"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

09 septembre 2007

L'amour, cette mesure démesurée.. (Trinité 14, R.O.O Eorhf)

Matines
Psaume 74. Confitebimur tibi
Ps 75. Notus in Judaea

Sophonie 1,1-18
Je ferai tout disparaître de la surface du sol - oracle du Seigneur, je ferai périr hommes et bêtes, oiseaux du ciel et poissons de la mer; je ferai disparaître les impies avec leurs scandales, j'extirperai les hommes de la surface du monde - oracle du Seigneur. Sur Juda j'étendrai la main, ainsi que sur les gens de Jérusalem, et j'extirperai de ce lieu ce qui reste de Baal, jusqu'au nom de ses desservants et de ses prêtres; ceux qui se prosternent sur les toits devant l'armée des cieux, et ceux qui se prosternent en faisant leurs serments, tantôt au nom du Seigneur, tantôt en celui de leur dieu; et ceux aussi qui se détournent du Seigneur, qui ne le cherche pas et n'ont cure de lui. Silence devant le Seigneur Dieu! Car le Jour du Seigneur est proche; le Seigneur a disposé un sacrifice, il a sanctifié ses invités. Au jour du sacrifice du Seigneur, je châtierai les chefs et les princes royaux, et tous ceux qui s'habillent à la mode étrangère. Je châtierai en ce jour-là tous ceux qui sautent par dessus le seuil, et qui remplissent la maison de leur Maître de biens fraudés ou extorqués par violence. En ce jour-là - oracle du Seigneur, il y aura des cris violents à la porte des Poissons, des hurlements du côté du faubourg, un grand fracas du côté des collines. Lamentez-vous, habitants du Mortier, car tout le peuple des marchands est anéanti, tous les trafiquants d'argent sont exterminés. En ce temps-là, je fouillerai Jérusalem avec des lanternes, et je ferai justice des hommes qui, restant accroupis sur leur lie, se disent en eux-mêmes: "Le Seigneur ne fait ni bien ni mal." Leur avoir sera livré au pillage, leurs demeures seront saccagées. Ils auront bâti des maisons qu'ils n'habiteront pas, ils auront planté des vignes dont ils ne boiront pas le vin. Le voilà, le grand Jour du Seigneur! Il approche, il approche, il vient en toute hâte. Il est affreux, le bruit que fait le Jour du Seigneur, le plus brave y poussera des cris. Ce sera un jour de colère que ce jour-là, jour d'angoisse et d'affliction, jour de ruine et de dévastation; jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuées et de brouillards épais, jour de trompette et d'alarme, contre les villes fortes et les donjons élevés. Je plongerai les hommes dans la détresse; ils marcheront comme des aveugles parce qu'ils ont péché contre le Seigneur. Leur sang sera répandu comme de la poussière, et leurs entrailles comme de l'ordure. Ni leur argent ni leur or ne les pourront sauver au jour du courroux du Seigneur. Au feu de sa jalousie le pays entier sera dévoré, car il en anéantira brutalement toute la population.

1ère Épître de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 13,1-13
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis qu'un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie, et quand je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais une foi totale, à transporter les montagnes, si je n'ai pas
l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour l'entretien des pauvres, quand je livrerais mon corps au feu, si je n'ai pas l'amour, cela ne m'avance à rien. L'amour est patient, l'amour est dévoué. L'amour n'est pas envieux, il n'est pas infatué ni hautain. Il ne fait rien de malséant, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'emporte pas, il ne tient pas compte du mal. Il ne prend pas plaisir à l'injustice, mais trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne passe jamais. Les prophéties disparaîtront; le don des langues cessera; le don de connaissance disparaîtra. Notre science est imparfaite, nos prophéties sont imparfaites; mais, quand sera venue la perfection, alors disparaîtra ce qui est imparfait. Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. En devenant homme, j'ai éliminé tout ce qu'il y avait de puéril. Aujourd'hui, nous voyons comme dans un miroir, confusément; alors, nous verrons face à face. Aujourd'hui, je ne connais que partiellement; alors, je connaîtrai comme je suis connu. Actuellement, trois choses demeurent: la foi, l'espérance, l'amour; mais le plus grand des trois, c'est l'amour.

