"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

19 mai 2007

Pourquoi avons-nous besoin des Pauvres?



saint Martin et le Christ mendiant
El Greco, 1599
source

Sans les pauvres nous n'avons aucun espoir d'aller au Ciel.

Dans l'Évangile de saint Matthieu, Jésus décrit le Jugement Dernier, où chacun sera éprouvé par le feu. Ceux qui, voyant un pauvre, ont refusé d'ouvrir leur coeur et leur bourse, seront envoyés à gauche, repoussés loins de la présence de Dieu par les paroles "ce que vous n'avez pas fait au plus petit d'entre ceux-ci, c'est à Moi que vous ne l'avez pas fait."

Sans les pauvres, nous n'avons aucun moyen rapide pour amasser des trésors au Ciel.

Celui qui donne aux pauvres prête à Dieu. Quand nous plaçons nos trésors entre les mains des pauvres, nous transférons nos biens au Ciel. Tous les dons faits aux pauvres ou à ceux qui mendient pour eux sont comptés comme crédit au Ciel, et puisque ni voleurs ni mites ni rouille ne savent diminuer ce trésor, il est vraiment en sécurité en attendant notre arrivée dans le Royaume des Cieux.

Sans les pauvres, une fois "vendu tout ce que nous avions", à qui en donnerons-nous le produit de la vente?

Jésus a dit au jeune homme riche de vendre tout ce qu'il avait et d'en donner l'argent aux pauvres. Les saints, en commençant et pour se préparer à la vie en Christ, vendent tout ce qu'ils ont ou confient la distribution de leur richesse à un serviteur comme don pour les pauvres. D'innombrables saints et justes ont accompli cela comme première étape d'une vie dédiée à Dieu.

Sans les pauvres, il n'existe pas de moyen pour donner directement au Christ.

"Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre ceux-là, c'est à Moi que vous l'aurez fait." Les mains des pauvres sont les mains du Christ de la même manière que l'Église est le Corps du Christ.

Sans les pauvres, nous sommes désespérément trompés par le matérialisme.

Par leur vie, les pauvres montrent aux riches que Dieu est la source. Les pauvres montrent aux riches qu'il est possible de vivre dans la simplicité. Les pauvres montrent aux riches qu'il est possible de vivre sans l'abondance des biens de ce monde. Nos biens finissent par nous posséder et grandissent jusqu'à diriger nos vies.

Sans les pauvres, nous n'avons pas la vision d'un style de vie simple.

Comme l'accumulation de biens envahit nos vies, nous en oublions que la vraie vie n'est qu'en Christ. Les pauvres nous donnent un aperçu du peu dont nous avons besoin pour mener une vie calme et paisible dans la piété et la dignité.

Sans les pauvres, nous ne saurions apprendre à être satisfaits de ce que nous avons.

La communion de foi, vivre la véritable humilité, cela démontre qu'être satisfait est la clé de la véritable satisfaction. Dieu sait ce dont nous avons réellement besoin pour vivre, donc demander plus encore que ce que Dieu ne donne, c'est présumer que Dieu n'est pas au courant de nos besoins ou de ce qui convient pour nous.

Sans les pauvres, nous ne savons pas prêter à Dieu.

Celui qui donne aux pauvres prête à Dieu. Saint Nectaire de même que d'autres saints ont démontré que Dieu repaie multiplement l'argent que nous Lui avons prêté en le donnant aux pauvres. Saint Nectaire a constaté à maintes reprises un retour au centuple pour ses prêts. Et Dieu a toujours fourni l'argent à Saint Nectaire, toujours juste au bon moment et le montant requis.

Sans les pauvres, nous n'avons personne pour remercier Dieu pour nous.

De même que les riches ont la responsabilité de pourvoir aux besoins des pauvres, ces derniers ont la responsabilité de remercier Dieu pour les riches qui ont pourvu à leurs besoins. Par nos dons permanents, les pauvres font mention de nous quotidiennement.

