"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 mars 2007

P. Schmemann: Samedi de Lazare (The Christian Way, 1961)


La joie qui imprègne et éclaire l'Office du Samedi de Lazare met l'accent sur un thème majeur : la prochaine victoire du Christ sur l'Hadès. "Hadès" est le terme biblique pour la Mort et sa puissance universelle, pour l'indéniable ténèbre qui engloutit toute vie et empoisonne le monde entier par son ombre. Mais maintenant – avec la résurrection de Lazare – "la mort commence à trembler." Un duel décisif entre la Vie et la Mort commence, nous donnant la clé de tout le mystère liturgique de Pâques. Déjà au 4ème siècle, le Samedi de Lazare était appelé "annonce de Pâques." Car en effet, il annonce et anticipe la merveilleuse Lumière et paix du Samedi qui suit – le Grand Samedi -, jour de la Tombe vivifiante.

Lazare, l'ami de Jésus, personnifie l'humanité entière et aussi chaque homme, comme Béthanie – la maison de Lazare – symbolise le monde entier – la maison de l'Homme. Car chaque homme a été créé en tant qu'ami de Dieu et appelé à Son amitié : la connaissance de Dieu, la Communion à Dieu, le partage de la vie avec Lui : "En Lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes" (Jean 1,4). Et cependant cet ami, que Jésus aime, qu'Il a créé dans l'amour, est détruit, annihilé par une puissance que Dieu n'a pas créée : la mort. Dans Son propre monde, le fruit de Son amour, sagesse et beauté, Dieu rencontre une puissance qui détruit Son oeuvre et annihile Son premier dessein. Le monde n'est que lamentation et affliction, complainte et révolte. Comment est-ce possible? Comment est-ce arrivé? Telles sont les questions implicites de la narration lente et détaillée donnée par Jean de la progression de Jésus vers la tombe de Son ami. Et une fois sur place, Jésus pleura, dit l'Évangile (Jean 11,35). Pourquoi donc pleura-t'Il si Il savait qu'un instant plus tard, Il ramènerait Lazare à la vie? Les hymnographes byzantins n'ont pas bien rendu la véritable signification de ces larmes. "Comme homme, Tu pleura, et comme Dieu, Tu le releva de la tombe.." Ils arrangent les actions du Christ selon Ses deux natures : la Divine et l'humaine. Mais l'Église Orthodoxe enseigne que toutes les actions du Christ sont à la fois divines et humaines, qu'elles sont les actions d'une seule et même personne, le Fils Incarné de Dieu. Celui Qui pleure n'est pas seulement homme, mais aussi Dieu, et Celui Qui appelle Lazare hors de la tombe n'est pas seulement Dieu, mais aussi homme. Et Il pleure parce qu'Il contemple l'état misérable du monde, créé par Dieu, et l'état misérable de l'homme, le roi de la Création.. "Il sent déjà" disent les Juifs pour tenter d'empêcher Jésus d'approcher du corps, et ce "il sent déjà" peut être appliqué à toute la Création. Dieu est Vie, et Il a appelé l'homme à cette divine réalité de la vie, et lui, "il sent déjà." A la tombe de Lazare, Jésus rencontre la Mort – la puissance du péché et de la destruction, de la haine et du désespoir. Il rencontre l'ennemi de Dieu. Et nous qui Le suivons, nous sommes à présent introduits dans le coeur même de cette heure de Jésus, l'heure qu'Il a si souvent mentionnée. Les ténèbres de la Croix qui arrivent, sa nécessité, sa signification universelle, tout ça nous est donné dans le plus court verset de l'Évangile – "et Jésus pleura."

Nous comprenons à présent que c'est parce qu'Il pleura, c-à-d aimait Son ami Lazare et était bouleversé pour lui, qu'Il avait la puissance de le ramener à la vie. La puissance de la Résurrection n'est pas une divine "puissance par elle-même", mais c'est la puissance de l'amour, ou plutôt, l'amour comme puissance. Dieu est Amour, et c'est l'amour qui crée la vie; c'est l'amour qui pleure à la tombe et c'est dès lors l'amour qui restaure la vie.. Telle est la signification de ces divines larmes. Ce sont des larmes d'amour, et dès lors, en elles se trouve la puissance de la vie. L'amour, qui est le fondement de la vie et sa source, est à nouveau à l'oeuvre, recréant, rachetant, restaurant la vie enténébrée de l'homme : "Lazare, sors dehors!" Et c'est pourquoi le Samedi de Lazare est le véritable commencement des deux : la Croix, en tant que sacrifice d'amour suprême, et la résurrection commune, en tant que triomphe ultime de l'amour.

"La joie de tous, le Christ, la Vérité, la Lumière, la Vie, la Résurrection du monde, S'est révélé dans Sa bonté à ceux qui sont sur la terre. Il est devenu le modèle de la résurrection, donnant à tous l'absolution divine."

Protopresbytre Alexander Schmemann
in : "The Christian Way", 1961
icone de la resurrection de Lazare, liturgie orthodoxe byzantine du Samedi de Lazare
Samedi de Lazare à Jérusalem
http://www.moinillon.net/post/2007/03/31/la-resurrection-de-Lazare-a-Eleon


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