"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 avril 2007

P. Seraphim Holland: Le Paralytique et nous


"Lèves-toi, prends ton grabat, et marche!"
Jean 5,1-5

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Aujourd'hui, nous voyons un homme qui est.... doublement guéri. La guérison de l'homme a été accomplie par étapes, comme il en est de même pour nous. Et nous, Chrétiens Orthodoxes, nous devons reconnaître comment Dieu nous guérit, et en quoi cela nous oblige. En tant que Chrétiens, nous ratons le coche. Nous sommes plutôt chiches quand il s'agit de rendre grâce à Dieu, quand il s'agit de nous souvenir de Ses miséricordes. Nous ne payons pas de mine, incapables de changer nos priorités, d'arranger ce que nous avons planifié. Et à cause de ça, bien trop souvent, nous manquons de recevoir la SECONDE guérison.

Le paralytique ne pouvait marcher, ses jambes n'étaient plus assez fortes. Il espérait être guérit, et dès lors il attendait, gisant sur son lit, à côté de la baignade des moutons. Et il attendit fort longtemps. Pour les Pères, 38 ans, ça signifie une vie entière – peut-être pas une vie entière pour nous, mais à l'époque, oui. Et cette vie entière montre tout ce qui est faux avec l'homme – tous les péchés, toutes les infirmités, tout ce qui est inachevé, tout ce qui manque en nous. Tout homme qui a le moindre soupçon d'honnêteté en son coeur sait qu'il est inachevé, et aspire à être transformé.

Pour le paralytique, la première guérison, c'était de le remettre sur pied, de sorte qu'il puisse se tenir debout. Pour nous, cette première guérison, c'est de nous amener dans l'Église.

Mais la seconde guérison, c'est quand l'homme est illuminé par le Christ. Notre Seigneur l'avait vu dans le temple – qui était un bon endroit où se trouver, et la raison pour laquelle il reçut la seconde guérison. Et exposa à l'homme Qui Il était. Et Jésus dit à cet homme quelque chose de très important : "Te voilà guéri - ne pèche plus; il pourrait t'arriver quelque chose de pire" (Jn 5,14). En d'autres termes, à présent que tu as été guéri et que J'ai pardonné tes péchés, vis selon les Commandements!

Je voudrais que vous compreniez la véritable nature de cette seconde guérison. Dans le récit évangélique, ce n'est mentionné qu'une seule fois, mais nous savons que notre ascension vers la plénitude et la perfection dure toute notre vie entière. Nous ne recevrons pas cette seconde guérison en plénitude à moins que nous ne forcions notre volonté à lutter pour respecter les Commandements. C'est pour cela que le lieu où le Christ a rencontré l'homme est si rempli de signification. Il était dans le temple, priant, rendant grâce. Dieu donne la grâce, mais nous devons fournir l'effort.

Nous, Chrétiens Orthodoxes, nous sommes très pauvres quand il s'agit de se rappeler de choses que le Seigneur a dit telles que ce "ne pèche plus." La miséricorde de Dieu est très fortement liée à notre responsabilité de penser à agir, à respirer même, en Chrétiens. Notre pauvreté est grande quant à accomplir cette responsabilité. Il est très étrange de constater que la période où il y a le plus grand manquement en matière de présence à l'église, c'est après Pâques. C'est la période où les gens me disent souvent en confession qu'ils ont eu le plus dur à dire leurs prières. Satan leur vole la grâce, comme les oiseaux volent les semences hors du sol où elles ont été semées, parce qu'elles n'ont pas su s'enraciner.

Tout ceci fait vraiment partie de cette période de l'année, non pas seulement pour le message que j'essaie de vous faire passer maintenant, mais plutôt pour nous nous concentrer plutôt sur comment la Résurrection transforme et illumine l'homme. Nous reverrons cela, encore et encore, au cours de cette période d'après Pâques, nous verrons comment Dieu illumine et comment la Résurrection s'applique à nos vies. Nous le verrons dans le paralytique, dans l'aveugle, et dans la Samaritaine. Mais nous devons aussi voir les à côté de ces guérisons et de ces illuminations que nous examinerons, même ne fut-ce que brièvement, au cours d'un de ces proches dimanches. Nous y sommes obligés.

