"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 mars 2007

Carême: jeûne, prière, abstinence, vie. La nature, saint Lupicin et saint Grégoire le Grand nous expliquent.

(source de l'info "criquets" : sous-diacre Benjamin Johnson / Westernorthodox.blogspot.com)

Comme le rappelait saint Philarète (homélie du dimanche de saint Jean Climaque), l'ascèse est un aspect incontournable de la véritable vie Chrétienne. Si l'ascèse est absente, il n'y a pas de vie vraie en Dieu, tout simplement. Et en l'absence de véritable vie Chrétienne, s'il y a vie physique apparente, il y a pourtant nécessairement mort spirituelle. C'est ce que nous enseignent tous les Pères et Mères de l'Église depuis les Apôtres jusqu'à nos jours.
Pendant le Grand Carême (comme presque tous les mercredis et vendredis de l'année), une des facettes de cette ascèse Chrétienne consiste en l'abstinence de rapports sexuels entre époux. Le régime alimentaire du Chrétien qui respecte le jeûne que lui recommande l'Église est vraiment là pour l'y aider. On s'en rend compte en observant les animaux. Illustration. On pourra m'objecter que c'est un peu tiré par les cheveux, comme illustration. Justement, il se fait que de cheveux, je n'en ai plus beaucoup, ceci expliquant cela? :-)
JM

Mourir...












Les criquets bien nourris cherchent toujours l'aventure sexuelle mais meurrent jeunes

http://www.livescience.com/animalworld/cassanova_crickets_041222.html


Par Robert Roy Britt
Rédacteur principal de LiveScience
posté: 22 Decembre 2004
13h13 ET

Les criquets nourris au "régime Atkins" sont exceptionnellement persévérants dans la recherche d'une partenaire, mais ils paient un coût très élevé pour leur enthousiasme sexuel : ils meurent plus jeunes.

Une nouvelle étude a découvert que les criquets mâles bien nourris avaient un taux de survie plus élevé que comme nymphes, grandissaient plus vite à un stade précoce et prenaient plus vite du poids une fois adultes.

Ensuite ils ne se retenaient plus.

"Les criquets nourris à un régime à haut taux de protéines sont plus susceptibles de commencer leurs appels plus jeunes, et durant leur cycle de vie, ils se reproduiront plus que des mâles d'un régime basses protéines," dit le chef de recherche John Hunt, de l'université de New South Wales à Sydney, Australie.

Les incessants appels lancés – plus souvent chaque nuit que leur homologues moins richement nourris – a fait que les mâles bien nourris sont morts d'épuisement. Mais probablement pas avant que la mission n'ait été accomplie.

"Tous les mâles ont probablement eu la possibilité de s'accoupler," dit Hunt à LiveScience. "S'ils lancent leurs appels, c'est qu'ils ont la maturité sexuelle et la capacité de s'accoupler."

Dépenser des ressources supplémentaires pour les aspects sexuels est commun chez beaucoup d'animaux, dit Hunt. Dans la plupart des cas, les mâles de haute qualité sont capables de dépenser beaucoup d'effort dans le sexe et de vivre vieux. L'équipe de Hunt voulait éprouver une récente théorie suggérant que cette approche avait parfois des effets contraires.

"Produire de nombreux rapports sexuels est aussi très coûteux dans nombre d'espèces," dit Hunt. Les mâles de la meilleure qualité qui peuvent se permettre de se dépenser le plus en activité sexuelles peuvent (dans certains cas) en réalité payer un prix très élevé. Dans le cas du criquet T. Commodus, le prix payé est une survie réduite."

Les femelles en régime haut en protéines vivent plus longtemps, sans effets secondaires notables.

Cette étude est détaillée dans le numéro du 23 décembre du journal "Nature."

*-*-*

article original en référence:
'Casanova' field crickets: live fast, die young - 23 December 2004

http://www.unsw.edu.au/news/pad/articles/2004/dec/Crickets.html


accouplement de criquets*-*-*

... ou... Vivre!



Prêtre depuis 75 ans, ayant servi à Shangaï sous saint Jean Maximovitch,
le prêtre Elias Wen a aujourd'hui 110 ans!


