"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 janvier 2007

Pillage systématique des églises dans le nord de Chypre

http://www.lgr.co.uk/news/cyprus/5046/occupied-churches-survey/CNA – Mardi 11 janvier 2007
L'Église de Chypre proteste vivement contre le pillage continuel des sites religieux, dans la partie nord du pays, qui est sous occupation par les Turcs, condamnant la désacralisation d'églises Chrétiennes en cours, certaines ayant été transformées en mosquées, en camps militaires, en poulaillers, en mortuaires ou en silos. Alors que les experts ont constaté la campagne de pillage généralisé au cours des 3 dernières décennies, depuis l'invasion de Chypre par les Turcs en 1974, avec désacralisation de près de 550 églises, entre 15 et 20.000 Icônes disparues, soit volées soit vendues au marché noir, une campagne bien orchestrée et un effort concerté est en cours pour protester à niveau international contre cette situation.

"Nous nous sommes lancés dans une croisade d'information pour l'opinion mondiale par tous les moyens disponibles – conférences, articles écrits, contacts personnels, canaux diplomatiques – présentant les preuves irréfutables qui ont été corroborées par des recherches minutieuses et professionnelles en la matière,"a déclaré dans une entrevue à CNA Charalambos Hotzakoglu, archéologue et expert en art Byzantin pour le musée du monastère Kykko. Il dit que le but est de sauver ces sites religieux, une tâche à laquelle les Turcs s'opposent avec véhémence, prétendant que tous les sites appartiennent à présent à la fondation religieuse musulmane EVKAF.

Les chercheurs du monastère Kykko, qui ont visité et photographié quelques 550 églises dans la partie occupée de Chypre, disent que 50 d'entre elles sont à présent transformées en camps militaires – dont l'église de la Vierge Marie Axeropiitou dans le village de Lambousa, Agios Panteleimonas dans le village de Mirtou, l'église et le monastère d'Agia Anastasia dans le village de Lapithos étant à présent un complexe d'hôtel de luxe, le monastère d'Agios Panteleimonas étant utilisé comme dépôt de carburant, et l'église Sotiros dans le village de Chrysiliou, district de Morphou, sert à présent de mortuaire.

http://agrino.org/katehomena/Keryneia/Lapithos/enories.htm

http://www.kypros.org/Occupied_Cyprus/lambousa/cultural-destruction.htm



http://agrino.org/katehomena/Keryneia/Lapithos/Ayia_Anastasia.gif

19 janvier 2007

QI, humour, pensées orthodoxes, Florence et l'Égypte

QUI A DIT?

Un même auteur a prononcé ces 2 paragraphes-chocs. Qui est-ce?


"Les Latins ne sont pas simplement schismatiques, mais hérétiques et si notre Église ne l'a pas proclamé tout haut, c'est que leur nation était beaucoup plus nombreuse et plus puissante que la nôtre... nos prédécesseurs n'ont pas voulu écraser les Latins en les bafouant et en les flétrissant du nom d'hérétiques, parce qu'ils attendaient leur retour et faisaient tous leurs efforts pour ménager leur amitié."

oouhh, sûrement un méchant, non?

"Qu'elle soit magnifiée par nos acclamations et nos cantiques, la Toute-Pure. Qu'elle soit dignement proclamée Toute-Bienheureuse, car elle est morte puis ressuscitée comme Mère du Seigneur, confirmant ainsi la résurrection universelle que nous espérons tous."

En tout cas, un Orthodoxe...

Réponse plus bas.

*-*-*-*-*-*-*
saint Macaire le Grand, icone copte
- TESTEZ VOTRE Q.I. ORTHODOXE:

Complétez les blancs dans cette prière

A Toi, Seigneur plein d'Amour pour les Hommes,
je m'adresse à mon réveil car aidé de (A)......, je veux commencer à Te servir.
Assiste-moi en tout temps et en toute chose.
Préserve-moi de toute séduction de ce monde, comme de toute influence du démon.
Sauve-moi et ouvre-moi l'accès de Ton Royaume éternel,
car Tu es mon (B)....., la source et le dispensateur de tout bien,
en Toi repose toute mon (C)...
et je Te rends gloire maintenant et toujours et aux siècles des siècles
Amen.

*-*-*-*-*


-- UN BRIN DE RÉFLEXION SUR MARC 1,12 "Et aussitôt l’Esprit le pousse au désert" :

"L’Esprit, qui était descendu sous l’apparence d’une colombe... Jésus, nous dit Marc, vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre et demeurer en lui. Remarquez bien ce qu’il dit demeurer, c’est-à-dire persister, sans jamais se retirer. Jean lui-même dit d’ailleurs, dans son Évangile : "Et Celui qui m’a envoyé m’a dit : "Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer..." (Jn 1, 33). L’Esprit Saint descendit sur le Christ et demeura en Lui; il est aussi vrai qu’Il descend sur les hommes, mais Il n’y demeure pas. Dans une oeuvre d’Ezéchiel, ce prophète qui ressemble singulièrement au Sauveur, on trouve une apostrophe à l’intention d’Ezéchiel précisément, qui ne s’applique à aucun autre prophète - et je parle des plus grands - : il est appelé "Fils d’homme", et aussitôt, non pas après 20 ou 30 vers, on peut lire ceci "La parole du Seigneur fut adressée au prophète Ezéchiel" (Ez 1, 3). On peut se poser la question : pourquoi Dieu s’exprime-t-Il si fréquemment à travers un prophète? Car l’Esprit Saint descendait bien sur le prophète, mais ensuite Il s’en retirait. En disant "La parole fut adressée", Ezéchiel signifie que l’Esprit Saint, qui S’était retiré, était de retour. Quand nous nous mettons en colère, quand nous dénigrons autrui, quand nous sommes en proie à une tristesse profonde, quand nous nous livrons à des pensées charnelles, nous imaginons-nous que l’Esprit Saint subsiste en nous? Pensons-nous pouvoir haïr notre frère si l’Esprit Saint demeure en nous? Ou avoir de mauvaises pensées?
Sachons, au contraire, que ce n’est que lorsque nous sommes dans de bonnes dispositions que l’Esprit Saint habite en nous : la présence de pensées malignes est le signe que l’Esprit nous a quittés. Ainsi s’explique donc cette phrase à propos du Sauveur : "Celui sur qui tu verras l’Esprit Saint descendre et demeurer, ce sera Lui."
Saint Jérôme, prêtre

in : "Homélies de saint Jérôme sur l'Évangile de saint Marc", pp. 36-37, Pères dans la Foi / DDB, Paris 1986, isbn 2-220-02590-X

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-- SAGESSE DU JOUR :

"13. Question. - Certains disent que celui qui a reçu la grâce est passé de la mort à la vie; mais celui qui se tient dans la lumière peut-il encore avoir des pensées soufflées?
Réponse. - Il est écrit "Vous avez commencé dans l’Esprit, et maintenant, vous finissez dans la chair" (Gal. 3,3). Et ailleurs: "Revêtez-vous de toutes les armes de l’Esprit, afin de pouvoir tenir ferme contre les manoeuvres du diable" (Eph. 6, 11). D’après cela, il existe 2 lieux différents : celui où se trouve l’homme qui revêt les armes, et celui où se trouve l’homme qui lutte contre les Principautés et les Dominations. L’un, où l’on est dans la lumière; l’autre, où l’on est dans les ténèbres. Il est écrit encore "Pour que vous puissiez éteindre tous les traits enflammés du Malin" (Éph. 6, 16). Et encore : "Il est impossible que ceux qui ont été une fois illuminés et ont goûté au don de Dieu, qui sont devenus participants de l’Esprit-Saint et qui néanmoins sont tombés, soient encore renouvelés" (Hébr. 6,4 sq.). Tu vois que ceux qui ont été illuminés et ont goûté au don de Dieu, peuvent tomber. Tu vois que l’homme peut vouloir s’accorder avec l’Esprit, ou vouloir L’attrister. Il reçoit assurément des armes pour aller au combat et lutter contre les ennemis. Il est assurément illuminé, puisqu'il combat contre les ténèbres."

- Saint Macaire le Grand
Homélies Spirituelles
27ème homélie "la liberté de l'homme"
Collection "Spiritualité orientale" n°40, page 266
Abbaye de Bellefontaine, 1984, isbn 2-85589-040-3

http://perso.orange.fr/abbaye.bellefontaine/so/so40.htm


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humour du jour : La pêche sur le lac...
Jim avait passé une terrible journée à pêcher sur le lac, assis sous un soleil de plomb et sans rien attraper. En chemin pour chez lui, il s'arrêta au supermarché et commanda 4 poissons-chats.
Il dit au poissonnier : "Voulez-vous bien choisir les 4 plus gros et me les jeter?"
"Mais pourquoi voulez-vous que je vous les lance?"
"Parce que je veux dire à ma femme que je les ai attrapés."
"Bon, ok, mais je vous suggère d'aussi prendre ce cabillaud."
"Mais pourquoi, c'est un poisson de mer, ça?!"
"Parce que votre femme est venue ce matin et elle m'a dit que si vous passiez, je devais vous dire de prendre le cabillaud. Elle préfère manger cela pour le souper de ce soir."

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-- TESTEZ VOTRE Q.I. ORTHODOXE :
Complétez les blancs dans cette prière
(A) ... Ta Grâce
(B) ... Créateur
(C) ... espérance

A Toi, Seigneur plein d'Amour pour les Hommes,
je m'adresse à mon réveil car aidé de Ta Grâce, je veux commencer à Te servir.
Assiste-moi en tout temps et en toute chose.
Préserve-moi de toute séduction de ce monde, comme de toute influence du démon.
Sauve-moi et ouvre-moi l'accès de Ton Royaume éternel,
car Tu es mon Créateur, la source et le dispensateur de tout bien,
en Toi repose toute mon espérance
et je Te rends gloire maintenant et toujours et aux siècles des siècles
Amen.

C'est la prière matinale attribuée à saint Macaire, que nous fêtons ce jour, nous retrouvant dès lors à nouveau en Égypte, où nous étions le 17 avec saint Antoine, et le 18 avec saint Athanase! C'est un grand classique des prières matinales, c'est d'ailleurs celle que nous pratiquons quotidiennement en famille.


icône copte de saint Macaire


Dayr Abou Makar, à Wadi Natr
monastère actuel sur l'emplacement de celui de saint Macaire


Tombeau de saint Macaire

Note : il ne faut pas le confondre saint Macaire le Grand avec l'ancien patriarche saint Macaire d'Antioche devenu simple moine à Gent (Gand), dont les reliques sont conservées à la cathédrale Sint Bavo (Saint-Bavon), et qui est particulièrement vénéré par les Orthodoxes Belges

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QUI A DIT – RÉPONSE

Saint Marc d'Éphèse, lors du "concile" de Florence-Ferrare, où il se retrouva seul à avoir osé y maintenir la confession de Foi face aux menaces de torture et bûcher pour le faire quitter l'Église, Arche du Salut! Cité par J.Karmiris, Monuments Dogmatiques et Symboliques de l'Église catholique
orthodoxe, t.1, Athènes 1960
(en grec), p. 419.

Et le deuxième texte, c'est dans ses Canons sur la Dormition, dans un tropaire de l'Ode IX du ton 7.


Saint Marc et les autres délégués Orthodoxes étaient venus en Italie "la fleur à la bouche", dans l'espoir bien clair de guérir et ramener à la Foi salvatrice ceux qui en étaient partis, et de le faire par le dialogue, par la compréhension mutuelle, par la charité. La ténacité qu'il mettra dans les débats montre bien qu'il aura essayé jusqu'au bout.
Voici ce qu'il déclarait à cette assemblée où ils étaient venus avec la volonté de paix :
"J'ai placé mon espoir en Dieu et dans les saints que nous avons en commun, que nous partageons entre les Églises Orientale et Occidentale. Assurément, je croyais que tout se déroulerait bien avec nous et que nous atteindrions quelque chose de grand et digne de tous nos travaux et espoirs."
"Nous ne sommes venus ici ni pour se contredire les uns les autres ni pour faire étalage d'habileté à la réfutation. Nous sommes ici simplement pour discuter pacifiquement d'union et avec charité."

