"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 avril 2007

P. Benigsen : l'Entrée de notre Seigneur à Jérusalem

http://www.holy-trinity.org/feasts/benigsen-palm.html



Par l'archiprêtre George M. Benigsen

"C'est à grand prix que vous avez été rachetés", nous dit l'Apôtre Paul au sujet de notre Salut (1 Co. 6,20). Durant la Semaine Sainte, nous devenons témoins du prix véritablement élevé par lequel notre Salut a été obtenu. Plusieurs experts médicaux Américains de premier plan viennent de publier une recherche sur ce que la crucifixion était en général, et quelles tortures avait enduré Celui Qui était crucifié en particulier – notre Seigneur Jésus-Christ – parfaitement Dieu et parfaitement Homme.

Les souffrances physiques du Christ furent précédées par les souffrances spirituelles, qui se manifestèrent dans le domaine physique. L'Évangéliste Luc, lui-même médecin de profession, dit que durant la prière du Christ à Gethsemani, "Sa sueur devint comme des gouttes de sang qui coulaient à terre." Les médecins disent qu'un tel phénomène est possible dans un état de tension spirituelle accrue, par lequel les vaisseaux sanguins sous la peau peuvent éclater, et des gouttes de sang, mêlées à la transpiration, peuvent rougir la face du souffrant.

Jésus, Qui était livré à Pilate pour exécution, avait à endurer, de la même manière que tous ceux qui étaient condamnés à mort par crucifixion, le terrible supplice des fouets romains, dans lesquels étaient cousues des billes de fer ou des morceaux d'os. Pour ce faire, on enlevait les vêtements du prisonnier, ses mains étaient liées à un poteau de bois, et habituellement, 2 soldats lui fouettaient le dos et les jambes, dans le but de le mettre dans un état de semi-inconscience. Après cela, les soldats riaient du prisonnier.

L'Homme Jésus devait être d'une solide constitution, car autrement il Lui aurait été difficile d'accomplir Son inlassable oeuvre de prédication, qui impliquait d'incessantes et épuisantes marches d'un endroit à l'autre. Cependant, en 12 heures, de 21h le Jeudi Saint jusque 9h le Vendredi Saint, Il endura l'atroce tension qui provoqua la transpiration sanglante de Gethsemani. Il endura la trahison de la part de Son cher disciple Judas, et endura la nuit sans sommeil et les innombrables déplacements du lieu de Sa condamnation à un autre. Et ensuite survint la flagellation, avec les fouets lacérant la peau, la marquant à sang, pénétrant jusque dans les muscles du corps, et causant perte de sang et insupportable douleur. Et ensuite, les soldats se moquèrent de ce Prisonnier en lambeaux – L'habillant avec ce qui semble être un manteau impérial, plaçant une couronne d'épines sur Sa tête, plaçant un roseau – un sceptre – entre Ses mains liées, crachant à Son visage, et frappant Sa tête avec un bâton. Ensuite, ils Lui arrachèrent le manteau du dos, provoquant de la sorte encore plus de souffrance, le dos étant couvert des blessures de la flagellation

Dès lors, avant même Sa crucifixion, le Seigneur était déjà près de l'épuisement physique complet. C'est pourquoi Il n'eut pas la force de porter Sa Croix jusqu'au Calvaire, et que l'aide de Simon de Cyrène, qui était en route pour aller aux champs, fut requise.

Avant de Le crucifier, on a tenté de donner à Jésus du vin mêlé de fiel. C'était un analgésique léger, dont le but était de prolonger l'agonie de la crucifixion. Le Seigneur refusa de boire ce breuvage. Il fut jeté au sol. Son dos et ses jambes, déchirés par la flagellation, avec leurs plaies béantes, traînés dans la saleté. Ses mains et pieds furent cloués à la Croix avec des clous à 4 faces, de 13 à 18cm de long. Les mains furent clouées à hauteur des poignets, de sorte que le corps ne tombe pas de la Croix. Les clous entraient entre les os principaux des poignets et endommageaient les nerfs centraux dans les mains et pieds, causant une douleur fulgurante et insupportable. Une fois sur la Croix, le corps souffrant touchait la rude surface du bois avec les blessures de Son dos mutilé. Le poids du corps pendant par les bras étendus rendait la respiration atroce – non pas juste l'inhalation, mais aussi l'exhalation, ce qui explique la brièveté et la rapidité des paroles du Seigneur depuis la Croix.