Si dans l'intempérance, il est évident que l'on chutera, c'est aussi possible dans l'abstinence. Les Pères et Mères du Désert ont maintes fois mis en garde contre ce danger caché derrière une apparente vertu. Et saint Grégoire le Grand, notre père dans la Foi, avec son incommensurable science de l'Écriture, nous en explique le pourquoi.

Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis (Règle Pastorale)
Livres I & II

Livres III & IV

Livre III, Chapitre 19
Comment il faut admonester ceux qui font un usage immodéré de la nourriture et ceux qui en font trop faible usage.

(Admonition 20.) Il faut admonester différemment le glouton et l'abstinent. Car la surabondance de verbiage, la légèreté de conduite et la lubricité accompagnent le premier; mais le second, c'est souvent le péché d'impatience, et souvent celui d'orgueil. Car si ce n'était pas vrai que le verbiage immodéré égare le glouton, alors l'homme riche qu'on présentait comme ayant vécu dans le faste tous les jours n'aurait pas brûlé plus en sa langue qu'ailleurs, quand il disait "Père Abraham, ait pitié de moi et envoie-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et rafraîchisse ma langue, car je suis tourmenté dans cette fournaise" (Luc 16,24). Par ces paroles il nous est assurément montré que dans ses festivités quotidiennes, il avait fréquemment péché par sa langue, quand on voit que bien qu'au milieu des flammes, il demanda que ce soit sa langue en particulier qui soit rafraîchie. De même, que la légèreté de conduite est étroitement associée à la gloutonnerie, l'autorité sacrée en témoigne, quand elle dit "Le peuple s'assis pour manger et boire, et se leva pour jouer" (Exode 32,6). Pour la plupart aussi, cela nous amène même à la lubricité, car lorsque le ventre est distendu parce que repu, les aiguillons du désir sont excités. D'où cela mène aussi au fourbe Ennemi, qui avait ouvert les sens du premier homme par l'envie pour le fruit défendu, mais l'attrapa dans le noeud coulant du péché, ce qui fit dire à la Voix divine "Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre" (Gen. 3,14); comme s'il lui était clairement dit "dans les pensées et dans les bouches, tu domineras sur les coeurs humains." Que la luxure soit associée à la gloutonnerie, le prophète l'atteste, dénonçant les choses cachées lorsqu'il parle des choses visibles, quand il dit "domum quoque regis et domum vulgi succenderunt Chaldei igni et murum Hierusalem subverterunt" – les chefs des Chaldéens ont brûlé et démoli les murailles de Jérusalem" (Jér. 39,9; 2 Rois 25,10). Car le chef des Chaldéens c'est le ventre, à qui les Chaldéens prêtent grande attention, car il peut se remplir avec délectation de mets. Et les murs de Jérusalem sont les vertus de l'âme, élevée pour jouir d'une paix céleste. Aussi donc, le chef des Chaldéens renverse les murailles de Jérusalem, parce que lorsque le ventre est distendu à cause de la gloutonnerie, les vertus de l'âme sont détruite par la luxure.

D'un autre côté, si ce n'était pas vrai que l'impatience fait chuter habituellement l'abstinent hors du sein de la tranquillité, Pierre n'aurait en aucun cas dit "Pour ces motifs, faites tous vos efforts pour unir à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance" (2 Pierre 1,5-6), rajoutant aussitôt avec vigilance: "à la tempérance la patience." Car il avait prévu que la patience qu'il leur recommandait vivement manquerait à l'abstinent. A nouveau, si ce n'était pas vrai que le péché d'orgueil perce parfois à travers les cogitations de l'abstinent, Paul n'aurait jamais dit "Que celui qui mange de tout ne méprise pas celui qui s'abstient" (Rom. 14,3). Et de nouveau, parlant à d'autres, regardant vers les maximes glorifiant la vertu d'abstinence, il ajouta "Tout cela peut avoir un semblant de sagesse, en manifestant un culte volontaire, de l'humilité, du mépris pour le corps; mais cela est sans valeur réelle et ne sert qu'à satisfaire la chair" (Coloss. 2,23). Ici, on notera que l'excellent prédicateur, dans son argumentation, relie une manifestation d'humilité à la superstition du culte personnel, parce que lorsque la chair est soumise plus que de nécessaire par l'abstinence, l'humilité est exposée extérieurement, mais à cause de cette humilité même, il se trouve à l'intérieur un pénible orgueil. Et si l'esprit ne se gonflait pas parfois à cause de la vertu d'abstinence, alors l'arrogant Pharisien ne l'aurait en aucun cas studieusement comptée parmi ses grands mérites, disant "Je jeûne 2 fois par semaine" (Luc 18,12).

