"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

07 avril 2007

Exultet Pascal (Rite Orthodoxe Occidental, EORHF)

Sankt Gallen, codex 51, vers 750
source

EXSULTET

choeur : Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité! (x 3)

Diacre / Lecteur: Qu'exulte de joie dans le Ciel la multitude des Anges
chantez serviteurs de Dieu et que retentisse la trompette triomphale
pour la victoire du grand Roi.

choeur : Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité! (x 3)

Réjouis-toi, ô notre terre, resplendissante d'une Lumière éclatante,
car Il t'a prise en Sa clarté et Son Règne a dissipé ta nuit.

choeur : Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité! (x 3)

Réjouis-toi, Église notre mère, toute remplie de Sa splendeur,
et que résonne l'acclamation du peuple des fils de Dieu !

choeur : Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité! (x 3)

Unissez, frères bien-aimés, votre voix à la mienne
pour que je chante en votre nom,
la merveilleuse Lumière du Christ ressuscité !

Le Seigneur soit avec vous !
Et avec ton esprit !
Élevons notre coeur !
Nous le tournons vers le Seigneur !
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu !
Cela est juste et bon !

Vraiment il est juste et bon de proclamer à pleine voix Ta louange,
Dieu invisible, Père tout-puissant
et de chanter Ton Fils Bien Aimé, Jésus-Christ, notre Seigneur.

choeur : Alleluia! (x 3)

C'est Lui qui nous a lavés de la dette encourue par Adam notre père
et qui a détruit en Son sang la condamnation de l'ancien péché.

Car voici la fête de la Pâque, où l'Agneau véritable est immolé pour nous.
Voici la nuit où Tu tiras de l'Egypte nos pères,
les enfants d'Israël et leur a fait passer la mer Rouge à pied sec,
nuit où le feu de la Nuée lumineuse a repoussé les ténèbres du péché.

O Nuit qui nous rend à la Grâce et nous ouvre la communion des saints,
Nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, S'est relevé victorieux des Enfers.
Telle était la faute d'Adam qu'il nous a fallu un tel Rédempteur.

choeur : Alleluia! (x 3)

O Nuit qui seule a pu connaître le temps et l'heure
où le Christ est sorti vivant du séjour des morts !
O Nuit dont il est écrit : "La nuit comme le jour illumine,
la ténèbre autour de moi devient Lumière pour ma joie !"

O Nuit bienheureuse, où se rejoignent le Ciel et la terre,
où s'unissent l'homme et Dieu !

choeur : Alleluia! (x 3)

Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très saint,
le sacrifice du soir de cette flamme que l'Église t'offre par nos mains ;
permets que ce cierge Pascal consacré en Ton Nom,
brûle sans déclin en cette nuit et qu'il joigne sa clarté à celle des étoiles.

choeur : Alleluia! (x 3)

Qu'il brûle encore quand se lèvera l'astre du matin,
Celui Qui ne connaît pas de couchant : le Christ ressuscité
revenu des Enfers qui répand sur les hommes Sa Lumière et Sa Paix.

choeur : Alleluia! (x 3)

Garde Ton peuple, nous t'en prions, ô notre Père, dans la joie de ces fêtes pascales !
Par Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur, Qui par la puissance de l'Esprit
S'est relevé d'entre les morts et règne près de Toi. Alleluia! Amen!

Enluminure, bénédiction du Cierge Pascal

Annonce de la Résurrection en diverses langues & graphies :
http://stmaterne.blogspot.com/2006/04/resplendit-exulte-de-joie-nouvelle_23.html

La mort est vaincue, par le P. Placide Deseille
(les fins dernières selon les Pères de l'Église, le but de la Création, ..)
http://groups.google.be/group/fr.soc.religion/msg/cf32157723489b21

Le Saint Feu descend dans le Sépulcre à Jérusalem!

Vidéo :
http://stmaterne.blogspot.com/2006/04/voir-la-lumire-de-pques.html



Textes
en anglais :
http://www.holyfire.org/eng/

en français :
http://www.holyfire.org/file/French_LaLumiereSainte.htm

Article sur une récente étude scientifique
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/jrusalem-feu-sacr-tude-de.html


P. Hopko: Liturgies du Dimanche de Pâques





La nuit du Saint Sabbat, peu avant minuit, on célèbre l'Office des Nocturnes. Le célébrant va à la tombe et enlève l'epitaphios. Il l'emporte à travers les portes royales et le place sur l'Autel, où il demeurera 40 jours, jusqu'à l'Ascension.

A minuit commence la procession Pascale. Les fidèles quittent l'église en chantant "Ta Résurrection, ô Christ Sauveur, les Anges la chantent dans les Cieux. Et nous qui sommes sur la terre, donne-nous un coeur pur pour Te glorifier."

[ndt : dans les paroisses de tradition grecque, en allumant chacun son cierge à celui du célébrant ou à un cierge allumé à celui du célébrant, on chante : "Venez recevoir la lumière de la Lumière sans déclin, et glorifiez le Christ qui est ressuscité des morts."]

La procession fait le tour de l'église, puis revient à ses portes fermées, à l'entrée de l'église. Cette procession de Chrétiens dans la nuit Pascale rappelle la procession baptismale originale, partant des ténèbres et de la mort de ce monde jusqu'à la nuit et et la vie du Royaume de Dieu. C'est la procession de la sainte Pâque, du passage de la mort à la vie, de la terre au Ciel, de cet âge à l'âge à venir qui n'aura pas de fin. Devant les portes closes de l'église, la Résurrection du Christ est proclamée. Parfois, le passage de l'Évangile parlant de la tombe vide y est lu (Mc 16,1-8). Le célébrant entonne la bénédiction au Nom de la "Sainte, Consubstantielle, Vivifiante et Indivisible Trinité." Le Tropaire de Pâques est chanté pour la première fois, accompagné des versets du Psaume 68 qui vont ouvrir tous les Offices de l'Église durant la saison Pascale.

"Que Dieu Se lève, et que Ses ennemis soient dispersés, et que ceux qui Le haïssent fuient devant Sa face!"

"Le Christ est ressuscité des morts, par Sa mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont au tombeau Il a donné la Vie." (Tropaire de Pâques)

"Ce jour que le Seigneur a fait, soyons dans la joie et dans l'allégresse!"

Les fidèles rentrent à nouveau dans l'église et continuent l'Office des Matines de Pâques, qui est entièrement chanté.

Le Canon des hymnes de la Résurrection du Christ, attribué à saint Jean Damascène, est chanté, avec le tropaire de la fête comme refrain revenant constamment. L'église est décorée de fleurs et de lumière. Les vêtements liturgiques sont les vêtements radieux de la résurrection. L'Icône de Pâques est au centre de l'église, montrant le Christ détruisant les portes de l'Hadès et libérant Adam et Eve de la captivité de la mort. C'est l'image du Victorieux, "par Sa mort ayant vaincu la mort." Le choeur chante continuellement, le prêtre encense les Icônes et l'assemblée, proclamant inlassablement : "Le Christ est Ressuscité!", et les fidèles répondant à chaque fois "Il est vraiment Ressuscité!"

"C'est le jour de la Résurrection! Peuples, rayonnons de joie: c'est la Pâque, la Pâque du Seigneur! De la mort à la vie, de la terre jusqu'au Ciel, le Christ notre Dieu nous conduit. Chantons le chant de victoire : le Christ est ressuscité des morts!" (1ère Ode du Canon des Matines de Pâques)

Après le Canon, les versets pascals sont chantés, et à la conclusion des Matines de Pâques, les Heures de Pâques sont aussi chantées. En général, il n'y a rien qui soit simplement lu durant les Offices de Pâques : tout est intégralement chanté sur les joyeuses mélodies de la fête.

A la fin des Heures, avant la Divine Liturgie, le célébrant proclame solennellement le célèbre sermon de Pâques (attribué à) de saint Jean Chrysostome. Ce sermon est une invitation à tous les fidèles pour oublier leurs péchés et se joindre de tout coeur à la fête de la Résurrection du Christ. Pris à la lettre, ce sermon est une invitation officielle offerte à tous les membres de l'Église pour venir et recevoir la Sainte Communion, prendre part au Christ, l'Agneau Pascal, dont la table est à présent installée au milieu de l'église. Dans certaines paroisses, le sermon est bien pris à la lettre, et tous les fidèles reçoivent les dons eucharistiques du Repas de Pâque de cette Vigile Pascale.

La Divine Liturgie de Pâques commence aussitôt avec le chant du tropaire de la fête et le Psaume 67. Des versets psalmiques particuliers servent d'antienne et permettent à l'assemblée d'exalter et glorifier le Salut de Dieu:

"Chantez le Seigneur, toute la terre;
chantez Son Saint Nom, louez-Le en chantant.
Tes oeuvres sont redoutables, ô Dieu,
par crainte de Ta puissance, Tes ennemis voudront Te tromper.
Que toute la terre T'adore et Te chante,
qu'elle chante Ton Nom, ô Très Haut.
Que les peuples Te rendent grâce, ô Dieu,
que tous les peuples Te rendent grâce,
Afin que Tes voies soient connues sur la terre,
et Ton Salut dans toutes les nations."

On répète inlassablement le tropaire pascal. Le Trisagion est remplacé par le verset baptismal de Galates ("Vous tous qui avez été baptisés en Christ..") L'épître, ce sont les 9 premiers versets du Livre des Actes d'Apôtres. L'Évangile, ce sont les 17 premiers versets de l'Évangile selon saint Jean. La Parole de Dieu ramène les fidèles au Commencement, et annonce la Création et la re-Création du monde par Dieu, par le Verbe vivant de Dieu, Son Fils Jésus-Christ.

"Dans le Principe était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement près de Dieu. Toutes choses ont été faites par Lui, et sans Lui, rien n'a été fait. Ce qui a été fait en Lui était vie, et la vie était la Lumière des hommes; et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point saisie. Il y eut un homme envoyé de Dieu; son nom est Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous les hommes eussent la foi par lui. Il n'était pas la Lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la véritable Lumière Qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. Il était dans le monde, et le monde a été fait par Lui, et le monde ne L'a pas connu. Il est venu chez Lui, et les Siens ne L'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu; à ceux qui croient en Lui, qui ne sont nés ni du sang, ni du désir de la
chair, ni du désir d'un homme, mais de Dieu. Et le Verbe S'est fait chair, et Il a dressé Sa tente parmi nous, et nous avons contemplé Sa gloire, la gloire qu'un Fils unique reçoit de Son Père, plein de grâce et de vérité. Jean Lui rend témoignage et s'écrie: "Voici Celui dont je disais: Celui qui vient après moi est passé devant moi, car Il existait avant moi." De sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce après grâce; car si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ" (Jn 1,1-17).

La Liturgie de saint Jean Chrysostome continue, couronnée par la sainte Communion à l'Agneau Pascal, à Sa table du banquet du Royaume de Dieu. Sans fin retentit le tropaire de la Résurrection, pendant que les fidèles communient à "Celui Qui fut mort, mais qui est revenu à la vie" (Apoc. 2,8).

Dans l'Église Orthodoxe, la Fête de Pâques est officiellement appelée Pascha (en grec, russe, etc), ce qui signifie Pâque. Elle est la nouvelle Pâque de l'Alliance nouvelle et éternelle annoncée par les prophètes de l'Ancien Testament. Elle est l'éternelle Passage de la mort à la Vie et de la terre au Ciel. Elle est le Jour du Seigneur proclamé par les saints prophètes de Dieu, "le jour que le Seigneur a fait" pour y juger Sa Création, le jour de Sa victoire finale et éternelle. C'est le Jour du Royaume de Dieu, le jour "qui ne connaît pas de nuit" car "sa lampe est l'Agneau" (Apoc. 21,22-25).