La personne crucifiée mourrait habituellement soit de perte de sang, soit d'asphyxie. Le laps de temps s'écoulant entre le début de la crucifixion et la mort variait de 3 à 4 heures, mais allait parfois jusqu'à 3 ou 4 jours. Pour hâter le début de la mort, les soldats brisaient les jambes de la personne, ce qui fut le cas pour les 2 bandits crucifiés avec le Christ. Un soldat Romain perça Son côté d'une lance. Le récit de l'Évangile nous parlant du sang et de l'eau sortant de cette blessure est en accord avec les donnés médicales – le sang du coeur qui s'était déjà arrêté se mélangeant avec le liquide des poumons percés. Le Christ crucifié était si épuisé, tant Il avait dû endurer une agonie physique et morale, que le divin coeur s'était arrêté de battre 3 à 4 heures après la crucifixion.

Les médecins Américains, membres de la Mayo Clinic, le célèbre institut médical de recherche, ont présenté dans leur rapport bien plus de données à propos de la crucifixion que ce que nous pourrions présenter dans notre brève discussion. Mais ceci suffit déjà pour une compréhension encore plus profonde des paroles de saint Paul, "c'est à grand prix que vous avez été rachetés", et pour que nous ayons conscience de toute la tragique réalité de la Passion du Christ, les souffrances et l'agonie du Christ Qui est mort pour nous. La Semaine Sainte va emmener les fidèles à cet instant où le Christ mourut, et les placer dans ces conditions qui ont amené au meurtre de Dieu. Et cela ne va pas se passer dans le cadre de pieuses récollections, mais dans la pleine réalité de l'expérience mystique – l'expérience qui a le pouvoir de nous emmener hors du temps présent, hors de la "scène contemporaine", et de nous unir à cette éternité qui est entrée dans le temps et qui y demeure à travers l'Incarnation.

Et en ce dimanche, pendant que nous accueillons le Seigneur entrant dans Jérusalem, pendant que nous unissons nos voix aux hymnes de la foule qui L'accueille, L'appelant "Hosanna au plus haut des Cieux!", il est bon de garder présent à l'esprit ceci : il est si facile que "Hosanna" se transforme en "Crucifiez-Le, crucifiez-Le!"
P. George M. Benigsen
27 Avril 1986

