"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 mars 2007

25 mars: Synaxaire de l'Annonciation de Notre Très Sainte Souveraine et toujours Vierge Marie


En ce jour qui suit de peu l'équinoxe de printemps, alors que l'obscurité de la nuit, ayant atteint le terme de son extension, commence à céder la place à la lumière, l'Église célèbre la conception de Notre Seigneur Jésus-Christ et la descente, en ce monde obscurci par les ténèbres, du Soleil de Justice, qui a retourné le mouvement du temps et de l'histoire et, d'une descente vers la mort, en a fait une remontée vers le printemps définitif de l'éternité.

Racine et principe de toutes les autres fêtes du Seigneur, par lesquelles nous commémorons chaque année notre Rédemption, cette fête de l'Annonciation doit toujours être rigoureusement célébrée à la même date, car, selon une ancienne tradition, c'est au mois de mars que le monde fut créé par Dieu et c'est le 25 mars précisément qu'Adam, trompé par la promesse du serpent et voulant se faire dieu, transgressa le Commandement divin et fut exilé du Paradis [1]. Il convenait donc que la guérison de notre nature s'accomplisse, telle une seconde Création, par les mêmes moyens et en ces mêmes jours qui ont été ceux de notre chute. Et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par la désobéissance d'Ève, au printemps du monde, il convenait qu'il en fût délivré au mois de mars par l'obéissance de la Vierge. Développant magnifiquement cette doctrine des correspondances dans l'Économie de la Rédemption, saint Irénée de Lyon écrit à ce propos : "De même que celle-là (Ève) avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci (Marie) fût instruite de la bonne-nouvelle par le discours d'un Ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que de la vierge Ève, la Vierge Marie devienne l'avocate : et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une vierge" [2].

Après notre chute, Dieu, prenant patience dans Sa miséricorde infinie, avait peu à peu préparé l'humanité, de génération en génération, par des événements heureux et malheureux, à la réalisation du Grand Mystère qu'Il tenait caché avant tous les siècles dans Son Conseil trinitaire : l'Incarnation du Verbe. Alors qu'Il savait, bien à l'avance, quelle allait être la faute de l'homme et ses tragiques conséquences, c'est en ayant en vue le terme de ce mystère qu'Il avait pourtant créé la nature humaine, afin de s'y préparer une Mère [3] qui, par la beauté de son âme immaculée, relevée de l'ornement de toutes les vertus, attira sur elle les regards du Tout-Puissant et devint la chambre nuptiale du Verbe, le réceptacle de Celui qui contient tout, le Palais du Roi du Ciel et le terme du dessein divin.

Six mois après la conception miraculeuse de celui qui devait être en toutes choses le Précurseur du Sauveur (Luc 1:17), Gabriel, l'Ange de la miséricorde (cf. 8 novembre), fut envoyé par le Seigneur à Nazareth en Galilée, auprès de la Vierge Marie qui, au sortir du Temple, avait été fiancée au juste et chaste Joseph, pour qu'il soit le gardien de sa virginité [4]. Surgissant soudain dans la maison sous une apparence humaine, un bâton à la main, l'Ange salua celle qui devait devenir la consolation des larmes d'Ève [5] en disant : "Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi!" (Luc 1:8). Devant cette étrange apparition la Vierge laissa tomber son fuseau [6] et, toute troublée par ces paroles de l'incorporel, elle se demandait si cette annonce de joie n'était pas, comme pour Ève, une nouvelle tromperie de celui qui sait se transformer en ange de lumière (cf. 2 Cor. 11, 14). Mais l'Ange la rassura et lui dit : "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Ne t'étonne pas de mon étrange aspect et de ces paroles de joie, alors que, trompée jadis par le serpent, ta nature a été condamnée à la douleur et aux gémissements, car moi, c'est la vraie joie que je suis venu t'annoncer et la délivrance de la malédiction de la première mère (cf. Genèse 3:16). Voici que tu concevras et enfanteras un fils, en accomplissement de la prédiction du prophète Isaïe qui disait : "Voici que la vierge concevra et enfantera un fils!" Et tu l'appelleras du nom de Jésus, ce qui signifie Sauveur. Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut."

A ces paroles inouïes, la Vierge s'exclama : "Comment cela serait-il possible, puisque je ne connais point d'homme?" Elle ne mettait pas en doute la parole divine par manque de foi, comme Zacharie qui avait été pour cela puni de mutisme (Luc 1:20), mais elle se demandait comment ce mystère pourrait bien se réaliser en elle, sans l'union nuptiale, devenue la loi de la reproduction du genre humain soumis à la corruption. Comprenant ses doutes, l'Ange ne la blâma pas, mais il lui expliqua le mode nouveau de cette naissance : "L'Esprit Saint viendra sur toi, qui a été comblée de grâce en préparation de Sa venue, et la puissance du Très-Haut te couvrira de Son ombre." Puis, rappelant qu'Élisabeth, celle qu'on appelait "la stérile", venait de concevoir un fils dans sa vieillesse, il lui montra ainsi que là où Dieu le veut l'ordre de la nature est vaincu [7], et il lui confirma que par Sa venue en elle le Saint-Esprit allait accomplir un miracle plus grand encore que la création du monde et, qu'abaissant les cieux, le Roi de l'univers, Celui qui contient tout, allait S'anéantir lui-même (Philippiens 2:7) par une ineffable condescendance, afin de demeurer en son sein, de s'y mêler en une union sans confusion à la nature humaine, et de se revêtir de sa chair, teinte en son sang virginal, comme une pourpre royale.

