"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

11 février 2007

Sexagésime Orthodoxe EORHF

A (re)lire, les très importantes notes introductives et remarques explicatives, voir "Septuagésime Orthodoxe" + le Calendrier de Rite Occidental EORHF.


Matines :
Ps 138
Ps 150
Genèse 3
1 Co 6

Épître : 2 Co 11,19-31
"Et vous, vous qui êtes si sages, vous supportez volontiers les fous... Oui, vous tolérez qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'on vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage. J'ai honte de le dire, comme si nous avions montré trop de faiblesse... Cependant, puisqu'on a de l'audace - c'est en fou que je parle - je vais aussi m'y aventurer. Ils sont Hébreux? Moi aussi. Ils sont Israélites? Moi aussi. Ils sont la postérité d'Abraham? Moi aussi. Ils sont les ministres du Christ? Je vais dire une folie : moi, je le suis plus qu'eux. Plus qu'eux par les travaux, plus qu'eux par les emprisonnements, infiniment plus qu'eux par les coups. Souvent j'ai vu la mort de près. Cinq fois, j'ai reçu des Juifs les 40 coups de fouet moins un; trois fois, j'ai été battu de verges, une fois lapidé; trois fois j'ai fait naufrage, j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme. Des voyages sans nombre, les dangers sur les rivières, les dangers des brigands, les dangers de la part de ceux de ma race, les dangers venant des païens, les dangers en ville, les dangers des déserts, les dangers de la mer, les dangers des faux frères. Labeurs, fatigues, veilles répétées, la faim, la soif, les jeûnes fréquents, le froid, le dénuement! Et sans parler de tout le reste, mon souci de tous les jours, la sollicitude de toutes les Églises! Qui est faible, que je ne sois faible aussi? Qui trébuche, que je ne m'en consume de fièvre? S'il faut se vanter, c'est de ma faiblesse que je me vanterai. Dieu, le Père du Seigneur Jésus, qui est à jamais béni, sait que je ne mens pas."

Évangile : saint Luc 8,5-15
"Jésus leur dit cette parabole: "Le Semeur sortit pour jeter sa semence. Tandis qu'il semait, une partie de la graine tomba le long du chemin; elle fut piétinée et les oiseaux la mangèrent. Une autre tomba sur la rocaille: elle leva, mais sécha, faute d'humidité. Une autre tomba parmi les ronces: les ronces poussèrent avec elle et l'étouffèrent. Une autre enfin tomba dans la bonne terre: elle leva et donna du fruit, cent pour un." Ce disant, Il ajoutait en élevant la voix: "À bon entendeur d'entendre!" Ses disciples Lui demandèrent le sens de cette parabole. Il répondit: "À vous il est donné de connaître les secrets du Royaume de Dieu, mais les autres ne les reçoivent qu'en paraboles: si bien qu'ils regardent sans y voir et qu'ils écoutent sans rien y entendre. Voici le sens de la parabole: La semence, c'est la Parole de Dieu. Le long du chemin, figure les auditeurs chez qui survient ensuite le diable, qui leur ôte du coeur la parole, pour les empêcher d'être sauvés par la foi. La rocaille figure les auditeurs qui écoutent volontiers la parole; mais, faute de racines, ils ne croient que pour peu de temps: survienne l'épreuve, ils abandonnent. La graine tombée parmi les ronces figure la parole parmi les auditeurs qui, chemin faisant, se laissent étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs du monde, et n'arrivent point à maturité. La bonne terre figure ceux qui écoutent la parole en d'excellentes dispositions, s'en pénètrent et portent du fruit par la persévérance.

