"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 janvier 2007

P. Schmemann – La structure liturgique du Grand Carême

http://www.schmemann.org/byhim/lent.html

Pour comprendre les diverses particularités liturgiques de la période du Grand Carême, nous devons nous souvenir qu'elles expriment et véhiculent pour nous la signification spirituelle du Carême et sont reliées à l'idée centrale du Carême, à sa fonction dans la vie liturgique de l'Église. C'est l'idée de repentance. Cependant, dans l'enseignement de l'Église Orthodoxe, la repentance signifie bien plus qu'une simple énumération de péchés et transgressions auprès d'un prêtre. La confession et l'absolution ne sont que le résultat, le fruit, "l'apogée" de la véritable repentance. Et, avant que ce résultat ne puisse être atteint, devienne vraiment valide et significatif, on doit accomplir un effort spirituel, passer par une longue période de préparation et purification.
Dans l'acception Orthodoxe de ce terme, la repentance signifie une réévaluation profonde, radicale, de toute notre vie, de toutes nos idées, jugements, préoccupations, relations mutuelles, etc. Elle ne s'applique pas seulement à quelques "mauvaises actions", mais à l'entièreté de notre vie, et c'est un jugement Chrétien qui s'y applique, sur ses présupposés de base. A chaque instant de notre vie, mais en particulier durant le Grand Carême, l'Église nous invite à concentrer notre attention sur les valeurs et buts ultimes, à nous mesurer nous-mêmes à l'aune du critère de l'enseignement Chrétien, à contempler notre existence dans sa relation à Dieu. Voilà ce qu'est la repentance, et elle consiste dès lors, avant toute autre chose, en l'acquisition de l'esprit de repentance, c'est-à-dire un état d'esprit particulier, une disposition spéciale de notre conscience et une acuité spirituelle.

Le culte liturgique du Grand Carême est dès lors une école de repentance. Il nous enseigne ce qu'est la repentance, et comment acquérir l'esprit de repentance. Il nous prépare et nous guide vers la régénération spirituelle, sans laquelle "l'absolution" reste vide de sens. En bref, c'est à la fois l'enseignement à propos de la repentance et le chemin de la repentance. Et, puisqu'il ne saurait y avoir de véritable vie Chrétienne sans repentance, sans cette constante "réévaluation" de la vie, le culte liturgique du Carême est une partie essentielle de la tradition liturgique de l'Église. Le négliger, le réduire à quelque obligations et coutumes purement formelles, en déformer les règles de base, cela constitue une déficience majeure dans notre actuelle vie d'Église. Le but de cet article c'est de présenter dans les grandes lignes au moins les structures les plus importantes de la liturgie du Grand Carême, et dès lors aider les Chrétiens Orthodoxes à retrouver une idée plus Orthodoxe du Grand Carême.

(1) Dimanches de Préparation.

Trois semaines avant que ne commence réellement le Grand Carême, nous entrons dans une période de préparation. C'est une caractéristique constante de notre tradition liturgique que chaque événement liturgique majeur – Noël, Pâques, Carême, etc, est annoncé et préparé longtemps à l'avance. Connaissant notre manque de concentration, l'état "matérialiste" de notre vie, l'Église attire notre attention sur l'aspect important de l'événement qui s'approche, nous invite à en méditer les différentes "dimensions"; dès lors, avant que nous ne puissions pratiquer le Grand Carême, on nous en donne la théologie de base.

La préparation de l'avant-Carême comporte les 4 dimanches consécutifs précédent le Grand Carême.

(1) Dimanche du Publicain et du Pharisien.

La veille de ce jour-là, à savoir le samedi lors de l'Office de Vigile, le Triode, livre liturgique de la période de Grand Carême, fait sa première apparition et des textes en sont extraits pour être ajoutés au matériau liturgique usuel de l'Office de la Résurrection. Ils développent le premier thème majeur de la période : celui de l'humilité; la leçon de l'Évangile du jour (Luc 18, 10-14) enseigne que l'humilité est la condition de la repentance. Nul ne saurait acquérir l'esprit de repentance sans rejeter l'attitude du Pharisien. C'est un homme qui est toujours satisfait de lui-même et pense qu'il se conforme à toutes les obligations de la religion. Cependant, il a réduit la religion à des règles purement formelles, et la mesure en fonction de la contribution financière qu'il fait au Temple. Pour lui, la religion est une source d'orgueil et d'auto-satisfaction. Le Publicain est humble, et l'humilité le justifie devant Dieu.

(2) Dimanche du Fils Prodigue.

La lecture de l'Évangile de ce jour-là (Luc 15, 11-32) fournit le second thème du Grand Carême : celui du retour à Dieu. Il ne suffit pas de reconnaître ses péchés et de les confesser. La repentance reste stérile sans le désir et la décision de changer de vie, de revenir à Dieu. La véritable repentance a comme source la beauté spirituelle et la pureté que l'homme avait perdues. "..Je reviendrai dans les larmes vers le Père plein de compassion, reçois-moi comme un de Tes serviteurs." A Matines, ce jour-là, aux Psaumes usuels du Polyeleos "Louez le Nom du Seigneur" (Ps. 134), on rajoute le Psaume 136 "Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis tout en larmes au souvenir de Sion... Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite se paralyse!" Le Chrétien se souvient et sait ce qu'il a perdu : la communion avec Dieu, la paix et la joie de Son Royaume. Il a été Baptisé, introduit dans le Corps du Christ. Dès lors, la repentance est le renouvellement du Baptême, un mouvement d'amour, qui le ramène vers Dieu.

(3) Dimanche du Jugement Dernier. (Dernier jour de viande)

Le samedi précédant ce dimanche (samedi du dernier jour de viande), le Typikon prescrit la commémoration universelle de tous les membres défunts de l'Église. Dans l'Église, nous dépendons tous les uns des autres, appartenons les uns aux autres, sommes unis par l'amour du Christ. C'est pourquoi nul Office dans l'Église pourrait être "privé." Notre repentance ne pourrait être complète sans cet acte d'amour envers tous ceux qui nous ont précédés dans la mort, car qu'est-ce que la repentance, si ce n'est pas aussi retrouver l'esprit d'amour, qui est l'esprit de l'Église. Liturgiquement, cette commémoration comporte les Vêpres le vendredi, les Matines et la Divine Liturgie le samedi.

L'Évangile du dimanche (Mt. 25, 31-45) nous rappelle un troisième thème de la repentance : la préparation au Jugement Dernier. Un Chrétien vit sous le Jugement du Christ. Il nous jugera sur la manière dont nous aurons pris au sérieux Sa présence dans le monde, Son identification avec tout homme, Son don d'amour. "J'étais en prison, J'étais nu..." Toutes nos actions, attitudes, jugements et en particulier nos relations à autrui doivent se référer au Christ, et nous appeler nous-mêmes "Chrétiens", cela signifie que nous acceptons la vie comme un service et un ministère. La parabole du Jugement Dernier nous donne les "critères de référence" pour notre auto-évaluation.

La semaine suivant ce dimanche-là, un jeûne limité est prescrit. Nous devons nous préparer et nous entraîner pour le grand effort du Grand Carême. Le mercredi et le vendredi sont des jours non-liturgiques avec des offices de Carême (cfr infra). Le samedi de cette semaine (Samedi de la fin des laitages), l'Église commémore tous les hommes et femmes qui ont été "illuminés à travers le jeûne", à savoir les saints Ascètes et Pères. Ils sont le modèle que nous devons suivre, nos guides dans "l'art" difficile du jeûne et de la repentance.

(4) Dimanche du Pardon. (Dernier jour des laitages)

C'est le dernier jour avant le Grand Carême. Sa liturgie développe 3 thèmes :
(a) "l'expulsion d'Adam hors du Paradis de Béatitude." L'homme a été créé pour le paradis, c'est-à-dire la communion avec Dieu, pour la vie avec Dieu. Il a perdu cette vie, et son existence sur terre est un exil. Le Christ a ouvert à chacun les portes du Paradis et l'Église nous guide vers notre patrie céleste.
(b) Notre jeûne ne doit pas être hypocrite, on ne doit pas faire les m'as-tu-vu. Nous ne devons pas "le montrer aux hommes mais il doit être connu de notre Père, Qui est dans le secret" (cfr l'Évangile du Dimanche, Mt. 6, 14-21), et
(c) sa condition est que nous nous pardonnions les uns les autres comme Dieu nous a pardonnés – "Si vous pardonnez aux autres leurs offenses, votre Père Céleste vous pardonnera aussi."

Le soir de ce jour, aux Vêpres, le Grand Carême est inauguré par le Grand Prokimenon : "Ne détourne pas Ta face loin de Ton serviteur, car je suis dans l'épreuve; écoute-moi vite. Viens au secours de mon âme et délivre-la." Après l'Office a lieu le rite du pardon, et alors l'Église entame son pèlerinage vers le glorieux jour de Pâques.

(1) Le Grand Canon de saint André de Crète.