Inclinant alors humblement son regard à terre et adhérant de toute sa volonté au dessein divin, la Vierge répondit : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole!"

Par ces paroles elle acceptait, et avec elle la nature humaine tout entière, la venue en elle de la Puissance divine transmise par les paroles de l'Ange. Et c'est à cet instant même que s'accomplit la Conception du Sauveur. Le Fils de Dieu devient Fils de l'Homme, une seule Personne en 2 natures. Dieu Se revêt de l'humanité et la Vierge devient en toute vérité Mère de Dieu (Théotokos), afin que, par cet échange des propriétés naturelles, les hommes, délivrés de l'Hadès (enfer), puissent devenir fils de Dieu par la Grâce.

L'accomplissement de ce Mystère de l'Incarnation, caché même à la connaissance des Anges, ne fut donc pas seulement l'oeuvre du Père, dans Sa complaisance, du Fils qui descendit des Cieux, et de l'Esprit qui recouvrit la Vierge de Son ombre, mais le Seigneur attendait que celle qu'Il avait choisie entre toutes les femmes y prenne aussi une part active par son acquiescement libre et volontaire, de sorte que la Rédemption du genre humain fût l'oeuvre commune de la volonté de Dieu et de la foi de l'homme. Ce fut donc par une libre coopération (synergie) de l'humanité au dessein divin que s'est accompli ce Grand Mystère préparé depuis l'origine du monde, que Dieu devient homme pour que l'homme devienne dieu [8], et que la Vierge, Épouse inépousée, est devenue pour notre nature renouvelée la source et la cause de tous les biens.

Autrefois entrevue en figures par les prophètes comme le Buisson non-consumé (Genèse 3:14), comme la Montagne non-entaillée (Daniel), comme la Porte scellée par laquelle Dieu seul devait passer (Ezéchiel 44:2), la Mère de Dieu est l'Échelle vivante (cf. Genèse 28:10- 17) par laquelle Dieu est descendu et qui permet aux hommes de monter au Ciel. Elle a ouvert au genre humain un nouveau mode d'existence : la virginité, grâce à laquelle le corps de tout homme, à sa suite, est appelé à devenir le temple de Dieu (cf. 1 Cor. 3:16 ; 6:19).

Et la création entière, soumise jadis à la corruption par la faute de l'homme, était elle aussi dans l'attente de ce "Oui!"' de la Vierge, qui annonçait le début de sa délivrance. C'est pourquoi le Ciel et la terre réunis, forment aujourd'hui un coeur de fête avec les fils d'Adam, pour rendre gloire à Dieu en honorant la conception de Sa Mère inépousée.

NOTES :

[1] On rapporte également que c'est en ce mois que le peuple Juif sortit d'Egypte et traversa la Mer Rouge à pied sec, que notre Seigneur Jésus-Christ ressuscita
des morts le 25 mars et que la résurrection générale et le Jugement dernier auront lieu aussi le même jour. Ce mois, qui était le premier de l'année chez les Juifs et qui évoque par son nom la perfection, récapitule donc tous les Mystères de l'Économie divine, depuis la Création jusqu'à la restauration de toutes choses.

[2] Contre les hérésies V, 19, 1 (SC 153, 255).

[3] C'est l'enseignement de Saint Nicolas Cabasilas dans son "discours sur l'Annonciation, 8" (Patrologia Orientalis, 19).

[4] Cf. la notice du 21 novembre du calendrier orthodoxe.

[5] Cf. L'Hymne Acathiste, qui fut primitivement un hymne pour la Fête de l'Annonciation et qui est chanté solennellement le samedi de la Cinquième semaine du Carême. Dans la tradition grecque il est en outre chanté partiellement chaque soir des 4 premiers vendredis de Carême. Dans les Monastères on le récite tous les jours aux complies, et nombre de fidèles orthodoxes le connaissent par coeur et aiment à le réciter plusieurs fois pendant la journée. Car la salutation de l'Ange est devenue l'expression de la joie et de la gratitude de tous les Chrétiens envers la Mère de Dieu.

[6] D'après l'Évangile apocryphe de Saint Jacques, elle avait été chargée par les prêtres de filer la pourpre écarlate pour le voile du Temple. Ce détail a été conservé dans l'iconographie orthodoxe.

[7] S. Grégoire le Théologien. Sur tout ceci voir aussi la notice du 26 décembre du calendrier orthodoxe.

[8] Saint Irénée; saint Athanase.

23 mars 2007

P. J. Breck: Le statut de l'enfant à naître à nouveau en cause – déclaration Orthodoxe sur l'avortement

cité par :
http://www.orthodoxytoday.org/articles/BreckSanctityofLife.php


Chaque année, fin janvier, nous commémorons le "dimanche de l'Inviolabilité de la Vie" et nous nous préoccupons du nombre tragique d'avortements aux États-Unis d'Amérique et partout ailleurs dans le monde. C'est un moment où nous avons à nouveau ce sursaut en réalisant que, pour autant que nous le sachions, les plus hauts taux d'avortements ont lieu dans des pays "Orthodoxes." Il semble dès lors approprié de se pencher à nouveau sur le "statut de l'enfant à naître" et les attitudes qui prévalent dans notre propre pays, qui permet et même encourage la destruction des enfants dans le sein maternel.