Sans les pauvres, nous ne saurions apprendre à être généreux.

Ce n'est qu'en donnant que l'on peut apprendre à être généreux et miséricordieux. Quand nous franchissons ces premiers pas de générosité, ils font peur, mais bien vite nous apprenons que la joie vient en donnant. Car en vérité, les Actes d'Apôtres disent fort justement qu'il "y a plus de joie à donner qu'à recevoir" (Actes 20,35).

Sans les pauvres, nous ne saurions recevoir de Dieu pour ce que nous aurions donné.

De la manière dont vous donnerez, il vous sera donné, une mesure bien tassée et pesée. Mais la première étape consiste à trouver qui peut recevoir nos dons, ou trouver quelqu'un qui peut les distribuer [Église, asbl; ndt], ou s'abstenir de manger (ça c'est le commencement); quoi qu'il en soit, c'est en exerçant la miséricorde qu'on pourra recevoir miséricorde. Pensez à faire du Carême d'Hiver [ou des divers autres Carêmes; ndt] un temps pour commencer à suivre l'exemple de saint Nicolas le Thaumaturge, en donnant aux pauvres.


Sans les pauvres, nos richesses deviennent des chaînes qui nous lient à cette vie et nous condamnent à la pauvreté dans la vie à venir.

Le riche avait tout dans cette vie-ci, et Lazare manquait de tout, mais dans la vie à venir, le riche, parce qu'il avait méprisé le pauvre, vécu comme Lazare dans sa vie précédente, aspirant ardemment après ne fut-ce qu'une goutte d'eau.

Sans les pauvres, les mites, la rouille et les bandits ruinent tout ce qui nous est cher.

Là où est notre trésor, là est notre coeur; si nous négligeons les pauvres, tout ce que nous considérons comme trésor ne sera rien d'autre qu'un tas de détritus. Les pauvres n'ont pas besoin de notre aide. Nous avons besoin de l'aide des pauvres. Les pauvres ont Dieu pour Père et DIEU pourvoit à tous leurs besoins. Si vous ne cessez pas de voler aux pauvres [*], Dieu pourvoira pour eux d'une autre manière.

*-*-*-*-*-*-*-*

[*] allusion évidente à la célèbre maxime de saint Ambroise de Milan :
"Les vêtements de vos armoires que vous ne portez pas ne vous appartiennent pas, ils sont aux pauvres"


Les mendiants, Breughel, 1568

A (re)lire sur le sujet :
Dieu ne nous jugera pas sur ce que nous donnons, mais sur ce que nous gardons - réflexions sociales et sociétales personnelles, 2 asbl charitables à aider, Muhammad Yunus et son prix Nobel de la Paix et ses micro-crédits pour les pauvres, saint Ambroise et saint Théodore et saint Phanourios, etc..

18 mai 2007

Génétique, morale et libertés

A propos de la recherche génétique
http://www.christminster.org/Genetic.htm



L'article de Linda Borg dans le "Providence Journal" du 16 octobre 2002, à propos des dilemmes moraux naissant du fait des recherches en génétique, amène dès le départ au point crucial : "la véritable question n'est pas ce que la science sait faire mais plutôt si nous devrions le faire."

Ce que la science est ou n'est pas capable de faire, c'est purement une question de connaissance et d'expertise scientifique. Et la connaissance et l'expertise scientifique sont par définition moralement objectives – au moins d'un point de vue purement scientifique. Un physicien compétent est sûrement capable de concevoir une bombe très efficace. Mais la question d'en faire ou de ne pas en faire usage n'est pas du tout un problème scientifique, mais éthique et moral.