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L'Épître de la Liturgie de ce jour est une des parties les plus curieuses des saintes Écritures. Elle est curieuse parce qu'elle semble erronée – pourquoi donc Paul parle-t'il de la sorte aux Corinthiens? Ca ne semble pas être une manière Chrétienne de s'exprimer. Nous devons être très prudents dans nos jugements sur ce qui est "Chrétien" et ce qui ne l'est pas. Nous vivons à la fin de près de 2.000 ans de diffusion du message Chrétien dans ce monde, et il a été atténué et dénaturé à bien des égards. Voici 2 déformations auxquelles nous devons faire bien attention : la première, c'est la déformation du monde séculier. Ca signifie qu'un pourcentage de doctrine Chrétienne s'est diffusée dans le monde au cours du millénaire passé, et du coup, les gens du monde qui nous entoure pensent qu'ils savent ce qu'est le Christianisme. Nous savons que dans les premiers temps du Christianisme, des éléments de la pratique Chrétienne étaient divulgués dans les sociétés païennes environnantes et que de ce fait, eux aussi pensaient savoir ce que les Chrétiens faisaient. Les classes supérieures chez les Romains étaient horrifiés des récits prétendant que les Chrétiens tuaient et mangeaient des enfants au cours de leurs célébrations secrètes [cfr Apologies, par saint Justin le Martyr; ndt]. Bien entendu, c'était une déformation qui devait avoir sa source chez quelqu'un ayant parlé à propos de la sainte Communion hors de l'église. Cela fut probablement mal expliqué à la base, et par la suite, la rumeur ne fit qu'amplifier l'erreur.
Ce que nous avons autour de nous, dans notre lieu de travail, à l'école, c'est une version plus affinée de cet original bien grossier. On ne cesse de prétendre nous expliquer ce qui est "Chrétien" et ce qui ne l'est pas. A moins qu'ils ne soient des fidèles très pieux et pratiquants de l'Église originelle, qu'est-ce qu'ils pourraient bien en savoir? De vagues souvenirs de quelque lointains cours de religion? Le problème est que sans l'autorité de l'Église et la guidance du Saint Esprit donné une fois pour toutes à l'Église Indivise, leur compréhension de ce qui est ou n'est pas Chrétien peut être très déformée.
Il faut se souvenir de l'enjeu : nous nous dirigeons nous-mêmes vers un but extrêmement difficile à atteindre. C'est cette porte étroite dont Jésus parle en Matthieu 7,13. Si nous nous dirigeons dans la mauvaise direction, ne fut-ce qu'un tout petit peu à côté du bon chemin, nous pourrions bien ne jamais parvenir là où nous espérons arriver, et ce serait tragique. Il n'y a pas de place pour la chance ou le hasard. Ce n'est pas une carrière professionnelle ou le bien-être matériel d'une famille qui est ici en jeu – c'est quelque chose de bien plus important que tout cela. Être un bon voisin et quelqu'un de bien, réussir dans son métier et voir ses enfants achever avec fruit leurs études, tout cela ne réalisera pas ce vers quoi nous tendons; c'est simplement ce que font et ce vers quoi tendent la majorité des incroyants. Nous essayons de vivre de la vraie Foi et de suivre le Christ. La vrai Foi n'est accessible qu'auprès d'une seule source, bien particulière. Nous ne devons pas espérer l'atteindre rien qu'en lisant nos Bibles. Nous avons à être guidés.
Les paroles que nous lisons dans l'Épître de ce jour, Paul les adressait aux Corinthiens qui se laissaient égarer par des faux enseignants s'appelant eux-mêmes Apôtres et prétendant posséder les qualifications grâce à des visions qui, disaient-ils, étaient supérieures aux qualifications de Paul. Alors ici, Paul s'ouvre aux Corinthiens, et montre les arguments équivalents à ceux utilisés par les faux enseignants. Il se "vante" comme ils le font, mais d'une manière satirique. Il cherche à faire voir à l'Église de Corinthe à quel point elle se laisse égarer par des doctrines quasiment analogues, mais qui en fait finiront par les amener très loin de la porte étroite, du vrai Chemin dont le Christ parlait. De nos jours, nous faisons face au même péril, et nous devons comprendre que ceux qui vivent dans la société qui nous entoure (et même certains bien-intentionnés parmi nos amis et notre famille) et qui pensent savoir ce qui est Chrétien, tous ces gens sont potentiellement dangereux pour le fidèle Chrétien Orthodoxe qui n'est pas sur ses gardes.

Hiéromoine Michael

abbé du monastère Saint-Petroc

Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)

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