Lorsque la Chambre des Députés a approuvé le 26 avril 2001 le "fetal protection bill" [législation de protection de la maman ET de son bébé encore dans le sein maternel; ndt] MSN News a rapporté que la député Démocrate de la capitale de la nation, Eleanor Holmes Norton, avait dénoncé cette loi comme "clairement non-constitutionnelle." Elle avait précisé de la sorte les raisons de son jugement : la loi "définit le statut du foetus comme étant celui d'une personne, ce qui est une flagrante violation de la décision du jugement Roe v. Wade."
Cette législation, forgée par feu le membre de la Haute Court de Justice Harry Blackmun, affirmait que le mot 'personne' tel qu'utilisé dans le 14ème Amendement [de la Constitution US] n'incluait pas l'enfant à naître."

Dans une dénonciation similaire du "fetal protection bill", le NARAL (National Abortion Rights and Reproductive Action League – un groupe partisan du droit à tuer l'enfant à naître à tous les stades de son développement; ndt), rejoint par le Planned Parenthood [Planning Familial, équivalent en idéologie à celui de Belgique; ndt] et d'autres groupes pro-avortement, déclara que la législation donnerait des droits au foetus "séparés et égaux à ceux de la femme et digne de protection légale..."

Aussi clairement que ne l'avait faite la décision "Roe v. Wade", la loi "fetal protection bill" nous a forcé à reconsidérer le statut, tant légal que moral, de l'être humain à naître, de la conception à la naissance.

Apparemment, la loi ne visait qu'à criminaliser l'acte de blesser ou de tuer le foetus d'une femme enceinte au cours d'un acte violent commis contre sa personne à elle. Le coupable pourrait, en d'autres termes, être inculpé de 2 crimes séparés, un contre la femme, et un second contre l'enfant qu'elle porte. Dans les faits, cette législation a simplement établi en termes modernes ce que les anciens Israélites acceptaient comme loi il y a 3.000 ans d'ici : "Lorsque des hommes, au cours d'une querelle, viennent à heurter une femme enceinte et provoquent un avortement, sans autre accident, ils seront passibles d'une indemnité... Mais s'il y avait d'autres dommages, il faudra rendre vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent..." (Exode 21,22-25).

Les exégètes ne sont pas d'accord entre eux quant à qui exactement est victime dans ce passage. Une lecture comprend l'enfant étant mort du fait de fausse-couche, dès lors le souci n'est que pour la femme. Dans ce cas, on pourrait argumenter que le foetus n'a pas de statut légal. Une autre lecture affirme que le passage parle d'un acte qui mène à une naissance prématurée, et que le dommage en question se réfère à l'enfant. Si cette lecture est correcte, l'enfant à naître est implicitement reconnu comme étant pleinement humain et méritant protection légale.

En tout cas, la Septante, traduction grecque de l'Ancien Testament, datant du 3ème siècle avant Jésus-Christ, comprend bien clairement que la victime du dommage, c'est l'enfant à naître. Une distinction est faite entre le foetus "formé" et le "non-formé" : si l'enfant est né dans un état "non-formé", la personne qui a porté le coup doit payer un dédommagement déterminé par le mari de la femme. Cependant, si l'enfant est formé, l'agresseur souffrira des dommages équivalents à ceux soufferts par l'enfant, y compris la mort.

Dès lors, d'après la Loi mosaïque, provoquer une fausse-couche fatale d'un foetus près du terme mérite la peine de mort.

Cette ancienne législation fait partie du Livre de l'Alliance qui a formaté les perspectives morales Juives et Chrétiennes jusqu'à nos jours. La vision morale d'Israël a été transformée et élevée par le Christ, Qui a appelé dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu 5-7) et en d'autres endroits à atteindre ce qui a été appelé une "plus grande justice" que celle des Pharisiens. Et cependant, la Nouvelle Loi du Christ est en pleine continuité avec la Loi de Moïse.

La science et la politique ne se mélangent en général pas mieux que l'eau et l'huile. Bien que l'embryologie puisse confirmer que la vie humaine existe dès la conception tant génétiquement qu'au niveau devéloppemental, le souci d'apaiser les partisans du "libre-choix" (d'avorter le bébé; ndt) a mené les 3 branches du gouvernement à préserver le "droit" même à des procédures récentes telle que "l'avortement après naissance partielle", un acte de barbarie même pas déguisée.

Bien que nombre d'opposants à l'avortement tentent de faire annuler "Roe v. Wade" et législations similaires, travaillant depuis le point de départ, il pourrait s'avérer plus efficace de changer la méthode et de commencer par les pratiques les plus flagrantes dans le commerce de l'avortement. Le président G.W Bush a exprimé une claire opposition aux avortements après naissance partielle. S'ils pouvaient être déclarés hors-la-loi, ce serait un grand pas en direction d'une confirmation de ce que les traditions Juives et Chrétiennes ont toujours su : que la vie dans le sein maternel est vie humaine, méritant protection légale. Alors il serait nécessaire de travailler en remontant progressivement vers le début des choses, pour finalement éradiquer de l'esprit du public la fausse distinction entre "enfant", "foetus" et "embryon."