Chaque année, je lutte, et je pense que je perd ce match de lutte chaque année, mais ma conscience pastorale m'y force, je me dois d'insister sur ces paroles du Seigneur adressées au paralytique après sa première guérison, paroles auxquelles nous ne prêtons pas assez attention : "Prends ton grabat, et marche!"

Nous devons nous regarder dans le miroir et nous juger nous-mêmes: est-ce que je vis en Chrétien? Est-ce que je m'applique au jeûne? Est-ce que je viens à l'église à chaque fois que c'est possible, ou uniquement quand ça m'arrange? Est-ce que je fais mes prières, ou est-ce que je me contente du Signe de Croix quand je rentre dans ma voiture, avant d'aussitôt allumer la radio et de me plonger dans l'océan séculier du jour? Est-ce que je lutte contre mes passions? Est-ce que cette lutte est mon souci principal du jour?

Frères et soeurs, c'est notre devoir. Et ce devoir n'est pas une règle que Dieu demande que nous accomplissions d'un poigne de fer. Dieu veut vous donner toute bénédiction, et moi, en tant que ministre de l'Évangile, je suis chargé de vous rendre accessible tout ce qui est possible, tout ce dont moi, comme mortel qui a reçu la responsabilité et la capacité de traiter avec l'immortel, peut faire. Mais vous devez LE PRENDRE! Vous devez vous en emparer! Vous devez prier. Vous devez jeûner. Vous devez venir à l'église. Vous devez prendre votre grabat et marcher.

Peut-être gagnerai-je ce combat de lutte l'une ou l'autre année, et n'aurai qu'à parler de la joie de Pâques et de l'illumination que Dieu accorde. Mais jusqu'à présent, j'ai perdu, parce que mon coeur est lourd en cette période de l'année. Prenez votre grabat et marchez!

Vous avez été guéris, vous avez été plongés dans les eaux du Baptême, et en êtes ressortis en créature nouvelle. C'est ça que les eaux bouillonnantes de ce récit veulent nous dire. Cette théologie est bien plus importante que le film de cette semaine que vous connaissez. Nous devrions connaître ces choses-là. Les eaux bouillonnantes indiquent le Baptême, mais par année, seul un homme était guérit, quand l'Archange Michel descendait dans les eaux. L'Archange Michel descendit dans les eaux. Vous devriez connaître l'identité de l'Ange grâce à l'Office de vigile. L'Archange Michel fait bouillonner l'eau. Ce n'est pas mentionné dans les Écritures, mais notre sainte Tradition sait cela. Un seul homme a été guérit! Mais le Christ sait guérir sait guérir l'homme tout entier, et Il sait guérir tout le monde.

Ca c'est une nouvelle passionnante. Mais quand le Dieu-homme dit "prends ton grabat et marche," c'est à vous qu'Il dit de le faire, maintenant. Il vous donne le moyen de le faire! Dès lors, comment osons-nous traîner dans l'inconstance et la paresse, et nous vautrer dans le flot soporifique de la vie, alors que nous avons reçu l'ordre de notre Sauveur de nous mettre à l'ouvrage, et qu'Il nous a donné tout ce qu'il faut pour accomplir Son ordre? Quand nous restons sans changement, nous ne reconnaissons pas la miséricorde de Dieu. Et vous manquerez la grâce. Il coule à travers vous, et vous n'en saisissez rien, ou seulement une minuscule partie, parce que la grâce de Dieu qu'Il accorde n'est recueillie que par ceux qui sont actifs, qui portent leur grabat, qui luttent pour mener une vie Chrétienne. Et qui pourtant ont toujours les mêmes péchés que vous, et les mêmes passions, et les mêmes problèmes, et la grâce de Dieu qui est là pour que vous l'utilisiez!

L'oasis n'est qu'à quelques pas, et nous sommes là à mourir de soif. Une table lourdement chargée de mets délicats est toute proche, et nous mourons de faim! Prenez votre grabat et marchez! Vous avez encore le temps, en cette période bénie qui va de Pâques à la Pentecôte, quand Dieu veut révéler Son illumination d'une manière extrêmement claire. Nous devons dès lors être ici pour entendre. Non pas simplement et seulement "ici", dans ce bâtiment, mais dans nos prières, dans nos lectures, dans toutes ces choses qui sont nécessaires pour nos âmes. Non pas pour mon bien, mais pour votre bien.

