"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

12 mai 2007

P. Hopko: Dimanche de l'Aveugle de naissance


Le 6ème dimanche commémore la guérison d'un homme "aveugle de naissance" (Jean 9). Nous sommes identifiés à cet homme qui en vint à voir et à croire en Jésus en tant que Fils de Dieu. Le Seigneur a oint nos yeux de Ses propres divines mains et les a lavés dans les eaux de notre Baptême (Jn 9,6-11).

Jésus utilisa de la boue faite de salive et de terre, et envoya l'homme se laver dans les eaux de la piscine de Siloé. Il fit cela parce que c'était le jour du Shabbat, jour où il était strictement interdit de cracher, de faire de l'argile et de se laver. En enfreignant ces lois rituelles des Juifs, Jésus montrait qu'Il était en effet le Maître du Shabbat, et en tant que tel, qu'Il était l'égal à Dieu le Père, Qui seul, d'après la tradition juive, était à l'oeuvre ce jour-là, puisqu'Il ne S'arrête pas de faire tourner le monde.

La guérison de cet homme aveugle le jour du Shabbat mène au scandale. Il est chassé de la synagogue à cause de sa foi en Christ. L'Église entière suit l'exemple de cet homme, sachant que les véritables aveugles sont ceux qui ne voient pas Jésus comme Seigneur, et persistent dans leurs péchés (Jn 9,41). Les autres ont la lumière de la Vie et savent voir et connaître le Fils de Dieu, car "tu le vois, et c'est Lui-même Qui te parle" (Jn 9,37).

"Privé des yeux de l'âme, je viens à Toi, ô Christ, comme l'aveugle de naissance, Te dire dans le repentir : Tu es la Lumière qui brille dans les ténèbres!"
(Kondakion)

Protopresbytre Thomas Hopko, "The Orthodox Faith"


*-*-*-*-*-*-*-*

Tous aveuglés par les artifices du prince de ce monde - à (re)lire :
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/tous-aveugls-par-les-artifices-du.html

En tout il y a une faille : aussi mince soit-elle c'est ce qui permet à la lumière de finir par réussir à y pénétrer.

Deuxième jour des "saints de glace", c'est saint Pancrace qui est à l'honneur. Mais aussi, en Belgique Orthodoxe, sainte Rictrude de Marchiennes et saint Modoald de Trêves.


Sainte Rolende de Gerpinnes (13 mai)

Sainte Rolende 2004, Villers-Poterie
en arrière-plan, la maison d'un membre de ma belle-famille

Le 13 mai, parmi les saints Orthodoxes du pays, nous ne fêterons pas que saint Servais de Tongeren, nous avons aussi notre grande amie sainte Rolende



Tropaire de sainte Rolende ton 1
Sainte Rolende, belle épouse du Christ,
Toi qui connut la dureté de cette vallée de larmes,
A genoux devant tes restes sacrés,
Nous implorons ton intercession.
O Vierge de Gerpinnes soulage nos corps et guéris nos âmes,
Afin que nos vies soient agréables à Dieu

Synaxaire - 13 mai
Rolende, née au milieu du 8ième siècle dans la chaleureuse Lombardie,
Suivit dans son chemin de vaincu son père Didier, roi des Toscans et
Lombards.
Exilés par Charlemagne dans les Flandres,
Sa famille vécut à l'abbaye de Corbie.
Apprenant de ces événements à mépriser les dignités humaines,
Et à préférer le Christ par dessus-tout,
Rolende s'échappa pour fuir un mariage arrangé à un prince terrestre,
Et rejoindre les Filles d'Ursule à Cologne, épouses du Roi des rois.
D'épuisement elle s'effondre à Villers-Poterie,
Et le Christ reçoit sa jeune épouse bien-aimée.
Mais à peine son âme était-elle partie,
Que son corps déjà guérissait un aveugle.
Et toute l'Entre-Sambre-et-Meuse depuis 1200 ans de chanter :
C'est une grande sainte que le Ciel nous a donné!

Kondakion de sainte Rolende ton 4
Auprès de son tombeau,
Des prodiges nouveaux
Sans nombre et sans mesure,
Qui s'y font tous les jours
Par son puissant secours
Sont des preuves bien sûres
Que vivante dans le Ciel
Rolende agit d'auprès l'Époux Éternel

© Jean-Michel, 21 mars 2005
composé avec la bénédiction de l'archimandrite Thomas et utilisé lors d'un pèlerinage Orthodoxe à Sainte Rolende (16 avril 2005)


Sancta Rolendis, ora pro nobis!


châsse de sainte Rolende
16 avril 2005, avant restaurations
détail qui nous intéresse localement :
sainte Catherine d'Alexandrie est représentée sur le faîte


11 mai 2007

DYNAMIS: Prière non-exaucée

http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/2764
Vendredi 11 mai 2007 – Le Christ est Ressuscité!








Cyril et Méthode, Illuminateurs des Slaves









Kellia : Deutéronome 3,21-29
En même temps je donnai à Josué l'ordre que voici: "Tu as vu de tes yeux tout ce que le Seigneur votre Dieu a fait à ces 2 rois: c'est ainsi que le Seigneur traitera tous les royaumes que tu traverseras. Ne les crains point, car c'est le Seigneur votre Dieu qui combattra pour vous." Entre-temps j'adressai au Seigneur cette prière: "Seigneur Dieu, Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et la puissance de Ta main. Quel est, dans les Cieux et sur la terre, le dieu qui pourrait égaler Tes oeuvres et Tes exploits? Si moi aussi je pouvais passer pour voir ce beau pays qui est de l'autre côté du Jourdain, cette belle montagne et le Liban." Mais le Seigneur, qui était irrité contre moi à cause de vous, au lieu de m'exaucer, me dit: "Assez! plus un mot de cette affaire! Monte au sommet du Phasga, promène tes regards vers l'occident, le nord, le midi et l'orient, et contemple de tes yeux la contrée; mais tu ne passeras pas le Jourdain. Passe tes pouvoirs à Josué, fortifie-le, encourage-le; car c'est lui qui passera à la tête de ce peuple et qui le mettra en possession du pays que tu vas voir." C'est ainsi que nous sommes restés dans la vallée, en face de Bet-Phégor.

Épître : Actes 15,5-34
Évangile : Saint Jean 10,17-28

Prière non-exaucée : Deutéronome 3,21-29, en particulier le verset 27 LXX : "promène tes regards vers l'occident, le nord, le midi et l'orient, et contemple de tes yeux la contrée; mais tu ne passeras pas le Jourdain"
En tant qu'enfants, nous connaissons Dieu comme Père aimant (Eph. 4,6). Sachant que nous sommes des créatures uniques, créées à l'image de Dieu (Gen. 1,27), nous Chrétiens Orthodoxes naturellement Le supplions de nous permettre d'avoir une petite part à Son oeuvre en ce monde déchu. Dès lors, le Verbe de Dieu Incarné Lui-même nous encourage à prier notre Père dans les Cieux : "C'est pourquoi Je vous le déclare: Tout ce que vous demanderez dans la prière, tenez-le pour obtenu, et vous l'aurez" (Mc 11,24). Cependant, même cette assurance du Seigneur Jésus n'est pas une "assurance" d'exaucement. De même, ne pas recevoir une réponse de Dieu ne signifie pas être en défaveur auprès de Dieu.


Qui parmi nous n'a pas déjà élevé une ardente prière? Le prophète et roi David supplia le Seigneur pour l'enfant que la femme d'Urie portait pour lui, ceci même face au jugement du Seigneur disant que "l'enfant qui t'est né mourra" (2 Samuel 12,14). Malgré ça, David pria et "jeûna et passa la nuit chez lui, prostré par terre" une semaine durant, dévoilant le désir de son coeur au Seigneur (2 Sam. 12,16). Et cependant, "le septième jour, l'enfant mourut" (2 Sam. 12,18). Combien d'entre nous ont prié avec tant de ferveur et n'ont pas été exaucés? Ajoutons à ceci que le message de Dieu repoussant la demande de David révèle pourquoi le grand Moïse, après des années au service de Dieu, a pu voir la demande de son coeur repoussée.

Observez la manière dont la prière de Moïse fut repoussée. Et malgré ça, c'est encourageant de prendre le Seigneur Jésus au mot : prier Dieu en s'attendant pleinement à être entendu et qu'Il fasse miséricorde, même quand dès le départ il y a de sérieuses raisons d'en douter. La lecture dévoile de plus que lorsque Dieu repousse notre prière, Il le fait si délicatement, nous assurant que nos vies et notre mise à Son service ne sont pas gâchées ni sans fruit. Nous apprenons aussi que lorsque Dieu n'exauce pas une demande, Il peut toujours réserver quelque chose de cela pour nous, accomplissant plus tard la véritable attente qu'Il avait originellement suscitée en nous.