Notice sur le p. Benigsen et son épouse
http://www.ocadow.org/resources/vision/winter04/winter_04.pdf
DENVER, CO [OCA Communications] — Mme Helen Benigsen, 86, veuve de feu l'archiprêtre mitré George M. Benigsen, s'est endormie ici dans le Seigneur le jeudi 15 juillet 2004.
Née Helen Ivanovna Kraubler, elle épousa le futur père Benigsen en Estonie en 1937. Ils ont été tous deux actifs dans le Mouvement des Étudiants Chrétiens Russes. Au début des années 1940, les Benigsen ont déménagé pour Riga, Lettonie, où il fut ordonné à la sainte prêtrise. Peu après, ils ont déménagé pour Pskov, Russie, qui était à l'époque sous occupation germanique, où dans des conditions extrêmes ils ont organisé une école pour 200 étudiants et un orphelinat pour 40 enfants ayant perdu leurs parents dans la guerre.
En 1944, les Benigsen ont fuit vers l'Allemagne, où ils ont servi le nombre croissant de personnes déplacées. Par un pur miracle, ils ont échappé au rapatriement forcé vers l'Union Soviétique, parce que le secrétaire du commandant américain à l'époque était un camarade d'école du père Benigsen. Au cours des 2 années suivantes, ils ont servi dans divers camps de personnes déplacées, jusqu'à ce qu'il soit nommé à l'église Saint-Seraphim, dans la Maison de Miséricorde à Munich.
En novembre 1950, les Benigsen sont arrivés aux États-Unis d'Amérique. Deux mois plus tard, il était nommé à l'église Saint John the Baptist, Berkeley, Californie. En décembre 1951, le p. Benigsen fut nommé doyen de la cathédrale Holy Trinity, à San Francisco.
En février 1960, les Benigsen ont été transférés à l'église Holy Transfiguration, Denver, Colorado, où mme Benigsen organisa un choeur et aida à renforcer la vie de la paroisse. En 1964, ils furent transférés à Berkeley, Californie, où ils organisèrent un centre d'étudiants Orthodoxes et une chapelle dédiée à saint Joseph d'Arimathie. Par la suite, ils furent transférés à la cathédrale Holy Virgin Protection, New York, en 1967; à la cathédrale Saints Peter and Paul, Montréal, Québec, Canada, en 1968; et à l'église Saint-Nicholas, Saratoga, Canada, en 1970. A chaque fois, mme Benigsen servit comme chef de choeur et aida aux programmes éducatifs et de camp de jeunes. En 1980, le p. George fut renommé à la cathédrale Holy Trinity, où il servit jusqu'à sa mise à la retraite l'année suivante. Durant leur retraite, les Benigsen ont servit au monastère Holy Assumption, Calistoga, Californie, jusqu'au décès du p. Benigsen en 1993. Sa grâce l'évêque Benjamin de Berkeley a présidé à l'Office funéraire à la cathédrale Holy Trinity, San Francisco, Californie, le jeudi 20 juillet 2004.

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Sur un forum de discussion religieuse, notre frère Vasili-Régis propose lectures & hymnes suivis d'une méditation:

Groupes de discussion : fr.soc.religion
De : "R.V. Gronoff"
Date : Sat, 31 Mar 2007 17:35:41 +0200
Objet : 01/04: Dimanche avant Pâques
http://groups.google.be/group/fr.soc.religion/msg/94b6fccbaea1c8c4
&
http://groups.google.be/group/fr.soc.religion/msg/8c1f64ee8db2fa0f

Dimanche des Rameaux

1er TROPAIRE
C'est celui du Samedi de Lazare.

2è TROPAIRE
Ensevelis avec Toi par le baptême, Christ notre Dieu, nous avons été rendus, par Ta Résurrection, clignes de la vie immortelle. Avec des hymnes nous Te chantons: "Hosanna au plus haut des cieux! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur."

KONDAKION
Au Ciel assis sur un trône, ici-bas sur un ânon, Christ Dieu, reçois la louange des anges et les hymnes des enfants qui Te crient: " Tu es béni, Toi qui viens rappeler Adam".

CHANT DE COMMUNION
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Le Seigneur est Dieu, Il nous est apparu. Alléluia.

HYMNE à la VIERGE chanté durant la Liturgie après la Consécration des Saints Dons
Le Seigneur est Dieu, Il nous est apparu. Organisez une fête et, pleins d'allégresse, allons magnifier le Christ avec des palmes et des rameaux chantant cet hymne: "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur, notre Sauveur"

Epître de Saint Paul aux Philippiens, chapitre IV des versets 4 à 9
Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. N'entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l'oraison et à la prière, pénétrées d'action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos coeurs et vos pensées, dans le Christ Jésus. Enfin, frères, tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d'aimable, d'honorable, tout ce qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper. Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi et constaté en moi, voilà ce que vous devez pratiquer. Alors le Dieu de la paix sera avec vous.

Evangile de Saint Jean, chapitre XII, versets 1 à 18
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l'un des convives. Alors Marie, prenant une livre d'un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux; et la maison s'emplit de la senteur du parfum. Mais Judas l'Iscariote, l'un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit: "Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu 300 deniers qu'on aurait donnés à des pauvres?" Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. Jésus dit alors: "Laisse-la: c'est pour le jour de ma sépulture qu'elle devait garder ce parfum. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours." La grande foule des Juifs apprit qu'il était là et ils vinrent, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus. Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient: "Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d'Israël!" Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus selon qu'il est écrit: Sois sans crainte, fille de Sion: voici que ton roi vient, monté sur un petit d'ânesse. Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c'était ce qu'on lui avait fait. La foule qui était avec lui, quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait ressuscité d'entre les morts, rendait témoignage. C'est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre: parce qu'ils avaient entendu dire qu'il avait fait ce signe.

