"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 avril 2007

Élections, Sodome et Lot, Jérémie et l'avenir – une opinion parmi tant d'autres.

En ce temps d'élections en France, et de préparation aux élections en Belgique, tout est nerveux autour de nous. Les conseils d'administration des media "grand public", tous aux mains du système financier et occulte, distribuent les consignes éditoriales. Et on a facile à savoir, rien qu'à la première page, vers où tel ou tel canard penche... et en analysant un peu plus finement ce qu'il cache entre 2 lignes, on découvre que tous comptes faits, ce n'est que façade. Et le véritable pouvoir compte bien faire passer ses idées, néfastes pour la société et contraires aux Lois de Dieu, quoi qu'il advienne. Donc en les travestissant selon les publics visés. Ca marche depuis déjà fort longtemps, hélas.

Pour qui voter? Pour quoi voter? Ou .. pourquoi voter?
Le père Païssios, de bienheureuse mémoire, nous donnait l'autre jour quelques conseils spirituels en la matière, et j'ai entre-temps complété la page avec un lien vers une belle prière "pour les élections" proposée par la paroisse Saint Germain et Saint Cloud (région de Paris, métropole occidentale du patriarcat de Roumanie)
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/lections-religion-comment-faire-lunique.html

Des conseils, pas plus, parce qu'en effet, pour le Chrétien, une "consigne de vote", ça n'existe pas. Nous ne comprenons pas comment des gens qui se réclament du Christ pourraient fonctionner de la sorte. Nous sommes tous différents, nous vivons tous en des endroits différents, et ceux qui se présentent aux élections sont tous différents aussi. Et quel que soit leur programme, Dieu est aussi pour eux, Dieu les aime aussi, et aimerait qu'ils se tournent vers Lui. Mystère de la grâce, le politicien le plus athée, enfoncé à fond dans le système occulte trans-partis bien connu (et totalement opposé à la démocratie quoiqu'il prétende), peut du jour au lendemain basculer vers l'unique Lumière, le Christ. Comment peut-on dès lors avoir des "règles à suivre à la lettre", des "consignes", quand il s'agit d'humanité, donc de ce qui est amené à changer, à s'ouvrir à Dieu, et à devenir ainsi radicalement différent de ce que c'était la veille, et que toutes les situations sont différentes? Et que fait-on de la conscience dans ce cas? Serait-elle interdite de fonctionner dans ce cas-là? Passons.

Prenons les programmes des partis. Pour la France, je ne sais pas avec certitude, mais je crois que c'est pareil que chez nous. Pour la Belgique, il devient excessivement difficile de trouver un parti politique à vocation démocratique (ou du moins déclarée telle) qui ne prévoie pas les pires dérives eugénistes dans son programme. Et aussi qui ne soutienne pas ouvertement tout ce qui est monstrueusement contre nature. Même là où on prétend défendre la nature, on prône surtout ce qui est contre nature. Cherchez l'erreur.. et vous trouverez l'horreur.

Réfléchissons un instant, pensant à nos enfants, à ceux de notre voisinage, de notre famille selon la chair, de notre vraie famille aussi (selon le Christ), de notre patrie terrestre (notion contingentielle mais respectable). Le juste Lot, le neveu d'Abraham, quand il habitait Sodome (Gen. 13,12-13), qu'avait-il autour de lui? Une telle débauche contre-nature que les maladies les plus monstrueuses devaient y être légion, comme les démons que les gens invitaient chez eux! Et une telle violence que ses enfants ne devaient jamais pouvoir sortir à la rue, de peur de se retrouver illico victimes (Gen. 18,20-19,25). Vivons-nous déjà ça? En certains endroits en Belgique, j'ose le dire, oui. Il est des endroits où qu'on soit enfant ou adulte, si on n'a pas une protection visible (chien, etc), on se retrouverait illico crapuleusement détruit par des gens qui ont voué leur vie et leur âme au démon. Idem en France, ou ailleurs en Occident. Mais avouons-le, quand bien même l'application intégrale des programmes des partis "démocratiques" risquerait à très court terme d'amplifier ces monstruosités – et les affaires "à la Dutroux" ne seraient même plus rapportées tant elles deviendraient "la norme", voyez certains programmes, j'insiste - oui, avouons-le, nous sommes Dieu merci encore loins de ce que Lot, son épouse et leurs enfants devaient endurer à Sodome. Même si une partie croissante de la population semble prête à se contenter de la télévision pour lui servir de cerveau, et du bulletin de vote pour lui servir d'âme, on n'a pas encore à subir un si terrible environnement. Prions qu'il en soit encore longtemps ainsi, et vivons toujours plus en Christ, pour changer vraiment nous-mêmes, et ainsi permettre à la libération et la transfiguration du monde.

J'évoquais aussi notre grand ami le prophète Jérémie dans le titre de l'article.
Avez-vous déjà réfléchi un instant à la situation dans laquelle il se trouvait?
Depuis des siècles, une fausse religion faisait florès. Elle imitait en presque tout la foi de l'Alliance, du moins dans les formes externes. Si la lettre de la Loi était souvent un peu bafouée, l'esprit de la lettre n'était plus à l'ordre du jour depuis belle lurette. Les prophètes n'avaient cessé de fulminer contre ce peuple qui n'avait pas voulu être dirigé par Dieu mais voulait des dirigeants "comme les autres peuples de ce monde" (cfr Samuel). Ils ont mis en garde, prêché à temps et à contretemps. En vain.
Au moment où Jérémie est enfermé pour avoir dit pour la Xième fois la vérité aux princes du moment, tous apostats, au clergé qui n'a que les apparences externes de la religion, au peuple qui fait semblant d'être fidèle mais bafoue tout de Dieu et se comporte comme un ramassis de païens, la logique de la vie s'accomplit. Le peuple a massivement abandonné Dieu, donc les forces que Dieu retenait sont libérées. Soyons clairs, ça veut dire que quand les gens disent "zut" à Dieu, et bien Dieu, Il accepte leur choix, et Il les laisse tirer leur plan, Il respecte la liberté humaine. A l'époque de Jérémie, le prix du "zut" signifiait endurer Nabuchodonosor...
Jérémie est donc en prison, tout va mal, la situation spirituelle, philosophique, les moeurs, le social, tout ça est exactement du même niveau que ce que nous vivons à présent chez nous. Et bientôt, le sommet de la catastrophe arrivera, avec la chute de Jérusalem et encore la déportation. Et pourtant, qu'est-ce que le Seigneur demande à Jérémie?

"Et Jérémie dit: "La parole du Seigneur m'a été adressée en ces termes: Voici Hanamel, le fils de ton oncle Sallum, qui vient pour te proposer l'achat de sa terre d'Anatot, car tu as priorité d'achat sur elle." Hanamel, mon cousin, me vint donc trouver, comme l'avait annoncé le Seigneur, dans la cour gardée: "Achète, me dit-il, ma terre d'Anatot, au pays de Benjamin, car tu es l'ayant-droit de rachat, et l'héritier légal; achète-la donc." Et je compris qu'il y avait là une invitation du Seigneur. J'achetai la terre à mon cousin et lui en payai le prix: 17 sicles d'argent. Je mis le contrat par écrit, et après l'avoir scellé, je pris des témoins devant qui je pesai l'argent dans la balance. Je pris l'acte de vente scellé, où figuraient les clauses et les stipulations, ainsi que la copie ouverte, et je remis le premier à Baruch, fils de Néria, fils de Mahséia, en présence de Hanamel, mon cousin, des témoins signataires de l'acte de vente, et de tous les Judéens qui étaient dans la cour gardée. Puis, devant eux, je donnai cet ordre à Baruch: "Voici ce que dit le Seigneur des armées, Dieu d'Israël: Enlève ces documents, l'acte de vente scellé que voici et la copie ouverte que voilà, et mets-les dans un pot de grès pour qu'ils se conservent longtemps. Car voici ce que prédit le Seigneur des armées, Dieu d'Israël: On achètera encore des maisons, des champs et des vignes de ce pays-ci." (Jér. 32,1-15)