La plupart des prières de Moïse avaient été exaucées par Dieu, quand bien même il pouvait parfois y avoir nombre de raisons rendant une réponse positive improbable. Le Seigneur annonça Son intention de punir les Israélites : "Je vais le détruire en le frappant de la peste, puis Je tirerai de toi une nation plus grande et plus puissante que lui" (Nombres 14,12). Alors Moïse supplia le Seigneur : "Pardonne la faute de ce peuple selon Ta grande miséricorde, comme Tu lui as déjà pardonné depuis l'Égypte jusqu'ici" (Nomb. 14,19). Et le Seigneur leur pardonna (Nomb. 14,20). Soyez assurés que même face à l'évidence la plus décourageante, rien n'est fait, et présentez le désir de votre coeur à Dieu.

Dans le cas présent, la demande de Moïse fut rejetée (Deut. 3,25). Mais bien sûr, le Seigneur ne refusa pas de manière brutale. Au contraire, Il donna instruction à Son prophète de gravir la montagne et de regarder au loin le pays s'étendant devant lui (v. 27). Il avait à faire ceci : "Passe tes pouvoirs à Josué, fortifie-le, encourage-le; car c'est lui qui passera à la tête de ce peuple" (v. 28). Par là même, Dieu confirma Sa promesse que le Peuple hériterait de cette terre et que les années de luttes de Moïse n'avaient pas été vaines. Le désir dans la prière – "de voir la terre" – avait été bénit, mais le temps était venu que la direction d'Israël soit confiée à Josué. Et déjà, à l'est du Jourdain, le Seigneur avait donné à Moïse un avant-goût du succès d'Israël dans la terre à l'ouest – dans la défaite des 2 rois (Deut. 2,32,33; 3,3).

Plus important, comme nous le remarquons, le Seigneur avait donné à Moïse un rôle vital dans la conquête de la terre qui s'ouvrait devant eux. Il devait passer ses pouvoirs à Josué et le fortifier et l'encourager (Deut. 3,28). La sagesse de toutes les années de Moïse devait être transmise à la génération suivante, de sorte que le pouvoir de Josué donne au Peuple de Dieu l'héritage de toute la terre (v. 28).

O Dieu miséricordieux, Tu connais nos besoins avant que nous ne demandions : comble miséricordieusement les besoins pour lesquels nous n'osons demander du fait de notre indignité, et que nous ne demandons pas du fait de notre aveuglément.

"Dynamis" est une publication catéchétique quotidienne de la St. George Orthodox Christian Cathedral, Wichita, Kansas (archidiocèse Orthodoxe Antiochien d'Amérique du Nord)



en la fête de saint Mamert de Vienne (Dauphiné), père de l'Église, qui institua les processions pénitentielles des Rogations.

10 mai 2007

Un arbre doit-il tomber pour se réunir avec des branches qui s'en sont séparées?

http://aggreen.net/heterodox/heterodx.html

La parabole suivante est rapportée dans "Why Angels fall", de Victoria Clark ("Pourquoi les Anges chutent-ils"). C'est une analogie racontée à l'auteur par un jeune moine du monastère Decani, au Kosovo (Serbie) :

"Imaginez un énorme et robuste arbre, et soudain, une de ses branches décide qu'elle veut être libre, et se laisse dès lors tomber au sol. Hé bien, qu'arrive-t'il à cette branche. Elle ne pourrira pas nécessairement, parce que quelques branchettes pourraient pousser sur le sol, mais elle ne saura jamais être un arbre ni porter le moindre fruit. Bien sûr, le vieil arbre robuste a du mal à se remettre de la perte de sa grosse branche, mais il est toujours vivant, et, plus important, il peut porter du fruit." L'arbre, c'est l'analogie de l'Orthodoxie, la branche tombée et errante, c'est le catholicisme-romain, et les branchettes ce sont les sectes protestantes. L'Église Orthodoxe orientale attend que la branche et les branchettes reviennent s'attacher à l'arbre, pas que l'arbre chute pour rejoindre la branche.
Alfred G. Green


09 mai 2007

Russie et tradition des clochers Orthodoxes & explication du Polyeleos


De plus en plus, en Europe occidentale, les anciennes églises (devenues hélas majoritairement hétérodoxes) font taire leur clocher. Soit parce qu'il n'y a plus personne à appeler à venir prier, le millénaire de sécularisme à couleur christique offre son "fruit" bien amer. Soit parce que comme un peu partout en Occident, que ce soit par exemple en Allemagne ou aux USA, l'église a été revendue pour en faire une mosquée ou un musée. C'est bon de voir qu'en Russie, le clocher d'église n'a pas disparu, et au contraire, retrouve sa place. On en rêve pour ici!

La tradition de la sonnerie des cloches Orthodoxes en Russie

En Russie, depuis les temps anciens, les cloches d'églises ont été perçues comme des éléments vivants. Chacune d'entre elles recevait un nom particulier. Avant d'installer une cloche dans la chapelle, elle était consacrée, le rituel correspondant au sacrement de baptême.






Depuis les temps de l'Ancienne Rus' et l'époque des princes, les événements les plus marquants de l'histoire de la terre Russe et de l'Église furent marqués par le son des cloches. Ce son des cloches accompagnant quelqu'un tout au long de la vie était aussi naturel pour tous que le soleil ou le vent qui souffle.

Au départ, avant que les cloches n'arrivent en Rus', les fidèles étaient appelés aux Offices divins à l'aide de cymbales en fer ou cuivre, appelées "klepala", pliées en demi-cercle et frappées avec des bâtons en bois spéciaux, appelés "bila." Ce ne fut pas avant la fin du 10ème siècle que les cloches apparurent en Russie, et devinrent un des plus importants éléments d'une église Orthodoxe. On fait sonner les cloches pour appeler les fidèles au culte public, pour exprimer le triomphe de l'Église et l'Office divin, et pour annoncer le moment de l'administration des plus importants rites à ceux qui sont absents de l'église à ces moments-là.

La manière Orthodoxe russe de sonner les cloches diffère considérablement de la manière de les sonner typique des autres confessions. Alors que les sonneries d'Europe occidentale comprend des bases mélodiques et harmoniques (comme avec les carillons), la sonnerie russe ne connaît rien de tel; elle est basée sur le rythme et le style. Un sonneur de cloche suivant son inspiration intérieure, son sens du rythme, utilisant une parfaite connaissance de l'échelonnement et de la maîtrise d'accomplissement, de même que basant cela sur la prière et sur sa conception personnelle, par ses sonneries, sait exprimer joie et paix, profonde affliction et triomphe de l'esprit.

Le son des cloches évoque des sentiments pacifiques, joyeux et radieux dans les âmes de ceux qui cherchent l'unité avec Dieu. Dès lors, une personne sait définir l'état d'esprit par l'impression qu'elle reçoit à entendre les cloches. Le son des cloches a une merveilleuse puissance de profonde pénétration dans les coeurs des gens.

Lorsque les Russes se mirent à apprécier le son des cloches des églises, ils le lièrent à tous leurs événements festifs et tristes. Dès lors ce son ne sert pas seulement au moment du culte liturgique, mais aussi pour véhiculer la joie, la tristesse ou la gloire. D'où l'on trouve une variété de type de sonneries de cloches, chacune ayant son nom et sa signification propre.

Types de sonneries de cloches

1) Blagovest – sa particularité sont des coups mesurés frappés sur une grosse cloche. Par ce son, on annonce aux fidèles que l'Office divin va commencer à l'église. Blagovest peut être festive, quotidienne et pour les jours de jeûne.

2) Perezvon – succession de tintements de cloches de la plus grande à la plus petite ou vice-versa, avec un nombre varié de coups sur chaque cloche.

3) Zvon est une manière rythmée typique pour utiliser tous les groupes principaux de l'échelonnement du son de cloche. Ce type inclus les carillonnements festifs (trezvon, dvuzvon) et quotidiens, de même que les styles de sonneries développés par le sonneur lui-même, inspirés par sa créativité et son expression personnelle.

Noms des cloches d'église
Les groupes de cloches sont directement dépendants de leur statut de service, et dès lors le nom des cloches correspond au jours du calendrier ecclésial.

La cloche festive est la plus lourde cloche utilisée pour les grandes fêtes et lors d'occasions festives particulières.
La cloche dominicale est plus petite, sonnant les dimanches.
Polyelaion est la cloche pour les jours de Polyeleos (*).
La cloche régulière est utilisée pour les sonneries quotidiennes.
La cloche du jeûne est utilisée durant le Grand Carême.
Les carillons horaires sonnent avant les lectures des heures de Carême.

En plus du nom qui fait référence à leur utilisé, les cloches peuvent avoir un nom personnel, comme Grande, Signe, ou Bélier (probablement du fait d'un timbre particulièrement fort), ou Korsunsky, Nemchin, ou Rostovsky (noms dérivant du lieu ou ville où se trouve la cloche).

Les cloches d'église sont un grand héritage spirituel et les traditions de sonnerie de cloches renaissent de nos jours partout en Russie.