Ainsi les gloutons doivent être avertis, pour prévenir qu'en s'octroyant à eux-mêmes le plaisir de mets délicats ils ne se transpercent eux-mêmes avec l'épée de lubricité; et qu'ils perçoivent comment la profusion de verbiage, comment la grande légèreté d'esprit, est à l'affût après eux, à travers leur repas; de peur que, tandis qu'ils ne servent doucement le ventre, ils ne deviennent cruellement attachés dans les liens du vice. Car par cela, au plus nous nous éloignons de notre second parent par notre gourmandise immodérée, quand la main se tend vers la nourriture, nous renouvelons la chute de notre premier parent. Mais, d'autre part, les abstinents doivent être admonestés avec la même préoccupation, de peur que, tandis qu'ils contournent le vice de la gloutonnerie, des vices toujours plus mauvais ne soient engendrés, comme s'ils étaient vertu, ou que tandis qu'ils macèrent leur chair, leur esprit ne s'effondre dans l'impatience; et qu'alors il n'y aurait nulle vertu à avoir vaincu la chair, l'esprit étant vaincu par la colère. De plus, il arrive parfois qu'alors que l'esprit des abstinents réprime la colère, il est cependant corrompu par une joie extérieure, et perd tout le bénéfice de l'abstinence en ce qu'il échoue à se préserver lui-même des vices spirituels. Dès lors, le prophète disait fort à propos "le jour où vous jeûnez, vous traitez vos affaires" (Isaïe 58,3 LXX). Et peu après, il rajoutait "Vous passez votre jeûne en disputes et en querelles, vous frappez du poing méchamment" (Isaïe 58,4 LXX). Car on prend plaisir à faire sa propre volonté, et le poing appartient à la colère. Alors c'est en vain que le corps est brisé par l'abstinence si l'esprit, abandonné aux émotions désordonnées, est dissipé par les vices. A nouveau, il faut les avertir qu'ils n'aillent pas s'imaginer que l'abstinence qu'ils pratiquent sans modération est une vertu éminente aux yeux du Juge caché; de peur que s'il advenait qu'ils la considèrent être d'un grand mérite, le coeur n'en soit soulevé de superbe. Car c'est pour ça qu'il est dit par le prophète, "un jeûne qui me plaise... c'est de partager sa nourriture avec l'affamé, d'héberger les malheureux sans asile" (Ibid. 5-7).

A cet égard, il faut remarquer à quel point la vertu d'abstinence est considérée comme petite, voyant qu'elle n'est pas louée, mais bien d'autres vertus. D'où Joël disait "Sanctifiez un jeûne." Car en effet, sanctifier un jeûne, c'est rendre digne de Dieu l'abstinence de la chair en y adjoignant d'autres bonnes oeuvres. Les abstinents doivent être admonestés afin qu'ils offrent à Dieu une abstinence qui Lui plaît, celle où ils donnent à l'indigent la nourriture dont ils se sont privés. Car nous devrions prêter attention avec sagesse à ce qui est blâmé par le Seigneur à travers le prophète, disant, "Quand vous avez jeûné et avez pleuré en cinquième et septième mois loin ces soixante-dix ans, vous à tout rapide un rapide à Moi? Vous avez, en effet, jeûné et pleuré, au cinquième et au septième mois, depuis 70 ans. Mais est-ce bien à mon intention que vous l'avez fait? Quand vous mangez et buvez, n'est-ce pas vous qui mangez, n'est-ce pas vous qui buvez?" (Zach. 7,5-6). Car il ne jeûne pas pour Dieu mais pour lui-même, si ce qu'il refuse à son ventre pendant un temps il ne le donne pas au nécessiteux, mais le garde pour se l'offrir ensuite à son ventre.


