"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 février 2007

P. Schmemann: Dimanche de l'Orthodoxie

http://groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/e0817b18a4fde7a9

Constantinople, anno 1400
(c) Metropolitan Museum

[note de traduction : remplacez dans l'homélie ci-dessous les mots "Amérique" et "américain" et adjectifs équivalents par "Occidental" et le nom du pays où vous vous trouvez, et cette homélie colle magnifiquement à la situation locale. Encore une merveille de l'Orthodoxie!; jm]

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Nous réjouissant aujourd'hui en la fête du triomphe de l'Orthodoxie, en ce premier dimanche de Carême, nous commémorons joyeusement 3 événements : un qui appartient au passé, un du présent, et un événement qui appartient encore à l'avenir.

A chaque fois que nous avons la moindre fête ou réjouissance dans l'Église, nous, Orthodoxes, regardons d'abord en arrière – car dans notre vie présente, nous dépendons de ce qui s'est passé auparavant. Nous dépendons en tout premier, bien entendu, de la première et ultime victoire – celle du Christ Lui-même. Notre foi est enracinée dans cette étrange défaite qui devint la plus glorieuse victoire – la défaite d'un homme cloué à une croix, Qui se releva de la mort, Qui est le Seigneur et le Maître du monde. Tel est le premier triomphe de l'Orthodoxie. Il est le contenu de toutes nos commémorations et de toute notre joie. Cet Homme sélectionna et élu 12 hommes, leur donna le pouvoir de prêcher au sujet de cette défaite et de cette victoire, et les envoya dans le monde entier en disant "prêchez et baptisez, construisez l'Église, annoncez le Royaume de Dieu." Et vous savez, mes frères et soeurs, comment ces 12 hommes – des hommes tout simples, de simples pêcheurs – sont partis et ont prêché. Le monde les a haïs, l'Empire Romain les a persécutés, et ils ont été couverts de sang. Mais ce sang était une nouvelle victoire. L'Église a grandit, l'Église a recouvert tout l'univers de la véritable foi. Après quelque 300 ans du plus inégal des conflits entre le puissant Empire Romain et l'impuissante Église Chrétienne, l'Empire Romain accepta le Christ en tant que Seigneur et Maître. Ceci fut le second triomphe de l'Orthodoxie. L'Empire Romain reconnu Celui qu'il avait crucifié et ceux qu'il avait persécutés comme étant les porteurs de la vérité, et leur enseignement comme étant l'enseignement de la vie éternelle. L'Église triomphait. Mais alors commença la seconde période de troubles.

Les siècles suivants virent de nombreuses tentatives de falsification de la foi, de l'ajuster aux désirs humains, de la remplir de contenu humain. A chaque génération, il y en avait qui n'acceptaient pas le message de la Croix et de la Résurrection et de la vie éternelle. Ils tentaient de le changer, et nous appelons ces changements des hérésies. A nouveau, il y eut des persécutions. A nouveau, des Orthodoxes, évêques, moines et laïcs, défendirent leur foi et furent condamnés et exilés et couverts de sang. Et après 5 siècles de ces conflits et persécutions et discussions, arriva le jour que nous commémorons aujourd'hui, le jour de la victoire finale de l'Orthodoxie en tant que la véritable foi, victoire contre toutes les hérésies. Cela a eu lieu le premier dimanche de Carême de l'an 843, à Constantinople. Après quelque 100 ans de persécutions dirigées contre le culte des saintes Icônes, l'Église proclama pour finir que la vérité avait été définie, que la vérité était pleinement en possession de l'Église. Et depuis lors, tous les Orthodoxes, peu importe où ils vivent, se sont rassemblés en ce dimanche pour proclamer au monde leur foi dans cette vérité, leur certitude que leur Église est vraiment apostolique, vraiment Orthodoxe, vraiment universelle. C'est cet événement du passé que nous commémorons aujourd'hui.

Mais posons-nous une question : est-ce que tous les triomphes de l'Orthodoxie, toutes les victoires, appartiennent au passé? Regardant les temps présents, nous avons parfois le sentiment que notre seule consolation, c'est de nous souvenir du passé. Alors, l'Orthodoxie était glorieuse, alors, l'Église Orthodoxe était puissante, elle dominait. Mais qu'en est-il du présent? Mes chers amis, si le triomphe n'appartient qu'au passé, s'il n'y a plus rien d'autre à faire pour nous que de commémorer, de nous répéter à quel point le passé était glorieux, alors l'Orthodoxie est morte. Mais nous sommes ici ce soir pour témoigner du fait que l'Orthodoxie non seulement n'est pas morte, mais aussi qu'elle est une fois de plus et pour toujours en train de célébrer son propre triomphe – le triomphe de l'Orthodoxie. Nous n'avons plus à combattre des hérésies parmi nous, mais nous avons d'autres problèmes qui une fois de plus défient notre Foi Orthodoxe.

Aujourd'hui, ici rassemblés, Orthodoxes de diverses origines nationales, nous proclamons et glorifions en tout premier lieu notre unité dans l'Orthodoxie. C'est le plus magnifique des événements: que nous tous, avec toutes nos différences, toutes nos limitations, toutes nos faiblesses, nous savons nous rassembler et dire que nous appartenons à cette Foi Orthodoxe, que nous sommes un en Christ et dans l'Orthodoxie. Nous vivons très loin des centres traditionnels de l'Orthodoxie. Nous nous appelons nous-mêmes Orthodoxes Orientaux, et cependant, nous sommes ici en Occident, si loins de ces glorieuses cités qui ont été centres de la Foi Orthodoxe des siècles durant – Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Moscou. Qu'elles sont loins, ces villes! Et cependant, n'avons-nous pas le sentiment que quelque chose relevant du miracle s'est produit, que Dieu nous a envoyés ici, loin en Occident, non pas simplement pour nous y installer, pour augmenter nos revenus financiers, pour bâtir une communauté. Il nous a envoyés en tant qu'apôtres de l'Orthodoxie, de cette que cette foi, qui était historiquement limitée à l'Orient, qui devient à présent une foi qui est vraiment et complètement universelle.

C'est un moment palpitant dans l'histoire de l'Orthodoxie. C'est pourquoi il est si important pour nous d'être ici ce soir et de comprendre, de réaliser, d'avoir cette vision de ce qui est occupé de se passer. Des peuples ont franchi l'océan, sont venus ici, ne pensant pas tant à leur foi qu'à eux-mêmes, à leurs vies, à leur avenir. Ils étaient habituellement pauvres, ils ont mené une vie difficile, et ils ont bâtit ces petites églises Orthodoxes un peu partout en Amérique non pas pour les autres, mais pour eux-mêmes, rien que pour se rappeler leur pays d'origine, pour perpétuer leur tradition. Ils ne pensaient pas à l'avenir. Et cependant, c'est ce qui s'est passé : l'Église Orthodoxe a été envoyée ici à travers et avec ces pauvres gens. La vérité elle-même, la plénitude de la Foi apostolique – tout cela est arrivé ici, et ici, nous voilà à présent, remplissant cette salle et proclamant cette Foi apostolique – la Foi qui a renforcé l'univers. Et cela nous amène à l'événement qui appartient encore à l'avenir.

Si aujourd'hui nous ne pouvons que proclamer, si nous ne pouvons que prier pour ce triomphe de l'Orthodoxie à venir dans ce pays et dans le monde, notre Foi Orthodoxe nous force à croire que ce n'est pas par accident mais par la Providence divine que la Foi Orthodoxe a atteint aujourd'hui tous les pays, toutes les villes, tous les continents de l'univers. Après cette faiblesse historique de notre "religion", après les persécutions par l'Empire Romain, par les Turcs, par les impies athées, après toutes les épreuves que nous avons eues à subir, aujourd'hui, c'est un nouveau jour qui commence. Quelque chose de nouveau va se passer. Et c'est de cet avenir de l'Orthodoxie que nous avons à nous réjouir ce jour.

Nous pouvons déjà avoir la vision de cet avenir lorsque, en Occident, une forte Église Orthodoxe d'Amérique naîtra. Nous pouvons voir comment cette Foi, qui a été si longtemps une foi étrangère ici, deviendra vraiment et complètement universelle dans le sens que nous répondrons aux interrogations de tous les hommes, et aussi à toutes leurs questions. Car si nous croyons en ce mot "Orthodoxie", "la vraie Foi"; si, pour un instant, nous essayons de comprendre ce que cela signifie : le véritable, le Christianisme en plénitude, tel qu'il a été proclamé par le Christ et Ses disciples; si notre Église a préservé à travers les siècles le message des Apôtres et des Pères et des saints dans sa forme la plus pure; alors, mes chers amis, elle est ici, la réponse aux questions et aux problèmes et aux souffrances de notre monde. Vous savez que notre monde d'aujourd'hui est si complexe. Il n'arrête pas de changer. Et au plus il change, au plus les gens ont peur, au plus ils sont effrayés de l'avenir, au plus ils sont préoccupés de ce qui va leur arriver. Et c'est ici que l'Orthodoxie doit répondre à leur problème; c'est là que l'Orthodoxie doit accepter le défi d'une civilisation moderne, et révéler aux hommes de toutes les nations, à toute l'humanité, dans le monde entier, qu'elle est restée la force de Dieu demeurée dans l'Histoire pour la transformation, pour la déification, pour la transfiguration de la vie humaine.

Le passé, le présent, l'avenir : au départ, un Homme seul, sur la Croix – la défaite absolue. Et si à ce moment-là, nous avions été présents, avec nos calculs humains, nous aurions probablement dit : "C'est la fin. Il ne se passera plus rien." Les Douze L'avaient quitté. Il n'y avait plus le moindre espoir. Le monde était dans les ténèbres. Tout semblait finit. Et vous savez ce qui s'est passé 3 jours plus tard. Trois jours après, Il apparu. Il apparu à Ses disciples, et leurs coeurs s'enflammèrent de l'intérieur, car ils surent qu'Il était le Seigneur ressuscité. Et depuis lors, à chaque génération, il y a eu des gens au coeur de feu, des gens qui ont ressenti que cette victoire du Christ avait à être portée encore et toujours à travers ce monde, pour être proclamée, afin de gagner de nouvelles âmes humaines et d'être la force transformante dans l'Histoire.

Aujourd'hui, cette responsabilité nous appartient. Nous sentons bien que nous sommes faibles. Nous sentons bien que nous sommes limités, que nous sommes divisés, que nous sommes encore séparés en tant de groupes, que nous avons tant d'obstacles à vaincre. Mais aujourd'hui, en ce dimanche de l'Orthodoxie, nous fermons nos yeux un instant, et nous nous réjouissons dans cette unité qui est déjà là : les prêtres des diverses Églises nationales priant ensemble, les peuples de toutes origines unis dans la prière pour le triomphe de l'Orthodoxie. Nous sommes déjà dans un triomphe, et daigne Dieu nous aider à garder ce triomphe en nos coeurs, de sorte que nous n'abandonnions jamais l'espérance en ce futur événement dans l'histoire de l'Orthodoxie, lorsque l'Orthodoxie deviendra la victoire qui surmonte éternellement tous les obstacles, parce que cette victoire, c'est la victoire du Christ Lui-même.

