"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 février 2007

P. Hopko : doctrine Chrétienne de la Rédemption

dessin d'enluminure du Christ Pantocrator dans le Livre de Kells, Orthodoxie Celtiquehttp://groups.google.be/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/b6e31c4817ed1423

[Extrait de "The Christian Doctrine"]

Et Il fut crucifié pour nous sous Ponce Pilate, et souffrit et fut enseveli. Bien que Jésus n'avait pas péché et n'avait pas à souffrir et mourir, Il prit volontairement sur Lui-même les péchés du monde, et Se livra volontairement aux souffrances et à la mort pour notre Salut. Telle était Sa tâche en tant que Messie-Sauveur :

"L'Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m'a consacré par l'onction; il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux humbles, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la délivrance, aux prisonniers l'élargissement, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur, un jour de vengeance de notre Dieu; consoler tous les affligés, leur donner un diadème au lieu de cendres, l'huile de joie au lieu de vêtements de deuil,..." (Isaïe 61,1-3).

Et en même temps, Jésus avait à faire cela en tant que Serviteur Souffrant de Dieu-Yaweh.

"Il était dédaigné, le rebut de l'humanité, homme douloureux, familier de la souffrance; comme ceux devant qui on se voile la face, il était honni et nous n'en faisions point de cas. Or ce sont nos maladies qu'il a prises sur lui, c'est de nos souffrances qu'il s'est chargé; et nous nous imaginions qu'il était puni, frappé par Dieu et humilié. Mais comme c'était pour nos forfaits qu'il était frappé, et pour nos iniquités qu'il était écrasé, le châtiment qui nous sauve a pesé sur lui, et c'est grâce à ses meurtrissures que nous avons la guérison. Tous nous errions comme des moutons, nous allions chacun notre chemin; cependant le Seigneur faisait retomber sur lui la peine de nos fautes à tous. Maltraité, il s'est résigné, il n'a pas ouvert la bouche, comme un agneau qu'on mène à la boucherie, comme une brebis muette aux mains du tondeur. (Il n'a pas ouvert la bouche.) Par un jugement inique il a été enlevé; qui songe à défendre sa cause, lorsqu'il est retranché de la terre des vivants, mis à mort pour le péché de mon peuple? On lui a assigné sa sépulture auprès des scélérats, et à sa mort, on l'a mis avec les riches, bien qu'il n'ait commis aucune injustice, et que le mensonge ne se soit point trouvé en sa bouche. Mais il a plu au Seigneur de le broyer par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il se verra une postérité, il prolongera ses jours, et la volonté du Seigneur se réalisera par lui. Après les tourments endurés par sa personne, il verra la lumière et il sera comblé. Juste, mon Serviteur justifiera beaucoup d'hommes, et il se chargera de leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les multitudes, et il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il a donné lui-même sa vie, et s'est laissé mettre au nombre des criminels, se chargeant des péchés de beaucoup d'hommes, et intercédant pour les coupables." (Isaïe 53,3-12)

Ces paroles du prophète Isaïe, écrites des siècles avant la naissance de Jésus, nous racontent l'histoire de Sa mission Messianique. Cela a commencé officiellement à la vue de tous lors de Son Baptême par Jean dans le Jourdain. En permettant qu'on Le baptise avec le pécheurs bien qu'Il n'avait pas péché, Jésus montre qu'Il accepte Son appel à être identifié avec les pécheurs : "le Bien-aimé" du Père et "l'Agneau de Dieu Qui enlève les péchés du monde" (Jn 1,29; Mt 3,17).

Jésus commence à enseigner, et le jour même, et à l'instant même où ses disciples L'avaient pour la première fois confessé comme étant le Messie, "le Christ, le Fils du Dieu Vivant", Jésus leur explique que Sa mission était "d'aller à Jérusalem et de souffrir beaucoup... et d'être mis à mort, et le 3ème jour, de ressusciter" (Mt 16,16-23; Mc 8,29-33). Les Apôtres s'en trouvent fortement déçus. Aussitôt après, Jésus leur montre Sa divinité en étant transfiguré devant certains d'entre eux, rayonnant de la gloire divine, sur la montagne, en présence de Moïse et d'Élie. A ce moment-là, Il leur redit "Le fils de l'Homme doit être livré aux mains des hommes, et ils Le tueront, et Il ressuscitera le 3ème jour" (Mt 17,1-23; Mc 9,1-9).