COLLECTE POUR DIMANCHE TRINITÉ 14
Dieu éternel et Tout-Puissant, augmente en nous la Foi, l’Espérance et la Charité; et afin que nous puissions obtenir ce que Tu nous as promis, fais-nous aimer ce que Tu nous commande; Par Ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles

Divine Liturgie (Sarum)
Épître : Galates 5,16-25
"Je vous dis donc: laissez-vous conduire par l'Esprit, et vous ne donnerez pas satisfaction aux désirs de la chair, car les désirs de la chair s'opposent à ceux de l'Esprit, et ceux-ci à ceux de la chair; il y a entre eux opposition, et c'est pour cela que vous ne faites pas ce que vous voudriez. Mais si l'Esprit vous mène, vous êtes indépendants de la loi. On sait ce que produit la chair: débauche, impureté, libertinage, idolâtrie, magie, inimitiés, discordes, jalousies, emportements, cabales, dissensions, factions, envie, ivrognerie, orgies et autres excès de ce genre. Je vous préviens, comme je l'ai déjà fait: ceux qui s'y livrent n'hériteront pas du royaume de Dieu. Le fruit de l'Esprit au contraire, c'est charité, joie, paix, longanimité, affabilité, bonté, fidélité, douceur, tempérance. Contre de telles choses, point n'est besoin de loi. Or les hommes du Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. Si nous vivons par l'Esprit, conduisons-nous aussi selon l'Esprit."

Évangile : Saint Luc 17,11-19
Toujours en chemin vers Jérusalem, Jésus passait aux confins de la Samarie et de la Galilée. Comme Il entrait dans un village, 10 lépreux vinrent à Sa rencontre; s'arrêtant à distance, ils élevèrent la voix: "Jésus, Maître, disaient-ils, aie pitié de nous!" Jésus les vit et leur dit: "Allez vous montrer aux prêtres." Comme ils y allaient, ils furent purifiés. L'un d'eux, se voyant guéri, revint alors sur ses pas, glorifiant Dieu tout haut. Il se prosterna aux pieds de Jésus et le remercia. Or, c'était un Samaritain. Jésus lui dit: "Tous les 10 n'ont-ils pas été purifiés? Où sont les 9 autres? Il ne s'est donc trouvé que cet étranger pour revenir remercier Dieu..." Puis Il ajouta: "Lève-toi, va, ta foi t'a sauvé."