A une époque plus lointaine, ceci n'aurait pas posé problème. De fait, après la Seconde Guerre Mondiale, les Alliés victorieux, et à vrai dire le monde civilisé dans son ensemble, n'ont pas eu de difficulté pour discerner que les atrocités perpétrées par les scientifiques Nazis n'étaient que cela – des atrocités – qui ne devaient donc pas être jugées sur leur valeur scientifique ou expérimentale (ce qui sait être fait), mais sur des valeurs plus larges (ce qui devrait ou pourrait être fait), des valeurs qui transcendent la science et en fait la civilisation elle-même. Ces principes moraux plus larges furent alors incontestés, comme il convient. En effet, même de nos jours, quelle personne saine d'esprit, civilisée, oserait remettre en question la légitimité morale de la condamnation par les Alliés des criminels de guerre Nazis, y compris des scientifiques?

Mais aujourd'hui, il y a un problème. Il n'est en rien évident qu'un tel consensus moral pourrait exister face à des événements plus contemporains. Bien entendu, d'aucun pourra toujours faire appel au principe que "la force fait le droit." D'après ce principe, le butin va au vainqueur – ainsi que le droit de juger les vaincus [1]. Mais si vous adoptez ce principe comme base morale, alors vous devrez concéder que si les Nazis avaient gagné la guerre, alors leur jugement moral aurait été le bon. La morale deviendrait alors une affaire de caprice historique.

A moins que n'existe quelques principes moraux qui transcendent les nations, et les partis et les époques, il n'existe pas de base sur laquelle juger les atrocités ou les criminels de guerre ou les scientifiques Nazis – ou les recherches génétiques. Et c'est bien ici que notre génération est le plus en danger. A l'inverse des générations antérieures, qui reconnaissaient sans ambages l'existence d'une loi morale transcendant tout, l'esprit moderne s'est installé sur les sables mouvants de l'éthique subjective : "Ce qui est juste pour moi pourrait ne pas l'être pour toi." Un tel principe peut s'appliquer sans difficulté à des matières sans importance, comme la couleur du maquillage de quelqu'un ou le genre de voiture d'un autre; mais en tant que principe moral pour des problèmes plus larges, c'est sans la moindre force.

Ce n'est pas une coïncidence si l'on pense d'office aux atrocités des Nazis lorsqu'on aborde le sujet des recherches génétiques. Personne d'un peu sérieux ne douterait que les scientifiques Nazis, s'ils avaient possédé les niveaux de recherche et les potentiels à présent accessibles aux scientifiques en génétique, les auraient détournés pour leurs propres buts. Et il y a peu de raison de douter qu'ils n'y seraient parvenus; ils auraient réussi; il y a donc aussi peu de doute que les scientifiques modernes réussiront à faire fonctionner leur science génétique.

Mais à quelle fin? Nous connaissons historiquement le but que les recherches des Nazis poursuivaient, et le monde, en les soumettant à un jugement moral, a considéré tant le but que ses moyens comme répréhensibles et les a condamnés. Sans hésiter, le monde reconnu que ce que les Nazis auraient pu faire et ce qu'ils avaient fait en matière de recherche, le monde l'appelait "atrocités." Et le monde décréta que ces choses n'auraient pas dû avoir été faites.

Sans l'assurance confiante qu'ils agissaient sous un certain nombre d'impératifs moraux qui transcendaient leurs propres nations et leur civilisation elle-même, les juges du tribunal militaire de Nuremberg n'auraient pas eu mandat pour agir comme juges et pour condamner les criminels et scientifiques Nazis. Ils n'ont pas non plus senti un besoin impératif de solliciter une opinion scientifique pour déterminer si les expérimentations sur des victimes vivantes avaient été conduites conformément au protocole médical et scientifique. Le problème n'a jamais été considéré comme relevant de la science, mais de la morale, ce sur quoi les scientifiques, parce que scientifiques, n'ont rien à exprimer.

