"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 février 2007

P. Schmemann: Dimanche de l'Orthodoxie

http://groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/e0817b18a4fde7a9

Constantinople, anno 1400
(c) Metropolitan Museum

[note de traduction : remplacez dans l'homélie ci-dessous les mots "Amérique" et "américain" et adjectifs équivalents par "Occidental" et le nom du pays où vous vous trouvez, et cette homélie colle magnifiquement à la situation locale. Encore une merveille de l'Orthodoxie!; jm]

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Nous réjouissant aujourd'hui en la fête du triomphe de l'Orthodoxie, en ce premier dimanche de Carême, nous commémorons joyeusement 3 événements : un qui appartient au passé, un du présent, et un événement qui appartient encore à l'avenir.

A chaque fois que nous avons la moindre fête ou réjouissance dans l'Église, nous, Orthodoxes, regardons d'abord en arrière – car dans notre vie présente, nous dépendons de ce qui s'est passé auparavant. Nous dépendons en tout premier, bien entendu, de la première et ultime victoire – celle du Christ Lui-même. Notre foi est enracinée dans cette étrange défaite qui devint la plus glorieuse victoire – la défaite d'un homme cloué à une croix, Qui se releva de la mort, Qui est le Seigneur et le Maître du monde. Tel est le premier triomphe de l'Orthodoxie. Il est le contenu de toutes nos commémorations et de toute notre joie. Cet Homme sélectionna et élu 12 hommes, leur donna le pouvoir de prêcher au sujet de cette défaite et de cette victoire, et les envoya dans le monde entier en disant "prêchez et baptisez, construisez l'Église, annoncez le Royaume de Dieu." Et vous savez, mes frères et soeurs, comment ces 12 hommes – des hommes tout simples, de simples pêcheurs – sont partis et ont prêché. Le monde les a haïs, l'Empire Romain les a persécutés, et ils ont été couverts de sang. Mais ce sang était une nouvelle victoire. L'Église a grandit, l'Église a recouvert tout l'univers de la véritable foi. Après quelque 300 ans du plus inégal des conflits entre le puissant Empire Romain et l'impuissante Église Chrétienne, l'Empire Romain accepta le Christ en tant que Seigneur et Maître. Ceci fut le second triomphe de l'Orthodoxie. L'Empire Romain reconnu Celui qu'il avait crucifié et ceux qu'il avait persécutés comme étant les porteurs de la vérité, et leur enseignement comme étant l'enseignement de la vie éternelle. L'Église triomphait. Mais alors commença la seconde période de troubles.

Les siècles suivants virent de nombreuses tentatives de falsification de la foi, de l'ajuster aux désirs humains, de la remplir de contenu humain. A chaque génération, il y en avait qui n'acceptaient pas le message de la Croix et de la Résurrection et de la vie éternelle. Ils tentaient de le changer, et nous appelons ces changements des hérésies. A nouveau, il y eut des persécutions. A nouveau, des Orthodoxes, évêques, moines et laïcs, défendirent leur foi et furent condamnés et exilés et couverts de sang. Et après 5 siècles de ces conflits et persécutions et discussions, arriva le jour que nous commémorons aujourd'hui, le jour de la victoire finale de l'Orthodoxie en tant que la véritable foi, victoire contre toutes les hérésies. Cela a eu lieu le premier dimanche de Carême de l'an 843, à Constantinople. Après quelque 100 ans de persécutions dirigées contre le culte des saintes Icônes, l'Église proclama pour finir que la vérité avait été définie, que la vérité était pleinement en possession de l'Église. Et depuis lors, tous les Orthodoxes, peu importe où ils vivent, se sont rassemblés en ce dimanche pour proclamer au monde leur foi dans cette vérité, leur certitude que leur Église est vraiment apostolique, vraiment Orthodoxe, vraiment universelle. C'est cet événement du passé que nous commémorons aujourd'hui.