Un champ, voilà ce que le Seigneur fait acheter à Jérémie! Or, qu'est-ce que c'est, un champ? A l'époque des supermarchés dans chaque quartier, plus grand monde sait encore qu'un pain, c'est fait de blé qui pousse dans un champ, et encore moins comment ça pousse.
Un champ, il faut d'abord le défricher, retirer les cailloux, etc. Puis il faut labourer. Semer. Entretenir. Attendre. Récolter. Engranger. Bref, un champ, c'est un pari sur l'avenir là où on est, et nulle part ailleurs.
C'est dans un moment où tout autour de lui, il n'y a plus rien ou presque qui soit encore fidèle à Dieu, et pourtant, Dieu demande à Son ami de s'installer là où il se trouve. Au milieu de la fange, du désordre, de la folie humaine. Parce qu'Il n'écrase pas la mèche encore fumante, ni le roseau flétri, et que sans cesse, Il espère retrouver la 100ème brebis, celle qui est perdue, celle qu'Il aime autant que les autres, malgré qu'elle soit rebelle et imprudente... Le Seigneur demande donc à Jérémie de s'occuper de lui, de s'occuper d'un champ, de vivre, et de laisser au Seigneur le soin du lendemain, de l'avenir. Quel bel exemple pour nous, qui nous demandons ce qu'on va bien pouvoir devenir si X ou Y est élu plutôt que Z...
Voter en son âme et conscience. Pas en fonction d'une carte de parti, d'un programme de parti, d'une "tête" sur une affiche, d'un "nom", d'une "idée" à la mode (ou contre la mode). C'est difficile. Quand on est, comme en Belgique, soumis au devoir électoral, on ne peut même pas se défiler. Dans bien des élections, le bulletin blanc est une tentation bien forte, mais aussi parfois la seule alternative raisonnable. Les élections locales – pour une commune ou une municipalité, c'est plus facile, puisque là où a la possibilité, si on investit un peu de temps, d'apprendre à vraiment connaître le candidat au suffrage. Candidat qui ignore trop souvent que ministre veut dire serviteur, et qu'il y a plus qu'une différence de lettre entre servir et se servir.
A la rigueur, si on n'est pas obligé de voter, si c'est pas un devoir, ou que les choix proposés, on les estime vraiment incompatibles avec ses choix de vie à soi, la météo est belle, c'est le moment d'une promenade champêtre, une Bible en poche, un recueil de poésie, une chanson à la bouche..
Que les pères confesseurs et autres spirituels ont du boulot ces temps-ci, avec cette masse de gens qui ont difficile à entendre en eux-mêmes "ce que l'Esprit dit aux Églises", avec tout le brouhaha qui est fait pour empêcher les gens de réfléchir, penser, et bien sûr, prier...

Excusez le piètre niveau de ma réflexion, je suis encore malade, j'ai pour une fois une bonne excuse à ma médiocrité.

bonne réflexion dans l'isoloir – prenez Jésus avec vous, car si Son Royaume n'est pas de ce monde, pourtant, ce monde, c'est Lui qui l'a créé, Il sait donc mieux que quiconque ce qui est requis pour le faire tourner bien pour tout le monde!


Un garçon aveugle guérit par le myron d'une Icône miraculeuse


Moscou, 18 Avril 2007, 13:49, Interfax -Vladimir Suzdalev, 10 ans, complètement aveugle, a recouvré la vue après 3 jours d'onction quotidienne avec du myron.
"C'est un miracle de Dieu que mon garçon peut revoir. Avant ça, peu de médecins croyaient qu'il pourrait survivre après l'accident qui avait aveuglé Vova", déclare Tatiana, la mère de Vladimir, citée ce mercredi par le journal Tvoy Den.

Après la tragédie, elle se rendit chaque matin à la cathédrale Saint-Nicolas à Orenburg, pour s'y agenouiller en prière pour son fils unique.

Dans la cathédrale, quelqu'un parla à Tatiana d'une Icône miraculeuse de la Mère de Dieu, appelée "Skoroposlushnitsa" (Prompt secours), qui se trouvait dans l'église Saint-Michel au village de Gorodische. Tatiana partit immédiatement là-bas et pria jusqu'à la nuit tombante devant l'Icône.

Le lendemain matin, lorsqu'elle revint à l'hôpital où se trouvait son fils, on lui annonça qu'il avait quitté le coma. Vladimir passa 6 semaines de plus à l'hôpital, mais tous les médecins s'accordèrent à dire qu'il ne reverrait plus jamais.

Tatiana repartit à Gorodische. Étant en larmes devant l'Icône miraculeuse, le p. Victor, recteur, l'entendit et lui donna un petit récipient contenant de saint myron qui s'écoulait de cette Icône.

Tatiana fit une onction des yeux de son fils avec ce saint myron durant 3 jours, après quoi, il recommença à voir. Au cours des 2 semaines qui suivirent, sa vue redevint quasiment normale.

"Le diagnostic établi pour cet enfant excluait toute possibilité de recouvrer la vue. En tant que médecin, je ne sais pas expliquer la guérison de cette cécité. Ce n'est rien de moins qu'un miracle" a déclaré l'oculiste Nina Suvorova.


Icône Skoroposlushnitsa de la Mère de Dieu
Laure saint Alexandre Nevsky, Saint-Petersbourg
Source image


L'Icône de la Mère de Dieu "Prompt Secours"

L'Icône de la Mère de Dieu appelée "Prompt Secours" est une fort ancienne image miraculeuse du monastère de Dochiariou, sur la sainte montagne de l'Athos. D'après la tradition monastique, elle a été peinte au 10ème siècle, alors que saint Neophytos (commémoré le 9/22 novembre) était recteur du monastère. Une nuit, en 1664, Nil, serviteur au réfectoire, passa à côté avec une torche allumée. De l'Icône de la Théotokos qui était accrochée au-dessus de la porte, il entendit une voix lui demander de ne plus passer ainsi et souiller l'Icône avec la suie. Pensant que c'était une blague qu'un des frères lui jouait, le moine ne prêta pas attention au miracle et continua à emporter la torche allumée dans le réfectoire. Soudain, il tomba aveugle. Affligé et repentant, Nil pria devant l'Icône de la Mère de Dieu, lui demandant son pardon. A nouveau, il entendit la voix miraculeuse, qui lui annonça qu'il était pardonné, que sa vue lui était rendue, et qu'il devait tout raconter aux frères. "A partir de maintenant, mon Icône sera appelée 'Icône du Prompt Secours', car j'accorderai rapide miséricorde et exaucerai ceux qui viendront à moi." La très sainte Mère de Dieu accomplit sa promesse, et le fait encore aujourd'hui. Elle accorde rapide assistance et réconfort à tous ceux qui viennent à elle avec foi.

En Russie, des copies de l'Icône athonite miraculeuse "Prompt Secours" ont toujours été beaucoup aimées et respectées. Nombre d'entre elles sont connues pour des miracles, en particulier les guérisons miraculeuses de malades ou de possédés.
ma propre maman a été guérie miraculeusement: elle avait un oeil dont le nerf était littéralement pourri, en décomposition, constat médical, radios et tout et tout, oeil qu'ils s'apprêtaient donc à remplacer par une bille de verre, ce que les médecins avaient déjà fait pour l'autre oeil 2 ans auparavant. Par l'intercession de sainte Odile et l'eau de sa source sainte prise au Mont-Sainte-Odile, un mois plus tard, le médecin constata que non seulement le nerf n'était plus pourri, mais que l'oeil était parfaitement guéri.
Dans l'Évangile selon saint Jean, le Christ nous donne la clé des "signes" (miracles) qu'Il accompli, soit directement soit via Ses ami(e)s, depuis le début de l'Incarnation et jusqu'à nos jours : "Si tu crois, alors tu verras la gloire de Dieu.."
Gloire à Dieu en toutes choses, car "Dieu est admirable dans Ses Saints" (Ps 67,36 LXX).


P. Hopko: le Dimanche des saintes Myrophores


Le 3ème dimanche après Pâques est dédié aux femmes myrophores qui vinrent pour prendre soin du corps du Sauveur qui était mort au tombeau et qui furent les premières à être témoins de Sa Résurrection. Ces 3 tropaires du Vendredi Saint sont à nouveau chantés, et d'eux on apprend le thème du jour:

"Le noble Joseph, lorsque de la croix * il eut descendu Ton corps immaculé, * l'enveloppa d'un blanc linceul * et l'embauma de précieux parfums.."

"Lorsque Tu es descendu vers la mort, immortelle Vie, * l'Enfer fut renversé par la splendeur de Ta divinité.."

"Près du sépulcre, un Ange du Seigneur * apparut aux Myrophores et leur dit: * Aux morts conviennent la myrrhe et les aromates; * le corps du Christ est affranchi de toute corruption; * chantez plutôt: Il est ressuscité, le Seigneur, * accordant au monde la grâce du salut."

Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"

20 avril 2007

Les Doigts de Dieu




15 avril 2007 - Bulletin 24, Volume XLIV


"Tu es descendu jusqu’au plus profond de la terre,
Tu as brisé, ô Christ, les verrous éternels
qui retenaient les captifs
et comme Jonas sortant de la baleine,
Tu es ressuscité du tombeau le troisième jour."
Hirmos 6 du Canon de Pâques


Ils ne sont pas nombreux les Occidentaux qui n'ont pas vu au moins une reproduction de la célèbre scène peinte dans la chapelle Sixtine au Vatican (État du Vatican, à côté de Rome, ndt), où le Créateur Tout-Puissant se glisse puissamment vers l'être humain affalé, s'éveillant à peine, au corps presqu'incapable de se redresser sur un coude, l'autre coude appuyé sur un genou replié, et qui va ressentir un choc puissant parcourant tout son corps par le fait de l'attouchement de son index hésitant par le Père Céleste. Michel-Ange peignait et sculptait toujours des personnages humains d'aspect costaud, des spécimens musclés de notre espèce; cependant, nous ne pouvons manquer de remarquer par la posture de l'homme nouvellement créé une sorte de léthargie, qui ne provient pas de l'épuisement – il n'avait pas encore eu à subsister à la sueur de son front – mais plutôt comme s'il venait à peine de naître. Quelles sont différentes, les représentations sur les Icônes du premier et du second Adam!


Ils sont trop peu nombreux, ceux qui ont vu l'Icône de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ appelée "Remontée de l'Hadès." Ici, le jeune Dieu-Homme est présenté dans un contraste saisissant par rapport au grand Père de Michel-Ange, alors qu'Il accomplit la mission sur terre pour retrouver l'Adam déchu et restaurer l'harmonie cosmique que le Père et le Fils ensemble avec le Saint Esprit avaient planifié longtemps avant que l'univers ne vienne à l'existence.

Cette fois, il n'y a plus un simple toucher. Le vieil Adam est aussi affaibli et courbé qu'on l'attend pour quelqu'un de son âge – dans un contraste radical avec ce premier homme costaud représenté sur le plafond de la Sixtine. Le Fils de Dieu n'avait pas de temps à perdre en accomplissant Sa mission. C'est l'invasion de l'antre triste et sinistre des morts, car la mort n'avait nulle place dans le maître-plan original de la Sainte Trinité. Il agrippe le poignet flasque d'Adam en Sa puissante main, cette main droite bénie marquée désormais des marques des clous de Son agonie sur la Croix, le signe montrant ce que les enfants d'Adam pensaient de Lui. Il plongea dans l'Hadès tel un aigle plongeant sur sa proie, arrachant le couple des origines en même temps que toute leur postérité condamnée à languir dans l'affligeant lieu de tristes ténèbres.

Le premier couple et sa progéniture n'a en rien contribué à sa libération. Ils étaient incapables de collaborer à leur libération, ne sachant rien faire d'autre qu'ardemment désirer être libérés.

Ève apparaît aussi dans les peintures de la Sixtine et l'Icône Orthodoxe de la descente du Christ dans l'Hadès, l'accomplissement du plan de Dieu pour le Salut de l'humanité. Sur la peinture du vatican, on la discerne à peine, soigneusement cachée derrière le coude gauche de Dieu, regardant avec curiosité et appréhension vers ce qui va devenir sa vie sur terre avec son futur époux. Michel-Ange l'a peinte si joliment qu'au premier regard, elle a l'air d'être un des anges. Quelle différence avec l'Icône. Là, elle est une vieille femme couverte d'un lourd manteau. Même ses mains, autrefois si avides à attraper et cueillir le fruit défendu, sont à présent recouvertes de tissus. Elle a perdu l'aplomb qu'elle montre dans une multitude de scènes de l'Eden que l'on voit dans tant de peintures, aussi bien dans des églises occidentales qu'orientales.

L'Icône de la Descente du Christ dans l'Hadès saisit l'entière signification du but de la venue de notre Seigneur sur terre. Elle parle de notre Rédemption, c'est l'explication de la parabole du Bon Pasteur Qui laisse 99 brebis pour aller au-delà de la Voie Lactée pour venir à la recherche de la brebis perdue, et qui fait tout ce qu'il faut pour la placer sur Ses saintes épaules et la ramener à l'enclos du Maître. Pensez aux paroles de saint Paul:
"Quoiqu'Il fût de condition divine, Il ne S'est pas prévalu de Son égalité avec Dieu; mais Il S'est anéanti Lui-même en prenant la condition d'esclave et Se faisant pareil aux hommes. Et quand Il eut revêtu l'aspect d'un homme, Il S'est encore abaissé Lui-même en Se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la Croix. Aussi, Dieu L'a-t-Il souverainement exalté et Lui a-t-Il conféré le Nom qui est au-dessus de tout Nom" (Philippiens 2,6).

Archiprêtre Vladimir Berzonsky (OCA)

http://www.oca.org/DIRlisting.asp









19 avril 2007

Rome 2007: Pâques enfin célébrée pour la première fois depuis 1014!

De prime abord, comparant avec mon titre, d'aucun dira à la lecture de ce qui suit : "ça y est, il repique une crise d'orthodoxisme." Si vous le croyez vraiment, j'invite à (re)lire la pensée de saint Théophane le Reclus sur le sujet, elle est très clairement exprimée à la fin de l'article sur la page suivante :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/dynamissamedi-radieux-la-repentance-de.html

"Ce n'est pas à l'habit qu'on reconnaît le moine, mais à l'observation de la règle et à la perfection de sa vie" enseignait saint Jérôme. Et déjà en son temps, Plutarque disait "Barba non facit philosophum" (Quaestiones conviviales, 709b) - "La barbe ne fait pas le philosophe"...

Malgré son adaptation en "l'habit ne fait pas le moine", cet ancien dicton occidental n'a jamais assez été pris en compte. En tout cas, en matière religieuse, plus du tout en Occident depuis 1014. Et le résultat est là, indéniable désastre allant sans cesse en s'amplifiant. Alors, elle est où, la crise? Dans mon commentaire affligé? Ou dans les faits qui nous entourent, voire que nous laissons se produire en nos âmes?
"Dieu, viens à notre aide! Seigneur, viens vite à notre secours!"
JM
maquette eglise orthodoxe russe de Rome, paroisse sainte Catherine d'Alexandrie
Première Liturgie de Pâques célébrée à l'église Orthodoxe russe en construction à Rome

Moscou, 13 Avril 2007, 15:36, Interfax – La première Vigile de Pâques a été célébrée à l'église Orthodoxe russe dédiée à la sainte martyre Catherine, église en cours de construction à Rome.
Le Samedi de Pâques, 7 avril, qui est aussi jour de l'Annonciation [dans l'ancien calendrier; ndt] cette année, le hiéromoine Philipe Vasiltsev, président de la fondation Sainte Catherine, a célébré la Divine Liturgie dans cette église et bénit les pains de Pâques.
Des fidèles Orthodoxes et des membres des missions diplomatiques russes à Rome ont afflué à l'église tout au long de la journée. Plus d'une centaine de fidèles ont participé à l'Office de Pâques.
Après l'Office, un repas festif commun a eu lieu dans la salle de réunion de l'église, qui est encore en construction, ainsi que le rapporte le site internet officiel du patriarcat de Moscou.
Le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad, chef du département des affaires extérieures du patriarcat de Moscou, a célébré la Petite Consécration de l'église le 19 mai 2006.

pretre et fideles de la paroisse orthodoxe russe de Rome, sainte Catherine d'AlexandrieLes liturgies dominicales y sont célébrées de manière régulière depuis octobre dernier. Cette année, les Offices ont été célébrés chaque jour des semaines du Grand Carême et de la Semaine Sainte.
Sainte Catherine, à qui l'église est dédiée, est aussi bien vénérée chez les Orthodoxes que par les catholiques-romains.
Le besoin de bâtir la première église Orthodoxe dans la Ville Éternelle [depuis le Schisme; ndt], ville où tant [d'Orthodoxes; ndt] sont morts martyrs, vient du fait du grand nombre de fidèles Orthodoxes d'origine Russe résidant à Rome.
La première tentative de construire une église Orthodoxe dans la capitale d'Italie avait été entreprise à la fin du 19ème et début du 20ème siècle, à l'initiative du recteur de la chapelle de l'ambassade de Russie, et avec le soutien de la sainte famille impériale de Russie. Mais la Révolution bolchevique de 1917 empêcha l'accomplissement du projet.

reliquaire de sainte Catherine d'Alexandrie, paroisse orthodoxe russe de RomeSainte Catherine,
prie Dieu pour nous!



Note : Serge, un de nos érudits et perspicaces lecteurs, signale que plusieurs paroisses Orthodoxes ont déjà existé à Rome au 20ème siècle. Mais sans plus de précision. Nous dirons donc "première célébration publique certaine en attendant mieux informé". Merci encore
JM


"Foi ou idéologie ? La foi naît au fond du cœur et non sous l’effet de la propagande", par le père Alexandre Chramko
http://www.orthodoxie.com/2007/04/foi_ou_idologie.html


Élections & religion: comment faire l'unique bon choix?

Paroles & lettres, l'héritage spirituel du père Païssios de la Sainte Montagne (+ 1994), par le hiéromoine Christodoulos l'Agiorite
Edition NL : "Vader Paisios van de Heilige Berg", door priestermonnik Christodoulos de Aghioriet, monastère de la Mère de Dieu Consolatrice, Pervijze (B), 2003

"Juste avant les élections, quelques visiteurs vinrent lui demander pour qui ils devaient voter. Le père Païssios leur répondit :
"Observez bien! Qui est le plus proche de l'Église? Qui lutte pour elle et pour notre pays? Qui s'en tient à la parole donnée? Votez pour de pareils candidats. Ne votez pas pour un parti, même celui qui s'appelle lui-même "Démocrates Chrétiens", car ce serait une erreur. Nous n'appartenons pas aux partis politiques. Nous devons tout d'abord aimer notre Église, et ensuite notre patrie. C'est pourquoi nous devons choisir des gens qui aiment les deux. Tous les héros Grecs ont combattu et sont tombés pour l'Église et leur patrie. C'est grâce à eux qu'aujourd'hui, nous vivons dans un pays libre, qui n'est pas dominé par les Turcs. Nous devons essayer de voter pour des gens qui sont prêts à donner leur vie pour la Foi Orthodoxe et en deuxième lieu, pour notre pays. Hélas, aujourd'hui nous élisons des parlementaires au passé sombre et ambigu."

"Lors des élections nationales aussi, nombre de pèlerins
venaient pour demander conseil au père Païssios. Sa réponse ne variait pas :
"Votez pour ceux que vous estimez personnellement comme les plus droits et qui aiment réellement Dieu et notre pays."
"Mais, père, ils sont tous les mêmes!"
"Regardez un peu ici. Tous les oliviers sont semblables, et tous sont atteints du 'Dakos' [*]. Certains en sont pris à 100%, d'autres à 80%, et quelques uns à 50%. Comme nous avons besoin des oliviers, nous devons rechercher ceux qui sont le moins affectés. Il en est de même pour les élections, et pour ce faire nous devons toujours garder ces 2 points à l'esprit:
a) dans quelle mesure le candidat aime Dieu et est un membre consciencieux de l'Église, et
b) dans quelle mesure il aime son pays, et dès lors il placera l'intérêt général au-dessus de son intérêt personnel.
Quiconque utilise un autre critère pour voter, c'est qu'il se conforme à son propre intérêt et qu'il n'est pas un authentique Chrétien. Plus tard, la Justice divine lui imputera cette faute."

(je l'emporte un peu partout, il est dans un piteux état...)

pages 115-116 – traduction personnelle ci-dessus, et texte de l'édition de Pervijze ci-dessous :

"Net voor de verkiezingen, vroegen enkele bezoekers voor wie ze moesten stemmen. Vader Paisios antwoordde:
"Kijk eens! Wie staat het dichtst bij de Kerk? Wie vecht voor haar en voor ons land? Wie houdt zich aan een gegeven woord? Stem voor zulke mensen. Stem niet op de partij, die zichzelf Christen Democraten noemt, want dat zou een vergissing zijn. We behoren immers niet tot politieke partijen. We moeten allereerst onze Kerk beminnen, vervolgens ons vaderland. Daarom moeten we kiezen voor die mensen, die beide liefhebben. Alle Griekse helden vochten en vielen voor de Kerk en hun vaderland. Het is hun verdienste dat wij vandaag in een vrij land leven, dat niet door de Turken wordt gedomineerd. We moeten proberen te stemmen op mensen die bereid zijn hun leven te geven voor het Orthodoxe geloof en op de tweede plaats, voor ans land. Helaas, vandaag verkiezen we parlementariërs met een duister en dubbelzinnig verleden."

"Ook bij de nationale verkiezingen gingen vele pelgrims bij Vader Paisios om raad. Altijd was zijn antwoord:
"Stem voor diegene, die jij als meest geschikt waardeert en die God en ons land werkelijk liefheeft."
"Ze zinn allemaal gelijk, Vader."
"Kijk eens hier. Alle olijfbomen zijn gelijk en alle zijn ze aangetast door de ziekte 'Dakos' [*]. Sommige 100%, andere 80% en enkele 50%. Omdat we olijfbomen nodig hebben, moeten we zoeken naar olijfbomen, die het minst zijn aangetast. Zo moeten we, bij het stemmen, telkens 2 dingen voor ogen houden: a) de mate waarin de kandidaat God bemint en dus een gewetensvol lid is van de Kerk, en b) de mate waarin hij van zijn land houdt en daarom het algemeen belang hoger stelt dan eigen voordeel. Als iemand een ander criterium gebruikt bij het stemmen, dan handelt hij uit eigenbelang en is hij geen volwaardig Christen. De goddeiijke rechtvaardigheid zal hem naderhand deze fout aanrekenen."


[*] à ne pas confondre avec l'excellent biscuit de Crête qui porte le même nom! On parle ici d'un insecte parasite de l'olivier, comme le pirinotritis

Florilège de beaux textes du p. Païssios en anglais :


Prière pour les élections
http://orthodoxe.typepad.com/paroisse/2007/04/prire_pour_les_.html

18 avril 2007

Saint Ursmer, abbé-évêque de l'Entre-Sambre-et-Meuse













LA PLUS ANCIENNE VIE DE SAINT URSMER DE LOBBES, ABBÉ-ÉVÊQUE
Aue casta Christi sponsa,
Aue Deo praeelecta
Aue sancto praesignata
Benedicta sponsi dote
Nuptiarum compta gaude
Milies fecunda mille
Ciuibus ornas caelestem
Inter quos bonum pastorem
Collocas uelut nitentem
Dono quem mater superno
Agnouit lactare sponso
Necdum licet e materno
Ei nam senex per uisum
Et ad illum nutriendum
Hunc, inquit, ad educandum
Filius, inquam, materna
Ad hoc generari diua
Quo sibi perpliures ista
Grauata rursus sopore
Filium innixum scalae
Quem sequi quidem ualebat,
His felix parens de nato
Postquam hunc praecordiali
Adultum tradit sacratis
Iuuenis quidem aetate,
Sumrna meritorum sparsim
Donari gradatim sacris
Karitatis hinc uirtute
Infulatus pastorali
Temperatus aequitate,
Longanimitate uigens,
Nec absque tortore saeuo
Qui tali tantumque diro
Maxime cum nouem annis
Uixerit cibo contentus
Ab ipso sorberi parcus
Nisibus econtra uotis (1)
In his omnibus aduersis
Laudes inpendens immensas,
O uirum laudandum claro
Et in sanctimoniale
Et percussa ter bacello
Peste peruasam eruenta
Medicatus est et neptem,
Aegrotam signatam cruce
Qui cernens iam se senili
Subiectos de successore
Electum nutu cunctorum
Rex regun iam te superna
Angelorum tibi coetus
Laetare, nam paradysus
Salue noster o patrone,
Salue cum sanctis Vrsmare,
Salue iam cum Christo regnans,
Te supplex rogat pusillus
Inter haec ut festa (3) clerus
Tuorum simul deuota
Veniam poscendo nostris
Tua nos pastori summo
Foedatos et culpae naeuo
Xpe sanctorum corona
Confessorum gloriosa
Salua nos tui beata
Ymnum gestit tibi nostra
Ipsius amore ducta
Acceptare quem benigna
Zeloti deo decora
Et tibi propago (4) prima
Flaminique sancto summa
Amen.
O mater ecclesia,
Ante cuncta saecula,
Spiritu per tempora.
Prolis multitudine,
Numeroso germine,
Filiorum agmine.
Electis lerusalem;
Vrsmarum pontificem
Et politum lapidem.
Nostro datum saeculo
Nasciturum caelico,
Fusum nosset utero.
Offerebat puerum,
Panem simul candidum:
Panem sume filium.
Ferunt quem praecordia,
Providet potentia,
Lucretur in patria.
Cernit in oromate
Caeli celsa scandere,
Consequi non poterat.
Certa facta proprio,
Est enixa uiscere,
Instruendum litteris.
Grandaeuus sed moribus,
Clarescens uberius,
Meretur ordinibus.
Circumfultus geminae,
Additus est cathedrae,
Iustus fortitudine.
In aduersis patiens,
Quis fuit aliquando
Sit passus martyrio :
Decem ebdomadibus
Hoc, quod sine dentibus
Valeret et modicus.
Iob aequandus meritis
Non peccauit labiis,
Dum tulit aduersitas.
Virtutum praeconio,
Liberata daemone,
Sanata continuo.
Vocata guteria (2)
Reddens eam sospitem;
Dedit conualescere.
Corpore destitui,
Volens cautos reddere,
Subrogauit Erminum.
Vocat ad palatia,
Sancterum fit obuius:
Patet amoenissimus.
Salue praesul optime,
Salue pastor inclite,
Salue nostri memorans.
Fusa prece grex tuus,
Saluetur et populus,
Monachorum turmula.
Assiste piaculis,
Commendet oratio,
Soluat interuentio.
Omnium splendiflua,
Virtus et magnifica,
Vrsmari per merita.
Dicere cateruula
Laude vel melodia,
Digneris clementia.
Laus sit et ymnidica,
Patris proles unira,
Adsit simul gloria.