A la fin, les puissances du mal se déchaînent contre le Christ : "Les rois de la terre complotent contre le Seigneur et Son Christ" (Ps 2,2). Ils cherchent des prétextes pour Le tuer. La raison officielle était le blasphème, "Tu n'es qu'un homme, et Tu Te fais Dieu" (Jn 10,31-38). Cependant, les raisons profondes étaient bien plus personnelles : Jésus disait la vérité aux hommes, et révélait leur entêtement, leur folie, leur hypocrisie, et leur péché. Pour cette raison tout pécheur, endurci par ses péchés et refusant de se repentir, souhaite et provoque la crucifixion du Christ.

La mort de Jésus a été le fait des chefs religieux et politiques de Son époque, mais avec approbation des masses, lorsque Caïphe était grand prêtre, "sous Ponce Pilate." Il a été "crucifié pour nous... et souffert et été enseveli" afin d'être auprès de nous dans nos souffrances et lors de notre mort, que nous provoquons à cause de nos péchés : "car le salaire du péché, c'est la mort" (Rom 6,23). En ce sens, l'Apôtre Paul écrit de Jésus "qu'étant devenu malédiction pour nous" (Gal. 3,13), "Celui qui n'a point connu le péché, (Dieu) L'a fait péché pour nous, afin qu'en Lui, nous soyons faits justice de Dieu" (2 Cor 5,21).

Les souffrances et la mort du Christ en obéissance au Père révèlent l'amour divin et surabondant de Dieu envers Sa Création. Car alors que tout était péché, maudit et mort, le Christ devint péché, maudit, et mort pour nous – bien qu'en Lui-même Il ne cessa jamais d'être justice et bénédiction et Vie de Dieu Lui-même. C'est à cette profondeur-là, si basse que nul ne saurait trouver voire imaginer plus bas, que le Christ S'est Lui-même humilié "pour nous hommes et pour notre Salut." Car étant Dieu, Il Se fit homme; et étant homme, Il devint esclave; et étant esclave, Il mourut, et non seulement il mourut, mais en plus sur une croix. Par cette si profonde dégradation de Dieu s'écoule l'exaltation éternelle de l'homme. Telle est la doctrine pivot de la Foi Chrétienne Orthodoxe, qui s'est exprimée et sans cesse s'exprime de diverses manières tout au long de l'histoire de l'Église Orthodoxe. C'est la doctrine de la Rédemption – "atonement" en anglais, devenir un, "at one", avec Dieu. Cette doctrine de la Rédemption signifie que nous sommes rachetés, payés de l'inestimable prix du sang de Dieu (Actes 20,28; 1 Cor 6,20).

"Ayez en vous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus. Quoiqu'Il fût de condition divine, Il ne S'est pas prévalu de Son égalité avec Dieu; mais Il S'est anéanti Lui-même en prenant la condition d'esclave et Se faisant pareil aux hommes. Et quand Il eut revêtu l'aspect d'un homme, Il S'est encore abaissé Lui-même en Se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. Aussi, Dieu l'a-t-Il souverainement exalté et Lui a-t-Il conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au Nom de Jésus tout genou fléchisse, au Ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue professe, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus Christ est Seigneur" (Phil 2,5-11)."

En contemplant l'action salvatrice et rédemptrice du Christ, traditionnellement, on met l'accent sur 3 aspects qui, en réalité, ne sont pas divisés, et ne sauraient l'être; mais qui, en théorie – c'est-à-dire dans la vision de l'être et de l'activité du Christ en tant que Sauveur du monde – peuvent être distinguées. Le premier de ces 3 aspects de l'oeuvre rédemptrice du Christ, c'est le fait que Jésus sauve l'humanité en donnant l'image parfaite et l'exemple de la vie humaine quand elle est remplie de la grâce et de la puissance de Dieu.

Jésus, l'Image Parfaite de la vie humaine, Jésus est le Verbe incarné de Dieu. Il est l'Enseignant et le Maître envoyé par Dieu pour le monde. Il est l'incarnation de Dieu Lui-même sous forme humaine. Il est "l'image du Dieu invisible" (Col 1,15). En Lui, "la plénitude de la divinité demeure corporellement" (Col 2,9). Qui voit Jésus voit le Père (Jn 14,9). Il est le "Reflet de la gloire de Dieu et empreinte de Sa substance" (Héb 1,3). Il est la "Lumière du monde" Qui "illumine tout homme .. venant dans le monde" (Jn 8,12, 1,9). Être sauvé par Jésus c'est en premier lieu être illuminé par Lui; Le voir en tant que Lumière, et voir toutes choses à Sa lumière. C'est Le connaître comme étant "la Vérité" (Jn 14,6); et connaître la vérité en Lui.

"Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous libérera" (Jn 8,31).

Lorsque quelqu'un est sauvé par Dieu en Christ, il vient à la connaissance de la vérité, accomplissant le désir de Dieu pour Ses créatures, car "Dieu notre Sauveur... veut que tous les hommes soient sauvés, et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tim 2,4). En sauvant le monde de Dieu, Jésus-Christ illumine les créatures de Dieu par le Saint Esprit, l'Esprit de Dieu Qui est l'Esprit de Vérité Qui procède du Père et Qui est envoyé au monde par le Christ.

"Si vous M'aimez, vous observerez Mes Commandements. Et Moi Je prierai le Père, et Il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'Il demeure éternellement avec vous. C'est l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne Le voit pas et ne Le connaît pas. Mais vous, vous Le connaissez parce qu'Il demeure avec vous, et est en vous" (Jn 14,15-17).

"Quand sera venu le Paraclet que Je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité Qui procède du Père, Il Me rendra témoignage; et vous témoignerez, vous aussi, parce que vous êtes avec Moi depuis le commencement" (Jn 15,26).

"Quand le Paraclet, l'Esprit de vérité, sera venu, Il vous mènera vers la vérité tout entière" (Jn 16,13).

Dès lors, le premier aspect du Salut en Christ, c'est d'être illuminé par Lui et de connaître la vérité à propos de Dieu et de l'humain grâce à la guidance du Saint Esprit, l'Esprit de Vérité, que Dieu donne à travers Lui à ceux qui croient. De ceci, nous trouvons le témoignage dans les écrits apostoliques des saints Jean et Paul:
"Et nous en parlons dans un langage que ne nous a point enseigné la sagesse humaine, mais bien l'Esprit, Qui nous donne d'exprimer les réalités spirituelles en termes spirituels. Mais l'homme naturel n'accepte pas les choses de l'Esprit de Dieu : elles sont folies pour lui. Il ne peut les comprendre, car c'est par l'Esprit qu'on en juge. [..] Et qui a connu la pensée du Seigneur, pour lui en remontrer (Is 40,13)? Or, nous, nous avons la pensée du Christ" (1 Cor 2:13-16).

Car Dieu "nous a fait connaître le mystérieux dessein de Sa volonté que, dans Sa bienveillance, Il avait éternellement arrêté pour le mener à bonne fin quand les temps seraient accomplis, le dessein de réunir toutes choses dans le Christ, au Ciel comme sur la terre. [..] et c'est à moi .. qu'a été donnée cette grâce... de mettre en lumière l'économie de ce dessein mystérieux qui depuis toute éternité se trouvait caché en Dieu, le Créateur de toutes choses. Ainsi désormais, par l'Église, les Principautés et Puissances célestes peuvent connaître l'infinie diversité de la sagesse de Dieu..." (Eph 1,8-10; 3,9-10).

"Je veux en effet que ... par là leur coeur soit réconforté, et que, dans l'étroite union de la charité, ils soient enrichis d'une plénitude d'intelligence; qu'ils aient aussi pleine connaissance du mystère de Dieu, à savoir le Christ, en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la science" (Col 2,1-3).

"Quant à vous, vous avez reçu l'huile de l'onction qui vient du Saint, et tous, vous savez. Si je vous ai écrit, ce n'est pas que vous ignoriez la vérité; c'est parce que vous la connaissez et que de la vérité ne sort aucun mensonge [...] l'huile de l'onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous et vous n'avez pas besoin que personne vous instruise; mais puisque l'huile de son onction vous enseigne sur tout, et qu'elle est véridique, et non point mensonge: selon ce qu'elle vous a enseigné, demeurez en Lui [...] Celui qui garde Ses Commandements demeure en (Dieu) et (Dieu) en lui. Et voici à quoi nous reconnaissons qu'Il demeure en nous: à l'Esprit qu'Il nous a donné" (1 Jn 2,20-27; 3,24).