Durant les 4 premiers jours du Grand Carême – du lundi au jeudi – le Typikon prescrit la lecture aux Grandes Complies (c'est-à-dire après les Vêpres) du Grand Canon de saint André de Crète, divisé en 4 parties. Ce Canon est entièrement consacré à la repentance et forme, pour ainsi dire, "l'inauguration du Grand Carême." Il est répété dans son entièreté aux Matines du jeudi de la 5ème semaine du Grand Carême.


(2) Jours de semaine du Grand Carême – le Cycle Quotidien.

Le Grand Carême consiste en 6 semaines ou 40 jours. Il commence le lundi après le "Dimanche des laitages" et s'achève le vendredi soir avant le Dimanche des Rameaux (ou Dimanche des Palmes). Le Samedi de la Résurrection de Lazare, le Dimanche des Rameaux et la Semaine Sainte forment un cycle spécial qui n'est pas analysé dans cet article. Les jours de semaine du Grand Carême – du lundi au vendredi – ont une structure liturgique très différente de celle des samedis et dimanches. Nous examinerons ces 2 jours-là dans un paragraphe séparé.

Le cycle quotidien du Carême, bien qu'il soit composé des mêmes Offices, tels que prescrits pour l'année entière (Vêpres, Complies, Minuit, Matines, Heures), comporte cependant certaines particularités importantes:

(a) Il a son propre livre liturgique – le Triodon / Triode. Tout au long de l'année, les éléments variables des offices quotidiens – les tropaires, stichères et canons – sont repris de l'Octoèque (livre de la semaine) et des Menées (livre des mois, donnant les Offices des saints du jour). La règle de base en Grand Carême est que l'Octoèque n'est pas utilisé durant les jours de la semaine mais remplacé par le Triode, qui fournit pour chaque jour :

- aux Vêpres, une série de stichères (3 pour "Seigneur, j'ai crié" et 3 pour l'apostiche) et 2 lectures ou "paramies" tirées de l'Ancien Testament.

- A Matines, 2 groupes de "cathismes" ("Sedalny", brefs hymnes chantés après la lecture du Psautier), un Canon de 3 odes (ou "Triode", ce qui a donné son nom à tout le livre), et 3 stichères pour les "louanges", c'est-à-dire chantées à la fin des Psaumes usuels du matin, 148, 149 et 150

– à l'Heure de Sexte, une "paramie" tirée du Livre du prophète Isaïe.

La commémoration du saint du jour ("Menée") n'est pas omise, mais combinée avec les textes du Triode. Ces derniers sont essentiellement, si pas exclusivement, de contenu pénitentiel. Les stichères "idiornela" ou "samoglasni" de chaque jour sont particulièrement belles et profondes – une à Vêpres et une à Matines. Mais il est triste que si peu du Triode aie été traduit en anglais. [ce qui n'est pas le cas pour le français, où tout est fait; ndt]

(b) L'usage du Psautier est doublé. Normalement, le Psautier est divisé en 20 cathismes qui sont lus une fois chaque semaine : 1 cathisme aux Vêpres et 2 aux Matines. Durant le Grand Carême, c'est double lecture – 1 à Vêpres, 3 à Matines, 1 aux Heures de Tierce, Sexte et None. Bien entendu, ceci est principalement accompli dans les monastères, et cependant il est important de savoir que l'Église considère les Psaumes comme une "nourriture spirituelle" essentielle pour la période du Carême.

(c) Les rubriques du Grand Carême mettent l'accent sur les prosternations. Elles sont prescrites à la fin de chaque Office avec la prière de Carême de saint Ephrem le Syrien "Seigneur et Maître de ma vie", et aussi après chaque tropaire spécifique au Carême lors des Vêpres. Elles expriment l'esprit de repentance comme "brisant" notre orgueil et auto-satisfaction. Elles font aussi prendre part à notre corps à l'effort de prière.

(d) L'esprit du Grand Carême s'exprime aussi à travers la musique liturgique. Les "tons" ou mélodies spéciaux du Carême sont utilisés pour les réponses aux litanies et "Alleluias" qui remplacent à Matines le chant solennel du "Le Seigneur est Dieu et Il nous est apparu."

(e) Une des caractéristiques des Offices du Carême, c'est l'utilisation de l'Ancien Testament, normalement absent du cycle quotidien. Des passages de 3 livres sont lus quotidiennement tout au long du Grand Carême : Genèse et Sagesse aux Vêpres, Isaïe lors de Sexte. La Genèse nous raconte l'histoire de la Création, de la Chute, et des débuts du l'histoire du Salut. Sagesse nous guide vers Dieu et Ses préceptes. Isaïe est le prophète de la rédemption, du Salut, et du Royaume Messianique.

(f) Les vêtements liturgiques à utiliser durant les jours de semaine en Carême sont noirs, violets en théorie.

On retrouve l'ordo pour les offices des jours de semaine du Carême dans le Triode ("Lundi de la première semaine de Carême"). Les règles pour le chant du Canon sont particulièrement importantes. Le Grand Carême est la seule période de l'année liturgique qui a conservé l'usage des neufs odes bibliques, qui formaient le cadre originel du Canon.

(3) Jours Non-liturgiques.

La Liturgie des Dons Présanctifiés.

Les jours de semaine durant le Grand Carême (du lundi au vendredi), la célébration de la Divine Liturgie est strictement défendue. Ce sont des jours non-liturgiques, avec une exception possible – la Fête de l'Annonciation (alors la Liturgie selon Saint Jean Chrysostome est prescrite pour après les Vêpres). La raison de cette règle est que l'Eucharistie est par sa nature même une célébration festive, la commémoration joyeuse de la Résurrection du Christ et Sa présence parmi Ses disciples. Pour une étude plus approfondie de ce point, voyez mon article "Eucharist and Communion" dans le Saint Vladimir’s Quarterly, Vol. 1, No. 2, Avril 1957, pp. 31-33. Mais 2 fois par semaine, les mercredis et vendredis, l'Église prescrit la célébration après les Vêpres, c'est-à-dire le soir, de la Liturgie des Saints Dons Présanctifiés.
Elle consiste en de Grandes Vêpres solennelles et la Communion aux Saints Dons consacrés le dimanche précédent. Ces jours étant des jours de jeûne strict (en théorie : abstinence complète), ils se voient "couronnés" par la participation au Pain de Vie, l'accomplissement ultime de tous nos efforts.

On doit reconnaître la négligence tragique de ces règles dans nombre de paroisses occidentales. La célébration de soi-disantes "liturgies de requiem" lors de jours non-liturgiques constitue une violation flagrante de la tradition universelle de l'Orthodoxie et ne peut être justifiée ni d'un point de vue théologique ni d'un point de vue pastoral. Ce sont des résidus "d'uniatisme" dans notre Église et ils sont en contradiction tant avec la doctrine Orthodoxe de la commémoration des morts que la doctrine Orthodoxe de l'Eucharistie et sa fonction dans l'Église. Tout doit être accompli afin de restaurer les principes liturgiques réels du Grand Carême.

(4) Samedis du Grand Carême.

Les Samedis du Carême sont des jours de commémoration des défunts, à l'exception du premier – dédié à la mémoire du saint martyr Théodore Tyron, et le 5ème, qui est le Samedi de l'Acathiste. Et au lieu de multiplier les "liturgies de requiem privé" les jours où elles sont interdites, il serait bon de restaurer cette pratique d'un jour universel de semaine pour la commémoration de tous les Chrétiens Orthodoxes ayant quitté cette vie, de leur intégration dans l'Eucharistie, qui est toujours offerte "par tous et pour tous."

Le Samedi de l'Acathiste est la commémoration annuelle de la délivrance de Constantinople en 620. L'Acathiste, une magnifique hymne à la Mère de Dieu, est chantée lors des Matines.

(5) Dimanches du Grand Carême.

Chaque Dimanche du Grand Carême, bien qu'il conserve son caractère de fête hebdomadaire de la Résurrection, possède un thème spécifique, le Triode est combiné avec l'Octoèque.

1er Dimanche – "Triomphe de l'Orthodoxie" – commémore la victoire de l'Église sur la dernière grande hérésie, l'Iconoclasme (842).

2ème Dimanche – dédié à la mémoire de saint Grégoire Palamas, un grand théologien Byzantin, canonisé en 1366.

3ème Dimanche – "de la Vénération de la Sainte Croix" – A Matines, la Croix est portée solennellement en procession depuis le sanctuaire et placée au centre de l'église, où elle restera toute la semaine durant. Cette cérémonie annonce
l'approche de la Semaine Sainte et la commémoration de la Passion du Christ. A la fin de chaque Office aura lieu une vénération spéciale de la Croix.

4ème Dimanche – Saint Jean Climaque, un des plus grands ascètes, qui a décrit dans son livre "L'Échelle Sainte" les principes de base de la spiritualité Chrétienne.

5ème Dimanche – sainte Marie l'Égyptienne, un des plus merveilleux exemples de repentance.

Les samedis et dimanches – jours de célébration Eucharistique – les vêtements noirs sont remplacés par ceux de couleurs claires, les mélodies de Carême ne sont pas utilisées, et on omet la prière de saint Ephrem et les prosternations. L'ordo des offices n'est pas de type de Carême, mais cependant le jeûne reste la règle et ne peut être rompu – cfr mon article "Fast and Liturgy," dans Saint Vladimir’s Quarterly, Vol. III, No. 1, hiver 1959). Chaque dimanche soir, les Grandes Vêpres sont prescrites avec un grand prokimenon spécial.