(1) Pour "totis"?
(2) Il m'a semblé que le copiste avait d'abord écrit "gutreria".
(3) Ce petit poème était donc destiné à être chanté à la fête du saint : c'est proprement une hymne liturgique
(4) Le ms. porte, je crois, "propaga"
Abbé de Lobbes entre 712 et 737, saint Ermin a composé cette hymne acrostiche à la gloire de son prédécesseur, notre père saint Ursmer.
Parmi les nombreuses choses intéressantes dans la vie d'Ursmer, je vois sa famille et son lieu d'origine (la Thiérarche), sa vie, son oeuvre d'évangélisation jusque dans les Flandres, et le fait qu'il ait été abbé et évêque à la fois, à la mode celtique. Et donc que son monastère, l'abbaye Saint-Pierre de Lobbes, avait tout un tas de petites paroisses "dépendances monastiques" (podvorje, metochion) un peu partout dans le pays. Dont... la ville où j'habite... le polyptique de l'abbaye de Lobbes de 889, quand cette dernière fut donnée à Tongeren et Liège à la fois, don royal, mentionne en effet clairement le nom d'origine de notre patelin. Ce qui fait qu'historiquement, nous savons avec certitude de qui nos ancêtres dépendaient - Lobbes, puis Liège. Ce qui donne aussi une idée plus précise pour les questions liturgiques. Et aussi hélas pour l'instant où notre région a basculé dans le Schisme, Liège ayant suivit de manière très précoce la nouvelle église de Rome, du fait des alliances militaires...

Mais, plus important, toutes les traces archéologiques prouvant la très vieille évangélisation de notre région trouvent là leur aboutissement : avant le Schisme, contrairement à d'autres endroits, la région ne s'était pas repaganisée, mais était même devenue dépendance monastique. Quel héritage spirituel fantastique à reprendre, le jour où l'Orthodoxie osera enfin exiger de reprendre ce qui est à elle - puisque nos ancêtres étaient Orthodoxes (Exigence "interne" : nous avons à redécouvrir ces racines, et à les réclamer à notre épiscopat).

En Flandre, les Normands ayant ravagé le pays, l'ancienne abbaye d'Oudenburg, fruit de sa prédication, sera reconstruite sous un autre grand saint du pays, saint Arnould le Fort (Arnoldus). Du coup, tout ce que saint Ursmer y avait fait auparavant fut oublié! Certes, avoir le patron des brasseurs comme patron local n'est pas pour déplaire à un Belge. Aaah... si un rien de curiosité travaillait les gens de là-bas... dans leurs documents officiels, ils pourraient faire remonter l'existence de leur ville 3 siècles plus tôt encore.

Restent les Vitae latines, soit très proches dans le temps comme l'hymne ci-dessus, soit un peu plus tardives mais inspirées de cette même hymne et complètées diversement - et pas forcément de manière fantaisiste d'ailleurs.

Sanctus Ursmarus, Episcopus-abbatis Lobiensium,
ora pro nobis!


Dans l'Église du Christ, Son ami Saint Ursmer, notre père dans la Foi, est fêté les 18 et 19 avril :
http://www.amdg.be/sankt/ursmer.html
J'ai encore sa longue "Miraculi" à traduire, 3 ans plus tard et tant de traductions ont passé, et je n'ai pas encore pu le faire. Et j'ai une migraine d'enfer depuis lundi soir... ça sera pour une autre fois, si Dieu le veut.

Tropaire de saint Ursmer ton 3
Saint Pontife, ayant trouvé céleste vie,
De la Grâce tu devins l'urne justement,
Sanctionnant par tes paroles et par ta vie ton ministère divin
et tu officias comme un ange pour le Créateur.
Joyau de l'Eglise, illustre père Ursmer,
illuminateur de Lobbes et d'Oudenburg,
intercède pour nous auprès du Christ notre Dieu.


17 avril 2007

Comment vaincre la dépression – conseils en or

Voici une des prescriptions de saint Jean Chrysostome pour surmonter anxiété et dépression."Notre rencontre quotidienne, telle que nous la vivons, pendant laquelle nous bénéficions de la lecture des saintes Écritures; et notre soutien mutuel; et pleurer avec les autres; et prier, et recevoir les bénédictions, et ainsi rentrer chez soi, tout cela enlève la plus grande partie de notre détresse."

Sermons sur les statues

conclusion : déprimé? Allez à l'église, et tous les jours si possible. Et si c'est pas possible, joignez-vous aux prières de toute l'Église en utilisant à domicile les Offices de l'Église (voir plusieurs versions adaptées dans le menu de marge) - vous serez littéralement portés par la prière des saintes et saints qui, partout dans le monde, en même temps que vous, prierons les mêmes prières.

HT


16 avril 2007

SE Lazare d'Ottawa: Pâques, notre libération et notre guérison


Message Pascal de l'archevêque Lazar (Puhalo)

Abbé du monastère Orthodoxe canadien "All Saints of North America" (Orthodox Church of America).



PÂQUES 2007

Voici ce qui vient en premier dans l'économie salvatrice dans la chair : amener la nature humaine à l'unité avec elle-même et avec le Sauveur, ayant détruit la division du mal, pour renouveler l'unité originale, de même que le meilleur médecin, en appliquant les traitements, répare un corps qui avait été rompu en divers endroits (cfr saint Basile le Grand, Règles Ascétiques, ch. 18).

Cette année, pour la joyeuse fête de la Lumière et de la Vie, regardons brièvement la signification de cet Office divin qui est célébré au coeur de la Semaine Sainte. Ce n'est pas anodin qu'en plein milieu de cette semaine-là, le Mercredi Saint met l'accent sur l'Office de Guérison. Examinons-le à notre tour cette année, car tous les événements de cette semaine et de Pâques sont centrés sur la guérison.

Le Salut, comme le mot l'implique (salvus, a, um : en bonne santé; ndt), consiste en la guérison et la restauration de la nature humaine déchue. Tel est le message de tout le ministère terrestre de Jésus-Christ. Tout ce qu'Il a enseigné, tous les mots qu'Il a prononcés, tout cela a été certifié par Ses miracles, par lesquels Il guérissait la personne toute entière, corps, âme et esprit. Même la mort, maladie finale et marque de la déchéance, fut guérie par le Christ.

Ayant assumé notre nature humaine, Il récapitula toutes choses en Lui-même (cfr Eph 1,10), guérissant et restaurant la nature de l'homme en Lui-même, ayant prit sur Lui-même nos infirmités et nos faiblesses (cfr Mt 8,17).

C'est pourquoi l'Office de Guérison du Mercredi Saint a tant de sens pour nous. Il place les événements du Jeudi Saint et du Vendredi Saint dans une perspective appropriée, éclairant non seulement le sens du ministère terrestre du Christ, mais le sens de Sa Passion salvatrice proclamée dans les 12 Évangiles lus le Jeudi Saint. Le péché ne consiste pas seulement dans ces choses qui nous séparent directement de Dieu. Ces choses qui provoquent des clivages dans notre nature, dans l'humanité, et dressent les gens les uns contre les autres, sont aussi péché. Nous sommes poussés au péché par le Malin, qui nous tient enchaînés par cette puissante peur de la mort. Notre libération d'une telle chaîne est nécessaire avant que nous ne puissions trouver la guérison pour notre nature corrompue et pécheresse.

L'Office de Guérison appelle nos esprits à la libération des chaînes nous liant au Démon, libération accomplie finalement par la mort et la Résurrection du Christ. Comme le disait notre bien-aimé père Paul, "Puis donc que les enfants ont eu en partage une nature de chair et de sang, Lui-même en a fait partie également. Il peut ainsi renverser par Sa mort la puissance de celui qui possédait l'empire de la mort, le diable, et délivrer ceux que la crainte de la mort tenait, leur vie durant, dans une vraie servitude" (Héb. 2,14-15).