Le premier aspect du Salut de l'homme par Dieu en Christ est dès lors la capacité et le pouvoir de voir, de connaître, de croire et d'aimer la vérité de Dieu en Christ, Qui est la Vérité, par l'Esprit de Vérité. C'est le don de la connaissance et de la sagesse, de l'illumination, c'est la condition de celui qui est "enseigné par Dieu" comme l'avaient annoncé les prophètes et comme l'a accompli le Christ (Isa 54,13; Jér 31,33-34; Jn 6,45). C'est pourquoi, dans l'Église Orthodoxe, l'entrée dans la vie salvatrice par le biais du Baptême et de la Chrismation est appelée "sainte illumination."

"Car Dieu, qui a dit: "Que du sein des ténèbres la lumière brille", est aussi celui qui a fait briller Sa lumière dans nos coeurs, pour qu'y luise l'éclat de la connaissance de la splendeur de Dieu qui apparaît sur le visage du Christ" (2 Cor 4,6).

Jésus, le Réconciliateur de l'homme avec Dieu

Le second aspect de l'acte un et indivisible par lequel Christ a sauvé l'homme et son monde, c'est l'accomplissement de la réconciliation avec Dieu le Père par le pardon des péchés. Stricto sensu, c'est la rédemption, la remise des péchés, et la punition due au péché; être fait "un" avec Dieu.

"En effet, au temps où nous étions encore dans la faiblesse, le Christ, au moment voulu, est mort pour des impies. À peine accepterait-on de mourir pour un juste; peut-être, pour un homme de bien, consentirait-on à mourir. Mais voici une preuve de l'amour de Dieu pour nous : au temps où nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. À plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous soustraits par lui, à la colère. Si, étant encore ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison après réconciliation, serons-nous sauvés par sa vie. Ce n'est pas tout : nous allons jusqu'à mettre notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par qui nous avons maintenant obtenu la réconciliation" (Rom 5,6-11).

"Quiconque est dans le Christ est une nouvelle créature. Ce qui est vieux est passé; voyez, il y a du nouveau. Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ, et nous a confié le ministère de cette réconciliation. Car dans le Christ, c'était Dieu qui se réconciliait le monde, qui ne faisait plus état des fautes des hommes, et qui a mis sur nos lèvres le message de réconciliation" (2 Cor 5,17-19).

Le pardon des péchés est un des signes de la venue du Christ, le Messie, tel que prédit dans l'Ancien Testament :

"...car tous Me connaîtront, grands et petits - oracle du Seigneur; car Je pardonnerai leur faute sans garder aucun souvenir de leur péché" (Jér 31,34).

Le Christ est l'Agneau de Dieu Qui enlève les péchés du monde, l'Agneau qui est sacrifié afin que par Lui tous les péchés puissent être pardonnés. Il est aussi le Grand Prêtre, Qui offre le sacrifice parfait par lequel l'homme est lavé de ses péchés et purifié de ses iniquités. Sur l'arbre de la Croix, en tant que Grand Prêtre, Jésus offre le sacrifice parfait de Sa propre vie, Son propre corps, en tant qu'Agneau de Dieu.

"Le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple pour que vous suiviez Ses traces. Lui Qui n'a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude (Is 53,9); Lui Qui, outragé, n'a pas rendu l'outrage; Qui, maltraité, n'a point fait de menaces, mais s'en remettait à Celui Qui juge avec justice; Lui Qui a porté Lui-même nos péchés dans son corps sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice; Lui enfin, dont les meurtrissures nous ont guéris (Is 53,5). Car vous étiez des brebis errantes; mais vous êtes maintenant revenus à Celui Qui est le pasteur et le gardien de vos âmes" (1 Pierre 2,22-25).

L'offrande et le sacrifice du Fils de Dieu en tant que Grand Prêtre, offert à Son Père éternel, est expliqué en grand détail dans l'Épître aux Hébreux, que l'on trouve dans le Nouveau Testament.
"Au jour de sa vie mortelle, Il adressa des prières et des supplications mêlées de cris et de larmes à Celui Qui pouvait Le sauver de la mort, et Sa piété le fit exaucer. Bien que Fils de Dieu, Il apprit donc à obéir dans les souffrances qu'Il endura et, une fois parvenu à son terme, Il est devenu, pour tous ceux qui Lui obéissent, une source de Salut éternel, car Dieu L'a proclamé prêtre selon l'ordre de Melchisédech" (Héb 5,7-10).