La science opère sur base de la connaissance; la politique opère sur base de pressions. Il dépend de chacun d'entre nous d'appliquer ces pressions, de manière appropriée et pacifique mais très ferme et acharnée. Alors nous pourrions pour finir sortir de ce moment tragique de notre histoire, moment marqué par un niveau d'égocentrisme qui permet de sacrifier la vie humaine à ses débuts aux intérêts du clônage, à la collecte de cellules souches embryonnaires, et à l'infanticide de naissance partielle. Et finalement nous pourrions reconnaître et affirmer, tant à travers la politique publique que par la conviction religieuse, que le "statut de l'embryon" n'est rien de moins que le statut dont nous bénéficions nous-mêmes, en tant que citoyens dotés de droits inaliénables, et en tant que personnes dotées de l'Image de Dieu.

L'archiprêtre Jean Breck est professeur d'Exégèse Biblique et de Bio-éthique à l'Institut de théologie Orthodoxe Saint-Serge à Paris.

*-*-*-*

"Étapes finales d'un avortement après naissance partielle":
("Final Stage of a Partial-Birth Abortion")

http://www.nrlc.org/abortion/pba/PBA_Images/PBA_Images_Heathers_Place.htm

(cliquez sur l'image - âmes sensibles, s'abstenir)

A (re)lire :

Avortement et prière de l'Eglise – un prêtre en Sibérie innove


Le peuple des avortés et l'Église du Christ, réflexions du hiéromoine Savatie, références canoniques et patristiques, etc

Marche pour la Vie: un primat Orthodoxe participe pour la 19ème année consécutive

Orthodoxie, saint prophète Amos, crime d'avortement et marche pour la Vie - l'Église Orthodoxe envoie un message clair, tant en paroles qu'en actes.

21 mars 2007

C'est le printemps!... enfin, sur la table familiale, fleurie..

Les années se suivent et ne se ressemblent pas.

Pour le printemps 2004, nous étions en pèlerinage à sainte Gertrude, à Nivelles.
Un petit crachin de printemps, bien brabançon, rendait l'air humide, mais c'était tout.
La neige nous avait quittés après le pèlerinage à saint Hadelin de Franchimont & Celles.


En 2005, la neige nous avait quittés début mars – quelques photos de famille du 6 mars, roulant dans les blancs flocons, et puis après du soleil. Pour retrouver une poudreuse enchanteresse, il nous avait fallu aller au Mont-Sainte-Odile, des amis se mariant aux pieds de notre grande amie sainte Odile.



En 2006, je postais les annonces pour les activités et pèlerinages autour de sainte Rolende de Gerpinnes... et il faisait beau.


Aujourd'hui, 21 mars 2007, c'est à l'intérieur de la maison qu'il faut rester si on veut se trouver "là où il fait beau", respirant les jonquilles au lieu des frimas.

Parce que dehors... "on s'les gèle"!

et c'est gènant, parce que le mirabellier était en fleur, et prometteur...
Ouah! si c'était pas Carême, j'me prendrais bien un chtit schnaps pour me réchauffer!
Hé, c'était pour rire, hein, la neige, j'aime!

Mais nous préférons tout de même cette neige intermittente à l'avalanche de grêle subie le 27 mars 2006 : ils n'étaient certes pas encore aussi gros que ceux du 19 août 2004, que nous ne sommes pas prêts d'oublier, mais ils étaient impressionnants tout de même. Et redoutables pour les cultures...



Et puis, en fin d'après-midi, le soleil est venu nous réjouir et réchauffer un peu l'atmosphère.. en attendant le prochain passage de giboulée :-)

Carême: jeûne, prière, abstinence, vie. La nature, saint Lupicin et saint Grégoire le Grand nous expliquent.

(source de l'info "criquets" : sous-diacre Benjamin Johnson / Westernorthodox.blogspot.com)

Comme le rappelait saint Philarète (homélie du dimanche de saint Jean Climaque), l'ascèse est un aspect incontournable de la véritable vie Chrétienne. Si l'ascèse est absente, il n'y a pas de vie vraie en Dieu, tout simplement. Et en l'absence de véritable vie Chrétienne, s'il y a vie physique apparente, il y a pourtant nécessairement mort spirituelle. C'est ce que nous enseignent tous les Pères et Mères de l'Église depuis les Apôtres jusqu'à nos jours.
Pendant le Grand Carême (comme presque tous les mercredis et vendredis de l'année), une des facettes de cette ascèse Chrétienne consiste en l'abstinence de rapports sexuels entre époux. Le régime alimentaire du Chrétien qui respecte le jeûne que lui recommande l'Église est vraiment là pour l'y aider. On s'en rend compte en observant les animaux. Illustration. On pourra m'objecter que c'est un peu tiré par les cheveux, comme illustration. Justement, il se fait que de cheveux, je n'en ai plus beaucoup, ceci expliquant cela? :-)
JM

Mourir...












Les criquets bien nourris cherchent toujours l'aventure sexuelle mais meurrent jeunes

http://www.livescience.com/animalworld/cassanova_crickets_041222.html


Par Robert Roy Britt
Rédacteur principal de LiveScience
posté: 22 Decembre 2004
13h13 ET

Les criquets nourris au "régime Atkins" sont exceptionnellement persévérants dans la recherche d'une partenaire, mais ils paient un coût très élevé pour leur enthousiasme sexuel : ils meurent plus jeunes.

Une nouvelle étude a découvert que les criquets mâles bien nourris avaient un taux de survie plus élevé que comme nymphes, grandissaient plus vite à un stade précoce et prenaient plus vite du poids une fois adultes.

Ensuite ils ne se retenaient plus.