HOMÉLIE DU DIMANCHE TRINITÉ 14

Homélie 2007
La 2ème lecture des Matines de ce jour est la définition classique de l'amour Chrétien telle que donnée par saint Paul en 1 Corinthiens 13.
Il y a fort peu de choses qu'un prédicateur sensible pourrait ajouter à ce chapitre – que faire d'autre que de le lire, de le méditer, de l'appliquer, car en lui se trouve le coeur de ce que nous cherchons pour suivre le Chemin du Christ.
Jésus Lui-même nous exhorte à donner aux pauvres (Math. 19,21) et loue l'acte de donner sa vie pour autrui (Jean 15,13). Cependant, même ces actes de don pur sont sans profit pour nous s'ils sont accomplis sans amour. Le problème est de savoir ce qu'est l'amour véritable. Comment pouvons-nous dire si nous avons cet amour? Après tout, si nous accomplissons ce genre de chose, prenons l'acte le moins extrême, celui de l'aumône aux pauvres, si nous le faisons sans espoir de "retour sur investissement", assurément, par définition, n'est-ce pas de l'amour?
La réponse nous est présentée dans ce 13ème chapitre de la première épître que saint Paul adressa aux Chrétiens de Corinthe. Nous devrions considérer notre acte et l'évaluer en lisant la définition de saint Paul jusqu'au bout. Alors nous saurons si nous l'avons accompli par amour – ou pour quelqu'autre raison que ce soit.
Saint Paul nous dit que si nous ne nous comportons pas avec envie de ce que les autres ont (par exemple une paroisse plus grande et plus belle), ne sommes pas jaloux, ne paradons pas pour être vus, ne sommes pas arrogants ou hautains, si ce n'est pas une manière de parvenir à nos fins, si nous ne sommes pas facilement en colère, si nous sommes pas rancuniers, si nous ne nous réjouissons pas des échecs et manquements d'autrui mais sommes plutôt miséricordieux face à ces chutes-là, si nous supportons ce qui nous irrite chez autrui, si nous nous réjouissons dans le triomphe de la vérité, confiants en Dieu même si il y a échec en apparence, et que nous ne manquons pas de donner malgré des abus, alors c'est peut-être bien le vrai amour. Seul l'amour survit à travers le temps, quand tous les autres dons ou attributs chutent ou meurent.
Dès lors, nous devons mesurer nos actes à l'aune de cette mesure-là. Nous cherchons à suivre la Voie que le Christ nous a enseignée, et c'est le moyen central pour suivre cette Voie. Voulons-nous toujours nous y accrocher et faire usage de la Vérité? L'amour que nous recherchons, il se réjouit dans la vérité, alors assurément, nous nous réjouiront en trouvant la vérité en toute situation. Après examen, nous découvrirons si notre comportement et nos actes sont soit conformes à la définition de saint Paul, ou ne le sont pas. S'ils ne le sont pas... il faudra que nous les amendions.
Nous ne faisons pas cela seulement comme personnes individuelles, mais comme un corps – car en tant qu'assemblée du peuple de Dieu, nous devons mesurer nos actions communes avec cette même "unité de mesure", pour déterminer si nous sommes le corps des Chrétiens qui s'aiment les uns les autres et traitent les autres avec un véritable amour, de sorte que nous devenions dès lors un groupe attractif pour tous ceux qui observent nos actions. La meilleure prédication possible que nous puissions adresser au monde, que ce soit comme personne individuelle ou en tant que groupe, c'est de s'aimer les uns les autres et d'aimer tout le monde comme le Christ nous aime.

Icône
Ubi caritas et amor, Deus ibi est
partition


"4. Fixons nos regards sur le sang du Christ et apprenons combien il est précieux aux yeux de Dieu son Père : répandu pour notre salut, il a offert au monde entier la grâce de la pénitence. 5. Parcourons tous les âges et nous verrons que, de génération en génération, le Maître " a laissé place à la pénitence " (Sg 12, 10) pour tous ceux qui ont voulu se convertir à Lui. 6. Noé prêcha la pénitence, et ceux qui l'écoutèrent furent sauvés."
Epître de saint Clément de Rome aux Corinthiens, 7,4-6