"Cependant le Christ a paru, grand prêtre des biens à venir; et, traversant une tente excellente et plus parfaite, non construite par la main de l'homme, (ce qui veut dire, n'appartenant pas à cette création) sans apporter le sang de boucs ou de taureaux, mais avec Son propre sang, Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire en nous acquérant la rédemption éternelle. Car, si le sang des boucs et des taureaux, si la cendre d'une vache dont on asperge ceux qui ont contracté quelque souillure sanctifient et procurent du moins la pureté du corps, à combien plus forte raison le sang du Christ qui, par l'Esprit éternel, S'est offert Lui-même à Dieu comme victime immaculée, purifiera-t-il notre conscience des oeuvres de mort pour le service du Dieu vivant! C'est pour cela qu'Il est médiateur du Nouveau Testament, et ainsi, Sa mort étant intervenue pour le rachat des fautes commises sous l'ancien, les élus reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis" (Héb 9,11-15).

Selon les Écritures, les péchés de l'homme et les péchés du monde entier sont pardonnés par le sacrifice du Christ, par l'offrande de Sa vie – Son corps et Son sang, qui est le "sang de Dieu" (Actes 20,28) – sur la Croix. C'est la "Rédemption", la "rançon", "l'expiation", la "propiation", dont parlaient les Écritures, qui avait à être accomplie de sorte que l'homme puisse devenir "un" avec Dieu. Le Christ a "payé le prix" qui avait à être payé pour le monde, afin que ce dernier puisse être pardonné et purifié de toutes les iniquités et péchés (1 Cor 6,20; 7,23).

Dans l'histoire de la doctrine Chrétienne, il y a eu de grands débats sur la question de savoir à qui le Christ "payait le prix" pour la rançon du monde et le Salut de l'humanité. Certains ont dit que le "paiement" avait été fait au diable. Cela vient du fait que le diable a reçu certains "droits" sur l'homme et son monde à cause du péché de l'homme. Dans sa rébellion contre Dieu, l'homme "s'est lui-même vendu au diable", permettant dès lors au démon de devenir "prince de ce monde" (Jn 12,31). Le Christ est venu payer la dette au démon et libérer l'homme de son emprise en Se sacrifiant Lui-même sur la Croix.

D'autres disent que le "paiement" du Christ pour l'homme avait à être fait à Dieu le Père. C'est la vision qui interprète la mort sacrificielle du Christ sur la Croix comme étant la punition nécessaire qui avait à être payée pour satisfaire la colère de Dieu à l'encontre de la race humaine. Dieu était insulté par le péché de l'homme. Sa Loi était bafouée et Sa justice offensée. L'homme avait à payer l'amende pour son péché en offrant le juste châtiment. Mais nulle quantité de châtiment humain n'aurait pu satisfaire la justice de Dieu parce que la justice de Dieu est divine. Dès lors le Fils de Dieu avait à naître dans le monde et recevoir la punition qui était à juste titre prévue pour les hommes. Il avait à mourir afin que Dieu reçoive juste satisfaction pour les offenses de l'homme contre Lui. Le Christ S'est Lui-même substitué à nous et est mort pour nos péchés, offrant Son sang comme sacrifice satisfiant pour les péchés du monde. En mourant sur la Croix à la place de l'homme pécheur, le Christ paie le prix complet et entier pour les péchés de l'homme. La colère de Dieu est levée. L'insulte de l'homme punie. Le monde est réconcilié avec son Créateur.

Commentant cette question de savoir à qui le Christ "payait le prix" pour le Salut de l'homme, saint Grégoire le Théologien, au 4ème siècle, écrivait ceci dans sa seconde méditation pascale (Oratio) :

"Maintenant nous allons examiner un autre fait et dogme, négligé par la plupart, mais selon moi, méritant approfondissement. Pour qui donc était ce Sang offert qui était versé pour nous, et pourquoi était-il versé? Je parle du précieux et célèbre Sang de notre Dieu et Grand Prêtre et Sacrifice.

Nous étions détenus dans les liens par le démon, vendus au péché, et recevions du plaisir en échange du mal. Alors, puisqu'une rançon n'appartient qu'à celui qui tient enchaîné, je demande à qui il fut offert, et pour quelle raison?

Si c'est au démon, quelle honte que cet outrage! Si le bandit reçoit une rançon, non seulement de Dieu, mais une rançon qui consiste en Dieu Lui-même, et de la sorte un paiement altier pour sa tyrannie, alors il aurait été juste pour lui de nous laisser en même temps tranquilles!