Alors que nous approchons de ce moment le plus important, l'Eucharistie, le prêtre dit : "Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit, nous confessions..." Quelle est la condition du véritable triomphe de l'Orthodoxie? Quel est le chemin menant à la véritable victoire finale, l'ultime victoire de notre Foi? La réponse vient de l'Évangile. La réponse vient du Christ Lui-même et de toute la Tradition de l'Orthodoxie. C'est l'amour. Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit, nous confessions... nous confessions notre Foi, notre Orthodoxie. Dès à présent, sentons-nous responsables les uns pour les autres. Comprenons que même si nous sommes divisés en petites paroisses, en petits diocèses, nous appartenons en premier lieu les uns aux autres. Ensemble, nous appartenons au Christ, à Son Corps, à l'Église. Sentons-nous responsables les uns pour les autres, et aimons-nous les uns les autres. Plaçons par dessus-tout les intérêts de l'Orthodoxie dans ce pays. Comprenons que chacun d'entre nous aujourd'hui doit être un apôtre de l'Orthodoxie dans un pays qui n'est pas encore Orthodoxe, dans une société qui nous interroge : "Mais en quoi croyez vous?" "Quelle est votre foi?" Et gardons, par dessus tout, la mémoire, l'expérience, le goût de cette unité que nous anticipons ici ce soir.

A la fin du premier siècle – alors que l'Église n'était encore qu'un minuscule groupe, une toute petite minorité, au sein d'une société qui était résolument anti-Chrétienne lorsque la persécution éclata – saint Jean le Théologien, le Divin, le bien-aimé disciple du Christ, écrivit ces mots : "Et telle est la victoire qui a triomphé du monde: notre foi" (1 Jean 5,4). Il n'y avait pas de victoire à l'époque, et cependant, il savait que dans sa Foi, il avait la victoire qui peut nous être appliquée à nous aujourd'hui. Nous avons la promesse du Christ, que les portes de l'Hadès ne prévaudront jamais contre l'Église. Nous avons la promesse du Christ que si nous avons la foi, tout sera possible. Nous avons la promesse du Saint Esprit, qu'Il remplira tout ce qui est faible, qu'Il nous aidera au moment où nous aurons besoin d'aide. En d'autres termes, nous avons toutes les possibilités, nous avons tout ce dont nous avons besoin, et dès lors, la victoire est à nous. Ce n'est pas une victoire humaine qui pourrait être définie en termes d'argent, de succès humain, de réussite humaine. Ce que nous prêchons ce soir, ce que nous proclamons ce soir, ce pour quoi nous prions ce soir, c'est la victoire du Christ en moi, en nous, en chacun de nous dans l'Église Orthodoxe, en Amérique. Et cette victoire du Christ en nous, de Celui Qui fut crucifié et Se releva pour nous d'entre les morts, cette victoire sera la victoire de Son Église.

Aujourd'hui, c'est le triomphe de l'Orthodoxie, et une hymne chantée ce jour proclame solennellement et simplement : "Telle est la Foi des Apôtres, telle est la Foi des Pères, telle est la Foi des Chrétiens Orthodoxes, telle est la Foi qui soutient l'univers." Mes chers frères et soeurs, c'est aussi notre propre foi. Nous sommes choisis. Nous sommes élus. Nous sommes ce petit reste qui peut dire de notre Foi qu'elle est "apostolique", "universelle", "la foi de nos Pères", "Orthodoxie", "la vérité." Possédant cet admirable trésor, préservons-le, gardons-le, et utilisons-le aussi de sorte que ce trésor devienne la victoire du Christ en nous et dans Son Église.
Amen.
Protopresbytre Alexander Schmemann
dimanche du triomphe de l'Orthodoxie dans une paroisse orthodoxe russe en Amerique

Premier dimanche carême - textes liturgiques :
http://forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1790

Nice : la métropole grecque-orthodoxe appelle à célébrer la Foi : Liturgie, agape, etc
Concélébration en langue grecque, française, russe, roumaine et libanaise.
Puis conférence par mme Caneri : "Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas?" (1 Jn 4,20)
infos :

http://diaspora-grecque.com/modules/altern8news/article.php?storyid=658



En Belgique, les divers évêques se retrouveront traditionnellement pour concélébrer à la cathédrale grecque-orthodoxe, boulevard de Stalingrad, à Bruxelles. Informations :
http://www.eglise-orthodoxe.be/Z-Nouvelles/ZdgOrthodoxie07.html

23 février 2007

Metr. Stylianos: A l'occasion des salutations à la très sainte Mère de Dieu


http://www.greekorthodox.net.au/pages/salute.htm


Par l'archevêque Stylianos d'Australie

La période de repentance comportant ces "Salutations à la Mère de Dieu" a commencé il y a peu. Durant 5 semaines consécutives, les églises et les âmes vont résonner de ces multiples "saluts" qui lui seront chantés. On nous a enseigné cette "salutation" à la Vierge Marie par l'Archange, mais tout en la répétant, nous cherchons désespérément à en partager nous-mêmes la joie. Car il est vrai que ce "salut" - traduit en grec "réjouis-toi" - exprimé dans les Offices résonne comme une provocation et une ironie contrastant avec la morne atmosphère du Grand Carême, et plus encore avec les tristes activités de la futilité quotidienne.

Pourtant, dans un monde qui a choisit d'être "orphelin" de son propre gré, prenant cela pour une prétendue "liberté", le parcours du fidèle ne sait pas être autre chose que celui d'une continuelle résistance contre le courant. La vérité et la sérénité ne sortent jamais d'un "vote populaire." Si la fausseté implique l'errance, l'instabilité et l'insécurité, alors la vérité (lorsqu'elle est garantie par Dieu) est vécue dans le silence et la "solitude", est vécue comme étant une "interruption." Ca concerne "l'affirmation" interne qui n'a pas besoin de "témoignage externe." Cela s'exprime dès lors par une attitude de vie impassible.

La personne qui possède ne serait-ce qu'un degré minimum de piété, en acceptant que Dieu a créé le monde "et tout ce qu'il contient", a déjà été établie sur "le rocher de la foi." Alors, toute la Création, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de cette personne, devient cause de doxologie, d'action de grâce. Cette personne n'a même pas le temps de comprendre ou d'enregistrer les "données" perçues; c'est pourquoi il serait impie et même absurde de courir après d'utopiques "choses désirables."

La priorité des priorités est pour le fidèle ce qui est déjà donné. Même si ce n'est qu'une partie de cela :

"Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi..."

Ceci n'est pas une simple "salutation", comme celles que nous nous échangeons les uns les autres. Cette dernière n'engage pas et est à double sens, et vous pouvez soit la réciproquer soit l'ignorer.

Ici, la "salutation" est un message divin, et elle est sans retour. Provenant de la bouche d'un Archange, elle annonce et proclame la vérité de la vie. C'est précisément pourquoi elle ne concerne pas seulement la Vierge Marie, mais tous ceux qui veulent vivre. Ici, le mot "salut" ne reste pas suspendu en l'air, comme par exemple avec les anciens Grecs, qui utilisaient ce même mot pour commencer toute communication entre eux, lançant un impersonnel "réjouis-toi." Ici le mot "salut" (qui veut dire "réjouis-toi" dans le grec d'antant) ne signifie pas seulement "joie", un concept qui est si vague et indéfini, et que tout un chacun peut interpréter selon ses propres désirs. Dans le cas présent, la joie est déterminée par sa source. C'est pourquoi sa nature et son étendue sont simultanément caractérisées. Nous pouvons voir – si nous sommes attentifs – qu'elle n'est pas exprimée par un instinct aveugle, mais comme le précieux fruit d'une faveur et grâce spéciale. Dans le texte grec original, l'adjectif utilisé pour décrire la Vierge Marie ("ke-charitomeni") n'exprime pas simplement une grâce d'en haut, mais la plénitude de la grâce, qui est en effet expliquée par la présence directe du Seigneur ("le Seigneur est avec toi").

Il nous est ainsi révélé que cette "joie", qui est certainement la plus spontanée et justifiée des choses que tout un chacun recherche, ne peut pas être conçue comme un accomplissement individuel, ni être réduite à une manière individuelle de vivre. La véritable joie n'est pas arbitrairement conçue; elle est accordée, créant dès lors une "communion" substantielle entre des personnes libres et désintéressées. Cette forme libre et profonde de communion, telle qu'exprimée dans le "grand mystère" du mariage, fut fort justement appelée "joie", à présent un synonyme pour mariage.

Le triangle intelligible Seigneur-grâce-joie que nous avons vu dans la salutation de l'Archange nous amène à la conclusion que la communion de personnes dans la liberté ne peut continuer à être appelée "joie" quand elle en reste au simple niveau horizontal. La joie ("chara") a la présupposition nécessaire de la grâce ("chari") d'en haut, c'est pourquoi l'horizontal doit continuellement être enrichi et sanctifié par le vertical. Cette dimension de la joie, presque mystique et méconnue mais clairement religieuse, est encore cachée, comme une note oubliée, sous-jacente dans la plupart des langues des peuples Chrétiens. Et par cela, nous ne voulons pas seulement parler du mot "bénir" qui, dans le vocabulaire des moines Athonites, a remplacé toute autre salutation ordinaire. Nous voulons aussi parler du "gruss Gott" quotidien des Bavarois (càd "saluez Dieu") et du "salut" de toutes les langues d'origine latine qui, bien que signifiant une simple salutation, à un niveau plus profond retient le mot décisif de "salus", qui signifie "Salut" [au sens "être sauvé"; ndt]. L'on pourra rencontrer quelques cas dans le langage des fidèles de certaines régions de Grèce, comme Thessalonique et le nord de la Grèce, dans lesquels la "salutation" n'est pas une convention séculière d'une société humaine, mais a au contraire un usage quasiment exclusivement religieux. Là-bas, au lieu de dire "nous avons vénéré" une Icône ou l'Épitaphios, etc, les gens disent "nous avons salué" l'Icône.

Cependant, le sommet de la relation entre joie et Salut en tant que "communion" et communication, tant pour l'aspect horizontal que vertical, se retrouve dans le verset suivant de l'Hymne Acathiste:
"O cause de joie, déverse la grâce en nos pensées afin que nous crions vers toi." Ce verset montre l'incomparable sensibilité spirituelle du peuple Byzantin. Il est intéressant de noter que les mots "joie" et "grâce" dans le verset ont été placés si près l'un de l'autre que c'est comme s'ils avaient la même racine étymologique.

De ce qui vient d'être exposé, nous pouvons dire en conclusion que toutes les corrélations grammaticales et allitérations du texte entier de l'Hymne Acathiste ne pointent que vers un seul but: montrer cette joie, qui sans aucun doute est l'ultime dépassement de la crainte de la mort, est inséparablement liée à la grâce de l'omniprésence de Dieu. C'est ceci qui est principalement l'inépuisable don de Son amour - de sorte que nous ne L'expérimentons pas comme n'étant qu'une vague idée, ou comme un Principe inconnu et inaccessible, mais plutôt comme étant "l'Emmanuel", selon Sa propre affirmation révélatrice.

Dès lors, la joie Chrétienne n'est pas simplement quelque chose correspondant au "bonheur" ou au "plaisir" des anciens. Car elle n'a ni le côté hasardeux du bonheur ni le conformisme du plaisir. Puisqu'elle est don, issu de l'amour de Dieu seul, et constitue un don complètement libre de Sa grâce, elle n'est perdue que lorsqu'on rejette cette grâce, c-à-d lorsqu'on nie la présence de Dieu partout. L'Église chante dès lors fort justement à la Mère de Dieu : "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi, et par toi, Il est avec nous."