"Les criquets nourris à un régime à haut taux de protéines sont plus susceptibles de commencer leurs appels plus jeunes, et durant leur cycle de vie, ils se reproduiront plus que des mâles d'un régime basses protéines," dit le chef de recherche John Hunt, de l'université de New South Wales à Sydney, Australie.

Les incessants appels lancés – plus souvent chaque nuit que leur homologues moins richement nourris – a fait que les mâles bien nourris sont morts d'épuisement. Mais probablement pas avant que la mission n'ait été accomplie.

"Tous les mâles ont probablement eu la possibilité de s'accoupler," dit Hunt à LiveScience. "S'ils lancent leurs appels, c'est qu'ils ont la maturité sexuelle et la capacité de s'accoupler."

Dépenser des ressources supplémentaires pour les aspects sexuels est commun chez beaucoup d'animaux, dit Hunt. Dans la plupart des cas, les mâles de haute qualité sont capables de dépenser beaucoup d'effort dans le sexe et de vivre vieux. L'équipe de Hunt voulait éprouver une récente théorie suggérant que cette approche avait parfois des effets contraires.

"Produire de nombreux rapports sexuels est aussi très coûteux dans nombre d'espèces," dit Hunt. Les mâles de la meilleure qualité qui peuvent se permettre de se dépenser le plus en activité sexuelles peuvent (dans certains cas) en réalité payer un prix très élevé. Dans le cas du criquet T. Commodus, le prix payé est une survie réduite."

Les femelles en régime haut en protéines vivent plus longtemps, sans effets secondaires notables.

Cette étude est détaillée dans le numéro du 23 décembre du journal "Nature."

*-*-*

article original en référence:
'Casanova' field crickets: live fast, die young - 23 December 2004

http://www.unsw.edu.au/news/pad/articles/2004/dec/Crickets.html


accouplement de criquets*-*-*

... ou... Vivre!



Prêtre depuis 75 ans, ayant servi à Shangaï sous saint Jean Maximovitch,
le prêtre Elias Wen a aujourd'hui 110 ans!


Si dans l'intempérance, il est évident que l'on chutera, c'est aussi possible dans l'abstinence. Les Pères et Mères du Désert ont maintes fois mis en garde contre ce danger caché derrière une apparente vertu. Et saint Grégoire le Grand, notre père dans la Foi, avec son incommensurable science de l'Écriture, nous en explique le pourquoi.

Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis (Règle Pastorale)
Livres I & II

Livres III & IV

Livre III, Chapitre 19
Comment il faut admonester ceux qui font un usage immodéré de la nourriture et ceux qui en font trop faible usage.

(Admonition 20.) Il faut admonester différemment le glouton et l'abstinent. Car la surabondance de verbiage, la légèreté de conduite et la lubricité accompagnent le premier; mais le second, c'est souvent le péché d'impatience, et souvent celui d'orgueil. Car si ce n'était pas vrai que le verbiage immodéré égare le glouton, alors l'homme riche qu'on présentait comme ayant vécu dans le faste tous les jours n'aurait pas brûlé plus en sa langue qu'ailleurs, quand il disait "Père Abraham, ait pitié de moi et envoie-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et rafraîchisse ma langue, car je suis tourmenté dans cette fournaise" (Luc 16,24). Par ces paroles il nous est assurément montré que dans ses festivités quotidiennes, il avait fréquemment péché par sa langue, quand on voit que bien qu'au milieu des flammes, il demanda que ce soit sa langue en particulier qui soit rafraîchie. De même, que la légèreté de conduite est étroitement associée à la gloutonnerie, l'autorité sacrée en témoigne, quand elle dit "Le peuple s'assis pour manger et boire, et se leva pour jouer" (Exode 32,6). Pour la plupart aussi, cela nous amène même à la lubricité, car lorsque le ventre est distendu parce que repu, les aiguillons du désir sont excités. D'où cela mène aussi au fourbe Ennemi, qui avait ouvert les sens du premier homme par l'envie pour le fruit défendu, mais l'attrapa dans le noeud coulant du péché, ce qui fit dire à la Voix divine "Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre" (Gen. 3,14); comme s'il lui était clairement dit "dans les pensées et dans les bouches, tu domineras sur les coeurs humains." Que la luxure soit associée à la gloutonnerie, le prophète l'atteste, dénonçant les choses cachées lorsqu'il parle des choses visibles, quand il dit "domum quoque regis et domum vulgi succenderunt Chaldei igni et murum Hierusalem subverterunt" – les chefs des Chaldéens ont brûlé et démoli les murailles de Jérusalem" (Jér. 39,9; 2 Rois 25,10). Car le chef des Chaldéens c'est le ventre, à qui les Chaldéens prêtent grande attention, car il peut se remplir avec délectation de mets. Et les murs de Jérusalem sont les vertus de l'âme, élevée pour jouir d'une paix céleste. Aussi donc, le chef des Chaldéens renverse les murailles de Jérusalem, parce que lorsque le ventre est distendu à cause de la gloutonnerie, les vertus de l'âme sont détruite par la luxure.

