"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

16 mai 2007

Saint Brendan, l'abbé Orthodoxe qui implanta l'Église en Amérique au 6ème siècle – l'évangélisation du Grand Nord

Craggaunowen, photo du Brendan, reconstitution par Tim Severin du bateau de Saint Brendan le Navigateur, photo copyright JMD 9 aout 2005

Et depuis lors, les missionnaires Orthodoxes ne cesseront de s'y rendre. Cependant, après le Schisme, l'Amérique devra attendre plusieurs siècles et les
missions des Russes en Alaska, pour que l'Église du Christ puisse revenir prendre pied sur ces terres-là. Cela culminera avec les grands saints tels que saint Tikhon (futur patriarche-martyr, qui demandera prophétiquement la réinstauration du Rite Orthodoxe Occidental au Saint-Synode de Russie), saint Raphaël de Brooklyn (qui aidera saint Tikhon, aussi pour le Rite Occidental), saint Pierre l'Aléoute, saint Juvénal, etc, quantité de grands saints et de martyrs aussi. Pour aujourd'hui, où nous fêtons saint Brendan, nous regarderons sa "geste" ainsi que celle de ses successeurs, Erik le Rouge et ses Vikings.


Vie de Saint Brendan: iconographie, cartographie, hymnographie orthodoxe




Ou: Qui a réellement découvert l'Amérique?

Les cartes de l'époque de Christophe Colomb mentionnaient souvent une île appelée Île de Saint-Brendan, qui était positionnée dans l'ouest de l'océan Atlantique. Les cartographes de l'époque n'avait pas la moindre idée de sa position exacte, mais croyaient qu'elle existait quelque part à l'ouest de l'Europe. Elle était mentionnée dans un texte latin datant du 9ème siècle, titré "Navigatio Santi Brendani Abatis" (le Voyage de l'abbé Saint Brendan). Il décrivait le voyage ayant eu lieu au 6ème siècle. Plusieurs copies de ce texte ont survécu dans des monastères dans toute l'Europe. C'était une partie importante du folklore dans l'Europe médiévale et a pu avoir influencé Christophe Colomb.

Les historiens rapportent que Brendan est né vers 484 près de Tralee, dans le Comté de Kerry. Il a été ordonné par l'évêque Erc et navigua à travers le nord-ouest de l'Europe, répandant la Foi Chrétienne et fondant des monastères, le plus grand étant à Clonfert, Comté de Galway, où il sera enterré en 577, décédé à l'âge de 93 ans.

Le récit du voyage de Brendan contient une description détaillée de la construction de son bateau, qui n'était pas différente de celle des coracles (currachs) encore construits de nos jours dans le Comté du Kerry. Les sceptiques ne pouvaient pas admettre qu'une embarcation apparemment aussi fragile puisse naviguer en haute mer. Plusieurs passages du texte semblaient aussi incroyables, légendaires – ils avaient été "soulevés sur le dos de monstres marins", ils avaient "traversé des cristaux qui s'élevaient vers les cieux", et avaient été "bombardés avec des rochers en flammes et en fumées par des habitants d'une grande île se trouvant sur leur route." Pour finir, ils étaient parvenus à une magnifique terre qu'ils avaient appelée "Terre Promise des Saints." Ils l'avaient explorée jusqu'à ce qu'ils parviennent à une grande rivière (ou fleuve? Ndt) qui partageait le pays en deux. Le voyage de Brendan et de ses moines avait duré 7 ans. Le voyage du retour avait probablement été la partie la plus longue de l'odyssée.

En 1976, Tim Severin, un érudit Britannique spécialisé en navigation embarqua à Brandon Creek dans la péninsule de Dingle (Irlande) sur un coracle qu'il avait construit en suivant à la lettre les détails donnés par Brendan. Son but était d'établir si le voyage de Brendan et de ses moines était possible. Ils tannèrent des peaux de vache avec de l'écorce de chêne, les tendirent sur une armature en bois, les cousirent ensemble avec des lanières de cuir, et graissèrent les peaux avec de la graisse animale pour les étanchéiser. L'examen des cartes maritimes avait porté Severin à conclure que la route de Brendan serait gouvernée par les vents dominants, ce qui lui ferait traverser la partie la plus au nord de
l'Atlantique. Ca lui ferait croiser au large de l'Islande et du Groenland, et il accosterait probablement en fin de voyage au Newfoundland (Saint-Brendan Isle). Ce serait d'ailleurs la route qu'aurait prise Leif Erickson au 10ème siècle. Nombre d'escales de Brendan au cours de son voyage étaient des îles où les moines Irlandais ont installé des monastères primitifs. Les Vikings qui ont voyagé en ces eaux ont visité ces îles, et ont rapporté leurs rencontres avec les "Papars" (Pères).

Severin et son équipage furent surpris de découvrir à quel point les baleines qu'ils rencontraient étaient amicales. Les baleines nageaient à l'entour et même sous leur bateau Ce dernier aurait pu être reconnu comme une autre baleine par les mammifères géants. Les baleines ont même pu être beaucoup plus amicales à l'époque de Brendan, avant que les navires motorisés ne leur apprennent à se méfier de l'homme. Si amicales en tout cas qu'elles auraient bien pu soulever le bateau du moine dans une attitude de jeu.

Après s'être arrêté aux Îles Hébrides, Severin avait fait route vers les Féroés, îles danoises. Sur l'île de Mykines, ils avaient rencontré des milliers d'oiseaux de mer. Brendan avait appelé cette île "Paradis des oiseaux." La plus grande des îles, il l'avait appelée "Île des Moutons." Le mot Faroe lui-même signifie "île des moutons." On trouve aussi Brandon Creek [Crique de Brendan] sur l'île principale des Féroés, que les habitants pensent avoir été le point d'embarquement de Brendan et de son équipage.

La route de Severin les avait amenés en Islande, où ils avaient hiverné, comme l'avait fait Brendan. Les volcans sur l'île ont été actifs des siècles durant et pourraient bien avoir été en éruption alors que les moines s'y trouvaient. Phénomène qui aurait pu être ce bombardement de rochers en flammes et en fumée que le texte du 9ème siècle rapporte. Les moines n'avaient jamais vu d'icebergs auparavant, dès lors leur manière de les décrire comme des palais de cristal a du sens.

Le bateau de Severin fut endommagé, percé par un bloc de glace flottant au large de la côte du Canada. Ils furent capables de réparer avec un morceau de cuir cousu par dessus le trou [la tête plongée dans l'eau glacée; ndt]. Ils touchèrent terre sur l'île de Newfoundland le 26 juin 1977. Cette dernière pourrait bien avoir été pour Brendan cette "Terre Promise des Saints" dont il est question dans la Navigatio.

Le voyage de Severin n'a pas prouvé que Brendan et ses moines sont arrivés en Amérique du Nord. Cependant, il a prouvé qu'un coracle de cuir tel que décrit dans la Navigatio aurait pu accomplir un voyage tel que celui décrit dans le texte. Il ne fait non plus aucun doute que les Irlandais étaient des marins habitués aux courants de l'Atlantique nord 900 ans avant le voyage de Christophe Colomb.

Des preuves plus concluantes de l'exploration Irlandaise de l'Amérique du Nord nous viennent de l'ouest de la Virginie. Là-bas, on a découvert des pierres gravées qui ont été datées entre 500 et 1000 après Jésus-Christ. Les analyses par l'archéologue Robert Pyle et l'expert reconnu en linguistique le pr. Barry Fell ont montré qu'elles ont été écrites dans l'ancien irlandais en utilisant l'alphabet oghamique. D'après le pr. Fell, "les textes en ogham de l'ouest de la Virginie sont les plus anciennes inscriptions en ogham au monde. Ils présentent une grammaire et un vocabulaire de vieil irlandais d'une manière auparavant inconnue dans de semblables antiques gravures sur pierre dans quelque langue celtique que ce soit." Le pr. Fell continue en supposant qu' "il semble possible que les scribes qui ont gravé les inscriptions de l'ouest de la Virginie aient été des missionnaires Irlandais arrivés dans le sillage du voyage de Brendan, car ces inscriptions sont Chrétiennes. Les antiques symboles de piété Chrétienne, tels que les divers monogrammes Chi-Rho (Nom du Christ) et Dextra Dei (Droite de Dieu) apparaissent sur les sites en même temps que les textes en ogham."

L'absence de tout récit écrit de cette exploration pourrait s'expliquer par le fait que les explorateurs n'auraient pas su rentrer dans leur patrie. Si en effet ils sont allés aussi loin que dans l'actuelle Virginie de l'ouest, il serait très douteux qu'ils auraient pu réussir à rentrer en Irlande en partant d'un point d'embarquement situé aussi loin au sud. La conception de leur coracle nécessitait des vents et des courants favorables, orientés dans la bonne direction pour une bonne navigation. Severin a découvert qu'il était extrêmement difficile de virer de bord comme les autres navires à voile étaient capables de le faire. C'est peut-être la raison pour laquelle il fallu 7 ans à Brendan pour accomplir son voyage.

Nous pouvons conclure que le voyage de saint Brendan n'était pas une simple fantaisie médiévale, mais un récit hautement plausible. C'était des hommes d'exception. Ils cherchaient les terres au delà de l'horizon, les royaumes merveilleux qui devaient être dévoilés par Dieu – les Terres Promises.

Pour en savoir plus sur Tim Severin (en anglais):
http://www.iol.ie/~spice/severin.htm

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Prières de la Liturgie de l'ancien Rite Orthodoxe Occidental romain, trouvées à la fin d'une Vie de Saint Brendan, Paris MS 2333 A. Colbert "Missa in festo Sancti Brendani"

COLLECTE: O Dieu, Qui nous a offert aujourd'hui ce jour très saint, la fête de Ton confesseur et abbé le bienheureux Brendan, soutiens Ton Eglise par ses prières, afin que celui dont les vertus sont assurées puisse glorifier Tes miséricordes.

SECRETE : Sur les saints Autels, O Seigneur, où ont lieu les sacrifices, que le saint abbé Brendan supplie notre Seigneur afin qu'Il vienne favorablement à nous.

PRIERE DE POST-COMMUNION: Permet au Bienheureux abbé Brendan de nous protéger, O Seigneur, par la compréhension de Tes Mystères, intercédant pour nous afin que nous connaissions le signe de sa sainte vie, et puissions connaître les grâces de son intercession.



ORATIO.
DEUS, qui hodiernam diem sacratissimam nobis, beati Brendani confessoris tui atque abbatis solempnitate, tribuisti, adesto piis Ecclesie tue precibus, ut cujus gloriatur mentis, muniatur suffragiis.

SECRETA.
Sacris altaribus, Domine, hostias superpositas beatus Brendanus abbas in salutem nobis pervenire deposcat.

POST COMUNIONEM.
PROTEGAT nos, Domine, cum tui perceptione sacramenti beatus Brendanus abbas pro nobis inercedendo, ut conversacionis ejus experiamur insignia, et intercessionis ejus experiamur suffragia.


La Lorica de saint Brendan, en latin :
"Oratio Sancti Brendani"
(copie du 9ème siècle)

Hymne à Saint Brendan, par Guido d'Ivrea (Bobbio, 11ème siècle)
sancti-brendani-abbatis-ora-pro-nobis.html


Texte latin et traduction de la "Navigatio"

http://www.utqueant.org/net/doc.3.Bren.II.html


Petroglyphe & ogam
Afin de l'arracher au Christ et de le faire se prosterner devant des hommes, depuis un millénaire, l'Occidental a été spirituellement et intellectuellement déformé. On lui a appris à ne rien croire de ce que ses véritables Pères dans la Foi lui ont légué. Reste donc à utiliser ce qu'il veut encore bien regarder, au moins distraitement, comme par exemple "la science", et ici, en l'occurence, c'est l'archéologie qui vient nous aider. Car il est aberrant de maintenir mordicus que tout cela serait faux quand jusqu'au centre des États-Unis d'Amérique, on retrouve des écrits dans une langue qui n'a existé qu'en Irlande et n'a surtout été utilisée qu'avant le 8ème siècle. Et ayant en tout cas intégralement disparu plusieurs siècles avant Christophe Colomb....
http://members.aol.com/jlcooke2/petroglyph.htm
Cette stèle du Wyoming, calendrier solaire, a finit par être traduite, elle porte un message de Noël.
"Au moment du lever du soleil, un rayon effleure le passage du côté gauche du Jour de Noël, la première saison de l'année, la saison du bienheureux Avent du Sauveur le Seigneur Christ. Voyez, Il est né de Marie, une femme."
L'article dit entre autre aussi ceci :
"En 1985, l'éminent érudit celtique, le professeur Robert T. Meyer, visita le site et répondit à la question de l'authenticité de ces paroles : 'Nul n'aurait pu créer un tel faux à moins d'avoir une connaissance extrêmement profonde de la philosophie celtique, car ceci est très archaïque, et probablement du 6ème ou 7ème siècle. Pour les érudits Celtiques, ceci est probablement au moins aussi important que la découverte des Rouleaux de la Mer Morte.. parce que cela montre que des moines Irlandais, je présume, sont venus ici il y a quelque 1500 ans d'ici.'
Depuis lors, d'autres gravures en ogham ont été découvertes en Virginie de l'ouest à Bear's Fork dans le Conté de Fayette et à Horse Creek dans le Conté de Boone; de même qu'à Red River Gorge dans le Kentucky; Shell Rock Canyon, dans le Colorado, et au Newfoundland."

Les inscriptions en ogam dans l'Ouest de la Virginie à Horse Creek
www.islandnet.com/~edonon/horse.html

Explications sur l'écriture og(h)am
très complet, en anglais
http://en.wikipedia.org/wiki/Ogam

plus succint, en français
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89criture_oghamique

Quelques siècles plus tard après le célèbre abbé-missionnaire Irlandais, d'autres Orthodoxes, des Vikings cette fois, partiront REcoloniser ces terres lointaines. Voici leur histoire, tout aussi méconnue de nos concitoyens, et tout aussi importante pour la véritable Histoire de l'Église, et donc la nôtre.

Il y a 1000 ans d'ici, les Chrétiens Orthodoxes en Amérique du Nord

http://www.roca.org/OA/151/151g.htm


par le prêtre Andrew Phillips


Bien que l'on n'enseigne plus aux écoliers que Christophe Colomb a découvert l'Amérique, ce qu'on ne leur dit pas – et qui n'est en général pas connu – c'est que le premier Européen à avoir mis le pied dans le Nouveau Monde était un Chrétien Orthodoxe, quelque 500 ans avant le catholique-romain Génois. Qui était-ce donc?



Au cours des 2 derniers siècles du premier millénaire, les pays du nord-ouest de l'Europe et ailleurs découvrirent l'existence de peuples appelés les Hommes du nord ou Vikings - de "viks" ou "wicks", villages situés dans des criques des terres froides et désolées de Scandinavie. Faisant voile sur leur navires caractéristiques, longs et avec une haute proue, ils partaient chercher du bois de construction, du poisson et des terres agricoles. Les Vikings gagnèrent une durable mauvaise réputation par leurs attaques sauvages contre des pays pacifiques. Leurs attaques à répétition contre l'Angleterre furent particulièrement brutales. Martyrisant des centaines de moines et de moniales, ils mirent un terme à l'âge d'or de la culture de l'Église d'Angleterre.


Cependant, tous les Vikings n'étaient pas belliqueux. Un groupe à l'Est, que nous appellerions aujourd'hui Suédois, était principalement fait de mercenaires et de commerçants. Ils ont voyagé au large vers l'Est et le Sud à travers la Russie, où ils ont fondé une dynastie, les Rurik, et ont été jusqu'à Constantinople. Un troisième groupe, qui habitait dans l'actuelle Norvège, était composé de marchands et d'explorateurs, qui voyageaient principalement vers l'Ouest. Ils s'installèrent sur les îles Shetlands et Orkneys, qui étaient habitées par des ermites, dans le nord-ouest de l'Écosse et de l'Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande. En 870, ils commencèrent à coloniser l'Islande où des moines Irlandais, les "papars" habitaient déjà. C'est ici que la vieille langue viking, le Vieux Norvégien, a quasiment pas changé en mille ans, étant préservée dans cette sorte de ca
psule temporelle de l'Islande moderne. De là, certains sont partis vers le Groenland. Le principal d'entre eux était Eric (Erik) le Rouge. Hors-la-loi comme son père, il quitta l'Islande en 982 et passa plusieurs années ensuite à explorer les côtes sud-ouest d'une terre entourée de glace, qu'il appela Groenland dans l'espoir d'y attirer des colons. Ensuite il y dirigea une expédition forte de 700 émigrants. Leurs descendants devaient occuper ce pays durant 5 siècles, jusqu'à finir par mystérieusement disparaître dans les années 1500. Nous reviendrons par la suite à cet Erik le Rouge. Parlons d'abord de la Christianisation de ces Hommes du Nord.

Les Vikings étaient païens, et ils avaient leur propre mythologie ténébreuse et désespérante faite de dieux païens et de sorts. Bien que leur attaque contre la Chrétienté avait au départ amené à nombre de bains de sang, les plus spirituellement sensibles d'entre eux commencèrent à accepter le Christianisme. A la fin du 9ème siècle, les Vikings Danois qui s'étaient installés en Angleterre après avoir causé d'énormes dégâts, avaient accepté la Foi des mains d'Alfred le Grand. Il est à noter cependant que le Danemark en lui-même n'acceptera pas le Christianisme avant bien plus tard. Un siècle plus tard, les Vikings de Suède avaient commencé à accepter des missionnaires venant d'Angleterre, dont la présence est prouvée, entre autres choses, par l'église Saint-Pierre à Sigtuna, de style vieil-anglais. Cependant, c'est parmi les Vikings Norvégiens de l'Ouest que l'influence du Christianisme anglais était la plus forte.