Paru dans "Voice of Orthodoxy", v. 20(3), March 1999, publication officielle de l'archidiocèse Grec-Orthodoxe d'Australie

*-*-*-*-*

note de traduction : on tracera un intéressant parallèle avec la manière dont saint Seraphim de Sarov saluait quiconque il/le croisait : "Ma joie, Christ est Ressuscité!"







Première Salutation
23 février 2007
Hagia Barbara, Chatelineau (B)

Elvis a 9 mois, oh yeah! (K9)

Notre "petit" Elvis a 9 mois ce jour.

L'auriez-vous crû, en voyant ses photos?

22 février 2007

Épître de Carême de s.e. le métropolite Laurus (EORHF)

http://russianorthodoxchurch.ws/synod/eng2007/2enmlvpposlaniye.html
JORDANVILLE, 20 février 2007 – Grande épître de Carême de son éminence le métropolite Laurus, premier Hiérarque de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières

Révérends pères, bien-aimés frères, soeurs et enfants dans le Seigneur:

Je vous adresse mes plus sincères félicitations à l'occasion de l'arrivée de la salutaire période du Grand Carême, un temps destiné à notre introspection. La Sainte Église nous invite à ceci, que nous nous purifions nous-mêmes par un accroissement des prières et du jeûne, que nous nous laissions illuminer nous-mêmes par la lecture de livre spirituellement bénéfiques, et nous approchions de notre Dieu et Créateur, notre Père Céleste et plus Proche Ami, Qui nous invite en Son Royaume, le Royaume d'Amour, de Paix, de Miséricorde et de Lumière.

Notre Seigneur Jésus-Christ a dit : "Lors donc que tu présentes ton offrande à l'Autel, si tu te rappelles que ton frère a
quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'Autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; alors seulement, tu viendras présenter ton offrande" (Matthieu 5,23-24).

Dès lors, bien-aimés pères, frères, soeurs et enfants dans le Seigneur, afin que nos prières et nos oeuvres de jeûne et de repentance puissent être agréables à Dieu et qu'elles nous gagnent l'absolution des péchés et le renouvellement de notre force intérieure, nous devons être en paix avec notre prochain.

En fait, comment nos prières, jeûnes et repentance pourraient être un sacrifice pur devant Dieu si ils proviennent de coeurs qui sont remplis de haine envers autrui? Nous devons souvent relire la Prière du Seigneur : "Notre Père... pardonne-nous nos offenses comme nous avons pardonné à ceux qui nous ont offensé." En conservant l'inimitié en nos coeurs, comment osons-nous prononcer ces paroles de la Prière du Seigneur? Est-ce que notre prière ne sonnerait pas faux? Ne serions-nous pas occupé à mentir effrontément devant Dieu? Durant les divins Offices, nous entendons souvent proclamer : "En paix, prions le Seigneur; paix à tous." Ces paroles demandent de notre part de d'abord avoir fait la paix avec tout le monde pour pouvoir approcher de la prière, de sorte que nous nous tenions devant Dieu sans colère ni fausseté. Or, lorsque la Sainte Église nous prépare pour pour la noble participation à la Divine Liturgie, elle nous rappelle aussi que la réconciliation et l'amour sont des nécessités pour notre union fructueuse avec Dieu et les uns avec les autres dans le Mystère de la Communion. "Aimons-nous les uns les autres, afin que nous puissions confesser le Père et le Fils et le Saint Esprit." Dans l'Église ancienne, pour témoigner de cet amour mutuel, les Chrétiens qui priaient durant la Divine Liturgie se donnaient les uns les autres l'accolade; à présent, cela n'est plus effectué que par les prêtres autour de l'Autel, pendant que les autres, en entendant cette exclamation, doivent établir l'amour et la paix pour tous au sein de leurs âmes. Comment oserions-nous, pères, frères et soeurs, assister ou prier à la Divine Liturgie en ayant de l'hostilité en nos coeurs, et approcher de la Communion au Corps et au Sang du Christ notre Sauveur, Qui, alors qu'Il était crucifié, priait pour Ses ennemis? Nous n'entrerons vraiment en communion avec Dieu uniquement lorsque nous aurons chassé de nos coeurs la colère et la méchanceté.

Saint Anastase le Sinaïte racontait l'histoire d'un moine qui avait mené une vie de paresse, méprisant les règles monastiques, et qui en ses derniers moments ressentit une joie spirituelle spéciale. Les autres moines en furent surpris et lui demandèrent ce qui lui amenait une telle joie. Le moine mourant leur répondit alors : "Je contemplais les saints Anges déchirant la liste de mes péchés, car bien que j'ai vécu dans l'insouciance et la paresse, je n'ai jamais condamné qui que ce soit, ni rappelé les torts commis par autrui."

Dès lors, révérends pères, frères, soeurs et enfants, nous remémorant le testament de notre Sauveur, l'appel de la Sainte Église, et alors que nous nous immergeons dans cette période de Carême si spirituellement bénéfique en suivant l'exemple des saints Pères, efforçons-nous particulièrement d'éviter entre nous l'inimitié, la haine, et la colère, et au lieu de cela, que règnent éternellement au milieu de nous la paix, l'amour, la confiance et les autres vertus Chrétiennes. Efforçons-nous de mettre en pratique dans nos vies terrestres les instructions de l'Apôtre Paul aux Chrétiens : "que le soleil ne se couche pas sur votre colère" (Éphésiens 4,26); "S'il est possible, pour autant que cela dépende de vous, vivez en paix avec tous" (Romains 12,18); "Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien" (Romains 12,21), et que le Seigneur daigne nous aider durant ces saints jours.

A nouveau, je vous adresse à tous mon salut pour ce Grand Carême et je prie que chacun d'entre vous se réconcilie avec Dieu en Son image, qui est reflétée en notre prochain. Que le coeur purifié de chacun d'entre nous devienne le Vivifiant Tabernacle d'où resplendira le Seigneur Ressuscité. Que chacun voie en nos yeux et en nos vies ce Triomphe du Christ sur le mal, sur le péché, et sur tout ce qui est horrible en ce monde. Saluer la Pâques du Christ de la sorte sera la meilleure manière de prêcher la vérité de l'Orthodoxie. J'espère que nous avancerons dans cet état lumineux vers les actions canoniques qui serviront au rétablissement cette année de la paix et de l'unité au sein de l'Église Orthodoxe locale de Russie.

Que ceci soit en l'âme de chacun d'entre nous. Amen.

Dans l'amour du Seigneur, je vous demande vos prières,

+ Métropolite Laurus,
Premier Hiérarque de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières

21 février 2007

Saint Benoît et le Carême : quels "outils" utiliser pour faire le bien?

Au 4ème chapître de sa Règle, Saint Benoît de Nursie recommande les points suivants. Une majeure partie est applicable à tout un chacun sans aucun besoin d'adaptation:

OBÉIR AUX COMMANDEMENTS DE DIEU

1. "Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces" (Marc 12, 30).
2. Puis, le prochain comme soi-même. (Marc 12, 31 ; Luc 10, 27).
3. Ensuite, ne pas tuer.
4. Ne pas prendre la femme d'un autre.
5. Ne pas voler.
6. Ne pas désirer avec envie ce que tu n'as pas.
7. Ne pas être un témoin qui ment.
8. Respecter tous les hommes.
9. Ne pas faire aux autres le mal que tu ne veux pas pour toi-même.

DIRE À TOI-MÊME ET AIMER LES AUTRES

10. Renoncer à toi-même pour suivre le Christ.
11. Mener durement ton corps.
12. Ne pas être gourmand.
13. Aimer le jeûne.
14. Donner à manger aux pauvres.
15. Donner des vêtements à ceux qui sont nus.
16. Visiter les malades.
17. Enterrer les morts.
18. Aider ceux qui sont dans le malheur.
19. Consoler ceux qui souffrent.
20. Te rendre étranger aux affaires du monde.
21. Ne rien préférer à l'amour du Christ.
22. Ne pas agir sous le coup de la colère.
23. Ne pas réserver un moment pour te venger.
24. Ne pas garder la ruse dans ton coeur.
25. Ne pas donner une paix qui est fausse.
26. Ne pas cesser d'aimer.
27. Ne pas jurer : cela évite de trahir ton serment.
28. Dire la vérité dans ton coeur comme dans ta bouche.
29. Ne pas rendre le mal pour le mal.
30. Ne pas être injuste avec les autres. Mais si on est injuste avec toi, souffrir cela avec patience.
31. Aimer tes ennemis.
32. A ceux qui te jettent une malédiction, ne pas répondre par une malédiction, mais plutôt par une bénédiction.
33. Accepter de souffrir durement pour la justice.
34. Ne pas être orgueilleux.
35. Ne pas aimer le vin.
36. Ne pas aimer manger beaucoup.
37. Ne pas dormir partout.
38. Ne pas être paresseux.
39. Ne pas murmurer.
40. Ne pas dire du mal des autres.

GARDER TON COEUR POUR DIEU

41. Mettre en Dieu ton espérance.
42. Le bien que tu vois en toi, reconnaître qu'il vient de Dieu et non de toi.
43. Le mal, au contraire, savoir que c'est toujours toi qui le fais, et qu'il vient de toi.
44. Craindre le jour du jugement.
45. Avoir très peur de souffrir loin de Dieu pour toujours.
46. Avec toute l'ardeur qui vient de l'Esprit Saint, désirer vivre avec Dieu pour toujours.
47. Chaque jour, avoir la mort devant tes yeux.
48. A chaque moment de ta vie, surveiller ce que tu fais.
49. Partout, être sûr que Dieu te regarde.
50. Dès que des pensées mauvaises arrivent à ton coeur, les détruire tout de suite en les écrasant contre le Christ (Psaume 136, 9), puis les découvrir à un ancien qui vit selon l'Esprit de Dieu.
51. Éviter de dire des paroles mauvaises ou qui ne conviennent pas.
52. Ne pas aimer parler beaucoup.
53. Ne pas dire des paroles vides ou seulement pour faire rire.
54. Ne pas aimer rire beaucoup ou trop fort.
55. Écouter volontiers les lectures saintes.
56. Te prosterner souvent pour prier.
57. Chaque jour, dans la prière, avouer à Dieu tes fautes passées en les regrettant beaucoup et en pleurant.
58. Te corriger de ces mêmes fautes à l'avenir.
59. Ne pas céder aux mauvais désirs du corps.
60. Détester ta volonté égoïste.

OBÉIR A L'ABBÉ ET VIVRE DANS LA VÉRITÉ

61. Obéir en tout aux ordres de l'abbé, même si celui-ci se conduit autrement - espérons que non ! -. Dans ce cas, rappelle-toi le commandement du Seigneur : (Mt 23, 3).
62. Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais l'être d'abord. Ensuite, on le dira avec plus de vérité.
63. Chaque jour, faire passer dans tes actions les commandements de Dieu.
64. Aimer être pur dans ton coeur et dans ton corps.