Il est à regretter que de nos jours, les appels les plus vibrants en faveur de la recherche génétique proviennent de scientifiques et de leurs soutiens. Les voix
qui appellent au jugement moral – manquant du prestige et de l'aura dramatique si appréciés des media – sont soit ignorés soit n'ont pas d'audience. (L'article du Providence Journal est à cet égard une exception bienvenue). Un monde indifférent, impressionné par les perspectives enjôleuses présentées par les généticiens, et s'étant détaché de l'ancrage moral auquel tenait la génération passée pour à présent s'en remettre à des normes instables, réserve bon accueil à la perspective d'entrer dans ce meilleur des mondes [2] qui semble être une naissance. Le danger se situe dans cette navigation sur une mer inexplorée, en terrain inconnu, sans avoir de boussole morale. Sans avoir un tel guide, non seulement on est perdu, mais en plus on est plutôt ignorant du fait qu'on est perdu, et incapable – à moins d'un incident fortuit mais improbable – de pouvoir un jour retrouver le chemin du retour vers son chez soi.

En fait, le problème du "sans domicile moral fixe" – au sens moderne, qui flotte sur une mer de possibilités infinies, étant chacune de valeur morale égale, c'est-à-dire aucune n'étant interdite – cela rend vulnérable aux chants de sirènes des scientifiques, eux-mêmes à la dérive mais possédant une vision apparemment brillante, vision qui peut leur donner, pour un temps au moins, cette confortable illusion qu'ils ne sont pas du tout perdus ou à la dérive, voire qu'être à la dérive, c'est ça la vie, et qu'il vaut mieux ne pas se soucier de ces obsédantes et pernicieuses idées d'un "domicile moral." C'est à ce point-là que la science cesse d'être science, et devient scientisme – une philosophie chargée de valeur qui s'arroge pour elle-même l'autorité morale qu'elle décrie si elle est exercée hors de ses propres frontières. Et c'est précisément à cet endroit que la science cesse complètement d'être science et devient au contraire la nouvelle religion de l'époque, et ses hommes en tabliers blancs les prêtres et les prophètes du meilleur des mondes. Et qui, dans ce meilleur des mondes, sera capable de défier la moindre de ses oeuvres et le moindre de ses apparats? Car le seul principe qu'on y honore est que si quelque chose sait être fait, alors il doit être fait. Comme mme Borg le fait remarquer dans son article, la recherche génétique a même suborné les "bio-éthiciens... grassement payés pour leurs services... qui décrètent dès lors ce que vous souhaitez." Tout ça pour des principes moraux élevés qui transcendent nations et civilisations elles-mêmes!

Il y a une cinquantaine d'années, Clive Staples Lewis (1898-1963) écrivit un magnifique mais terrifiant roman à propos des dangers découlant d'hommes et femmes ordinaires confiant leur autorité morale à des scientifiques.
Dans "That Hideous Strength" ("Cette hideuse puissance"), Lewis décrit une tentative pour bâtir le meilleur des mondes par des moyens apparemment scientifiques. A la fin, le programme scientifique, qui n'est bien évidement supervisé par aucune autorité morale externe à lui-même, mais ne fonctionne que par rapport à ses propres impératifs scientifiques et sociaux, devient une force totalitaire et meurtrière. L'essentiel de son fonctionnement relevait de la recherche génétique. Cette nouvelle a été écrite il y a plus d'un demi-siècle, et cependant sa vision de la science transformée en scientisme est aussi actuelle et pertinente que les nouvelles de ce jour.

Pendant ce temps – que cela dure longtemps ou pas – les voix de moralistes non-rémunérés doivent se faire entendre, pour que se lèvent les doutes à propos de ces nouveaux vêtements que le très à la mode empereur de la science a déclaré être la garde-robe de l'avenir.

Dom James M. Deschene
Abbé de Christminster
Monastère Bénédictin au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières
http://www.christminster.org/
Providence, RI

notes de traduction
[1] C'est l'antique "vae victis", malheur aux vaincus.