En 994, le chef des Vikings de Norvège, Olaf Tryggvason, assiégea Londres, et tout le monde se souvient qu'il en détruira le London Bridge. Cependant, Olaf vécu un changement dans son coeur, et fut Chrismé et confirmé à Andover, au sud de l'Angleterre, par Alphege, évêque de Winchester, qui était alors la capitale royale anglaise. Lorsque devenu un nouvel homme, Olaf Tryggvason quitta l'Angleterre en 955, il emmena avec lui des évêques et des prêtres de Winchester et d'ailleurs en Angleterre, y compris l'évêque Grimkell, un Anglais d'origine Danoise, qui devait devenir évêque de Nidaros, la capitale de Norvège d'alors, appelée Trondheim de nos jours. C'est cette mission qui allait mener à la diffusion du Christianisme en Norvège et à la vénération locale de saints Anglais tels que saint Swithin de Winchester. Avec le temps, l'influence Chrétienne d'Olaf Tryggvason se répandit parmi tous les futurs Norvégiens, et aussi hors de Norvège. C'est ainsi que la Saga islandaise Kristni et la Saga d'Olaf Tryggvason rapportent comment, à son instigation, la Foi Chrétienne fut apportée aux colons Norvégiens en Islande vers l'an 999. Le succès du Christianisme fut tel qu'il est rapporté que vers 1050, un missionnaire Islandais, Thorwald, mourut à Kiev alors qu'il y était en visite. Retrouvons à présent la Saga d'Erik le Rouge, le voyageur ayant découvert le Groenland, où commence vraiment notre histoire.

Saint Olaf, dans l'église Överselö kyrka



(saint Olaf a été canonisé en 1031)

Un des Islandais d'origine Norvégienne qui s'était joint à l'expédition de colons d'Erik le Rouge au Groenland s'appelait Herjolf. D'après la Saga des Groenlandais, à bord du navire d'Herjolf, se trouvait un Chrétien des Hébrides qui, navigant vers l'inconnu, avait adressé la prière suivante au Christ :

Maître des moines, le très pur
Je Te supplie, protège mon voyage.
Daigne le Seigneur des Cieux me bénir
Et étendre Sa main sur moi.

En arrivant au Groenland, Herjolf installa sa maison sur un promontoire ou "ness" pas loin d'Erik le Rouge, qui installa une ferme dans un endroit appelé "Brattahlid", "la pente raide."

Cet Herjolf avait un fils déjà grand, Bjarni, qui était marchand. Lorsque Bjarni Herjolfsson rentra de Norvège en Islande, après y avoir commercé, et découvert que son père était partit pour le Groenland, il décida d'aller l'y retrouver. Cela se passait en l'An de notre Seigneur 986. Faisant route vers le Groenland, il dériva vers le sud, à cause du mauvais temps. Bjarni aperçu une terre, boisée, pas montagneuse. Réalisant qu'il s'était égaré, il fit cap au nord, et croisa une seconde terre, plate et boisée, et puis une troisième avec des côtes rocheuses plates et des montagnes de glace. Pour finir, il parvint au cap portant le nom de son père, Herjolfsnes, dans le sud du Groenland : Bjarni avait vu des terres nouvelles et inconnues – mais n'y avait pas débarqué.

L'ami et guide d'Herjolf, Erik le Rouge, avait eu 4 enfants Groenlandais : 3 fils - Leif, Thorvald, et Thorstein – et une fille, Freydis. En 999 son premier fils, Leif Ericsson, "de très belle apparence, et de plus sage et modéré en tout, de même que hautement respecté", fit voile du Groenland vers la Norvège. Hivernant à Trondheim, à la cour royale, il rencontra le roi Olaf Tryggvason et, presque certainement, l'évêque Anglais de Trondheim, Grimkell, que nous avons mentionné auparavant. Selon les Sagas, le roi Olaf reçut Leif avec grand honneur et, en tant que nouveau dirigeant Chrétien, il le convertit au Christianisme. Selon la Saga d'Olaf, "ce fut facile de baptiser Leif", et Olaf lui donna pour tâche de convertir les Groenlandais, encore païens, au Christianisme.

Au printemps suivant, l'An Mil, Leif repartit comme missionnaire vers le Groenland. Il emmena avec lui un prêtre, peut-être un de ces nombreux missionnaires Anglais qui étaient à l'oeuvre en Norvège, de même que "d'autres saints hommes pour baptiser le peuple là-bas et leur enseigner la vraie Foi." La Saga d'Erik le Rouge rapporte qu'à l'arrivée de Leif à Brattahlid, sa mère, Thjodhild, reçut le Baptême, et qu'ils y bâtirent la première église du Groenland. Leif et le "papa" ou prêtre baptisèrent bientôt la plupart des Groenlandais, et cette première église fut suivie de 16 autres, y compris une cathédrale cruciforme et aussi un monastère et un couvent. Les ruines de cette première église furent découvertes et fouillées presque mille ans plus tard, en 1961. C'était un petit bâtiment en bois, de quelque 10 mètres sur 3,5 mètres, avec des murs de tourbe, entouré de quelque 16 tombes.





