"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 mars 2007

Dentelles de glace, Céleste Sculpteur: Job 37,10 "Au souffle de Dieu se forme la glace, et la surface des eaux se durcit"

Avec l'arrivée des giboulées de Mars, revient la neige – en quantité supérieure à ce qu'on a eu sur l'hiver tout entier! - et revient le givre et le brouillard givrant. L'Artiste Qui a créé ce si bel univers S'y exprime à chaque molécule. Deo gratias.

Alors, du sein de la tempête, le Seigneur fit à Job cette réponse:





Quel est celui qui obscurcit ainsi la Providence
par des discours inintelligents?
Mets ta ceinture, comme un homme;
Je vais t'interroger, tu Me répondras.
Où étais-tu quand J'ai fondé la terre?
Parle, si tu es informé.
Qui en a pris les mesures? Car tu le sais.
Qui a tendu sur elle le cordeau?
Sur quoi reposent ses bases?
Qui en a posé la pierre d'angle,
aux joyeux concerts des astres du matin,
aux acclamations de tous les fils de Dieu?
Qui a fermé la mer avec des portes,
quand elle jaillit du sein maternel,
quand Je lui donnai les nuées pour habit,
et pour langes des brouillards ténébreux;
quand Je lui traçai les limites,
et lui mis portes et verrous
en disant : "Tu viendras jusqu'ici, pas plus loin,
ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots?"
As-tu jamais de ta vie commandé au matin?
As-tu indiqué sa place à l'aurore,
pour qu'elle saisisse les bords de la terre,
et qu'elle en secoue les méchants,
pour qu'elle prenne forme comme l'argile à cachet
et prenne couleur comme un vêtement,
pour que soit refusée aux méchants leur lumière,
et soit brisé leur bras déjà levé?
As-tu été jusqu'aux sources de la mer?
T'es-tu promené jusqu'au fond de l'abîme?
Les portes de la mort te sont-elles apparues?
As-tu vu les portes du ténébreux séjour?
As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre?
Parle, si tu sais tout cela!
Quel est le chemin du séjour lumineux?
Où est la résidence des ténèbres?
Tu pourrais les saisir en leur domaine,
et reconnaître les sentiers de leur demeure.
Tu dois le savoir, puisque tu étais déjà né :
le nombre de tes jours est si grand!
As-tu pénétré dans les greniers à neige?
As-tu visité les magasins à grêle,
que Je réserve pour les temps de détresse,
pour les jours de lutte et de bataille?
Par quelle voie la lumière se diffuse-t-elle,
et le vent d'orient se répand-il sur la terre?
Qui ouvre un canal aux ondées,
et fraie une route à l'éclair,
pour faire pleuvoir sur une terre inhabitée,
sur un désert sans humains,
pour arroser des lieux vastes et désolés,
et y faire germer l'herbe verdoyante?
La pluie a-t-elle un père?
Qui engendre les gouttes de la rosée?
De quel sein sort la glace,
qui enfante le givre du ciel,
quand se figent les eaux comme la pierre,

et que se prend la surface de l'abîme?
Est-ce toi qui noues les liens des Pléiades,
ou qui délies les chaînes d'Orion?
Est-ce toi qui fais sortir en son temps les constellations,
et qui conduis la Grande Ourse avec ses petits?
Connais-tu les lois du ciel,
règles-tu son influence sur la terre?
Élèves-tu la voix dans les nuages,
et le déluge t'obéira-t-il?
Ton ordre fait-il partir les éclairs,
et te disent-ils : "Nous voici?"

Qui a mis la sagesse dans l'ibis,
et l'intelligence dans le coq?
Qui peut compter les nuages
et incliner les outres du ciel,
pour que la poussière se mue en masse compacte,
et que les mottes s'agglomèrent?
Est-ce toi qui chasses la proie pour la lionne,
et qui rassasies la faim des lionceaux
quand ils sont blottis dans leurs tanières,
ou qu'ils s'embusquent dans le fourré?
qui prépare au corbeau sa pâture,

quand ses petits crient vers Dieu,
et qu'ils errent de-ci de-là sans nourriture?
Connais-tu le temps où mettent bas les chamois du rocher?
As-tu observé les biches en gésine?
As-tu compté les mois de leur portée,
sais-tu le moment de leur délivrance?
Elles se baissent, font leurs petits,
et elles entraînent leur portée.
Les faons deviennent forts et croissent dans les champs,
ils s'en vont, sans plus revenir auprès
d'elles.
Qui a lâché l'onagre en liberté,
qui a rompu les liens de l'âne sauvage?
Je lui ai assigné le désert pour demeure,
la plaine salée comme lieu d'habitation;
il se rit du tumulte de la ville,
il n'écoute pas les cris du conducteur,
il explore les montagnes, son pâturage,

il y cherche toute espèce de verdure.









Le buffle voudra-t-il te servir,
ou passer la nuit dans ton étable?
Le retiendras-tu dans le sillon fertile,
ou hersera-t-il derrière toi les vallées?
Te fieras-tu à lui parce que sa force est grande,
et lui laisseras-tu faire ta besogne?
Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain,
et l'amasser sur ton aire?
L'aile de l'autruche bat joyeusement,
elle a aile gracieuse et plumage.
Elle abandonne ses oeufs à la terre,
et les laisse chauffer sur le sol,
ne songeant pas qu'un pied peut les fouler,
et que des bêtes sauvages peuvent les écraser.
Elle est dure pour ses petits comme s'ils n'étaient pas siens,
elle ne se soucie pas d'avoir peiné en vain;
car Dieu lui a fait oublier la sagesse,
et ne lui a point départi l'intelligence.
Mais quand elle prend son essor,
elle se rit du cheval et de son cavalier.
Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval,
qui as paré son cou d'une crinière flottante,
qui le fais bondir comme une sauterelle,
avec un terrible hennissement?
Fier de sa force, il gratte la terre du pied,
il s'élance au-devant des armes.
Il se rit de la crainte, rien ne l'effraie,
il ne recule pas devant l'épée.
Sur lui résonnent le carquois,

le fer brillant de la lance et le javelot;
frémissant d'impatience, il dévore l'espace,
il ne tient plus en place quand sonne la trompe.
Au signal de la trompette, il dit : Allons!
De loin il flaire la bataille,
la voix tonnante des chefs et les clameurs des guerriers.
Est-ce grâce à ta sagesse que l'autour prend son vol,
et qu'il déploie ses ailes vers le midi?
Est-ce à ton ordre que l'aigle prend son essor,
et fait son nid sur les hauteurs?
Il habite le rocher, y passe la nuit
sur la pointe rocheuse et la cime escarpée...
De là il épie sa proie,
ses yeux percent les lointains.

Ses petits se gorgent de sang,
partout où il y a des cadavres, il y est.
Le Seigneur, s'adressant à Job, lui dit:
Que celui qui plaide contre le Tout-Puissant présente ses critiques!

Que celui qui dispute avec Dieu réponde!
Job répondit au Seigneur en ces termes:
Je suis par trop léger; que Te répondrai-je?
Je mets ma main sur la bouche;

j'ai parlé une fois, je ne répéterai pas
deux fois... Je n'ajouterai rien.

(Livre de Job chapitres 38 à 40,5)

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