L'empereur et la patriarche, eux, avaient un but politique: obtenir une alliance militaire avec Rome contre les Turcs, pour sauver Constantinople. Et si le prix à payer devait en être la destruction de l'Église, tous les 2 étaient prêts à le payer, sans hésiter. Ces 2-là rejoignaient les buts du pape de Rome. Ceux qui en Occident avaient le but synodal en ligne de mire – il y en avait – eux s'étaient retrouvés à Bâle, sans succès : avoir déposé Eugène IV ne changea rien, et ce pape romain déposé et donc sans légitimité aux yeux mêmes de ses propres règles continuera comme si de rien n'était. Le pouvoir militaire était à Rome, entre les mains d'Eugène 4, pas chez eux. D'où les dés étaient pipés. Il fallait une Foi à soulever les montagnes pour résister. Saint Marc n'était pas un extrémiste par principe, mais il s'opposait à une transformation de l'Église entière en ce que l'Occident était devenu, une grande organisation séculière à l'apparence religieuse. Mais de plus, il s'opposait fermement à tout ce qui était contraire à la Foi et contraire au Salut qui vient par cette Foi. Comme par exemple cette conception de l'Église aux antipodes de celle des Apôtres, avec une pyramide au sommet de laquelle se trouvait non pas le Christ mais un homme, et dirigée non pas par le Saint Esprit mais par ce même homme, omnipotent spirituellement et temporellement parlant (ce qui aboutira à une autre Église que celle des origines, et au "dogme" de vatican 1, toujours en vigueur puisqu'irrévocable à moins de désavouer tout le restant du "montage"). Une conception amenant à passer de la dissension, de la séparation, à l'hérésie.
Saint Marc sera aussi amené à résister à une invention totalement nouvelle qu'on voulait y transformer en nouveau "dogme", le purgatoire, sans le moindre fondement scripturaire, patristique, rien que sur l'autorité d'un homme déchu.
Saint Marc aura aussi à résister à la négation de la Personne du Saint-Esprit, négation qui est encore et toujours présente au Vatican de nos jours, ce qui explique d'ailleurs pourquoi nous n'avons plus la même Foi, puisque la nôtre est intégralement Trinitaire. C'est un constat, pas une injure, une maladie ne se guérissant qu'avec un bon diagnostic, il faut le faire honnêtement.
Et si saint Marc sera certes le seul à s'opposer sur place jusqu'au bout, peu après, les Patriarches d'Orient non-soumis à la pression politique de l'empereur hérétique se réuniront et confirmeront la position de saint Marc.

Grâce à un bienvenu remord momentané de l'empereur hérétique, Saint Marc échappera de peu au bûcher auquel le "très catholique" pape de Rome Eugène IV, prétendument "vicaire" (= remplaçant) du Christ sur terre, voulait l'envoyer pour avoir refusé de se soumettre à des décrets en flagrante contradiction avec la Foi de l'Église.

Alors, intégriste? Pas "plus" que saints Pierre, Jacques, Paul, Matthieu, Marc, etc. Car si saint Marc l'est, alors le sont aussi saint Maxime le Confesseur, saint Basile le Grand, saint Colomban de Luxeuil (défendant saint Grégoire le Grand contre les évêques Gaulois vendus aux princes apostats), saint Jean l'Évangéliste (pour vous en convaincre, (re)lisez chez Eusèbe de Césarée ce qu'il disait en voyant des hérétiques tels que Cérinte!), etc. Alors sont intégristes (pour autrui) tous ceux qui professent la Foi reçue des saints Apôtres et de leurs disciples. Parce que la différence entre le noir et le blanc est toujours flagrante, et on n'aime pas ceux qui ne sont pas tièdes dans la Foi, voire relativistes.

Il est certain qu'il faut resituer dans leur cadre historique et contexte local la manière dont les choses étaient autrefois dites, et que de nos jours, l'art et la manière de dire les choses de la Foi a parfois un peu évolué, et c'est tant mieux lorsque cela permet d'être mieux entendu, d'éviter de vains conflits, de vaines discussions aussi (on revient souvent avec la même chose sur le tapis)
Voici par exemple une manière plus "douce" de dire les choses de la Foi telles qu'elles sont :
"L'Église est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Il n'y a qu'une Église du Christ, et celle-ci est l'Église Orthodoxe.
Nul doute que la Grâce divine n'abandonne pas les autres communautés chrétiennes, et que l'Esprit souffle où Il veut.
Mais cela n'équivaut pas à donner validité à d'autres églises chrétiennes, d'autres sacrements (mystères)...
Nulle nécessité non plus, pour se convertir à l'Orthodoxie, d'anathémiser l'Église Catholique romaine, ou de renier quoi que soit. Ce doit être un acte du coeur, qui dans la Foi et la prière perçoit dans l'Esprit l'amour du Père qui nous envoie le Fils, Dieu-Homme pour nous sauver, nous "Christifier", et le désir profond de se joindre à la juste louange de l'Église avec gratitude.
Le Christ est une Personne, le Saint Esprit et le Père sont des Personnes.
Dieu unique en trois Personnes nous aime et déclare Son Amour en attendant notre réponse. Il Se donne à nous, Se rend participable dans Son Église pleine de Sa Grâce.
On ne vient pas à l'Orthodoxie parce que les icônes sont jolies, la liturgie plus belle et les prières inspirantes, ou pour se disperser dans les querelles historiques de juridictions... mais pour y vivre la plénitude de la vie en Christ.
GLICHERIE."

Mais parfois, il est hélas nécessaire de rappeler de manière stricte et sans détours les points essentiels.
C'est ce que saint Marc a vécu des mois durant, et sous la menace de la mort pour le faire plier. Il n'a pas plié. De nos jours certains semblent prêts à le faire, malgré son exemple. La politique amène-t'elle certains de nos évêques à nous resservir le plat infect de Florence-Ferrare? Il le semblerait bien que tant en 1993, qu'en 2006 ou que déjà en 2007, etc, certains de nos théologiens ou évêques s'y soient dangereusement essayés. Que le Christ leur fasse miséricorde.


Par ta profession de la divine foi, * en toi l'Église a trouvé, *illustre Marc, un invincible guerroyeur, *défendant la pensée des Pères en tes écrits * afin de protéger l'Orthodoxie * de tout ce qui pouvait l'altérer; * à présent supplie le Christ notre Dieu * d'affermir entre ses Églises la concorde et la paix * et de nous accorder la grâce du salut.

Kondakion, ton 8
Le flambeau resplendissant de l'Orthodoxie, *l'adversaire des occidentales futilités *sous les fleurs de nos hymnes couronnons-le,*car il a revêtu l'armure de la vérité * et des ténèbres il a renversé les vains propos; * disons-lui donc: réjouis-toi, métropolite d'Ephèse, saint Marc.

Ikos
De l'Orient tu as surgi en Occident, * pontife Marc, en messager de la vérité * et de ta voix de théologien tu as manifesté * la lumière de l'Orthodoxie; * c'est pourquoi, admirant ton noble combat, nous te chantons:

Réjouis-toi, inébranlable rempart de la foi, * réjouis-toi, gigantesque champion de la vérité, * réjouis-toi, développement des patristiques enseignements * réjouis-toi, abrogateur des étrangères innovations.

Réjouis-toi, divine bouche de la procession de l'Esprit, réjouis-toi, clairon divin des Conciles sacro-saints, * réjouis-toi, qui dénonças les occidentales futilités, * réjouis-toi, qui démontas les sophismes impies.

Réjouis-toi, âpre adversaire des Latins, * réjouis-toi, grand défenseur des croyants, * réjouis-toi, ami authentique du Christ, * réjouis-toi, livre ouvert des saintes traditions.

Réjouis-toi, métropolite d'Ephèse, saint Marc.

Synaxaire
Le 19 Janvier, mémoire de notre Père parmi les Saints, Marc Eugénikos, archevêque d'Ephèse, défenseur de l'Orthodoxie en combat singulier.

Si le mythique Atlas à lui seul tint le ciel,
Marc d'Ephèse à lui seul soutint l'Orthodoxie.
Le dix-neuf, célébrons ce chef providentiel
qui nous a préservés de l'hétérodoxie.

Par ses prières, ô Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.



Saint Marc d'Éphèse et le pseudo-concile de Florence, par Vasili-Régis
http://groups.google.fr/group/fr.soc.religion/msg/2df49136d6fa85eb


La lettre encyclique de saint Marc Eugénikos, métropolite d'Ephèse (1440-41), fait partie des textes symboliques-clés de l'Église Orthodoxe au même titre que nombre de Conciles locaux.

En anglais : Mark Ephesus Eugenicos Encyclical: To the Orthodox Christians Everywhere Inhabiting the Earth and Islands, 1440-1441
Conclusion de l'encyclique :
"Dès lors, dans la mesure où c'est ce qui vous a été commandé par les saints Apôtres – vous tenir droits, fermement accrochés aux traditions que vous avez reçues, tant écrites que verbalement, afin que vous ne soyez pas privés de votre fermeté si vous veniez à être égarés par les délires des impies. Puisse Dieu, Qui est Tout-puissant, leur donner aussi à comprendre leur délire, et nous ayant délivrés d'eux comme de la mauvaise ivraie, puisse-t'Il nous rassembler dans Ses greniers comme le blé pur et bon, en Jésus-Christ notre Seigneur, à Qui appartiennent toute gloire, honneur et adoration, avec Son Père Qui est sans commencement, et Son Tout-Saint et Bon et Vivificateur Esprit, maintenant et aux siècles des siècles. Amen."


Saint Marc d'Éphèse et la Fausse Union de Florence
Sa Vie, Partie III
par l'archimandrite Amvrossy Pogodin
http://www.orthodoxinfo.com/ecumenism/stmark.aspx
VI. CONCLUSION DE L'UNION
[...]
Syropoulos [1] rapporte la rencontre finale de saint Marc avec Eugène IV. "Le pape demanda à l'empereur que saint Marc se présente devant lui. L'ayant convoqué auprès de lui à l'avance, l'empereur tenta de le persuader, disant : 'Lorsque le pape vous demande déjà 2 ou 3 fois de paraître devant lui, vous devez aller le voir; mais ne craignez pas, car j'ai parlé et demandé et arrangé avec le pape pour qu'il ne voit soit fait ni offense ni mal. Alors allez-y, et écoutez tout ce qu'il dit, et répondez ouvertement de la manière qui vous semblera la plus appropriée.' Et ainsi Marc partit voir le pape, et le trouvant sans cérémonie dans ses propres appartements, assis avec ses cardinaux et évêques, il ne fut pas sûr de quelle manière il devait exprimer respect envers le pape. Voyant que tous ceux qui entouraient le pape étaient assis, il dit : 'Je souffre de douleurs rénales et de sévère goutte et je n'ai pas la force de rester debout,' et il s'assis à sa place. Le pape parla longtemps avec Marc; son but était de le persuader de lui aussi suivre la décision du concile et d'affirmer l'Union, et s'il s'y refusait, alors il devait savoir qu'il serait assujetti aux mêmes interdits que ceux que les Conciles Oecuméniques précédents [2] avaient prononcés contre les obstinés, qui, privés de tous les dons de l'Église, étaient rejetés comme hérétiques. A ces paroles du pape, Marc donna une réponse étendue et impérieuse. Concernant les interdits dont le pape le menaçait, il dit : "les Conciles de l'Église ont condamné comme rebelles ceux qui ont transgressé contre quelque dogme et ont donc prêché et combattu pour cela, et c'est la raison pour laquelle ils sont appelés "hérétiques"; et depuis le début l'Église a condamné l'hérésie elle-même, et ensuite seulement elle a condamné les chefs de l'hérésie et ses défenseurs. Mais je n'ai nullement prêché mon propre enseignement, ni n'ai introduit quoi que ce soit de nouveau dans l'Église, ni défendu quelque doctrine fausse et étrangère; mais je ne m'en suis tenu qu'à l'enseignement que l'Église a reçu sous une forme parfaite de notre Sauveur, et dans lequel elle a fermement persévéré jusqu'à ce jour : l'enseignement que la sainte Église de Rome, avant le Schisme qui a eu lieu entre nous, ne possédait pas moins que notre Église Orientale; ce saint enseignement que vous aviez auparavant coutume de louer, et qu'à ce même Concile vous avez souvent mentionné avec respect et honneur, et que nul ne pourrait critiquer ou discuter. Et si je m'y tiens et si je ne m'en éloigne pas, quel Concile me condamnera à l'interdiction à laquelle les hérétiques sont soumis? Quel esprit sain et pieux agira ainsi avec moi? Car tout d'abord, il faudrait condamner l'enseignement auquel je m'en tiens; mais si vous le reconnaissez comme pieux et Orthodoxe, alors pourquoi est-ce que je mériterais d'être puni?'
Ayant dit cela et bien d'autres choses équivalentes et écouté le pape, il rentra dans ses quartiers."
[...]

[notes du traducteur: 1. : Sophronius Syropoulos, futur patriarche de Constantinople de 1463 à 1464
2. Pour les catholiques-romains, ces conciliabules hors de l'Église étaient considérés comme "oecuméniques" puisque tous ceux qui étaient d'accord avec lui étaient autour de leur pape. C'est encore ainsi qu'ils les considèrent de nos jours, ceci rendant hélas tout dialogue tout à fait illusoire et stérile, en l'absence de toute remise en question d'une telle et si flagrante erreur. Rajoutons qu'une réécriture systématique des faits, du révisionnisme donc, est la norme dans leurs livres, ce qui assure la pérennité de leur système, mais empêche ceux qui n'étudient que sur base de leurs livres "canoniques" de savoir ce qui s'est réellement déroulé et donc pourquoi les problèmes sont encore présents.]