Sources:
bells.orthodoxy.ru
zvon.ru
bellstream.ru

Compilé par Mikhail Manykin et Vera Ivanova
4 Mai 2007

Cloches Polyeleos à Rostov

(*) πολυελεοσ - Polyeleos

"Louez le Nom du Seigneur. Alleluia." Ces paroles et celles qui suivent proviennent des Psaumes 134 et 135 et introduisent la partie la plus festive de la Vigile de la Résurrection, le Polyeleos, qui célèbre la Résurrection du Christ. Le terme πολυελεοσ - polyeleos – provient de 2 mots grecs qui signifient "abondant en miséricorde." L'essentiel et le point pivot du polyeleos se retrouve dans le chant "Louez le Nom du Seigneur," dont chaque verset des Psaumes est suivit de l'antienne "Car Sa miséricorde est éternelle." Dans cette antienne, le Seigneur est glorifié pour les abondantes miséricordes qu'Il a répandues sur les hommes; la première d'entre elles et la principale étant Son Salut et rédemption de l'homme.

Lors du polyeleos, les Portes Royales ouvertes, toute l'église est illuminée, et le clergé sort du sanctuaire et encense toute l'église. Par le biais de ces actions liturgiques, les fidèles assistent aux événements de la Résurrection. Dans l'ouverture des Portes Royales, ils voient (symboliquement) comment le Christ est sorti de la tombe; et dans la procession du clergé depuis l'Autel jusqu'au centre de l'église, ils voient comment Il est apparu au milieu de Ses disciples. Pendant que cela se passe, le Psaume "Louez le Seigneur" (Ps 134,3 LXX) continue à être chanté, en même temps que le refrain angélique "Alleluia (louez le Seigneur)"; comme si le choeur agissait au nom des anges, appelant les fidèles à louer le Seigneur Ressuscité.


Le chant de cette "abondante miséricorde" durant le polyeleos, un office accomplit typiquement au cours des Vigiles des veilles de dimanches et jours de grandes fêtes, exprime particulièrement la miséricorde de Dieu. Durant cet office, il est particulièrement approprié de louer Son Nom et de Le remercier pour Sa miséricorde.

Pour préparer le Grand Carême, le bref Psaume 136 est ajouté aux versets des Psaumes 134 et 135 qui constituent le polyeleos. Le Psaume 136 commence par les paroles "Sur les rives de Babylone" et raconte la souffrance du peuple Hébreux captif à Babylone, et leur tristesse pour la perte de leur patrie. On le chante plusieurs semaines avant le début du Grand Carême de sorte que, à l'instar des Hébreux qui luttaient pour s'affranchir de la captivité babylonienne et rentrer dans leur patrie, la Terre Promise, nous Chrétiens, qui sommes le Nouvel Israël, puissions lutter dans la repentance et l'abstinence vers notre patrie spirituelle, le Royaume de Dieu.

Au cours des fêtes du Seigneur et de la Mère de Dieu, de même que les jours de commémoration de saints spécialement vénérés, le polyeleos est suivit par une hymne de magnification, un court verset de louange pour la fête ou le saint du jour. Tout d'abord, le clergé chante l'hymne en se tenant debout devant l'icône de la fête au centre de l'église. Ensuite, pendant que toute l'église est encensée, le choeur répète cette hymne à plusieurs reprises.

Les Anges furent les premiers à apprendre la Résurrection du Christ et à rapporter au peuple la Bonne Nouvelle. Dès lors le polyeleos commence par l'annonciation des Anges pour nous, "Louez le Nom du Seigneur." Les suivantes à avoir appris la Résurrection, furent les Myrophores, qui, suivant l'ancienne coutume juive, étaient venues au Tombeau du Christ pour oindre Son corps avec de la myrrhe, une huile aromatique. Dès lors, le chant de l'Alléluia angélique est suivit du tropaire de la Résurrection qui rapporte la visite des Myrophores à la tombe, et l'apparition de l'Ange qui leur rapporta la Résurrection du Sauveur et leur ordonna de rapporter ces nouvelles à Ses Apôtres. Chaque tropaire est précédé des paroles "Tu es béni, Seigneur, enseigne-moi Tes Commandements." Les derniers des disciples de Jésus-Christ à apprendre Sa Résurrection d'entre les morts furent les Apôtres. Cet instant dans le cours de l'Évangile est commémoré par la lecture de l'Évangile de la Résurrection, partie centrale de cet Office de Vigile.

Plusieurs doxologies et prières préliminaires précèdent la lecture de l'Évangile. Ensuite, après le tropaire de la Résurrection et la petite Ecténie qui est une version abrégée de la grande Ecténie, on chante des versets spéciaux appelés Hymnes des Degrés. Ces anciens versets proviennent de 15 Psaumes appelés Hymnes des Montées (ou Degrés) parce qu'aux temps de l'Ancien Testament, ils étaient chantés par 2 choeurs qui se faisaient face, se trouvant sur les marches, appelés ici degrés, menant au Temple à Jérusalem. D'habitude nous entendons la première partie des Hymnes des Montées en Ton 4, commençant par "Depuis ma jeunesse, nombre de passions m'ont assaillit."


Comme expliqué, l'accent de la Vigile de toute la nuit est la lecture de la péricope de l'Évangile parlant de la Résurrection du Christ d'entre les morts. L'ordo de l'office divin prévoit un certain nombre de prières à lire en préparation de ce saint Évangile. La raison pour cette préparation plutôt longue des fidèles pour la lecture de l'Évangile c'est que l'Évangile reste un livre "scellé" et un "obstacle" pour ceux des fidèles que l'Église n'a pas encore formés à le comprendre et à en tenir compte. De plus, les saints Pères enseignent qu'un Chrétien doit tout d'abord prier afin de tirer le profit spirituel maximal de la lecture de la Sainte Écriture. Cette préparation priante d'introduction à la lecture de l'Évangile lors de la Vigile de toute la nuit est accomplie dans ce but.

Nos prières en préparation à la lecture de l'Évangile comportent les éléments liturgiques suivants. Tout d'abord, le diacre chante "soyons attentifs", puis "Sagesse"; ensuite vient le prokimenon en relation avec la lecture évangélique. Le prokimenon, comme nous l'avons expliqué ailleurs, est un court extrait de l'Écriture sainte, d'habitude provenant d'un Psaume, qu'on lit avec d'autres versets qui complètent le thème du prokimenon. Le diacre chante le prokimenon et ses versets accompagnant, et le choeur répond après chaque chant du diacre.

La doxologie "Car Tu es Saint" et le chant "Que tout ce qui vit et respire loue le Seigneur", conclut le polyeleos avec ces paroles festives de louange introduisant l'Évangile. L'essentiel de leur signification est : Que tout ce qui possède vie loue le Seigneur, le Donateur de vie. Après cela, la sagesse, la sainteté et la bienveillance du Seigneur, Créateur et Rédempteur de toute la Création est expliquée et prêchée par les paroles du Saint Évangile.

Archiprêtre Victor Potapov, EORHF, Washington

http://www.stjohndc.org/





08 mai 2007

Encore une nouvelle paroisse de Rite Occidental Antiochien: conversion d'un pasteur Anglican et sa paroisse

Genèse d'une conversion sans retour: de sa découverte à l'entrée dans l'Église du Christ, la formation, l'entrée dans le clergé, et la nouvelle paroisse, de Rite Orthodoxe Occidental bien sûr. Paroisse où une bonne partie des anciens fidèles de l'ancienne paroisse anglicane ont suivit leur pasteur, retrouvant un cadre culturellement connu mais, enfin, dans la Foi.

Quand on a l'air occidental en regardant vers l'Orient

Jeudi 25 mai 2006

Avec un patronyme comme Petranek, on ne penserait pas que vous puissiez être Anglican. Mais si quelqu'un a bien l'air Anglican, c'est bien Richard Petranek. C'est peut-être parce que la première fois que je l'ai rencontré, il était habillé en prêtre Épiscopalien [Anglican américain; ndt]. Ces jours-ci, il vient à l'église en costume et cravate. Depuis qu'il a renoncé à ses ordres dans l'Église Épiscopalienne [partie américaine de la Communion Anglicane mondiale; ndt], en particulier depuis qu'il est devenu catéchumène Orthodoxe, je dois dire qu'il a l'air plutôt distingué. Bientôt, si Dieu le veut, il sera à nouveau habillé en prêtre – mais cette fois-ci, il sera Orthodoxe. Est-ce que "Petranek" ne fait pas très Orthodoxe? Il servira comme prêtre fondateur de la nouvelle mission de Rite Orthodoxe Occidental à Houston.

J'ai récemment rencontré Richard Petranek et l'entrevue suivante est présentée dans l'espoir de l'introduire, lui et sa vision des choses, auprès des habitants de la région de Houston et au-delà. Petranek, qui a servit pendant trente trois ans dans la PECUSA [Épiscopaliens; ndt], est bien conscient que le Rite Occidental n'est pas la tasse de thé de tout un chacun. Mais ce que j'ai surtout découvert chez lui, c'est qu'avant tout, Richard Petranek est un vrai berger, qui prend soin de son peuple, son troupeau. Sa certitude, c'est qu'il est en chemin dans la Foi, au sein de la Vraie Église, vers le Christ et Son Royaume.
+ Joseph Huneycutt

Quand avez-vous rencontré l'Orthodoxie?