Mais posons-nous une question : est-ce que tous les triomphes de l'Orthodoxie, toutes les victoires, appartiennent au passé? Regardant les temps présents, nous avons parfois le sentiment que notre seule consolation, c'est de nous souvenir du passé. Alors, l'Orthodoxie était glorieuse, alors, l'Église Orthodoxe était puissante, elle dominait. Mais qu'en est-il du présent? Mes chers amis, si le triomphe n'appartient qu'au passé, s'il n'y a plus rien d'autre à faire pour nous que de commémorer, de nous répéter à quel point le passé était glorieux, alors l'Orthodoxie est morte. Mais nous sommes ici ce soir pour témoigner du fait que l'Orthodoxie non seulement n'est pas morte, mais aussi qu'elle est une fois de plus et pour toujours en train de célébrer son propre triomphe – le triomphe de l'Orthodoxie. Nous n'avons plus à combattre des hérésies parmi nous, mais nous avons d'autres problèmes qui une fois de plus défient notre Foi Orthodoxe.

Aujourd'hui, ici rassemblés, Orthodoxes de diverses origines nationales, nous proclamons et glorifions en tout premier lieu notre unité dans l'Orthodoxie. C'est le plus magnifique des événements: que nous tous, avec toutes nos différences, toutes nos limitations, toutes nos faiblesses, nous savons nous rassembler et dire que nous appartenons à cette Foi Orthodoxe, que nous sommes un en Christ et dans l'Orthodoxie. Nous vivons très loin des centres traditionnels de l'Orthodoxie. Nous nous appelons nous-mêmes Orthodoxes Orientaux, et cependant, nous sommes ici en Occident, si loins de ces glorieuses cités qui ont été centres de la Foi Orthodoxe des siècles durant – Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Moscou. Qu'elles sont loins, ces villes! Et cependant, n'avons-nous pas le sentiment que quelque chose relevant du miracle s'est produit, que Dieu nous a envoyés ici, loin en Occident, non pas simplement pour nous y installer, pour augmenter nos revenus financiers, pour bâtir une communauté. Il nous a envoyés en tant qu'apôtres de l'Orthodoxie, de cette que cette foi, qui était historiquement limitée à l'Orient, qui devient à présent une foi qui est vraiment et complètement universelle.

C'est un moment palpitant dans l'histoire de l'Orthodoxie. C'est pourquoi il est si important pour nous d'être ici ce soir et de comprendre, de réaliser, d'avoir cette vision de ce qui est occupé de se passer. Des peuples ont franchi l'océan, sont venus ici, ne pensant pas tant à leur foi qu'à eux-mêmes, à leurs vies, à leur avenir. Ils étaient habituellement pauvres, ils ont mené une vie difficile, et ils ont bâtit ces petites églises Orthodoxes un peu partout en Amérique non pas pour les autres, mais pour eux-mêmes, rien que pour se rappeler leur pays d'origine, pour perpétuer leur tradition. Ils ne pensaient pas à l'avenir. Et cependant, c'est ce qui s'est passé : l'Église Orthodoxe a été envoyée ici à travers et avec ces pauvres gens. La vérité elle-même, la plénitude de la Foi apostolique – tout cela est arrivé ici, et ici, nous voilà à présent, remplissant cette salle et proclamant cette Foi apostolique – la Foi qui a renforcé l'univers. Et cela nous amène à l'événement qui appartient encore à l'avenir.

Si aujourd'hui nous ne pouvons que proclamer, si nous ne pouvons que prier pour ce triomphe de l'Orthodoxie à venir dans ce pays et dans le monde, notre Foi Orthodoxe nous force à croire que ce n'est pas par accident mais par la Providence divine que la Foi Orthodoxe a atteint aujourd'hui tous les pays, toutes les villes, tous les continents de l'univers. Après cette faiblesse historique de notre "religion", après les persécutions par l'Empire Romain, par les Turcs, par les impies athées, après toutes les épreuves que nous avons eues à subir, aujourd'hui, c'est un nouveau jour qui commence. Quelque chose de nouveau va se passer. Et c'est de cet avenir de l'Orthodoxie que nous avons à nous réjouir ce jour.