AIMER TOUS TES FRÈRES

65. Ne détester personne.
66. Ne pas être jaloux.
67. Ne pas cultiver l'envie.
68. Ne pas aimer les disputes.
69. Fuir tout ce qui te met au-dessus des autres.
70. Avoir un grand respect pour les anciens.
71. Avoir de l'affection pour les plus jeunes.
72. Prier pour tes ennemis parce que tu aimes le Christ.
73. Quand tu t'es disputé avec un frère, retrouver la paix avec lui avant le coucher du soleil.
74. Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. 4, 75-78 24

LE MONASTÈRE EST L'ATELIER DU MOINE

75. Voilà les outils qui aident à travailler selon l'Esprit de Dieu.
76. Si nous les utilisons sans arrêt, jour et nuit, et si nous les rendons à Dieu au jour du jugement, alors, en échange, le Seigneur nous donnera la récompense promise.
77. ce que personne n'a jamais entendu, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment (1 Corinthiens 2, 9).
78. Et l'atelier où nous ferons ce travail avec soin, c'est la clôture du monastère où nous restons pour toujours avec la même communauté.
texte latin complet

h.t. Michael! :
http://sarisburiensis.blogspot.com/2007/01/o-god-who-didst-vouchsafe-to-fill-thy.html

A (re)lire :
Oblats Bénédictins Orthodoxes : les joies de l'Oblation

Mercredi Orthodoxe des Cendres (EORHF)


Le mot "cendre" vient du latin cinis, cineris, qui a donné "incinération". On le retrouve à 40 reprises dans la Bible, dans un usage soit au sens propre, symbolique ou figuré.

L'aspect symbolique et négatif de la cendre est évident : anéantissement, mort, néant (Jérémie 31,40; Ez. 28,18; 2 Pi 2,6; Mal 3,21; Is. 44,20).

Comme Job (30,19), notre père Abraham se savait ne rien être d'autre que pécheur et fragile, poussière et cendre:
Genesis 18:27 "respondens Abraham ait quia semel coepi loquar ad Dominum meum cum sim pulvis et cinis."
Genèse 18:27 "Abraham reprit: "Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre."

Le feu couvant sous la cendre, cela permettait de garder le foyer au chaud, elle n'était donc pas un "déchet" selon notre appréciation moderne. En boulangerie et en cuisine, elle servait aussi, et parfois trop, cfr Ps 101,10 : "Je mange de la cendre au lieu de pain."

En Lévitique 6,3, on voit que les cendres des sacrifices (holocaustes) étaient conservées précieusement près de l’Autel.
Le Livre des Nombres (19,9;17-18) enseigne que certains types de cendres étaient d'un usage cultuel, comme la purification, en aspergeant personnes ou objets ayant été en contact avec un mort. On voit ici un usage vétéro-testamentaire clairement "sacramentel" : héritière, l'Église n'a fait que continuer, elle n'a rien "inventé."
Les cérémonies illégitimes destinées à moquer les authentiques serviteurs de Dieu se terminent aussi dans la cendre, comme on le voit avec les prêtres apostats luttant contre le saint prophète Élie (1 Rois 13,3).

Et enfin, par son aspect volatile et sale à la fois, avec le sac, la cendre est devenue l’expression externe de l’humiliation et de la volonté d’amendement : Isaïe 4,1-3; Ezechiel 27,30-37; Jonas 3,6; Job 42,6; Jérémie 6,26; Isaie 44,20; Jérémie 25,34; le tout amenant au Nouveau Testament : Matthieu 11,21. Le Seigneur rappelle cependant par la bouche de Son prophète Isaïe (Isaïe 58,5) que le signe extérieur doit correspondre aux dispositions intérieures...

Sur la cendre et sa signification au sens spirituel, Tertullien a des paroles très fortes.
[Comme je l'ai déjà mentionné sur ce "blogue", bien des traductions posent un problème en fonction de qui a traduit. Je n'ai pas le texte latin des citations ci-dessous. Je constate seulement que certaines notions théologiques absentes chez les autres Pères Latins sont reprises ci-après. Les choix de traduction possible amènent bien des traducteurs à prendre ceux qui correspondent à la vision théologique du groupe auquel ils appartiennent, plutôt qu'à chercher l'esprit de la lettre de l'auteur. Hélas. Autre problème, encore plus grave à mon avis, c'est la source des textes. Pour les Pères Latins d'avant le Schisme, voire selon les régions, carrément d'avant la période Carolingienne, on ne possède plus de manuscrit "original", pas même de copie réalisée dans les générations qui ont suivies. On se retrouve à devoir supputer de la théologie de nos Pères en se "fiant" à des "reconstitutions" réalisées hors de l'Église, en général à partir des Bollandistes et des Mauristes. Autant dire qu'il est dans ce cas rigoureusement impossible de dire "ça, c'est un texte de saint Y et c'est sa théologie", puisque ce sont des recompositions avec incorporation d'une théologie et d'un vocabulaire totalement étrangers à l'époque du saint en question. On n'est pas dans la m....]

Voici celles de son "Traité de la Pénitence"
"On se soulage du poids de ses péchés en les confessant, autant qu'on les aggrave en les dissimulant. La confession est un commencement de satisfaction; la dissimulation un acte de révolte.

IX. Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus la preuve en doit être laborieuse, de sorte qu'elle ne réside pas seulement au fond de la conscience, mais qu'il lui faut encore quelque manifestation extérieure. Cet acte, que nous nommons le plus ordinairement par un mot grec, c'est l'exomologèse, en vertu de laquelle nous confessons au Seigneur notre péché, non pas qu'il l'ignore, mais parce que la confession dispose à la satisfaction, que la pénitence naît de la confession, et que la pénitence apaise la colère de Dieu. L'exomologèse est donc un exercice qui a pour but d'humilier l'homme et de l'anéantir, en lui imposant une conduite qui attire la miséricorde, en réglant son extérieur et sa table, en le courbant sous le sac et la cendre, en lui apprenant à couvrir son corps de poussière et à plonger son âme dans la douleur, et convertissant en moyens de pénitence tout ce qui fut l'instrument du péché. D'ailleurs elle ne connaît du boire et du manger que ce qu'il faut pour soutenir la vie et non pour flatter le ventre; elle nourrit la prière par le jeûne; elle gémit, elle pleure, elle crie et le jour et la nuit au Seigneur son Dieu; elle se roule aux pieds des prêtres, elle s'agenouille devant ceux qui sont chers à Dieu; elle sollicite les prières de tous les frères, afin qu'ils soient ses mandataires auprès de Dieu. Voilà ce que fait l'exomologèse pour donner plus de prix à la pénitence, pour honorer le Seigneur par la crainte du péril, pour que, prononçant elle-même contre le pécheur, elle se substitue à l'indignation divine, enfin pour éviter, que dis-je? pour acquitter la dette des supplices éternels par les afflictions qu'elle s'impose dans le temps. Ainsi, en abattant l'homme, elle le relève; en le souillant de poussière, elle le purifie; en l'accusant, elle le justifie; en le condamnant, elle l'absout. Crois-moi, moins tu te pardonneras à toi-même, plus Dieu te pardonnera."

Voir ici une traduction un peu plus récente :
http://www.tertullian.org/french/delapenitence.htm#9_1

Tertullien en parle aussi dans son "Traité d'Apologétique" :
CHAPITRE XL, §13
"Nous, au contraire, exténués par les jeûnes, mortifiés par toute espèce de continence, sevrés de toutes les jouissances de la vie, |p107 nous roulant dans le cilice et sous la cendre, nous importunons le ciel par une ardente prière; nous désarmons Dieu"

ainsi que dans son "Traité sur la Patience":
"Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la patience, simple, uniforme, et résidant seulement dans l'âme. Voyons maintenant comment la patience, en ce qui concerne le corps, contribue à nous mériter l'amitié du Seigneur, puisqu'il a donné aussi à nos corps des forces suffisantes pour pratiquer cette vertu. En effet l'âme, qui tient en nous le gouvernail, communique aisément au navire qu'elle habite la cargaison de l'Esprit. Quel est donc l'exercice de la patience dans le corps? D'abord "la tribulation de la chair est une hostie qui apaise le Seigneur" par le sacrifice de l'humiliation, lorsque, satisfaite d'une nourriture frugale et d'un peu d'eau pour boisson, elle offre au Seigneur sa pauvreté et son abstinence; lorsqu'elle accumule jeûnes sur jeûnes; lorsqu'elle vit sur le sac et la cendre. Cette patience du corps accrédite nos prières, elle appuie nos demandes, elle ouvre les oreilles de Jésus-Christ notre Dieu; elle désarme sa sévérité, elle attire sa miséricorde. Ainsi ce roi de Babylone, pendant qu'il était exilé de la forme humaine, ayant, par une pénitence et une humiliation de sept ans, immolé au Seigneur qu'il avait offensé, la patience de son corps recouvra son royaume, et, ce qui est plus désirable pour l'homme, rentra en grâce avec Dieu"

Un autre Père Latin de l'Église a un très beau sermon sur le sujet:

Saint Augustin d'Hippone, Explication du Sermon sur la Montagne, livre II, chapitre 12, "Du jeûne" :
"40. Puis vient le précepte du jeûne, qui tient à cette même pureté du coeur dont il est maintenant question. Car ici il faut se tenir en garde contre toute ostentation, contre cette ambition de la louange humaine qui rend le coeur double, et lui ôte la pureté et la simplicité nécessaires pour comprendre Dieu. "Quand vous jeûnez, ne vous montrez pas tristes comme les hypocrites : car ils exténuent leur visage, pour que leurs jeûnes paraissent devant les hommes. En vérité je vous le dis : ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête, et lavez votre visage, pour ne pas apparaître aux hommes jeûnant, mais à votre Père qui est présent à ce qui est en secret; et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra".
Il est clair que ces recommandations tendent à diriger toute notre intention vers les joies intérieures, à nous empêcher de nous conformer à ce siècle en cherchant notre récompense au dehors, et de perdre la félicité promise; félicité d'autant plus solide, d'autant plus ferme qu'elle est plus intime, et en vertu de laquelle Dieu nous a choisis pour être conformes à l'image de son Fils (Rom. 8, 29).
41. Il faut surtout remarquer sur ce point que l'ostentation peut se loger, non-seulement sous l'éclat et la pompe extérieure, mais aussi sous des vêtements sales et sous l'apparence du deuil; elle est même alors d'autant plus dangereuse quelle prend le masque de la piété envers Dieu pour mieux tromper. Celui donc qui affecte un soin immodéré de son corps, le luxe dans les vêtements et dans les objets matériels, est par là même facilement convaincu d'être partisan des pompes du siècle; il ne trompe personne sous une menteuse apparence de sainteté. Mais celui qui fait profession de Christianisme, et qui attire sur lui les regards des hommes par une négligence et une malpropreté extraordinaires, et cela volontairement et sans nécessité, laisse voir par le reste de sa conduite, s'il est mu par un véritable mépris des superfluités de la vie ou par quelque secrète ambition : car, en nous ordonnant de nous défier des loups cachés sous des peaux de brebis, le Seigneur nous dit : "Vous les connaîtrez à leurs fruits." En effet quand certaines épreuves les auront dépouillés ou privés de ce qu'ils ont obtenu ou espèrent obtenir par ces dehors hypocrites, il faudra bien qu'on voie s'il y avait, là, un loup sous une peau de brebis, ou une brebis dans sa peau. Car il ne faut pas qu'un Chrétien flatte les regards des hommes par des ornements superflus, sous prétexte que souvent les hypocrites revêtent d'humbles dehors et se contentent du strict nécessaire pour tromper des yeux peu attentifs; la brebis ne doit pas se dépouiller de sa peau, parce que quelquefois le loup s'en revêt.
42. On demande souvent ce que signifient ces paroles: "Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête et lavez votre visage, pour ne pas apparaître aux hommes jeûnant." Car on aurait tort de nous prescrire de parfumer notre tête quand nous jeûnons, bien que nous ayons l'habitude de nous laver le visage tous les jours. Si tous conviennent que ce serait là une chose très-déplacée, nous devons appliquer à l'homme intérieur cet ordre de se parfumer la tête et de se laver la figure. Se parfumer la tête, indique la joie; se laver la figure, marque la propreté; par conséquent se réjouir intérieurement, par l'esprit et par la raison, c'est se parfumer la tête. Nous pouvons en effet donner le nom de tête à la faculté principale de l'âme, à celle qui règle et domine visiblement tout l'homme. Or c'est ce que fait celui qui ne cherche point la gloire extérieure, qui ne met point une complaisance charnelle dans les louanges des hommes. Car la chair, qui doit être sujette, n'est point du tout la tête de toute la nature humaine. Sans doute personne n'a jamais haï sa chair, ni comme dit l'Apôtre, en parlant de l'amour d'un homme pour sa femme; mais le chef de la femme c'est l'homme, et le chef de l'homme c'est le Christ. Ainsi, que celui qui veut parfumer sa tête selon l'ordre donné, se réjouisse intérieurement dans son jeûne, en tant qu'il se détourne par là des plaisirs du siècle pour se soumettre au Christ. De cette manière il lavera sa figure, c’est-à-dire il purifiera son coeur, pour voir Dieu en écartant le voile produit par l'infirmité née de la souillure du péché; il sera ferme et solide, parce qu'il sera pur et simple. "Lavez-vous, dit le prophète, purifiez-vous, faites disparaître vos iniquités de vos âmes et de devant mes yeux." Nous devons donc purifier notre visage des souillures qui blessent les regards de Dieu. Car, pour nous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous serons transformés en la même image.
+ Augustin