"J'ai commencé à lire sur l'Orthodoxie au séminaire. En 1974, Time Magazine avait consacré un article au p. Alexandre Schmemann. Cela avait attiré mon attention et je lui avais écrit. Ce qui m'avait le plus impressionné, c'était ... l'humilité. Ce grand homme, qui ne me connaissait en rien, me répondit. Et pas seulement ça, mais une lettre manuscrite! J'ai récemment cherché à retrouver cette ancienne correspondance – mais je me souviens qu'elle traitait de 'réaliser la théologie par la Communion'."

Pourquoi avez-vous pris tant de temps pour en venir à l'Orthodoxie?

"La politique. Je serai honnête, je suis entré dans la politique de l'église. Ce ne fut que plus tard – bien plus tard – que j'ai pris conscience que j'étais si impliqué dans ces politiques que j'en avait perdu mon âme."

Je suis sûr que certains diraient de leur ecclésiastique favori qu'il est "malade" et "Richard, mais pourquoi donc est-ce que ça t'a pris si longtemps?"

"Pour moi, le problème était l'ordination. En près de 35 ans, j'ai assisté à un bouleversement complet de l'ordre établi de l'église. Le rôle de l'évêque avait changé, de pasteur en chef il était devenu administrateur en chef. Je crois que ceci était une tragédie, parce qu'historiquement, l'Anglicanisme était orthodoxe. Cependant, aux USA, l'église semble avoir perdu ses racines. Je n'étais plus qu'à quelques années de la retraite. Mais à la fin, j'ai demandé à ma femme : "Pour quoi nous battons-nous? Nous ne croyons pas de la sorte."

Quand avez-vous entamé ce cheminement? Où en êtes-vous?

"Au cours des 5 dernières années, j'ai rencontré régulièrement le p. John Salem. Il y a quelques mois, j'ai renoncé à mes ordres dans l'Église Épiscopalienne. Depuis lors, mon épouse, Elaine, et moi, nous avons vécu un incroyable cheminement! Nous avons visité plusieurs paroisses de Rite Occidental et nous participons régulièrement dans les paroisses Orthodoxes antiochiennes de Houston, St George & St Joseph.

Une quarantaine d'âmes nous suivent dans ce cheminement. Elaine et moi, de même que nombre d'autres, ont été admis comme catéchumènes à Saint-Joseph au début de ce mois."

Que pense votre épouse de tout ceci?

"Elle est ravie! Notre première rencontre avec l'évêque BASIL a été si enthousiasmante pour elle. C'était un si grand changement de pouvoir parler seulement de santé spirituelle au lieu de problèmes sociaux. L'évêque se souciait de son âme à elle! Elle a beaucoup aimé. Je dis tout ça tout en étant conscient qu'en quittant la PECUSA, j'ai dû renoncer à nombre d'avantages matériels; nous avons revendu notre maison, notre voiture, notre bateau... et spirituellement, nous sommes dans un meilleur endroit que ce que nous n'avons jamais été auparavant."

Pourquoi le Rite Occidental?

"Ma culture. J'ai servi si longtemps comme prêtre... ça a du sens pour moi. Ca a du sens pour mes fidèles. Dans ma pensée, le but du Rite Occidental est de s'adresser à ceux qui sont familiers avec la pratique occidentale – cherchant la Vraie Foi de l'Église Apostolique telle qu'on la trouve dans l'Orthodoxie."

Quelle sorte de gens pensez-vous être attirés par la mission de Rite Occidental?

"Ceux qui sont sensibles à l'historicité de l'Église – qui connaissent les luttes de l'antique Église et comment elle vivait la réconciliation lorsqu'il y avait des différences. Je veux dire qu'il n'y a rien de neuf sous le soleil. Tous ces problèmes que nous voyons frapper divers groupes Chrétiens de nos jours existent en fait depuis le début."

Quelle version du Rite Occidental utiliserez-vous? Quelle musique, etc?

"Nous utiliserons la Liturgie de Saint Tikhon et celle de Saint Grégoire le Grand, avec l'Hymnaire Saint-Ambrose."

Est-il vrai que des personnages-clés dans l'Église Orthodoxe, du passé et actuels, sont opposés au Rite Occidental?

"Oui!"

Que leur répondent ceux qui sont en faveur du Rite Occidental?

"Mon évêque, mon métropolite et mon patriarche le soutiennent – ça me suffit. Antioche a toujours été le centre de la mission ad extram. Le Rite Occidental fait partie de cette portée missionnaire de l'Orthodoxie. C'est à Antioche que saint Paul entama ses 3 voyages missionnaires. Il ne laissa pas les différences culturelles changer l'essence de la Foi. Nous envisageons notre mission dans cette même optique."

Quelqu'un a posé la question : "si d'ici 10 ans – pour quelle que raison que ce soit – le Rite Occidental était aboli ou incorporé au Rite Oriental, où pensez-vous que votre paroisse et vos fidèles de longue date iraient?"

"Ils suivraient le Rite Oriental. Je ne me vois pas convaincre quelqu'un d'être de Rite Occidental par opposition au Rite Oriental. La théologie est la même, l'expression est différente. Je ne sais pas non plus comment vous exprimer à quel point c'est libérateur d'être sous un évêque qui est soucieux du Salut des âmes. Dans l'Orthodoxie, la personne est extrêmement importante – c'est là qu'est mis l'accent – non pas sur d'abord se soucier de problèmes sociaux, d'agenda et de discussions. Je sais ce que croit mon évêque. Et c'est ce en quoi je crois!"

Quand est-ce qu'aura lieu votre premier Office en tant que mission de Rite Orthodoxe Occidental à Houston?

"Le 4 juin. Nous aurons les Matines à 10h, suivies de la Formation Chrétienne."

Lorsque vous aurez tous été reçus dans l'Église, quel sera le cycle de célébration liturgique?

"Matines, 09h
Eucharistie, 10h
École de l'Église, 11h

J'espère aussi pouvoir instaurer une Liturgie en milieu de semaine."

Je sais que nous n'aurons pas pu faire le tour de toutes les questions que beaucoup se posent, mais je suis sûr que certains voudraient au moins savoir ceci : où auront lieu ces assemblées?

"A partir du dimanche 4 juin, nous nous retrouverons :
11749 Memorial Drive, à côté de Ninfa's Restaurant
(entre Dairy Ashford et Eldrige)."

Contact: Houstonwesternriteorthodox@yahoo.com

+ + +

La liturgie des paroisses de Rite Orthodoxe Occidental peut avoir l'air et "sonner" très différente de celle du Rite Oriental, plus commun dans l'Église. A première vue, ça pourrait même ressembler à une liturgie anglicane. Mais à nouveau, il faut se poser la question : à quoi est-ce que l'Orthodoxie ressemble? Et quelle tonalité?

Ceux qui veulent en savoir plus à propos de la structure, du style et de l'histoire du Vicariat de Rite Occidental de l'archidiocèse Antiochien peuvent visiter leur site internet :
http://www.antiochian.org/western-rite

(ndt : existe aussi en français :
http://stmaterne.blogspot.com/2006/09/orthodoxie-occidentale-renaissance-et_16.html )

Vous pouvez aussi visiter les pages suivantes :
informations générales
http://www.westernorthodox.com/western-rite

calendrier
http://www.westernorthodox.com/kalendar/

et répertoire paroissial
http://www.westernorthodox.com/directory

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Petite mise à jour de la mission de Rite Occidental à Houston - Mardi 30 mai 2006
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/2006/05/houston-wr-mission-mini-update.html
..
La nouvelle mission a beaucoup travaillé les jours passés pour peindre et équiper leur nouveau local. Ils commenceront le Service Lecteur avec les Matines dimanche prochain. Le bientôt prêtre Richard a accompli tous les prérequis demandés par l'archidiocèse Antiochien pour pouvoir être ordonné, et une date sera bientôt fixée pour lui afin qu'il aille à Wichita pour y être reçu et ordonné à la prêtrise Orthodoxe.
...
posted by Eric Jobe 7:56 AM


Mise à jour de la mission de Rite Occidental à Houston – 4 juin 2006
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/2006/06/houston-wr-mission-update.html
La mission de Rite Occidental de Houston a tenu ce matin son premier Service Lecteur pour les Matines. Tout s'est bien déroulé, mais cela prendra un certain temps avant que tout le monde soit habitué.

La date pour la Chrismation de tous est fixée au 11 novembre, et Richard Petranek sera ordonné par l'évêque Basil le 26 novembre à l'église Saint-George, Houston.

Gardez-les dans vos prières, ils continuent leur formation catéchétique et s'habituent aux différences dans la Liturgie.


Photos de la mission de Rite Occidental à Houston – lundi 5 juin 2006
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/2006/06/houston-wr-mission-group-photo.html
Voici les paroissiens de cette mission de Rite Occidental à Houston (..). Mes parents sont au milieu au second rang en partant du bas. Ma chère grand-mère est en bas à droite.
(..)

La paroisse reçoit sa dédicace – jeudi 8 juin 2006
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/2006/06/parish-name.html
Sa grâce l'évêque Basil a choisit le nom pour la nouvelle paroisse de Rite Occidental à Houston. Voici le courrier électronique (je suppose que j'ai le droit de le republier!):

"Mon cher en Christ, Richard:
Bénédictions pour toi et Elaine et vos enfants, et ton assemblée aimant le Christ.