En conclusion de cette brève description de la structure liturgique du Grand Carême, permettez-moi d'insister à nouveau en disant que le culte liturgique du Carême constitue un des plus profonds, des plus beaux et des plus essentiels éléments de notre tradition liturgique Orthodoxe. Sa restauration dans la vie de l'Église, sa compréhension par les Chrétiens Orthodoxes, constitue une des tâches urgentes de notre époque.
"The Russian Orthodox Journal", Mars 1959, pp. 6-8

26 janvier 2007

Épiphanie 4: Synergie, déification, Septuagésime Orthodoxe (EORHF)

Nous avons vécu la période de l'Épiphanie qui était originellement la célébration du Baptême de notre Seigneur et à laquelle fut rajoutée la célébration de la manifestation du Christ aux Païens par le biais de la célébration de l'adoration des Mages. Cette période dépassait à l'origine Noël dans l'esprit de l'Église. Dimanche prochain, nous auront le premier des anciens Dimanches appelés Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, qui sont l'introduction à la grande période pénitentielle du Carême, lui-même une préparation pour Pâques, la plus grande fête de l'année de l'Église. C'est pourquoi ce dimanche, nous devrions regarder en arrière, vers les périodes de Noël et de l'Épiphanie, avant d'aller de l'avant.
Le Carême m'a toujours semblé être l'Hiver de l'année de l'Église, aussitôt suivit du Printemps de Pâques. Si c'est bien cela, alors ces dimanches qui viennent sont l'Automne. Dès lors nous voulons regarder vers l'Été que sont Noël et l'Épiphanie. Nous avons célébré la Nativité du Christ, Sa reconnaissance par les Anges au nom des Cieux, par les bergers au nom du Peuple Élu originel, les Juifs, et par les Mages au nom des Païens qui étaient sur le seuil pour se voir acceptés dans le troupeau. Ensuite il y a la reconnaissance publique par Son Père, auprès de ceux qui avaient l'éveil spirituel leur permettant de savoir qu'Il avait parlé, lors du Baptême du Christ par saint Jean dans le Jourdain. Nous célébré le fait que Dieu a non seulement accompli ce grand acte de Sa Venue dans le monde, cette préparation pour l'acte ultime du Vendredi Saint et du Jour de Pâques, mais que Son acte fut reconnu – quoique pas par la majorité de ceux pour lequel il était originellement prévu. Mais est-ce correct de dire qu'il ne fut pas reconnu par la majorité des concernés? N'est-ce pas en fait tous ceux qui ont permis que le Saint Esprit de Dieu règne dans leurs vies, reconnaissant en fait que c'était le Christ de Dieu, le Fils de Dieu Lui-même, Qui était venu demeurer parmi eux? Nous en faisons partie. Nous faisons partie de ceux qui à cette époque permettent au Saint Esprit de nous guider jusqu'à reconnaître que Jésus de Nazareth est en fait notre Dieu Incarné. Nous ne sommes peut-être pas une majorité en ce monde. Nous ne sommes même pas une majorité même parmi ceux qui s'appellent eux-mêmes Chrétiens. Mais ceux qui non seulement croient la vérité à propos du Christ, mais en plus permettent au Saint Esprit de les guider pour tout d'abord reconnaître la vérité, puis pour prier Dieu pour ce qu'Il attend de nous, et ensuite pour faire ce qu'Il attend de nous, ceux-là sont en fait ceux qui sont les élus de Dieu à qui saint Paul fait si souvent référence. En un certain sens, on peut dire qu'ils s'élisent eux-mêmes, en un certain sens, ils ont été connus de Dieu de toute éternité. Même si quelqu'un choisit de voir la vérité, le fait demeure que ceux qui permettent au Saint Esprit de pleinement régner sont ceux qui sont les plus agréables à Dieu. Le Christ est mort pour nous afin que nous puissions être rendus aptes et capables d'entrer dans la communion avec Dieu. Pour ce faire, Il est venu demeurer parmi nous, en naissant, étant Baptisé et reconnu par Dieu et ceux capables de voir et d'entendre ou voulant être guidés pour voir et entendre. L'effort que le Christ a demandé au peuple n'était pas et n'est toujours pas si grand que ça : juste une volonté d'écouter et d'apprendre, une ambition de devenir ce qu'Il veut que nous soyons, et une volonté ferme de s'en tenir à ce qui nous a été donné. C'est ce dont Il a besoin pour oeuvrer, et le reste nous sera accordé selon nos désirs.

Hiéromoine Michael
abbé du monastère Saint-Petroc
http://www.orthodoxresurgence.co.uk/Petroc/

Orthodoxie, saint prophète Amos, crime d'avortement et marche pour la Vie


http://evlogeite.com/?p=258


Lettre archipastorale du métropolite Nicholas à l'occasion de la Marche pour la Vie 2007.
Aux très révérends protopresbytres, très révérérends et révérends clercs et aux bien-aimés fidèles du diocèse:

Aux jours du Prophète Amos, la vision de la Volonté de Dieu était tournée en ridicule et repoussée. Nul dans la société ne voulait entendre dire que la Loi de Dieu était enfreinte, et que Sa Justice était ignorée. Les pauvres étaient abusés et on profitait d'eux. Le sans puissance et le faible étaient piétinés en faveur de la société matérialiste.

Les prophètes parlaient, mais ils étaient ignorés. "Le lion a rugit, le Seigneur Dieu a parlé", et les prophéties des Commandement de Dieu étaient proclamées. Mais la société continuait son chemin, mangeant et buvant comme d'habitude, "Couchés sur des lits d'ivoire, affalés sur des divans" et "délirant au son de la harpe" (Amos 6,4).

C'est ainsi que cela se passait à l'époque, et il en est encore ainsi de nos jours. L'Église Orthodoxe a proclamé que l'avortement était un péché. Et la société a répondu en autorisant l'infanticide en tant que phase de l'agenda féministe. Elle a répondu en changeant le nom de l'enfant à naître, en faisant un "tissus foetal", afin qu'on puisse plus facilement en disposer. Elle a répondu en faisant de l'avortement une question d'opinion personnelle, et non plus une affaire de bien ou de mal.

C'est Dieu seul Qui est l'origine de toute vie. Il est Celui Qui tient la clé de la vie et de la mort. C'est l'homme, dans son arrogance, qui usurpe l'autorité du Tout-Puissant, qui dans son orgueil, ose délibérer sur la validité des divins décrets de Dieu, qui justifie son péché et apaise les cris de sa conscience en face du sang innocent répandu. Nous avons oublié la nature absolue et intangible de la déclaration de l'Écriture, "Ainsi parle le Seigneur..."

Les bénédictions de l'Amérique [et de l'Europe; ndt] demeurent contingentielles : nous ne conserverons notre liberté et notre confort général uniquement si nous tenons compte de l'appel qu'Amos adressa d'une voix qui se répercute à travers les âges : "Cherchez le Seigneur et vous vivrez!" (Amos 5,6).

Dès lors, je vous exhorte à faire tous les efforts possibles pour soutenir la Journée Nationale pour le Droit à la Vie à Washington DC le lundi 22 mai 2007. Soutenez librement et généreusement les travaux des centres d'aide à la maternité "Crisis Pregnancy Centers" dans votre région. Et soyez confiants, sans le moindre doute, ceci est une vérité simple et brute : l'avortement est un péché, et il ne sait pas être admis ou soutenu dans l'Église Orthodoxe.

Vous assurant de ma supplication archipastorale pour que vienne le jour où l'avortement légalisé prendra fin, avec ma bénédiction,



je reste très sincèrement vôtre dans le Christ,




+ Métropolite Nicholas




Diocèse Carpatho-Russe Américain au sein du Patriarcat de Constantinople

Partout à travers le pays, ce sont des milliers de personnes qui ont participé à la Marche pour la Vie, pas uniquement à Washington DC. L'Église Orthodoxe y était en bon nombre, avec plusieurs de ses principaux hiérarques.
icone sainte Tatiana ou Tania


Article publié par le Diacre James, lundi 22 janvier 2007



Le diacre James est Chrétien Orthodoxe et juriste, habitant dans les montagnes Appalaches, au carrefour de la Caroline du Nord, de la Géorgie et du Tennessee, il officie à la paroisse Sainte Elisabeth.

25 janvier 2007

25/1, fête Orthodoxe des amoureux: Sainte Dwynwen

saint Valentin, enluminure
Missel Romain, vers 1370
Avignon, Bibliothèque municipale, ms 0136, folio 231

Si quelqu'un n'a jamais entendu parler de la "saint Valentin", mot utilisé même par les plus farouches athées dans ce malheureux Occident déchristianisé, c'est qu'il n'habite pas sur cette planète! Quel tapage commercial, quel vil mercantilisme, quelle avalanche d'arguments de boutiquiers pour "donner mauvaise conscience" à qui n'aura pas acheté "le truc qui convient" à sa chérie. Comme si l'amour était matériel, comme si l'amour pouvait s'acheter...