Tel est le lien de servitude dont nous sommes rachetés par le Christ, rendant possible pour chacun d'entre nous d'assimiler la nouvelle nature récapitulée en Lui, et de devenir "participants à la nature divine" (2 Pierre 1,4). Ici à nouveau, saint Basile le Grand nous enseigne ceci : "Il S’est livré Lui-même comme rançon à la mort, dans laquelle nous étions retenus, vendus au péché. Descendu par la Croix au séjour des morts, afin de parfaire en Lui toutes choses, Il a dissipé les angoisses de la mort. Ressuscité le troisième jour, Il a frayé à toute chair la voie de la résurrection d’entre les morts" (Grande prière Eucharistique).
Non seulement nous sommes libérés de ce lien à la mort, qui fait qu'à cause de la marque du péché, nous manquons toujours ce pour quoi nous avons été créés (cfr Rom. 5,12), mais nous sommes aussi libérés de la loi juridique de l'Ancien Testament, puisqu'Il a "détruit l'acte rédigé contre nous et dont les dispositions nous condamnaient; Il l'a réduit à néant en le clouant à la Croix" (Col. 2,14). La loi juridique est remplacée par la loi de l'amour qui nous révèle la véritable morale de Jésus-Christ.

Nous ayant donné une telle compréhension de l'économie salvatrice du Christ, l'Office de Guérison du Mercredi Saint nous présente toute la lutte de notre vie Chrétienne et la véritable nature de la repentance. Toute nouvelle blessure de péché, toute occasion de rater le but qui nous est présenté, est guérie par le Christ en notre lutte pour la repentance sincère. C'est notre libération du lien de la peur de la mort qui rend possible cette lutte.

Dès lors, non seulement la nature humaine est guérie, mais "aussi, la création attend-elle, avec un ardent désir, cette révélation des fils de Dieu. La création a été assujettie à la vanité, non de plein gré, mais par la volonté de celui qui l'y a soumise, avec toutefois cette espérance: d'être affranchie, elle aussi, de la servitude de la corruption, pour avoir part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Car nous savons que, jusqu'à ce jour encore, la création tout entière gémit dans les douleurs d'un enfantement. Il n'y a pas qu'elle. Nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous gémissons en nous-mêmes, attendant la rédemption de notre corps" (Rm 8,19-23).

Notre Salut ne consiste pas en punition ou vengeance, ni en une satisfaction apportée à Dieu le Père. Au contraire, c'est un débordement de l'amour de Dieu, co-souffrant pour l'humanité, qui guérit notre nature humaine déchue et réunit l'homme à Dieu en Jésus-Christ. Nous recevons notre guérison de manière progressive, au fil du progrès de notre lutte pour une vie en Christ, et à la participation à la nature renouvelée qu'Il nous a apportée.

Dès lors, si nous avons mis l'accent sur cet Office de Guérison du Mercredi Saint, ce n'est en rien pour diminuer l'importance des autres Offices, mais au contraire, pour offrir un canevas pour la contemplation de tous les autres, et pour le sens véritable de la rédemption et du Salut. Telle est la raison principale pour laquelle l'Office de Guérison est placé au milieu de la Semaine Sainte : afin que nous puissions saisir plus clairement le sens de tout ce qui va suivre dans l'économie salvatrice de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ.

Le Christ est Ressuscité!
En vérité, Il est Ressuscité!
+ Lazare
oeuf de Paques russe, peint avec la Resurrection du Christ


15 avril 2007

Ce que l'Orthodoxie est ou n'est pas, voire devrait REdevenir

1. Le retour et la présence de l'Église Orthodoxe en Occident, après un millénaire d'absence forcée, répond aux besoins spirituels concrets des populations et représente un témoignage et un mode de transmission de la spiritualité Orthodoxe. La réalité et la réussite de l'intégration dans la société où ils vivent, et l'apport significatif offert à la pensée et à la culture locale par la fidèles Orthodoxes vivant en Europe occidentale et en Amérique, constituent une expérience positive et prouvent l'ouverture du message Chrétien et sa compatibilité avec le monde contemporain et ses structures.

2. L'Orthodoxie n'est pas liée à une unique culture ou à un seul peuple; elle est l'unique véritable Foi des origines du Christianisme, Foi dans le Fils de Dieu incarné, mort et Ressuscité pour la vie du monde, éternellement présent dans l'Église par les saints Sacrements, déifiant et vivifiant tous les fidèles. Par sa spiritualité et sa mystique profondes, l'Orthodoxie revient proposer à l'Occident l'épanouissement de l'être humain dans la divino-humanité du Christ.

3. L'Orthodoxie est notre unique véritable héritage ancestral, aux racines apostoliques, aux pratiques et aux traditions locales diverses et pleines de sens; retrouver, garder et préserver cette authentique tradition signifie le respect et la mise en valeur de notre véritable identité originelle.

4. L'Orthodoxie est ouverte à la vraie culture locale et cherche l'intégration naturelle de ses valeurs en elle, par l'utilisation au moins partielle, voire de préférence totale, de la langue locale dans le culte, par la redécouverte du passé local Chrétien, c'est-à-dire d'avant le Schisme, et par l'expression de l'unique vraie théologie en langue du lieu. Telle apparaît l'identité locale des générations actuelles et futures d'Orthodoxes, ainsi que de ceux qui découvrent la Foi Orthodoxe par leur intermédiaire, et dont nous sommes responsables.

Librement adapté de :

http://www.mitropolia-paris.ro/?subject=presa/200404-intalnire&lang=fr




En la fête de saint Paterne de Gwened (Vannes), un des "7 Saints Fondateurs de la Bretagne" Chrétienne Orthodoxe, un grand et saint missionnaire du 5ème siècle. Reprenons les mêmes "recettes" que celles de nos saints Pères et Mères de l'Église Orthodoxe en Occident, et sur cette terre repaganisée avec force depuis un millénaire, nous referons fleurir l'Évangile, et la sainteté sera à nouveau la "norme" de toutes et de tous. Restons enfermés dans une logique d'enfermement ethno-phylétiste, d'élitisme culturel orientalisant, de "juridictionalisme", d'orthodoxisme, et nous passerons à côté de la mission sacrée que le Christ nous confie, à toutes et à tous, aussi indignes que nous soyons.
J-M



P. Hopko: Dimanche de saint Thomas, l'autre versant de Pâques


Chaque jour au cours de la semaine de Pâques, appelée Semaine Radieuse par l'Église, les Offices Pascals sont célébrés dans toute leur splendeur. La procession baptismale de Pâques est répétée quotidiennement. Les portes royales du sanctuaire restent ouvertes. La joie de la Résurrection et le don du Royaume de vie éternelle continuent à abonder. Ensuite, à la fin de la semaine, le Samedi soir, le second dimanche après Pâques est célébré en mémoire de l'apparition du Christ à l'Apôtre Thomas, "après 8 jours" (Jn 20,26).

Il est important de noter que le nombre 8 a une importance symbolique tant dans la tradition spirituelle juive que Chrétienne. Il signifie plus que l'achèvement et la plénitude; il signifie le Royaume de Dieu et la vie du monde à venir, puisque 7 est le nombre du temps terrestre. Le sabbath, le 7ème jour, est le jour bénit du repos en ce monde, le jour qui clôt la semaine. Dès lors, "le premier jour de la semaine", le jour "après le sabbath", jour sur lequel tous les Évangiles insistent pour dire qu'il est le jour de la Résurrection du Christ (Mc 16,1, Mt 28,1, Lc 24,1, Jn 20,1; 19), est dès lors aussi le 8ème jour, ce jour qui va au-delà des confins de ce monde, ce jour qui se tient pour la vie du monde à venir, ce jour du repos éternel du Royaume de Dieu (cfr Hébreux 4).

Le premier dimanche après Pâques, appelé 2ème dimanche, est dès lors le 8ème jour de la célébration pascale, le dernier jour de la Semaine Radieuse. Il est dès lors appelé l'autre versant de Pâques, et ce n'est qu'en ce jour que dans l'ancienne Église, les Chrétiens nouvellement baptisés enlevaient leurs robes blanches et entraient à nouveau dans la vie de ce monde.

Dans les Offices de l'Église, l'accent est mis sur la vision du Christ par l'Apôtre Thomas, et le sens de ce jour nous est donné par les paroles de l'Évangile:
"Puis (Il dit) à Thomas: "Avance ici ton doigt et vois mes mains; mets la main dans Mon côté et ne sois pas sceptique, mais crois." Thomas lui répondit: "Mon Seigneur et mon Dieu!" Jésus lui dit: "Parce que tu M'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu!" (Jn 20,27-29).