Dès lors, la célébration de Pâques dans l'Église Orthodoxe n'est pas la simple répétition historique de l'événement de la Résurrection du Christ tel que rapporté par les Évangiles. Ce n'est pas une représentation dramatique du premier matin de Pâques. Il n'y a pas d'office "du lever du jour" puisque les Matines de Pâques et la Divine Liturgie sont célébrées ensemble aux premières heures nocturnes du premier jour de la semaine, afin de donner aux fidèles l'expérience de la "nouvelle création" du monde, et de leur permettre d'entrer mystiquement dans la Nouvelle Jérusalem qui brille éternellement de la glorieuse Lumière du Christ, ayant vaincu la perpétuelle nuit du mal et détruit les ténèbres de ce monde mortel et pécheur :

"Resplendis, resplendis, Nouvelle Jérusalem!
Car la gloire du Seigneur s'est levée sur toi!
Exulte Sion et sois dans l'allégresse!
Et toi, Mère de Dieu très pure,
Réjouis-toi, ton Fils est ressuscité!"

Tel est l'une des principales hymnes de l'Église Orthodoxe. Elle s'inspire de la prophétie d'Isaïe et des derniers chapitres de l'Apocalypse selon saint Jean, car en cette nuit sainte de Pâques, c'est exactement ce qui est vécu et célébré: le mystère de la Nouvelle Création, la Nouvelle Jérusalem, la Cité Céleste, le Royaume de Dieu, le Jour du Seigneur, les Noces de l'Agneau avec Son Épouse, tout cela est célébré et réalisé et expérimenté dans le Saint Esprit, au cours de la sainte Nuit de Pâques dans l'Église Orthodoxe.

Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"




Message Pascal de mgr Emmanuel, métropolite Grec-Orthodoxe de France :
http://diaspora-grecque.com/modules/altern8news/article.php?storyid=714




Samedi Saint, Matines, Rite Orthodoxe Occidental EORHF

Matines du Samedi Saint:
Première lecture : Zacharie 9,9-12
Évangile: saint Luc 23,50-56
Psaumes 22, 29, 142

Collecte pour le Samedi Saint
O Seigneur, accorde-nous qu'étant baptisés dans la mort de Ton Fils bien-aimé, notre Sauveur Jésus-Christ, en luttant sans cesse contre nos passions corrompues, nous puissions être aussi ensevelis avec Lui. Afin qu'à travers la tombe et la porte de la mort, nous puissions passer à la joie de notre résurrection. Par Celui Qui mourut, fut enseveli et ressuscita pour nous, Ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un pour les siècles des siècles.

Hiéromoine Michael,
abbé du monastère Saint-Petroc
extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)

Le Cherubikon dans la Divine Liturgie de Sarum, "usus Cascadae", Saint-Colman Prayer book (cliquez sur l'image)



P. Hopko: Samedi Saint



Le premier Office appartenant au Samedi Saint – jour que l'Église appelle le Saint Sabbat – ce sont les Vêpres du Vendredi Saint. Elles se déroulent habituellement dans l'après-midi du vendredi, en mémoire de l'ensevelissement de Jésus.

Avant que ne commence l'Office, on érige un "tombeau" au centre de l'église, et on le décore de fleurs. On place une Icône spéciale peinte sur un linge (en grec, epitaphios; en slavon, plaschanitsa) représentant le Christ mort sur l'Autel.

Les Vêpres commencent comme d'habitude, par des hymnes parlant des souffrances et de la mort du Christ. Après l'Entrée avec l'Évangile et le chant du "Lumière Joyeuse", on lit des passages du Livre de l'Exode et de Job, puis d'Isaïe (Is. 52,13-54,1). On y ajoute un extrait de la première Épître aux Corinthiens (1,18-31), et l'Évangile est à nouveau proclamé, un Évangile "composé" de passages des 4 récits de la Crucifixion et mise au tombeau du Christ. Les versets des prokimena et Alleluia sont des versets psalmiques, souvent entendus tout au long des Offices du Vendredi Saint, et de caractère particulièrement prophétique :

"Ils se sont partagés mes vêtements et ont tiré ma tunique au sort"
"Ils ont percé mes mains et mes pieds; ils ont compté tous mes os" (Ps 22,18)

"Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné?" (Ps 22,1).

"On m'a mis au plus profond de la fosse, dans les ténèbres et l'ombre de la mort" (Ps 88,6)

Après quelques hymnes supplémentaires glorifiant la mort du Christ, pendant que le choeur chante le cantique de Siméon, le prêtre s'habille tout entier en couleurs sombres et encense l'epitaphios, qui se trouve sur l'Autel. Ensuite, après le Notre Père, pendant que l'assemblée chante le tropaire du jour, le prêtre fait le tour de l'Autel en tenant l'epitaphion élevé au-dessus de sa tête et vient le déposer dans le "tombeau" pour vénération par les fidèles.

"Le noble Joseph descendit de la Croix Ton Corps très pur, L'enveloppa d'un linceul immaculé, L'oignit d'aromates et Le déposa dans un sépulcre neuf." Tropaire du Samedi Saint

Les Matines du Samedi Saint sont habituellement anticipées le vendredi soir.
Elles commencent de la manière usuelle, avec le chant "le Seigneur est Dieu..", le tropaire "le noble Joseph", et le tropaire suivant :
"Lorsque Tu es descendu dans la mort, ô Vie immortelle, l'Hadès fut mis à mort par l'éclat de Ta divinité. Lorsque tu as fait sortir les morts des abîmes, toutes les puissances célestes Te clamaient : Christ notre Dieu, Donateur de Vie, gloire à Toi!"
"Près du tombeau, l'Ange apparut aux saintes femmes et clama : la myrrhe convient aux morts, mais le Christ est libre de toute corruption."

A la place des Psaumes (cathismes) habituels, le Psaume 118 est lu en entier, en intercalant entre chaque verset une strophe de louange au Christ mort. Ce Psaume particulier est en quelque sorte l'Icône verbale de Jésus, le Juste dont la vie est aux mains de Dieu et Qui, dès lors, ne peut demeurer dans la tombe. Les Éloges, comme on appelle ces versets, glorifient Dieu en tant que "Résurrection et Vie", et s'émerveillent devant Son humble condescendance, jusqu'à la mort.

Dans la Personne de Jésus-Christ sont rassemblés en parfaite union l'amour total de l'homme envers Dieu et l'amour total de Dieu envers l'homme. C'est cet amour divino-humain que l'on contemple et glorifie sur la tombe du Sauveur. Plus la lecture avance, plus les éloges se font courtes, et graduellement plus concentrées sur la victoire finale du Seigneur, conduisant à leur propre conclusion:

"J'ai désiré ardemment Ton Salut, Seigneur, et Ta Loi est ma méditation" (Ps 118,174).

"Tous les esprits tremblent devant cette tombe effrayante, inouïe : celle du Créateur de l'univers"

"Mon âme vivra et Te louera, et Tes décrets seront mon secours" (Ps 118,175)

"Les porteuses d'aromates, arrivées de grand matin, répandirent leurs parfums sur le tombeau"

"J'ai erré comme une brebis perdue; viens chercher Ton serviteur, car je n'ai pas oublié Tes Commandements" (118,176)

"Donne la Paix à l'Église et à Ton peuple le Salut, par Ta Résurrection!"

Après la doxologie finale à la sainte Trinité, on illumine l'église et pendant que le célébrant encense toute l'église, retentit la première annonce des femmes venant au tombeau ("eulogétaires" de la Résurrection). C'est la première fois qu'est clairement proclamée la bonne nouvelle du Salut par la Résurrection du Christ.

Le canon chanté des Matines continue à louer la victoire du Christ sur la mort par Sa propre mort, et utilise chacune des odes de l'Ancien Testament préfigurant le Salut final de l'homme par Jésus. Alors se dégage pour la première fois le sens de ce Sabbat, de ce samedi particulier où Jésus gisait dans la mort – c'est vraiment le 7ème jour le plus bénit qui ait jamais existé. C'est le jour où le Christ Se repose de Son oeuvre de recréation du monde. C'est le jour où le Verbe de Dieu "par Qui tout a été fait" (Jn 1,3) repose en l'homme mort dans le tombeau, pour le Salut du monde qu'Il a créé et pour que s'ouvrent les tombeaux (résurrection):

"Ce Sabbat est béni entre tous, car le Christ endormi ressuscitera le troisième jour" (Kondakion et Ikos).

Le canon s'achève avec la nouvelle définitive de la victoire du Christ :

"Ne pleure pas, ô Mère, en voyant dans le tombeau ton Fils que tu as conçu de merveilleuse façon. Car Je ressusciterai et serai glorifié et, dans Ma gloire divine, J'exalterai pour l'éternité les fidèles qui t'aiment et chantent ta gloire." (9ème ode du Canon).

Après des versets supplémentaires de louange, le célébrant revêt à nouveau ses vêtements sombres et, pendant que la grande doxologie est chanté, il encense à nouveau la tombe du Sauveur. Ensuite, pendant que l'assemblée, tenant des cierges allumés, répète sans cesse le Trisagion sur le ton funèbre, les fidèles, guidés par leur pasteur portant l'Évangéliaire avec l'epitaphion au-dessus de sa tête, sortent en procession et font le tour de l'église. Cette procession témoigne de la victoire définitive du Christ sur les puissances des ténèbres et de la mort. L'univers tout entier est purifié, racheté et restauré par l'entrée de la Vie du Monde dans la mort.

Lorsque la procession revient et rentre dans l'église, les tropaires sont à nouveau chantés, et la prophétie d'Ezéchiel à propos des "ossements desséchés" d'Israël est chantée avec grande solennité (Ez 37,1-14).

"La main du Seigneur fut sur moi, Il m'emmena par l'Esprit du Seigneur, et Il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d’ossements. Il me la fit parcourir, parmi eux, en tous sens. Or les ossements étaient très nombreux, et ils étaient complètement desséchés. Il me dit : "Fils d’homme, ces ossements vivront-ils?" Je dis : "Seigneur Dieu, c’est Toi qui le sais." Il me dit : "Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras 'Ossements desséchés, écoutez la Parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements. Voici que Je vais faire entrer en vous l'Esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, Je ferai pousser sur vous de la chair, Je tendrai sur vous de la peau, Je vous donnerai un esprit et vous vivrez, et vous saurez que Je suis le Seigneur.' Je prophétisai, comme j’en avais reçu l’ordre. Or, il se fit un bruit au moment où je prophétisais : il y eut un frémissement et les os se rapprochèrent les uns des autres. Je regardai : ils étaient recouverts de nerfs, la chair avait poussé et la peau s’était tendue par-dessus, mais il n’y avait pas d’esprit en eux. Il me dit : "Prophétise à l’Esprit, prophétise, Fils d’homme. Tu diras à l’Esprit : ainsi parle le Seigneur Dieu. Viens des quatre vents, Esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent." Je prophétisai comme Il m’en avait donné l’ordre, et l’Esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leurs pieds : grande, immense armée. Alors Il me dit: "Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Les voilà qui disent : "Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous." C’est pourquoi, prophétise; Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur. Voici que J’ouvre vos tombeaux, Je vais vous faire remonter de vos tombeaux, Mon peuple, et Je vous ramènerai sur le sol d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur lorsque J'ouvrirai vos tombeaux et que Je vous ferai remonter de vos tombeaux, Mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous et vous vivrez, et je vous installerai sur votre sol. Et vous saurez que Je suis le Seigneur."