Quelques liens sur saint Marc d'Éphèse
http://www.amdg.be/sankt/jan19.html#PERS

http://www.roca.org/OA/26/26f.htm

http://orthodoxwiki.org/Mark_of_Ephesus

http://www.ephesus.com/Orthodox/St.Mark-of-Ephesus.txt

18 janvier 2007

Saint Athanase le Grand, champion de la Christologie et de la Foi Orthodoxe


saint Athanase le Grand
Fresque restaurée de la chapelle du monastère de Mar Musa,
désert de Syrie


SAINT ATHANASE LE GRAND, ARCHEVÊQUE D'ALEXANDRIE

Athanase est né en 296 à Alexandrie, et dès son plus jeune âge, il a fait preuve d'attrait pour la vie spirituelle. Il devint diacre du pape Alexandre [archevêque d'Alexandrie] et l'accompagna au premier Concile Oecuménique, à Nicée en 325. C'est à ce Concile qu'Athanase acquis sa renommée pour son érudition, sa dévotion et son zèle pour l'Orthodoxie. Il contribua grandement à anéantir l'hérésie d'Arius et à renforcer l'Orthodoxie. Il rédigea le Symbole de Foi (Credo) qui fut adopté au Concile. Suite à la mort d'Alexandre, il fut élu archevêque [pape] d'Alexandrie. Il restera 40 ans à assumer ce siège patriarcal, bien qu'il ne sera pas tout le temps présent dans son archevêché. A quelques exceptions près, il sera toute sa vie durant persécuté par les hérétiques. Parmi les empereurs, principalement par Constance, Julien et Valens. Parmi les évêques, par Eusèbe de Nicomédie et bien d'autres. Et par l'hérétique Arius et ses disciples. Athanase fut forcé de se cacher de ses persécuteurs, même dans une citerne, une tombe, dans des maisons privées, et dans les déserts. A 2 reprises, il dût s'enfuir à Rome. Ce n'est qu'avant sa mort qu'il put vivre en paix quelque temps durant, en bon berger au milieu de son bon troupeau, qui l'aimait vraiment. Il est peu de saints qui ont été persécutés avec tant d'acharnement, si criminellement, que saint Athanase. Sa grande âme a patiemment tout supporté pour l'amour du Christ, et, à la fin, c'est lui qui est sorti victorieux de cette lutte longue, terrible et totale. Afin d'obtenir conseil, réconfort et soutien moral, Athanase rendit souvent visite à saint Antoine, qu'il respectait comme son père spirituel. Homme qui avait formulé la plus grande des vérités, Athanase eut à souffrir pour cette vérité jusqu'en 373, quand le Seigneur donna à Son fidèle serviteur d'alors se reposer dans Son Royaume
Tiré du Prologue d'Ochrid, de saint Nicolas Velimirovitch

Mais ce qui est souvent passé sous silence en Orient, d'où on ne cessait de le chasser et on comprend un peu pourquoi!!, c'est l'importance de cette présence de saint Athanase en Occident. On la comprend en relisant le Symbole dit de saint Athanase et l'histoire cahotique de sa composition et de sa transmission.. puis de son utilisation en Occident, longtemps, fort longtemps avant le Schisme.
http://www.amdg.be/credo3.html
Lettres festales

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Saint Athanase, évêque, confesseur et docteur
Collecte
Dieu Tout-puissant, nous Te supplions : daigne nous accorder la grâce de pouvoir croire en nos coeurs, et confesser de nos lèvres, la véritable Foi en Ton Verbe Consubstantiel, de la même manière que le fit Ton bienheureux évêque Athanase, avec une si merveilleuse constance, et au milieu d'innombrables travaux et persécutions.
Par ce même Jésus Christ Ton Fils et notre Seigneur, qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles. Amen.

Vie
Saint Athanase (dont le nom signifie immortel) était cet homme que Dieu le Saint Esprit utilisa principalement, juste après les Apôtres eux-mêmes, pour transmettre et assurer aux futures générations la vérité que Jésus-Christ avait révélée concernant Sa propre Personne divine. Du fait de l'immense opposition qu'il eut à y endurer naquit le dicton suivant : "Athanasius contra mundum" – Athanase seul contre le monde, par lequel il gagnera pour lui-même le titre de "champion de la Foi"; et de là, il est à juste titre considéré comme le premier des 4 Docteurs Orientaux. Il naquit à Alexandrie vers 297 de parents Chrétiens. Au sujet de son enfance, Rufin dit que le patriarche Alexandre d'Alexandrie le remarqua un jour occupé, avec d'autres gamins, à jouer à imiter les cérémonies de l'église avec une telle dignité et dévotion qu'il les prit tous pour être formés à la prêtrise. Des écrits d'Athanase, il ressort qu'il était tant versé dans les études séculières que sacrées de son époque; et qu'il était proche des ermites de la Thébaïde, et en particulier de saint Antoine le Grand, de qui il dit : j'étais son disciple. Six ans durant, il servit à l'église comme Lecteur, et vers 21 ans, il fut ordonné diacre, et devint le secrétaire de saint Alexandre, qu'il accompagna au Concile de Nicée en 325. Vers cette époque, il composa son Traité contre les Païens ("Grecs"), dans lequel il exposait soigneusement la doctrine véritable et catholique de l'Incarnation et de la Trinité. Celui-ci, et ses nombreux écrits postérieurs, avaient un but de controverse, mais ils manifestaient aussi à quel point sa compréhension spirituelle était profonde et pleine d'amour, quoiqu'il avait un esprit vif et une langue qui pouvait être aussi tranchante qu'une épée. Peu après le Concile de Nicée, Alexandre mourut et Athanase devint patriarche à sa place, et aussitôt il entreprit de visiter son vaste diocèse, qui comprenait la Thébaïde, où il fut accueilli par les saints ascètes comme un des leurs, eux qui par la suite le soutiendront dans sa défense de l'Orthodoxie. A cette époque, Athanase nomma un évêque en Éthiopie, lointain pays qui était aussi sous sa juridiction.

Malgré le Concile Oecuménique de Nicée, nombre de ceux qui étaient sages dans leur propre vanité refusèrent de recevoir les décrets Nicéens et, sous la guidance de l'archihérétique Arius, continuèrent de nier que le Christ était divin excepté dans un sens figuré, par lequel ils acceptaient spécieusement le Christianisme dans la lettre, mais le rejetait dans ce qui était son esprit. Contre ces hommes, dont nombreux étaient soit érudits soit hauts placés dans l'Église, Athanase mena bataille tout au long de sa vie. Durant plus de 40 ans que dura son épiscopat, il fut exilé à 5 reprises et persécuté de ville en ville, passant au total 17 ans dans les épreuves ou souffrances, loin de son siège épiscopal. Car c'était son rôle, en tant que prince de l'Église, de s'opposer aux princes de ce monde, y compris aux empereurs eux-mêmes, qui firent usage de tous les moyens de leur richesse et pouvoir pour réduire au silence cette voix qui résonnait dans le monde entier. Nombre d'assemblées furent convoquées pour entendre son cas, certaines le condamnant injustement et publiquement. A Arles, en 353, l'empereur Constance parvint à persuader certains évêques timorés de le condamner à nouveau; et peu après, un certain nombre d'évêques amis furent à leur tour exilés, y compris le pape de Rome, Libertius, qui fut si brisé par la persécution qu'il finit par acquiescer temporairement à la censure précitée.

Divers récits nous rapportent la haine dont les Ariens l'honoraient, tel que le suivant. En 335, une assemblée avait été convoquée à Tyr, largement composée d'évêques Ariens, qui achetèrent une femme de mauvaise vie afin qu'elle prétende qu'Athanase l'avait violée. Sur ce, un prêtre se présenta, prétendant être Athanase, et il lui demanda : femme, est-ce que c'est moi qui a été ton hôte, et qui t'a maltraitée? Et elle hurla, indignée et avec force serments : Oui, c'était toi! Après que son parjure aie été dévoilé, ils furent obligés de chasser la honteuse femme, mais ne diminuèrent en rien leurs efforts pour salir le nom d'Athanase. Car ils l'accusèrent aussi d'avoir assassiné l'évêque Arsenius; et ayant dit cela, ils présentèrent comme preuve la main d'un mort, déclarant que c'était la sienne et qu'Athanase l'avait tranchée pour l'utiliser en sorcellerie. Mais Arsenius, qu'ils avaient enlevé, parvint à s'échapper et paru devant ce Concile entier et en bonne santé; aussitôt ils attribuèrent son apparition à de la magie noire de la part d'Athanase, et persistèrent dans leurs attaques à son égard. La vindicte des Ariens ne le laissa jamais tranquille, de sorte qu'il fut envoyé errer un peu partout dans le monde romain. Au cours de son 3ème exil, il fut obligé de se cacher 5 ans durant dans une citerne d'eau à sec, caché des hommes, sauf un de ses amis qui lui amenait à manger. Au cours de son 4ème exil, une bande de soldats fut envoyée pour le tuer. Alors qu'il était occupé à fuir par le Nil, leur bateau se rapprochait vite du sien, alors il fit demi-tour, descendit le flot pour aller à leur rencontre. Lorsque les bateaux se croisèrent, un des meurtriers l'appela pour demander où était Athanase, et le serviteur de Dieu lui-même leur cria en réponse : Vous êtes proches de lui, ramez plus fort; ce sur quoi ils redoublèrent leurs efforts pour remonter le courant, pendant qu'Athanase descendit paisiblement jusqu'à Alexandrie, où il trouva refuge. Au cours de son 5ème exil, il eut à se cacher 4 mois durant dans le tombeau de son propre père. Dieu le délivra d'aussi grands dangers, et il finit par mourir dans son propre lit à Alexandrie, le 2 mai 373, durant le règne de Valence. Il écrivit beaucoup de pieux et lumineux écrits expliquant la Foi Orthodoxe, et gouverna l'Église d'Alexandrie avec une grande sainteté au milieu de toutes les tempêtes, durant plus de 40 ans.

Texte extrait du calendrier du site internet "westernorthodox", maintenu par la paroisse Saint-Mark, Denver, USA

http://www.westernorthodox.com/kalendar/0502.htm

Doyenné de Rite Orthodoxe Occidental


Une homélie de l'évêque saint Athanase
http://www.orthodox.net/articles/saints-persecution-homily-st-athanasius-great.html

"Apologia de fuga sua"
(vers le milieu du texte)

texte grec, Patrologia Graeca, Migne

Dans la Loi, il est écrit : vous vous choisirez des villes de refuge. Dans de telles villes, ceux qui étaient poursuivis par un bourreau pouvaient entrer et trouver refuge (Exode). Bien du temps plus tard, lorsque le même Verbe du Père, qui avait auparavant parlé à Moïse, était venu demeurer au milieu de nous, Il donna à nouveau le même commandement en ces mots : Si l'on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre (Mt 10,23). Et une autre fois, Il ajouta : Quand vous verrez établie dans le lieu saint l'abomination dévastatrice dont a parlé le prophète Daniel - lecteurs, comprenez bien, - que les habitants de la Judée fuient dans les montagnes, que celui qui est sur la terrasse ne descende pas pour emporter ce qui est dans sa maison, que celui qui est au champ ne revienne pas prendre son manteau.

Les saints, connaissant ces paroles du Seigneur, y ont obéit durant leurs vies. Car ce que le Seigneur avait commandé de Sa propre bouche était la même chose que ce qu'Il avait dit à travers Ses saints avant Sa Venue dans la chair; et obéir à ce commandement réalisait la perfection en l'homme, car il convient à l'homme d'accomplir tout ce que Dieu commande. Dès lors, ce même Verbe de Dieu Lui-même, après qu'Il fut fait homme pour notre Salut, trouva approprié lorsqu'ils Le recherchèrent, de même que dans les temps présents ils nous recherchent, de Se cacher; de fuir et de S'échapper des pièges préparés pour Lui; cependant lorsque vint le temps qu'Il avait Lui-même décrété, et au cours duquel Il avait voulu souffrir dans la chair pour nous tous, Il se rendit volontairement à Ses ennemis.

Dès lors, les saints hommes de Dieu, ayant apprit par cet exemple de leur Sauveur (car le même est et avait été le Maître de tous, qu'ils soient des anciens temps ou ceux de ces derniers jours), ont su à quel point il était légitime de confondre leurs persécuteurs en prenant la fuite, et en se cachant eux-mêmes lorsque recherchés. Car puisqu'ils ne savent ni le jour ni l'heure que le Dieu Omniscient a ordonné pour leur fin, dès lors ils n'osent pas effrontément se livrer à la puissance de ceux qui les haïssent. Mais au contraire, sachant qu'il est écrit : "Ma destinée est entre tes mains" (Ps. 30,16) et encore : "Le Seigneur donne et la mort et la vie" (1 Samuel 2,6), ils ont enduré jusqu'à la fin, comme le disait l'Évangéliste. Et comme disait l'Apôtre, "ils ont erré de-ci de-là, couverts de peaux de brebis ou de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités, des hommes dont le monde n'était pas digne! Ils se sont réfugiés dans les solitudes des montagnes, dans les cavernes et les antres souterrains" (Héb. 11,37-38), jusqu'à ce qu'advint leur temps fixé, ou jusqu'à ce que Dieu, Qui fixe le temps de tout, leur parla plus clairement, et enchaîna les persécuteurs, ou permit qu'ils soient livrés à ces mêmes persécuteurs, selon Sa bonne prescience.
In lege præcéptum erat ut constitueréntur civitátes refugiórum, ut, qui quomodocúmque ad necem quæreréntur, servári possent. In consummatióne porro sæculórum cum advenísset illud ipsum Verbum Patris, quod Móysi antea locútum fuerat, rursus hoc præcéptum dedit, Cum vos, inquiens, persecúti fúerint in civitáte ista, fugite in aliam. Pauloque post súbjicit : Cum vidéritis illam abominatiónem desolatiónis, quæ dicta est per Danielem prophétam, consistentem in loco sancto (qui legit, intélligat), tunc qui in Judæa sunt, fúgiant ad montes ; et qui in tecto est, ne descéndat tollere áliquid de domo sua ; et qui in agro est, non revertátur tollere túnicam suam.