J'ai reçu ta liste de 3 noms suggérés par tes fidèles, et j'ai décidé que le nouvel effort missionnaire de notre diocèse serait placé sous le patronage et la protection du saint Apôtre Paul et de sa fête, la Conversion de Saint Paul, que nous célébrons annuellement le 25 janvier, et la paroisse sera appelée Saint-Paul Orthodox Christian Church.
Puissent tes efforts missionnaires être bénis par les puissantes intercessions de ce saint missionnaire.

Ton père en Christ,

+ B A S I L
évêque de Wichita et du diocèse du centre de l'Amérique
Archidiocèse Chrétien Orthodoxe Antiochien d'Amérique du Nord."
(..)
Saint Paul, prie pour nous!

Site internet de la paroisse :

http://www.stpaulsorthodox.org/



Toilemestre : Eric Jobe
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/



AXIOS!
Dimanche 12 novembre 2006, le sous-diacre Richard Petranek a été ordonné au diaconat à la l'église Saint-Joseph, Houston, Texas, et le dimanche 19 novembre, il a été ordonné à la prêtrise en cette même église Saint-Joseph.
Le prêtre Richard, qui s'est vu confié le pastorat de l'église Saint-Paul dans l'ouest de Houston, célébrera sa "semaine de Liturgies" du 20 au 26 novembre.
Vous pouvez contacter le p. Richard :
richardjp@houston.rr.com

PHOTOS :
http://qatlqitlqutl.blogspot.com/2006/11/photos-from-chrismation-of-st-pauls.html

Nouveauté mai 2007 : la paroisse du p. Richard publie sur son site internet un très joli petit "clip" vidéo de présentation, mélange de Liturgie, d'entrevues et de témoignages.



tuyau : diacre Benjamin Johnson


07 mai 2007

P. Papademetriou: Saint Augustin d'Hippone, Orthodoxie et Consensus Patrum


Saint Augustin d'Hippone dans la Tradition Orthodoxe Grecque
http://www.goarch.org/en/ourfaith/articles/article8153.asp


Depuis plusieurs décennies, c'est non seulement sa théologie, mais saint Augustin d'Hippone lui-même qui a été considéré comme hérétique par certains théologiens dans l'Église Orthodoxe. Il a été personnellement attaqué par plusieurs théologiens, l'excluant de la liste des saints. Entre-temps, d'autres ont appelé la théologie Orthodoxe à réévaluer et à replacer Augustin à sa place légitime, en tant que grand théologien-philosophe de l'Église Indivise.

Afin de clarifier où se situe Augustin en ce qui concerne l'Orthodoxie Grecque, ma thèse dans cet article est qu'il a été un "saint" de l'Église et n'a jamais été rayé des listes des saints. Il est vrai que certains de ses enseignements ont été fortement critiqués et brandis comme hérétiques, mais cela a eu lieu après sa mort. La controverse doctrinale la plus importante autour de son nom, c'est le "filioque." D'autres doctrines qui inacceptables pour l'Église sont : sa conception de péché originel, sa doctrine de la grâce, et la prédestination. Mon intention dans cet article est de présenter des écrits Orthodoxes, tant anciens que récents, sur la personne et la théologie d'Augustin.

Saint Photius

Le premier théologien majeur de l'Église Orthodoxe à en être venu aux prises avec le "filioque" fut saint Photius, qui s'intéressa aussi à la personne de saint Augustin. Il a argumenté qu'un saint qui se trompait au sujet d'une doctrine qui a été établie après sa mort n'est pas coupable d'hérésie, et que la sainteté de la personne n'en est pas amoindrie. Dans le cas d'Augustin, saint Photius suspecte que ses écrits aient été falsifiés. Photius demande "comment être certain qu'après toutes ces années, les écrits n'aient pas été falsifiés?" (1). Saint Photius insiste que même si les écrits sont authentiques et que les Latins utilisent ces écrits pour soutenir leurs enseignements erronés, ils desservent ces pères. Photius affirme "Lisez seulement Ambroise ou Augustin ou quelqu'autre père de votre choix : lequel d'entre eux souhaitait affirmer quoi que ce soit de contraire à la voix de son Maître?" Et plus loin, il ajoute:

"Si ces pères qui ont enseigné lesdites opinions n'ont ni altéré ni changé les doctrines correctes, alors vous qui enseignez à nouveau votre parole comme un dogme, c'est une autre calomnie contre vos pères que votre avis obstiné apporte aux enseignements de ces hommes" (2).

Photius rappelle que bien que ces pères étaient saints, ils étaient en même temps humains, et n'étaient pas exempts de glisser dans l'erreur. Et ainsi Photius conseille aux Latins de laisser les pères Ambroise et Augustin.
Il dit :

"Bien que par ailleurs ils émettaient les plus nobles réflexions, ils étaient humains. S'ils ont dérapé voire sont tombés dans l'erreur, par quelque négligence ou inadvertance, nous ne devrions pas les contredire ou les admonester. Mais qu'est-ce que c'est pour vous?" (3)

Bien qu'Augustin et Ambroise aient utilisé le "filioque", ils n'ont pas eu l'intention de l'inclure dans le Credo. Pour les Orthodoxes Grecs, cette introduction du "filioque" dans le Credo est une offense. Photius le déclare ainsi très clairement:

"Car eux, ils n'ont pas fait le moins du monde la moindre de ces choses dans lesquelles vous abondez. Ils étaient au contraire abondamment exemplatifs en matière de vertu et de piété, et dès lors professaient soit par ignorance soit par inadvertance votre enseignement, ce qui n'avait jamais été imposé comme dogme" (4).

Photius soutien que les pères, y compris Ambroise et Augustin, n'enseignaient pas d'erreur, mais que même si ça leur arrivait, ils étaient humains, et nul d'entre eux, étant humain, n'est exempt d'erreur. Il affirme que "car tous étaient des hommes (anthropoi) et humains, et nul n'étant fait de poussière de terre et étant de nature éphémère ne peut éviter quelque chute dans l'erreur" (5).

Photius insiste que même si ces saints hommes, Ambroise et Augustin, pourraient avoir enseigné la doctrine erronée du "filioque", ils n'étaient qu'une petite minorité. La majorité des pères, le "consensus patrum", est du côté de la véritable doctrine, et c'est ce que nous devons suivre. Photius déclare:

"Si les grands Ambroise et Augustin et Jérôme et quelques autres qui sont de la même opinion et du même niveau et sont d'une grande réputation de vertu et d'honorabilité de vie, enseignent entre autres que le Saint Esprit procéderait aussi du Fils, cela ne diminue en rien leur importance pour l'Église" (6).

Photius continue dans le même paragraphe, expliquant qu'il est de première importance de leur dire (aux Latins) que si 10 ou même 20 pères d'une pareille réputation s'exprimaient de la même manière, des milliers (myrioi) de pères n'ont absolument pas dit cela. Il demande "qui alors insulte les pères?" Et aussi : "est-ce que ce ne sont pas ceux qui limitent la piété de ces quelques pères à quelques paroles qu'ils ont tenues, et les placent ensuite en contradiction avec les Conciles, et préfèrent ces quelques uns aux innombrables pères qui ont défendu la véritable doctrine?" Il continue encore à questionner les Latins de la sorte : "Qui est l'offenseur (huvristes) du saint (ieron) Augustin et Jérôme et Ambroise? N'est-ce pas celui qui les force à entrer en conflit avec le Maître et Enseignant commun? Ou est-ce celui qui ne fait pas une telle chose, mais demande (axion) à suivre les lois du Maître?" (7)

Saint Photius suggère de laisser ces pères Latins tranquilles, ceux dont des doctrines sont en contradiction avec les décrets des Écritures et des Conciles Oecuméniques, parce qu'en faisant appel à eux pour confirmer les erreurs des Latins, ils dévoilent les erreurs de ces pieux hommes. Le respect qui convient envers ces saints hommes, c'est de garder le silence à propos de leurs erreurs (8).

De plus, Photius suggère que l'ont devrait avoir de la sympathie pour ces pères, parce qu'ils ont fait de la théologie à une époque difficile de l'histoire, qui les a amené à des erreurs dans quelques doctrines. Ainsi Photius maintient que celui qui meurt n'étant pas présent pour se défendre, nul ne saurait prendre sa défense. Et pour cette raison, nul esprit raisonnable n'élèverait une accusation contre lui (kategoros) (9).

Photius soutien qu'au Concile Général de 879-880, les légats de l'Ancienne Rome étaient d'accord avec les théologiens de la Nouvelle Rome pour dire que le Saint Esprit ne procédait que du Père seul. Lors de ce Concile, tous furent d'accord sur le saint Credo et les Conciles Oecuméniques, et scellèrent de leurs signatures la foi que le Saint Esprit procède du Père seul; et que celui de la Vieille Rome en la personne du pape Jean VIII à travers ses vicaires (topoteritai) était en communion avec Photius et l'Église de Constantinople parce qu'ils étaient en accord dans leur théologie (10).