C'est ici, au Groenland, en 1001, que Leif Ericsson entendit pour la première fois parler de la découverte par Bjarni Herjolfsson de nouvelle terres au sud-ouest. Ce récit le décida à acquérir le navire de Bjarni, avec l'intention de découvrir pour lui-même ces nouvelles terres. Nous ne saurions dire quelles étaient les motivations exactes de Leif, mais puisqu'il s'était vu confier la mission d'amener le Christianisme au Groenland, ce qu'il avait fait avec l'aide du clergé, son but pourrait avoir été au moins en partie missionnaire Dès lors, probablement en 1002, Leif Ericsson partit du Groenland avec 34 compagnons, et il découvrit en effet les mêmes terres que Bjarni, mais dans l'ordre inverse, du nord vers le sud. Tout d'abord, il trouva une côte de dalles de pierre derrière lesquels s'élevaient des glaciers, "des montagnes de glace." Il l'appela "Helluland" (Terre des pierres plates). Ensuite il trouva une terre basse, boisée, avec des plages de sable blanc, qu'il appela "Markland" (Terre boisée). Enfin, 2 jours plus tard, plus bas au sud, il parvint à une autre terre, de verts pâturages et de bois, avec un cap et une baie peu profonde, où leur navire toucha terre. Les Vikings tirèrent leur navire dans une crique d'un petit lac, près duquel ils construisirent des maisons. Ils "donnèrent à la terre un nom en accord avec les bonnes choses qu'ils y avaient trouvées, l'appelant Vinland" ou "Vinland la Bonne", signifiant non pas "terre des vignes" comme on le pense souvent, mais "terre des prairies" : en norvégien, "vin" signifie "prairie." Comparé au Groenland, l'endroit était un paradis pour les Vikings, car ils pouvaient y faire paître leurs troupeaux et boire du lait frais. Ils y trouvèrent du blé sauvage et nombre de fruits, ce avec qui ils firent du pain et du vin. Ils y bâtirent "de grandes maisons" et restèrent l'hiver, ne voyant pas de neige tomber.

A son retour au Groenland au printemps suivant, Leif trouva son père mourant, et il assuma la tâche de gouverneur de la colonie groenlandaise devenue nombreuse. L'an suivant, 1004, son frère Thorvald fit voile vers "Leifsbudir", le camp de Leif à Vinland. L'été suivant, Thorvald explora le pays vers l'ouest, avec ses forêts, ses sables blancs et nombreuses îles. L'été d'après, navigant vers l'Est, il découvrit un petit cap qu'il nomma "Kjalarnes," "Keelness." Sur une avancée de terre à l'est de cet endroit, Thorvald fut tué dans un accrochage avec des "Skraelings" hostiles – des "hurleurs", comme les Sagas appelaient les indigènes, d'après leurs bruyants cris de guerre. Avant de mourir, Thorvald demanda qu'en Chrétien, on plante une croix en tête et au pied de sa tombe. Ces croix furent les premières plantées sur le sol américain, et c'est donc de manière appropriée que le lieu fut appelé "Krossanes".

Mort de Thorvald Ericsson

Après l'hiver, l'équipage de Thorvald rentra au Groenland. Un an plus tard, en 1008, le 3ème frère, Thorstein Ericsson, partit à son tour pour le Vinland mais n'y parvint pas. Vers 1020, le nouveau mari de la veuve de Thorstein, un Islandais s'appelant Thorfinn Karlsefni, navigua 2 jours durant avec 2 navires, 140 personnes et des troupeaux, partit pour Helluland et Markland, hiverna près de Kjalarnes avec son longues plages. C'est là que naquit un fils, Snorri, le premier Européen né au Nouveau Monde. Ce petit-fils allait devenir l'évêque Thoral d'Islande. Karlsefni rentra au Groenland avec une cargaison de fourrures qu'il avait achetée aux Skraelings, et aussi avec des Skraelings qu'il avait capturés à Markland. Il les fit baptiser – probablement qu'il avait emmené un prêtre avec lui – leur enseigna le norvégien, et les Norvégiens apprirent un peu de skraeling. Pour finir, après la mort de Leif en 1020, la soeur de Leif, Freydis, visita le campement original de Leif au Vinland, avec 2 navires, vers 1024.

Les informations complémentaires sur ces antiques colons sont maigres. En 1117, un évêque Erik Gnupsson fit voile pour le Vinland en partant du Groenland, où il était légat papiste, commissionné par le pape de Rome Pascal II pour répandre le contrôle papiste sur la Scandinavie et le nord. Il resta au Vinland, "ce pays étendu et très riche" durant au moins 2 ans. Les Annales Islandaises en 1347 indiquent qu'il y avait une sorte d'implantation nordique au Markland. Mais au delà de cette date, jusqu'à ce que des preuves nouvelles démontrent le contraire, il est généralement accepté qu'aucune installation permanente n'a été établie là au Vinland, alors que les implantations au Groenland y ont survécu quelque 500 ans.

Ce n'est qu'au 20ème siècle que les vérités de ces Sagas et chroniques islandaises, telles que rapportées ci-dessus, ont été interprétées et prises en compte. En prenant les directions, distances et descriptions précises données par les Sagas, il est à présent clair que le Helluland des Sagas, la terre des pierres plates et des glaciers, c'est l'île de Baffin, un territoire canadien à quelque 200 miles marins du point le plus proche au Groenland. Markland, la terre plate de forêts, c'est le Labrador. Kjalarnes c'est le Cap Porcupine, et, bien que parfois auparavant identifié avec des régions aussi loin au sud que Rhode Island et Cape God, le Vinland doit être en fait le Newfoundland. Ceci fut confirmé par la découverte saisissante en 1960 d'une installation en tourbe et bois à L'Anse-aux-Meadows, près du Cap Bauld, sur la pointe nord du Newfoundland. Intensivement étudiée par le pr. Helge Ingstad, le site fut fouillé par des archéologues Norvégiens sous la direction de mme Anne Steine Ingstad, et la datation au carbone 14 donna approximativement l'An Mil. Les restes de l'implantation suggèrent un grand hall avec 4 chambres, quelques 8 autres bâtiments jusqu'à 20 mètres de long, y compris une maison-lavoir et un atelier de ferronnerie, de même que 4 abris à bateaux. Une des maisons contenait une niche couverte d'ardoise identifiée comme trou à braises, similaire à celui retrouvé en creusant à Brattahlid. En 1964, un jeune Canadien aidant au chantier a sorti de terre une petite roue en stéatite, une roue pour filer la laine, preuve qu'il y avait des femmes parmi les colons. On a retrouvé le même genre de roues dans les sites nordiques du Groenland, d'Islande et de Norvège. L'architecture à L'Anse-aux-Meadows correspond de même aux plus anciennes bâtisses au Groenland; les murs du bas sont en tourbe, tandis que les murs supérieurs sont de bois. On trouve juste à côté des ruines de 2 cairn en pierre – est-ce que cela a pu être autrefois des hautes croix érigées debout?




Bien qu'on ne puisse pas l'affirmer avec certitude sur base des preuves existantes, il est probable que ceci était l'emplacement même du camp original de Leif Ericsson, agrandît par ceux qui l'y ont suivit. Le nom même du lieu est frappant. "L'anse" est un mot français qui signifie aussi "crique", et en norvégien, le mot anglais "meadow" signifie, comme indiqué auparavant, "vin"; Vinland, la terre des prairies, la terre des pâturages. Juste à côté on trouve une crique à travers laquelle les Vikings ont pu tirer leur navire. Elle mène à un petit lac qui est entouré de larges prairies, au bout desquelles s'étendaient autrefois des forêts. Autrefois, les indiens Beothik Algonquins y vivaient, mais massacrés par les colons Français et Anglais, ils s'éteignirent en 1829. N'étaient-ce pas eux, les "Skraelings" de la Saga? La région autour de l'Anse-aux-Meadows abonde de
baies sauvages, canneberges, groseilles rouges et mûres, dont les indigènes faisaient du vin. Une sorte de blé sauvage (Elymus arenaria) y pousse, et parfois les hivers, adoucis par le courant du Gulf Stream, ne subissent aucune chute de neige. Nous pouvons bien nous représenter qu'il y a mille ans d'ici, quand le climat était plus doux, les hivers sans neige pouvaient avoir été la norme.

Qu'est-il advenu de ces colons? Sont-ils tous repartis pour le Groenland? Certains pensent qu'ils ont été décimés par une maladie. D'autres pensent qu'il est plus probable qu'il y ait eu des mariages mixtes avec les "Skraelings." Des rapports d'explorateurs des 16ème et 17ème siècles tels que Champlain parlent "d'Indiens" à la peau blanche et aux cheveux blonds, sur des "navires en bois." Une autre hypothèse est que les colons furent tués par les agressifs Skraelings; nous savons que l'implantation à L'Anse aux Meadows a été incendiée, ne laissant plus que les bas murs en tourbe.

Peu importe la manière dont nous envisageons la chose, le fait est que les premiers Chrétiens installés en Amérique du Nord venaient de Scandinavie, à une époque où les Chrétiens Scandinaves faisaient intégralement partie de la Chrétienté Orthodoxe.

Ce n'est peut-être pas une vaine spéculation de se demander ce qui aurait pu se passer si ces anciens Scandinaves s'étaient installés en grand nombre en Amérique du Nord. Nous pouvons supposer qu'avec leurs prêtres et évêques, ils seraient progressivement descendus plus au sud, vers un climat plus propice, convertissant encore plus d'indigènes Américains chemin faisant. Peut-être alors que Christophe Colomb lui-même aurait trouvé ici une ancienne civilisation native Chrétienne Orthodoxe, une Amérique Orthodoxe. Mais l'Histoire a prit un autre chemin. Et dès lors, il revient à nous de reprendre la mission entamée sur cette terre par Leif Ericsson et ses descendants Orthodoxes.

Adapté d'un article plus long du prêtre Andrew Phillips
http://orthodoxengland.org.uk/

Pour approfondir, lisez "Orthodox Christianity and the English Tradition", "Orthodox Christianity and the Old English Church", et "The Tragedy of English History" – tous du p. Andrew Phillips.

Lire aussi : G. M. Gathorne-Hardy, The Norse Discoverers of America, 1921. H. Hermansson, The Problem of Wineland, 1936. R. A. Skelton et all., The Vinland Map and the Tatar Connection, 1965. Helge Ingstad, Westward to Vinland, 1969. Anne Ingstad, The Discovery of a Norse Settlement in America, 1977. Finn Gad, Groenlands Historie indtil 1700, 1978.

*-*-*-*-*

note de traduction : vu les évidences historiques en faveur de saint Brendan et des missions Irlandaises, je ne partage pas l'intégralité de la conclusion du p. Andrew quant aux premiers colons Orthodoxes en Amérique. Mais je trouve plutôt qu'avec cette arrivée des Vikings christianisés, on y voit une continuité Orthodoxe occidentale en Amérique du Nord.
Si vous voyez ce que je veux dire
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Historique et cartographie antique, sur ces pages Orthodoxes Islandaises, en russe et en anglais :
http://orthodox-iceland.blogspot.com/2005_10_01_archive.html

Un petit Viking et un grand rêve, un conte de Stuart (5ème année)


Un site internet exceptionnel (en anglais) : le texte de toutes les Sagas Vikings sur la redécouverte du Nouveau Monde!


Un éditeur danois vend des fac-similés des Sagas d'Islande :


L'Évangile était proclamé de manière Orthodoxe en Scandinavie. Depuis que ce n'est plus le cas, on voit ce que ça donne... voyez les moeurs..

En Norvège, on trouve encore quelques églises en bois debout, les Stavkirker, dont certaines ont près de mille ans, et appartiennent donc encore à la période Orthodoxe du pays. Ce qui donne une bonne indication sur l'inculturation de l'Évangile à l'époque. Une leçon pour aujourd'hui, pour ici.




1 commentaire:

Anonyme a dit…

"Domine Jesu Christe, Fili Dei Vivi, parce mihi peccatori"
"Oratio sancti Brendani", 9s, codex Sant Gallen ms321 (CCCM 47, 1-31. CPL 1138)

"Sanctus Brandanus Dei servus fecit istam orationem de verbo Dei per Michaelem archangelum in medio maris: quicunque cantaverit orationem istam pro se vel amico suo pro anima sua vel pro anima amici sui, sive pro vivis sive pro defunctis, cum fide catholica et oratione dominica et simbolo genuflectans XII vicibus, peccata sua remittentur ei, et salvus erit de penis futuris: pretium cantandi orationem istam super altare vel super sepulcrum defuncti, genuflectans cum oratione dominica et fide catholica XII vicibus valet centum psaltaria et centum missas et centum commemorationes, auctoritate Spiritus Sancti docente sancto Brandano"
Oratio s. Brendani, fol. 59
Moran, Acta Sancti Brendani, Dublin, 1872

MISSA IN FESTO SANCTI BRENDANI.
 
[From MS. 2,333, A. Colbert.]
ORATIO.
DEUS, qui hodiernam diem sacratissimam nobis, beati Brendani confessoris tui atque abbatis solempnitate, tribuisti, adesto piis Ecclesie tue precibus, ut cujus gloriatur virtutis, muniatur suffragiis.
SECRETA.
Sacris altaribus, Domine, hostias superpositas beatus Brendanus abbas in salutem nobis pervenire deposcat.
POST COMUNIONEM.
PROTEGAT nos, Domine, cum tui perceptione sacramenti beatus Brendanus abbas pro nobis inercedendo, ut conversacionis ejus experiamur insignia, et intercessionis ejus experiamur suffragia.