D'un autre côté, si ce n'était pas vrai que l'impatience fait chuter habituellement l'abstinent hors du sein de la tranquillité, Pierre n'aurait en aucun cas dit "Pour ces motifs, faites tous vos efforts pour unir à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance" (2 Pierre 1,5-6), rajoutant aussitôt avec vigilance: "à la tempérance la patience." Car il avait prévu que la patience qu'il leur recommandait vivement manquerait à l'abstinent. A nouveau, si ce n'était pas vrai que le péché d'orgueil perce parfois à travers les cogitations de l'abstinent, Paul n'aurait jamais dit "Que celui qui mange de tout ne méprise pas celui qui s'abstient" (Rom. 14,3). Et de nouveau, parlant à d'autres, regardant vers les maximes glorifiant la vertu d'abstinence, il ajouta "Tout cela peut avoir un semblant de sagesse, en manifestant un culte volontaire, de l'humilité, du mépris pour le corps; mais cela est sans valeur réelle et ne sert qu'à satisfaire la chair" (Coloss. 2,23). Ici, on notera que l'excellent prédicateur, dans son argumentation, relie une manifestation d'humilité à la superstition du culte personnel, parce que lorsque la chair est soumise plus que de nécessaire par l'abstinence, l'humilité est exposée extérieurement, mais à cause de cette humilité même, il se trouve à l'intérieur un pénible orgueil. Et si l'esprit ne se gonflait pas parfois à cause de la vertu d'abstinence, alors l'arrogant Pharisien ne l'aurait en aucun cas studieusement comptée parmi ses grands mérites, disant "Je jeûne 2 fois par semaine" (Luc 18,12).

Ainsi les gloutons doivent être avertis, pour prévenir qu'en s'octroyant à eux-mêmes le plaisir de mets délicats ils ne se transpercent eux-mêmes avec l'épée de lubricité; et qu'ils perçoivent comment la profusion de verbiage, comment la grande légèreté d'esprit, est à l'affût après eux, à travers leur repas; de peur que, tandis qu'ils ne servent doucement le ventre, ils ne deviennent cruellement attachés dans les liens du vice. Car par cela, au plus nous nous éloignons de notre second parent par notre gourmandise immodérée, quand la main se tend vers la nourriture, nous renouvelons la chute de notre premier parent. Mais, d'autre part, les abstinents doivent être admonestés avec la même préoccupation, de peur que, tandis qu'ils contournent le vice de la gloutonnerie, des vices toujours plus mauvais ne soient engendrés, comme s'ils étaient vertu, ou que tandis qu'ils macèrent leur chair, leur esprit ne s'effondre dans l'impatience; et qu'alors il n'y aurait nulle vertu à avoir vaincu la chair, l'esprit étant vaincu par la colère. De plus, il arrive parfois qu'alors que l'esprit des abstinents réprime la colère, il est cependant corrompu par une joie extérieure, et perd tout le bénéfice de l'abstinence en ce qu'il échoue à se préserver lui-même des vices spirituels. Dès lors, le prophète disait fort à propos "le jour où vous jeûnez, vous traitez vos affaires" (Isaïe 58,3 LXX). Et peu après, il rajoutait "Vous passez votre jeûne en disputes et en querelles, vous frappez du poing méchamment" (Isaïe 58,4 LXX). Car on prend plaisir à faire sa propre volonté, et le poing appartient à la colère. Alors c'est en vain que le corps est brisé par l'abstinence si l'esprit, abandonné aux émotions désordonnées, est dissipé par les vices. A nouveau, il faut les avertir qu'ils n'aillent pas s'imaginer que l'abstinence qu'ils pratiquent sans modération est une vertu éminente aux yeux du Juge caché; de peur que s'il advenait qu'ils la considèrent être d'un grand mérite, le coeur n'en soit soulevé de superbe. Car c'est pour ça qu'il est dit par le prophète, "un jeûne qui me plaise... c'est de partager sa nourriture avec l'affamé, d'héberger les malheureux sans asile" (Ibid. 5-7).

A cet égard, il faut remarquer à quel point la vertu d'abstinence est considérée comme petite, voyant qu'elle n'est pas louée, mais bien d'autres vertus. D'où Joël disait "Sanctifiez un jeûne." Car en effet, sanctifier un jeûne, c'est rendre digne de Dieu l'abstinence de la chair en y adjoignant d'autres bonnes oeuvres. Les abstinents doivent être admonestés afin qu'ils offrent à Dieu une abstinence qui Lui plaît, celle où ils donnent à l'indigent la nourriture dont ils se sont privés. Car nous devrions prêter attention avec sagesse à ce qui est blâmé par le Seigneur à travers le prophète, disant, "Quand vous avez jeûné et avez pleuré en cinquième et septième mois loin ces soixante-dix ans, vous à tout rapide un rapide à Moi? Vous avez, en effet, jeûné et pleuré, au cinquième et au septième mois, depuis 70 ans. Mais est-ce bien à mon intention que vous l'avez fait? Quand vous mangez et buvez, n'est-ce pas vous qui mangez, n'est-ce pas vous qui buvez?" (Zach. 7,5-6). Car il ne jeûne pas pour Dieu mais pour lui-même, si ce qu'il refuse à son ventre pendant un temps il ne le donne pas au nécessiteux, mais le garde pour se l'offrir ensuite à son ventre.