Nous n'avons pas vu le Christ avec nos yeux physiques, ni touché Son Corps Ressuscité avec nos mains physiques, et cependant, dans le Saint Esprit, nous avons vu et touché et goûté le Verbe de Vie (1 Jn 1,1-4), et ainsi nous croyons. Chaque jour, lors des Offices et jusqu'à l'Ascension, nous chantons le Tropaire de la Résurrection. Lors de chaque célébration dominicale à partir du Dimanche de Thomas, nous chantons le Canon de Pâques et ses hymnes, et répétons la célébration du "premier jour de la semaine", quand le Christ Se releva d'entre les morts. Lors de toutes les Liturgies, les lectures d'Épître sont extraites du Livre des Actes d'Apôtres, nous parlant des premiers Chrétiens et de leur vie en communion avec le Christ Ressuscité. Toutes les lectures d'Évangile sont prises dans l'Évangile selon saint Jean, considéré par beaucoup comme étant un Évangile écrit en particulier pour les nouveaux baptisés à la nouvelle vie du Royaume de Dieu, par la mort et la nouvelle naissance en Christ, au Nom de la Sainte Trinité [*]. La raison de cette opinion est que tous les "signes" qu'on y trouve – "signes" étant le terme utilisé chez saint Jean pour parler de miracles – sont en rapport avec des thèmes sacramentels impliquant l'eau, le vin et le pain. Dès lors, tous les dimanches après le Dimanche de Thomas sont dédiés à la mémoire d'un de ces "signes" – sauf le 3ème.
Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"

[*] note de traduction : voir par exemple un éloquent développement dans "La Pentecôte Johannique", par feu mgr Cassien (Bésobrazoff, ancien professeur à l'Institut Saint-Serge), un ouvrage de 1939 qui n'a pas perdu sa puissance (mais hélas pas non plus son "copyright", d'où je ne peux en présenter copie en ligne et comme tant d'ouvrages du genre il restera perdu pour la plupart...)

Dimanche de Thomas – Tropaires, chants & lectures:
http://www.orthodoxie.com/2007/04/dimanche_de_tho.html


Dimanche de Pâques 1, Rite Orthodoxe Occidental (EORHF) – Emmaüs, de la lumière à la Lumière

Codex Egberti
Reichenau, Germanie, vers 980
Bibliothèque de la ville de Trèves (Triër)

Matines :
Psaume 3, 56
Isaïe 52,1-12
Saint Luc 24,13-35
"Ce jour-là même, 2 disciples cheminaient vers un bourg nommé Emmaüs, à 60 stades de Jérusalem. Ils devisaient entre eux de tout ce qui s'était passé. Pendant qu'ils causaient et discutaient ensemble, Jésus en personne s'approcha et fit route avec eux.Mais leurs yeux étaient comme bandés, de sorte qu'ils ne pouvaient Le reconnaître. Il leur dit : "Quels propos échangez-vous chemin faisant?" Et ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un d'eux, nommé Cléophas, Lui répondit : "Serais-Tu le seul étranger dans Jérusalem à ne pas savoir ce qui s'y est passé ces jours-ci?" - "Quoi donc?" Ils répondirent : "Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. C'était un prophète puissant en oeuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Nos grands prêtres et nos magistrats L'ont livré pour Le faire condamner à mort, et L'ont crucifié.
Nous avions l'espoir que ce serait Lui qui restaurerait Israël. Avec tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses se sont passées. Sans doute, quelques femmes de notre groupe nous ont déconcertés. Elles sont allées avant le jour au tombeau; elles n'y ont pas trouvé le corps, et elles sont revenues le dire, en ajoutant que des anges leur sont apparus et assurent qu'Il est vivant.
Quelques-uns des nôtres se sont aussi rendus au tombeau; et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit; quant à Lui, ils ne L'ont pas vu."
Alors Jésus leur dit : "Ô gens sans intelligence! comme votre coeur tarde à croire tout ce qu'ont dit les prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi, pour entrer dans Sa gloire?" Puis, à partir de Moïse, en passant par tous les Prophètes, Il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui Le concernait. Ils approchaient du village où ils se rendaient; Lui paraissait vouloir aller plus loin. Mais ils insistèrent : "Reste avec nous, disaient-ils. Le soir vient et le jour baisse déjà." Et Il entra pour rester avec eux. Pendant qu'Il était à table avec eux, Il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur présenta. À ce moment leurs yeux s'ouvrirent et ils Le reconnurent... mais Il avait disparu. Alors ils se dirent l'un à l'autre : "N'est-ce pas que notre coeur était tout brûlant en nous, lorsqu'Il nous parlait en chemin, et qu'Il nous expliquait les Écritures?" Ils se remirent en route à l'heure même et retournèrent à Jérusalem. Là, ils trouvèrent assemblés les Onze et leur groupe. Ils disaient tous : "Le Seigneur est réellement ressuscité : Il est apparu à Simon." Et eux-mêmes de leur raconter ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils L'avaient reconnu au moment où Il rompait le pain."

COLLECTE POUR DIMANCHE PAQUES I
Père Tout-Puissant, Qui as donné ton Fils unique, afin qu’Il mourût pour nos péchés, et ressuscitât pour notre justification: daigne éloigner de nous le levain de la méchanceté et du mal, afin que nous puissions Te servir dans la pureté de vie et la vérité. Par notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.


Divine Liturgie:
1 Jean 5,4-12
saint Jean 20,19-23

PREMIER DIMANCHE APRÈS PÂQUES
La deuxième lecture pour les Matines est tirée de l'Évangile selon saint Luc, chapitre 24. C'est le récit de la rencontre entre le Christ Ressuscité et les 2 disciples sur la route d'Emmaüs. C'est un des récits les plus intéressants de tout le Nouveau Testament. Saint Luc écrit à une personne de quelque haut rang, probablement plutôt intelligente, et surtout, quelqu'un de croyant. Luc écrit d'une manière très terre-à-terre, livrant à cette personne l'arrière-plan, le fondement historique de sa Foi. Ce récit particulier est un des plus précis (et longs) du Nouveau Testament. Pour commencer, Luc précise avec beaucoup de soin quand cela se passait, et où ces disciples se rendaient. Il explique qu'il était tard dans l'après-midi, et qu'ils se rendaient au village d'Emmaüs, que dans le texte original en grec, il précise se trouver à 60 stades romains – la distance qu'un homme savait parcourir en un peu moins de 3 heures. La précision que Luc donne sert à bien faire comprendre à son lecteur qu'il veut parler du village d'Emmaüs et non pas de la ville du même nom, qui se trouve bien plus loin. Ce village d'Emmaüs n'a été retrouvé qu'il n'y a pas si longtemps par des archéologues; c'est intéressant, parce qu'il pourrait y avoir une autre raison pour laquelle Luc précise ce détail : c'était dans la banlieue verdoyante de Jérusalem. Il est possible qu'il fasse discrètement comprendre de la sorte à son influent lecteur que ces 2 disciples étaient du même rang social que lui. Il est possible, de plus, que son lecteur vivait à Emmaüs. Le chemin de Jérusalem à Emmaüs était en descente et vers l'ouest. C'est un détail fort important pour le récit de Luc. De nos jours, si vous reprenez ce même chemin, en fin d'après-midi, le soleil sera directement dans vos yeux, en se couchant. Le texte nous dit "Mais leurs yeux étaient comme bandés, de sorte qu'ils ne pouvaient le reconnaître." Leurs yeux étaient fort probablement aveuglés – par le soleil, de sorte que cela n'avait rien d'exceptionnel qu'ils ne reconnaissent pas. Le texte dit que Jésus S'approcha, à savoir qu'Il était occupé à les dépasser. Donc, Il arriva de derrière eux, les dépassa, et leur parla alors qu'ils avaient le soleil en plein yeux. Après avoir invité Jésus à les accompagner chez eux parce que le soir arrivait, Il n'est reconnu dans Son Corps Ressuscité uniquement du fait de Ses paroles et gestes spécifiques. Aussitôt, "à l'heure même", ils retournèrent à Jérusalem pour raconter tout cela aux autres – ce qu'ils n'auraient pu faire que d'un proche village, sinon ils n'auraient pas su parvenir à temps aux portes de la ville, avant qu'elles ne soient verrouillées pour le couvre-feu. Nous nous trouvons donc face à des détails techniques fort précis et plutôt fiables donnés par des hommes qui ont vu Jésus Ressuscité.
L'Épître de la Divine Liturgie de Sarum de ce jour (1 Jean 5,4) dit en partie : si nous acceptons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est bien plus grand, car c'est le témoignage de Dieu par lequel Il a témoigné de Son Fils. Celui qui croyait dans le Fils de Dieu avait le témoignage en lui-même. C'est notre propre témoignage qui, in fine, nous importe. Oui, nous pouvons avoir confiance dans l'exactitude du témoignage écrit des Évangiles, mais c'est l'action personnelle du Christ dans nos propres vies qui finit par nous convaincre, qui nous demande notre loyauté et notre amour. C'est l'espoir en la promesse qu'Il nous a faite, et notre véritable confiance en Sa miséricorde – à savoir que si nous nous repentons véritablement de nos offenses, Il nous pardonnera et nous recevra en finale en Sa présence. Telle est la promesse et telle est la raison de notre espérance en tant que Chrétiens. Nous savons fort bien que nous ne sommes pas dignes de la moindre considération de Dieu, car nous connaissons – ou devrions connaître – les nombreux péchés que nous avons commis tout au long de notre vie. Et cependant, nous avons l'espérance. Nous espérons parce que nous sommes à présent d'authentiques croyants, nous avons confessé nos manquements à Dieu, et nous croyons qu'Il nous a absous. Nous disons avec le Psalmiste : "mes péchés sont sans cesse devant moi" – nous avons l'exemple de nos erreurs pour nous aider à éviter de telles choses à l'avenir. Bien sûr, nous échouons souvent – principalement parce que nous nous reposons sur notre propre force – et c'est insuffisant. Mais nous essayons, encore et toujours. Et ainsi, alors que nous sommes encore dans les réjouissances de la Résurrection, nous continuons cependant à garder un oeil sur nos très réels manquements, et nous nous efforçons de nous empêcher de les répéter.