De ce qui précède, il est évident que Photius n'a pas exclu Augustin de la liste des saints et des pères, quand bien même il admet que ce dernier, en tant qu'humain, se soit trompé sur certains points de doctrine. C'est la découverte que j'ai faite de plusieurs références à Augustin dans les écrits de saint Photius – la sainteté et la vertu sont permanentes malgré la fragilité humaine faisant tomber dans l'erreur. Aux yeux de saint Photius et des Byzantins, Augustin reste un des pères de l'Occident Latin.

L'Hésychasme et Augustin.

Augustin lui-même n'a jamais été attaqué personnellement par les Hésychastes du 14ème siècle, mais la théologie augustinienne a été condamnée en la personne de Barlaam, qui avait provoqué la controverse. Elle aboutira en finale à la condamnation de l'augustinisme occidental tel que présenté à l'Orient par Barlaam, un moine de Calabre, lors dès Conciles du 14ème siècle.

Palamas, le protagoniste Orthodoxe, écrivit nombre de traités contre le "filioque" et les présupposés théologico-philosophiques de base de la théologie latine. Saint Grégoire Palamas suivit les présupposés théologiques des Cappadociens et maintînt que l'essence de Dieu est totalement transcendante et soutînt l'évidence de la participation personnelle aux énergies incréées. C'est-à-dire qu'il opposa l'identité de l'essence avec les attributs en Dieu. C'était une réaction contre le conflit de la théologie de révélation basé sur Augustin, tel qu'il vint d'Occident par Barlaam. Pour Palamas, la révélation est directement expérimentée dans les énergies divines, et est opposée à la conceptualisation de la révélation. La vue augustinienne de révélation par des symboles créés et la vision extatique est rejetée. Pour Augustin, la vision de Dieu est une expérience intellectuelle. Ce n'est pas acceptable pour Palamas. L'accent palamite est mis sur le fait que les créatures, en ce compris les humains et les anges, ne peuvent ni connaître ni saisir l'essence de Dieu (11).

L'Orient rejeta la théologie augustinienne en la personne de Barlaam. L'Orient avait perçu qu'Augustin avait accepté le présupposé néo-platonicien prétendant que le saint serait à même d'avoir une vision de l'essence divine en tant qu'archétype de tous les êtres. Sous l'influence du néo-platonisme, Barlaam soutînt qu'à travers l'extase (ekstasis), la raison sortant hors du corps, et dès lors fonctionnant de manière pure, on avait alors une vision de l'archétype divin. Palamas appelle cela l'erreur païenne grecque et maintînt que l'homme atteint la déification (theosis) à travers la participation aux énergies divines (12).

Par la suite, pour des raisons politiques, afin de sauver l'empire, les empereurs Byzantins cherchèrent l'union avec Rome. L'empereur, le patriarche et une délégation vinrent à Ferrare en 1438, pour participer à un concile avec le pape de Rome et de mener à une union entre Grecs et Latins.

Au cours des débats entre Grecs et Latins, à de nombreuses reprises, certains firent appel à l'autorité d'Augustin. L'inébranlable théologien Orthodoxe Grec, Marc Eugenikos, utilisa l'oeuvre d'Augustin pour soutenir son point de vue. Concernant les erreurs d'Augustin, il tenta de le positionner dans la meilleure lumière possible, suivant l'exemple de saint Photius. Il fit référence à saint Grégoire de Nysse qui avait été d'accord avec des doctrines Origénistes. Il dit qu'il "vaut mieux les passer sous silence, et ne pas nous forcer, pour aider à notre défense, à les dévoiler publiquement" (13).

Saint Gennade (Gennadios) Scholarios

Gennade Scholarios, un théologien de grande envergure, participa aussi au concile de Florence-Ferrare. Il connaissait le latin et la théologie latine. Il avait traduit plusieurs traités de Thomas d'Aquin en grec, pour le profit de ses compatriotes. Il avait passé beaucoup de temps à étudier et écrire à propos d'Augustin dans le cadre du débat sur le "filioque."

Scholarios considère saint Augustin et tous les autres pères comme des personnes individuelles qui doivent être en accord avec les dogmes et enseignements de l'Église. Il déclare : "nous croyons dans l'Église; eux (les Latins) dans Augustin et Jérôme." L'Église s'en tient aux dogmes et enseignements de notre Seigneur, qui ont été communément donnés par les saints Apôtres et les Conciles (14).

Gennadios exprime son opinion que personne n'est isolément un "saint". Si c'était le cas, l'Église serait subordonnée aux docteurs et aux changements en fonction des caprices de fortes personnalités.

L'Église a ses propres normes et loi pour sanctifier une personne. Les saints sont guidés et gouvernés par le Saint Esprit, en particulier ceux qui sont avancés en vertu et sainteté. Cette guidance du Saint Esprit sur les saints ne signifie pas qu'ils sont seuls. Les saints peuvent avoir des pensées personnelles qui peuvent être en contradiction avec l'enseignement de Dieu, de même que leurs actions peuvent aussi l'être, parce que nul n'est sans erreur ou sans péché (hamartema) (15).

Sur base du fait que même les saints peuvent se tromper, Scholarios conforta son argument contre les Latins qui fondaient leur fausses doctrines du "filioque" sur la validité et la sainteté d'Augustin. Scholarios explique cela ainsi:

"Mais ils déclarent que le bienheureux Augustin disait ces choses. Mais nous ne croyons ni en Augustin ni en (Jean) Damascène mais en l'Église, que les Écritures canoniques confirment et que les Synodes communs des fidèles recommandent, l'Église du Christ" (16).

Un autre exemple qu'il donne, c'est Grégoire de Nysse qui se trompa sur la doctrine de l'eschatologie et cependant est un saint de l'Église (17).

Dans toute cette discussion à propos du "bienheureux Augustin", Scholarios ne repousse en rien la sainteté et la valeur de l'enseignement d'Augustin. Au contraire, il anathémise ceux qui nient sa sainteté. Il dit : "si qui que ce soit ne croit pas et n'appelle pas Augustin saint et bienheureux, il est anathème" (18).

En faisant la remarque, Scholarios argue du fait que les doctrines des théologiens occidentaux doivent être jugées selon les normes Chrétiennes Orthodoxes orientales. Ceci en raison de la précision de la langue grecque. Il donne 3 arguments en faveur des positions Chrétiennes orientales en tant qu'étant les bonnes : que le grec est plus vaste et souple que le latin aussi bien que plus précis quant à la signification. Et, bien sûr, le grec est la source du latin. Il fait référence à Augustin, Athanase et Grégoire le Théologien qui déclarent que le latin est beaucoup plus limité, et que c'est la cause du schisme entre Orient et Occident.

La seconde raison est que la formulation du dogme est faite avec précision en grec (19). Les pères et docteurs orientaux ont formulé les dogmes avec grand soin parce qu'ils luttaient contre les doctrines hérétiques. Pour cette raison, il était nécessaire pour eux d'exprimer la Foi avec grande précision afin de ne pas donner aux hérétiques d'excuse pour les contre-attaquer pour leur manque de clarté et leur imprécision (20).

La 3ème raison qu'il donne est qu'en latin a prévalu la manière de s'exprimer en des termes universels et généraux (katholikoterais kai genidoterais lexesi), tandis qu'en Orient, les pères utilisent des termes spécifiques et précis (idikoterois onomasi) pour exprimer les doctrines Chrétiennes (21).

Scholarios fait remarquer qu'Augustin accepta et développa le "filioque" sous 4 présuppositions :

1. Augustin était sous l'impression qu'il suivait Hilaire et son maître Ambroise. Il fait remarquer que Jérôme, qui a été formé dans l'Orient grec, évite le langage du "filioque." La différence entre Hilaire et Ambroise d'un côté et Augustin de l'autre, c'est que les 2 premiers pères exprimaient une opinion personnelle alors qu'Augustin luttait contre ceux qui exprimaient des vues opposées à la sienne (22).

2. Sur base des péricopes de l'Écriture qui montrent l'Esprit en tant que puissance sortant du Fils pour guérir tous les malades, de même que le Fils qui envoie et souffle l'Esprit sur les Apôtres, Augustin interpréta ces passages en se fondant sur l'opinion d'Hilaire et d'Ambroise (23).

3. Augustin fit usage de modèles humains au-delà des limites pour décrire la Sainte Trinité, et pour cette raison il tomba dans l'erreur (24).

4. Augustin suivit la position platonicienne affirmant que Dieu est essentiellement le Bon (Agathon). Le Bon engendre (aidios) éternellement l'Esprit (Nous). L'Esprit est la cause de toutes choses et est aussi appelé la cause secondaire, et on y réfère comme à "l'idée" et "la parole" (logos). De l'esprit provient l'âme universelle qui donne la vitalité à toutes choses vivantes. Dès lors, Scholarios affirme qu'Augustin applique cette idée à la Trinité Chrétienne. Le "Bon" (Agathon) est inengendré et pas lié à l'intellect (agenneton). L'Esprit (Nous) est engendré uniquement du Bon. L'âme provient de l'Esprit et retourne au Bon. L'Âme est la connexion relationnelle comme l'amour entre le Bon et l'Esprit. Ces vues n'étaient pas seulement admises par Platon, mais aussi par Plotin de même que par de nombreux hérétiques (25).

Scholarios reproche à Augustin sa notoire approche philosophique de la Révélation. C'est l'influence manichéenne qu'Augustin avait subit durant son implication pré-Chrétienne avec cette hérésie. Sa formation païenne et manichéenne l'accompagna toute sa vie. De fait, Scholarios dit "Seigneur, délivre nous de la dialectique Augustinienne" (26).

Scholarios admet qu'Augustin croyait dans la Foi de l'Église, et confirma le Credo de Nicée-Constantinople (27), malgré le fait qu'il se trompa en tant qu'individuel (28). Cela n'enlève en rien à sa sainteté. Pour Scholarios, Augustin est une personne "bienheureuse" de même que "sage" qui mérite toutes louanges et honneurs (29). Il est très critique envers la théologie d'Augustin parce qu'il sent parce qu'il sent bien qu'il ne s'est pas débarrassé de l'influence qu'il a subie dans sa formation philosophique grecque avant sa conversion au Christianisme.

Période moderne.

L'éminent théologien Orthodoxe Grec du 17ème siècle, Dositheos, patriarche de Jérusalem, soutien que les oeuvres d'Augustin ont été trafiquées et ses doctrines falsifiées. C'est la raison pour laquelle les Orthodoxes ne les acceptent pas sans précaution. Mais tous ses ouvrages qui sont en accord avec l'Orthodoxie sont très utiles. Dositheos lui-même fait usage du "bienheureux" Augustin pour soutenir ses propres vues sur les doctrines Orthodoxes (30).

Le célèbre théologien du 18ème siècle, Nicodème l'Hagiorite, reprit le nom de saint Augustin dans les "Synaxaristes" (Synaxaire, livre des saints). Il écrit ceci : "Mémoire de notre père parmi les saints, Augustin, évêque d'Hippone" (31). Et il ajoute les 2 versets suivants : "Tu étais enflammé de l'amour de Dieu, tu te montra dans toute ta splendeur, bienheureux Augustin" (32).

Nicodème se réfère à Augustin comme au "divin et saint" (Theios kai ieros), écrivant qu'Augustin est un grand enseignant et théologien "de grande renommée dans l'Église du Christ." Nicodème le loue pour le grand nombre de livres qu'il a écrits. Cependant, il regrette que trop peu d'entre eux aient été traduits en grec pour le bénéfice spirituel et l'édification du peuple Orthodoxe Grec. Il dit que nous sommes privés (sterometha) de la richesse spirituelle de ces écrits de valeur (33).

A la suite de Nicodème, le nom de saint Augustin apparaît dans les livres des saints et aussi dans le calendrier (15 juin) tant en Grèce qu'en Russie.

Dans les livres modernes de patrologie et de dogmatique des auteurs Orthodoxes, Augustin est repris. Il reçoit une place égale comme père et hiérarque de l'Église et est loué pour son grand nombre d'écrits et pour sa profondeur (34).

De plus, la philosophie de saint Augustin a été louée et analysée par des penseurs Orthodoxes Grecs modernes tels que Constantine Logothetis et Ioannis Theodorakopoulos (35).

Eusebius Stephanou a écrit il y a plusieurs années que saint Augustin devait retrouver sa place légitime au sein de l'Église. Il n'y a qu'au sein de l'Orthodoxie que sa pensée peut être objectivement évaluée à cause des erreurs occidentales basée sur sa pensée (36).

D'autres théologiens Orthodoxes Grecs ont estimé que saint Augustin était un théologien-philosophe Orthodoxe. Des ouvrages récents qui sont favorables à saint Augustin ont été mis en avant par le métropolite Augustinos Kantiotes du nord de la Grèce. Un symposium a eu lieu à Thessalonique et 3 petits volumes ont été publiés qui louent les ouvrages et enseignements de saint Augustin. Ils ont circulé pour édification populaire (37). Un autre livre affirme que "saint Augustin appartient à l'Église universelle et indivise du Christ, aussi bien à l'Occident qu'à l'Orient, parce qu'il vécu avant le Schisme" (38).

Seraphim Rose a écrit un petit livre qui tente d'exonérer saint Augustin dans une perspective Orthodoxe (39).

Cette approche n'est pas universellement acceptée dans l'Orthodoxie. Des théologiens Orthodoxes récents ont attaqué Augustin en tant qu'innovateur d'enseignements hérétiques.

Le p. Jean Romanides et le p. Michael Azkoul ont été extrêmement critiques à l'égard d'Augustin. Le p. Romanides, dans sa dissertation de doctorat à l'université d'Athènes en 1957, jugea sévèrement Augustin comme source de toutes les hérésies et déformations de dogme occidentales.

Dans son ouvrage "Franks, Romans, Feudalism and Doctrine" ("Francs, Romains, Féodalisme et Doctrine"), Romanides attaque sévèrement les ouvrages et doctrines d'Augustin comme hérétiques. Par une méthode analytique, il pointe du doigt l'influence des erreurs théologico-philosophiques d'Augustin sur le "filioque." L'erreur de base d'Augustin se trouve dans son rejet "de la distinction entre ce que sont les personnes et ce qu'elles ont (même si c'est une distinction biblique) et il identifia ce que Dieu est avec ce qu'Il a" (40). Dès lors Romanides blâme Augustin en disant qu'il "n'a jamais compris la distinction entre 1) l'essence commune et les énergies de la Sainte Trinité et 2) les incommunicables individualités des hypostases divines" (41).

Romanides critique Augustin pour sa spéculation sur la doctrine de la Sainte Trinité. Il affirme qu'Augustin a confondu "génération" et "procession" et les a identifiées avec les divines énergies (42).

Les présupposés théologiques d'Augustin sont erronés parce qu'il ignore la tradition patristique. Ses présupposés, d'après Romanides, sont basés sur de l'herméneutique scripturaire et philosophique et non pas sur les pères de l'Église. La première critique, celle qui s'en prend à la base scripturaire, c'est qu'Augustin a complètement mal interprété les Écritures parce qu'il a identifié l'Essence divine avec les énergies divines. Et deuxièmement, ou philosophiquement, Romanides affirme qu'Augustin a fondé sa théologie sur le néo-platonisme. C'est-à-dire que le modèle de l'âme humaine est utilisé par analogie comme image adéquate de la Sainte Trinité (43).

Michael Azkoul, un théologien vieux-calendriste et conservateur, attaque de même la théologie d'Augustin et ses oeuvres comme étant hérétiques. Il explique qu'Augustin n'était pas connu en Orient et n'avait pas, jusqu'il y a peu, été repris parmi les listes des saints. Il dit que "ses ouvrages sont à la base de toute hérésie qui afflige à présent la religion de l'Occident" (44).

Dans un de ses livres, Azkoul présente et soutien sa thèse de base qu'Augustin chuta dans plusieurs hérésies et devint la source pour l'Occident hérétique, et pour cette raison il n'est pas repris dans la liste des saints Orthodoxes. Il blâme Augustin pour la déformation de la théologie de l'Occident (45).

Conclusion

En passant en revue la littérature Orthodoxe grecque, nous voyons que les théologiens Orthodoxes Grecs sont très critiques d'Augustin et de ses erreurs. Cependant, nulle part nous ne trouvons de preuve dans les écrits patristiques pour soutenir que son nom devrait être éliminé de la liste des saints. En général, en commençant avec Photius, les Orthodoxes Grecs perçoivent Augustin comme un saint dont les doctrines ont été déformées ou falsifiées par l'Occident, et qu'en humain, il s'est trompé sur certains enseignements. En tant qu'Orthodoxes Grecs, nous vénérons la personne de saint Augustin. Le point de vue de Vladimir Lossky est qu'à travers une meilleure compréhension d'Augustin par l'Orient, il est possible de rapprocher les 2 positions en théologie. Pour citer Lossky :

"La réconciliation sera possible et le 'filioque' ne sera plus un 'impedimentum dirmens' [obstacle infranchissable] au moment où l'Occident, qui est resté si longtemps gelé dans l'isolement dogmatique, cesse de considérer la théologie Byzantine comme une innovation absurde qui peut être trouvée de manière moins explicite chez les pères des premiers siècles de l'Église" (46).

J'aimerais conclure avec l'Hymne de Conclusion chanté dans l'Église Orthodoxe le 15 juin, en la fête de saint Augustin :

"O bienheureux Augustin, tu as prouvé être un vase radieux du Saint Esprit et a révélé la cité de Dieu; tu as aussi vertueusement servi le Seigneur en tant que hiérarque avisé qui a reçu Dieu. O juste père, prie le Christ Dieu afin qu'Il nous accorde abondante miséricorde" (47).

[1] J.P. Migne, Patrologiae Cursus Completus. Series Graeca. Vol. 102, Livre 2. Paris (1857-1866), c. 352, cité dans PG. Photios, Mystagogia, 71.