Nous pouvons déjà avoir la vision de cet avenir lorsque, en Occident, une forte Église Orthodoxe d'Amérique naîtra. Nous pouvons voir comment cette Foi, qui a été si longtemps une foi étrangère ici, deviendra vraiment et complètement universelle dans le sens que nous répondrons aux interrogations de tous les hommes, et aussi à toutes leurs questions. Car si nous croyons en ce mot "Orthodoxie", "la vraie Foi"; si, pour un instant, nous essayons de comprendre ce que cela signifie : le véritable, le Christianisme en plénitude, tel qu'il a été proclamé par le Christ et Ses disciples; si notre Église a préservé à travers les siècles le message des Apôtres et des Pères et des saints dans sa forme la plus pure; alors, mes chers amis, elle est ici, la réponse aux questions et aux problèmes et aux souffrances de notre monde. Vous savez que notre monde d'aujourd'hui est si complexe. Il n'arrête pas de changer. Et au plus il change, au plus les gens ont peur, au plus ils sont effrayés de l'avenir, au plus ils sont préoccupés de ce qui va leur arriver. Et c'est ici que l'Orthodoxie doit répondre à leur problème; c'est là que l'Orthodoxie doit accepter le défi d'une civilisation moderne, et révéler aux hommes de toutes les nations, à toute l'humanité, dans le monde entier, qu'elle est restée la force de Dieu demeurée dans l'Histoire pour la transformation, pour la déification, pour la transfiguration de la vie humaine.

Le passé, le présent, l'avenir : au départ, un Homme seul, sur la Croix – la défaite absolue. Et si à ce moment-là, nous avions été présents, avec nos calculs humains, nous aurions probablement dit : "C'est la fin. Il ne se passera plus rien." Les Douze L'avaient quitté. Il n'y avait plus le moindre espoir. Le monde était dans les ténèbres. Tout semblait finit. Et vous savez ce qui s'est passé 3 jours plus tard. Trois jours après, Il apparu. Il apparu à Ses disciples, et leurs coeurs s'enflammèrent de l'intérieur, car ils surent qu'Il était le Seigneur ressuscité. Et depuis lors, à chaque génération, il y a eu des gens au coeur de feu, des gens qui ont ressenti que cette victoire du Christ avait à être portée encore et toujours à travers ce monde, pour être proclamée, afin de gagner de nouvelles âmes humaines et d'être la force transformante dans l'Histoire.

Aujourd'hui, cette responsabilité nous appartient. Nous sentons bien que nous sommes faibles. Nous sentons bien que nous sommes limités, que nous sommes divisés, que nous sommes encore séparés en tant de groupes, que nous avons tant d'obstacles à vaincre. Mais aujourd'hui, en ce dimanche de l'Orthodoxie, nous fermons nos yeux un instant, et nous nous réjouissons dans cette unité qui est déjà là : les prêtres des diverses Églises nationales priant ensemble, les peuples de toutes origines unis dans la prière pour le triomphe de l'Orthodoxie. Nous sommes déjà dans un triomphe, et daigne Dieu nous aider à garder ce triomphe en nos coeurs, de sorte que nous n'abandonnions jamais l'espérance en ce futur événement dans l'histoire de l'Orthodoxie, lorsque l'Orthodoxie deviendra la victoire qui surmonte éternellement tous les obstacles, parce que cette victoire, c'est la victoire du Christ Lui-même.