[2] Dans le texte anglais d'origine, Dom James utilise ici l'expression "a brave new world" – c'est une référence explicite au titre du livre d'anticipation sociologico-scientifique et assez prophétique d'Aldous Huxley (1894-1963), qui justement abordait la génétique et les problèmes de société dès les années 1930, livre titré en français "le meilleur des mondes". Hélas, bien que brillant auteur, vivant dans un monde Occidental d'où on a arraché le Christ depuis mille ans, un monde vide de sens, Huxley sombrera dans les religions orientales et la drogue. Ce qui n'enlève en rien à son génie littéraire et à une vision assez claire de vers quoi nous nous dirigions, déjà à l'époque, et vers où nous fonçons carrément à présent. Voyez plutôt ce qu'il déclarait en 1961 à la California Medical School de San Francisco, alors qu'il était atteint d'un cancer de la gorge et à 2 ans de sa mort : "Il y aura dès la prochaine génération une méthode pharmaceutique pour faire aimer aux gens leur propre servitude, et créer une dictature sans larmes, pour ainsi dire, en réalisant des camps de concentration sans douleur pour des sociétés entières, de sorte que les gens se verront privés de leurs libertés, mais en ressentiront plutôt du plaisir." Et nous y sommes arrivés, malgré la mise en garde!


Quelques dessins de presse sur la bioéthique:
http://www.philippetastet.com/dessin.aspx?code=actualite-sciences

En matière de bio-éthique, un intéressant article est paru récemment, un évêque Serbe fort érudit donne le point de vue principal de l'Orthodoxie sur la transplantation et le don d'organes :
http://www.orthodoxie.com/2007/05/brivement_au_su.html

A (re)lire :

Euthanazie : tombe commune des victimes des précurseurs découverte en Allemagne

Bioéthique : arrêter la machine?
(quand tout semble physiquement perdu, que peut-on ou doit-on faire?)

Comment voulons-nous mourir? - testament de vie, éthique et spiritualité -
père Jean Breck (professeur en bioéthique), John Kapsalis (théologien), et le dernier sermon du père Alexander Schmemann (en phase terminale de cancer)

Euthanasie : compassion ou intérêt? (la Russie à contre-courant face à l'Occident "civilisé")


17 mai 2007

P. Florovsky : "Et Il est monté aux Cieux..."



"Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu" (Jean 20,17).

C'est par ces paroles que le Christ Ressuscité décrivit à Marie-Madeleine le mystère de Sa Résurrection. Elle avait à porter ce message mystérieux à Ses disciples, alors qu'ils étaient "plongés dans le deuil et les lamentations" (Marc 16,10). Les disciples écoutèrent ces bonnes nouvelles avec crainte et étonnement, avec doute et méfiance. Parmi les Onze, ce n'était pas seulement Thomas qui doutait. Au contraire, il semble bien qu'un seul des Onze ne doutait pas – saint Jean, "le disciple que Jésus aimait." Lui seul avait saisit d'une fois le mystère du tombeau vide : "et il vit, et il crut" (Jean 20,8). Même Pierre avait quitté le sépulcre dans l'étonnement, et il "s'en retourna chez lui, profondément surpris de l'événement" (Luc 24,12).

Les disciples ne s'attendaient pas à la Résurrection. Les femmes non plus d'ailleurs. Elles étaient toutes plutôt convaincues que Jésus était mort et reposait dans le tombeau, et venaient au lieu "où on L'avait déposé," avec les baumes qu'elles avaient préparés, "afin de L'oindre." Elles n'avaient qu'une seule chose à l'esprit : "qui nous roulera la pierre de devant le sépulcre?" (cf. Marc 16,1-3; Luc 24,1). Dès lors, ne trouvant pas le corps, Marie-Madeleine fondit en larmes et se plaignît : "On a emmené le corps de mon Seigneur et je ne sais pas où on L'a mis" (Jean 20,13). En entendant la bonne nouvelle de l'Ange, les femmes s'enfuirent du sépulcre, dans la crainte et le tremblement, "et elles ne dirent rien à personne, tant elles avaient peur" (Marc 16,8). Et lorsqu'elles finirent par en parler, nul ne voulu les croire, de la même manière que nul n'avait voulu croire Marie, qui avait vu le Seigneur, ou les disciples, alors qu'ils traversaient le pays (Marc 16,13) et qui L'avaient reconnu à la fraction du pain. "Enfin Il Se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table; et Il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas croire ceux qui L'avaient vu Ressuscité" (Marc 16,10-14).