Je prie afin de gagner ce match de catch l'an prochain, et alors je pourrai vous parler de ce que je veux réellement vous parler – des nouvelles passionnantes. Mais on ne sait partager ce genre de nouvelles qu'avec des gens qui ont le même esprit occupé à lutter. Soyons d'un même esprit, vivons la même vie Chrétienne. Luttez avec moi. Je ne suis pas un bon lutteur, et j'ai besoin de beaucoup d'aide et de soutien. Luttons ensemble. Décidez-vous dans votre tête à mieux jeûner, à dire vos prières du matin, et non pas de se contenter d'y consacrer quelques minutes. Si vous avez toujours l'habitude d'écouter votre chanteur préféré à midi, et que vous vous en souvenez toujours, alors vous saurez bien vous souvenir de 5 minutes de prière le matin, voire 15. Commencez par 5. Et 5 le soir. Et lisez quelque sainte lecture chaque jour.

Si vous faites cela, vous grandirez! Dieu vous comblera de connaissance. Et certains des problèmes qui vous assaillent à présent vous commencer à disparaître. Le processus semble mortellement long pour la plupart des Chrétiens, et ils voient fort peu de progrès, parce qu'ils n'ont pas ajouté suffisamment d'EFFORTS à la grâce reçue de Dieu! Alors puissions-nous prendre notre grabat et marcher. Certains d'entre nous savent courir, d'autres savent voler tels des aigles. Certains savent à peine ramper. Moi, je ne sais que ramper, mais si c'est aussi votre cas, alors rampons ensemble.

Puisse Dieu nous aider à prendre notre grabat et à marcher, à lutter avec tout dans la vie Chrétienne, pour notre intérêt. Dieu a beaucoup à nous donner, et nous ne le voyons pas, même quand c'est juste en face de nous! Est-ce que vous êtes conscients que les Anges sont ici, présents, maintenant? Ils sont ici, en ce moment même, parmi nous, mais est-ce que nous les voyons? Non, parce que nos yeux sont couverts d'écailles. Nous ne voyons pas tout ce que Dieu veut nous donner. C'est une tragédie – que nous ne puissions voir les Anges, que nous ne ressentions pas tout ce qui est occupé de se passer à l'instant même.

Que Dieu daigne nous éclairer! Ca se passera progressivement, par petites étapes. Il ne vous demande pas de prier en lévitant, dès demain. Il vous demande de répondre à Sa grâce, comme une fleur répond au soleil et grandit en sa direction. La fleur ne se détourne jamais du soleil, et cependant, le Chrétien, lui, le fait. Ne soyons pas comme le monde. Concentrons nos vies sur ce qui compte, le Salut de nos âmes, de sorte que nous puissions voir ce que Dieu veut nous montrer. C'est passionnant à connaître, ces nouvelles incroyables au sujet de ce que Dieu veut donner à ceux qui luttent.
Que Dieu vous bénisse et vous aide.
Amen.

Prêtre Seraphim Holland
St Nicholas Orthodox Church, Dallas, Texas, USA
(Église Orthodoxe Russe Hors Frontières)
serap...@orthodox.net Ph:972/529-2754 MOBILE & VOICE MAIL 214 336-3464
FAX: 603/908-2408 Home Address: 2102 Summit, McKinney, TX 75070, USA
WEBMASTER FOR: St Nicholas Home Page - http://www.orthodox.net

*-*-*-*-*-*-*-*

L'hésychasme, paix du coeur au coeur du monde : pour ne pas s'enliser
Horia Roscanu
Candidat au Ph.D. en théologie
Université de Montréal
Résumé : Le silence dans la cité est souvent fort difficile à réaliser. La spiritualité des Églises d'Orient propose un rapport au réel qui cherche à faire une place à ce silence au coeur du quotidien, à un recentrement sur l'essentiel qui n'est pas fuite au dehors mais vie au dedans.
http://www.erudit.org/revue/theologi/1999/v7/n2/005026ar.html

(merci du tuyau à Vasili-Régis)


Aucun commentaire: