"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 mai 2007

Vladimir Moss: La chute de l'Occident hors de l'Orthodoxie - quand, où, par qui


La récente découverte des reliques du dernier de l'Angleterre Anglo-Saxonne, Harold II Godwinson, qui fut tué en combattant contre l'armée papiste à Hastings en 1066, a fait resurgir la question suivante : quand est-ce que l'Occident a chuté hors de l'Orthodoxie?


L'armée papiste débarque..


et son "évêque" est avec armure, casque et arme...

C'est une question importante, non seulement pour les Chrétiens Orthodoxes d'origine occidentale, mais aussi pour l'Église Orthodoxe toute entière. Comme c'était le cas au cours du premier millénaire, l'Église Orthodoxe est à présent à nouveau l'Église tant de l'Orient que de l'Occident, dès lors il est nécessaire pour elle de revendiquer et affirmer son héritage tant de l'Orient que de l'Occident, de montrer que les saints de l'Occident étaient et sont exactement ses saints, ayant la même Foi que les saints de l'Orient. Mais ceci ne peut être accompli d'une manière théologiquement bien fondée qu'à la condition expresse qu'il soit clairement démontré où et quand l'Occident a chuté hors de l'Orthodoxie. Dans le cas contraire, le double danger existe de soit accepter de pseudo-saints qui étaient en réalité des hérétiques, soit de rejeter d'authentiques saints et intercesseurs à cause d'un zèle qui ne serait pas accompli "en pleine connaissance de cause." Dans le premier cas, nous retrouvons le "fou" François d'Assise (ce qualificatif lui est attribué par l'évêque saint Ignace Brianchaninov) placé au même niveau qu'un authentique saint tel Seraphim de Sarov. Et dans le second cas, des siècles entiers d'histoire et de sainteté Orthodoxe sont calomniés, ce qui ne peut que causer le courroux de Dieu, Qui est jaloux de l'honneur de ceux qui L'honorent, et Qui était intervenu pour empêcher saint Cyril d'Alexandrie de déshonorer la mémoire de saint Jean Chrysostome.

Une solution fort simple à ce problème semble exister : ces saints Occidentaux qui sont morts avant l'anathème lancé contre la papauté de Rome en 1054 sont à réintégrer dans le calendrier Orthodoxe, alors que les "saints" qui sont morts après cette date doivent être considérés comme hérétiques. Cependant, le problème n'est pas aussi simple qu'il n'en a l'air. D'un côté, on entend souvent l'argument disant que l'Occident était en fait tombé dans l'hérésie bien avant 1054, par l'acceptation de l'hérésie du "Filioque", qui avait été anathémisée en 880, de sorte que seuls les saints d'avant 1054 qui auraient clairement rejeté le "Filioque" devraient être acceptés dans le Ménologue. D'un autre côté, il y a l'argument comme quoi la communion entre l'Occident et l'Orient Orthodoxe continua bien après 1054, et que l'Occident ne pourrait pas être considéré comme ayant complètement perdu la grâce jusqu'au moment de la 4ème Croisade, en 1204. Dès lors, nous aboutissons à des dates très différentes quant à cette chute de l'Occident, selon lequel de ces 2 critères majeurs d'Orthodoxie que nous considérons comme plus fondamental : libre par rapport à une hérésie, ou en communion avec l'unique véritable Église.

La vérité, bien entendu, c'est que les 2 critères sont fondamentaux; car la communion avec l'unique véritable Église est précisément déterminée sur base de cette liberté face à l'hérésie. Le conflit apparent entre ces 2 critères survient du fait que les germes d'une hérésie peuvent être présents dans l'Église longtemps avant qu'elle ne soit formellement condamnée et que les hérétiques soient expulsés hors de l'Église. Et même après l'éviction de ces derniers, il arrive que certains dans l'Église restent en communion avec eux par ignorance. Inversement, il y a eu nombre d'occasions où c'étaient les confesseurs de la Foi qui ont été chassés hors du corps de l'Église. C'est pourquoi la question ne peut pas être envisagée de manière formaliste, mais uniquement en faisant appel au Saint Esprit pour révéler par d'autres moyens qui sont Ses élus – par exemple par révélation directe, comme dans le cas de saint Jean Chrysostome, ou par des miracles ou par des reliques incorrompues.

Considérons quelques exemples particuliers pris dans l'histoire de l'Église d'Angleterre.












Saint Edouard le Martyr
penny en argent du 10ème siècle, British Museum

Il y a quelques années d'ici, a surgit la question de savoir si le roi martyr Edouard d'Angleterre, dont les reliques venaient d'être redonnées à l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières, devait être reconnu comme saint de l'Église Universelle. Un des hiérarques mit en doute la décision de le reconnaître pour tel en se basant sur le fait que selon lui, l'hérésie du Filioque était déjà bien implantée en Angleterre à l'époque. Cependant, une décision Synodale se prononça en faveur de saint Edouard, et le hiérarque qui doutait "accepta la décision après avoir été rassuré par les informations historiques compilées par sa grâce l'évêque Gregory, qui cita une liste de saints Occidentaux de la même période qui se trouvaient depuis longtemps repris dans nos listes de saints (parmi lesquels on trouve sainte Ludmilla, saint Wecenslas des Tchèques, etc)."


source : Saint Edward the Martyr Orthodox Brotherhood (patriarcat de Serbie)

J'ai déjà démontré que l'usage général du "Filioque" en Angleterre à l'époque de saint Edouard (fin 10ème siècle) était loin d'être une évidence. Et qu'en tout cas, un théologien aussi rigoureux que saint Maxime le Confesseur avait déclaré, lorsque l'Église romaine avait adopté pour la première fois le "Filioque", qu'en fait elle ne le comprenait pas dans un sens hérétique [1]. La possibilité existe donc qu'une hérésie soit acceptée par ignorance tandis que ceux qui y croient demeurent Orthodoxes [2].

Et ici aussi, le saint personnellement le plus associé à la condamnation du "Filioque", Photius le Grand [2], écrivit au sujet de certains Pères, tels que saint Augustin d'Hippone, dont on soupçonnait la théologien d'en être entachée : "Si (ces) Pères s'étaient ouvertement opposés lorsque la question débattue leur était présentée, et avaient lutté par la controverse et maintenu leur opinion et avaient persévéré dans ce faux enseignement, et si, reconnus coupables de cela, ils avaient cependant persisté dans leur doctrine jusqu'à la mort, alors il aurait nécessairement fallu les rejeter avec l'erreur de leur pensée. Mais s'ils se sont mal exprimés, ou si pour quelque raison inconnue de nous, ils ont dévié du droit chemin, mais que la question ne leur a pas été présentée ni que qui que ce soit ne les a mis en demeure d'apprendre la vérité, nous les admettons dans la liste des Pères, comme s'ils n'avaient pas dit l'erreur – et cela du fait de leur droiture de vie et de leur éminente vertu et foi, cette dernière étant sans tâche en d'autres domaines. Cependant, nous ne suivons pas la partie de leur enseignement dans laquelle ils se sont écartés du chemin de la vérité.. Dès lors, nous qui savons que certains de nos saints Pères et docteurs se sont égarés par rapport à la foi des vrais dogmes, ne recevons pas comme doctrine ces domaines de leur enseignement où ils se sont trompés, mais nous étreignons chaleureusement les hommes. Ainsi en est-il aussi dans le cas de ceux qui sont accusés d'enseigner que l'Esprit procède du Fils, nous n'admettons pas ce qui est opposé à la Parole du Seigneur, mais nous ne les rejetons pas hors du rang des Pères."

Durant le Haut Moyen-Âge, le Patriarcat de Rome s'étendait sur une très grande superficie territoriale, dans laquelle les communications étaient très lentes et difficiles, et où le niveau général d'éducation était devenu fort bas. Il est nécessaire de prendre cela en compte lorsqu'on veut considérer si une province isolée, comme l'Angleterre, était dans l'hérésie ou non. Le "Filioque" n'est pas devenu un problème en Angleterre avant l'époque d'Anselme de Canterbury, vers 1100. A ma connaissance, le seul Anglais a avoir ne fut-ce que discuté du problème avant cette date, c'était le célèbre Alcuin d'York, qui vivait en France vers 800, et qui se prononça fortement contre l'hérésie dans une lettre aux frères de Lyon : "N'essayez pas d'introduire des nouveautés dans le Symbole de la Foi Catholique, et pour les Offices de l'Église, ne décidez pas d'embrasser des traditions qui étaient inconnues des anciens temps."

Ainsi donc, l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières avait statué en faveur de la reconnaissance de la sainteté du roi Edouard le Martyr, qui était mort en 979, à une époque où le "Filioque" a pu avoir ou ne pas avoir été en usage généralisé en Angleterre. Dans son cas, en dehors des miracles et des reliques incorrompues du roi-martyr, les témoignages en faveur de sa sainteté reprennent aussi : (a) sa liberté par rapport à l'hérésie dans le sens d'une défense ouverte de cette dernière contre l'opposition Orthodoxe (voir les paroles de saint Photius précitées); et (b) sa pleine communion avec l'Église Orthodoxe en Orient. Mais que devrions-nous penser de son neveu, aussi appelé roi Edouard, et qui est aussi renommé pour les miracles et l'incorruption de ses reliques, mais appelé "le Confesseur" pour le distinguer de son homonyme, son oncle martyr?

Deux faits rendaient plus difficile l'acceptation d'Edouard le Confesseur comme saint de l'Église Universelle. Le premier c'est qu'à partir de 1009, la papauté romaine, d'où l'Église d'Angleterre tenait sa foi et à qui elle était canoniquement soumise, avait réintroduit le "Filioque" dans le Symbole de la Foi, et s'ensuivra en 1014 son usage lors du couronnement de l'empereur Henri II de Germanie. Et le second, c'est qu'Edouard le Confesseur est mort en 1066, 12 ans après que l'Église à Rome ait officiellement été anathémisée par la grande Église de Constantinople.


Il a été soutenu que l'usage du "Filioque" lors de l'office de couronnement de l'empereur de Germanie aurait dérivé de son usage dans le rite Anglais. Cependant, ceci est hautement improbable. Bien que ce soient essentiellement des missionnaires Anglais au 8ème siècles qui ont été prêcher la Foi en Germanie, cette dernière n'a jamais été soumise canoniquement à l'Église d'Angleterre. Même son apôtre, l'Anglais saint Boniface a accompli sa mission comme représentant de la papauté romaine, et non pas de l'Église d'Angleterre. De plus, il est presqu'inconcevable que le "saint empereur Romain", comme l'empereur de Germanie s'intitulait lui-même, aurait tenu son Symbole de foi et le rite de son couronnement d'ailleurs que de Rome.

D'un autre côté, l'office de couronnement Anglais avait été réalisé indépendamment de Rome, et d'après un modèle byzantin, par saint Dunstan, archevêque de Canterbury (+ 988). Saint Dunstan était le père spirituel de saint Edouard le Martyr, et l'a couronné lui, son père Edgar, et son demi-frère Ethelred, ce dernier étant le père d'Edouard le Confesseur.


saint Dunstan de Canterbury aux pieds du Christ
source : Saint Edward the Martyr Orthodox Brotherhood (patriarcat de Serbie)

Bien entendu, il est possible que le "Filioque" ait été introduit depuis le Continent dans l'office Anglais de couronnement après 1014. Il faut cependant se rappeler qu'au moins un fils de l'Église d'Angleterre de la période après 1014 fut reconnu par saint tant par l'Orient que par l'Occident très peu de temps après sa mort. Je fais ici référence au roi-martyr Olaf de Norvège, qui mourut martyr en 1030, fut glorifié après un examen officiel de ses reliques incorrompues par l'évêque Anglais Grimkell de Nidaros (Trondheim), et à qui des églises furent dédiées dans nombre d'autres endroits, y compris à Novgorod. De plus, c'est suite à un miracle attribué à saint Olaf aux environs du règne d'Alexis Comane ou peu avant qu'une chapelle lui fut dédiée à Constantinople, et qu'il fut repris parmi les saints de la ville impériale [3].

Si Olaf est accepté comme saint de l'Église Universelle, alors il est difficile de voir comment il pourrait y avoir au moins la possibilité que la sanctification soit refusée aux autres membres de l'Église d'Angleterre – au moins jusqu'en 1054.

Cependant, en 1054 a eu lieu la rupture finale et complète entre Rome et Constantinople, et elle fut scellée par un terrible anathème. Dès cet instant, il devint impératif pour tous les membres du patriarcat romain de se séparer de leur chef terrestre, parce qu'anathémisé, si seulement ils voulaient rester membres du Corps du Christ dont la Bienheureuse Tête est au Ciel. C'est dès lors frappant d'apprendre – et celui qui croit en la Divine Providence pourra difficilement regarder ça comme une simple coïncidence – qu'à partir de 1052, 2 ans avant l'anathème, et jusqu'à l'achèvement de la Conquête de l'Angleterre par les Normands en 1070, l'Église d'Angleterre n'était en fait plus en communion avec Rome, et n'y fut réintégrée qu'après qu'ait eu lieu le plus sanglant des génocides contre le peuple Anglais!

Il faut reconnaître que la raison de la rupture de communion n'était pas le "Filioque" ou quelqu'autre question dogmatique. Le dernier archevêque de Canterbury avant le Schisme s'était enfui d'Angleterre après l'échec d'un complot politique qu'il avait soutenu, et dans sa hâte pour s'échapper, il avait abandonné son pallium, le symbole de son rang archiépiscopal. Le roi Edouard avait alors autorisé que le pallium soit accordé à l'évêque Stigand de Winchester, et avait continué à soutenir ce nouvel archevêque, quoique techniquement parlant non-canonique, et ce malgré les fulminations du pape de Rome contre les Anglais "schismatiques." En fait, ce fut la papauté romaine qui s'effondra dans le Schisme et tomba sous l'anathème à peine 2 ans plus tard, et les Anglais échappèrent dès lors à l'anathème – en tout cas, temporairement – grâce à leur non-communion avec Rome. Cependant, dès ce moment-là, les papes romains tentèrent de saper le soutien pour le roi et l'archevêque Anglais.

Ils n'y parvinrent pas durant la vie du roi Edouard, parce qu'il était populaire parmi le peuple et manifesta des dons de guérison et de prophétie – on affirme même qu'il resta vierge jusqu'à la fin de ses jours. Entre autres choses, il prophétisa que les 7 Dormants d'Éphèse avaient changé leur position de sommeil sur le côté droit pour être sur le gauche – un signe du désastre à venir qui fut vérifié par des envoyés de l'empereur Byzantin.

Plus importante encore fut la révélation qu'il reçu sur son lit de mort, faite par 2 saints moines : "Puisque", dirent-ils, "ceux qui se sont élevés aux plus hauts rangs du royaume d'Angleterre, les comtes, évêques et abbés, et tous ceux des saints ordres, ne sont pas ce qu'ils semblent être, mais au contraire les serviteurs du démon, un an et un jour après le jour de votre décès, Dieu a livré tout ce royaume, maudit par Lui, aux mains de l'ennemi, et les démons traverseront tout ce pays avec le feu et l'épée et la dévastation de la guerre." Cette prophétie fut exactement accomplie quand, le 6 janvier 1067, un an et un jour après le décès du roi Edouard, le papiste Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, fut couronné roi d'Angleterre. A la suite de quoi s'ensuivit une terrible dévastation de l'Angleterre, au cour de laquelle un Anglais sur cinq sera tué, la plupart des églises rasées, et tout le tissus de la vie Anglaise détruit. Ensuite, le 29 août 1070, l'évêque Stigand fut officiellement déposé en présence des légats du pape de Rome lors du pseudo-concile de Winchester.