Viennent ensuite des versets de victoire tirés des psaumes demandant à Dieu de Se lever, d’élever les mains et de disperser Ses ennemis, tandis qu’exulteront les justes :

"Que Dieu Se lève, et que Ses ennemis soient dispersés, et que ceux qui Le haïssent fuient devant Sa face.
Comme se dissipe la fumée, qu'ils se dissipent, comme fond la cire en face du feu.
Qu'ainsi périssent les pécheurs devant la face de Dieu, mais que les justes se réjouissent!" (Ps 67, 2-4)

Et avec la reprise de l'Alleluia, l'Épître de l'Apôtre Paul aux Corinthiens est lue : "Christ notre Pâque a été immolé" (1 Co 5,6-8). L'Évangile évoquant le scellement du tombeau est à nouveau proclamé, et l'Office s'achève avec l'intercession et la bénédiction.

Les Vêpres et les Matines du Saint Sabbat constituent, avec la Divine Liturgie qui les suit, un chef d'oeuvre de la tradition liturgique Orthodoxe byzantine. Ces Offices ne sont nullement une reconstitution dramatique de la mort historique et de la mise au tombeau du Christ. Ni même une sorte de reproduction rituelle des scènes de l'Évangile. Bien plus, ces Offices nous font pénétrer au coeur même de la signification éternelle des événements salvateurs du Christ, contemplés et glorifiés dans la pleine connaissance de leur signification et puissance divine.

L'Église ne fait pas comme si elle ne savait pas ce qui va se produire avec Jésus crucifié. Elle ne se lamente et ne porte pas le deuil du Seigneur comme si elle n'était pas la création même qui est sortie de Son côté transpercé et des profondeurs de Sa tombe. Au cours des célébrations, la victoire du Christ est contemplée et la Résurrection est proclamée. Car ce n'est en effet qu'à la lumière de la Résurrection victorieuse que la signification divine la plus profonde, éternelle, des événements de la Passion et de la mort du Christ peut être véritablement saisie, pleinement appréciée, et proprement glorifiée et louée.

Le Samedi Saint lui-même, les Vêpres sont célébrées avec la Divine Liturgie de saint Basile le Grand. Cette célébration appartient déjà au Dimanche de Pâques. Elle suit le déroulement habituel : psaume vespéral 103, la grande litanie, les hymnes suivant le psaume vespéral 141, et l'entrée avec le chant de l'hymne vespérale, "Lumière Joyeuse." Le célébrant se tient à la tombe, où repose l'epitaphion avec l'image du Sauveur dans le sommeil de la mort.
Après l'Entrée du soir qui est faite avec l'Évangéliaire, on lit 15 lectures de l'Ancien Testament, se rapportant toutes à l'oeuvre de Création et de Salut de Dieu, qui ont été récapitulées et accomplies en la venue Messie prédit. En outre le récit de la Création dans le Livre de la Genèse, et de la Pâque des Israélites aux jours de Moïse dans le Livre de l'Exode, on a des passages tirés d'Isaïe, Ezéchiel, Jérémie, Daniel, Sophonie, le Livre de Jonas en entier, de même que des passages de Josué et du Livre des Rois, et on chante le Cantique de Moïse et celui des Trois Jeunes Gens dans la Fournaise que l'on trouve dans le Livre de Daniel.
Après les lectures de l'Ancien Testament, le célébrant entonne l'exclamation liturgique habituelle pour le chant du Trisagion, mais à la place de celui-ci, on chante le verset baptismal "Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Alleluia" (Gal. 3,27). Durant la Divine Liturgie, on lit à ce moment-là l'épître baptismale (Rom. 6,3-11):
"nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est en Sa mort que nous l'avons été. Nous avons été ensevelis avec Lui par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions, à notre tour, une vie nouvelle. Si, par une mort semblable à la Sienne, nous sommes devenus un même être avec Lui, nous le serons aussi par une commune résurrection. Nous sommes conscients de ce que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que le corps de péché fût réduit à l'impuissance, si bien que nous cessions désormais d'être les esclaves du péché; car celui qui est mort est affranchi du péché. Or, si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui, sachant que le Christ, une fois ressuscité des morts, ne meurt plus. Sur Lui la mort n'a plus d'emprise. Mort, Il l'est au péché, une fois pour toutes. Vivant, Il l'est pour Dieu. Vous donc aussi, considérez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu dans le Christ Jésus."

On referme les portes royales, et les célébrants et les servants d'Autel remplacent leurs vêtements sombres de la Passion par les vêtements resplendissants de la victoire du Christ sur la mort. A ce moment-là, toute l'église est revêtue de blanc, signifiant le triomphe du Christ sur le péché, le démon et la mort. Ceci a lieu pendant que l'assemblée chante les versets du Psaume 82, qui remplace l'Alleluia :

"Ressuscite, ô Dieu, et juge la terre, car Tu hériteras de toute les nations!"

Après le chant solennel des versets psalmiques, auxquels sont souvent ajoutés des hymnes glorifiant Christ en tant que Nouvelle Pâque, Sacrifice Vivant qui est immolé, l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, les célébrants sortent du sanctuaire pour annoncer près de la tombe du Christ la bonne nouvelle de Son victorieux triomphe sur la mort et l'injonction faite aux Apôtres :
"Faites des disciples de toutes les nations de la terre, les baptisant au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur enseignant d'observer tout ce que J'ai prescrit." (Mt 28,1;20). Ce texte d'Évangile est également lu lors de la célébration du Baptême dans l'Église Orthodoxe.

La Divine Liturgie continue ensuite, illuminée par la destruction de la mort par le Christ. Le chant suivant remplace l'hymne des Chérubins de l'Offertoire :
"Que toute chair humaine fasse silence, et se tienne dans la crainte et le tremblement; qu'elle éloigne toute pensée terrestre. Car le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs S'avance afin d'être immolé et Se donner en nourriture aux fidèles. Les choeurs angéliques Le précèdent avec toutes les Principautés, les Puissances, les Chérubins aux yeux innombrables et les Séraphins aux six ailes, se voilant la face et chantant : Alléluia, alléluia, alléluia!"
[c'est une version adaptée du "cherubikon" de la Divine Liturgie de saint Jacques, Jérusalem; la version longue est celle habituellement utilisée dans le Rite Orthodoxe occidental EORHF; ndt]

A la place de l'hymne à la Mère de Dieu, la 9ème ode du Canon des Matines est reprise "Ne pleure pas, ô Mère.." (voir plus haut). L'hymne de Communion est un verset psalmique : "Et le Seigneur s'éveilla comme un dormeur, comme un héros terrassé par le vin" (Ps 77,65).

La Divine Liturgie se conclut par la Communion à Celui dont le corps d'homme gît dans le tombeau, tandis qu'Il siège Lui-même éternellement à la droite de Dieu le Père, Celui-là Qui, étant Créateur et Vie du Monde, détruit la mort par Sa mort donnant la vie. Sa tombe – qui se trouve toujours au centre de l'église – apparaît véritablement comme la Liturgie l'appelle : la fontaine de notre résurrection.

A l'origine, cette Liturgie était la Liturgie baptismale de Pâques pour les Chrétiens. Aujourd'hui encore, elle demeure pour chaque Chrétien l'expérience annuelle de sa propre mort et résurrection avec le Seigneur. "Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui, sachant que le Christ, une fois ressuscité des morts, ne meurt plus. Sur Lui la mort n'a plus d'emprise." (Rom. 6,8-9).

Le Christ gît mort, et cependant Il est vivant. Il est dans la tombe, mais déjà "par Sa mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans le tombeau Il a donné la vie." Il ne reste plus rien à faire maintenant que de vivre jusqu'au soir du Saint Sabbat, pendant le sommeil du Christ, attendant minuit, quand le Jour de notre Seigneur commencera à se lever sur nous, et que la nuit pleine de Lumière sera là, quand nous proclamerons avec l'Ange : "Il est ressuscité, Il n'est plus ici! Voici la tombe où on L'avait mis." (Mc 16,6).

Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"

La descente du Seigneur dans l'Hadès (Samedi Saint, PG43, saint Méliton de Sardes)

http://www.orthodox.net/pascha/holy-saturday-homily.html

Quelque chose d'étrange se passe – il y a un grand silence sur terre aujourd'hui, un grand silence et calme.

Toute la terre fait silence parce que le Roi est endormit.

La terre a tremblé et est calme parce que Dieu S'est endormi dans la chair et qu'Il a relevé tous ceux qui s'étaient endormis depuis que le monde a commencé.
Dieu est mort dans la chair et l'Hadès tremble de peur.

Il est partit à la recherche de notre premier parent, comme après la brebis perdue.

Désirant ardemment visiter ceux qui vivent dans les ténèbres et les ombres de la mort, Il est descendu pour libérer de l'affliction les captifs Adam et Eve, Lui Qui est à la fois Dieu et fils d'Eve.

Les Seigneur les approcha, portant la Croix, l'arme qui Lui avait donné la victoire.

En Le voyant, Adam, le premier homme qu'Il avait créé, se frappa la poitrine de terreur et s'écria à tous : "Mon Seigneur soit avec vous tous." Le Christ lui répondit "et avec ton esprit."

Il le prit par la main et le releva, disant : "Réveille-toi, ô dormeur, et relève-toi de la mort, et le Christ te donnera la Lumière."

Je suis ton Dieu, Qui par amour pour toi est devenu ton fils. Par amour pour toi et pour tes descendants, Je commande à présent de ma propre autorité à tous ceux qui sont tenus dans les liens de venir, à tous ceux qui sont dans les ténèbres d'être illuminés, et à tous ceux qui sont endormis de se relever. Je te l'ordonne, ô dormeur, réveille-toi.

Je ne t'ai pas créé pour être retenu prisonnier de l'Hadès. Relève-toi de la mort, car Je suis la Vie des morts. Relève-toi, oeuvre de Mes mains, toi qui a été créé à Mon image.

Relève-toi, quittons ce lieu, car tu es en Moi et Je suis en toi; ensemble nous ne formons qu'une seule personne et ne pouvons être séparés.

Par amour pour toi, Moi, ton Dieu, je suis devenu ton enfant; Moi, le Seigneur, J'ai prit la forme d'un esclave; Moi, dont la demeure est au-dessus des Cieux, Je suis descendu sur terre et sous terre. Par amour pour toi, pour le Salut de l'humanité, Je suis devenu tel un homme, sans libre parmi les morts. Par amour pour toi, qui a quitté le Jardin, J'ai été trahi par les Juifs dans un jardin, et J'ai été crucifié dans un jardin.

Vois sur Mon visage les crachats que J'ai reçus, afin de restaurer pour toi la vie que J'ai autrefois insufflée en toi.

Vois les marques des coups que J'ai reçus afin de refaire à Mon image ta nature déformée.

Vois sur Mon dos les marques de la flagellation que J'ai endurée afin d'enlever le fardeau des péchés qui pèse sur ton dos.

Vois Mes mains, clouées fermement à un arbre, pour toi qui autrefois étendit malicieusement ta main vers un arbre.

J'ai dormi sur la Croix et une lance a transpercé Mon côté, car tu dormis en Paradis et Eve sortit de ton côté. Mon côté a guérit les douleurs du tiens. Mon sommeil te relèvera de ton sommeil dans l'Hadès. La lance qui M'a transpercé a fait rengainer l'épée qui avait été brandie contre toi.

Relève-toi, quittons ce lieu. L'ennemi t'a fait quitter le Paradis terrestre.

Je ne te replacerai pas dans ce Paradis, mais Je vais te placer sur un trône au Ciel.

Je t'avais interdit l'arbre qui n'était qu'un symbole de vie, mais vois, Moi qui suis la Vie elle-même, à présent Je suis avec toi. J'avais ordonné aux chérubins de te garder comme on garde les esclaves, mais à présent Je les fait t'adorer comme un Dieu.

Le trône formé par les chérubins t'attend, ses porteurs sont rapides et enthousiastes.

La chambre nuptiale est ornée, le banquet est prêt, les demeures éternelles sont préparées, la chambre au trésor de toutes les bonnes choses est grande ouverte.

