"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 avril 2007

P. Hopko: Dimanche de saint Thomas, l'autre versant de Pâques


Chaque jour au cours de la semaine de Pâques, appelée Semaine Radieuse par l'Église, les Offices Pascals sont célébrés dans toute leur splendeur. La procession baptismale de Pâques est répétée quotidiennement. Les portes royales du sanctuaire restent ouvertes. La joie de la Résurrection et le don du Royaume de vie éternelle continuent à abonder. Ensuite, à la fin de la semaine, le Samedi soir, le second dimanche après Pâques est célébré en mémoire de l'apparition du Christ à l'Apôtre Thomas, "après 8 jours" (Jn 20,26).

Il est important de noter que le nombre 8 a une importance symbolique tant dans la tradition spirituelle juive que Chrétienne. Il signifie plus que l'achèvement et la plénitude; il signifie le Royaume de Dieu et la vie du monde à venir, puisque 7 est le nombre du temps terrestre. Le sabbath, le 7ème jour, est le jour bénit du repos en ce monde, le jour qui clôt la semaine. Dès lors, "le premier jour de la semaine", le jour "après le sabbath", jour sur lequel tous les Évangiles insistent pour dire qu'il est le jour de la Résurrection du Christ (Mc 16,1, Mt 28,1, Lc 24,1, Jn 20,1; 19), est dès lors aussi le 8ème jour, ce jour qui va au-delà des confins de ce monde, ce jour qui se tient pour la vie du monde à venir, ce jour du repos éternel du Royaume de Dieu (cfr Hébreux 4).

Le premier dimanche après Pâques, appelé 2ème dimanche, est dès lors le 8ème jour de la célébration pascale, le dernier jour de la Semaine Radieuse. Il est dès lors appelé l'autre versant de Pâques, et ce n'est qu'en ce jour que dans l'ancienne Église, les Chrétiens nouvellement baptisés enlevaient leurs robes blanches et entraient à nouveau dans la vie de ce monde.

Dans les Offices de l'Église, l'accent est mis sur la vision du Christ par l'Apôtre Thomas, et le sens de ce jour nous est donné par les paroles de l'Évangile:
"Puis (Il dit) à Thomas: "Avance ici ton doigt et vois mes mains; mets la main dans Mon côté et ne sois pas sceptique, mais crois." Thomas lui répondit: "Mon Seigneur et mon Dieu!" Jésus lui dit: "Parce que tu M'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu!" (Jn 20,27-29).

Nous n'avons pas vu le Christ avec nos yeux physiques, ni touché Son Corps Ressuscité avec nos mains physiques, et cependant, dans le Saint Esprit, nous avons vu et touché et goûté le Verbe de Vie (1 Jn 1,1-4), et ainsi nous croyons. Chaque jour, lors des Offices et jusqu'à l'Ascension, nous chantons le Tropaire de la Résurrection. Lors de chaque célébration dominicale à partir du Dimanche de Thomas, nous chantons le Canon de Pâques et ses hymnes, et répétons la célébration du "premier jour de la semaine", quand le Christ Se releva d'entre les morts. Lors de toutes les Liturgies, les lectures d'Épître sont extraites du Livre des Actes d'Apôtres, nous parlant des premiers Chrétiens et de leur vie en communion avec le Christ Ressuscité. Toutes les lectures d'Évangile sont prises dans l'Évangile selon saint Jean, considéré par beaucoup comme étant un Évangile écrit en particulier pour les nouveaux baptisés à la nouvelle vie du Royaume de Dieu, par la mort et la nouvelle naissance en Christ, au Nom de la Sainte Trinité [*]. La raison de cette opinion est que tous les "signes" qu'on y trouve – "signes" étant le terme utilisé chez saint Jean pour parler de miracles – sont en rapport avec des thèmes sacramentels impliquant l'eau, le vin et le pain. Dès lors, tous les dimanches après le Dimanche de Thomas sont dédiés à la mémoire d'un de ces "signes" – sauf le 3ème.
Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"

[*] note de traduction : voir par exemple un éloquent développement dans "La Pentecôte Johannique", par feu mgr Cassien (Bésobrazoff, ancien professeur à l'Institut Saint-Serge), un ouvrage de 1939 qui n'a pas perdu sa puissance (mais hélas pas non plus son "copyright", d'où je ne peux en présenter copie en ligne et comme tant d'ouvrages du genre il restera perdu pour la plupart...)

Dimanche de Thomas – Tropaires, chants & lectures:
http://www.orthodoxie.com/2007/04/dimanche_de_tho.html


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