D'où vient cette "dureté de coeur" et cette hésitation? Pourquoi donc leurs yeux étaient-ils si "fermés", pourquoi est-ce que les disciples étaient si effrayés par les nouvelles, et pourquoi est-ce que la joie de Pâques n'entra dans le coeur des Apôtres que si lentement, et avec tant de difficulté? Est-ce que ceux-là, qui étaient avec Lui depuis le début, "depuis le Baptême de Jean", n'avaient donc pas vu tous les signes de puissance qu'Il avait accomplis devant le peuple tout entier? Le paralytique marchait, l'aveugle voyait, le mort était ressuscité, et toutes les infirmités étaient guéries. N'avaient-ils pas vu, à peine une semaine auparavant, comment Il avait relevé Lazare de la mort, par Sa parole, Lazare qui était déjà dans le tombeau depuis 4 jours? Alors pourquoi donc est-ce que cela leur semblait si étranger que leur Maître soit Lui-même Ressuscité? Comment donc avaient-ils pu oublier ce que le Seigneur leur avait dit en tant d'occasions, qu'après souffrances et mort, Il Se relèverait le troisième jour?

Le mystère de "l'incroyance" des Apôtres est en partie dévoilé par le récit évangélique : "Nous avions l'espoir que ce serait lui qui restaurerait Israël", disaient avec désillusion et tristesse les 2 disciples à leur mystérieux Compagnon sur la route d'Emmaüs (Luc 24,21). Ils voulaient dire : Il a été trahi, condamné à mort et crucifié. Les nouvelles de la Résurrection que les femmes leur avaient apportées ne les avaient que "déconcertés." Ils attendaient encore un triomphe terrestre, une victoire externe. Cette même tentation dominait encore leurs coeurs, celle-là même qui les avait empêchés d'accepter la "prédication de la Croix" et les avait amené à récriminer à chaque fois que le Sauveur avait tenté de leur révéler Son mystère. "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi, pour entrer dans Sa gloire?" (Luc 24,26). Malgré ça, c'était encore difficile à comprendre.

Lui qui avait la puissance de Se relever, pourquoi avait-Il permit que tout cela puisse avoir lieu? Pourquoi avait-Il prit sur Lui-même la honte, le blasphème et les blessures? Aux yeux de tous à Jérusalem, au milieu de toutes ces foules rassemblées pour la Grande Fête, Il avait été condamné et avait souffert une mort honteuse. Et à présent, Il ne retournait pas dans la Ville Sainte, ni auprès des gens qui avaient regardé Sa mort honteuse, ni auprès des grands prêtres et anciens, ni auprès de Pilate – ce qui aurait pu les amener à se rendre compte de leur crime et leur faire ravaler leur fierté. Au lieu de ça, Il envoie Ses disciples dans la lointaine Galilée, et leur apparaît là-bas. Déjà bien auparavant, les disciples s'en étaient étonnes, "Seigneur, comment se fait-il que Tu Te feras connaître à nous, et non pas au monde?" (Jean 14,22). Leur étonnement continue, et même au jour de Sa glorieuse Ascension, les Apôtres interrogent le Seigneur : "Seigneur, est-ce maintenant que Tu vas restaurer le royaume d'Israël?" (Actes 1,6). Ils n'avaient toujours pas compris la signification de Sa Résurrection, ils ne comprenaient pas ce que voulait dire qu'Il allait "monter" auprès du Père. Leurs yeux allaient s'ouvrir, mais plus tard, lorsque la "promesse du Père" aurait été accomplie.

Dans l'Ascension se trouve la signification et la plénitude de la Résurrection du Christ.