Mais d'où vient cette fête? Et pourquoi peu d'Orthodoxes s'y intéressent vraiment? Disons d'abord que le nom donné est celui d'authentiques saints, de l'époque où Rome était Orthodoxe, et phare de la foi pour le monde. Que ça remonte à loin, tout ça... Et disons que ces saints ont bien sûr leur place sur nos Autels, dans nos prières. Mais, opinion personnelle, peut-être que leur détournement par le commerce rend leur usage "délicat"?

Comment passe-t'on de la mémoire de saints (martyrs) Chrétiens à une "fête" où pour être considéré comme "vraiment amoureux" on "doit absolument" acheter un lecteur mp3 ou un décodeur télé numérique, fabriqués par des esclaves en Chine et vendus par des esclaves dans nos supermarchés? Par le paganisme.
Après le Schisme, puisque "certains" avaient chassé le Christ hors d'ici, les gens de chez nous ont bien sûr comblé le vide spirituel. C'est une constante historique mondiale. A ce que leur racontaient les nouveaux maîtres de nos régions, le Christ était dorénavant remplacé sur terre par un "vicaire", belliqueux gaillard avec lequel ils avaient aussi peu d'affinités que possible, comme l'Histoire nous le montre. Personnage chez qui ils pressentaient bien aussi peu d'affinités avec Dieu que possible, en fait de manière inversement proportionnelle à ses prétentions. A cause de cette théocratie humaine si violente, les divinités païennes ont retrouvé la place qu'elles avaient usurpées dans l'âme des gens - une guerre en cours depuis Adam et Eve. Une place qui avait coûté, au cours du premier millénaire, tant de sang de martyrs pour arriver à la nettoyer. Et c'est ainsi que la "religion naturelle" avait retrouvé "sa" place. "On" a tenté par la suite de redonner un vernis de "christianisme" (sécularisé) à ce fait accompli. Mais il suffit d'ouvrir le moindre magazine en ce mois de février pour voir ce que ce faux-semblant vaut en réalité. Des siècles d'échec total. Nul ne saurait remplacer le Christ, pas même se faire Son représentant. Aussi l'amour se retrouve à présent chez nous sous un bien sulfureux "patronage" commercial, et on s'étonne qu'il va si mal. Et si on revenait aux sources?


icone de sainte Dwynwen, patronne Orthodoxe des amoureux, fete le 25 janvierSainte Dwynwen, prie Dieu pour nous!

Aux grands maux, les grands remèdes : place à une de nos saintes qui s'occupe particulièrement des amoureux, sainte Dwynwen, une belle ascète du Pays de Galles!
Bien Orthodoxe et bien dans notre calendrier liturgique, les raisons de son "patronage" pour les amoureux ne sont pas liées à un culte païen - même si par la suite, même causes et mêmes effets, le paganisme et la superstition s'en mèlèrent, sans cependant, là-bas, grâce à l'éloignement, réussir à supplanter la sainte du Christ dans le coeur des gens. Bon à savoir. Pour les coeurs amoureux ou à marrier, on invoque aussi dans l'Église sainte Xénia de Saint-Petersbourg, sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Barbara, etc.

Merci au hiéromoine Ambrose (ad multos annos, father!), de l'Archangel Michael community (EORHF, Wellington, Nouvelle Zélande) pour m'avoir permis de découvrir il y a 3 ans cette sainte Dwynwenn, si attachante, sainte qui fait partie de notre petit groupe de "célestes bien aimés" depuis lors.

Fête Orthodoxe des amoureux :
http://www.amdg.be/sankt/jan25.html

Apparemment, en Bretagne aussi, on parle encore de cette sainte Dwynwen, sainte patronne des amoureux "qui s'aiment et se moquent des regards obliques des marchands païens et malhonnêtes" :-)
"Hag anavezout a rit Santez Douenwenn maeronez an amourouzien?"
http://site.voila.fr/kalon.plouha/Bmojenn.htm
(tout en bas de page, mais je préviens que ne parlant pas le breton, je ne suis pas sûr de ce qu'on en dit.

ile de Llandwynn, fondation de sainte Dwynwen, patronne Orthodoxe des amoureuxCôte du Pays de Galles, près d'Anglesey : Ile de Llandwyn ("Ile de Dwynwen")

Sainte Dwynwen de Llanddwyn
http://www.orthodox.clara.net/saint-cd.htm

Au départ, "Llan" désignait une clairière, ou une parcelle de terrain consacré, probablement avec une cellule monastique. Par la suite, "Llan" signifia "église", et la partie qui suit dans le nom est habituellement celle du saint à qui l'église a été dédicacée :

Llanfichangel - d'après Mihangel - Michel l'Archange
Llanbedr - d'après Pedr - Pierre

De tels noms de lieux sont devenus fort nombreux, et par la suite, ils ont été rajoutés à certaines circonscriptions territoriales, comme par exemple Llangefni, qui signifie l'église sur la rivière Cefni.

L'île de Llanddwyn, dans le nord du Pays de Galles, est en principe une péninsule coupée occasionnellement de l'île d'Anglesey lors de la marée haute en certaines périodes de l'année. On y accède à pied par les dunes de Newborough Warren ou en suivant la plage de "Llanddwyn beach" qui fait un kilomètre de long. Par temps clair, la chaîne montagneuse de Snowdonia sur la terre ferme est clairement visible à travers le détroit. L'île forme une partie de la réserve National Nature. Les fleurs sauvages, les oiseaux de mer et les phoques y vivent alentour. On trouve de rares et antiques races de moutons, les Soay et les Jacob, qui paissent dans un enclos.

Le vieux phare date de 1926, et une station de sauvetage maritime y existait aussi, mais à présent sont tous 2 abandonnés. Les maisons des pilotes s'y trouvent encore, et une a été reconstituée pour montrer comment on y vivait en 1900. Un autre "cottage" comporte une exposition sur la vie sauvage que l'on trouve sur l'île, et cette exposition comporte aussi une partie sur "Dwyn la Pure."

Sainte Dwynwen était une des jolies 24 filles de Brychan, un prince du 5ème siècle, et sa chapelle devint un lieu de pèlerinage populaire après sa mort, en 465. On peut encore voir les ruines d'une église de l'époque Tudor qui a été construite sur l'emplacement du prieuré original. La croix celtique sur l'île, d'époque moderne, commémore tous ceux qui sont enterrés dans les environs. La croix latine est dédicacée à sainte Dwynwen, qui y a fondé un couvent.

Dwynwen est la sainte patronne galloise des amoureux. Les amoureux à la tête dans les étoiles venaient chercher à découvrir leur avenir en regardant le mouvement d'une anguille dans la source d'eau courante de l'île. Diwrnod Santes Dwynwen – Jour de la Sainte Dwynwen, le 25 janvier, est bien ancré dans la tradition et le folklore gallois. Chaque année, des festivités marquent ce jour au Pays de Galles.

C'est un lieu de pèlerinage pour moi, depuis près de 50 ans; un lieu très spécial de paix et de prière. Il n'est pas accessible en voiture (à moins que vous ne soyez le propriétaire d'une 4x4) et dès lors, il continue de rester complètement préservé. Vous n'y trouverez ni toilette ni café. On peut se balader sur les chemins de falaise, visiter la source de sainte Dwynwen au nord de l'île, ou se reposer sur une des nombreuses plages de sable au milieu de promontoires rocheux, observant les phoques, et écoutant aux chants de la nature. Je rend grâce à Dieu pour de tels endroits que l'on peut trouver loin de la vie bruyante et trépidante de cette époque automatisée.

Prêtre Gregory, patriarcat Grec-Orthodoxe d'Antioche, doyenné de Grande-Bretagne

ile de Llandwynn, fondation de sainte Dwynwen, patronne Orthodoxe des amoureuxIle de Llandwyn

P. Schmemann : Une Introduction au Grand Carême

groups.google.be/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/a6f66b8d5079408ccaravelle portant la croix sur sa voileExtraits du livre "Le Grand Carême", du p. Alexander Schmemann
[traduction de l'anglais; ndt]

Quand un homme part pour un voyage, il doit savoir où il va. Ainsi en est-il avec le Grand Carême. Par dessus tout, le Grand Carême est un voyage spirituel, et sa destination, c'est Pâque, "la Fête des fêtes"." C'est la préparation pour "l'accomplissement de Pâque, la véritable Révélation." Nous devons dès lors commencer en tenant de comprendre cette relation entre le Grand Carême et Pâques, car elle nous révèle à propos de notre foi et vie Chrétienne quelque chose de tout à fait essentiel, de tout à fait crucial.

Est-il nécessaire d'expliquer que Pâques est bien plus qu'une des fêtes, bien plus qu'une commémoration annuelle d'un événement du passé? Quiconque a déjà, ne fut-ce qu'une fois, participé à cette nuit qui est "plus radieuse que le jour", qui a déjà goûté à cette joie unique, le sait. [..] A Pâques, nous célébrons la Résurrection du Christ comme quelque chose qui a eu lieu et nous advient encore. Car chacun d'entre nous a reçu le don de cette nouvelle vie et le pouvoir de l'accepter et d'en vivre. C'est un don qui transforme radicalement notre attitude envers tout en ce monde, y compris la mort. Il nous met en état d'être capables d'affirmer avec joie "La mort n'est plus!" Oh certes, la mort est encore là, c'est sûr, et nous lui faisons face, et un jour elle viendra et nous emportera. Mais c'est notre foi pleine et entière que par Sa propre mort, le Christ a changé la nature même de la mort, en faisant un passage, une "Pâques", entrée dans le Royaume de Dieu, transformant la tragédie des tragédies en une victoire ultime. [...]

