. Puis vient le précepte du jeûne, qui tient à cette même pureté du coeur dont il est maintenant question. Car ici il faut se tenir en garde contre toute ostentation, contre cette ambition de la louange humaine qui rend le coeur double, et lui ôte la pureté et la simplicité nécessaires pour comprendre Dieu. "Quand vous jeûnez, ne vous montrez pas tristes comme les hypocrites : car ils exténuent leur visage, pour que leurs jeûnes paraissent devant les hommes. En vérité je vous le dis : ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête, et lavez votre visage, pour ne pas apparaître aux hommes jeûnant, mais à votre Père qui est présent à ce qui est en secret; et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra".
Il est clair que ces recommandations tendent à diriger toute notre intention vers les joies intérieures, à nous empêcher de nous conformer à ce siècle en cherchant notre récompense au dehors, et de perdre la félicité promise; félicité d'autant plus solide, d'autant plus ferme qu'elle est plus intime, et en vertu de laquelle Dieu nous a choisis pour être conformes à l'image de son Fils (Rom. 8, 29).
41. Il faut surtout remarquer sur ce point que l'ostentation peut se loger, non-seulement sous l'éclat et la pompe extérieure, mais aussi sous des vêtements sales et sous l'apparence du deuil; elle est même alors d'autant plus dangereuse quelle prend le masque de la piété envers Dieu pour mieux tromper. Celui donc qui affecte un soin immodéré de son corps, le luxe dans les vêtements et dans les objets matériels, est par là même facilement convaincu d'être partisan des pompes du siècle; il ne trompe personne sous une menteuse apparence de sainteté. Mais celui qui fait profession de Christianisme, et qui attire sur lui les regards des hommes par une négligence et une malpropreté extraordinaires, et cela volontairement et sans nécessité, laisse voir par le reste de sa conduite, s'il est mu par un véritable mépris des superfluités de la vie ou par quelque secrète ambition : car, en nous ordonnant de nous défier des loups cachés sous des peaux de brebis, le Seigneur nous dit : "Vous les connaîtrez à leurs fruits." En effet quand certaines épreuves les auront dépouillés ou privés de ce qu'ils ont obtenu ou espèrent obtenir par ces dehors hypocrites, il faudra bien qu'on voie s'il y avait, là, un loup sous une peau de brebis, ou une brebis dans sa peau. Car il ne faut pas qu'un Chrétien flatte les regards des hommes par des ornements superflus, sous prétexte que souvent les hypocrites revêtent d'humbles dehors et se contentent du strict nécessaire pour tromper des yeux peu attentifs; la brebis ne doit pas se dépouiller de sa peau, parce que quelquefois le loup s'en revêt.
42. On demande souvent ce que signifient ces paroles: "Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête et lavez votre visage, pour ne pas apparaître aux hommes jeûnant." Car on aurait tort de nous prescrire de parfumer notre tête quand nous jeûnons, bien que nous ayons l'habitude de nous laver le visage tous les jours. Si tous conviennent que ce serait là une chose très-déplacée, nous devons appliquer à l'homme intérieur cet ordre de se parfumer la tête et de se laver la figure. Se parfumer la tête, indique la joie; se laver la figure, marque la propreté; par conséquent se réjouir intérieurement, par l'esprit et par la raison, c'est se parfumer la tête. Nous pouvons en effet donner le nom de tête à la faculté principale de l'âme, à celle qui règle et domine visiblement tout l'homme. Or c'est ce que fait celui qui ne cherche point la gloire extérieure, qui ne met point une complaisance charnelle dans les louanges des hommes. Car la chair, qui doit être sujette, n'est point du tout la tête de toute la nature humaine. Sans doute personne n'a jamais haï sa chair, ni comme dit l'Apôtre, en parlant de l'amour d'un homme pour sa femme; mais le chef de la femme c'est l'homme, et le chef de l'homme c'est le Christ. Ainsi, que celui qui veut parfumer sa tête selon l'ordre donné, se réjouisse intérieurement dans son jeûne, en tant qu'il se détourne par là des plaisirs du siècle pour se soumettre au Christ. De cette manière il lavera sa figure, c’est-à-dire il purifiera son coeur, pour voir Dieu en écartant le voile produit par l'infirmité née de la souillure du péché; il sera ferme et solide, parce qu'il sera pur et simple. "Lavez-vous, dit le prophète, purifiez-vous, faites disparaître vos iniquités de vos âmes et de devant mes yeux." Nous devons donc purifier notre visage des souillures qui blessent les regards de Dieu. Car, pour nous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous serons transformés en la même image.
+ Augustin
Comme prévu dans le sacramentaire-pontifical "Saint Colman Prayer Book", usage approuvé EORHF 09/2005, ce mercredi est donc "mercredi des Cendres" en premier lieu pour les Chrétiens Orthodoxes de Rite Occidental, ceux-là mêmes qui ont repris le flambeau de leurs ancêtres, flambeau tombé au sol en nos régions il y a mille ans d'ici.
Pour bien voir l'authentique continuité entre ce sacramentaire récemment autorisé dans l'Église Orthodoxe et la Tradition de l'Occident Orthodoxe, on se rapportera aux anciens sacramentaires de la tradition grégorienne ancienne, pré-Schisme. Comme par exemple le Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986, dans lequel on retrouve ces mêmes prières ainsi que d'autres encore aux pages 133-134-135, édition critique du texte publiée par la Henry Bradshaw Society http://www.henrybradshawsociety.org
PREMIÈRE PRIÈRE DE COLLECTE
Dieu éternel et Tout-Puissant, qui ne hais rien de ce que Tu as fait, et qui pardonnes les péchés de tous ceux qui se repentent; crée et forme en nous des coeurs nouveaux et contrits; afin que, regrettant amèrement nos péchés, et reconnaissant notre misère, nous obtenions de Toi, qui es le Dieu de toute miséricorde, un pardon et une rémission parfaite. Par Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.
(Cette prière de Collecte devra être dite chaque jour durant le Carême, après la Collecte du jour, et ce jusqu'au Dimanche des Palmes / Rameaux)






















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