Avec ce dimanche nous entrons dans la grande semaine du mystère pascal : la Semaine Sainte. Elle commence par un porche grandiose, l'entrée solennelle du Seigneur dans la ville de Jérusalem. Monté sur une ânesse, Jésus, accompagné par ses disciples, s'avance au milieu des foules qui l'acclament :"Hosanna, béni est celui qui vient au nom du Seigneur".

Mais nous savons qu'une bonne partie de cette foule qui aujourd'hui crie Hosanna, quelques jours plus tard va crier :"crucifies-le, crucifies-le" et le même Jésus devra affronter ses ennemis pour subir la condamnation, la torture et la mort. Une fois de plus, voici le paradoxe, qui nous apparait comme une contradiction, mais qui seul, peut manifester le mystère de Dieu aux hommes.

Les disciples n'ont pas compris que l'entrée à Jérusalem n'était qu'un signe. Sans doute ont-ils pensé que la victoire de Jésus était consommée. L'image du Messie qui traînait dans leurs esprit permettait de comprendre que, certainement, Jésus allait prendre le pouvoir et bouter les romains dehors. Il allait définitivement écraser la puissance des pharisiens et autres membres du clergé officiel. Il allait enfin imposer sa Loi Nouvelle. Eux, les disciples allaient se trouver du bon côté. Comme ils avaient bien fait de le suivre en quittant tout.

Or, il ne s'agissait encore que d'un signe, car Jésus avait dit :"Mon Royaume n'est pas de ce monde". Jésus savait au moins une chose : le système des royaumes terrestres ne peut fonctionner pour établir le Royaume de Dieu.

De là, sans doute, l'immense déception des disciples lorsque quatre jours plus tard, ils assisteront, impuissants, au drame de la passion. Dans les lectures, telles que nous allons les entendre au cours de la semaine sainte, tous les disciples s'enfuient. L'un le trahit, un autre le renie publiquement par trois fois.

Ce sont eux, les disciples, qui ont tenus à consigner par écrit, bien après les événements, leur défection et leur manque de courage, leur manque de compréhension du mystère. Et c'est heureux pour nous. Cela nous dit une vérité, très importante sur les chemins de la foi que nous essayons de parcourir. L'étape première de toute véritable conversion, c'est la générosité de l'amitié pour Jésus, même si elle n'est pas encore éclairée par toute la lumière de l'Esprit Saint. Cette étape, osons la regarder en face si elle se présente dans nos vies. Elle s'appelle le péché. et lorsque nous entendons le récit des humiliations et des souffrances du Christ, la première façon de nous unir à elles est bien de reconnaître que nous en sommes, pour notre part, les provocateurs. Nous pouvons nous reconnaître dans la lâcheté et la somnolence des disciples au jardin de l'Agonie. Nous pouvons nous reconnaître, sans doute, dans l'accusation portée contre Jésus, dans l'attitude de ceux qui le dénoncent injustement et mensongèrement. Dans la cruauté de ceux qui le flagellent et le couronnent d'épines. Dans la veulerie d'un Pilate ou même dans l'inconscience des soldats de faction à qui l'on donne l'ordre de le crucifier. Donc la passion est d'abord, pour nous, une bonne table des matières pour un sérieux examen de conscience.

Or, cet examen de conscience nous tous devons le faire avant d'arriver à la glorieuse Résurrection du Seigneur. Comment le fait-on? C'est simple, par la confession. Dans cette semaine qui reste jusqu'à Pâques nous devons tous nous confesser de tous les manquements qui nous ont fait participer sciemment ou par inadvertance à la crucifixion du Christ. Car il faut que nous sachions que chaque fois, que nous péchons, en quelque sorte, nous crucifions le Christ. Il est dommage qu'aujourd'hui la confession, traverse une grave crise. On ne se confesse plus guère, tout en continuant à communier allègrement, oubliant un peu vite le mot terrible de Saint Siméon le Pieux, qui dit :"Frère ne communie jamais sans larmes".