Le Royaume des Cieux a été préparé pour toi de toute éternité."

Extraits d'une ancienne homélie pour le Samedi Saint attribuée à saint Épiphane de Salamine, Patrologia Graeca 43, 439, 451, 462-463

06 avril 2007

Vendredi Saint: Epitaphion & Synaxaire du Patriarcat de Jérusalem


Christ en Croix, art orthodoxe celtique, Sankt Gallen, codex 51, vers 750Sankt Gallen, codex 51, vers 750
source

En ce jour, Saint et Grand Vendredi, nous célébrons la redoutable, sainte et salvatrice Passion de notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus-Christ – les crachats, les coups avec une branche de palmier en main, les giffles, les moqueries, les mensonges, le port de la tunique de pourpre, le roseau, l'éponge, le vinaigre, les clous, la lance, et par dessus tout, la Crucifixion et la Mort qu'Il accepta d'endurer volontairement par amour pour nous – et aussi la confession salutaire du bandit se repentissant sur sa croix.

Après que notre Seigneur Jésus-Christ ait été vendu pour 30 pièces d'argent et trahi par un ami et disciple, Il fut déféré auprès du Grand Prêtre Anne. Ce dernier renvoya le Seigneur à Caïphe, où on Lui cracha dessus, se moqua et rit de Lui. Il les entendit Lui dire : "Fais le prophète, Christ! Dis-nous qui T'a frappé!" (Mt 26,68). Ensuite, nombre de faux témoins et accusateurs se présentèrent; peut-être parce qu'Il avait dit "détruisez ce temple, et Je le rebâtirai en 3 jours" (Jn 2,19), et parce qu'Il avait dit de Lui-même "Je suis le Fils de Dieu" (Mt 27,43), ou parce qu'Il avait dit "à présent, Je vous le dit, vous verrez le Fils de l'Homme assis à la droite de la Puissance et venir sur les nuées célestes" (Mt 26,64), à ce moment-là, le Grand Prêtre déchira son vêtement en disant "Il a blasphémé! Qu'avons-nous encore besoin de témoins? Vous aussi à présent vous avez entendu Son blasphème!" (Mt 26,65). Et lorsqu'arriva le matin, Jésus fut amené au Praetorium auprès de Pilate, et eux, "ils n'entrèrent pas", car disaient-ils, c'était "afin de ne pas être souillé et de pouvoir manger la Pâque" (Jn 18,28).

Ensuite, lorsque vint Pilate, il leur demanda pourquoi Jésus était là, disant "quelle accusation portez-vous contre cet Homme?" (Jn 18,29). Ne trouvant aucune raison valable dans l'accusation, il Le renvoya à Caïphe, puisque c'était ce dernier qui voulait obtenir l'exécution, et Caïphe Le renvoya à Pilate. Alors Pilate leur dit : "Prenez-Le vous, et jugez-Le vous-mêmes selon votre loi." Dès lors, les chefs des Juifs lui répondirent "Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort" (Jn 18,31). Ils dirent ceci afin que Pilate prononce la condamnation à mort par la croix. Pilate demanda alors à Jésus s'Il était le Roi des Juifs, et Jésus répondit "tu l'as dit", et ajouta que Son Royaume est éternel et pas de ce monde (Jn 18,36). Pilate souhaita relâcher Jésus, et dit alors tout d'abord à la foule qu'il ne trouvait pas de motif de condamnation contre Lui. Ensuite il rappela aux Juifs leur coutume de faire libérer un prisonnier de leur choix pour la fête de la Pâque. La foule nomma Barabbas le bandit comme choix et pas le Christ. Pilate tenta en vain d'apaiser la foule. Le faisant escorter par des soldats, il fit d'abord fouetter Jésus. Ensuite ils Le revêtirent d'un manteau de pourpre, les soldats tressèrent une couronne d'épines et l'enfoncèrent sur Sa très pure tête et placèrent en Sa main droite un roseau, comme si c'était un sceptre royal. A ce moment-là, les soldats Le méprisèrent bruyamment et firent une parodie de leur salut à César: "Salut, roi des Juifs" (Mt 27,29; Mc 15,18; Jn 19,3). De toute évidence, ces tourments et cette humiliation publique étaient pour tenter de calmer la foule, car Pilate montra qu'il agissait contre sa conscience, disant à nouveau "je ne trouve aucune faute en cet Homme" (Jn 18,38; Jn 19,6; Lc 23,4). Les chefs Juifs lui répondirent "nous avons une loi, et selon notre loi Il doit mourir, car Il S'est fait Fils de Dieu" (Jn 19,7).

Pendant ces échanges, Jésus demeura silencieux. Mais la foule cria à Pilate "Crucifies-Le, crucifies-Le!" (Jn 19,6). Ils voulaient Le détruire par une mort déshonorante et honteuse, afin de pouvoir détruire la noble réputation que Jésus avait. Pilate incita leur fierté ethnique et dit "Vais-je crucifier votre roi?" Les chefs des prêtres répondirent "nous n'avons qu'un seul roi, c'est César!" (Jn 19,15). Puisqu'ils ne parvenaient à leurs fins d'aucune autre manière, ils proférèrent ce blasphème, parce que Jésus S'appelait clairement Lui-même le Fils de Dieu, et ils voulaient que César prenne Sa place, de sorte que leur folie soit satisfaite. Dès lors ils ajoutèrent "quiconque se fait roi s'oppose à César" (Jn 19,12).

Pendant que ces événements se déroulaient, la femme de Pilate – Procula Claudia (fête le 27 octobre) lui envoya un messager disant qu'elle avait été troublée par un songe redoutable, et elle lui dit "Ne fais rien à ce Juste. Aujourd'hui, un songe qui Le concerne m'a beaucoup impressionnée" (Mt 27,19). Alors Pilate se lava les mains et rejeta clairement la responsabilité pour le sang de ce Juste. Mais le peuple s'écria "que Son sang retombe sur nous et sur nos enfants" (Mt 27,25). Si tu libère cet Homme, tu n'es pas l'ami de César" (Jn 19,12). Même si Pilate savait assurément que Jésus n'était pas coupable, il redoutait César, et dès lors il confirma la condamnation du Seigneur à la mort sur la Croix, et il relâcha Barabbas. Lorsque Judas apprit cela, il jeta les pièces d'argent et partit se pendre à un arbre.

Les soldats se moquèrent de Jésus, Lui frappèrent la tête avec un roseau et Lui placèrent la Croix à porter. Ensuite ils obligèrent Symon de Cyrène à porter la Croix. Vers la 3ème heure, ils parvinrent au lieu-dit du Crâne, et ils L'y crucifièrent. A Sa droite et gauche, ils crucifièrent 2 bandits, de sorte que Jésus apparaissent comme un malfaiteur. Par esprit de lucre, les soldats se partagèrent Ses vêtements, mais ils tirèrent au sort Sa tunique sans couture. Ils accomplirent tout cela avec beaucoup d'animosité, comme s'ils étaient saouls. Non seulement ils firent tout cela, mais de plus ils jouèrent aux ignorants, disant ironiquement à Jésus sur la Croix "Hé bien, Toi qui allais détruire le temple et le rebâtir en 3 jours, sauve-Toi Toi-même, et descend de la Croix!" (Mc 15,29-30). Et ils continuèrent "que le Christ, le Roi d'Israël, descende maintenant de la Croix, de sorte que nous voyons, et alors nous croirons" (Mc 15,32). Cependant, s'ils avaient un peu réfléchit et bien compris, ils auraient souhaité avoir recours à Lui sans hésiter, parce qu'Il avait prouvé non seulement être Roi d'Israël, mais même du monde entier.

Car pour quelle autre raison est-ce que le soleil allait s'obscurcir durant la Crucifixion au Christ à la 3ème heure, en plein jour, si ce n'était pour révéler la Passion du Seigneur à toute la terre? De même lorsque la terre trembla et que les rochers se brisèrent, est-ce que cela ne répondait pas à l'endurcissement des coeurs des chefs des prêtres? Et lorsque nombre de corps de morts se relevèrent pour témoigner de la résurrection générale, est-ce que cela n'a pas apporté une preuve que la puissance du Souffrant pourrait apparaître? Et encore, quand le voile du Temple se déchira de bas en haut, est-ce que cela ne signifiait pas que le temple était assurément en colère, parce que Celui Qui y était glorifié était dans les souffrances, tout cela révélant dès lors des choses qui n'étaient pas apparentes pour les multitudes? Dès lors, à la 3ème heure, le Christ fut crucifié, comme nous dit le divin Marc, "et depuis la 6ème heure jusqu'à la neuvième heure, les ténèbres couvrirent le pays entier" (Mc 15,33). Le centurion Longin (fête 16 octobre), voyant ces événements merveilleux et en particulier le soleil s'obscurcissant, déclara d'une voix forte : "Assurément, Celui-ci était le Fils de Dieu" (Mt 27,54; Mc 15,39). Des 2 bandits, un injuria Jésus, mais l'autre le lui reprocha, se faisant aussi de lourds reproches à lui-même, et confessa le Christ comme Fils de Dieu. Pour cette confession, le Sauveur récompensa sa foi et lui promit qu'il serait avec Lui en Paradis le jour même. Le "bon Larron" est commémoré le 12 octobre.

Quand ils eurent finit d'accabler le Seigneur Jésus de toutes les manières, Pilate rédigea Son titre, qui disait "Jésus de Nazareth, le roi des Juifs", et le fit placer sur la Croix (cfr Jn 19,19). Alors, le chef des prêtres dit à Pilate "n'écris pas 'le roi des Juifs' mais "cet homme a dit 'je suis le roi des Juifs'." Pilate répondit "ce que j'ai écrit, je l'ai écrit" (Jn 19,21-22). Et quand le Sauveur murmura "J'ai soif" (Jn 19,28), ils imbibèrent une éponge de vinaigre et la Lui donnèrent. Après avoir dit "tout est accompli" (Jn 19,30), Il inclina la tête et rendit l'esprit. Il fut crucifié le jour de la pleine lune et à l'heure où, d'après l'ancienne loi, l'agneau de Pâque devait être sacrifié (cfr. Exode 12). Alors que tous avaient fuit, Sa Mère seule resta à veiller au pied de la sainte Croix, avec sa soeur Marie, la femme de Clophas (certains prétendent que Joachim l'aurait prise en accord avec la loi Mosaïque parce que son frère Clophas était mort sans avoir d'enfant, mais cette affirmation est fausse), Marie-Madeleine et Jean, le disciple que Jésus aimait (cfr Jn 19,25). Ensuite, la foule ingrate, ne pouvant supporter de voir les corps sur les croix parce que c'était le grand jour de la Pâque, demanda à Pilate de faire briser les jambes des condamnés, afin que la mort survienne plus rapidement. Ils brisèrent les jambes des bandits en premier, puisqu'ils étaient toujours vivants, et, arrivant à Jésus, quand ils virent qu'Il était déjà mort, ils ne Lui brisèrent pas les jambes. Un des soldats, pour plaire aux ingrats, prit sa lance et perça le flanc droit du Christ, et aussitôt s'écoula un flot de sang et d'eau. D'un côté, l'écoulement était d'un homme, et de l'autre côté, c'était pour toute l'humanité; à savoir, le sang, pour la sainte Communion des éléments divins sanctifiés, et l'eau, pour le saint Baptême. En fait, cette fontaine double constitue le fondement de nos saints Mystères.