Alors que nous approchons de ce moment le plus important, l'Eucharistie, le prêtre dit : "Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit, nous confessions..." Quelle est la condition du véritable triomphe de l'Orthodoxie? Quel est le chemin menant à la véritable victoire finale, l'ultime victoire de notre Foi? La réponse vient de l'Évangile. La réponse vient du Christ Lui-même et de toute la Tradition de l'Orthodoxie. C'est l'amour. Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit, nous confessions... nous confessions notre Foi, notre Orthodoxie. Dès à présent, sentons-nous responsables les uns pour les autres. Comprenons que même si nous sommes divisés en petites paroisses, en petits diocèses, nous appartenons en premier lieu les uns aux autres. Ensemble, nous appartenons au Christ, à Son Corps, à l'Église. Sentons-nous responsables les uns pour les autres, et aimons-nous les uns les autres. Plaçons par dessus-tout les intérêts de l'Orthodoxie dans ce pays. Comprenons que chacun d'entre nous aujourd'hui doit être un apôtre de l'Orthodoxie dans un pays qui n'est pas encore Orthodoxe, dans une société qui nous interroge : "Mais en quoi croyez vous?" "Quelle est votre foi?" Et gardons, par dessus tout, la mémoire, l'expérience, le goût de cette unité que nous anticipons ici ce soir.

A la fin du premier siècle – alors que l'Église n'était encore qu'un minuscule groupe, une toute petite minorité, au sein d'une société qui était résolument anti-Chrétienne lorsque la persécution éclata – saint Jean le Théologien, le Divin, le bien-aimé disciple du Christ, écrivit ces mots : "Et telle est la victoire qui a triomphé du monde: notre foi" (1 Jean 5,4). Il n'y avait pas de victoire à l'époque, et cependant, il savait que dans sa Foi, il avait la victoire qui peut nous être appliquée à nous aujourd'hui. Nous avons la promesse du Christ, que les portes de l'Hadès ne prévaudront jamais contre l'Église. Nous avons la promesse du Christ que si nous avons la foi, tout sera possible. Nous avons la promesse du Saint Esprit, qu'Il remplira tout ce qui est faible, qu'Il nous aidera au moment où nous aurons besoin d'aide. En d'autres termes, nous avons toutes les possibilités, nous avons tout ce dont nous avons besoin, et dès lors, la victoire est à nous. Ce n'est pas une victoire humaine qui pourrait être définie en termes d'argent, de succès humain, de réussite humaine. Ce que nous prêchons ce soir, ce que nous proclamons ce soir, ce pour quoi nous prions ce soir, c'est la victoire du Christ en moi, en nous, en chacun de nous dans l'Église Orthodoxe, en Amérique. Et cette victoire du Christ en nous, de Celui Qui fut crucifié et Se releva pour nous d'entre les morts, cette victoire sera la victoire de Son Église.

Aujourd'hui, c'est le triomphe de l'Orthodoxie, et une hymne chantée ce jour proclame solennellement et simplement : "Telle est la Foi des Apôtres, telle est la Foi des Pères, telle est la Foi des Chrétiens Orthodoxes, telle est la Foi qui soutient l'univers." Mes chers frères et soeurs, c'est aussi notre propre foi. Nous sommes choisis. Nous sommes élus. Nous sommes ce petit reste qui peut dire de notre Foi qu'elle est "apostolique", "universelle", "la foi de nos Pères", "Orthodoxie", "la vérité." Possédant cet admirable trésor, préservons-le, gardons-le, et utilisons-le aussi de sorte que ce trésor devienne la victoire du Christ en nous et dans Son Église.
Amen.
Protopresbytre Alexander Schmemann
dimanche du triomphe de l'Orthodoxie dans une paroisse orthodoxe russe en Amerique

Premier dimanche carême - textes liturgiques :
http://forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1790

Nice : la métropole grecque-orthodoxe appelle à célébrer la Foi : Liturgie, agape, etc
Concélébration en langue grecque, française, russe, roumaine et libanaise.
Puis conférence par mme Caneri : "Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas?" (1 Jn 4,20)
infos :

http://diaspora-grecque.com/modules/altern8news/article.php?storyid=658



En Belgique, les divers évêques se retrouveront traditionnellement pour concélébrer à la cathédrale grecque-orthodoxe, boulevard de Stalingrad, à Bruxelles. Informations :
http://www.eglise-orthodoxe.be/Z-Nouvelles/ZdgOrthodoxie07.html

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