Hæc cum scirent Sancti, ejusmodi tenuérunt suæ conversatiónis institutum. Quæ enim nunc præcepit Dóminus, eádem quoque ante suum in carne advéntum locútus est in Sanctis ; et hoc institutum hómines ad perfectiónem ducit. Nam quod Deus jusserit, id omnino faciéndum est. Ideoque et ipsum Verbum propter nos homo factum, non indignum putávit, cum quærerétur, quemádmodum et nos, abscóndere se ; et cum persecutiónem paterétur, fugere, et insidias declináre : cum autem a se definitum tempus ipse adduxísset, in quo corporáliter pro ómnibus pati volebat, ultro seípsum trádidit insidiántibus.

At vero sancti hómines cum hanc quoque formam a Salvatore dídicíssent, (ab ipso enim et antea et semper omnes docebántur) advérsus persecutores ut legitime certarent, fugiébant, et ab illis quæsíti se abscondébant. Cum enim præstitúti sibi a divina providéntia témporis finem ignorarent, nolébant insidiántibus se témere trádere : sed contra, cum scirent quod scriptum est, in mánibus Dei esse hóminum sortes, et Dóminum mortificáre et vivificáre ; potius in finem usque perseverábant, circumeuntes, ut ait Apóstolus, in melótis et pellibus caprínis, egéntes, angustiáti, in solitudínibus errántes, et in speluncis et cavernis terræ laténtes, quoad vel definitum mortis tempus veníret, vel qui tempus ipsum definíerat, Deus cum eis loquerétur, et insidiántes cohibéret, aut certe persecutóribus eos traderet, utcúmque illi plácuísset.

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Pages en anglais sur saint Athanase, dans une encyclopédie du 19ème siècle :
Dictionary of Greek and Roman antiquities. Ed. by William Smith. Illustrated by numerous engravings on wood.
Sir William Smith, 1813-1893.
C. Little, and J. Brown
Boston & London, 1870
http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/0402.html
http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/0403.html
http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/0404.html
http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/0405.html
http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/0406.html

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En Occident, contrairement à son grand ami saint Antoine, saint Athanase ne sera apparemment pas repris dans le cadre liturgique de l'Orthodoxie Occidentale, et encore moins théologique. Son absence pourrait expliquer les problèmes christologiques ultérieurs, toujours actuels. Ce n'est que très tardivement, un demi-millénaire après l'officialisation du Schisme, que les Occidentaux l'adopteront, et uniquement au niveau liturgique. Ils prendront comme date le "dies natalis", c'est bien, c'est classique. D'un autre côté, si la sainte Église du Christ a choisit une autre date, c'est qu'elle a ses raisons (que je ne comprend pas toujours). D'où comme Orthodoxe d'Occident, c'est cette date-là que je prends. Voici le texte du martyrologe romain post-schisme, texte du jour qui n'est pas le même que celui d'avant le Schisme, et qui précise cette date d'introduction. J'ai vérifié dans le Sacramentaire dit Grégorien, à savoir l'Hadrianum, pas de trace de saint Athanase dans la Liturgie romaine dans les années 800, cqfd. Peut-être pour les Gallicans, mais je n'ai pas les sources ici et j'en serais (heureusement) surpris.

"Natus Alexandriae anno 295, episcopo Alexandro in concilio Nicaeno astitit eique successit. Contra Arianos strenue dimicavit, propter quod multa perpressus est et pluries exsilio mulctatus. Egregia scripsit opera pro fidei orthodoxae illustratione et defensione. Mortuus est anno 373. Depositio S. Athanasii Alexandriae recolitur die 2 maii in ritibus copto
et byzantino. Eius festum ascriptum est in Calendario romano anno 1550."

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Avec saint Athanase est aussi fêté le champion du 3ème Concile Oecuménique, saint Cyril. Cependant, il n'a pas eu de relation directe avec l'Occident Orthodoxe, d'où cet article qui se limite à saint Athanase à dessein.
Mais pour bien voir la continuité théologique de l'Église Orthodoxe, il est évident qu'il est nécessaire de lire aussi bien Athanase que Cyril. Voici ce qu'on peut appeler leurs chefs d'oeuvres, le centre de leur Christologie, qui est celle de l'Église depuis toujours :

En Anglais :



Saint Athanasius "On the Incarnation"

"Ceci est une bonne traduction d'un très grand livre."
Saint Athanase se tint "contra mundum" pour la doctrine Trinitaire "pleine et non-souillée", quand il sembla que tout le monde civilisé glissait du Christianisme vers la religion d'Arius, dans une des ses religions "factices" qui sont si fortement recommandées de nos jours [*] et qui alors, comme maintenant, comprenaient parmi leurs fidèles nombre de clercs hautement cultivés. La gloire de saint Athanase est qu'il ne marcha pas avec son temps; sa récompense est que lui demeure, alors que cette époque-là, comme toutes les autres, est passée.
"Lorsque j'ai ouvert pour la première fois le 'De Incarnatione', j'ai vite découvert par un très simple test que j'étais occupé à lire un chef d'oeuvre, car seul 'cerveau' aurait pu écrire si profondément sur un tel sujet avec une telle simplicité classique."
C. S. Lewis, dans l'Introduction
ISBN 0-913836-40-0

[* cfr le projet de l'O.N.U de "religion mondiale syncrétiste et a-dogmatique", qui est derrière toutes les persécutions anti-Chrétiennes d'Occident; ndt]


et le second, que j'ai acheté à Maldon et qui me plaît beaucoup :


Saint Cyril of Alexandria, "On the Unity of Christ"

John McGuckin, translator.
Au tout début du 5ème siècle, le monde Chrétien était secoué par une des plus sévères disputes théologiques qu'il avait connues depuis la crise Arienne au siècle précédent. Le centre du débat tournait autour de la Nature de la personne du Christ, et comme les caractéristiques divine et humaine pouvaient se combiner en Jésus sans rendre Sa subjectivité inextricablement divisée, ou sans réduire son authentique humanité en une insubstantialité.
Ces disputes bien vite se polarisèrent en un conflit entre 2 grandes Églises, Alexandrie et Constantinople, et leurs puissants archevêques, respectivement saint Cyril (+ 444) et Nestorius (+ vers 452). On peut soutenir que Cyril est le plus important théologien patristique qui aie traité des problèmes de Christologie. Le texte qui est ici traduit est un de ses plus importants et abordables écrits, composé à la suite du Concile d'Éphèse (431) pour en expliquer la doctrine à une audience internationale. Il y argumente à propos de la simple présence divine mais adoptée et soutenue par elle. De ce fait, pour saint Cyril, la Christologie devient un paradigme pour la vie transfigurée et rachetée du Chrétien.
Ce livre est une lecture essentielle pour tous ceux qui sont intéressés par la théologie et la spiritualité des Pères, par l'usage antique de l'Écriture, et par la manière par laquelle l'Église autrefois exprima créativement sa pensée par le biais de la philosophie et des sciences naturelles.
John Anthony McGuckin, théologien Orthodoxe, est chargé de cours en théologie patristique et byzantine à l'université de Leeds, Grande-Bretagne, et membre de la "Royal Historical Society", Londres. Parmi ses livres précédents, on trouve : St Symeon the New Theologian: Chapters and Discourses; The Transfiguration of Christ in Scripture and Tradition; Selected Poems of St Gregory Nazianzen; St Cyril of Alexandria and the Christological Controversy; and Byzantium and Other Poems."
ISBN 0-88141-133-7


En français, dans la collection "Sources Chrétiennes" :



"Sur l'incarnation du Verbe", Par saint Athanase d'Alexandrie

Introduction, texte critique, traduction notes et index par Charles Kannengiesser – Réimpression de la première édition revue et corrigée
"Après avoir réfuté le polythéisme et l'idolâtrie, et démontré positivement l'existence du vrai Dieu, dans son discours "Contre les païens" (SC n° 18 bis), Athanase poursuit son apologie, en apportant la preuve que l'incarnation du Verbe constitue le seul remède capable de rétablir l'humanité déchue dans sa condition première. Les deux traités forment en réalité un ouvrage unique. On hésite sur la date de sa composition : est-il antérieur aux débuts de la crise arienne, comme on l'a longtemps cru, ou plutôt contemporain de l'exil à Trèves (335-337) ? La question de la double recension du discours "Sur l'Incarnation" est en revanche clairement tranchée ici : la recension courte est un remaniement post-athanasien, dont les enjeux théologiques sont évidents.
Le titre complet du discours, « Sur l'incarnation du Verbe et sur sa manifestation corporelle en notre faveur », souligne avec insistance les deux aspects fondamentaux du mystère : la manifestation du Verbe dans la chair. Les thèmes de la création, de la chute et de la restauration de l'homme servent de point de départ au traité ; le reste de l'ouvrage est un effort de la foi et de l'intelligence pour atteindre la réalité profonde des liens qui unissent le Verbe au corps qu'il a assumé. Sans abandonner totalement la polémique contre les païens et les juifs, Athanase présente ici aux chrétiens de son temps une catéchèse vigoureuse, centrée sur le mystère de l'Incarnation, fondement de la foi chrétienne.
Collaboration : Charles Kannengiesser"
ISBN : 2204066206



"Deux dialogues christologiques", Par saint Cyrille d'Alexandrie

Introduction, texte critique, traduction et notes par G.-M. de Durand, o.p., assistant-professeur à l'institut d'études médiévales de Montréal


Saint Athanase écrivant la Vie de saint Antoine
Liber vita sanctissimi Anthonii, 15ème siècle
Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence

Calendrier liturgique 2007 et présentation de la paroisse orthodoxe de Chatelineau

Au format PDF, le calendrier liturgique en grec et en français. Cliquez sur l'image pour que le fichier s'ouvre dans une nouvelle fenêtre. Si vous ne disposez pas encore d'un logiciel pour lire les PDF, vous avez l'excellent Foxit Reader, qui est gratuit, possède un module de francisation, et supporte les dernières modifications du standard du PDF. Il lit parfaitement les fichiers PDF réalisés avec OpenOffice ou Star Office, comme ceux ci-dessous.



en français :
calendrier liturgique hagia barbara chatelineau 2007 FR

en grec :

calendrier liturgique hagia barbara chatelineau 2007 en grec
Calendriers généraux, voir :
Calendriers liturgiques orthodoxes 2007


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Paroisse Hagia Barbara, visite du FOREL & GRAIR, Charleroi
Dimanche 13 novembre 2005, fête de saint Jean Chrysostome et de saint Killian Apôtre dans les Flandres.

1. L'ORTHODOXIE

Vous trouverez le récit de la fondation de l'Eglise Orthodoxe dans la Bible, aux deux premiers chapitres du Livre des Actes d'Apôtres (PraxeiV Apostolwn) : c'est la Pentecôte, à Jérusalem, dans une petite chambre haute, caché. Un groupe d'Apôtres et de disciples, de femmes et d'hommes, avec parmi eux la Vierge Marie, reçoivent l'Esprit Saint de Dieu, Qui répand la Puissance divine en eux, corps et âme. Aussitôt, ils sortent prêcher. Et déjà, on les prend pour des fous ou des alcooliques, parce qu'ils prêchent l'amour de Dieu et de tout être vivant, le pardon et la miséricorde au lieu de la vengeance, le partage au lieu de l'enrichissement personnel. Ils le prêchent et le mettent en pratique. L'Eglise est née là, à ce moment-là, et fidèle à Dieu, l'Eglise glorifie Dieu de manière juste, droite. Ce qui est la traduction du mot « orthodoxe », juste glorification, Foi droite. Dans le mot « orthodoxe », il n'y a pas de connotation de culture, de pays, de langue. L'Eglise est née dans un milieu multi-culturel et multi-linguistique, car Dieu aime tous les peuples.