Ceci donnerait 2 dates butoirs pour la mort de l'Orthodoxie en Angleterre : 6 janvier 1067 et 29 août 1070. Entre parenthèses, les derniers évêques Orthodoxes Anglais furent les frères Ethelwine et Ethelric; le premier anathémisa solennellement le pape de Rome avant de mourir de faim en prison, et le second mourut aussi en prison, "dans la pauvreté volontaire et un trésor de larmes", sa tombe étant glorifiée de miracles. Mais le roi Edouard est de toute manière mort avant ces 2 dates...

3. Roi Harold II.
Tout écolier Anglais a entendu parler cette si importante date dans l'histoire anglaise, 1066, même s'il connaît fort peu de sa réelle signification. Cette année-là, après un bref règne de 9 mois au cours duquel le roi Harold II accompli des exploits quasiment surhumains pour la défense de son pays, il mourut pour finir à la bataille d'Hastings le 14 octobre, des mains de l'usurpateur catholique-romain Guillaume de Normandie. Son corps terriblement mutilé fut enseveli en secret dans son église familiale à Bosham, jusqu'à sa découverte en la fête de l'Annonciation en 1954. Cependant, ce n'est que l'année dernière qu'il fut identifié avec certitude.

Le roi Harold était-il Orthodoxe?

Si, comme je l'ai exposé, Edouard le Confesseur était Orthodoxe, alors il est difficile de nier que cela soit vrai de son successeur. Et le fait qu'il a été officiellement anathémisé par le pape de Rome Alexandre II, qui avait bénit l'invasion de l'Angleterre par Guillaume, ne peut qu'être en faveur du roi Anglais dans la mesure où cet Alexandre était assurément un hérétique et un ennemi de la vérité. Un autre détail aussi en sa faveur, quoique de manière indirecte, c'est le fait que sa fille Gytha s'enfuit non pas à Rome mais vers la très Orthodoxe ville de Kiev, où elle épousa le très croyant grand prince Vladimir Monomaque, unissant par là le sang des princes d'Angleterre et de Russie. De même, la plupart de sa court qui refusèrent d'accepter le nouvel ordre politique et ecclésiastique en Angleterre ne s'enfuirent pas vers un pays occidental, mais à Constantinople, où ils entrèrent dans la garde de l'empereur et se virent autorisés à ériger leur propre basilique Orthodoxe anglaise.

Le roi Harold était-il un saint?

C'est un point plus difficile à établir, puisqu'il n'a été glorifié ni par l'Orient ni par l'Occident. Cependant, si on peut établir qu'il est mort en martyr défendant l'Orthodoxie, d'autres preuves de sainteté ne sont pas requises, d'après la tradition de l'Église Orthodoxe.

Mais une telle question ne saurait être débattue dans ce cadre-ci; seul un Synode d'évêques peut décider dans de tels cas controversés. Cependant, il est bon de faire remarquer que de l'avis de nombre d'historiens, la transformation de la vie anglaise qui a résulté de la bataille d'Hastings en 1066 fut si grande qu'elle constitue une révolution tant ecclésiastique que politique et nationale. Auquel cas le roi Harold II peut vraiment être considéré comme ayant été "celui qui avait retenu" l'Angleterre de se voir devenir catholique-romaine, de la même manière que son descendant, le tsar Nicolas II, était "celui qui avait retenu" la bolchévisation de la Russie.

In fine, ce parallèle tracé entre l'Angleterre en 1066 et la Russie en 1917 nous rappelle que la glorification officielle des saints suit habituellement, plutôt que ne précède, la vénération officieuse par le peuple croyant. De même que les fidèles croyants d'Occident de la première génération après le Schisme savaient instinctivement qui avaient été les véritables héros de la foi et de la nation et les vénéraient, quand bien même leurs nouveaux maîtres le leur interdisaient, ainsi les fidèles de Russie vénéraient les nouveaux martyrs, quand bien même leurs nouveaux chefs politiques et religieux appelaient ces derniers des "criminels politiques." Il appartient dès lors aux générations ultérieures, celles qui en viennent à la vraie foi en étant libérés de la tyrannie, de rétablir la vénération des derniers champions de la Foi ayant précédé le triomphe (toujours temporaire) de l'hérésie, se rappelant que "s'il est bien de cacher le secret du roi, il est digne d'autre part de publier les oeuvres de Dieu et de Lui rendre grâces" (Tobie 12,7).