Telle est la foi de l'Église, affirmée et rendue évidente par ses innombrables saints. Cependant, est-ce que notre expérience quotidienne n'est pas que cette foi est très rarement nôtre, que sans cesse nous perdons et trahissons cette "nouvelle vie" que nous avons reçue en don, et qu'en fait nous vivons comme si le Christ n'était pas relevé d'entre les morts, comme si cet événement unique n'avait pas la moindre signification pour nous? [..] Nous oublions cela tout simplement, si affairés que nous sommes, si plongés dans nos préoccupations quotidiennes – et parce que nous oublions, nous échouons. Et à travers cet oubli, cet échec, et le péché, notre vie redevient "vieille" à nouveau – mesquine, sombre, et pour finir sans signification – un voyage vide de sens vers une fin absurde. [...] Nous pouvons de temps à autre reconnaître et confesser nos divers "péchés", et cependant, nous cessons de rapporter notre vie à cette nouvelle vie que le Christ nous a révélée et donnée. En effet, nous vivons comme s'Il n'était jamais venu. C'est le seul véritable péché, le péché de tous les péchés, la tristesse sans fond et la tragédie de notre christianisme nominal.

Si nous réalisons ceci, alors nous pourrons comprendre ce qu'est Pâques, et pourquoi cela requiers et présuppose le Grand Carême. Car alors nous pourrons comprendre que les traditions liturgiques de l'Église, tous ses cycles et offices, existent en tout premier lieu afin de nous aider à retrouver la vision et le goût de cette nouvelle vie, que nous avons si facilement perdue et trahie, afin que nous puissions nous repentir et y revenir. [..] Et cependant, la "vieille" vie, celle de péché et d'insignifiance, n'est pas facilement vaincue et changée. L'Évangile attend et requiers un effort de la part de l'homme, ce que dans son état présent il est virtuellement incapable de faire. [..] C'est ici que vient le Grand Carême. C'est l'aide qui nous est envoyée par l'Église, l'école de repentance qui seule rendra possible d'accueillir Pâques non pas comme une simple permission de manger, boire et se détendre, mais en effet comme la fin de ce qui est "vieux" en nous, comme notre entrée dans ce qui est "nouveau." [..] Car chaque année, le Grand Carême et Pâques sont, à nouveau, la redécouverte et la récupération par nous de ce que nous avons été fait à travers notre propre mort et résurrection baptismale.
Un voyage, un pèlerinage! Et cependant, alors que nous l'entamons, alors que nous avons fait le premier pas dans la "radieuse tristesse" du Grand Carême, nous voyons – loin, très loin – la destination. C'est la joie de Pâques, c'est l'entrée dans la gloire du Royaume. Et c'est cette vision, l'avant-goût de Pâques, qui rend radieuse la tristesse du Carême et transforme notre effort de carême en un "printemps spirituel." La nuit peut bien être noire et longue, mais tout au long du chemin, une aube mystérieuse et lumineuse semble briller à l'horizon.
"Ne nous prive pas de notre espoir, O Ami de l'homme!"
Gloire à Dieu!
*-*-*-*-*

Voir d'autres extraits du livre du p. Alexander Schmemann :
http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/schmemann-grandcareme.htm

24 janvier 2007

P. Alexander Men - La Conversion de Zacchée (Luc 19,1-10)

home.earthlink.net/~amenpage/gospels.htm#Conversion%20of%20Zacchaeussaint Brendan le Navigateur abordant l'ile des diables, enluminure, Vie des saints, France, 14eme siecleAu Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit!
Un jour, il y a bien longtemps de cela, un navire toucha terre sur une île éloignée de tout, où nul homme civilisé n'avait jamais mis les pieds. Les marins trouvèrent une tribu de sauvages y vivant, et avec qui ils furent forcés de vivre. Le navire avait à être réparé, et ainsi ils ont eu à partager leur vie avec un peuple qui ne connaissait ni métal ni outils, qui adorait des divinités païennes et qui vivaient dans des forêts. Sur le navire, il y avait un prêtre qui voulait connaître le genre de religion que ces gens suivaient. Il observa ce peuple sauvage et ignorant. Après avoir apprit un peu de leur langue, il remarqua que bien souvent, ils mentionnaient un certain nom. Il demanda : "qui est-ce?" Les sauvages le regardèrent avec étonnement et répondirent : "Comment ça? Vous ne le savez vraiment pas? C'est Celui Qui a tout créé, la mer, le ciel et la terre, tout." Alors le prêtre réalisa qu'il se trompait, en dédaignant ce peuple. Dans leurs coeurs, leurs coeurs sauvages, vivait une compréhension de Dieu.
De nos jours, nous savons qu'un grand pourcentage d'êtres humains, dans toutes les parties du monde, d'une manière ou d'une autre, connaissent et croient en Dieu. Leur compréhension peut être confuse, peut-être même encore plus vague que les sauvages précités. Cependant, ils savent qu'il y a quelque chose au-dessus de nous, que quelqu'un dirige le monde. Parfois ils appellent ça le sort, mais malgré tout, ils croient qu'il y a une sorte de signification à l'univers. La croyance en Dieu est une croyance commune présente dans toute la race humaine.
Mais vous et moi différons du restant de l'humanité en ce que nous ne croyons pas simplement en Dieu. Nous croyons en Dieu en tant que Sauveur en Jésus-Christ, Qui nous a été révélé, Qui
est venu dans le monde et a pris sur Lui-même le fardeau de notre faute, nos imperfections, nos péchés. C'est le Dieu éternel, Qui devint notre Sauveur, avec Qui nous sommes à même de converser, comme nous conversons avec nos amis et nos bien-aimés, et à Qui nous pouvons faire appel, comme nous pourrions appeler notre mère ou père. C'est Jésus-Christ de Nazareth Qui a été crucifié pour nous. C'est pourquoi nous ne sommes pas simplement appelés croyants, mais Chrétiens, parce que nous savons que le Salut est en Christ.

Parfois nous oublions cela, et aujourd'hui, je voudrais vous le rappeler. Regardez vers le Seigneur, crucifié devant vous; voyez Ses bras étendus, tournés vers vous. Son sang – c'est Son amour pour chacun, pour tous. "Je suis venu," dit-il, "non pas pour que vous mourriez, mais pour que vous receviez la vie éternelle."
Comment voyons-nous le Seigneur? Aujourd'hui nous avons écouté le récit du percepteur d'impôts, Zachée.
Il vivait dans la ville de Jéricho, lorsque le Seigneur prêchait sur terre. Il apprit que le Seigneur venait, et voulu au moins L'apercevoir. Il était de petite taille, mais il voulait tellement voir le Christ Sauveur qu'il ne se soucia pas de l'opinion des autres, et grimpa dans un arbre pour Le voir. Le Seigneur pressenti son désir, et regardant dans l'arbre, il vit un homme qui s'y trouvait, un percepteur d'impôts. Le Seigneur lui dit : "Zachée, descend vite, car aujourd'hui Je dois demeurer chez toi." N'en croyant pas sa chance, cet homme descendit de l'arbre, et accueillit le Seigneur en sa maison ce soir-là. Nombre de gens murmuraient : "pourquoi avait-Il choisit la maison d'un homme si indigne?" Il avait choisit Zachée parce que ce dernier avec désiré Le voir.
Chacun d'entre nous, s'il ne veut pas n'être qu'un tiède croyant, mais un véritable Chrétien, alors il doit aimer le Christ Sauveur. Nous devons toujours Le chercher de tout notre être, de toute notre foi, et L'atteindre avec tout notre amour. Sa Parole est dans l'Évangile, Son Esprit est dans l'Église, Il est présent, ici et maintenant, dans les Sacrements. Car Il nous a dit "Je serai avec vous," et Il est ici avec nous, peu importe le genre de personne que vous êtes – faible, vide, impuissante – Il est avec nous.
Tous nous sommes comme Zachée : il était de petite taille, dans le sens physique, et nous sommes petits dans le sens spirituel. Nous sommes paresseux, indifférents, approchant la prière comme si nous étions sous la menace d'un fouet et ouvrant la parole de Dieu et rêvassant face à ses pages. Nous sommes petits, vivons de manière insignifiante, pensons et ressentons à un niveau très bas. Comment pourrions-nous jamais voir le Seigneur? Comme Zachée, nous avons besoin de ne plus penser à l'opinion des autres, et grimper pour voir le Seigneur.
pere alexander men, martyr orthodoxeLevez-vous et faites tout votre possible, de sorte que de tels grands moments surviennent dans votre vie, et alors vous verrez la face radieuse du Christ Sauveur. Lui seul, le Christ Sauveur, est à même de nous donner dès maintenant la vie éternelle. Il est Celui Qui dira "Aujourd'hui, Je serai avec toi." Alors vous sentirez ce que cela signifie lorsque le Christ Seigneur vient dans votre coeur. Alors tout est résolu, les questions et les doutes s'évanouissent, toute tristesse disparaît, parce que le Seigneur est avec vous et vous êtes en Ses mains. Il est dans votre coeur et vous êtes avec Lui. Qu'il est important pour nous d'essayer et de voir le Seigneur. Celui qui veut devenir un véritable Chrétien doit devenir comme Zachée, qui bien que de petite taille, grimpa pour voir le Seigneur. Amen.
crucifixion glorieuse et paisible, art roman, icone