De plus, saint Jean le Théologien vit et témoigna de ces événements, et son témoignage est véridique, parce qu'il était présent lors de tous ces événements, et qu'après les avoir vus, il les a notés. Car s'ils étaient faux, c'est sûr qu'il ne les aurait pas écrits, car de telles choses auraient été au déshonneur du Maître. On rapporte que pendant qu'il était présent à cet endroit, il recueillit dans une sorte de coupe du Sang Divin et Tout Saint du Côté donateur de Vie. De plus, pendant que ces événements extraordinaires se déroulaient, alors que la nuit approchait, Joseph d'Arimathie arriva (il était disciple depuis le début, comme les autres, mais en secret). Il alla courageusement voir Pilate parce qu'il était connu de lui, et demanda pour avoir le Corps de Jésus, et il reçut l'autorisation de L'emmener. Alors il enleva aussitôt le divin Corps de la Croix, avec toute la révérence due.

Et lorsque la nuit tomba, Nicodème arriva, portant un mélange de myrrhe et d'aloes, qui avait été préparé pour oindre, et il enveloppa le Saint Corps dans un ligne, selon la coutume habituelle des Juifs. Ensuite ils plaçèrent le Corps du Seigneur dans la nouvelle tombe de Jospeh d'Arimathie, au jardin, qui avait été taillée dans un rocher, roulant une grande pierre par devant l'entrée. Nul n'avait jamais été enseveli dans cette tombe, de sorte que lorsque le Christ ressuscita, les chefs des prêtres ne purent pas attribuer la Résurrection à une autre personne. Le mélange d'aloès et de myrrhe amalgama fortement le linge contre le Corps du Christ, de sorte que lorsque le linge du corps et le suaire allaient être vus repliés dans la tombe, nul ne supposera que Son Corps avait été enlevé. Comment quelqu'un aurait-il d'ailleurs pu détacher le lin si fortement collé à la chair? Cependant, tous ces fous qui avaient manigancé ce mensonge ne savaient pas qu'en accord avec l'économie de Dieu, toutes ces preuves demeuraient dans la Tombe pour confondre leurs mensonges. Tout ces événements se déroulèrent merveilleusement le vendredi. En conséquence, les Pères Théophores décidèrent que nous devrions commémorer tous ces événements avec un coeur plein de componction et de contrition. De plus, l'Église, tel qu'elle l'a reçu au temps des saints Apôtres, a commandé que chaque vendredi serait un jour de jeûne en souvenir de la sainte Passion du Christ et de Sa mort Vivificatrice.

Il est bon de comprendre que le 6ème jour de notre semaine, le vendredi, le Seigneur fut crucifié parce qu'au cours du 6ème jour de la Création, Adam, le premier homme, fut créé. De plus, à la 6ème heure de la journée, Il fut suspendu à la sainte Croix parce qu'à la 6ème heure, nous dit une tradition, Adam étendit sa main vers l'arbre interdit pour manger son fruit et hériter la mort. Dès lors il convenait qu'à la même heure bouleversante, le Vieil Adam soit recréé. La Crucifixion du Seigneur fut dans un jardin parce qu'Adam fut trompé dans un jardin en Paradis. L'amère boisson que le Seigneur goûta sur la Croix guérit le goûter par convoitise d'Adam. La sainte Croix a remplacé l'arbre du Paradis. Les coups sur le visage signifient notre réveil de l'hébétude due au péché. Les crachats à la face et le comportement déshonorant envers le Seigneur rend manifeste la valeur qu'Il nous attribue. La couronne d'épines nous relève de la malédiction entourant la tête d'Adam et Eve. Le manteau de pourpre remplaçait le manteau de peau et symbolisait le manteau royal par lequel Il nous couvre. Les clous représentent notre complet immobilisme dans nos péchés. Le Côté percé du Seigneur, d'où sortit notre Salut, représente le côté d'Adam, d'où Eve sortit, et par qui la transgression eut survint. La lance enleva l'épée flamboyante qui gardait le Paradis après la désobéissance. L'eau sortant du Côté fut une image du Saint Baptême. Le Sang et le roseau étaient les moyens par lesquels le Sauveur, comme écrivant d'une encre rouge impérial, décrétait, en tant que Roi céleste, la restauration de l'ancienne patrie.

On rapporte que le crâne d'Adam reposait là où le Christ fut crucifié, Lui le Chef de tous, et Adam fut "baptisé" par le Sang du Christ, qui s'écoula de Lui et tomba sur le crâne d'Adam. C'est appelé le Lieu du Crâne parce que durant le Déluge, la terre recracha le crâne d'Adam, qui roula sur lui-même en cercle, et ce fut considéré comme un mauvais signe. Le saint prophète et roi Salomon, par respect envers l'ancêtre, le fit recouvrir de nombre de pierres. De plus, d'éminents saints disent, comme dans la tradition, qu'Adam y fut enseveli par des Anges. Dès lors, où se trouvait le corps d'Adam, là le Christ Se tint comme Roi éternel, le Nouvel Adam, guérissant par le bois de la Sainte Croix le Vieil Adam qui était tombé à cause du bois de l'arbre.

Il faut noter qu'en ce jour, il n'y a pas de célébration de la Divine Liturgie, ni de la Liturgie des Présanctifiés. En ce jour de la sainte Crucifixion, nous ne mangeons ni ne buvons quoi que ce soit, en accord avec les paroles que le Seigneur a dites aux Pharisiens : "Mais des jours viennent où l'Époux leur sera enlevés, et alors ils jeûneront" (Mt 9,15). Cependant, si quelqu'un est faible ou vieux et ne sait pas respecter le jeûne, qu'il reçoive du pain et de l'eau après le coucher du soleil.

Dans Ton ineffable compassion, O Christ notre Dieu, ait pitié de nous et sauve nous. Amen.




Office d'Epitaphion célébré le vendredi 6 avril 2007 à Chatelineau (B), à la paroisse Hagia Barbara (Patriarcat de Constantinople):



Explications en anglais de l'Office de mise au tombeau ou "Epitaphion"
http://en.wikipedia.org/wiki/Epitaphios_(liturgical)




Vendredi Saint dans le Rite Orthodoxe Occidental (EORHF) - homélie sur la Semaine Sainte

reliquaire Armenien de la Sainte CroixMatines du Vendredi Saint :
Première lecture : Genèse 22,1-18
Évangile : le chapître 18 de saint Jean
Psaume 21
COLLECTE VENDREDI SAINT
Dieu Tout-Puissant, nous Te supplions de regarder favorablement cette famille qui est la Tienne, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ a bien voulu être trahi, et livré entre les mains des bourreaux, pour souffrir la mort sur la Croix.
Lui Qui vit et règne avec Toi et avec le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

HOMÉLIE SUR LA SEMAINE SAINTE

Flavius Josèphe, le Pharisien, prêtre du Temple et historien du 1er siècle après Jésus-Christ, écrit dans son Histoire que Jésus de Nazareth "était le Messie." Les Juifs attendaient 2 Messies – un davidique, un messie militaire, et un aaronique, un messie prêtre. Josèphe, en établissant ce constat, n'était pas occupé à faire une sorte de déclaration de foi, mais simplement il exprimait ce qui, pour lui, était un fait décevant de l'Histoire : que Jésus était, à ses yeux, le "Messie aaronique, prêtre", alors que pour lui, ce dont les Juifs avaient besoin en l'état, c'était le messie davidique, militaire.

Durant le Grand Carême, et en particulier la Semaine Sainte, nous nous lassons souvent de la répétition de tout le récit de la Crucifixion. Durant le restant de l'année, dans nos lectures privées, nous passons souvent outre. Car bien que l'on nous ait enseigné que sans cela, la rédemption de l'humanité n'aurait pu être accomplie, cela nous semble pourtant toujours être comme une défaite, une déception. Quelque part, tout comme Josèphe, nous voulons un "héros" triomphant bien visible. Un qui, s'il devait malgré tout être crucifié, se relèverait des morts pour aller au Sanhédrin et au Temple et donner à ceux qui l'ont condamné ce qu'ils méritent.

Nous devons cependant nous souvenir que non seulement le Christ Ressuscité était le Christ triomphant, mais qu'il n'y avait pas la moindre raison pour que ceux qui L'avaient rejeté et condamné se voient accorder l'honneur et la joie de la participation à Son triomphe de Résurrection. Il était dans Son Corps de gloire, corps ressuscité – les Apôtres eux-mêmes n'ont pas su Le reconnaître, sauf par Ses paroles et gestes, donc le Sanhédrin n'aurait pas pu L'accepter ressuscité plus qu'ils ne L'acceptaient à l'origine. Ceux qui connaissaient le Christ – entre 500 et 1.000 personnes – pouvaient Le reconnaître – les autres allaient avoir à dépendre d'eux pour la reconnaissance et le témoignage.

Oui, notre "héros" est humilié et ignominieusement tué, mais ensuite Il renverse les rôles avec ceux qui l'ont fait, parce que ce faisant, en réalité, ils avaient accompli Son plan. En plein accord avec les prophéties, Il descend dans l'Hadès et y prêchant, faisant sortir tous ceux qui L'y entendent et L'acceptent. Ca c'était un authentique triomphe.

Le Troisième Jour, Il apparu en premier aux Apôtres, et ensuite jusqu'à près de 500 des fidèles. Il les enseigna et Il mangea avec eux. C'était un authentique triomphe.

Ensuite, ces Apôtres et disciples répandirent rapidement l'Évangile du Salut à travers le monde, au delà de l'empire. C'était un authentique triomphe.

Guerres Juives, par Flavius JosepheJosèphe avait à la fois raison et tort. Il avait raison en ce que Jésus était en effet le Messie. Il avait tort en pensant que Jésus n'était que le Messie aaronique, parce qu'Il était en fait les deux à la fois – Il était aussi le Messie davidique. Le problème n'était pas dans un "échec" de Jésus, c'était dans la faillite de Josèphe à comprendre et à reconnaître ne fut-ce que les triomphes de la Résurrection : la défaite de satan et la sortie de l'Hadès de tant de personnes, la diffusion de l'Évangile dans tout l'empire – et ça malgré la force militaire de ce dernier – bref la combinaison des Messies aaronique et davidique.

Josèphe était aux premières loges pour découvrir et comprendre tout cela, parce qu'ayant fait partie de la révolte des Juifs et été capturé par les Romains, il était devenu avec le temps un des plus proches confidents de l'empereur Vespasien, et l'historien des Guerres Juives. Mais Josèphe permit à sa déception d'obscurcir son jugement. Il chercha après un autre messie humain – et le trouva en Vespasien.

Nous autres, durant la Semaine Sainte et tout au long de l'année, nous devons regarder au delà de l'apparence de défaite humaine qu'est la Crucifixion, pour voir le triomphe immédiat de la Résurrection et tout ce qu'il rend possible pour nous.


La concentration prolongée et exagérée sur l'agonie du Christ en Sa Crucifixion n'est pas Orthodoxe – c'est en fait la caractéristique de certains hérétiques. L'Orthodoxie ne nie pas l'agonie, ne la minimise pas, ni ne passe outre, mais elle la reconnaît pour ce qu'elle est : le moyen du triomphe du Christ et de la rédemption de l'humanité.

Quand ils sont tellement "magnétisés" par "l'agonie du Christ" sur la Croix, ceux qui s'accrochent eux-mêmes à cette pensée ne parviennent pas à comprendre les seules paroles prononcées depuis la Croix rapportées dans 2 Évangiles – Matthieu 27,46 et Marc 15,34 : Eloi, Eloi, lama sabachthani? - mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné? Ils oublient que ce sont les paroles qui ouvrent le Psaume 21:

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné * Pourquoi restes-Tu loin, bien loin de mes gémissements?
Mon Dieu, je crie le jour, et Tu ne réponds pas * je crie la nuit, et il n'y a point de repos pour moi.
Tu habites pourtant dans Ton sanctuaire * Toi, la gloire d'Israël.