Mais si c'est à Dieu le Père, alors comment? Car ce n'était pas par Lui que nous étions oppressés. Et de plus, en quoi est-ce que le Sang de Son Fils Unique-engendré aurait réjouit le Père, Lui Qui n'avait pas même voulu recevoir celui d'Isaac, lorsqu'il fut amené pour être sacrifié par son père (Abraham), mais Qui avait changé le sacrifice en plaçant un bélier à la place de la victime humaine? (cfr Gen. 22).

Il n'est pas manifeste que le Père L'accepte, mais Il ne le Lui a ni demandé pour Lui, ni demandé à Lui; mais du fait de l'Incarnation, et du fait que l'humanité doit être sanctifiée par l'Humanité de Dieu, afin qu'Il puisse Lui-même nous délivrer, et vaincre le tyran (c-à-d le démon) et nous attirer à Lui-même par la médiation de Son Fils, Qui a aussi disposé de cela pour honorer le Père, à Qui il est manifeste qu'Il obéit en toutes choses."

Dans la terminologie de la théologie Orthodoxe, on peut dire en général que les mots "paiement" et "rançon" sont plutôt compris comme une manière métaphorique et symbolique de dire que le Christ a accompli toutes choses nécessaires pour sauver et racheter l'humanité esclave du démon, du péché et de la mort, et se trouvant sous la colère de Dieu. Il "a payé le prix", non pas dans un sens manière légaliste ou juridique ou économique. Il a "payé le prix" non pas au démon dont les droits sur l'homme avaient été gagnés par la tromperie et la tyrannie. Il a "payé le prix" non pas à Dieu le Père dans le sens que Dieu Se délecterait de Ses souffrances et recevrait "satisfaction" de Ses créatures en Lui. C'est plutôt qu'Il a 'payé le prix" à la réalité elle-même, pourrions nous dire. Il a "payé le prix" pour créer les conditions dans lesquelles et par lesquelles l'homme pourrait recevoir le pardon des péchés et la vie éternelle, en mourant et se relevant à nouveau en Lui dans la nouveauté de la vie (cfr Romains 5,8; Galates 2,4).

En mourant sur la Croix et ressuscitant d'entre les morts, Jésus-Christ a lavé le monde du mal et du péché. Il a vaincu le démon "sur son propre territoire" et selon "ses propres moyens." Le "salaire du péché est la mort" (Romains 6,23). Ainsi le Fils de Dieu devint homme et prit sur Lui-même les péchés du monde et mourut d'une mort volontaire. Par Sa mort sans péché et innocente accomplie entièrement de Sa libre volonté – et non pas par quelque nécessité physique, morale ou juridique – Il a fait mourir la mort, la faisant devenir elle-même la source et le chemin de la vie éternelle. C'est ce que chante l'Église lors de la fête de la Résurrection, la Nouvelle Pâque dans le Christ, ce nouvel Agneau Pascal, Qui est ressuscité d'entre les morts :

"Le Christ est ressuscité des morts!
Par la mort Il a vaincu la mort!
A ceux qui sont au tombeau, Il a donné la vie!"
(Tropaire de la Résurrection / Pâques)

Et voici comment l'Église prie à la Divine Liturgie de saint Basile le Grand :

"Lui, le Dieu d’avant les siècles, Il est apparu sur terre, Il a vécu parmi les hommes, Il a pris chair de la Sainte Vierge, Il S’est anéanti Lui-même, prenant la condition d’un esclave, devenant conforme à notre corps de misère pour nous rendre conformes à l’image de Sa gloire.
Et puisque le péché, par la faute d’un homme, était entré dans le monde, et par le péché, la mort, il a plu à Ton Fils Unique, Celui Qui est dans Ton sein, Toi Dieu et Père, de naître de la femme, la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, de naître sous la Loi, condamnant le péché dans Sa propre chair, afin que ceux qui étaient morts en Adam fussent rendus à la vie en Lui, Ton Christ.
Ayant résidé dans ce monde et donné Ses préceptes salutaires, nous détournant des errements de l’idolâtrie, Il nous a amenés à Te connaître, Toi vrai Dieu et Père, et nous a acquis pour Lui-même comme un peuple choisi, un sacerdoce royal, une race sainte. Nous ayant purifiés dans l’eau et sanctifiés par l’Esprit Saint, Il S’est livré Lui-même comme rançon à la mort, dans laquelle nous étions retenus, vendus au péché.
Descendu par la Croix au séjour des morts, afin de parfaire en Lui toutes choses, Il a dissipé les angoisses de la mort. Ressuscité le troisième jour, Il a frayé à toute chair la voie de la résurrection d’entre les morts, car il n’était pas possible que l’Auteur de la vie fût soumis à la corruption. Il est devenu prémices de ceux qui se sont endormis, premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier de tout..." (prière Eucharistique de la Liturgie de Saint Basile)