Homélie de 2006 :
Aujourd'hui (traditionnellement appelé "Dimanche In Albis" ou "Quasimodo" (*), nous célébrons autant Pâques que nous ne l'avons fait Dimanche dernier lors de la Liturgie de minuit. Certes, nous célébrons la Résurrection de notre Seigneur chaque Dimanche – c'est pour cela que les Dimanches sont faits. Cependant, il y a une plus grande intensité, plus d'actualité ressentie dans nos célébrations durant la semaine qui suit le Dimanche de Pâques, intensité qui se transmet aux Dimanches après Pâques. Nous savons par les homélies de saint Jean Chrysostome que c'était la coutume à son époque de continuer les célébrations Pascales durant les 7 jours après le Dimanche de Pâques. Le Code de saint Théodose ordonnait que tous les travaux soient arrêtés durant la semaine suivant le Dimanche de Pâques. Dans notre propre usage Sarum, nous avons une Liturgie à part pour chaque jour de cette semaine écoulée (comme nous l'avons eu durant le Grand Carême). Ainsi aux yeux de l'Église dès ses tous débuts, la continuité de la célébration de Pâques a été la pratique. L'épître de ce jour semble au départ légèrement étrange, à placer l'accent sur le résultat de la nouvelle naissance dans le Baptême. C'est le résultat de l'ancienne coutume d'avoir l'anniversaire de son Baptême à la Vigile Pascale du premier Dimanche après Pâques. C'est le Dimanche pendant lequel dans les anciens temps, ceux qui avaient été nouvellement baptisés lors de la Vigile Pascale (raison pour laquelle il y est prévu d'avoir la possibilité de bénir les nouvelles eaux des Fonts à la Liturgie de minuit) venaient pour la première fois à l'église sans avoir à porter leur tunique baptismale comme ils avaient dû le faire durant la semaine écoulée.

Il est affligeant de réaliser à quel point peu de gens connaissent la date de leur Baptême, quand on pense qu'on fait attention à se rappeler de l'anniversaire de notre naissance naturelle dans le monde de la mort, mais ne semblons pas retenir l'anniversaire de notre nouvelle naissance dans la promesse de la vie éternelle. Le Christ est ressuscité, de cela nous en sommes certains et nous venons de l'avoir célébré cette semaine. Nous sommes relevés avec Lui, car en Croyants et Baptisés, nous partageons réellement Sa Résurrection. Jusqu'à ce que nous comprenions vraiment toutes les implications de ce fait trop facilement énoncé, nous aurons des difficultés à mener à bon terme un certain nombre de points de nos vies. Nous savons par exemple que nous continueront à commettre des offenses. Nous sommes (dans la terminologie de nos tribunaux) des "récidivistes", et en tant que tels, nous méritons la sorte de condamnation que les tribunaux réservent aux récidivistes qui "n'ont pas retenu la leçon". Nombre d'entre nous sont particulièrement remontés contre de tels criminels de la vie du monde et nous voulons les faire enfermer, et cependant nous ne réfléchissons pas du tout sur notre état bien plus grave. C'est une chose très dangereuse que de demander justice – ça pourrait bien être ce que nous pourrions recevoir! Nul d'entre nous ne parvient à regarder sereinement un prisonnier; nous devrions tous nous dire que nous y serions, sans la grâce de Dieu. Ce n'est que par la faveur de Dieu envers moi que je ne suis pas puni ici et maintenant de même que par après, pour toutes les choses que j'ai indubitablement commises. Chacun d'entre nous a besoin de réaliser que ce n'est que par la Mort et la Résurrection de Son Fils, Jésus le Christ de Dieu, que nous qui croyons et sommes baptisés et au moins tentons de Le suivre, sommes exemptés des conséquences largement méritées de nos actions. Nous qui avons été baptisés et sommes croyants Orthodoxes, demandons notre place en tant que tels, chaque Dimanche lorsque nous entrons à l'église, participons à la Liturgie et recevons la Sainte Communion. Si nous sommes vraiment des croyants Orthodoxes, nous serons à ce moment-là réellement joyeux, d'une bonne humeur à toute épreuve. Voici notre Seigneur Qui est réellement passé à travers l'unique agonie qui a été le sort du Dieu innocent, mourant physiquement et spirituellement pour Son peuple à la dérive. Voici l'Enseignant bien-aimé que nous avons connu, Lui dont nous ne saurions avoir assez des mots et de la Présence. Il a fait tout cela pour nous; cela nous prendra toute une vie pour assimiler à quel point Il est important pour nous, et ici nous L'avons vu jour après jour à travers les événements de la Semaine Sainte. Maintenant, à l'encontre de toutes les expériences du monde, Il S'est relevé après avoir expiré sous nos yeux, et nous savons fort bien à présent qu'Il a fait cela pour nous. Nous sommes à présent irrésistiblement joyeux, nous devons tout ce que nous avons – chaque bien matériel et spirituel que nous avons - , à notre Seigneur, et Il est avec nous, Il est resté comme Il a dit qu'Il le ferait. Le monde et les pseudo-croyants autour de nous cherchent à étouffer notre joie avec des "raisons" de sceptique et d'incroyance déguisée en foi, mais nous savons mieux qu'eux, et rien, aucune prétention anti-Chrétienne ne viendra nous retirer ce que nous savons. Telle est notre foi et notre joie et notre amour assuré. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes Son peuple, et ça nous en sommes certains.
Christ est vraiment ressuscité! Et nous avec Lui.

Hiéromoine Michael,
abbé du monastère Saint-Petroc. Extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)


Rencontre sur la route d'Emmaüs
Tympan de la porte nord du narthex
abbatiale Sainte-Marie-Madeleine, Vézelay, France


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(*) Ce premier dimanche après Pâques est appelé "Dimanche de Quasimodo", en référence au premier mot en Latin de l'Introït (Office) de la Liturgie "Quasimodo geniti infantes, rationabiles sine dolo lac concupiscite."
On l'appelle aussi dimanche In Albis c'est-à-dire "In albis depositis", car c'est le "Dimanche des vêtements blancs retirés", premier jour où les nouveaux baptisés de la Vigile Pascale paraissaient sans les robes blanches qu'ils avaient gardées toute la semaine.
Les divers versets du propre de la Liturgie - graduel, offertoire, etc - présentent une particularité unique dans l'année liturgique : ils sont tous tirés du Nouveau Testament, généralement de l’Évangile, sauf l'Introït, qui est pris dans la 1ère épître de saint Pierre, et s'adresse précisément à ces nouveau-nés à la vraie vie que sont les nouveaux baptisés, entrés dans le peuple royal et sacerdotal par les eaux du saint Baptême. "Dieu S'est fait homme pour que l'homme devienne en Dieu", dixit saint Irénée de Lyon. Deo gratias, Christus surrexit, vere!
Jean-Michel