La pleine compréhension de la Foi en Jésus ira progressivement, grâce à Son enseignement qu'Il nous a laissé par Ses Apôtres et disciples. Les premières années se vivront principalement au sein de la communauté culturelle d'origine, en Israël. Bien que certains des Apôtres avaient « pris des notes » durant les enseignements du divin Maître, la prédication sera orale. Lorsque l'Eglise grandira au-delà de ses frontières géographiques d'origine, la prédication va progressivement se trouver écrite. Les saints Evangiles et autres Livres du Nouveau Testament, parlant de l'Alliance Renouvelée prophétisée par le prophète Jérémie, vont commencer à être écrits, puis traduits des langues hébraïques originelles vers d'autres langues, comme le grec, latin, syriaque, copte, et bien d'autres encore. Dès la première génération, il y aura des évangélisateurs dans tout le bassin méditerranéen, mais aussi dans les Gaules et l'Angleterre : l'archéologie nous le prouve.
Pendant cette première période, la préoccupation principale les Chrétiens sera avant tout la célébration de la Foi, ainsi que le témoignage de cette Foi dans un environnement hostile. Les premiers exposés de la Foi Chrétienne ont été écrits dès le premier siècle – pensons à la célèbre « Didachè des Apôtres » - mais c'est surtout à partir du deuxième siècle qu'il y aura une explication concrète qui va se développer, en se basant toujours sur les enseignements apostoliques. On connaît ainsi les noms d'Irénée de Lyon, de Justin de Palestine et Rome, de Clément d’Alexandrie, d’Origène, de Tertullien, et de beaucoup d'autres, saints ou non, docteurs et enseignants en tout cas. Ils étaient principalement préoccupés par la nécessité d’expliquer la Foi par rapport au paganisme et aux philosophies hellénistes à l’extérieur de l’Église, et de la préciser par rapport aux enseignements erronés qui la divisaient de l’intérieur.
Avec le temps, l'Eglise grandira, longtemps dans les persécutions, puis à partir de Constantin le Grand, dans une paix relative. Les grands débats théologiques existaient déjà depuis le début, le Nouveau Testament nous en donne beaucoup à voir. Mais à partir de la relative paix civile, les débats vont être parfois détournés pour des buts politiques. Les premières grandes divisions auront surtout des raisons politiques. On le sait aujourd'hui, grâce aux débats inter-Eglises. Pendant le premier millénaire de l’ère Chrétienne, l’Église entière était essentiellement "orthodoxe". Il y avait certainement des différences importantes entre les Églises d’Orient et d’Occident, mais elles ont été en communion pendant de longs siècles. La conception orthodoxe de la structure de l’Église, fondée sur les évêques en tant que responsable des Eglises locales devant Dieu, était, et reste une collégialité des évêques des Églises principales. C'était à l'époque Alexandrie, Antioche, Rome, Constantinople, et Jérusalem. En pratique, les Églises étaient autonomes les unes par rapport aux autres

L'Orient va être très divisé par les discussions théologiques, et beaucoup d'Orthodoxes viendront déjà à l'époque se réfugier en Occident. Les saintes icônes que vous voyez dans cette église n'auraient pas pu continuer à exister si en Occident on n'avait pas accueillit les iconographes fuyant deux siècles de violentes persécutions des empereurs d'Orient, qui soutenaient de mauvais évêques, massacrant et pillant. Malgré cet amour fraternel évident entre Orient et Occident, les invasions barbares vont nous séparer physiquement. Un manque d'amour mutuel va naître et petit à petit nous séparer tous, manque d'amour dénoncé encore en 2003 par un moine du monastère de Colciu sur le Mont Athos, le père Dionyius, comme étant la véritable source des grandes divisions. Les grands Schismes vont officialiser cette ignorance mutuelle. Lorsque l'Eglise de Rome se séparera en 1054 des autres Eglises suivant la Foi orthodoxe, elle entraînera au fur et à mesure d'autres Eglises d'Occident. Au douzième siècle, l'Eglise d'Irlande et celle de Belgique seront les dernières à être obligées à suivre : les jeux d'alliances politiques avaient permis de détourner les Eglises de leur rôle, car bien souvent des amis du pouvoir étaient nommés comme responsables d'églises et de monastères. Le drame était prêt. Pourtant, la première Croisade sera vraiment un mouvement populaire pour libérer des populations Chrétiennes orientales vraiment persécutées. Les Belges y tiendront un rôle majeur. Et des Orientaux, même des moines, témoigneront du respect qu'ils recevront de leurs libérateurs. Mais par la suite, comment appeler une Croisade qui envahit Constantinople en 1204, massacre les gens, forçant les moniales, les jeunes filles, etc, à la prostitution, volant tout, et installant un évêque imposteur à la place du patriarche légitime? Là sera le véritable et dramatique tournant dans les divisions.

Dieu merci, comme disait le métropolite saint Platon de Moscou, les murs de nos Eglises ne montent pas jusqu'au Ciel. Et après les grands conflits très politisés, petit à petit, l'aspiration à se retrouver en paix est née. De nos jours, des mouvements timides de réconciliation des hiérarchies ont lieu. Comme lorsque le pape de Rome Paul 6, en 1965, a baisé les pieds du patriarche de Constantinople, pour demander pardon pour son Eglise. Paul 6 qui a déclaré en 1976 que tout ce que son Eglise avait affirmé comme dogmes après sa séparation d'avec les autres Eglises orthodoxes, cela ne pouvait engager que son Eglise à lui, c'était des décisions locales. Ou quand le patriarche de Roumanie Théoctiste a accueilli le défunt pape de Rome, Jean-Paul 2, le 8 mai 1999, et qu'ils ont béni ensemble la foule, composée surtout d'Orthodoxes, mais aussi de protestants, de catholiques-romains et même d'autres religions ou d'incroyants. Ou quand le pape d'Alexandrie Shenouda 3 a accueillit le pape de Rome Jean-Paul 2, le 24 février 2000. Il n'y a toujours pas de pleine communion de la Foi, puisque tout n'est pas résolu. Mais il y a déjà volonté de vivre ensemble. La communauté orthodoxe de Charleroi partage cette attente, cette volonté et à présent je vais vous en parler.
2. LES ORTHODOXES A CHARLEROI ET AILLEURS EN BELGIQUE

Sept siècles après que la Belgique aie été retirée de l'Orthodoxie, on a recommencé à voir un lieu de culte orthodoxe en Belgique. En 1862, une chapelle orthodoxe a été établie près de l'ambassade de Russie, à Bruxelles. Dédiée à Saint Nicolas de Myre, que vous voyez derrière moi sur la grande icône, et qui est aussi mon saint patron, cette chapelle orthodoxe bruxelloise sera déplacée en 1875 vers l'actuel siège de l'archevêque russe orthodoxe, à Ixelles. En 1900, à Anvers, les marins et commerçants Grecs vont recréer une deuxième église orthodoxe en Belgique. Elle sera dédicacée sous le signe de la fête évangélique du 25 mars, commune aux calendriers liturgiques romains et orthodoxes, "l'Annonciation de la Mère de Dieu". Une autre église sera ouverte par les Grecs à Bruxelles en 1926 : installée par "l'association des dames hellènes" dans une maison de la rue de Stassart, à deux pas de l’église russe de la rue des Chevaliers, et dédiée aux saints archanges Michel et Gabriel.
Les Russes implanteront la première paroisse orthodoxe à Charleroi en 1923. Puis dans les années 1950 arrivera une grande quantité de Grecs qui vont s'installer aux alentours des bassins miniers de Mons, La Louvière, Charleroi, Liège et du Limbourg. Certains prêtres Grecs de Bruxelles sont intervenus, avec le soutien de la Fédération Charbonnière, et ont fondé des paroisses en ces lieux.
C'était très difficile, une situation qu'ont aussi vécu les Italiens et autres communautés étrangères à cette période. Les fidèles Grecs ont acheté ce bâtiment en 1957, et ils en sont donc propriétaires. Au début, c'était un garage qui appartenait à la mine. Il fut aménagé petit à petit pour devenir ce que vous voyez, une église chaleureuse et accueillante. Depuis 1969, comme les autres paroisses grecques du Benelux, elle dépend du siège d'un métropolite Grec à Bruxelles. Notre évêque actuel est mgr Panteleimon, ancien prêtre de la paroisse de Mons, bien connu des gens d'ici, y compris non-Grecs ou non-Orthodoxes.
En 1962, les mineurs ont fondé la Communauté hellénique de Charleroi, dans le but de s'occuper des problèmes socio-économiques et culturels que les Grecs rencontraient; elle aidait les Grecs de Charleroi récemment immigrés dans la traduction de documents administratifs ou autres. Aujourd'hui, la Communauté s'occupe d'actions sociales et culturelles, recherche d'emploi, aide à la recherche d'un logement décent, etc.

Notre paroisse est dédiée à sainte Barbe, que l'on appelle Barbara en grec. C'est la sainte patronne des mineurs et de divers autres métiers du feu. Vous en trouverez plusieurs icônes ici, dont celle à ma gauche où pendent des témoignages de miracles obtenus par son intercession. Bien connue dans les églises catholiques-romaines des environs, où elle a souvent sa statue, comme dans toutes les mines. Bien qu'il s'agisse d'une martyre orientale, elle est vénérée depuis tant de siècles en Belgique qu'on peut la considérer comme une amie locale, un point commun entre nous tous. En septembre 2005, un groupe d'Orthodoxes d'une autre paroisse des environs est allé en pèlerinage au Bois-du-Cazier. Un des prêtres célébrants y a perdu son cousin en 1956. Notre communauté aussi y a perdu plusieurs de ses membres. Nous avons donc nous aussi versé de notre sueur et de notre sang pour la prospérité de la Belgique, pays où le Christ nous a donné de venir, et pour ce beau Pays Noir de Charleroi où on est heureux de vivre avec vous tous dans la paix. Si vous souhaitez découvrir la riche vie liturgique de notre paroisse, vous êtes bienvenus.

Ceux qui voudraient en savoir plus sur l'Orthodoxie orientale, je recommande 2 livres :
Prêtre Jean Meyendorff, « L’Église orthodoxe hier et aujourd’hui », aux éditions du Seuil. et
Mgr Timothy Kallistos Ware, « L'Orthodoxie : L'Église des sept Conciles » aux éditions Desclée de Brouwer.

Je vous remercie pour votre attention et vous souhaite un bon dimanche et une belle visite des différents lieux de culte de Charleroi.

17 janvier 2007

Duc in altum – fin du M904 De Brouwer

pavillon Force Navale - Zeemacht vlagDe nos jours, peu de gens le savent encore, et nos politiciens ne font pas exception, mais la Force Navale belge ("Zeemacht")a été la Marine militaire la plus réputée au monde, des décennies durant, pour la lutte contre les mines. Au point que l'école de lutte anti-mines de l'OTAN sera installée à Oostende, et que nos démineurs marins ont même été envoyés au Cambodge pour leur apprendre à se débarrasser des millions de saletés mortelles truffant leur terre. Ou que les Américains nous avaient confiés le déminage de parties "délicates" à l'embouchure du Tchat-El-Arab, durant la 2ème guerre du Golfe, en 1991, eux-mêmes n'osant pas s'y aventurer... etc.
Nos matafs (dont j'ai fait partie 12 ans durant) se défonçaient pour obtenir des résultats nickel sur des navires toujours trop vieux, toujours en manque de matériel, toujours en manque de finances. Le personnel a toujours accompli des prouesses. Le mauvais temps qui faisait reculer bien des autres commandants, les nôtres ne le redoutaient pas, et on sortait en mer, ça branlait dans tous les sens, on se retrouvait avec le bastingage arraché, superstructures déchirées, antennes en panade, mais la mission était accomplie.

Pourquoi nos dirigeants ont-ils laissé tant d'expérience et de savoir-faire partir à l'eau? Pourquoi? Est-ce que le fait que tous nos navires étaient bilingues, ça leur faisait mal à la panse? L'expérience coûte des années d'essais, d'échecs et de travail ingrat, pour être acquise. Et il s'agissait de sauver des vies, en mer comme à quai. Avait-on le droit de se priver de cette expérience? Avait-on le droit de faire des "économies" sur ce qui sauve toujours des vies? Satanée politique qui se fiche bien des vies humaines, ça n'a plus rien de la bonne gestion de la cité que ce mot, politique, signifie...

Duc in Altum... devise du premier navire à bord duquel je suis monté, comme jeune stagiaire de pas encore 18 ans... Duc in altum.. qu'est-ce qu'on les a parcourues, ces eaux profondes... C'est aussi une devise biblique (Luc 5,4), tout un symbole...
En 1984, notre beau M904 De Brouwer, chasseur de mines océaniques aux innombrables voyages et missions, portait fièrement le pavillon du chef de la flotte de chasse aux mines de l'OTAN. Au cours des missions accomplies cette année-là, il a tout gagné sans coup férir, remontant le plus de mines à lui seul que tous les autres navires Otan réunis. On remettra le couvert avec l'équipe suivante et le M906 Breydel (à la casse l'an dernier), puis le M908 Truffaut, puis le M903 Dufour.. comme bien d'autres auparavant et encore après, du moins tant que nous auront ces bons vieux MHSO en service et... relativement bien entretenus.... Puis vinrent les "nouveaux", les CMT.. au lieu de continuer à entretenir les anciens, qui étaient bien plus valables pour les missions en haute mer mais qui nécessitaient un équipage plus nombreux, l'administration militaire ne s'en est plus occupée. Ils avaient fait leurs preuves, et après?...

copyrighted photo Tuut M904 Doggy - le De Brouwer a Stanavforchan 1984Maintenant, dans le dock "réserve", à Zeebrugge, il y a même un chasseur "tripartite" (CMT) en attente d'acquéreur, d'autres ayant déjà été revendus (ceux-là mêmes qui avaient couvert le pays de gloire durant la seconde guerre du Golfe!), et ceux qui naviguent ou sont en réserve ne sont pas au mieux de leur forme, d'après ce que m'en ont dit des collègues qui naviguent à leur bord...

Le M904 De Brouwer quitte Zeebrugge, en route vers son dernier port, le chantier de démolition à Gent (Gand). Dans les jours à venir, le M903 Dufour, le M908 Truffaut et le M909 Bovesse subiront le même sort. Pour finir, le A961 Zinnia sera amené vers le même chantier et lui aussi détruit.
Encore un morceau de nostalgie, de la Belgique d'antan, qui disparaît...