Dès lors, que ce soit l'appétit des gloutons qui fasse quitter leur garde aux uns, ou que ce soit la chair mortifiée qui égare les autres par l'exaltation, que tous entendent cette parole de la bouche de la Vérité : "Soyez sur vos gardes, de peur que vos coeurs ne s'alourdissent dans les excès de la table, par l'ivresse et par les soucis de la vie" (Luc 21,34). Et au même endroit est rajouté une crainte bénéfique, "et que ce Jour ne fonde sur vous à l'improviste comme un filet; car il s'abattra sur tous les habitants de la terre entière" (Luc 21,35). Que les abstinents écoutent ceci : "Ce qu'absorbe la bouche ne peut souiller l'homme; ce que profère la bouche, voilà ce qui peut souiller l'homme" (Matthieu 15,11). Et que les gloutons entendent ceci : "Les aliments sont faits pour le ventre, et le ventre pour les aliments: Dieu détruira aussi bien les uns que l'autre" (1 Cor. 6,13). "Point d'orgies, point d'ivrognerie; point de luxure ni de débauches; point de querelles, point de jalousies" (Rom. 13,13). "Ce n'est pourtant pas un aliment qui peut nous rendre agréables à Dieu" (1 Cor. 8,8). Que les abstinents entendent encore ceci : "Pour ceux qui sont purs, tout est pur; tandis que pour ceux qui
sont souillés et incroyants, rien n'est pur" (Tite 1,15). Que les gloutons écoutent aussi cela : "Leur destinée, c'est la perdition, car leur Dieu, c'est leur ventre" (Philip. 3,19). Et que les abstinents écoutent encore : "d'aucuns abandonneront la foi... Ils proscrivent le mariage et
l'usage d'aliments que Dieu a créés pour qu'ils soient pris avec reconnaissance par les fidèles et ceux qui connaissent la vérité" (1 Tim. 4,1;3). Et que les gloutons prêtent attention à ceci : "Et il est bon de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, de s'abstenir de faire quoi que ce soit qui pourrait être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de défaillance" (Rom. 14,21). Et que les abstinents prêtent aussi attention à cela : "Cesse de ne boire que de l'eau; prends un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions" (1 Tim. 5,23).
Dès lors, les premiers peuvent apprendre à ne pas souhaiter démesurément la nourriture pour la chair, et les seconds ne pas oser condamner ce que Dieu a créé, et après quoi ils n'aspirent pas.

Amen.
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Traduit et publié ce 21 mars, en la fête d'un des 2 fondateurs de l'ancien "Athos d'Occident", saint Lupicin (frère de saint Romain, fête le 28 février), maître en ascèse Chrétienne.


statue reliquaire de saint LupicinUne statue reliquaire de saint Lupicin, réalisée au 18ème siècle
Prieuré Saint-Lupicin, église paroissiale de la Nativité-de-la-Vierge


chasse de saint Lupicin, 1689châsse de saint Lupicin, réalisée en 1689, même église



Bras-reliquaire de saint Lupicin, fin 15eme sBras-reliquaire de saint Lupicin, fin 15ème siècle, même église.
Que ça colle mal avec l'humilité et l'austérité du grand saint ascète!


Christ en gloire, eglise Saint-Lupicin, 13eme siecleBeau Christ en gloire, 13ème siècle, même église.
Comme le lecteur averti se souviendra, on est en présence d'un de ces crucifix dont le style est bien de la période Orthodoxe.



Plaque funeraire de saint Lupicin, origine merovingiennePlaque funéraire de saint Lupicin, origine mérovingienne, datation exacte, même église

source & (c) des photos sur saint Lupicin
http://www.culture.fr/public/mistral/palissy_fr

Un(e) iconographe Orthodoxe serait fort bien inspiré(e), à mon humble avis, de réaliser une Icône de saint Lupicin en conformité avec les canons mérovingiens en la matière. Ce serait lui rendre l'honneur dû.

1 commentaire:

zagara a dit…

On peut faire abstinence de bien d'autres façon que de se baser que sur l'abstinence de nourriture.