Comme prévu dans le sacramentaire-pontifical "Saint Colman Prayer Book", usage approuvé EORHF 09/2005, ce mercredi est donc "mercredi des Cendres" en premier lieu pour les Chrétiens Orthodoxes de Rite Occidental, ceux-là mêmes qui ont repris le flambeau de leurs ancêtres, flambeau tombé au sol en nos régions il y a mille ans d'ici.

Pour bien voir l'authentique continuité entre ce sacramentaire récemment autorisé dans l'Église Orthodoxe et la Tradition de l'Occident Orthodoxe, on se rapportera aux anciens sacramentaires de la tradition grégorienne ancienne, pré-Schisme. Comme par exemple le Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986, dans lequel on retrouve ces mêmes prières ainsi que d'autres encore aux pages 133-134-135,
édition critique du texte publiée par la Henry Bradshaw Society http://www.henrybradshawsociety.org

PREMIÈRE PRIÈRE DE COLLECTE
Dieu éternel et Tout-Puissant, qui ne hais rien de ce que Tu as fait, et qui pardonnes les péchés de tous ceux qui se repentent; crée et forme en nous des coeurs nouveaux et contrits; afin que, regrettant amèrement nos péchés, et reconnaissant notre misère, nous obtenions de Toi, qui es le Dieu de toute miséricorde, un pardon et une rémission parfaite. Par Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.
(Cette prière de Collecte devra être dite chaque jour durant le Carême, après la Collecte du jour, et ce jusqu'au Dimanche des Palmes / Rameaux)

20 février 2007

"GROS" PÉCHÉS ET "PETITS" PÉCHÉS


Deux hommes vinrent trouver un vieux moine fort pieux pour solliciter son avis. "Nous reconnaissons que nous vivons de manière pécheresse," lui dirent-ils, "et nous voudrions laver nos consciences. Pourriez-vous nous conseiller à cet égard, que nous puissions être débarrassés de notre sentiment de culpabilité?"

Le vieux moine accepta de les aider. "Mais tout d'abord", leur dit-il, "vous aurez à me parler de vos péchés."

Le premier dit : "j'ai commis un péché terrible, un péché fort grave, un très gros péché." Le second dit : "O, j'ai bien commis une série de petits péchés, mais rien de bien grave ou de significatif."

Le saint homme réfléchit un moment, puis il dit : "Apportez-moi chacun d'entre vous un caillou, représentant chacune des fautes commises." Les 2 hommes s'en allèrent pour accomplir ce que le moine leur avait demandé.

Après un moment, le premier homme revint, titubant, ployant sous le poids d'un énorme bloc de roche. C'était si lourd qu'il avait du mal à se déplacer. Avec un cri sourd, il le laissa choir devant le vieil homme.

Ensuite, le second homme arriva, portant un sac rempli de petits cailloux, qu'il déposa facilement aux pieds du moine.

"Très bon travail", dit le moine. "Maintenant, reprenez chacun vos cailloux, et allez les remettre là où vous les avez trouvés."

Le premier homme se dirigea péniblement vers le lieu d'où il avait ramené l'énorme bloc de roche.

Mais le second était incapable de se souvenir où il avait trouvé chacun de ses petits cailloux. Alors il revint voir le vieux sage et lui dit qu'il n'était pas en mesure d'accomplir ce qui lui avait été prescrit de faire. Le moine répondit : "Mon fils, tu dois réaliser que les péchés sont comme des cailloux. Si un homme commet un gros péché, il pèse très lourd sur sa conscience. Mais s'il s'en repent sincèrement, le fardeau est levé. Il est pardonné et le poids lui tombe des épaules. Mais si quelqu'un ne cesse de commettre des tas de petites choses qui sont cependant des péchés, il est moins évident qu'il s'en repente, et encore plus sûr qu'il reste pécheur, par habitude.
Dès lors, comprend qu'il est aussi important de casser l'habitude de commettre de petits péchés qu'il ne l'est de s'efforcer d'éviter de commettre un gros péché."
(Extrait de "The Orthodox Herald")
A (re)lire :
Pourquoi devrais-je confesser mes péchés à un prêtre?
par le p. John Dresko, Orthodox Church of America

en la fête de notre bien-aimée sainte Mildred de Thanet

Saint Eleuthère de Tournai et son CREDO

SANCTUS ELEUTHERIUS TORNACENSIS
(imagerie occidentale récente)
(on voit ainsi qu'on a besoin vital de bons iconographes!)

Ce n'est pas avant de très longs siècles que le Symbole ou Credo de Nicée-Constantinople, qui nous semble si naturel dans les Offices & Liturgies, ne s'est imposé comme "unique". Même en Orient, il a longtemps été minoritaire, et ce n'est pas uniquement à sa qualité théologique qu'il a dû son accession au statut actuel, mais quand c'est celui de la ville impériale, voyez-vous..

En Occident, son statut ne sera jamais très clair, et en tout cas, il ne parviendra jamais à cette place centrale, exclusive. Pourquoi? L'Occident a généralement été tenu à l'écart de ces grands Conciles. Soit du fait de guerres empêchant le voyage. Soit du fait qu'on ne pensait pas à (devoir) inviter nos Pères. Soit carrément du fait que les Orientaux voulaient régler certaines affaires (pas toujours reluisantes) en interne tout en profitant de l'appui impérial pour donner un statut oecuménique au Synode réuni - et historiquement, c'est le cas du 5ème "oecuménique", c'est irréfutable.

Ceci explique qu'il faudra attendre certains grands conciles mérovingiens, au 7ème siècle, pour voir les 4 premiers Conciles à statut oecuménique reconnus chez nous. On trouve d'ailleurs de manière claire et nette les "fruits" de cette non-invitation dans les écrits patristiques de chez nous, et pas uniquement en négatif. Saint Hilaire de Poitiers n'aura rien à envier aux Cappadociens; et pourtant, avant son exil pour cause de confession orthodoxe de la Foi, ses écrits ne contiendront pas un gramme de théologie ou même de référence à quoi que ce soit du premier Concile de Nicée. Parce que tout simplement personne n'était au courant, chez nous, et que notre théologie n'en était pas moins Orthodoxe. Mais exprimée avec un langage culturel, historique, philosophique et théologique différent, celui de chez nous, tout simplement. Certes, on ne va pas refaire l'Histoire, mais pour éviter qu'elle se refasse sur notre dos, il serait bon, je pense, de ne pas l'oublier, et de la lire à l'endroit, sans oeillères.

Aujourd'hui, nous fêtons entre autres le grand saint Éleuthère de Tournai, évêque et martyr de nos régions.


Être évêque de Tournai ça ne voulait pas dire
"insignifiant pontife d'une bourgade",
mais un des très grands dans les Gaules!


Comme tous les grands évêques, il avait "son" Credo. En 500, nos Conciles n'avaient pas encore entériné ni même ne fut-ce que reçu à connaître le contenu de la plupart des divers Conciles tenus en Orient, fussent-ils réellement de statut oecuménique. Ces Credo n'avaient donc rien d'étonnant. Il faut le répéter pour que ça soit bien clair - bis repetita placet! - c'était NORMAL. Quand saint Cyril d'Alexandrie reproche à l'hérétique Nestorius, qui était alors patriarche de Constantinople, ses hérésies, il lui cite en référence non pas le Symbole de Nicée-Constantinople, mais celui que Nestorius avait toujours connu, celui d'Antioche. Et c'est en référence à celui-là qu'il, auquel il avait toujours souscrit, que Cyril lui montre d'abord ses erreurs et hérésies.
Ces Symboles locaux, parfois de très grande diffusion, sont là aussi pour nous rappeler que l'Esprit souffle où Il veut. Nous n'avons pas à avoir honte de nos Pères dans la Foi, en Occident : ils ont été aussi brillants et aussi courageux que les pères orientaux, et il n'y a pas eu plus de dérives chez nous que chez eux. C'est pas pour rien que les saints iconographes orientaux se sont réfugiés chez nous durant l'iconoclasme!