M904 De Brouwer verlaat Zeebrugge op weg naar zijn laatste rustplaats, de sloophamer in Gent.
In de komende dagen zullen de M903 Dufour, M908 Truffaut en M909 Bovesse hetzelfde lot ondergaan.
Uiteindelijk wordt daarna ook de A961 Zinnia naar dezelfde sloper gebracht
Weeral een stuk nostalgie die verdwijnt

Un collègue me confiait encore récemment que très peu des "anciens" allaient traîner leurs savates du côté du dock réserve, tant voir tous nos vieux et glorieux navires laissés à l'abandon, en état de pourriture, leur faisait mal au coeur. Et surtout de savoir que certains avaient été "refaits" avant d'être laissés à l'abandon, comme le Truffaut. Quel gâchis.

Bon voyage, mon cher navire, toi et moi on n'est pas de cette époque, on n'y est pas chez nous...

Nouveau site internet (blogue) dédié aux anciens navires de la Force Navale :
http://zm-fn.blogspot.com/

mon anniversaire... et celui de saint Antoine

Je commence par le mien, c'est plus rapide puisqu'il n'y a rien à en dire.Si ce n'est que quelques jours plus tard, il y a bien des années déjà, ces 2 saints recevaient lors de mon Baptême le lourd fardeau de devoir veiller sur moi. Les pauvres, ils n'avaient vraiment pas mérité ça.

Passons dès lors à plus intéressant, l'anniversaire de notre ami saint Antoine le Grand
Synaxaire Orthodoxe Byzantin
"Le 17 janvier, nous célébrons la mémoire de notre Saint Père Théophore Antoine le Grand d'Egypte.

Saint Antoine, la première fleur du désert, naquit vers l'an 250, dans le petit village de Coma, en Haute-Egypte. Ses parents, nobles et riches Chrétiens, l'élevèrent dans la Foi et la crainte de Dieu. Ils se chargèrent eux-mêmes de l'éducation du jeune garçon, car Antoine ne souhaitait pas se mêler aux jeux turbulents des autres enfants et n'éprouvait que mépris pour les sciences profanes. Il ne sortait de la maison que pour se rendre à l'église, où il suivait avec attention la lecture des Livres Saints et le récit des exploits des Saints.

Vers l'âge de 20 ans, la mort de ses parents le laissa à la tête du patrimoine familial et seul responsable de l'éducation de sa jeune soeur. Un jour, comme il se rendait à l'église en méditant sur la vie paisible et dégagée de tout souci des Apôtres et des premiers Chrétiens, il entendit la lecture de ces paroles de l'Evangile: "Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi" (Mat. 19,21). Convaincu qu'elles n'avaient été dites que pour lui, il alla partager sans retard toutes les terres qu'il possédait entre ses voisins, vendit ses meubles et en distribua le prix aux pauvres, ne gardant que le nécessaire pour établir sa soeur. Une autre fois, après avoir entendu lire les paroles: "Ne soyez pas en souci du lendemain" (Mat. 6,34), il décida de renoncer définitivement au monde, distribua le reste de ses biens, confia sa soeur à quelque personne vertueuse et quitta sa maison pour embrasser la vie ascétique.

Or, en ce temps-là, il n'existait pas encore de monastères constitués. On ne trouvait que quelques hommes vivant en solitaires non loin de leur village, dans le jeûne et la prière. Un de ces anciens demeurait non loin de là. Antoine se proposa donc de l'imiter. Il s'installa lui aussi dans un lieu isolé, où, l'esprit libre de toute préoccupation et de tout souvenir de sa vie passée, il travaillait de ses mains, distribuait ses surplus aux pauvres, méditait les Livres Saints et s'efforçait de garder imperturbable la prière en son coeur. Semblable à une abeille industrieuse, chaque fois qu'il entendait louer la vertu de quelque solitaire, il se rendait auprès de lui, observait l'humilité des uns, la mortification, l'assiduité à la prière ou à la méditation des autres et, une fois rentré dans sa cellule, il s'efforçait de rassembler en lui-même toutes ces vertus.

Le démon, envieux de toutes les bonnes actions des hommes, ne pouvant souffrir de voir une telle ardeur en un si jeune homme, décida de partir en guerre contre lui. Il lui suggéra d'abord le souvenir des biens qu'il avait quittés, de sa soeur qu'il avait abandonnée et de tous les plaisirs de sa vie passée. Puis il lui représenta de manière épouvantable les difficultés de la vie ascétique, la faiblesse de son corps, le long combat qu'il aurait à soutenir pendant des années et tout un nuage épais de pensées diverses. Comme Antoine résistait à ces assauts par la fermeté de sa foi, la patience et la prière continuelle, le Malin passa à l'attaque sur un autre front. Il lui présenta à l'esprit des pensées d'impureté et excita ses sens juvéniles par quantité de suggestions obscènes. Et, voyant qu'il tenait bon, il prit de nuit l'apparence d'une femme qui l'invitait au péché par des gestes effrontés.

Mais le vaillant soldat du Christ repoussa Satan par le souvenir des peines de l'enfer. Le démon excédé lui apparut alors sous l'aspect d'un enfant hideux et sombre et, se présentant comme l'esprit de la fornication, il reconnut avoir été vaincu par lui. Devant cette apparition aussi ridicule, Antoine le repoussa avec dédain, en chantant: "Le Seigneur est mon secours, et je mépriserai tous mes ennemis" (Ps 117,7). Il était en effet convaincu que ce n'était pas lui-même qui avait remporté cette première victoire, mais la Grâce de Dieu qui était en lui (cf. 1 Cor. 15,10). C'est pourquoi, sagement averti par les Saintes Ecritures des diverses machinations des démons, il ne se laissait pas endormir dans une trompeuse sécurité; mais, toujours sur ses gardes, il travaillait avec encore plus de soin à réduire son corps en servitude, de peur que, victorieux dans un combat, il ne se trouvât vaincu dans un autre. Ayant désormais affermi sa résolution par une sainte habitude, il n'éprouvait plus de peine à passer souvent la nuit entière en prière, il ne mangeait qu'un peu de pain et de sel, de 2 jours en 2 jours, et se refusait toute consolation humaine. Oubliant le temps déjà passé dans ce genre de vie et sans cesse tendu plus avant (cf. Philippiens 3,14), il considérait chaque jour comme le début de son ascèse et faisait sienne les paroles du Prophète Élie: "Le Seigneur est vivant, et il faut que je paraisse aujourd'hui en sa présence" (1 Rois 18,5).

C'est ainsi qu'il passa à l'offensive et se choisit pour retraite un des anciens sépulcres creusés par les païens. Ne pouvant souffrir cette provocation, Satan vint l'assaillir de nuit avec toute une troupe de démons. Ils l'accablèrent de tant de coups qu'ils le laissèrent à terre, couvert de plaies. Quand l'ami chargé de son ravitaillement le découvrit ainsi à demi-mort, il le transporta en hâte à l'église. Mais aussitôt qu'il eût repris ses sens, Antoine supplia son ami de le transporter de nouveau dans le sépulcre. Incapable de se tenir debout, il priait allongé et défiait audacieusement les démons. Ceux-ci pénétrèrent en foule dans le tombeau, en prenant l'apparence de toutes sortes de bêtes sauvages et de reptiles. Le preux guerrier était assailli de tous côtés, mais il les repoussait en leur criant avec force: "Si vous aviez quelque pouvoir un de vous suffirait pour m'abattre; mais comme le Seigneur vous a enlevé votre force, vous essayez de m'épouvanter par votre nombre. Le signe de votre faiblesse est bien que vous en êtes réduits à prendre la forme d'animaux dépourvus de raison. Si vous avez quelque pouvoir contre moi, allez, ne tardez pas davantage, attaquez! Si vous ne pouvez rien, inutile alors de vous agiter ainsi. Le signe de la Croix et la foi me sont un rempart inexpugnable!" Les démons, impuissants, en étaient réduits à grincer des dents de rage. Finalement le Seigneur Jésus-Christ vint à son secours et mit en fuite ces esprits des ténèbres, en apparaissant du haut du Ciel entouré d'une éclatante lumière. Antoine Lui demanda: "Où étais-Tu, Seigneur? Pourquoi n'as-Tu pas fait cesser plus tôt ce combat?" Le Christ lui répondit: "J'étais là, à tes côtés. Mais Je voulais être spectateur de ton combat. Puisque tu as résisté avec tant de courage, Je serai désormais toujours Ton défenseur et Je rendrai ton nom célèbre par toute la terre".

Antoine, alors âgé de 35 ans, se trouva animé d'un surcroît de ferveur après ces combats et décida de s'enfoncer seul dans le désert. Il parvint sur la rive orientale du Nil, trouva sur la montagne un vieux château abandonné et, après avoir chassé les reptiles qui l'habitaient, il s'y installa dans la plus complète solitude, en interdisant l'entrée à quiconque. Il passa ainsi 20 années dans cette retraite, où, de 6 mois en 6 mois, un ami, venait lui jeter du pain par dessus la muraille. Nombreux étaient cependant ceux qui, attirés par sa réputation, venaient jusque-là. Ils restaient au-dehors, en entendant à l'intérieur un grand tumulte et les voix des démons vociférant contre celui qui était venu habiter leur demeure avec une si grande témérité. Un jour, dans l'excès de leur ferveur, ses admirateurs forcèrent la porte et virent Antoine leur apparaître éclatant, comme au sortir d'un sanctuaire mystique, et l'aspect inchangé après 20 ans, malgré toutes ses macérations.

Il accepta dès lors de recevoir des disciples en nombre sans cesse grandissant. Il fonda 2 monastères: l'un à l'est du Nil, à Pispir, l'autre sur la rive gauche, non loin d'Arsinoé. Le coeur apaisé et l'intelligence inébranlablement fixée en Dieu, Saint Antoine avait le pouvoir de réconcilier les ennemis par sa seule présence, de faire régner autour de lui la charité entre les hommes et de guérir les malades par sa prière. Inspiré par le Saint Esprit, il instruisait ses moines dans la science spirituelle. Il leur recommandait de ne jamais se laisser décourager par les épreuves ou de se relâcher de leur première ferveur, mais au contraire de la faire croître de jour en jour, comme s'ils ne faisaient que commencer, en méditant ces paroles de l'Apôtre: "Je meurs tous les jours" (1 Cor. 15,3). Il disait: "Efforçons-nous de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau: à savoir la charité, la douceur, la justice etc.. La vertu, c'est-à-dire le Royaume des Cieux, n'a besoin que de notre volonté, car elle se trouve en nous-mêmes. Elle ne consiste en rien d'autre, en effet, qu'à conserver la partie spirituelle de notre âme dans la pureté et la beauté dans lesquelles elle a été créée."

"En gardant avec vigilance notre coeur contre la souillure des mauvaises pensées, contre l'excitation des plaisirs et contre l'emportement de la colère, nous pourrons résister aux assauts des démons qui nous entourent et entreprennent tout dans le but d'empêcher les Chrétiens de monter au Ciel et d'occuper les places d'où ils ont été chassés à cause de leur orgueil et de leur révolte. C'est seulement au prix d'une ascèse soutenue et de beaucoup de prière que nous pourrons recevoir du Saint-Esprit le charisme du discernement des esprits, afin de déjouer leurs ruses. Ils nous attaquent d'abord par les mauvaises pensées, puis, si nous les avons repoussés par la Foi, le jeûne et la prière, ils reviennent à l'assaut par des imaginations diverses, dans l'espoir de nous effrayer. Derechef repoussés par la puissance du Christ, ils essaient alors de nous tromper en feignant de prédire les événements à venir, chose dont Dieu seul est capable, mais qu'ils parviennent à imiter grâce à l'agilité de leur nature incorporelle. S'ils nous trouvent encore inébranlables, alors leur prince lui-même, Satan, apparaît dans tout son faste, entouré d'une trompeuse lumière, image du feu qui lui est préparé pour l'éternité, et nous suggère visions, révélations, exploits ascétiques et toutes sortes d'embûches, afin de nous faire tomber dans l'orgueil et l'illusion. Ne vous effrayez pas de toutes ces attaques. Ayant perdu leur puissance depuis l'Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ et ne pouvant demeurer en repos, ils en sont réduits à nous menacer par des paroles, des bruits et de vaines apparitions. S'ils avaient quelque pouvoir, ils n'auraient pas besoin de déployer une telle pompe et auraient depuis longtemps arrêté l'accroissement et le progrès des Chrétiens. C'est Dieu seul que nous devons craindre et, loin d'avoir de l'appréhension, nous ne devons avoir à l'égard des démons que du mépris. Car ils ne redoutent rien plus que le jeûne des moines, leur humilité, leur patience, leur amour pour Dieu et pour leurs frères. S'il vous vient quelque apparition, ne vous laissez pas troubler mais demandez à celui qui se présente: Qui es-tu? et d'où viens-tu? Si cette vision est sainte, elle dissipera aussitôt vos doutes et changera votre crainte en joie, si elle est du diable, celui-ci prendra immédiatement la fuite en voyant votre fermeté. Toutes ces épreuves vous sont en fait profitables. Supprimez la tentation, et personne ne sera sauvé".