Dès lors, que ce soit l'appétit des gloutons qui fasse quitter leur garde aux uns, ou que ce soit la chair mortifiée qui égare les autres par l'exaltation, que tous entendent cette parole de la bouche de la Vérité : "Soyez sur vos gardes, de peur que vos coeurs ne s'alourdissent dans les excès de la table, par l'ivresse et par les soucis de la vie" (Luc 21,34). Et au même endroit est rajouté une crainte bénéfique, "et que ce Jour ne fonde sur vous à l'improviste comme un filet; car il s'abattra sur tous les habitants de la terre entière" (Luc 21,35). Que les abstinents écoutent ceci : "Ce qu'absorbe la bouche ne peut souiller l'homme; ce que profère la bouche, voilà ce qui peut souiller l'homme" (Matthieu 15,11). Et que les gloutons entendent ceci : "Les aliments sont faits pour le ventre, et le ventre pour les aliments: Dieu détruira aussi bien les uns que l'autre" (1 Cor. 6,13). "Point d'orgies, point d'ivrognerie; point de luxure ni de débauches; point de querelles, point de jalousies" (Rom. 13,13). "Ce n'est pourtant pas un aliment qui peut nous rendre agréables à Dieu" (1 Cor. 8,8). Que les abstinents entendent encore ceci : "Pour ceux qui sont purs, tout est pur; tandis que pour ceux qui
sont souillés et incroyants, rien n'est pur" (Tite 1,15). Que les gloutons écoutent aussi cela : "Leur destinée, c'est la perdition, car leur Dieu, c'est leur ventre" (Philip. 3,19). Et que les abstinents écoutent encore : "d'aucuns abandonneront la foi... Ils proscrivent le mariage et
l'usage d'aliments que Dieu a créés pour qu'ils soient pris avec reconnaissance par les fidèles et ceux qui connaissent la vérité" (1 Tim. 4,1;3). Et que les gloutons prêtent attention à ceci : "Et il est bon de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, de s'abstenir de faire quoi que ce soit qui pourrait être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de défaillance" (Rom. 14,21). Et que les abstinents prêtent aussi attention à cela : "Cesse de ne boire que de l'eau; prends un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions" (1 Tim. 5,23).
Dès lors, les premiers peuvent apprendre à ne pas souhaiter démesurément la nourriture pour la chair, et les seconds ne pas oser condamner ce que Dieu a créé, et après quoi ils n'aspirent pas.

Amen.
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Traduit et publié ce 21 mars, en la fête d'un des 2 fondateurs de l'ancien "Athos d'Occident", saint Lupicin (frère de saint Romain, fête le 28 février), maître en ascèse Chrétienne.


statue reliquaire de saint LupicinUne statue reliquaire de saint Lupicin, réalisée au 18ème siècle
Prieuré Saint-Lupicin, église paroissiale de la Nativité-de-la-Vierge


chasse de saint Lupicin, 1689châsse de saint Lupicin, réalisée en 1689, même église



Bras-reliquaire de saint Lupicin, fin 15eme sBras-reliquaire de saint Lupicin, fin 15ème siècle, même église.
Que ça colle mal avec l'humilité et l'austérité du grand saint ascète!


Christ en gloire, eglise Saint-Lupicin, 13eme siecleBeau Christ en gloire, 13ème siècle, même église.
Comme le lecteur averti se souviendra, on est en présence d'un de ces crucifix dont le style est bien de la période Orthodoxe.



Plaque funeraire de saint Lupicin, origine merovingiennePlaque funéraire de saint Lupicin, origine mérovingienne, datation exacte, même église

source & (c) des photos sur saint Lupicin
http://www.culture.fr/public/mistral/palissy_fr

Un(e) iconographe Orthodoxe serait fort bien inspiré(e), à mon humble avis, de réaliser une Icône de saint Lupicin en conformité avec les canons mérovingiens en la matière. Ce serait lui rendre l'honneur dû.

20 mars 2007

Dentelles de glace, Céleste Sculpteur: Job 37,10 "Au souffle de Dieu se forme la glace, et la surface des eaux se durcit"

Avec l'arrivée des giboulées de Mars, revient la neige – en quantité supérieure à ce qu'on a eu sur l'hiver tout entier! - et revient le givre et le brouillard givrant. L'Artiste Qui a créé ce si bel univers S'y exprime à chaque molécule. Deo gratias.

Alors, du sein de la tempête, le Seigneur fit à Job cette réponse:





Quel est celui qui obscurcit ainsi la Providence
par des discours inintelligents?
Mets ta ceinture, comme un homme;
Je vais t'interroger, tu Me répondras.
Où étais-tu quand J'ai fondé la terre?
Parle, si tu es informé.
Qui en a pris les mesures? Car tu le sais.
Qui a tendu sur elle le cordeau?
Sur quoi reposent ses bases?
Qui en a posé la pierre d'angle,
aux joyeux concerts des astres du matin,
aux acclamations de tous les fils de Dieu?
Qui a fermé la mer avec des portes,
quand elle jaillit du sein maternel,
quand Je lui donnai les nuées pour habit,
et pour langes des brouillards ténébreux;
quand Je lui traçai les limites,
et lui mis portes et verrous
en disant : "Tu viendras jusqu'ici, pas plus loin,
ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots?"
As-tu jamais de ta vie commandé au matin?
As-tu indiqué sa place à l'aurore,
pour qu'elle saisisse les bords de la terre,
et qu'elle en secoue les méchants,
pour qu'elle prenne forme comme l'argile à cachet
et prenne couleur comme un vêtement,
pour que soit refusée aux méchants leur lumière,
et soit brisé leur bras déjà levé?
As-tu été jusqu'aux sources de la mer?
T'es-tu promené jusqu'au fond de l'abîme?
Les portes de la mort te sont-elles apparues?
As-tu vu les portes du ténébreux séjour?
As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre?
Parle, si tu sais tout cela!
Quel est le chemin du séjour lumineux?
Où est la résidence des ténèbres?
Tu pourrais les saisir en leur domaine,
et reconnaître les sentiers de leur demeure.
Tu dois le savoir, puisque tu étais déjà né :
le nombre de tes jours est si grand!
As-tu pénétré dans les greniers à neige?
As-tu visité les magasins à grêle,
que Je réserve pour les temps de détresse,
pour les jours de lutte et de bataille?
Par quelle voie la lumière se diffuse-t-elle,
et le vent d'orient se répand-il sur la terre?
Qui ouvre un canal aux ondées,
et fraie une route à l'éclair,
pour faire pleuvoir sur une terre inhabitée,
sur un désert sans humains,
pour arroser des lieux vastes et désolés,
et y faire germer l'herbe verdoyante?
La pluie a-t-elle un père?
Qui engendre les gouttes de la rosée?
De quel sein sort la glace,
qui enfante le givre du ciel,
quand se figent les eaux comme la pierre,