Jésus, le Destructeur de la Mort

Dès lors, le 3ème et dernier aspect de l'action salvatrice et rédemptrice du Christ est le plus profond et le plus compréhensible. C'est la destruction de la mort par la propre mort du Christ. C'est la transformation de la mort elle-même en un acte de vie. C'est la recréation du Shéol [Hadès, "enfer"] – la condition spirituelle de l'état de mort – en paradis de Dieu. Ainsi, dans et à travers la mort de Jésus-Christ, la mort est mise à mort. En Lui, Qui est la Résurrection et la Vie, l'homme ne peut pas mourir, mais vit éternellement avec Dieu.

"En vérité, en vérité Je vous le dis, celui qui écoute Ma parole et croit à Celui Qui M'a envoyé, a la vie éternelle, et il échappe à la condamnation: il est passé de la mort à la vie" (Jn 5,24)

"C'est Moi la résurrection; celui qui croit en Moi, vivra, fût-il mort. Et tout homme qui vit et croit en Moi ne mourra jamais" (Jn 11,25-26).

"Le Christ qui est mort, plutôt, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, le Christ intercède pour nous! Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ? (..) J'ai, en effet, la ferme conviction que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les sommets ni les abîmes, ni quoi que ce soit dans la création, ne pourra nous séparer de l'amour que Dieu nous témoigne dans le Christ Jésus, notre Seigneur" (Romains 8,34-39).

"Car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. Et vous, vous avez tout, pleinement, en Lui, Qui est le chef de toute Principauté et de toute Puissance. En Lui aussi, vous avez été circoncis, non de cette circoncision faite de main d'homme, mais de la circoncision du Christ, qui consiste dans le dépouillement de notre être charnel. Ensevelis avec Lui par le baptême, avec Lui vous êtes ressuscités par votre foi en la puissance de Dieu Qui L'a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts par vos fautes et votre incirconcision, Il vous a fait revivre avec Lui, car Il nous a remis toutes nos offenses. Il a détruit l'acte rédigé contre nous et dont les dispositions nous condamnaient; Il l'a réduit à néant en le clouant à la Croix. Il a dépouillé les Principautés et les Puissances, Il les a livrées en spectacle de dérision en triomphant d'elles par la croix" (Colossiens 2,9-15).

Telle est la doctrine des Écritures du Nouveau Testament, répétée sans cesse de diverses manières dans la Tradition de l'Église : dans ses Sacrements, son hymnologie, sa théologie, son iconographie. La victoire du Christ sur la mort est la libération de l'homme des péchés et la victoire de l'homme sur l'esclavage du démon, parce qu'en et à travers la mort du Christ, l'homme meurt et renaît à la vie éternelle. Les péchés ne sont plus comptés. Dans Sa mort, le démon ne le retient plus. Dans Sa mort, il renaît à la nouveauté de la vie et est libéré de tout ce qui est mal, faux, démoniaque et pécheur. En un mot, il est libéré de tout ce qui est mort en mourant et se relevant à nouveau en et par Jésus.

"Mais ce Jésus qui a été abaissé momentanément au-dessous des anges , nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause des souffrances de la mort. C'est ainsi que, par la grâce de Dieu, sa mort profite à tous les hommes. (..) Puis donc que les enfants ont eu en partage une nature de chair et de sang, lui-même en a fait partie également. Il peut ainsi renverser par sa mort la puissance de celui qui possédait l'empire de la mort, le diable, et délivrer ceux que la crainte de la mort tenait, leur vie durant, dans une vraie servitude" (Héb 2,9-15).

"Mais voici que le Christ est ressuscité des morts; Il est les prémices de ceux qui sont morts. En effet, c'est par un homme que la mort est venue; c'est par un Homme aussi que vient la résurrection des morts. Tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ[..]
Or, l'aiguillon de la mort, c'est le péché; la puissance du péché, c'est la Loi. Mais grâces soient rendues à Dieu Qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ!" (1 Cor 15,20-23; 56-57).
enluminure occidentale de la Ressurection du Christ

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