Vladimir Moss
4 avril 1997, en la Saint Ambroise de Milan


Vladimir Moss, historien de l'Église

A lire (en anglais) cet autre article de Vladimir Moss, l'historien d'Église :
"The Fall of Orthodox England" (la chute de l'Angleterre Orthodoxe)
http://uk.geocities.com/guildfordian2002/AngloSaxon/FallOrthodoxEngland.htm

notes de traduction
[1] En effet, le pape de Rome Léon III fera graver dans une plaque d'argent le Credo de Nicée-Constantinople sans modification, malgré les pressions et menaces directes des Francs. Mais il rappellera que la procession par le Fils dans le temps existe aussi dans le texte néotestamentaire ("Je vous L'enverrai"; Jn 16,7; cfr aussi Jn 14,26). Seulement le Symbole de Nicée-Constantinople, abordant le mystère éternel de la sainte Trinité, se situe dans la relation hors du temps, dans la procession dès avant la Création (Jn 15,26). C'est une notion capitale à saisir pour comprendre pourquoi le Credo est "violé" et défaussé dès lors qu'on y introduit une notion supplémentaire, le déséquilibrant. Il est faux et gravissime de prétendre que c'est anodin, ou que c'est une simple divergence d'opinion. On ne se situe pas dans le "théologoumène" (opinion théologique), on se situe indubitablement dans l'erreur théologique. Et elle est d'autant plus grave qu'elle a été condamnée comme hérésie, au cours du dernier Concile réunissant le plérôme de l'Église Indivise, en 879-880, l'évêque Jean VIII de bienheureuse mémoire siégeant à Rome (et assassiné par la suite pour avoir tenu la Foi apostolique inchangée). Léon III tenait à ce que la relation temporelle entre le Fils et l'Esprit soit aussi honorée dans l'enseignement de l'Église, mais pas en pervertissant le Symbole par ce déséquilibre. En ce domaine précis, ce sont eux, les vrais exemples pour le retour de l'Occident à l'Orthodoxie, à la Foi salvatrice!

[2] D'autant que l'hérésie en question n'avait pas été formellement condamnée auparavant, en Concile ou par un "consensus Patrum" bien clair. Nul ne saurait être hérétique de quelque idée qui n'a pas été rejeté par l'Église au préalable. Voir le dossier "saint Augustin d'Hippone & les Orthodoxes", par le p. George Papademetriou (Holy Cross seminary, Boston)

[3] Vous trouverez plus d'informations au sujet de saint Olaf sur la page consacrée à l'évangélisation des Amériques, après le chapitre sur saint Brendan le Navigateur.

[4] Je ne parviens hélas plus à me souvenir de son nom ou le retrouver, mais je me souviens que le dernier évêque Saxon resté en poste après la funeste invasion papiste de l'Angleterre parvint à conserver son siège grâce à une terrible épreuve : l'ordalie par le feu - dérivé du vieil anglais "ordal", ("urtheil" en allemand moderne), cela signifie "jugement", et par dérivé, "jugement de Dieu"; on passait par un feu et si on en sortait intact, tel saint Léon de Catane, on était considéré comme jugé favorablement par Dieu.
Un des seuls rescapés des massacres de clergé Orthodoxe par les troupes du (futur) vatican, il passa par les flammes et en sorti vivant. Face à cet évident miracle auquel ils ne s'attendaient certes pas, les impies envahisseurs n'osèrent lui porter atteinte plus qu'ils ne l'avaient déjà fait et il conserva son siège épiscopal... pour le peu qu'il lui resta à vivre. L'anecdote ne sort pas de la tête d'un taliban Orthodoxiste mais est rapportée dans un des 13 volumes du sanctoral des pères Bénédictins de Paris, éditions Letouzey & Ané. Hélas, il n'a pas encore à ce jour bénéficié de la "révision de son cas" par l'Église. A quand le prochain Synode en Belgique? Il y a encore quelques autres candidats de choix de la même veine.

Source (universitaire) des photos de la tapisserie de Bayeux ci-dessus


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