Homélie 2006
L'épître de la Liturgie de ce jour est un de ces écrits Pauliniens qui nécessitent un peu d'explication si on veut en retirer plus que la simple compréhension au premier degré. L'Apôtre commence en nous exhortant à "marcher dans l'Esprit" afin que nous "ne donnions pas satisfaction aux désirs de la chair". Il s'étend sur le sujet en disant que "la chair s'oppose à l'Esprit et l'Esprit à la chair", nous sommes dès lors empêchés de faire les choses que nous voudrions faire avec notre meilleure volonté. Quand il utilise le mot "chair", Saint Paul ne parle pas ici du corps, mais au contraire, il parle de toutes les sortes de mauvaises actions et des tendances aux mauvaises actions qui existent en chacun d'entre nous. C'est cette tendance qui nous dirige dans une direction contraire à la direction que notre volonté à nous aligner nous-mêmes sur ce que Dieu veut pour nous (l'Esprit) nous aurait amené à prendre. Le mot "chair" est quelque peu trompeur dans ce passage car sa signification dans d'autres passages semblables est souvent différente. Ici, cela signifie la volonté dépravée, la volonté mondaine – en toutes les choses qu'il est possible de contrôler, quoiqu'après une vie entière à leur avoir cédé, reprendre le contrôle malgré elles est aussi difficile que de vaincre une grave dépendance. En fait, c'est la même chose qu'une dépendance par rapport à une autre personne : quand quelqu'un a passé sa vie à se soumettre à la volonté d'un autre, décider soudain de se libérer et d'exercer sa propre volonté peut sembler impossible. Il en est de même avec la décision personnelle de s'aligner sur la volonté de Dieu : nous devons d'abord rompre avec le notre soumission permanente à notre volonté charnelle.
Tout au long du Nouveau Testament, et par les Pères, on nous apprend que nous ne pouvons pas y parvenir de nous-mêmes, et que si nous essayons sans l'aide de Dieu, nous échouerons. Cette volonté dépravée, cet esprit mondain et tout ce qui vient avec doit nécessairement être crucifié, il doit être rejeté comme étant le "vieux moi", continuellement rejeté afin que le nouveau Chrétien puisse grandir en nous. Ce nouveau "moi" Chrétien doit toujours être endossé, parce que le vieux "moi" mondain ne se laisse pas facilement évacuer. Lorsque le nouveau "moi" réussi à s'installer en soi, alors nous voyons le monde avec des yeux très différents. Le problème est qu'il y a étonnamment peu de gens qui font réellement l'effort pour y parvenir. C'est l'affaire d'un travail vraiment très difficile – et la nature de ce travail, nous n'y sommes pas habitués, et ce travail, l'esprit du monde nous dit constamment qu'il n'apporte pas de résultat visible, pas de bénéfice. Il est dès lors bien plus facile de se contenter des apparences de Chrétien, aller une fois par semaine à l'église n'est pas un grand sacrifice – si nous parvenons à nous convaincre que ça, avec un peu de générosité et quelques prières, ça nous permettra de réussir, de justesse, à entrer le Royaume. L'esprit du monde – l'emprise de Satan en nous – va nous permettre de nous enfoncer dans cette apparence – parce que cela ne nous assurera résolument aucune place dans la promesse du Christ. Ce qui est nécessaire, c'est une bonne dose de grande attention, sans beaucoup de résultat facilement perceptible durant cette vie – aucun résultat visible. A moins de croire totalement la promesse du Christ, nous n'accomplirons pas cet effort de volonté pour réaliser notre part de l'effort requis. Il est plus facile de se contenter des apparences et de nous convaincre nous-mêmes que nous sommes sur le chemin du Ciel.
Le fidèle Orthodoxe cherche à vivre dans l'Esprit : pour vivre dans la communion la plus permanente avec Dieu, pour voir le monde de la manière dont Dieu nous demande de le faire, pour vouloir aligner sa volonté sur celle de Dieu. Alors Dieu, Qui Seul peut juger la sincérité de notre volonté, agit pour rendre notre décision possible. Il agit alors en toute proximité avec nous, et alors, Il va faire en sorte que nous ne tombions plus ou lorsque nous chutons quand-même, Il nous relèvera et nous ramènera sur Son Chemin de Lumière. Le fidèle Orthodoxe sait que cette alignement de notre volonté sur celle de Dieu est la seule manière d'obtenir la pleine récompense au Ciel, et il sait fort bien que l'Église sait nous guider pour parvenir à une telle volonté, parce qu'elle seule possède la clé des Écritures et les Mystères (Sacrements) que Dieu donne pour nourrir et assister ceux qui cherchent sincèrement à aligner leur volonté sur la Sienne.

enluminure


p. Michaël, higoumène (abbé), Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.co.uk/

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Byzantins : 15e dimanche après la Pentecôte, "avant la Croix" - saints Joachim et Anne

Épître : Gal. 6,11-18
Évangile : saint Jean 3,13-17
Homélie du prêtre Vladimir Demshuk

Anne et Joachim, Marie et les "frères" de Jésus

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traduit et publié en la fête des saint Omer, évêque de Théouranne, de saint Kieran, un des 12 Apôtres de l'Irlande, et du saint martyr Alexander Men (+ 9/9/1990)



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