Credo de saint Eleuthère au synode de Tournai

"Vous tous qui confessez Dieu le Père et son Fils, avec l'Esprit-Saint, écoutez.
Croyez en un seul Dieu, Père Tout-puissant, et en Jésus-Christ, son Fils unique Notre-Seigneur, qui est né de Dieu le Père dont il est le Fils unique, Dieu immense d'un Dieu immense, Dieu immortel d'un Dieu immortel, Dieu invisible d'un Dieu invisible, Dieu éternel d'un Dieu éternel, par qui et avec qui le Père a fait tout ce qui est contenu dans le ciel, sur la terre et dans les mers. Je vous y exhorte donc, mes bien-aimés : croyez que Jésus-Christ notre Seigneur est descendu des cieux pour le Salut des hommes et la rédemption du monde, qu'il s'est incarné et qu'étant homme il a souffert sous Ponce, le Gouverneur : qu'en outre il est ressuscité le troisième jour d'entre les morts et qu'il est remonté au Ciel d'où il était descendu. Vous devez tenir et observer ces dogmes, mes fils très chers: il faut vous y conformer avec piété, si vous voulez mériter les joies célestes. Obéissez à ces hauts enseignements qui sont ceux des anciens Pères, en considérant et en contemplant profondément ce Verbe de Dieu qui s'est incarné et qui s'est fait homme. En outre, votre foi doit vous convaincre que le Christ notre Seigneur a été établi le médiateur entre Dieu et les hommes, le réconciliateur par excellence de l'humanité avec Dieu, lui qui s'est offert pour nous à Dieu son Père, en odeur de suavité. C'est lui en effet qui a dit à Dieu son Père par l'organe du Prophète : "Vous n'avez pas voulu des sacrifices et des oblations (de l'Ancienne Loi); les holocaustes offerts pour les péchés ne vous ont pas plu; mais vous m'avez donné un corps (pour la grande immolation du calvaire). Il est écrit de moi à la tête du livre de vos décrets éternels, que je dois accomplir, ô Dieu, votre volonté".
Jésus-Christ n'a pas offert son corps pour lui-même mais pour nous, "en odeur de suavité." Mes frères, qui de vous doutera désormais que l'Agneau véritable et sans tache a été immolé pour le Salut du genre humain et crucifié par des Juifs impies? C'est lui qui nous a rachetés par l'admirable vertu et la puissance ineffable de sa divinité, qui a confondu les Juifs rebelles et superbes, et vaincu l'enfer en en forçant les portes, en en faisant sortir les captifs qui y étaient enchaînés, et en arrachant de la prison ténébreuse ou elles étaient plongées les âmes qui attendaient sa venue et qui, délivrées aujourd'hui, lui crient dans leur reconnaissance : O doux vainqueur des perfides entreprises de Satan, c'est après vous, ô très clément Jésus, c'est après vous que nous gémissions dans ce lieu de tourments, c'est vous qu'appelaient du fond de notre cachot ténébreux nos soupirs et nos larmes : voici que vous êtes venu, vous que nous attendions depuis des siècles....
C'est Lui, mes frères, qui, après avoir vaincu Satan et délivré des ténèbres du séjour des morts les âmes des Saints qui réclamaient leur libérateur, est ressuscité le troisième jour, et, étant monté au royaume céleste, est assis à la droite de Dieu le Père. Confessez donc un Dieu unique en sa substance et trois personnes en un seul Dieu; pour que vous méritiez d'arriver au royaume du Ciel, et de jouir à jamais des biens éternels dans ce séjour où les Anges sont enivrés de joie, où les Apôtres tressaillent d'allégresse, où l'armée glorieuse des Martyrs est dans la jubilation, où le choeur des Confesseurs et des Vierges éclate en applaudissements : séjour béni où le Rédempteur du monde les couvre de lauriers immortels, lui le Dieu Tout-puissant qui vit et règne à jamais, inaccessible aux yeux mortels, éternel, incorruptible, à qui est dû honneur, louange, gloire, empire et puissance sans fin; majesté immortelle, gloire sans ombre, vertu ineffable, avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il."
En terminant son discours, il formule et fulmine en ces termes l'excommunication contre les hérétiques
Si quis autem his decretis contradixerit, a Patre et Filio et Spiritu sancto anathema sit! " "Si quelqu'un contredit à ces enseignements, qu'il soit anathème et réprouvé par le Père, le Fils et le Saint-Esprit!"
Le Saint s'assit alors.
Les Catholiques [*] qui assistaient au synode glorifièrent Dieu, et, manifestant une vive allégresse, firent profession de leur foi en ces termes " Trinitatem in unitate veneramur et colimus, unitatem in substantia profitemur et devote adoramus" . "nous révérons et adorons la Trinité dans l'Unité divine; nous confessons publiquement l'unité de la substance divine et nous l'adorons dévotement."
Le synode fut levé sur ces paroles. Les hérétiques en sortirent couverts de honte et de confusion. Eleuthère et tous ceux qui avaient pris part à l'assemblée se retirèrent."
Ce synode fut tenu vers l'an 525 ou 526, si l'on en croit le calcul que fait un chroniqueur. Ce qui s'accorde assez avec l'âge que l'auteur ancien cité par les Bollandistes attribue à Eleuthère à l'époque de ce synode (71 ans).
Acta . SS. Belg., p. 486, ad verbum.
source

[*] pour rappel, le terme "catholique" à l'époque patristique, c'était synonyme "d'orthodoxe". Il ne doit pas être confondu avec le regrettable raccourci du terme "catholique-romain", qui désigne ce que vous savez et n'était pas connu de saint Eleuthère ni aucun de nos Pères d'avant le Schisme. Comparez la Foi "avant" et "après", les faits sont là.

Collecte (rite orthodoxe occidental)
O Dieu, montre-Toi favorable à Tes serviteurs, par la puissance des prières de saint Eleuthère, Ton évêque et martyr, et fais que, célébrant aujourd'hui sa naissance au Ciel, nous soyons toujours protégés contre toutes forces adverses par sa bienveillante intercession.
Par notre Seigneur Jésus-Christ.
saint Eleuthère, prie Dieu pour nous!

Bousillator I (K9)

Vous vous souvenez de la grosse corde à côté de laquelle notre "bébé" avait l'air si petit?
Longtemps durant, elle ne l'a pas intéressé le moins du monde. On la (lui) lançait, pour (nous) faire plaisir il allait la renifler, la machouiller un brin, puis c'est tout.
Puis la corde se retrouva dans un petit trou qu'il avait creusé sous une bille de chemin de fer – c'est mieux que de machouiller la bille ou les portes.. - et elle y passa les mois, ne ressortant qu'épisodiquement pour recevoir un peu de gadoue et y retourner. Même notre berger allemand ne s'y intéressait pas – mais Sultan n'a jamais été "jouets."

31 janvier 2007, surprise au réveil : notre "bébé" qui venait d'avoir 8 mois s'est pris une "streep" pendant la nuit.
En revenant de l'école, je constate comme des petits lambeaux de tissus déchirés pendant aux grilles du chenil, en façade. Je me dis : "aie, j'espère que quelqu'un n'aura pas eu la mauvaise idée de ne pas respecter le terrain privé, et de vouloir venir tatouiller le gamin." Tenez, à l'instant même où j'écris ceci, je vois par la fenêtre des ouvriers de proches travaux qui sont venus se planter sur le trottoir pour l'observer. J'ai bien fait de renforcer l'ancrage du chenil hier, avec 2 tires-fort et une solide pièce d'acier.. il ne dit rien si on passe, mais si on reste devant la baraque à regarder, là il joue son rôle de gardien. Faudra que je rajoute 1 mètre de hauteur de chenil, debout sur ses pattes, il atteint le sommet.. Bardaf, tout tremble, Elvis a sauté sur les barreaux, les ouvriers le montrent du doigt en reculant et repartent travailler. Je vois leur tête.. Ben quoi, si on préfère les grands chiens aux pékinois ou teckels?!

De retour à cette surprise de janvier. En ouvrant la fenêtre, on découvre une sorte de mousse blanche un peu partout dans le jardin – même couleur que ce qu'il y avait à l'avant. Et Elvis lance "un truc" en l'air, tout effiloché, noir de boue, et il l'air de s'amuser...


Je descend inspecter le jardin. Elvis viens me dire bonjour puis retourne jouer tout seul comme un grand.




Je découvre : le gros cordage, pendant la nuit, il lui a fait son affaire. Il a bousillé un des noeuds, l'a littéralement déchiqueté. Ce sont tous les filaments du gros cordage qui sont épars dans le jardin. Le restant, l'autre noeud et le bout de corde effiloché, c'est avec ça qu'il s'amuse. Il le lance en l'air, et saute pour le rattraper avant que ça ne touche le sol. Il le lance loin puis court après pour le rattraper. Prenez un peu un gros cordage pareil et essayez de mordre dedans, ou au moins de le dénouer, ou de le couper... crac! Crouc! Kapout le cordage! Un peu comme les palettes qu'on a mises par terre pour qu'il puisse se coucher sur du "sec", palettes traitées au bio-carbonil : fume c'est du Belge, il se les roule sous les aisselles, le gamin, il mord dedans, les retourne comme des crêpes, et quand ça lui suffit pas, gnap! Et zouuu! Il l'envoie valdinguer un demi-mètre plus loin. Si on avait des doutes sur sa force, là c'est finito.

Après m'avoir fait une démonstration de double salto et autres sauts d'attaque, tout fier, il vient tout de même me présenter le restant et là, quand je le lui lance, changement, il est tout content et court le rechercher. Sacré Elvis!

19 février 2007

Garde-manger et recettes pour le Carême Orthodoxe byzantin

Date: Jeudi 23 Nov 2006 11:46:00 +0100
From: "R.V. Gronoff" [regis.gronoff@__]
http://groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/8721b95a2a521342
Sujet: Recette de Carême du jour
Riz au cocktail de fruits de mer en sauce tomate.

- ½ kg de fruits de mers divers (genre moules, coquillages, tranches de calamar)
- une petite boîte de concentré de tomates
- un oignon haché
- une ou 2 gousses d'ail écrasée(s)
- persil
- poivre
- riz
Faites revenir dans de la margarine les oignons, l'ail et les fruits de mer jusqu'à ce que le liquide soit presque complètement réduit. Ajoutez le concentré de tomates avec un peu d'eau, laissez cuire une minute, ajoutez le persil haché et laissez cuire à feu doux 2 ou 3 minutes. Servez avec le riz.

*-*-*-*-*-*

CARÊME : Garde-manger, étiquettes et petit-déjeuner
http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2007/02/lenten-pantry-labels-breakfast.html



Voici quelques idées qui peuvent aider à constituer un garde-manger de Carême:



+ fruits secs (raisins, raisins de Corinthe, pommes, canneberge, abricots, pruneau, noix de coco rapée)
+ fruits & légumes frais
+ écorces d'orange et de citron confites
+ pois/fèves secs (haricots noirs, soja, haricots blancs, haricots rouges,..)
+ légumes secs (lentilles rouges, vertes, brunes; pois chiches, pois cassés, etc)
+ graines (potiron, sésame, tournesol, pavot de cuisine)
+ noix (amandes, cajou, cacahouètes, pécan, pignons de pin, pistaches, noix)
+ herbes et épices (poivre, menthe, etc)
+ tisanes
+ cafés de divers goûts
+ jus concentrés congelés
+ caroube (copeaux, morceaux et poudre)
+ succédanés non-laitiers de crème (liquides et séchés)
+ succédanés non-laitiers de sauces fouettées
+ eau de rose
+ cacao de cuisine
+ vins non-alcoolisés & eau pétillante
+ fruits et légumes en boîte
+ jus, sauce et concentré de tomate
+ haricots et légumes en bocaux
+ diverses sortes de pâtes (vérifiez les étiquettes pour les ingrédients)
+ pains de carême (achetés ou faits-maison)
+ produits à base de soja (lait de soja, tofu, tempeh, sauce soja / tamari, etc)
+ cubes de bouillon de carême (légumes, champignons, oignons, etc)
+ sauces végétariennes
+ curry en poudre
+ sauce tomate sucrée, moutarde, pickles, condiments, chutneys
+ mayonnaise de carême (pas d'oeufs, pas de résidu laitier)
+ sauces asiatiques (fèves noires, ail, cacahouètes, etc)
+ sauces et condiments mexicains
+ margarine de carême (ni lait ni résidu laitier)
+ substitut d'oeufs (pas de blancs!)
+ tahin (pâte de graines de sésame), beurre de cacahouètes
+ vinaigres (au cidre de pomme plutôt qu'alcool)
+ huiles végétales (tournesol, soja, cacahouètes, sésame, noix, etc)
+ miels, confitures, sirop d'érable, sirop de maïs
+ orge, farine de maïs, germe de blé, blé
+ divers riz (brun, concassé, entier, sauvage, etc)
+ farines (riz, blanche, froment, etc)
+ chili végétarien (en boîte)

Quelques détails à vérifier pour le choix d'ingrédients carémiques

Nouilles : vérifiez les nouilles en boîtes, la plupart contiennent de l'oeuf ou du lait. Replacez les nouilles avec des spaghettis ou des nouilles végétariennes.

