"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

02 mars 2007

S. Théodore Studite: Jeûne et impassibilité

Petites Catéchèses de saint Théodore le Studite – cathéchèse 54
http://www.anastasis.org.uk/ths50-56.htm

cité par :
http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2007/02/on-fasting-dispassion.html

Sermon prononcé au début du Grand Carême

Frères et pères, la saison du Grand Carême, lorsqu'on la compare à l'année entière, peut être comparée à un havre de paix loin de la tempête, dans lequel tous ceux qui viennent s'amarrer jouissent d'un calme spirituel. Car la saison présente n'est pas seulement une saison du Salut pour moines et moniales, mais aussi pour les laïcs, petits et grands, dirigeants et administrés, pour les empereurs et les prêtres, pour chaque race et chaque âge. Que les villes et villages réduisent leur vacarme et leur effervescence, et que viennent à leur place la psalmodie et les hymnes, les prières et les suppliques, par lesquels Dieu est concilié et ainsi guide nos esprits vers la paix et pardonne nos offenses, si, d'un coeur sincère, nous acceptons seulement de nous prosterner devant Lui avec crainte et tremblement et larmes, promettant de nous amender à l'avenir. Que les dirigeants des églises parlent de ce qui est approprié pour les laïcs, comme ceux qui courent dans le stade ont besoin du soutien vocal de leurs amis spectateurs, ainsi les jeûneurs ont besoin de l'encouragement de leurs enseignants.

Mais moi, puisque j'ai été placé à votre tête, honorés frères, je vais aussi vous parler brièvement. Jeûner est un renouvellement de l'âme, car le saint Apôtre disait : Mais lors même que notre homme extérieur se disloque, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2 Co 4,16). Et s'il est renouvelé, c'est qu'il est clairement rendu beau selon sa beauté originelle; étant rendu beau en lui-même, il est attiré avec amour à Celui Qui dit "Mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure" (Jean 14,23). Si dès lors telle est la grâce du jeûne, qui nous transforme en demeure pour Dieu, nous devons l'accueillir, frères, avec joie, et pas en se plaignant de la sobriété du régime alimentaire, car nous savons que le Seigneur, bien qu'Il soit à même de nourrir somptueusement, fit un banquet pour des milliers dans le désert rien qu'avec du pain et de l'eau. De plus ce qui est inhabituel, avec l'enthousiasme, cela devient acceptable et sans peine.

Le jeûne ne se définit pas uniquement par la nourriture, mais aussi par l'abstention de tout mal, comme nos saints pères l'ont expliqué. Dès lors, je vous en supplie, abstenons-nous de l'abattement, de la paresse, de l'indolence, de la jalousie, des querelles, de la malice, de la complaisance, de l'autosuffisance; abstenons-nous des désirs destructeurs que le serpent aux multiples formes glisse sous nos pas lorsque nous jeûnons. Écoutons celui qui dit "Le fruit qui m'a attiré était beau à regarder et semblait bon à manger" (Gen. 3,6). Et observons : il dit beau à regarder, pas beau de nature. Car de même que quelqu'un prenant une grenade parée d'une écorce écarlate devait la trouver pourrie à l'intérieur, ainsi le plaisir simule la douceur indicible, mais quand on l'analyse, on le trouve plus amer que la bile, ou plutôt qu'une épée à double tranchant bien acérée qui dévore l'âme qu'elle a capturée.

C'est ce dont notre ancêtre Adam souffrit lorsqu'il fut trompé par le serpent; car lorsqu'il toucha le fruit défendu, il trouva aussitôt la mort plutôt que la vie. C'est de cela aussi qu'ont tous souffert ceux qui jusqu'à maintenant ont été trompés de manière semblable par le dragon. Car de même que celui-là, qui est ténèbre, se transforme en ange de lumière, ainsi sait-il comment transformer du mal en bien, de l'amer en doux, de la ténèbre en lumière, du laid en beau, du mortel en vivifiant; et ainsi le maître de tout mal ne cesse pas d'égarer le monde en chaque occasion. Mais nous au moins, frères, ne nous laissons pas égarer par ses multiples tromperies, ne nous laissons pas subir le sort des oiseaux qui s'approchent avec envie de ce qui ressemble à de la nourriture et tombent dans le piège du chasseur. Regardons plutôt les apparences extérieures que prend le mal comme n'étant que des excréments, et quand en esprit nous aurons regardé le mal dans toute sa nudité, nous le fuirons aussitôt.

De plus, accueillons le temps de la psalmodie, soyons enthousiastes pour l'hymnodie et attentifs pour les lectures, prosternons-nous comme il convient à chaque heure; travaillons de nos propres mains, parce que le travail est bon et parce que celui qui ne travaille pas n'est pas jugé digne de manger. Soutenons-nous mutuellement dans nos charges, car l'un est faible et l'autre est fort, utilisons la nourriture et la boisson et les autres nécessités avec modération, de sorte de ne pas provoquer la jalousie parmi les gens de mal, mais le zèle pour la bonté. En tout, soyez bons les uns pour les autres, pleins de compassion, raisonnables, obéissants, pleins de miséricorde et de bons fruits, et la paix de Dieu qui surpasse tout entendement viendra garder vos coeurs et vos pensées.

Puissiez-vous être trouvés dignes d'atteindre sans condamnation le jour suprême de la Résurrection, et dans le siècle à venir lors de la résurrection des morts, d'obtenir le Royaume des Cieux en Jésus-Christ notre Seigneur, à Qui soit la gloire et la puissance, avec le Père et le Saint Esprit, dans les siècles des siècles.
Amen.

Icône : saint Théodore le Studite (mosaïque du 11ème siècle), Nea Moni, Chios.
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