P. Thomas Hopko : La préparation au Grand Carême

http://www.oca.org/OCchapter.asp?SID=2&ID=65La période pascale de l'Église est précédée par la période du Grand Carême, qui est elle-même précédée de sa propre préparation liturgique. Le premier signe de l'approche du Grand Carême arrive 5 dimanches avant son début. Ce dimanche, la lecture de l'Évangile est celle concernant Zachée, le percepteur d'impôts. Elle nous rapporte comment le Christ est venu apporter le Salut à l'homme pécheur et comment la vie de ce dernier a grandement changé simplement parce qu'il "a cherché à voir qui Jésus était" (Luc 19,3). Le désir et l'effort pour voir Jésus inaugure tout le cheminement qui mène du Carême à Pâques. C'est le premier mouvement vers le Salut.

Le dimanche qui suit est celui du Publicain et du Pharisien. L'accent est mit sur ces 2 hommes qui allaient au Temple pour y prier – un pharisien qui était fort bien de sa personne, appliquant sa religion selon les règles, et l'autre, un publicain, qui était vraiment un pécheur, un percepteur d'impôts malhonnête, escroquant le peuple. Le premier, bien que se comportant effectivement de manière juste, s'en vanta devant Dieu et fut condamné, nous dit le Christ. Le second, bien que carrément pécheur, implora pour la miséricorde, la reçut et fut justifié par Dieu (Luc 18,9). La méditation ici c'est que ce n'est jamais par la piété seule du pharisien ni par la repentance seule du publicain que nous pouvons être sauvés. Nous sommes appelés à nous voir nous-mêmes tels que nous sommes réellement à la lumière de l'enseignement du Christ, et à implorer pour la miséricorde.

Le dimanche suivant pour la préparation au Grand Carême, c'est le dimanche du Fils Prodigue. En écoutant la parabole du Christ à propos du pardon plein d'amour de Dieu, nous sommes appelés à revenir en nous-mêmes comme le fit le fils prodigue, et nous voir nous-mêmes comme étant "dans un pays lointain", loins de la maison du Père, et à entamer ce mouvement de retour vers Dieu. Le Maître nous donne toute assurance que le Père nous recevra avec joie et allégresse. Nous devons seulement "nous lever et y aller", confessant notre séparation pécheresse que nous nous sommes nous-mêmes infligés, nous coupant de cette "maison" à laquelle nous appartenons en vérité (Luc 15,11-24).

Le dimanche d'après est appelé Dimanche du Jugement Dernier, et c'est officiellement le dernier jour avant Pâques où nous pouvons éventuellement manger de la viande. Il commémore la parabole du Christ à propos du Jugement Dernier (Mat. 25,31-46). Nous nous voyons remémorer ce jour qu'il n'est pas suffisant pour
nous de voir Jésus, de nous voir tels que nous sommes, et de revenir à Dieu en tant que Ses fils prodigues. Nous devons aussi être Ses fils en suivant le Christ, Son Unique Fils divin, et en voyant Christ en tout homme, et en servant Christ à travers tout homme. Notre Salut et notre jugement final dépendront de nos actions, pas simplement de nos intentions ou même des miséricordes de Dieu, en l'absence de notre propre coopération et obéissance personnelle.

"...Car J'ai eu faim, et vous M'avez donné à manger; J'ai eu soif, et vous M'avez donné à boire; J'étais sans asile, et vous M'avez accueilli; mal vêtu, et vous M'avez couvert; malade, et vous M'avez visité; J'étais en prison, et vous êtes venus à Moi.... Oui, Je vous le déclare, toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de Mes petits frères que voici, c'est à Moi-même que vous l'avez fait" (Mt 25,35-40).

Nous ne sommes pas simplement sauvé par la prière et le jeûne, pas uniquement par des "exercices religieux." Nous sommes sauvés en servant le Christ à travers Son peuple, ce qui est le but vers lequel, finalement, toute piété et prière tendent.

Pour finir, à la veille du Grand Carême, le jour appelé Dimanche de l'Exil d'Adam, Dernier jour des laitages, et Dimanche du Pardon, nous chantons l'exil d'Adam loin du Paradis. Nous nous identifions nous-mêmes avec Adam, nous lamentant sur notre perte de la beauté, de la dignité et du plaisir de notre création originelle, pleurant notre corruption dans le péché. Nous entendons aussi en ce jour l'enseignement du Seigneur à propos du jeûne et du pardon, et nous entrons dans la période du jeûne en nous pardonnant mutuellement, afin que Dieu puisse nous pardonner.

"Car si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, de même votre Père céleste ne vous pardonnera pas les vôtres" (cfr Mt 6,14-18).
Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"

23 janvier 2007

Lecture spirituello-philosophique de Genèse 4-5: Caïn, Abel et Enoch


Genèse 4: "Adam connut Ève, sa femme. Elle conçut et donna le jour à Caïn. 'J'ai acquis, dit-elle, un homme, avec l'aide du Seigneur.' Elle mit ensuite au monde Abel, frère de Caïn. Abel devint berger, et Caïn cultivateur. Au bout d'un certain temps, Caïn présenta des fruits de la terre en offrande au Seigneur. Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. Le Seigneur eut égard à Abel et à son offrande, mais ne regarda pas Caïn et la sienne. Caïn en fut très irrité, et son visage était tout défait. 'Pourquoi, lui dit le Seigneur, es-tu fâché, et ton visage est-il défait? Si tu fais le bien, tu pourras te relever. Si tu agis mal, le péché est posté à ta porte et te guette; mais toi, domine-le.' Caïn dit alors à Abel, son frère: 'Allons aux champs.' Dès qu'ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur lui et le tua. Le Seigneur dit à Caïn: 'Où est Abel, ton frère?' - 'Je n'en sais rien, répondit Caïn; suis-je le gardien de mon frère?' - 'Qu'as-tu fait! reprit le Seigneur. La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à Moi. Désormais tu seras maudit par la terre, qui a ouvert la bouche pour boire de ta main le sang de ton frère. Quand tu la cultiveras, elle ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre.' Caïn dit au Seigneur: 'Mon châtiment est trop grand pour être supporté. Tu me chasses aujourd'hui de ce pays, et je dois me cacher loin de ta face, devenir errant et vagabond sur la terre. Le premier venu me tuera.' - 'Non, répondit le Seigneur; celui qui tuera Caïn en sera châtié 7 fois.' Et le Seigneur le marqua d'un signe, afin que quiconque le rencontrerait ne le tuât point. Caïn se retira de la présence du Seigneur, et s'en fut habiter au pays de Nod, à l'orient d'Éden.
Caïn connut sa femme. Elle conçut et donna le jour à Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, à laquelle il donna le nom de son fils Hénoc. D'Hénoc naquit Irad, qui engendra Maviaël; Maviaël engendra Mathusaël, Mathusaël engendra Lamec. Lamec prit 2 femmes, dont l'une s'appelait Ada, et l'autre Sella. Ada mit au monde Jabel, qui a été le père de ceux qui habitent sous la tente, parmi les troupeaux. Le nom de son frère était Jubal, qui fut le père de tous ceux qui jouent de la harpe et du chalumeau. Sella, de son côté, mit au monde Tubal-Caïn, le père de tous ceux qui forgent le cuivre et le fer. La soeur de Tubal-Caïn était Noéma. Lamec dit à ses femmes: 'Ada et Sella, écoutez ma voix; femmes de Lamec, écoutez ma parole. J'ai tué un homme pour une blessure, et un enfant pour une meurtrissure. Si Caïn doit être vengé 7 fois, Lamec le sera 77 fois.'
Adam connut encore sa femme, qui eut un fils auquel elle donna le nom de Seth, 'car, dit-elle, Dieu m'a accordé une postérité pour remplacer Abel, que Caïn a tué.' Seth eut aussi un fils, qu'il appela Énos. C'est alors que l'on commença d'invoquer le nom du Seigneur."

Ce chapitre ne nous explique pas pourquoi Dieu agréait le sacrifice d'Abel, tout en rejetant celui de Caïn. La réponse à cette question doit être cherchée en Hébreux 11,4 : "C'est à cause de sa foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice bien supérieur à celui de Caïn, et mérita d'être appelé juste , puisque Dieu accepta ses offrandes." Nous observons aussi que c'est la première des nombreuses occurrences bibliques où Dieu choisit le plus jeune fils de préférence au plus âgé (Isaac contre Ismaël, Jacob contre Esaü, Joseph et David contre leurs frères plus âgés, etc).