Mayonnaise : la plupart des marques contiennent du lait, des oeufs, ou les 2.

Margarines : si vous voulez réellement jeûner, vérifiez les margarines pour les résidus lactés (lactosérum). Une margarine de soja en est toujours exempte. Certaines margarines à base d'huile végétale le sont aussi.

Oeufs : si c'est absolument nécessaire, utilisez un produit de substitution. Cela rend les recettes plus difficiles; vous pouvez être amené à préférer prendre une meilleure recette plutôt que de devoir évaluer combien de substitut d'oeuf nécessiterait votre première recette.

Fromages : placer un petit bol de fromage râpé sur la table de l'enfant pas encore en âge de devoir jeûner est une manière acceptable pour lui rendre le repas plus attractif; de même que pour pallier au manque de calcium inhérent au régime végétarien [1].

Bouillons: les bouillons de viande peuvent être remplacés par des bouillons de légumes. Si vous utilisez des cubes de bouillon, ne rajoutez pas de sel à votre recette, car les cubes en regorgent.

Gélatine, gelées et guimauves: autrefois, ces produits étaient considérés comme d'origine animale; cependant le processus pour les produire est si poussé que les rabbins Juifs-orthodoxes les considèrent comme Casher pour les repas sans viande. Cela semble en tout cas suffisant pour être acceptable pour la plupart des Chrétiens Orthodoxes (on trouve aussi des gélatines d'origine végétale).

Beurre de cacahouètes & tahin: rien à redire [2].

Chocolat: peut être remplacé par du cacao ou de la caroube (les copeaux de chocolat peuvent être remplacés avec des copeaux de caroube).

Alcool: le cidre de pomme léger est un bon substitut pour le vin blanc, et parfois le sherry ou le vin rouge.

Desserts: quand vous recevez des invités durant le Carême, souvenez-vous que nombre de gens se privent de desserts et de sucreries. Ayez plutôt un panier de fruits frais décorant votre table. Les invités souffrant de diabète apprécierons aussi.


Ingrédients de petit-déjeuner carémique
+ biscuits aux fruits
+ gaufres carémiques avec confiture ou sirop
+ petits pains avec beurre de cacahouètes et miel
+ salade de fruits
+ quatre-quart aux pommes
+ tahin & miel sur biscotte
+ crêpes de carême
+ petites génoises carémiques
+ fruits frais
+ compote de pomme ou pommes au four
+ pamplemousse cuit
+ céréales en flocons & lait de soja goût vanille
+ couke à la cannelle
+ croissant non-lacté
+ sablés (ou kasha)
+ müesli avec compote de pommes
+ müesli avec compote d'autres fruits
+ porridge aux raisins et sirop ou confiture

Croyez-le ou non, mais la compote de pomme marche à merveille comme substitut au lait sur les céréales, et aussi dur à croire et pourtant vrai, le jus d'orange va aussi bien en la matière (vraiment!)

La plupart des suggestions ci-dessus proviennent de la paroisse Saint Mary Antiochian Orthodox Church, Wichita, Kansas

notes du traducteur
[1] c'est le baratin qu'on a réussi à faire croire à la population pour pousser à la consommation, et donc à la vente et à la surproduction bovine et laitière, mais c'est archi-faux. Les haricots, algues, etc, contiennent infiniment plus de calcium que les produits laitiers; et étant d'origine végétale, c'est un calcium intégralement assimilable par l'organisme, au contraire de celui d'origine animale. Sinon comment, depuis des millénaires, certaines populations ont-elles fait pour subsister, sans produits laitiers??
[2] et les OGM??? La plupart des cacahouètes d'origine américaine sont impropres à la consommation, n'étant plus produites naturellement depuis des lustres. Il est difficile de trouver du beurre de cacahouètes qui ne soit pas infecté par les OGM. C'est d'ailleurs valable pour d'autres produits de la liste, le soja étant le plus célèbre problème, 80% de la production mondiale (minimum!) étant d'ores et déjà contaminée par cette folie prométhéenne que sont ces OGM.
[3] Une telle liste pouvant être utile à ceux dont l'alimentation habituelle, etc (voir ci-après) correspond, je la publie en traduction. De toute manière, ça n'enlève en rien au besoin de consulter son père confesseur.
JM

macaronis de Careme************************

Discussion et objections sur les "nourritures carémiques" (page en anglais, modérée par le p. Joseph, Antiochien):
http://www.haloscan.com/comments/huneycutt/114190622683497269/

extrait traduit :
Andrew, intervenant Orthodoxe:
"Les règles Orthodoxes du jeûne semblent être un retour en arrière vers le Pharisaïsme. Les questions posées reflètent un souci presqu'obsessionnel au sujet des sortes d'aliments, plutôt que du véritable esprit du Carême.
Cela transforme le Carême en une sorte de stupide jeu alimentaire qui obscurcit réellement les si profondes réalités de ce temps de prière et de pénitence. Ces règles, qui ont été faites par et pour des moines, ont peu à faire avec le Carême, en particulier quand on en vient à les contourner en utilisant des astuces genre crème pour café non-lactée et tous ces autres produits qui ressemblent et goûtent comme les aliments interdits mais ne sont pas interdits par les règles du fait de lacunes. Quelle bêtise! Pourquoi ne pas être des Chrétiens adultes, décider pour vous-mêmes les domaines de votre vie où vous voulez faire repentance, et y travailler ces 40 jours durant? Avec des millions d'enfants mourant chaque jour de faim, pensons-nous vraiment que Dieu va être soucieux si quelqu'Américain obèse mange un peu de fromage durant le Carême? Honnêtement. Dieu ne se souciera pas moins si vous prenez un peu d'huile d'olive ou un bout de fromage durant le Carême. Ce qui L'intéresse, c'est comment vous agissez dans vos devoirs quotidiens et comment vous vous souciez d'autrui – en particulier des pauvres. Saint Paul est très explicite quand il dit : "Car le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger ni le boire, mais c'est la justice, la paix et la joie dans l'Esprit-Saint" (Romains 14,17).
Andrew - 10.02.07 - 16h24

Suite : voir en ligne!

Quelques réflexions personnelles sur le sujet et elles n'engagent que moi.

1. C'est l'absence généralisée d'authentique vie spirituelle qui fait que ces règles monastiques ont été introduites dans notre partie de l'Église, celle qui vit au milieu du monde et y mène le rude combat d'y être sans en être. Si chacun priait suffisamment (moi en premier), nos évêques et nos prêtres seraient saints, il y aurait des saintes moniales et des saints moines à profusion, et on verrait refleurir partout "l'ami de l'âme" (staretz, pnevmatikon) dont nous avons besoin pour nous accompagner sur le chemin de la vie en Christ, et en particulier dans les moments de lutte, comme le Grand Carême (et tous les Carêmes de l'année, mercredis et vendredis compris). Et on n'aurait pas besoin de "normes écrites" rigides et inadaptées pour aider à suivre le Christ de manière assurée.

2. Ces règles byzantines ont été importées d'un milieu monastique bien précis, qui se trouve en un lieu bien précis, et ont été composées pour des gens menant un genre de vie bien précis. Aucune des conditions entourant la composition ne se retrouve dans la vie actuelle ailleurs que sur le Mont Athos. Strictement nulle part ailleurs au monde les conditions ne sont réunies. Pas même dans les monastères en Roumanie! Et pourtant, quelle riche vie spirituelle qu'ils y ont, dans ces monastères roumains.

3. Les Pères Apostoliques, les premières communautés Chrétiennes, et les Chrétiens Orthodoxes d'Occident des 8 premiers siècles n'ont JAMAIS connu ce régime alimentaire. Le jeûne était pratiqué, la Didachè le rappelle que ce n'était pas limité au temps du Christ "puis plus rien." Un saint Patrick ou un saint Jean Cassien sont des maîtres de jeûne. Les buts, les principes, tout était le même que pour les moines byzantins ayant concocté nos actuelles règles. Par contre, les moyens étaient adaptés aux lieux, aux peuples et aux temps. Les règles monastiques de saint Colomban de Luxeuil sont aussi strictes que celles des Pères du désert d'Égypte ou de Palestine – et bien plus encore que les "règles basiliennes" à bien des égards! - comme l'est aussi la règle de saint Benoît (non-mitigée et quand elle est appliquée comme chez les Bénédictins Orthodoxes). Mais le régime alimentaire est adapté à la région. Il était aberrant pour eux, à l'époque, d'aller payer des marchands pour importer de la nourriture qui ne pousse pas là où Dieu les a "fait pousser", pourquoi en serait-il autrement pour nous, aujourd'hui? Parce qu'elle est là, dans nos magasins, et pas chère?

Tiens, parlons-en du "pas cher", et sans oeillères! Réfléchissons un peu au coût réel, à la somme de servage, d'esclavage, que cela implique, depuis le lieu de production, passant par les moyens de transport, et jusqu'au personnel de nos magasins.. Sans compter la pollution hallucinante que cet agro-alimentaire industriel provoque partout sur la planète!

Car, par exemple, pour produire des "fruits de mer" bon marchés, on a implanté des installations d'aquaculture partout dans les pays "sous-développés" ayant accès à la mer. Résultat? Le Tsunami de 2004!!! Parce que la mangrove qu'on a arrachée partout dans l'Océan Indien – nous, les intelligents Occidentaux avides de nourritures exotiques dont on refuse de payer le prix réel, qu'on fait porter aux populations lointaines, par la facture écologique et sociale qu'on leur laisse... -
ayant disparu, cette protection naturelle qui avait fait merveille depuis des millénaires, voilà nos 200.000 morts, dont on se serait fichu sans hésiter s'il n'y avait eu quelques touristes occidentaux dans le lot... Car c'est là, le prix de ces fruits de mers bons marchés : destruction de l'éco-système du lieu de production.
Et les huiles d'olive bon marché? Allez voir comment sont traités les paysans méditerranéens pour parvenir à de tels prix. S'il n'y avait la tricherie sur les prix grâce à la "manne européenne", ils seraient ruinés.
Et le vin, où les OGM et les manipulations chimiques sont au rendez-vous pour obtenir des bas prix? Pourquoi du vin d'ailleurs, produit qui sauf exception due à un micro-climat très localisé, n'est pas un produit naturel de chez nous, au contraire de la bière (qui permet d'ailleurs de boire de l'eau souvent peu potable, cfr saint Arnoult le Fort), et surtout, voir les Règles monastiques de chez nous, qui donnaient un bon aperçu du type d'alimentation locale à l'époque : la bière en fait partie. Alors quand on consomme des produits non-locaux, on participe activement à la prolongation de ce système monstrueux qui broie humains et nature. Alors est-ce qu'en Carême, devoir acheter des produits qui ne sont pas d'ici et qui sont très chers socialement et écologiquement parlant, c'est VRAIMENT un "acte carémique"? Ou n'est-ce pas plutôt bêtement se plier à la LETTRE d'une Règle, s'achetant une bonne conscience à bon prix?