Sous l'influence de Saint Antoine, le désert devint une véritable ville, peuplée de quantités de moines qui avaient renoncé au monde pour devenir citoyens de la cité céleste. Tous ces monastères étaient semblables à des temples, où des hommes, unis en une douce harmonie par le but unique qu'ils se proposaient, passaient leur vie à chanter des Psaumes, à méditer les Saintes Ecritures, à jeûner, à prier dans la joie et l'espérance des biens futurs.

En ce temps-là, Maximin ralluma en Égypte le feu de la persécution et faisait couler à flot le sang dans la ville d'Alexandrie (311). Antoine, brûlant du désir d'accéder lui aussi à la perfection du Martyre, se rendit à Alexandrie et s'exposa hardiment au danger pour se mettre au service des confesseurs, les visiter dans leurs prisons et dans les mines, et les exhorter à soutenir jusqu'au bout le bon combat. Malgré son ardent désir de partager leur sort, Dieu le garda pour d'autres combats; il ne fut pas arrêté et retourna dans son monastère, où il continua son Martyre non-sanglant de la conscience, en redoublant ses austérités.

Quoique restant reclus il continuait d'accomplir des miracles et les visiteurs ne cessaient d'affluer. C'est pourquoi il décida de se retirer seul dans un désert plus profond. Il se joignit à une caravane de Sarrasins et parvint à pied jusqu'au mont Colzim (aujourd'hui Mont Saint-Antoine), situé vers la mer Rouge, où il s'installa après avoir été confirmé par une révélation de Dieu. Comme les bêtes sauvages venaient troubler l'eau de la source qui coulait là, le saint les en chassa délicatement au seul son de sa voix. Il cultivait un petit jardin pour sa subsistance et, excepté quelques rares visites de ses disciples, il pouvait s'adonner sans relâche à la contemplation et au combat contre les démons furieux. Au bout de plusieurs années, Antoine, déjà vieux, consentit à retourner visiter ses disciples à Pispir. En chemin, il fit jaillir de l'eau dans le désert pour abreuver ses compagnons de route accablés par la soif. Grande fut la joie à l'arrivée de l'homme-de-Dieu, et tous les moines trouvèrent dans sa visite l'occasion de renouveler leur ardeur dans les combats de la vertu. Une grande foule le suivit lorsqu'il regagna sa montagne: les uns demandaient la guérison des maladies du corps, d'autres venaient pour recevoir réconfort et instruction de l'âme; le saint donnait à tous selon leur besoin, comme Dieu Lui-même. Il ne rompait le silence qu'après avoir reçu une inspiration du Saint-Esprit, et il parlait alors en employant les paroles de la Sainte Ecriture, comme s'il en était lui-même l'auteur. Il pouvait dire avec confiance: "Moi je ne crains plus Dieu, mais je L'aime. Car l'amour parfait chasse la crainte."

C'est pourquoi, dans ses enseignements, il insistait surtout sur la charité fraternelle et la purification du coeur. Il disait encore: "C'est du prochain que dépendent la vie et la mort. En effet, si nous gagnons notre frère, c'est Dieu que nous gagnons, mais si nous sommes pour notre frère occasion de péché, c'est contre le Christ que nous péchons". Père plein de compassion, il savait relâcher en temps opportun l'ascèse de ses disciples par quelque divertissement, et il leur transmettait la leçon, qu'il avait lui-même reçue d'un Ange, d'alterner avec science la prière pure, la psalmodie et le travail manuel afin de lutter contre l'ennui. Il considérait comme siennes les souffrances de ceux qui venaient le trouver et priait pour chacun. Quand Dieu accomplissait par lui une guérison, il rendait grâces, et quand Il la lui refusait, il rendait grâces aussi et exhortait ces malheureux à rester dans l'espérance.

Un jour, pendant sa prière, Saint Antoine fut ravi en esprit et élevé corporellement dans les airs par les Anges qui éloignèrent de lui la horde de démons qui voulaient examiner impudemment sa conduite depuis sa naissance. Son visage dégageait un tel éclat de pureté et tous les mouvements de son corps révélaient si bien l'état impassible de son âme, qu'il répandait autour de lui comme une aura de paix, de joie et de douceur. Sans qu'il ait besoin de se faire connaître, tous ceux qui le voyaient étaient irrésistiblement attirés vers lui. Il pouvait lire dans leur coeur comme à livre ouvert et, tel un habile médecin, il leur donnait toujours le remède approprié. C'est ainsi que toute l'Égypte le tenait pour son père et son médecin, les personnes les plus haut placées venaient jusqu'à son lointain désert pour s'entretenir avec lui ou seulement pour recevoir sa bénédiction, et l'empereur Constantin le Grand lui-même échangea avec l'humble moine une correspondance.

Détaché de tous ces honneurs et l'intelligence sans cesse tournée vers la présence de Dieu en lui, Antoine avait été pourtant instruit par Dieu, comme par surcroît, de toute la science nécessaire à confondre la sagesse de ce monde. Des philosophes païens, enflés d'orgueil par leur prétendue science, vinrent avec mépris rendre visite à cet illettré dont toute l'Égypte parlait. En peu de mots l'homme-de-Dieu confondit leur assurance. Il leur montra comment la sagesse de ce monde a été rendue folle par la folie de la Croix, leur démontra l'insanité de leurs mythes qui abaissent Dieu à la ressemblance d'animaux ou d'objets fabriqués, alors que la doctrine du Christ élève l'homme à la communion avec la Nature divine, et leur fit reconnaître que ce que les Chrétiens connaissent par la Foi et la puissance de l'expérience vécue, eux essayent vainement de l'atteindre par les discours et les raisonnements. Il scella enfin sa victoire en délivrant des possédés par la puissance du Christ et congédia ses visiteurs tout penauds.

Saint Antoine avait un grand respect pour les clercs et les responsables de l'Eglise. Il était certes étranger à toute affaire ecclésiastique, mais il n'en soutenait pas moins vigoureusement la Foi Orthodoxe, gravement en péril en ces temps de troubles. Comme les ariens d'Alexandrie avaient répandu la rumeur selon laquelle l'illustre ermite partageait leur doctrine insensée, le saint n'hésita pas à sortir de sa retraite et à se rendre dans la bruyante capitale pour proclamer clairement, devant toute la population accourue pour parvenir le voir, sa foi en la divinité du Fils et Verbe de Dieu, son adhésion inébranlable à la doctrine du Concile de Nicée et pour affirmer son soutien à Saint Athanase.

Quand il parvint à l'âge de 105 ans, il partit, selon sa coutume, rendre visite aux moines installés dans la montagne plus avancée et leur annonça avec joie que Dieu allait bientôt le rappeler vers sa véritable patrie. Il les exhorta à persévérer tous les jours dans les travaux de l'ascèse, comme si la mort, était toute proche, à imiter l'exemple des Saints, et à préserver avec soin la Tradition des Pères inspirés de Dieu en évitant toute relation avec les hérétiques; puis il se retira dans le désert profond, servi par 2 disciples: Macaire (commémoré le 19 janvier) et Amathe. Au moment de mourir, il leur recommanda de ne pas transporter son corps en Egypte, de peur qu'il ne fût embaumé, conformément aux coutumes païennes encore en vigueur, et leur ordonna de l'enterrer dans un endroit inconnu de tous. Il légua une partie de ses vêtements aux 2 grands confesseurs de l'Orthodoxie: Saint Athanase et Saint Sérapion de Thmuis (commémoré le 21 mars), et sa tunique de poils à ses 2 plus proches disciples, pour que ceux-ci, en portant ces vêtements, soient couverts de sa protection invisible. Puis il étendit les pieds et, le visage comblé de joie, comme si des amis venaient à sa rencontre, il remit paisiblement son âme à Dieu. C'était le 17 janvier 356. La réputation du Père des moines s'étendit aux extrémités de toute la terre et, depuis des siècles, sa biographie, écrite avec amour par saint Athanase d'Alexandrie, offre aux âmes éprises de Dieu un parfait modèle de la voie à suivre pour parvenir à la perfection de la vie Chrétienne.

Le corps de Saint Antoine fut découvert à la suite d'une révélation, en 561, et transféré à Alexandrie. Vers 635, sous la menace de l'invasion arabe, il fut transporté à Constantinople et, vers 1050, selon le témoignage de la tradition occidentale, un seigneur du Dauphiné apporta une partie de ses Reliques en France (Saint-Antoine en Dauphiné), où elles devinrent l'objet d'un célèbre pèlerinage."
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origine :
http://www.stanthonycopts.com/images/St_Anthony_Icon.gif



"Antoine le Grand, père des moines"- Sa vie par saint Athanase traduite par Benoît Lavaud, o.p., et présentée par Adalbert de Vogüé, o.s.b
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Auteur : saint Athanase le Grand, évêque et pape d'Alexandrie


et dans une ancienne traduction du 19ème siècle :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/peres/antoine/viedesaintantoine.htm

Le nouveau monastère en Égypte, sur le site du monastère original

"L'Égypte Monastique", un article en ligne écrit par l'archimandrite Placide Deseille, moine du Mont Athos, higoumène du monastère Saint-Antoine-le-Grand dans le Vercors, auteur de nombreux ouvrages sur l'orthodoxie, le monachisme et la vie spirituelle


Au temps mille fois bénit où l'Occident était Orthodoxe, puisque l'Église y était Catholique et la Foi Orthodoxe (ce qui n'est plus le cas depuis mille ans déjà), saint Antoine était bien entendu aussi de nos célestes amis. Le fait que saint Athanase le Grand soit aussi venu se réfugier chez nous, en Belgique, durant les innombrables exils auxquels il aura été condamné par les hérétiques n'est bien sûr pas étranger à cela. Saint Athanase était grand ami de saint Servais de Tongeren, qui le défendra au Concile de 346 à Cologne, comme le rapportent les textes d'époque encore disponibles. Des amis spirituels auraient-ils pu se cacher un si grand et beau "secret", la Vie de saint Antoine?

Non bien sûr. Mais ce n'est pas tout: plus tard, saint Jean Cassien, après ses longues années de formation en Égypte, lui aussi ramènera de ce bon parfum de l'Évangile élaboré dans ce désert où le Christ Enfant était aussi venu Se réfugier loin de la folie du monde déchu.

On trouvait d'ailleurs encore au 19ème siècle une forte trace liturgique de cette dévotion Orthodoxe dans ce qui était devenu le Grégorien catholique-romain. Ils ont perdu tout ce qui leur restait dans leur tremblement de terre liturgique de 1968....
En attendant, voici la belle page de Dom Prosper Guéranger. Admirez l'homme: malgré sa formation et les idées de ses patrons, il vient aussi regarder ce qui se passe "chez nous" tant côté Byzantin Orthodoxe que Romain Orthodoxe.. et il s'en inspire hardiment..
Comme le dit Khomiakov et toute la Foi de l'Église, nous savons, Orthodoxes, où est l'Église, mais nous savons aussi qu'il est possible que certains en fassent partie ... sans eux-mêmes le savoir.. Dieu seul sait! On regrettera cependant que lisant la vie d'un tel défenseur de l'Orthodoxie, en comprennant l'importance, comme tant d'autres personnes de qualité, Dom Prosper n'aura hélas pas eu ce "déclic" qui lui aurait permit de rentrer complètement dans l'Église et ne pas faire comme tant d'autres, qui restèrent sur le parvis "car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu" (cfr Jn 12,42-43).

JM

Dom Prosper Guéranger, "L'année liturgique", volume 2, propre des Saints :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/noel/noel02/017.htm
XVII JANVIER. SAINT ANTOINE, ABBÉ.
Qu'aujourd'hui, l'Orient et l'Occident s'unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d'irrécusables monuments; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d'un pasteur.

D'abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l'attrait de la perfection lui avaient conquis; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L'âge des Martyrs touche à sa fin; la persécution de Dioclétien sera la dernière; il est temps pour la Providence, qui veille sur l'Eglise, d'inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s'élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s'éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l'Eglise ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.

Car l'exemple d'Antoine inspirera les siècles à venir; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu'il apparut tout à coup dans les rues d'Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n'oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l'Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu'il procurait de tous ses moyens l'avancement de l'oeuvre monastique, qu'il plaçait dans la fidélité des moines l'espoir du salut de l'Eglise, et qu'il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C'est dans cet admirable récit qu'on apprend à connaître Antoine; c'est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Agé de dix-huit ans, déjà héritier d'une fortune considérable, il entend lire à l'église un passage de l'Evangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu'il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L'Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu'Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Egyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l'ont aguerri, son âme s'est fixée en Dieu; et c'est alors qu'il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché , il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l'âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l'Orient. Ils s'attendent aux émotions d'un spectacle, et ils ne voient qu'un homme d'un abord aisé, d'une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d'estime et de respect qu'on lui prodigue; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l'habitation de Dieu.