Au verset 7, le Seigneur décrit à Caïn le mal comme "posté à ta porte et te guette". La tentation est représentée comme un homme aux aguets, à l'affût, et Caïn est exhorté à faire preuve de vigilance, sans quoi il se fera avoir. Le participe en hébreux pour "posté", "robesh", serait mieux traduit par "tapit." Il est relié au nom d'une divinité de la littérature assyro-babylonienne appelée "Rabishu", qui est décrite comme tapie le long de la route, projetant d'agresser le voyageur. Caïn est mis en garde, il ne doit pas jouer avec; c'est dangereux. Après tout, la mère de Caïn avait commis la grosse erreur de dialoguer avec le serpent. Car Satan gagne invariablement contre ceux qui discutent les choses avec lui. Ou, comme nous le lisons en Siracide (Ecclésiastique) 21,2 "Comme on fuit un serpent, fuis le péché; si tu t'en approches, il te saisira."

Néanmoins, Caïn ne prête pas attention à l'avertissement et s'en va tuer son frère (versets 8 à 10). Le premier péché mène au second. L'aliénation originale au chapitre 3 devient le meurtre au chapitre 4. La jalousie et la violence sont les propres résultats de ce premier acte d'infidélité. Caïn, le premier être humain conçu de parents humains est aussi le premier meurtrier. Ce meurtre ne fut pas commis sous l'emprise de la passion. Par sa réponse à Dieu au verset 9, Caïn montrait qu'il avait fermé son coeur à Dieu. Son manque de respect pour Dieu fut le fondement sur lequel le meurtre fut basé. Il n'aurait pas pu tuer avant de s'être isolé lui-même de Dieu. De plus, par ce meurtre, Caïn s'aliénait lui-même de la terre sur laquelle il marchait (versets 11-12). Il avait commencé comme fermier, mais à présent il était devenu étranger au sol. Par son péché, il a assumé l'impossible tâche de devenir un éleveur nomade. La raison fondatrice de l'aliénation de Caïn de la terre et des autres humains se trouve dans son aliénation de Dieu (verset 16).

A ce point, un nouvel élément entre en scène, la vengeance. Caïn a peur des représailles qui pourraient s'abattre sur sa tête du fait de son meurtre d'Abel (verset 14). La violence engendre la violence. La réponse de Dieu à Caïn au verset 15 rassure Caïn lui-même, mais elle étend encore plus loin le domaine de la violence. Si Caïn est tué, la vengeance sera multipliée par 7!

Ici survient la construction de la première ville (verset 17), et il est manifestement ironique que ce premier grand effort pour exercer la coopération sociale a été inauguré par un meurtrier! Ce qui est rapporté des vêtements semble aussi vrai de ce que nous pourrions appeler "la vie urbaine." Au commencement, Dieu n'avait pas placé l'homme dans une ville mais dans un jardin. La ville est l'idée de l'homme déchu. La première ville a été fondée par le premier meurtrier. En effet, la première ville a été fondée par le premier fratricide, un fait qui devient le plus ironique des archétypes. Cette ironie n'est certainement pas passée inaperçue à saint Augustin d'Hippone, qui commenta longuement cette farce manifeste voulant qu'une aussi grande entreprise de coopération fraternelle soit entamée par un homme qui avait tué son frère. Dans son long ouvrage "La Cité de Dieu", le saint évêque comparait la fondation par Caïn de la ville d'Enoch avec la fondation de la ville de Rome par Romulus, qui avait tué Remus, son propre frère. C'est dire que les efforts de l'homme sont construits avec les éléments de leur propre détérioration. Les efforts de l'homme ne parviennent qu'à cacher temporairement la détresse de l'homme. Le coeur de tout mal est dans l'aliénation de Dieu, d'où une société fondée sur cette aliénation a d'ores et déjà bu le poison. Elle va sûrement mourir.

Il est extrêmement curieux que les descendants de Caïn se mettent, entre autres choses, à construire des instruments de musique. C'est un autre exemple d'une forme culturelle conçue dans le mal, mais que Dieu prend un soin particulier à sauver. Ce que nous avons dit à propos des vêtements et de la vie urbaine s'applique aussi aux instruments de musique. A l'origine créés par un descendant de Caïn, au départ, ils ne semblaient pas très prometteurs. De plus, il y a souvent eu quelque chose d'un peu problématique avec une telle musique, sur le plan moral. Quand le roi Nabuchodonosor utilisait "le son de la corne, de la flûte, harpe, lyre et psalterion, en symphonie avec toutes sortes de musiques," pour ses buts idolâtriques, ce n'était pas la dernière fois que la musique instrumentale servait à détourner les hommes de l'adoration du vrai Dieu. Cependant, Dieu avait relativement tôt désigné les instruments de musique comme appropriés pour Son propre culte dans le tabernacle et dans le Temple. Et à nouveau, dans le livre final de la Bible, nous voyons qu'au Ciel résonne des sons de la trompette et de la harpe. De plus, ironie supplémentaire, la musique instrumentale est si exclusivement réservée aux saints au Ciel que les damnés en enfer sont à jamais privés d'une telle musique! Les descendants pécheurs de Caïn, ces inventeurs mêmes de la harpe et de la flûte, ne les entendront plus jamais, dans la mesure où "on n'entendra plus chez toi les sonorités des citharèdes et des chanteurs, des joueurs de flûte et de trompette" (Apocalypse 18,22). Ces choses-là sont à présent réservées pour les bienheureux.
Noé, Élie et Enoch

Genèse 5: "Voici la liste de la descendance d'Adam. Lorsque Dieu créa l'homme, il le fit à la ressemblance de Dieu. Homme et femme il les créa, et il les bénit. Il leur donna le nom d'homme au jour de leur création. Adam vécut 130 ans; il engendra un fils à sa ressemblance, à son image, et lui donna le nom de Seth. Après la naissance de Seth, Adam vécut 800 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie d'Adam fut de 930 ans; puis il mourut. Seth vécut 105 ans, puis il engendra Énos. Après la naissance d'Énos, il vécut encore 807 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Seth fut de 912 ans; puis il mourut. Énos vécut 90 ans, puis il engendra Caïnan. Après la naissance de Caïnan, Énos vécut encore 815 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie d'Énos fut de 905 ans; puis il mourut. Caïnan vécut 70 ans, puis il engendra Malaléel. Après la naissance de Malaléel, Caïnan vécut encore 840 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Caïnan fut de 910 ans; puis il mourut. Malaléel vécut 65 ans, puis il engendra Jared. Après la naissance de Jared, Malaléel vécut encore 830 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Malaléel fut de 895 ans; puis il mourut. Jared vécut 162 ans, puis il engendra Hénoc. Après la naissance d'Hénoc, Jared vécut encore 800 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Jared fut de 962 ans; puis il mourut. Hénoc vécut 65 ans, puis il engendra Mathusalem. Après la naissance de Mathusalem, Hénoc marcha avec Dieu durant 300 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie d'Hénoc fut de 365 ans. Hénoc marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l'avait enlevé.
Mathusalem vécut 187 ans, puis il engendra Lamec. Après la naissance de Lamec, Mathusalem vécut encore 782 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Mathusalem fut de 969 ans; puis il mourut. Lamec vécut 182 ans, puis il engendra un fils, à qui il donna le nom de Noé, en disant: 'Celui-ci nous apportera, dans nos fatigues et le labeur pénible de nos mains, un soulagement tiré du sol même qu'a maudit le Seigneur.' Après la naissance de Noé, Lamec vécut encore 595 ans, et il engendra des fils et des filles. La durée totale de la vie de Lamec fut de 777 ans; puis il mourut. Âgé de 500 ans, Noé engendra Sem, Cham et Japhet."

Dans cette toute première généalogie biblique, nous attirons une attention particulière sur la personne d'Enoch. Après que l'Épître aux Hébreux aie donné sa définition initiale de la foi comme étant "le fondement de l'espérance, c'est une certitude au sujet de ce qu'on ne voit pas" (11,1), ensuite vient la fameuse liste des "grandes nuées de témoins", ces "anciens" qui ont "obtenu un bon témoignage" en illustrant une telle foi (12,1).

On pourra difficilement ne pas remarquer dans cette liste la forte insistance sur la mort en rapport avec cette foi salvatrice. Tout au long d'Hébreux 11, la foi concerne celui qui meurt, et "tous ceux qui sont morts dans la foi" (11,13). Cette insistance sur la mort dans le contexte de la foi rend très intéressante l'inclusion d'Enoch au milieu de la liste des exemples de foi, parce qu'Enoch partit de ce monde d'une manière autre que par la mort. En effet, dans la généalogie que nous trouvons ici en Genèse 5, le verbe "mourir" vient 8 fois en ce qui concerne les patriarches d'Adam à Lamech, mais dans le cas d'Enoch, "le septième depuis Adam" (Jude 14), notre texte dit simplement qu'il "marcha avec Dieu, puis il disparut (ouk eurisketo), car Dieu l'avait enlevé (metetheken)" (verset 24).