Le temps privilégié du repentir est arrivé. Nous savons que toute la durée de notre vie peut être un temps de repentance, mais le temps du Carême, et surtout la dernière semaine avant Pâques est un temps tout à fait propice pour cela, puisque, comme je viens de le dire, les événements du jugement et de la crucifixion du Christ favorisent cette envie nécessaire.

Pour nous stimuler davantage, permettez-moi d'ajouter encore quelques réflexions sur la confession à notre époque. Il me semble que si les fidèles ne se confessent plus maintenant, c'est pour deux raisons principales, qui ont un rapport entre elles. La première est que nous sommes englués dans une conception juridique et morale du péché alors qu'il est une maladie. On prend la confession pour un tribunal, alors que c'est une clinique. Nous n'allons pas à la confession pour y être jugés mais pour y être guéris. Notre Père céleste ne nous juge pas à la manière des magistrats de ce monde. Il lui suffit d'être ce qu'Il est, à savoir la source de vie. Lorsque nous péchons nous sommes automatiquement jugés par l'existence du Père céleste en ce sens que nous nous coupons de la source de Vie.

Les chrétiens d'aujourd'hui, coincés dans une conception moraliste du péché, ont tendance à croire que, dès lors qu'ils ne sont ni gangsters, ni criminels, ni adultères, ils n'ont rien à confesser. Or les textes liturgiques de l'église orthodoxe parlent de "péchés involontaires". Tout péché, toute méchanceté, toute colère, toute impatience, toute médisance, toute jalousie, toute intempérance, toute impureté sont un refus de la mort à nous-même, un refus du dépouillement nécessaire de soi pour que le Père puisse nous combler de Sa Gloire, le Fils nous inonder de sa Lumière, l'Esprit Saint nous remplir de sa Vie et de son Amour. Se confesser, c'est se rendre compte que, si peu que nous ayons péché, nous sommes malades parce que séparés de la Vie, ainsi nous vivotons d'une petite vie morte. La confession est l'acte qui nous fait prendre conscience de notre maladie et de notre mort. Et c'est uniquement par l'expérience consciente de la mort que l'homme peut apprendre la révélation de la Vie, la possibilité de ressusciter à Pâques avec le Christ.

La seconde raison pour laquelle nous ne nous confessons plus, c'est également que nous sommes englués dans une fausse conception de l'Église qui réduit celle-ci à un ensemble d'institutions extérieures à l'homme, alors qu'elle est essentiellement la matrice dans laquelle nous sommes engendrés à la Vie du Père.

Créés à l'image de Dieu et selon sa ressemblance, nous ne sommes, comme Lui, des personnes que dans la communion avec les autres personnes. Dire que nous sommes à son image et créés pour Lui ressembler, c'est dire que rien de ce qui nous arrive n'est une affaire individuelle. Nous ne saurions nous réconcilier avec le Christ en dehors de son Épouse, l'Église. Saint Paul nous dit que lorsqu'un membre du corps du Christ est malade, c'est tout le corps qui est malade. Les chrétiens d'aujourd'hui feraient bien de méditer la belle formule de Jeanne d'Arc devant ses juges :"De Jésus Christ et de l'Église il m'est avis que c'est tout un". Alors n'oublions pas : la confession est la fin de la solitude humaine.

Voilà, une manière d'accompagner Jésus dans sa passion tout au long de la semaine Sainte qui commence aujourd'hui.

Que cette semaine soit pour nous tous un temps de repentance, de confession, de joie dans le Christ et que la Pâque soit aussi une allégresse et le commencement de notre résurrection.

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L'assocation de la Catéchèse Orthodoxe en France propose en ligne une homélie du p. Boris Bobrinskoi
http://catecheseorthodoxe.free.fr/lectures/lectures_lazare.htm



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