[2] Photios, Mystagogia, 67. PG 102, c.345. Saint Photios. The Mystagogy of the Holy Spirit. Trad. Joseph P. Farrell. (Brookline, MA: Holy Cross Orthodox Press, 1987) p. 91

[3] Farrell, p.91.

[4] Photios, Mystagogia, 67; Farrell, p.91.

[5] Farrell, The Mystagogy, 69, p.93; PG 102, c. 352; Mystagogia. 70.

[6] Lettres de Photius au métropolite archevêque d'Aquilée, Liber, 117. PG 102, c. 809.

[7] Ibid.

[8] PG 102, c. 809, 812 Lettre au métropolite archevêque d'Aquilée, Liber 117.

[9] Lettre au métropolite archevêque d'Aquilée, Liber 122, PG 102, c.816.

[10] Lettre au métropolite archevêque d'Aquilée, Liber 125, PG 102, c.820. Le Concile de 879-880 condamna les Carolingiens sans les citer nommément. Voir p. John S. Romanides, "Franks, Romans, Feudalism and Doctrine; An Interplay Between Theology and Society" (Brookline, MA: Holy Cross Orthodox Press, 1981) p. 66.

[11] Romanides, Franks, Romans, Feudalism, p.67

[12] Antonios Papadopoulos, Theologike Gnosiologia Kata Tous Niptikous Pateras (Thessalonike: Patriarchal Institute for Patristic Studies, 1977) pp. 79-81.

[13] "Marci Archiepiscopi Ephesii Oratio Prima de Igne Purgatorio," Ch. 11 in Patrologia Orientalis, Vol. 15. Trad. et édité par Louis Petit. Turnhout/Belgique: Editions Brepols (1973) p. 53. Voir aussi Seraphim Rose, The Place of Blessed Augustine in the Orthodox Church (Platina, CA: Saint Herman of Alaska Brotherhood, 1983) p. 30.

[14] Theodoros N. Zeses, Gennadios B' Scholarios Bios-Sygrammata-Didaskalia (Thessalonike: Patriarchal Institute of Patristic Studies, 1980) p. 455. Gennadios Scholarios. Oeuvres Complètes (Paris: Maison de la Bonne Presse, 1929). Tome ii, p.64 . Voir aussi Demetri Z. Niketa. "The presence of Augustine in the Eastern church" (en grec) Kleronomia Vol. 14, No. 1 (Juin 1982) pp. 7-24.

[15] Scholarios, Oeuvres II, pp. 58-59

[16] Scholarios, Oeuvres Tome III, p. 83: alla fasin, oti taut' Augoustinos o makarios legei: All' hemeis eis the ekklesian pisteuomen, en ai kanonikai grafai synistosi kai ai koinai ton piston synodi, ten Ekklesian Cristou paristanousai, ouk eis Augoustinon, oud' eis Damaskenon.

[17] Ibid.

[18] Scholarios, Oeuvres III, p. 59: kai eis tis fronei kai legei ton Augoustinon agion kaimakarion einai anathema.

[19] Scholarios, Oeuvres, III, p. 58.

[20] Ibid. III p.59.

[21] Ibid. III, p.58

[22] Scholarios, Oeuvres, II, p. 46.

[23] Ibid. p.47.

[24] Ibid. II, p. 48.

[25] Ibid. II, p. 48.

[26] Ibid.,II, p. 46: Rysai hemas, kyrie, tes Augoustiniou dialektikes.

[27] PG 160, c. 693.

[28] Scholarios, Oeuvres, II, p. 49: Augoustinon de kai tina allon ton didaskalon dynasthai tes aletheias en tini diamartanein hegoumetha, kan oposeoun agiosyne didaskalia dienegken.

[29] Scholarios, Oeuvres, III, p. 59: makarios esti kai sophos kai epainetos tes toiaytes philotimias. Voir aussi PG 160, c. 718.

[30] Nicodemos l'Hagiorite, Synaxaristes Vol. 2. Athènes: Constantine Ch. Spanos Publishing House (1868) p. 207 note. Dositheos fait référence au bienheureux Augustin dans son ouvrage 'Homologia tes Orthodoxou Pisteos' (Athènes, 1949) réimprimé de Theologia 20 (1949) pp. 147, 156.

[31] Ibid. Vol. 2, p.206.

[32] Ibid. Vol. 2, p.206.

[33] Ibid. Vol. 2, p.207. Il fait aussi référence à la traduction en grec du "De Trinitate" par Maximos Planoudes et que des copies en existent sur le Mont Athos.

[34] Demetrios S. Balanos, Patrologia (The Ecclesiastical Fathers and Teachers of the First Eight Centuries) en grec. (Athènes: I.L. Alevropoulos Press, 1930) pp. 463-482. Il livre une bonne analyse des oeuvres et enseignements d'Augustin. Voir aussi Panagiotes K. Chrestou. Pateres kai Theologoi tou Christianismou Vol. 1. (Thessalonike: n.s., 1971) pp. 257-269. Il considère Augustin comme un des plus grands pères universels de l'Église, et un des plus importants philosophes au monde." p.157. Constantine G. Bonis. "Ho Hagios Augustinos Episkopos Hipponos." Epistemonike Eperteris tes Theologikes Scholes Panepistemiou Athenon Vol. 15 (1965) pp. 535-632.

[35] Constantine I. Logothetis, He Philosophia ton Pateron kai tou Mesou Aionos (Athens: I. K. Kollaros Press, 1930) pp. 278-344. Et Ioannis N. Theodorakopoulos. "Ho Hieros Augoustinos." Philosophika kai Christianika Meletimata. (Athens: G. Rode Brs. Press, 1973) pp. 95-187. Ces 2 auteurs louent la philosophie d'Augustin comme étant celle d'un des plus grands philosophes Chrétiens du monde. Ils donnent une excellente analyse de sa philosophie.

[36]

[37] Eusebious Papastephanou, Christianismos kai philosophia (Athen: n.p., 1953) p.14, n. 1. Voir aussi : Theodore Stylianopoulos. "The Filioque: Dogma, Theologoumenon or Error?" Spirit of Truth: Ecumenical Perspectives on the Holy Spirit. Theodore Stylianopooulos and S. Mark Heim, eds. (Brookline: Holy Cross Orthodox Press, 1986) pp. 25-28.

[38] Aimilianos Timiades, Ho Hieros Augoustinos (Thessalonike: Christianike Elpis Press, 1988) p. 7. Dans ce livre de 324 pages, la vie et les oeuvres sont présentées et leur contenu est analysé. Cependant, l'auteur ne donne pas une évaluation critique de la pensée augustinienne dans une perspective Orthodoxe.

[39] Seraphim Rose, Place of Blessed Augustine, p. 30.
partie 1, partie 2, partie 3, partie 4

[40] Romanides, Franks, Romans, Feudalism, p.74

[41] Ibid. p.74

[42] Ibid. p. 88.

[43] John Romanides, Dogmatike kai Symbolike Theologia tes Orthodoxou katholikes Ekklesias Vol. 1 (Thessalonike: P. Pournaras Press, 1973) p. 383. Voir aussi sa critique d'Augustin dans "Highlights in the Debate over Theodore of Mopuestia's Christology and Some Suggestions for a Fresh Approach." The Greek Orthodox Theological Review 5: 2 (Winter 1959-1960): 182-83.

[44] Michael Azkoul, The Teachings of the Holy Orthodox Church. Vol. 1 (Buena Vista, Co: Dormition Skete, 1986) p. 199. Voir une critique de ce livre par l'évêque Chrysostomos d'Oreoi dans "The Greek Orthodox Theological Review" 32:1 (printemps 1987) pp. 100-103.

[45] Michael Azkoul, The Influence of Augustine of Hippo on the Orthodox Church. Texts and Studies in Religion. Vol. 56. (Lewiston, NY: Edwin Mellen Press, 1990). Voir mon analyse dans The Greek Orthodox Theological Review 39:3-4. (1994) pp. 379-381.

[46] Vladimir Lossky, "The Procession of the Holy Spirit in Orthodox Trinitarian Doctrine." In The Image and Likeness of God (Crestwood, NY: St. Vladimir's Seminary Press, 1974) p. 96.

[47] Nikolaos S. Hatzinikolaou, Voices in the Wilderness: An Anthology of Patristic Prayers (Brookline, MA: Holy Cross Orthodox Press, 1988) p. 109.





Protopresbytre George C. Papademetriou


Professeur émérite au Holy Cross/Hellenic Institute


http://holycross.hchc.edu/pages/facultyprofiles/gpapademetriou.asp





Saint Jean l'Apôtre et Évangéliste, accompagné des commentateurs de son Apocalypse : saints Jérôme, Augustin, Ambroise, Fulgence, Abringius et Isidore
Enluminure du manuscrit Beatus Libiana, Saint-Sever, 11ième siècle


Atelier Saint André, Saint Augustin d'Hippone,
Icône orthodoxe contemporaine (c) :
http://www.atelier-st-andre.net/fr/pages/oeuvres/frsaintdoc07.html

Vie de saint Augustin d'Hippone,
par saint Posidius, son disciple

http://www.amdg.be/sankt/augustin.html



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