Il n'est pas jusqu'aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole: "Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé?"
Déconcertés d'un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu'ils ne le croyaient pas tel, mais qu'ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. "A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. " Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d'autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d'un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : "Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s'agit de la connaissance de Dieu, ou à l'action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ?" — "A l'action efficace de la foi, " répondirent-ils. — "Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes; ou si vous ne le pouvez, et que j'y parvienne par l'opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l'impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. " Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux: aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. "N'allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c'est par ma propre vertu que j'ai délivré ces possédés; c'est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n'est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles." On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme; mais l'illustre biographe nous apprend qu'ils se retirèrent remplis d'estime et d'admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n'avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d'Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu'à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d'une réponse. Le saint s'en défendit d'abord; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu'ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu'il était heureux d'apprendre qu'ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d'état de leur pouvoir, qu'ils en vinssent à oublier qu'ils étaient hommes. Il leur recommanda d'être cléments, de rendre une exacte justice, d'assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople: "Les rois de la terre nous ont écrit; mais qu'est-ce que cela doit être pour un chrétien? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c'est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu'il leur a aussi parlé par son propre Fils. "

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d'aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. "Le roc, dit-il, s'élève à la hauteur de mille pas : de sa base s'échappent des eaux dont le sable boit une partie; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d'un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu'agréable à l'oeil. " Une étroite anfractuosité de la roche servait d'abri à l'homme de Dieu contre les injures de l'air.

L'amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d'Antoine qui lui disaient avec attendrissement : "Ici, il chantait les psaumes; là, il s'entretenait avec Dieu dans l'oraison; ici, il se livrait au travail; là, il prenait du repos, lorsqu'il se sentait fatigué; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l'arrosement du jardin." Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu'un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s'arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : "Pourquoi manges-tu ce que tu n'as pas semé?" Ces animaux s'arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu'ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l'avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l'affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

"Mes fils bien-aimés, voici l'heure où, selon le langage de la sainte Ecriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m'appelle, et mon cœur brûle du désir de s'unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n'allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d'années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d'entrer au service de Dieu et d'en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l'amour de Jésus-Christ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N'oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir."

Il leur rappela ensuite l'obligation de n'avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. "Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l'évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu'il m'avait apporté neuf, et que je lui rends usé. " C'était un second manteau que le grand docteur avait donné à Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l'ermite Paul. "Vous donnerez, reprit le saint, l'autre tunique à l'évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. " Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples: "Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés; votre Antoine s'en va, il n'est plus avec vous."

C'est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s'inaugurait dans les déserts de l'Egypte, pour rayonner de là dans l'Eglise entière; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d'une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l'Eglise, toujours forte quand l'élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l'amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu? Que tout l'honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.

Mais il est temps de lire le récit que la sainte Eglise nous fait dans ses Offices de quelques-unes des actions du grand Antoine.

Antoine naquit en Egypte de parents nobles et chrétiens, qu'il perdit dès sa jeunesse. Entrant un jour dans une Eglise, il entendit lire ces paroles de l'Evangile : "Si vous voulez être parfait, allez et vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres. " Il pensa que ces paroles s'adressaient à lui, et crut devoir obéir à la lettre au Christ notre Seigneur. Il vendit donc son bien, et en distribua tout l'argent aux pauvres. Dégagé de cet embarras, il résolut de mener sur la terre une vie céleste. Mais, pour descendre dans une arène si périlleuse, il jugea qu'il devait adjoindre au bouclier de la foi, dont il était armé, le secours des autres vertus, et il se prit d'une telle ardeur pour les acquérir, que tous ceux en qui il en voyait briller quelqu'une, il s'appliquait aussitôt à les imiter.

Nul ne surpassa jamais sa continence et sa vigilance. Il dépassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail et dans l'étude des divines Ecritures. Il avait une telle horreur de l'approche et des discours des hérétiques et des schismatiques, principalement des Ariens, qu'il ne voulait pas même qu'on les abordât. Il couchait à terre, lorsqu'il était contraint de prendre quelque sommeil. Il se portait au jeûne avec tant d'ardeur qu'il ne mangeait que du pain avec du sel, et ne buvait que de l'eau; encore ne prenait-il cette nourriture et ce breuvage qu'après le coucher du soleil; souvent même il s'abstenait de nourriture pendant deux jours, et très souvent il passait la nuit en prières. Antoine, étant devenu ainsi un vaillant soldat de Dieu, fut attaqué de diverses tentations par l'ennemi du genre humain; mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et par la prière. Toutefois, après de nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté; car il connaissait les innombrables artifices que le diable emploie pour nuire.

C'est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l'Egypte, où, avançant tous les jours dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser les démons, dont les assauts étaient d'autant plus violents qu'Antoine se montrait plus fort dans la résistance; jusque-là qu'il leur reprochait leur faiblesse. Souvent, pour animer ses disciples à combattre contre le diable , et pour leur apprendre par quelles armes ils le pourraient vaincre, il leur disait : "Croyez-moi, mes Frères, Satan a redouté les veilles, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde, l'humilité, mais surtout l'ardent amour pour notre Seigneur Jésus-Christ, dont la croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix le terrasse et le met en fuite." Il devint lui-même si formidable aux démons, qu'un grand nombre de possédés en Egypte furent délivrés par la seule invocation du nom d'Antoine. La renommée de sa sainteté était si grande, que Constantin le Grand et ses fils lui écrivirent pour se recommander à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant une infinité d'imitateurs du genre de vie qu'il avait institué, il assembla ses moines , et, après les avoir instruits des règles les plus parfaites de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il alla au ciel, le seize des calendes de février.

Le moyen âge des Eglises d'Occident nous a légué, dans les anciens Missels, plusieurs Proses en l'honneur de saint Antoine. Comme elles sont assez peu remarquables, nous n'en donnerons ici qu'une seule.

SEQUENCE.
Chantons en pieux accords, et, par dévotes louanges, célébrons Antoine.
Exaltons le Saint de Dieu, et honorons en ses Saints l'auteur de toutes choses.
Antoine foule aux pieds la fleur du monde, et ses trésors et ses honneurs, pour obéir à l'Evangile.
Il s'enfuit au désert, pour ne pas courir au hasard, en cette arène de la vie.
Sa vie, à lui, fut admirable : comme ermite, il resplendit de gloire; mais voici que l'ennemi cauteleux
Livre bataille; Antoine subit de rudes et fréquents assauts; mais il n'est point abattu par le choc du diable.
A grands coups il est flagellé, et les démons impitoyables le déchirent horriblement.
Mais la lumière brille au ciel, et dans les nues a résonné l'éclatante voix de Dieu :
"Parce que vaillamment tu as combattu dans la lutte, ton nom sera connu en toute contrée.
Tout l'univers te proclamera; pour repousser les maladies ardentes, partout tu seras invoqué. "
Nous voyons cet oracle accompli, ô Antoine! et le monde entier rempli de ton nom.
Toute gent dévote t'implore et t'offre ses vœux de reconnaissance, pour tes puissants bienfaits.
Tantôt sous la forme d'une femme séduisante, tantôt sous l'apparence d'un or précieux,
Le démon lui tend des pièges. Fourbe, à quoi bon tant d'audace, pour succomber dans la lutte?
Mille fraudes, mille astuces sont vaines; à lui seul, il fait reculer l'enfer frémissant.
Devant ce soldat vétéran, sous sa robuste main, l'ennemi tremble et grince des dents.
Sans cuirasse pour protéger sa poitrine, l'athlète a tenu tête à un pareil champion.
De l'eau pour boisson, la terre pour lit : ce sont là ses armes, et il est vainqueur.
Des herbes pour nourriture, des feuilles de palmier pour vêtement, des bêtes féroces pour compagnons dans sa solitude.
Des prières assidues, un travail sans relâche, un sommeil court ont éteint les feux de la volupté.
Il confond les Ariens et les philosophes profanes; il visite Paul, et ce voyage n'est ni vain ni superflu.
Il le trouve encore vivant, et voit sa sainte âme s'envoler aux cieux, laissant son corps à la terre.
Maintenant, ô Antoine, tu jouis de la gloire dans l'empire de la lumière : laisse émouvoir tes compatissantes entrailles sur nous, courbés sous le poids de la chair.
Et pour nous arracher à la mort de la terrible géhenne, tends-nous la main; défends-nous du feu ardent, et procure-nous la gloire après le trépas.
Amen.

L'Eglise Grecque procède avec enthousiasme à la louange de saint Antoine, dans ses Menées, dont nous avons extrait les strophes suivantes :

XVII DIE JANUARII.
Quand tu t'enfermas, plein de joie, dans un sépulcre, ô Père, pour l'amour du Christ, tu y souffris avec courage les assauts des démons; tu repoussas, par la prière et l'amour, leurs tentations plus faibles qu'une fumée; alors, les Anges applaudirent et crièrent: Gloire à Celui qui te fortifie, Antoine!

Tu parus, ô sage, comme un autre Elie, ayant sous toi des disciples célèbres, nouveaux Elisées; céleste père, enlevé comme sur un char, tu leur laissas ton double esprit; maintenant qu'ils sont ta gloire, tu te souviens, heureux Antoine, de tous ceux qui célèbrent avec amour ta vénérable solennité.

Honorons Antoine, Ange sur la terre, homme de Dieu dans le ciel, ornement du monde, la fleur des hommes vertueux, la gloire des Ascètes; planté dans la maison du Seigneur, il a fleuri dans la justice; et, comme un cèdre au désert, il a multiplié le troupeau des brebis spirituelles du Christ, dans la sainteté et la justice.

O homme illuminé des rayons de l'Esprit, quand le divin amour te consuma et fit envoler ton âme dans la région sublime et désirable de l'amour, tu méprisas la chair et le sang, et devenu étranger au monde, tu fus uni par une ascèse profonde et un doux repos à Celui qui te remplissait; alors tu cherchais les vrais biens, et tu resplendissais comme une étoile pour illuminer nos âmes, ô Antoine!

Toi, qui as brisé les flèches et les traits des démons par l'amour du divin Esprit, et qui as dévoilé à tous leur malice et leurs embûches , tout éclatant d'enseignements divins, de divines illustrations, tu es devenu le très brillant flambeau des Moines, la première gloire du désert, le suprême médecin des âmes malades, l'archétype des vertus, ô Antoine, notre père!

Professant sur la terre la vie ascétique, tu as émoussé, ô Antoine, tous les traits des passions dans le torrent de tes larmes; échelle divine et vénérable qui nous élèves jusqu'aux cieux, tu guéris les infirmités des passions de ceux qui, avec foi, crient vers toi : Etoile dorée de l'Orient, réjouis-toi, lampe et pasteur des Moines; réjouis-toi, homme digne de louanges, disciple du désert, colonne inébranlable de l'Eglise; réjouis-toi, chef illustre et libérateur des âmes errantes; réjouis-toi, ô notre gloire, brillant honneur de l'univers!

Tu es devenu comme une colonne éclatante et appuyée sur les vertus, comme une nuée qui porte l'ombre, toi qui as été préposé à ceux qui, habitant le désert, contemplent Dieu dans les cieux. Tu as divisé la mer des passions par le bois de la croix; tu as rendu facile la voie difficile et ardue qui mène au ciel, et découvert, ô très heureux, l'éternel héritage; toi qui assistes au trône du Christ avec les purs esprits, supplie-le d'accorder à nos âmes une grande miséricorde.

Laissant là les agitations de la vie, portant ta croix sur les épaules, tu t'es confié tout entier au Seigneur, devenu étranger à la chair et au monde, tu as été, ô Père, le familier de l'Esprit-Saint; c'est pourquoi, réveillant le zèle dans les peuples, tu as fait déserter les villes, transféré la cité dans la solitude. Antoine, toi qui portes Dieu, prie le Christ Dieu d'accorder la rémission des péchés à ceux qui célèbrent avec amour ta sainte mémoire.

Nous nous unissons à l'Eglise entière, ô illustre Antoine, pour vous offrir l'hommage de notre vénération, et pour exalter les dons que l'Emmanuel vous a départis. Que votre vie a été sublime, et vos œuvres fécondes! Vous êtes véritablement le Père d'un grand peuple, et l'un des plus puissants auxiliaires de l'Eglise de Dieu. Priez donc pour l'Ordre Monastique, et obtenez qu'il renaisse et se régénère dans la société chrétienne. Priez aussi pour chacun des membres de la grande famille de l'Eglise. Souvent, votre intercession a été utile à nos corps, en éteignant les ardeurs mortelles qui les consumaient; daignez continuer d'exercer ce pouvoir bienfaisant. Mais guérissez surtout nos âmes, trop souvent consumées de flammes plus dangereuses encore. Veillez sur nous dans les tentations que l'ennemi ne cesse de nous susciter; rendez-nous vigilants contre ses attaques, prudents pour prévenir les occasions funestes, fermes dans le combat, humbles dans la victoire. L'ange des ténèbres vous apparaissait sous des formes sensibles; pour nous, trop souvent, il déguise ses coups; que nous ne soyons pas victimes de ses illusions. Que la crainte des jugements de Dieu, que la pensée de l'éternité dominent notre vie tout entière; que la prière soit notre fréquent recours, et la pénitence notre rempart. Enfin et surtout, selon votre conseil, ô Pasteur des âmes, que l'amour de Jésus nous remplisse de plus en plus, de Jésus qui a daigné naître ici-bas pour nous sauver et pour nous mériter les grâces par lesquelles nous triomphons, de Jésus qui a daigné souffrir la tentation afin de nous apprendre comment on y résiste.

Saint Antoine avec son ami saint Paul l'Ermite (15 janvier)