On ne nous rapporte pas si Jésus a continué avec l'entièreté du Psaume – mais tout Juif de cette époque le connaissait – ainsi que cela ne signifiait pas ce désespoir absolu qui sème la confusion dans l'esprit de certains Chrétiens qui pensent qu'il faut être "sola Scriptura" – mais en fait, c'est un récit prophétique de la Crucifixion et du triomphe qui en résulte, puisque cela continue :

une bande de malfaiteurs m'enserre * Ils ont percé mes mains et mes pieds,
je pourrais compter tous mes os * Ils me regardent et m'observent avec joie,
ils partagent entre eux mes vêtements * et tirent au sort ma tunique.
Mais Toi, Seigneur, ne reste pas éloigné * mon soutien, hâte-Toi de me venir en aide.
Arrache mon âme au glaive * et ma vie à la griffe des chiens.
Sauve-moi de la gueule du lion * délivre le malheureux que je suis, des cornes du buffle.
Je ferai connaître à mes frères la gloire de Ton Nom * je Te louerai au milieu de l'assemblée.

Et il s'achève par :

Car la royauté appartient au Seigneur * et Il domine sur les nations.
Tous ceux qui dorment dans le sein de la terre L'adoreront * tous ceux qui descendent dans la poussière se prosterneront devant Lui.
Et mon âme vivra pour Lui, ma postérité Le servira * elle parlera du Seigneur à la génération future,
et proclamera Sa justice au peuple qui va naître * 'Voilà tout ce qu'a fait le Seigneur'

La Crucifixion est la voie ouverte pour le plus merveilleux des espoirs pour nous. Elle nous donne une raison pour vivre une vie pleine d'une espérance authentique et réaliste. C'est la raison pour la défaite de la dépression et du désespoir – ils devraient être bannis dans la Lumière de la Semaine Sainte et de Pâques.

Les films à propos de la Crucifixion ont un impact profond sur les gens, mais il ne faudrait pas s'y arrêter, car la Résurrection a un impact bien plus profond. La solennité de la Semaine Sainte est appropriée, car en effet notre Seigneur a été humilié et traité comme un simple criminel – par amour pour nous – à cause de notre comportement. C'est un temps où nous devons vraiment nous rappeler de notre comportement et nous en repentir. La malsaine concentration sur les détails de la souffrance du Christ sur la Croix n'y aident pas. Durant cette période, nous avons besoin d'une réflexion sobre, formelle, sur nos propres manquements, et repenser à notre vécu. Ce n'est pas tant une question de "prendre des bonnes résolutions" que de décider de renforcer notre intention de nous ajuster plus et mieux sur la sainte volonté de Dieu, ce que nous ferons en étudiant plus attentivement les enseignements du Christ et leur exposition par les Pères de l'Église. Nous sommes appelés à une compréhension de notre Foi en profondeur.

A partir de la solennité de la Semaine Sainte, nous nous avançons vers l'attente du soir du Samedi Saint, et la joie sans bornes de la célébration de minuit, celle de la Résurrection du Christ, et l'espérance qu'elle nous donne pour en vivre.
Hiéromoine Michael,
abbé du monastère Saint-Petroc
extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)



P. Alexander Men: La Passion (Matt. 27,27-50)


Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit!
Aujourd'hui, nous lisons le récit de la Passion selon l'Évangéliste Matthieu. A nouveau, nous nous rappelons et nous revivons ces événements depuis le Jardin à Gethsemani jusqu'au tombeau, où ils déposèrent le Corps du Seigneur. Durant tout ce temps, nous allons refaire connaissance et remplir nos âmes avec les événements de la Passion du Christ. Pourquoi avons-nous besoin de nous rappeler de ces événements? Nous trouvons la réponse dans la Sainte Écriture; le Chrétien doit entrer profondément dans la Passion du Christ Sauveur, parce qu'Il souffrit afin que la souffrance puisse être balayée de la surface de la terre. Il souffre avec nous, conjointement à nous, parce que des gens souffrent encore partout sur terre. Et si Lui, saint et pur, devait apparaître au milieu de nous, alors Il apparaîtrait sur la Croix.
Mais ne pourrions-nous pas dire, "bien sûr, Seigneur, Tes souffrances ont été immenses, mais considère les souffrances des autres, qui ont été assassinés, torturés et exécutés." Si nous ne parlons que des souffrances physiques du Seigneur Jésus, elles ne pourraient certainement pas dépasser les innombrables souffrances qui se sont abattues sur toute l'humanité. En rien Son Sang, versé sur le Golgotha, ne pourrait contrebalancer les océans de sang qui ont été répandus tout au long de l'histoire humaine. Et malgré cela, la Passion du Seigneur fut la plus pénible et tourmentée de toutes. En quoi donc? Bien que cela nous soit difficile à comprendre, considérez l'exemple suivant qui pourrait aider à expliquer ce point. Imaginez vous-mêmes comme une maman qui aime profondément son fils. Pas simplement attachée à lui, ou le traitant simplement en parent, mais aimant vraiment et profondément votre enfant. Là, d'un coup, sous vos yeux, il a été mis à mort, et vous voyez à présent un homme abattu, qui n'est même plus considéré comme un homme, et il n'y a que vous, sa mère, à penser : "Oui, c'est en effet mon fils." Pour les autres, il n'est qu'un exclu, un méchant, qui doit être pendu le plus vite possible. Et il n'y a rien de plus amer que le sort d'une mère qui survit à la disparition de son enfant. Repensez un peu à quel point ce fut dur pour vous, à quel point ce fut pénible et cruel lorsque disparu un de vos bien-aimés.
Et maintenant imaginez un tout petit peu comment notre Seigneur, notre Père, Qui aime tout un chacun, voit surgir tant de mal de chacun d'entre nous, et de la ruse, et de la méchanceté. Si les péchés de l'homme était semblables à de la fumée, alors le monde entier serait comme un four, d'où une épaisse colonne de fumée noire monterait sans discontinuer, siècle après siècle, millénaire après millénaire... une fumée noire, dense. Cette fumée monte jusqu'à Dieu, s'élève depuis les bien-aimés enfants de Dieu, depuis l'Homme, empoisonnant la divine existence de Dieu et Le faisant souffrir.
Voilà pourquoi le Seigneur vient sur terre, afin de pouvoir avec nous prendre le poids de nos péchés. Sans péché, Il partage le funeste sort des pécheurs, devient au même niveau que nous. Nul autre personne n'est capable de cela, car quand bien même nous pourrions être capables de répondre pour nos proches et amis, nul humain n'est capable de répondre pour toute l'humanité. C'est la raison pour laquelle le Seigneur agonisa en termes humains, cria que cette coupe était si lourde. Sa nature humaine protesta contre ça, mais Sa nature divine répondit : "qu'il en soit ainsi, parce que les humains sont incapables de répondre de leurs péchés." Dès lors, Il prit le chemin du Golgotha.
Imaginez qu'un énorme rocher, une falaise, se trouve prêt à vous tomber dessus, et que quelqu'un survenait et trouvait la force nécessaire pour retenir cette falaise de sorte qu'elle ne puisse vous écraser. Hé bien voilà ce que fait notre Seigneur, afin que nous ne soyons pas broyés sous le poids de nos péchés. C'est pour cela que Sa charge est si énorme, et pourquoi Ses souffrances sont incomparables aux souffrances habituelles de la mort. Ses souffrances sont plutôt comme celles dont parlait le prophète Isaïe (*) :
"Or ce sont nos souffrances qu'il portait
et nos douleurs dont il était chargé...
Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes,
écrasé à cause de nos fautes.
Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui,
et dans ses blessures nous trouvons la guérison."
Amen.
(*) Chant du "Serviteur souffrant" ou "Messie de douleur", Isaïe 53; ndt


Jesus chez les soldats de Pilate, le manteau de pourpre, les coups et moqueriesLe manteau de pourpre, les coups, les moqueries


La flagellation, Simon de Cyrène et le chemin du Golgotha


La Crucifixion


Icone de la Descente de la CroixLa descente de la Croix


La mise au tombeau

Icônes/fresques ci-dessus provenant de cette intéressante page (en anglais) consacrée à la tradition de Pâques en Grèce:
http://2tee-n-smyrn.att.sch.gr/religioneaster.htm


Namur, nouvelle paroisse Orthodoxe: inauguration 14/4/07

From: Prêtre Serge Model
Date sent: Vendredi 06 Avril 2007 06:44:09 +0000
Sujet: nouvelle église orthodoxe russe à Namur

PREMIÈRE CÉLÉBRATION LITURGIQUE DANS LA NOUVELLE ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE À NAMUR : 14.04.2007

Le samedi 14 avril 2007, l’archevêque Simon de Bruxelles et de Belgique présidera la première célébration de la Divine Liturgie dans la nouvelle église orthodoxe russe, dédiée à St Seraphim de Sarov, à Namur. Début de la célébration à 10h30.

Adresse de l’église :
Avenue de la Vecquée, 9, 5000 Namur.

Depuis la gare de Namur, prendre le bus n°3, qui part à 10h00. Descendre à l’arrêt "Citadelle milieu du monde", retourner jusqu’à la grand-route, tourner à gauche et aller jusqu’au carrefour à droite.

Plan (cliquez sur l'image)



Informations : père Antony Iliin, tél : 02/513.79.15

P. Serge MODEL
1190 Bruxelles

l'intérieur, avant transformations requises


S. Justin Popovic/ VENDREDI SAINT: "Et que tout le reste soit vénéré en silence..."

Le saint Théologien (Grégoire de Nazianze, NdSH) le disait bien sous l'inspiration divine: A qui et pour quelle raison ce sang a-t-il été versé pour nous? ce sang si cher et si glorieux de notre Dieu, à la fois Grand Prêtre et victime? Nous nous trouvions sous la domination du Diable, vendus au péché; par notre goût pour le mal nous étions faits vicieux. Et si l'on ne doit payer le rachat à personne d'autre que le propriétaire, je demande: A qui et pour quelle raison une telle rançon a-t-elle pu être payée? Si c'est au Diable - quel délire est-ce là! Le Brigand reçoit un rachat, et non seulement il le reçoit de Dieu, mais c'est Dieu Lui-même qu'il reçoit; un tel salaire pour sa tyrannie [...] Mais si c'est au Père, tout d'abord de quelle manière? Nous ne nous trouvions pas sous son esclavage! Et d'autre part pourquoi le sang du Fils unique serait-il agréable au Père, alors qu'il n'a même pas accepté Isaac, offert par son père, lui substituant une victime, mettant un bélier à la place de la victime raisonnable? N'est-il donc pas évident que le Père reçoit ce sacrifice non parce qu'il l'aurait exigé, ou bien qu'il en aurait eu besoin, mais à cause de l'économie du salut, et parce qu'il était nécessaire pour l'homme que fut sanctifiée la nature humaine, afin de nous libérer et de vaincre le tyran par la force, afin de nous élever vers Lui par son Fils qui intercède et qui édifie tout pour la gloire de son Père, auquel il est obéissant. Telles sont les oeuvres du Christ, et que le reste soit vénéré par le silence.
Ce qui est important est que dans son amour pour l'homme, le Seigneur Christ se soit volontairement offert en sacrifice, car il était nécessaire pour l'homme, qui s'était rendu pécheur et mortel, qu'il fût sanctifié par la nature humaine du Dieu incarné. De grands et mystérieux événements sont de plus intervenus: le sang volontairement répandu du Christ, le Dieu-homme, a sanctifié, d'une manière mystérieuse et bénie, le sang de l'homme et de l'humanité corrompu par le péché, il l'a vivifié d'une nouvelle vie, ramenant la nature humaine devenue mortelle sur une voie nouvelle et vivante, celle qui mène à Dieu et nous conduit vers une vie éternelle et infinie. A partir de là s'étend l'océan sans rivage et sans fond des mystères divino-humains du Christ, où l'on ne peut pénétrer que par la foi, tant que l'esprit humain répète dans la paix et la tranquilité ces paroles du saint Théologien: "et que le reste soit vénéré en silence."