Par une sorte de commentaire sur ce passage, l'Épître aux Hébreux dit : "C'est à cause de sa foi qu'Énoch a été enlevé (metethe) sans avoir connu la mort: on ne le trouva plus (ouk eurisketo) parce que Dieu l'avait enlevé (metetheken) (Gn 5,24); mais l'Écriture dit qu'avant cet enlèvement (metatheseos) il avait été agréable(euariestekenai) à Dieu (Gn 5,24)."
Cet ancien "témoin", cité ici dans l'Épître aux Hébreux, est retrouvé dans le Livre de la Sagesse, où Enoch est décrit de la sorte : "Il a plu à Dieu et en a été aimé, aussi Dieu l'a-t-il emporté du milieu des pécheurs où il vivait. Il a été enlevé de peur que le mal ne corrompît son jugement, ou que l'astuce ne pervertît son âme: car l'ensorcellement du vice jette un voile sur la beauté morale, et le mouvement des passions mine une âme ingénue; rapidement parvenu à son terme, il a fourni une longue carrière. Son âme était agréable au Seigneur, c'est pour cela qu'il le retira en hâte du milieu de la perversité" (4, 10-14).

Tel est le témoignage biblique à propos de la "courte vie" qu'Enoch a passée sur cette terre (quelque 365 ans, selon le verset 23). Au contraire des autres héros rapportés en Hébreux 11, Enoch n'est pas mort dans la foi, pour la raison inhabituelle qu'il n'est pas du tout mort. Il mérita cependant une place dans cette liste de héros parce que, nous dit-on, "il plût à Dieu" par sa foi. Donc nous, fidèles croyants, quand nous "nous approchons du Trône de la grâce" (Hébreux 4,16), quand nous nous approchons de "de l'assemblée en fête des premiers inscrits dans le livre des cieux" (Héb. 12,23), nous y retrouvons Enoch parmi "les âmes des justes arrivés à la perfection (teteleiomenon)."

Vivant avant Noé, Abraham et Moïse, Enoch n'a pas participé à la moindre des Alliances associées à ces hommes-là. Pas une seule ligne de la Sainte Écriture n'avait déjà été écrite afin qu'il puisse la lire. Et encore moins n'avait-il pu entendre le message du Salut prêché par les Apôtres. Et cependant, Enoch avait été si agréable à Dieu par sa foi au point d'être enlevé avant son temps, ne souffrant pas du sort commun de la mort dont le Tout-Puissant n'épargnera pas même Son propre Fils.

Alors que croyait-donc exactement Enoch, qui expliquerait qu'il soit un tel champion de la foi, un exemple pour l'Église jusqu'à la fin des temps? L'Épître aux Hébreux explique : "Or sans la foi il est impossible de plaire à Dieu, car pour s'approcher de lui, il faut d'abord croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent" (11,6). Voici la totalité de ce que la foi d'Enoch lui disait – l'existence de Dieu et son propre devoir de chercher Dieu pour en obtenir la bénédiction singulière que l'Écriture lui attribue. C'est le portrait biblique d'Enoch, et cela nous permet d'avoir quelqu'espoir pour le Salut de ces millions d'êtres humains qui doivent passer leurs vies avec ce strict minimum d'information théologique, équivalent à celui qui a valut un si merveilleux récit pour Enoch.
P. Patrick 29/12/2006 12h27

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

Au commencement était... (genèse des problèmes)

Au commencement, Dieu créa le bit et l'octet. Puis il créa le mot.
Et il y avait deux octets dans un mot; et rien d'autre n'existait.
Et Dieu sépara le zéro et le un, et il vit que cela était bon.
Et Dieu dit: Que les données soient! Et ainsi cela fut.

Et Dieu dit: Plaçons les données dans leurs lieux respectifs.
Et il créa les disquettes, les disques durs, les cd-rom et les dvd.
Et Dieu dit: Que soient les ordinateurs, pour qu'il y ait un lieu pour y mettre les disquettes, les disques durs, et les cd-rom et les dvd.
Et Dieu créa les ordinateurs.

Mais le logiciel n'existait pas encore.
Et Dieu créa les programmes; grands et petits...
Et Dieu leur dit: Allez et multipliez-vous, et remplissez toute la mémoire.

Et Dieu dit: je créerai le Programmeur.
Et le Programmeur créera de nouveaux programmes et gouvernera les ordinateurs et les programmes et les données.
Et Dieu créa le Programmeur, et il le mit dans le centre de données. Et Dieu montra au Programmeur le répertoire et il lui dit: Tu peux utiliser tous les volumes et sous-répertoires, mais N'UTILISE PAS WINDOX.

Et Dieu Dit: Ce n'est pas bon que le Programmeur soit seul.
Il prit un O.S. du corps du Programmeur et il en créa une créature qui regarderait le Programmeur; qui admirerait le Programmeur, qui aimerait les choses faites par le Programmeur.
Et Dieu nomma la créature "Utilisateur".
Et il laissa le Programmeur et l'Utilisateur nus dans le DOS, et il vit que cela était bon.

Mais Billou Gates était plus malin que toutes les créatures de Dieu.
Et Billou Gates dit à l'Utilisateur: Dieu t'a vraiment dit de ne pas utiliser TOUS les programmes?
Et l'Utilisateur répondit: Dieu nous a dit que nous pouvions utiliser n'importe quel programme et n'importe quel bloc de données, mais il nous a dit de ne pas utiliser WindoX parce que nous pourrions mourir.

Et Billou dit à l'Utilisateur: Comment peux-tu parler de quelque chose que tu n'as même pas essayé? Dès que tu utiliseras WindoX tu seras égal à Dieu. Tu seras capable de créer tout ce que tu voudras rien qu'en touchant la souris.
Et l'Utilisateur vit que les fruits de WindoX étaient meilleurs et plus faciles à utiliser.
Et l'Utilisateur vit que toute connaissance était inutile, puisque WindoX pouvait la remplacer.
Et l'Utilisateur installa WindoX dans son ordinateur; et il dit au Programmeur que cela était bon.

Et le Programmeur commença à chercher de nouveaux pilotes. Et Dieu lui dit: Que cherches-tu?
Et le Programmeur répondit: je cherche de nouveaux pilotes, parce que je ne peux pas les trouver dans le DOS.
Et Dieu dit: Qui t'a dit que tu avais besoin de nouveaux pilotes? Aurais-tu utilisé WindoX, par exemple?
Et le Programmeur dit: C'est Billou qui nous l'a dit.

Et Dieu dit à Billou: Pour ce que tu as fait, tu seras haï par toutes les créatures.
Et l'Utilisateur sera toujours mécontent de toi. Et pire encore, tu seras condamné à toujours vendre WindoX.
Et Dieu dit à l'Utilisateur: Pour ce que tu as fais WindoX te trompera et consommera toutes tes ressources. Et tu ne pourras utiliser que de mauvais programmes que tu utiliseras dans la douleur. Et tu seras toujours sous la tutelle du Programmeur.
Et Dieu dit au Programmeur: Pour avoir écouté l'Utilisateur tu ne seras jamais heureux. Tous tes programmes seront farcis d'erreurs et tu seras condamné à les corriger et les recorriger jusqu'à la fin des temps.

Et Dieu les expulsa tous du Centre de Données et il en bloqua la porte avec un mot de passe.

Adapté d'un texte de 2001 de Sylvestre JORGENSEN (Software Development jorgensen at wanadoo fr)
(nb : toute éventuelle ressemblance avec quelque chose
de connu serait évidement purement fortuite :-)

Réunification EORHF – PM : une aspiration depuis toujours, pas une nouveauté

Lire en ligne : "Message du congrès diocésain du diocèse de Genève et d'Europe occidentale de l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières" - traduction française du texte original en russe:
http://www.orthodoxie.com/2007/01/message_du_cong.html

Congrès qui s'est achevé à Genève le 14/27 décembre 2006
Déclaration signée de mgr Michel, évêque de Genève et d’Europe occidentale, mgr Ambroise (évêque de Vevey-Lausanne), et du clergé et délégués laïcs du diocèse de Genève et de l’Europe occidentale.

22 janvier 2007

EORHF - Calendrier liturgique Rite Orthodoxe Occidental 2007

Dimanche de Septuagésime - 4 février
Dimanche de Sexagésime - 11 février
Dimanche de Quinquagésime - 18 février
Mercredi des Cendres - 21 février
Dimanche de Quadragésime / Carême 1 - 25 février
Saint David - 1er mars
Carême 2 - 4 mars
Carême 3 - 11 mars
Carême 4 - 18 mars
Dimanche de la Passion - 25 mars
Jeudi Saint - 5 avril
Vendredi Saint - 6 avril
Jour de Pâques - 8 avril
Pâques 1 - 15 avril
Ascension - 17 mai
Dimanche de Pentecôte - 27 mai
(à suivre -
l'article sera adapté en temps voulu)

Monastère Saint-Petroc

Église Orthodoxe Russe Hors Frontières

Pour le calendrier liturgique orthodoxe byzantin de 2007 :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/calendrier-liturgique-orthodoxe.html

Pour le calendrier liturgique de la paroisse orthodoxe de Chatelineau :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/calendrier-liturgique-2007-et.html