et que se prend la surface de l'abîme?
Est-ce toi qui noues les liens des Pléiades,
ou qui délies les chaînes d'Orion?
Est-ce toi qui fais sortir en son temps les constellations,
et qui conduis la Grande Ourse avec ses petits?
Connais-tu les lois du ciel,
règles-tu son influence sur la terre?
Élèves-tu la voix dans les nuages,
et le déluge t'obéira-t-il?
Ton ordre fait-il partir les éclairs,
et te disent-ils : "Nous voici?"

Qui a mis la sagesse dans l'ibis,
et l'intelligence dans le coq?
Qui peut compter les nuages
et incliner les outres du ciel,
pour que la poussière se mue en masse compacte,
et que les mottes s'agglomèrent?
Est-ce toi qui chasses la proie pour la lionne,
et qui rassasies la faim des lionceaux
quand ils sont blottis dans leurs tanières,
ou qu'ils s'embusquent dans le fourré?
qui prépare au corbeau sa pâture,

quand ses petits crient vers Dieu,
et qu'ils errent de-ci de-là sans nourriture?
Connais-tu le temps où mettent bas les chamois du rocher?
As-tu observé les biches en gésine?
As-tu compté les mois de leur portée,
sais-tu le moment de leur délivrance?
Elles se baissent, font leurs petits,
et elles entraînent leur portée.
Les faons deviennent forts et croissent dans les champs,
ils s'en vont, sans plus revenir auprès
d'elles.
Qui a lâché l'onagre en liberté,
qui a rompu les liens de l'âne sauvage?
Je lui ai assigné le désert pour demeure,
la plaine salée comme lieu d'habitation;
il se rit du tumulte de la ville,
il n'écoute pas les cris du conducteur,
il explore les montagnes, son pâturage,

il y cherche toute espèce de verdure.









Le buffle voudra-t-il te servir,
ou passer la nuit dans ton étable?
Le retiendras-tu dans le sillon fertile,
ou hersera-t-il derrière toi les vallées?
Te fieras-tu à lui parce que sa force est grande,
et lui laisseras-tu faire ta besogne?
Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain,
et l'amasser sur ton aire?
L'aile de l'autruche bat joyeusement,
elle a aile gracieuse et plumage.
Elle abandonne ses oeufs à la terre,
et les laisse chauffer sur le sol,
ne songeant pas qu'un pied peut les fouler,
et que des bêtes sauvages peuvent les écraser.
Elle est dure pour ses petits comme s'ils n'étaient pas siens,
elle ne se soucie pas d'avoir peiné en vain;
car Dieu lui a fait oublier la sagesse,
et ne lui a point départi l'intelligence.
Mais quand elle prend son essor,
elle se rit du cheval et de son cavalier.
Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval,
qui as paré son cou d'une crinière flottante,
qui le fais bondir comme une sauterelle,
avec un terrible hennissement?
Fier de sa force, il gratte la terre du pied,
il s'élance au-devant des armes.
Il se rit de la crainte, rien ne l'effraie,
il ne recule pas devant l'épée.
Sur lui résonnent le carquois,

le fer brillant de la lance et le javelot;
frémissant d'impatience, il dévore l'espace,
il ne tient plus en place quand sonne la trompe.
Au signal de la trompette, il dit : Allons!
De loin il flaire la bataille,
la voix tonnante des chefs et les clameurs des guerriers.
Est-ce grâce à ta sagesse que l'autour prend son vol,
et qu'il déploie ses ailes vers le midi?
Est-ce à ton ordre que l'aigle prend son essor,
et fait son nid sur les hauteurs?
Il habite le rocher, y passe la nuit
sur la pointe rocheuse et la cime escarpée...
De là il épie sa proie,
ses yeux percent les lointains.

Ses petits se gorgent de sang,
partout où il y a des cadavres, il y est.
Le Seigneur, s'adressant à Job, lui dit:
Que celui qui plaide contre le Tout-Puissant présente ses critiques!

Que celui qui dispute avec Dieu réponde!
Job répondit au Seigneur en ces termes:
Je suis par trop léger; que Te répondrai-je?
Je mets ma main sur la bouche;

j'ai parlé une fois, je ne répéterai pas
deux fois... Je n'ajouterai rien.

(Livre de Job chapitres 38 à 40,5)