Archimandrite Justin Popovic,
Philosophie orthodoxe de la Vérité, tome III,
L'Âge d'Homme, Lausanne 1995, pp. 174 s.;
traduction du serbe et du grec en français par Jean-Louis Palierne


05 avril 2007

Jeudi Saint dans le Rite Orthodoxe Occidental (EORHF)

Matines du Jeudi Saint
Psaumes 55, 63
Première lecture : Exode 24,1-11
Évangile : chapître 17 de saint Jean

COLLECTE POUR LE JEUDI SAINT
O Dieu, de Qui le traître Judas reçu le salaire de son péché et le Larron la récompense de sa confession; daigne nous accorder le bénéfice de la plénitude de Ta miséricorde; de sorte que, de même que notre Seigneur Jésus-Christ, dans Sa Passion, a rétribué chacun d'eux séparément d'après ce qu'ils méritaient, ainsi nous puissions nous dévêtir du vieil homme, et ainsi parvenir à la grâce de Sa Résurrection.
Par Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Hiéromoine Michael,
abbé du monastère Saint-Petroc
extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses
de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)

Note de traduction: La Divine Liturgie du Jeudi Saint et l'Office des Ténèbres (qui remonte au 6ème siècle voir plus loin encore) seront soit traduits et proposé séparément l'an prochain, soit publiés dans la future version en français du "Saint Colman Prayer Book" (en cours de préparation)... dans l'un et l'autre cas, Dieu voulant, permettant et bénissant.
Vu les diverses activités liturgiques, je manque de temps pour l'homélie. Je me permet de conseiller l'homélie de saint Augustin d'Hippone sur le Psaume 55, recommandations dans les épreuves, prononcée à Carthage.
Voyez cette page-ci:


S. Jean Maximovitch: nuit du Jeudi Saint, la prière du Christ dans le Jardin


par saint Jean (Maximovitch)

olivier dans le jardin de Gethsemaniolivier dans le jardin de Gethsemani
(c) & source

Ayant célébré la Dernière Cène avec Ses disciples, et leur ayant donné Ses préceptes, le Seigneur marcha avec eux jusqu'au Mont des Oliviers (Mt 26,30; Mc 14,26; Lc 22,39). En chemin, Il continua à leur donner Ses instructions finales. Ensuite, Il Se tourna vers le Père Céleste, adressant une prière pour Ses disciples et pour ceux qui croiraient en Lui à travers leur prédication (Jn 17).

Franchissant le ruisseau du Cedron, le Seigneur et Ses disciples entrèrent dans le Jardin de Gethsemani, où ils avaient l'habitude de fréquemment se réunir (Mt 26,37; Mc 14,32; Jn 18,1-2). Ensuite Il quitta Ses disciples, leur demandant de rester à veiller pendant qu'Il partait prier. Accompagnés uniquement de Pierre, Jean et Jacques, Il S'éloigna quelque peu. Il avait besoin d'être seul, mais sachant tout ce qui allait se produire, Il commença à être triste, mal, et Il dit à ceux qui étaient avec Lui : "Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec Moi" (Mt 26,38). Et, S'étant quelque peu éloigné, Il tomba face contre terre et pria.

A 2 reprises, le Seigneur interrompit Sa prière et revint près de Pierre et des fils de Zébédée. Hélas! S'ils étaient encore physiquement présents, ils avaient été vaincus par le sommeil. C'est en vain que leur divin Maître tenta de les persuader de veiller et de prier, afin de ne pas entrer en tentation: l'esprit est ardent, mais la chair est faible (Mt 26,41; Mc 14,38). Les disciples se rendormirent aussitôt que le Sauveur les avait quitté pour continuer Sa prière, qui ne s'acheva que lorsque l'heure où le Fils de l'Homme devait être livré aux mains des pécheurs arriva. L'agonie de la prière de Jésus parvint à son paroxysme, et Sa sueur fut mêlée à des gouttes de sang, coulant au sol (Lc 22,44).

Pour quoi donc Jésus priait-Il avec tant de ferveur? Pour quoi suppliait-Il le Père Céleste, tombant 3 fois face contre terre? "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de Moi! Toutefois, non pas ce que Je veux, mais ce que Tu veux. Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que Je la boive, que Ta volonté soit faite!"

Le Seigneur Jésus-Christ était le Dieu-Homme. A la fois de nature Divine et humaine, ne subissant ni changement ni fusion, "sans confusion, sans division" (dogme du Concile de Chalcédoine), unies en Lui en une Personne. En conformité avec les 2 natures, le Seigneur avait aussi 2 volontés. En tant que Dieu, Jésus était un en essence avec Dieu le Père et un en volonté avec Lui et le Saint Esprit. Mais étant parfaitement homme, avec un corps et une âme, le Seigneur avait aussi des sentiments humains et une volonté humaine, et Sa volonté humaine était totalement soumise à la volonté Divine.

Le Seigneur soumis Sa volonté humaine à celle de Dieu et ne chercha qu'à faire la volonté de Son Père Céleste (Jn 5,30); Sa nourriture spirituelle était de faire la volonté de Celui Qui l'avait envoyé et d'accomplir Ses oeuvres (Jn 4,34). Et Il avait à accomplir une tâche égale à aucune autre, une tâche qui allait surprendre même la nature insensible, inanimée. Il allait racheter l'humanité du péché et de la mort, et rétablir l'union de l'Homme avec Dieu. Le Sauveur, sans péché, allait prendre sur Lui tous les péchés de l'humanité, de sorte que Lui, qui n'avait commis aucun péché, allait sentir le poids des péchés de toute l'humanité, et en ressentirait une immense tristesse, comme seule le peut la sainteté parfaite, qui ressent clairement la moindre déviation par rapport aux Commandements et à la volonté de Dieu. Dans Son humanité sainte et sans péché, Celui en Qui Divinité et humanité étaient hypostatiquement unies, allait éprouver toute l'horreur de la séparation de l'homme de son Créateur, de l'aliénation de l'humanité pécheresse loin de Dieu, la source de sainteté et Lumière. A ce moment, la profondeur de la chute de l'humanité allait être exposée. L'homme qui refusa d'obéir à Dieu en Paradis mais suivit le démon qui avait menti au sujet de Dieu, allait à présent se dresser contre Son divin Sauveur, pour Le calomnier, et, L'ayant déclaré indigne de vivre sur terre, allait Le pendre au bois entre terre et ciel, Le plaçant sous la malédiction de la Loi donnée par Dieu (Deut. 21,22-23). Le Sans Péché, rejeté par ce monde pécheur pour lequel Il avait tant souffert, allait pardonner ce crime à l'humanité, et élever Sa prière au Père Céleste, implorant la Divine Vérité de pardonner ainsi à l'humanité, qui avait été aveuglée par le démon, pour son rejet de son Créateur et son Sauveur. Une telle sainte prière ne pouvait rester sans réponse, une telle puissance d'amour ne pouvait qu'unir la source de l'amour, Dieu, avec ceux qui, au moins à présent, allaient prendre conscience de cet amour et, ayant compris à quel point leur cheminement étaient éloignés des chemins de Dieu, allaient à présent décider de retourner à Dieu le Père par le Créateur Incarné.

A présent était arrivée l'heure où tout cela allait se passer. Dans quelques heures, le Fils de l'Homme, élevé sur la Croix, allait attirer tout le monde à Lui par Son auto-sacrifice. Touchés par Son amour, les coeurs pécheurs n'allaient pas savoir Lui résister. L'amour du Dieu-Homme allait briser le coeur de pierre des hommes. Ils allaient prendre conscience de leur impureté et de leur ténèbre, de leur insignifiance. Seuls les obstinés dans leur haine de Dieu n'allaient pas vouloir être illuminés par la Lumière de la grandeur et miséricorde divine. Mais tous ceux qui ne se sont pas détournés de l'appel divin, illuminés par la Lumière de l'amour du Dieu-Homme, allaient comprendre leur état de séparation de cet aimant Créateur, et allaient aspirer à Lui être unis. Le plus grand mystère allait avoir lieu : l'humanité allait vouloir retourner à son Créateur, et le Seigneur miséricordieux allait recevoir dans la joie ceux qui allaient quitter le démoniaque menteur et se hâter vers Celui à l'image duquel ils avaient été créés. Le mur de l'inimitié était détruit.
"Amour et Vérité se rencontrent,
Justice et Paix s'embrassent;
De la Croix, la Vérité germera de la terre,
et des cieux se penchera la Justice" (Ps 85,11-12).
L'heure était arrivée où tout cela allait s'accomplir.

Cependant, le monde ne savait pas encore la grandeur du jour qui allait se lever. Mais devant les yeux du Dieu-Homme, tout ce qui allait se passer était révélé. Il Se sacrifiait volontairement pour le Salut de la race humaine. Et maintenant, Il Se retrouvait pour une dernière fois tout seul à prier Son Père Céleste. Il allait y offrir le sacrifice qui allait sauver l'humanité – Il allait Se donner Lui-même, volontairement, à la souffrance, et Se livrer aux puissances des ténèbres.

Cependant, ce sacrifice n'aurait apporté aucun Salut si Il ne devait y avoir éprouvé que Sa souffrance personnelle. Il avait à être tourmenté par les douloureuses blessures du péché qui affligent l'humanité. Le coeur du Dieu-Homme se remplit alors d'une inexprimable tristesse. Tous les péchés humains, à commencer par la transgression d'Adam, et s'achevant avec ceux commis au son de la dernière trompette [Apoc. 10,7], tous les grands et petits péchés de toute l'humanité paraissent mentalement devant Lui. En Dieu, Il les avait toujours devant Lui, "toutes choses étaient manifestes devant Lui", mais maintenant, Sa nature humaine éprouve aussi tout leur poids et abomination. L'âme sainte et sans péché se remplit d'effroi. Sa souffrance surpasse celle des pécheurs eux-mêmes, ceux dont les coeurs endurcis ne se rendent pas compte à quel point le péché défigure l'homme et le rend étranger au Créateur. Ses souffrances sont plus intenses parce qu'Il voit cet endurcissement des coeurs Il voit que les gens ont aveuglés leurs yeux afin de ne pas voir, et qu'ils ne veulent pas entendre avec leurs oreilles et se tourner vers Lui pour être guéris (Is. 6,9). Il voit que même maintenant, le monde entier fuit Dieu, Qui est venu à lui sous la forme d'un homme. L'heure approche et elle est déjà là (Jn 16,32) où s'enfuiraient même ceux qui venaient il y a fort peu de L'assurer qu'ils étaient prêts à mourir pour Lui. Le Dieu-Homme pendra sur la Croix, seul, tourné en ridicule par les gens qui venaient voir ce spectacle. Seules quelques âmes allaient Lui rester fidèles, mais même eux, avec leur tristesse et leur impuissance silencieuses, ne vont qu'accroître les souffrances du coeur aimant du Fils de la Vierge. Pas d'aide à attendre, de nulle part...

Certes, en ces moments, Il n'est pas seul, parce que Son Père est toujours avec Lui (Jn 8,29; 10,30). Mais afin d'éprouver tout le poids des conséquences du péché, le Fils de l'Homme permet volontairement à Sa nature humaine de ressentir aussi l'horreur de la séparation d'avec Dieu. Cet horrible moment allait être insupportable pour le saint et sans péché. Un cri puissant s'échappera de Lui : Oh Mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné?" (Mt 27,46). Prévoyant cette heure, la sainte âme est remplie d'horreur et d'indignation.