On ne devrait jamais acheter ce genre de nourriture. Ou alors en "fair trade", "commerce équitable", mais alors le prix sera à la hauteur de la juste rétribution des divers intervenants de la chaîne de production.. Et est-ce que ce prix vaut la dépense, pour 40 jours non-stop? Cet argent qu'on compte investir dans des "substituts" pour garder le même genre de repas "sans enfreindre la règle", ne serait-ce pas mieux de le donner à une asbl s'occupant de développement dans les pays concernés [*] ? Ne serait-ce pas là un véritable geste de Carême?

Et à côté de ça, pour la partie alimentaire - puisque nous sommes incarnés et qu'il faut bien aussi dompter cette "bête"-là qu'est notre corps, quoique fort facile à dompter à côté de notre esprit indocile... – faire l'inventaire avec son père confesseur en fonction du lieu où on vit, du style de vie que l'on a, et du régime alimentaire habituel. Marié et avec enfants scolarisés, c'est pas pareil que célibataire dans un Skeete de montagne ou pensionné, esseulé et malade. Aller dire à un végétarien qu'il doit s'abstenir de tout ce qu'en temps normal il ne mange pas "parce que c'est la lettre de la règle", ne se rend-t'on pas compte à quel point c'est stupide? Et puis comme le faisait remarquer Andrew ci-dessus, les astuces pour contourner sont légion et donnent bonne conscience, et sont même carrément encouragées "pour être dans l'ethos orthodoxe" paraît-il. Au point que même des évêques vous disent "pas de chocolat au lait, puisqu'il y a du lait, mais ok pour le chocolat noir"... un produit de fête autorisé parce qu'il ne contient pas un ingrédient "interdit" pour l'Athos, c'est ça, l'Orthodoxie? Et le Tarama, crème fraîche et caviar de poisson, un met absolument succulent, sous prétexte que culturellement, pour la Grèce, c'est acceptable, en quoi est-ce qu'ici ça serait "carémique", honnêtement?

Il faut en revenir à l'esprit de la lettre, et alors on passera au-delà du problème des règles à forte orientation culturelle. Sinon c'est la culture qui remplace l'Évangile. Est-ce ça, le Carême? Il faut aussi traiter le corps, mais pas s'en contenter – c'est facile à faire et quantité de religions humaines prônent le jeûne et leurs adeptes sont souvent plus rigoureux que nous en la matière.

Au monastère Saint-Silouane, à Saint-Mars de Locquenay, l'archimandrite Simeon (Cossec) enseigne le "dur du dur" pour le jeûne : s'abstenir de tout ce qui est de nocif mais invisible, parce que se passant dans sa tête à soi. Combattre les imaginations intempestives. Combattre le jugement hâtif et incessant de tout et de tous. Combattre ces vains discours et vaines paroles qui s'y préparent, pour ne pas leur permettre causer les dégâts en nous, et éviter ainsi qu'ils puissent sortir et détruire autour de nous. Je pense aussitôt à Origène quand il applique le "tuer le premier né d'Égypte" à ce genre de pensées, dans son homélie sur l'Exode : toutes ces pensées mortifères que nous portons toutes et tous en nous, et qui sont si difficiles à vaincre qu'on préfère... ben oui, une bête règle, bête parce qu'hors contexte, pas bête en elle-même bien sûr.
Cette lutte contre les mauvaises pensées, je le confesse, c'est le vrai et dur combat. C'est autre chose que de dire "ok pour des frites mais avec du ketchup, et du cidre au lieu d'une bière", pas vrai?!

Au niveau pastoral, quelle implication cela requiert pour le clergé : impossible de se cacher derrière des "règles faites pour tout le monde". Car ces règles, que le laïc qui veut vivre en Chrétien n'a pas le droit (et c'est heureux) de modifier en pratiquant "l'économie" d'initiative (sauf cas évidents comme pour un problème médical par exemple), il est alors nécessaire de les interpréter, globalement, en homélie et lettres diocésaines pour les grandes lignes. Le courage d'aller publiquement contre la coutume culturelle, c'est pas facile à avoir, je m'en doute. Puis, comme nous sommes tous différents et que chez les Orthodoxes, il ne saurait être question de "tout le monde dans le même sac", le prêtre aura à voir avec chaque paroissien, de plus jeune au plus âgé... quel travail pastoral, pas vrai? Mais le but du Grand Carême, n'est-ce pas d'aider toute une paroisse à grandir en Christ, à devenir plus Chrétien encore, à chercher à accomplir la sainteté reçue en germe au saint Baptême? Alors, est-ce que le jeu n'en vaut pas la chandelle? Est-ce que ça ne vaut pas mieux qu'un blini au tarama arrosé d'un coup d'une gnôle inconnue des Règles? Est-ce que ce n'est pas mieux que de contourner le principe de l'abstention de repas festif en remplaçant la mayonnaise de ses frites par un équivalent réalisé avec du tahin ... que j'aime beaucoup... et qui coûte 9 fois le prix du produit d'origine?

Bon, fidèle à mon sale caractère, comme végétarien, mon carême, ça sera manger de la viande tous les jours. Et du porc en plus, ce dont j'ai horreur. Juste histoire de voir la tête de mon père confesseur quand il apprendra comment j'ai réglé le problème du choix alimentaire "de manière adulte et Chrétienne!"

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[*] Il y a de bonnes petites associations qui méritent notre soutien, associations tant Orthodoxes que non-Orthodoxes mais amies du Christ.
L'archimandrite Thomas et son dispensaire au Pérou, avec développement agricole et social. Ou le père Timothée, au Bénin (voir la paroisse Saints Silouane et Martin, à Bruxelles, pour plus d'info). Ou chez les catholiques-romains, "Simba Mosala" par exemple, asbl qui construit une école pour réapprendre à travailler dans le bâtiment, etc, en banlieue de Kinshasa.
Et si tout ça semble "trop lointain" pour certains, je suis sûr qu'en cherchant un peu, on trouvera facilement bien des émules de saint Jean de Cronstadt, des paroisses organisant la même chose dans notre "Quart-Monde".. qui doit sûrement déjà représenter le tiers de la population et ne cesse de croître...
Donner un chèque à une grosse organisation internationale qui fait du "charity-business" et puis se dire "c'est bon, j'ai fait mon oeuvre de Carême, maintenant à moi les frites au ketchup!", bof, bof... Même si on a des faibles ressources financières, que le sacrifice financier est important, le p. Schmemann dans sa belle homélie pour le Dimanche du Pardon rappelle à quel point l'absence de souci d'autrui de manière concrète est une manière cachée de ne pas aimer l'autre – se soucier pas seulement son bien matériel, s'intéresser vraiment à l'autre. Avec le chèque, on est loin du compte, quel que soit son montant.

Notre père dans la Foi saint Martin, évêque de Tours, Apôtre des Gaules, surnommé "le Miséricordieux" à juste titre, est un excellent guide pour tout en la matière : jeûne alimentaire, jeûne des mauvaises pensées et actions, et des bonnes actions à accomplir en surabondance, pas par obligation mais par surgissement, par surabondance de l'amour de Dieu débordant du coeur de celle ou celui qui aura beaucoup aimé, beaucoup prié – beaucoup de Marthe et de Marie à la fois. Suivons saint Martin! En tout cas j'essaierai. A nouveau, comme avant chaque Carême... plaise à Dieu que cette fois-ci, ça sera la bonne, avec plus de réussite que d'échecs dans la balance finale, celle de l'amour de Dieu.

Saint Carême à toutes et tous, que vous l'ayez déjà entamé hier soir après les Vêpres du Pardon, ou l'entamiez ce mercredi puisque dans l'Orthodoxie Occidentale, ce sera "Cendres", un rite liturgique qui pré-date très très largement le Schisme et nous appartient donc autant que les Vêpres du Pardon.

JM

A lire, un petit guide de sites internet qui vient de paraître :
Grand Carême 2007 : petit guide du web orthodoxe
http://www.orthodoxie.com/2007/02/grand_carme_200.html

A (re)lire aussi :

"Jeûne et abstinence de l'Eglise: pourquoi? comment?"
L’apprentissage du jeûne et l’acquisition du sens de l’Eglise – p. Marc-Antoine Costa de Beauregard, doyen de la métropole roumaine en France
http://orthodoxe.typepad.com/paroisse/2007/02/jene_et_abstine.html

Règles du jeûne orthodoxe : "explications du jeûne du Grand Carême", p. Thomas Hopko, avec rappel que dans l'Église, les samedis et dimanches sont aussi jours de jeûne.

"Jeûne et liberté" (méditation d'un hiéromoine de Roumanie)

Bénédictins Orthodoxes EORHF : Jeûne et abstinence dans le Rite Occidental
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/bndictins-orthodoxes-erhf-jeune-et.html

Le jeûne et le siècle à venir (DYNAMIS)
"Dynamis" est une publication quotidienne de la cathédrale Saint-George, Wichita, Kansas, archidiocèse grec-orthodoxe antiochien d'Amérique
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/le-jene-et-le-sicle-venir-dynamis.html

Et alors, ils jeûneront... (Matthieu 9,14-16) - méditation historico-spirituelle sur le sens du jeûne, du Grand Carême, de la vie Chrétienne et de Pâques, par Mgr Isaiah (Kapsimalis), métropolite de Denver
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/et-alors-ils-jeneront-matthieu-914-16.html

Jeûne et Abstinence dans le Rite Occidental EORHF, textes officiels du sacramentaire-pontifical "Saint Colman Prayer Book", usage approuvé 09/2005
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/orthodoxie-occidentaleerhf-jeune-et.html


Jeûne et Abstinence dans le Rite Occidental AWRV (vicariat de rite orthodoxe occidental, archidiocèse grec-orthodoxe antiochien d'Amérique)
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/orthodoxie-occidentaleantioche-jeune.html

Jeûner et déjeuner, maladie et jeûne eucharistique
http://stmaterne.blogspot.com/2006/08/jeuner-et-dejeuner-maladie-et-jeune.html


Pendant le Carême de la Nativité, plusieurs articles parlant du jeûne ont été publiés, leur portée n'est pas limitée à cette période liturgique précise, mais à toute période de jeûne. Les revoici :

"Carême de la Nativité du Christ 3 : jeûne, vie familliale & fêtes du Carême, prière et Parousie"
http://stmaterne.blogspot.com/2006/12/carme-de-la-nativit-du-christ-3-jene.html
Carême de la Nativité du Christ 2 - Réflexions de "Ian Climacus" en Australie; l'Avent dans la tradition chrétienne occidentale orthodoxe et non-orthodoxe; Jeûne de la Nativité (orthodoxwiki.org); manger pour vivre, ou vivre pour manger?; les origines de l'Avent, par le p. Patrick Reardon (Patriarcat d'Antioche)
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/carme-de-la-nativit-du-christ-2.html

Carême de la Nativité du Christ 1 - Père Alexander Schmemann : "Le Cycle de la Nativité" - Pourquoi jeûner avant la Nativité - Mère Gavrilia et le jeûne, arme spirituelle par excellence - Règles du jeûne dans l'Orthodoxie Occidentale Bénédictine
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/carme-de-la-nativit-du-christ-1.html



Produis, ô mon âme, les dignes fruits du repentir