"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 mars 2007

P. Schmemann: fin de la sainte Quarantaine - Samedi de Lazare

Grande Entree, Samedi de Lazare, diocese d'AlaskaSamedi de Lazare, dans le diocèse d'Alaska : la Grande Entrée

Le Grand Carême s'achève et trouve sa fin dans 2 jours radieux, festifs, ou plutôt, dans deux jours de fêtes qui n'en font qu'une. C'est le Samedi de Lazare, rappelant la résurrection par le Christ de son défunt ami Lazare, rappelant aussi le Dimanche des Rameaux (Palmes), où nous célébrons l'entrée triomphante du Christ à Jérusalem, 6 jours avant qu'Il ne soit trahi, pour souffrir et mourir sur la Croix. Au cours de ces 2 jours radieux, l'Église nous révèle l'authentique signification du sacrifice volontaire du Christ et de Sa mort salvatrice, avant que nous ne soyons à nouveau témoins des souffrances du Christ.

Le Christ était loin de Jérusalem, lorsque Lazare mourut, et ce ne fut pas avant 4 jours qu'Il arriva à Béthanie et rencontra les soeurs de Lazare, Marthe et Marie, et leurs amis en pleurs et en deuil. L'Évangile de saint Jean rapporte cette rencontre en détail, commençant par Sa conversation avec Marthe et Marie. Toutes deux disent au Christ : "Seigneur, si Tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.." (Jn 11,21, 32). Et le Christ de répondre : "Ton frère ressuscitera" (Jn 11,23). Mais malgré cette réponse, lorsqu'il vit les larmes des soeurs et de leurs amis, Lui-même "frémit en Son esprit..." (Jn 11,33). Approchant de la tombe, Il pleura Lui aussi, et ceux qui étaient là dirent : "Comme Il l'aimait!" (Jn 11,36). Le Christ ordonna que la pierre roulée devant l'entrée de la tombe soit enlevée. Et lorsqu'ils eurent enlevé la pierre, "Il cria d'une voix forte: 'Lazare, sors!' Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes.." (Jn 11,43-44).

Quelle est la signification de cet événement que l'Église célèbre si brillamment, si joyeusement, si victorieusement, le Samedi de Lazare? Comment pouvons-nous concilier la tristesse et les larmes du Christ avec Sa puissance pour relever les morts? Tout au long de la célébration, l'Église répond que le Christ pleure parce qu'en voyant la mort de son ami, Il voit aussi la victoire de la mort sur le monde entier; Il voit que la mort, que Dieu n'a pas créée, a usurpé le trône et à présent règne sur le monde, empoisonnant la vie, transformant tout en un flot insignifiant de jours qui s'écoulent sans pitié vers l'abîme. Alors survient cet ordre, "Lazare, sors!" Nous avons ici le miracle de l'amour triomphant de la mort, la notification par laquelle le Christ déclare la guerre à la mort, une promesse que la mort elle-même sera détruite et mise à mort. Et afin de détruire la mort et ses ténèbres, le Christ Lui-même, et ça veut dire Dieu Lui-même, l'Amour en Personne, la Vie en Personne, descend dans la tombe pour affronter la mort face à face, afin de l'annihiler et de nous donner la vie éternelle, que Dieu a créée afin que nous la possédions.
[Extrait de "Celebration of Faith" Sermons ("Homélies sur la Célébration de la Foi"), Vol. 2, "The Church Year" par le Protopresbytre Alexander Schmemann, SVS Press, 1994]


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