Quelque temps auparavant, lorsque quelques Grecs étaient venus voir Jésus, Il avait permis à Sa nature humaine de tressaillir à l'approche de cette heure redoutable. Lorsque ces "brebis d'un autre troupeau" étaient arrivées, le Dieu-Homme su que l'heure se rapprochait où les gens Le verraient élevé sur la Croix. Sa nature humaine trembla, Son âme fut remplie d'indignation. Mais Jésus savait que sans Ses souffrances, le Salut de l'humanité était impossible, sans elles, l'oeuvre de Sa vie sur cette terre aurait été aussi stérile qu'un grain de blé gisant sur le sol jusqu'à sécher au soleil. Dès lors, Il supplia le Père de ne pas permettre à la faiblesse humaine de prendre le contrôle des pensées et désirs de Sa nature humaine : "Mon âme est à présent dans le trouble. Et que dire? Père, sauve-Moi de cette heure! Mais c'est précisément pour cela que Je suis venu à cette heure. Père, glorifie Ton Nom!" - glorifie-le sur terre, parmi les hommes. Montre Toi non seulement comme le Créateur, mais aussi comme le Sauveur (saint Basile, contre Eunome, livre 4) - Et du ciel vint une voix: "Je l'ai glorifié et Je le glorifierai encore" (Jn 11,27-28), ceci annonçant que le temps était venu pour l'accomplissement du mystère de Dieu qui avait été caché depuis l'aube des temps (1 Co 1,26; Eph. 1,9; 3,9).

Et maintenant, le moment allait arriver. Même si auparavant la nature humaine du Christ avait tremblé et ressenti l'indignation à la pensée de ce qui allait advenir, que ne devait-Il pas ressentir maintenant, lorsqu'occupé à attendre l'arrivée de Ses ennemis et de Son traître, Il priait de manière privée Dieu pour la dernière fois? Le Seigneur savait que toutes Ses prières étaient entendues (Jn 11,42). Il savait que s'Il suppliait Son Père de Le délivrer des tourments et de la mort, plus de 12 légions d'Anges (Mt 26,53) apparaîtraient pour Le défendre. Mais est-ce pour cela qu'Il était venu? Pour refuser, au dernier moment, d'accomplir tout ce qui avait été prédit par les Écritures?

L'esprit est ardent, mais la chair est faible. Même à présent, l'esprit de Jésus était embrasé, désirant une seule chose: accomplir la volonté de Dieu. Mais en tant qu'homme, dans Sa nature humaine, Il aurait voulu échapper à la souffrance et à la mort ("Exposition exacte de la Foi Orthodoxe" 3,18,20,23,24; Bienheureux Théophylacte; saint Jean Climaque, l'Échelle Sainte, ch. 6, "sur la mémoire de la mort"). Le Fils de Dieu avait volontairement adopté cette nature humaine et faible. Et c'est ainsi qu'Il S'offre à présent à la mort pour le Salut du monde. Et Il est victorieux, bien que submergé par le sentiment de la peur de la mort approchant, et de la répugnance à souffrir (Climaque, idem; saint Augustin; Exposition exacte, 3,24). Maintenant, ces souffrances seront particulièrement terribles, non pas en tant que telles, mais parce que l'âme du Dieu-Homme est secouée jusqu'en ses tréfonds.

Les péchés de l'humanité, que Jésus a pris sur Lui-même, sont pesants à l'excès. Ils pèsent très lourd sur Lui, rendant insupportable la souffrance imminente.

Le Christ sait que lorsque ces souffrances atteindront leur intensité maximale, Il sera abandonné. Non seulement il ne se trouvera nul être humain capable de les réduire - j'attends en vain quelqu'un qui ait pitié, je cherche des consolateurs sans pouvoir en trouver (Ps 68,21; Is 63,5) – mais afin d'éprouver le poids intégral des péchés, Il aura à affronter le tourment de la séparation du Père Céleste. A ce moment-là, Sa volonté humaine pourra vouloir éviter les souffrances. Mais qu'il n'en soit pas ainsi! Que Sa volonté humaine ne quitte pas la volonté de Dieu ne fut-ce qu'un instant. C'est ce que le Dieu-Homme priait à Son Père. S'il est impossible à l'humanité de rétablir l'union avec Dieu sans ce terrible nouveau crime contre le Fils de Dieu (saint Basile le Grand, ibid.), puisse cette heure être évitée. Cependant, si c'est la seule manière pour ramener l'humanité à son Créateur, que la volonté de Dieu soit accomplie. Que Sa volonté soit faite et que la nature humaine de Jésus, en ces terribles moments, ne désire rien d'autre que l'accomplissement de la volonté de Dieu, l'accomplissement de la Divine économie. Voilà ce que priait le Christ dans le Jardin de Gethsemani, aux jours de Sa chair, lorsqu'Il avait offert prières et suppliques avec fortes larmes et pleurs à Celui Qui était capable de Le sauver de la mort (Héb. 6,7).

En effet, Il offrit les prières et suppliques à Celui capable de Le sauver de la mort, mais Il ne pria pas pour être délivré de la mort. Le Seigneur Jésus-Christ disait à Son Père Divin quelque chose comme ceci: "Abba, mon Père, le Père de Celui que Tu as envoyé pour unir le peuple d'Israël et les enfants de Dieu dispersés, les païens, afin de créer de 2 peuples un nouveau peuple, et de les réconcilier tous deux avec Lui à travers la Croix. Tout est possible pour Toi, tout ce qui correspond à Ta perfection illimitée. Tu sais qu'il est typique de la part de la nature humaine de se détourner des souffrances, que l'homme veut toujours voir les beaux jours (1 Pi 3,10). Mais quiconque T'aime de tout son coeur, de toute son âme et de tout son esprit, ne désire que ce qui plaît à Ta bonne et parfaite volonté. Moi, Qui suis venu sur terre pour l'accomplissement de Ta sage volonté, et à cet effet, ait revêtu la chair et le sang et pris sur Moi la nature humaine avec toutes ses faiblesses, sauf le péché, Moi aussi j'aimerais échapper aux souffrances, mais seulement à une condition – que ce soit en accord avec Ta sainte volonté. S'il est possible que Ton économie soit accomplie sans cet horrible crime des hommes; s'il est possible pour Moi de ne pas éprouver toutes ces souffrances de l'âme, auxquelles s'ajouteront dans quelques heures la terrible agonie du corps; si cela est possible, alors délivre-Moi des souffrances présentes et des imminentes épreuves et tentations. Épargne-Moi la nécessité de souffrir les conséquences de la transgression d'Adam. Cependant, cette supplique M'est suggérée par la faiblesse de Ma nature humaine. Mais que tout ce passe comme il Te plaira. Que la volonté de la faible nature humaine ne prévale pas, mais plutôt notre Conseil pré-éternel commun. Mon Père! Si selon Ta sage économie, il est nécessaire que J'offre ce sacrifice, Je ne refuse pas de le faire. Je ne prie que pour une chose : que Ta volonté soit faite. Que Ta volonté soit faite, toujours et en tout. De même qu'au Ciel, tant Toi et Moi, Ton Fils Unique, avons une seule et même volonté, qu'ici sur terre aussi Ma volonté humaine ne désire pas un seul instant quoi que ce soit de contraire à Notre volonté commune. Avant même la création du monde, Nous avions décidé que le Salut de l'humanité devait être accompli. Puissent les enfants des hommes être délivrés de leur esclavage au mal, rachetés à haut prix – par les souffrances et le dévouement du Dieu-Homme. Et que la charge des péchés des hommes, que Je prend sur Moi, de même que les tourments ajoutés au corps et à l'âme, ne puisse faire vaciller Ma volonté humaine en son désir d'accomplir Ta sainte volonté. Que Je me conforme joyeusement à Ta volonté – que Ta volonté soit faite."

"Tu as prié afin que la coupe volontaire de la Passion salvatrice soit écartée, comme si elle n'était pas voulue" (Matines du dimanche, ton 5, Cantique 8 du Canon), démontrant ainsi les 2 désirs des 2 natures et demandant à Dieu le Père de rendre Sa volonté humaine ferme dans sa soumission à la volonté de Dieu (Exposition exacte 3,24). Et c'est alors que Lui apparu un Ange du ciel, qui Le renforça (Sa nature humaine) (Lc 22,43). Cependant, alors qu'Il offrait Son auto-sacrifice, Jésus pria avec une ferveur accrue, jusqu'à ce qu'Il baigne dans sa sueur sanglante. Et pour Sa révérence et Sa constante soumission à la volonté de Son Père, le Fils de l'Homme fut entendu.

Ainsi renforcé et encouragé, Jésus sorti de Sa prière (Exposition exacte, ibid.). A présent, il était certain que Sa nature humaine ne fléchirait plus jamais, que bientôt le fardeau des péchés humains lui seraient enlevés, et qu'à travers Son obéissance à Dieu le Père, Il ramènera à Lui la nature humaine dévoyée. Il rejoignit Ses disciples et leur dit, "Vous dormez maintenant, et vous vous reposez! L'heure est venue: le Fils de l'Homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons, celui qui me trahit est là" (Lc 22,46).

Allant à la rencontre de ceux qui venaient Le chercher, le Seigneur Se livra volontairement entre leurs mains. Lorsque Pierre, soucieux de défendre son Maître, frappa le serviteur du grand prêtre avec une épée et lui trancha l'oreille, le Seigneur la guérit et rappela à pierre qu'Il se remettait volontairement entre leurs mains : "Rengaine ton épée: tous ceux qui useront de l'épée, périront par l'épée. Crois-tu que Je ne puisse invoquer Mon Père, Qui M'enverrait à l'instant plus de douze légions d'Anges? Comment donc s'accompliraient les Écritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi?" (Mt 26,53). Ayant donc bu volontairement jusqu'à la lie la coupe des souffrances du corps et de l'âme, Christ glorifie Dieu sur terre; Il accomplit une tâche qui ne cédait en rien à la création du monde elle-même. Il restaura la nature humaine déchue, réconcilia Dieu et humanité, et fit les hommes capables de participer à la nature divine (2 Pi. 1,4).

Ayant accomplit l'oeuvre que Son Père Lui avait remise à faire, le Christ fut aussi glorifié en Sa nature humaine, avec cette gloire qu'en tant que Dieu, Il avait déjà avant que le monde ne fut (Jn 17,5), et avec cette nature humaine, Il s'assis à la droite de Dieu le Père, attendant dès lors jusqu'à ce que Ses ennemis soient
saint Jean Maximovitchdevenus l'escabeau de Ses pieds (Héb. 10,13).


Étant devenu l'auteur du Salut universel pour tous ceux qui Lui obéissent (Héb. 5,9), même après Son Ascension au Ciel, Il reste connu "en deux natures sans confusion" (dogmatikon du Dimanche, ton 6), "Car Tu as porté deux volontés, selon chacune de Tes deux natures, O Toi Qui est Christ à jamais" (Canon du dimanche, ton 5, cantique 8). Mais Son corps glorifié ne sait plus souffrir et n'a plus besoin de rien, et de même Sa volonté humaine ne sait en rien s'écarter de la volonté de Dieu. Et dans ce même corps-là, le Christ viendra au dernier Jour "pour juger les vivants et les morts", après quoi, en Roi non pas seulement selon Sa divinité mais aussi selon Son humanité, Lui-même rendra hommage à Celui Qui Lui a soumis toutes choses. Ainsi Dieu sera tout en tous" (1 Co 15,28).
Amen.


"Slova" (Sermons de saint Jean de Shangai, Bruxelles et San Francisco), Russkiy Pastyr, San Franciso 1994.

Kulich & pascha, les 2 desserts russes traditionnels pour Pâques
(recettes en anglais, mais les photos sont déjà très utiles)
http://www.pravmir.com/article_178.html




P. Barthelemy D'Huyvetter, bénédiction finale, Jeudi Saint 2007,
paroisse Orthodoxe des saint Silouane et Martin, Bruxelles