Le Seigneur ne S'est pas relevé de la mort afin de revenir dans l'ordre charnel de la vie, comme pour revivre à nouveau et communier avec les disciples et les multitudes par le moyen de la prédication et de miracles. A présent, Il ne reste pas même avec eux, mais ne fait que leur "apparaître" pendant 40 jours, de temps en temps, et toujours d'une manière miraculeuse et mystérieuse. "A présent, Il n'était plus toujours avec eux, comme Il l'était avant la Résurrection", commente saint Jean Chrysostome. "Il vint, et redisparu, les menant à de plus hautes conceptions. Il ne leur permit plus de continuer avec leur ancienne forme de relation envers Lui, mais prit des mesures effectives pour obtenir ces 2 choses-ci : le fait que l'on croirait en Sa Résurrection, et que dorénavant on comprendrait toujours qu'Il était plus grand qu'un simple homme." Il y avait quelque chose de neuf et d'inhabituel dans Sa personne (cfr Jean 21,1-14). Comme le dit saint Jean Chrysostome, "ce n'était plus une présence ouverte, mais une sorte de témoignage du fait qu'Il était présent." C'est pourquoi les disciples étaient confus et effrayés. Le Christ ne S'était pas relevé de la même manière que ceux qui avaient été ramenés à la vie avant Lui. Leur résurrection n'était qu'une résurrection pour un temps donné, et ils étaient revenus à la vie dans le même corps, qui était soumis à la mort et à la pourriture – ils étaient revenus à leur mode de vie antérieur. Mais le Christ S'est relevé pour toujours, pour l'éternité. Il S'est relevé dans un corps de gloire, immortel et incorruptible. Il S'est relevé, ne meurt plus, car "Il a revêtu la chair mortelle de la splendeur de l'incorruptibilité." Son Corps glorifié était déjà exempt de l'ordre charnel d'existence. "Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans le mépris, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite vigoureux; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel" (1 Co 15, 42-44). Cette mystérieuse transformation des corps humains, dont saint Paul parlait dans le cas de notre Seigneur, avait été accomplie en 3 jours. L'oeuvre du Christ sur terre était achevée. Il avait souffert, était mort et enseveli, et à présent relevé dans un mode d'existence supérieur. Par Sa Résurrection, Il abolissait et détruisait la mort, abolissait la loi de la corruption, "et relevait avec Lui-même la race d'Adam toute entière." Le Christ était Ressuscité, et à présent "il n'y avait plus de mort dans la tombe" (cfr le traditionnel sermon de Pâques, attribué à saint Jean Chrysostome). Et à présent, Il montait vers le Père, et cependant, Il "ne partait pas", mais demeure avec les fidèles à jamais (cfr le Kondakion de l'Ascension). Car Il élève la terre toute entière avec Lui au Ciel, et même plus haut que n'importe quel ciel. La puissance de Dieu, comme le dit saint Jean Chrysostome, "ne Se manifeste pas seulement dans la Résurrection, mais dans quelque chose de bien plus fort." Car "le Seigneur fut enlevé au Ciel, et S'en alla siéger à la droite de Dieu" (Marc 16,19).

Et avec le Christ, la nature de l'homme est aussi élevée.

"Nous qui semblions indignes de la terre, nous voilà à présent élevés aux cieux," dit saint Jean Chrysostome. "Nous qui étions indignes de régner sur la terre, nous avons été élevés au Royaume céleste, nous sommes montés plus haut que le ciel, nous sommes venus pour occuper le trône du Roi, et cette même nature que les Anges empêchaient de revenir au Paradis, ne fut pas arrêtée jusqu'à ce qu'elle parvienne au trône du Seigneur." Par Son Ascension, le Seigneur n'a pas seulement ouvert à l'homme l'entrée du Ciel, n'est pas seulement apparu devant la face de Dieu pour nous et pour notre bien, mais a également "transféré l'homme" dans les hauts lieux. "Il a honoré ceux qu'Il aime en les plaçant au plus près du Père." Dieu nous a fait bouger et nous a relevés avec le Christ, comme dit saint Paul, "et nous a fait prendre place aux Cieux dans le Christ Jésus" (Ephés. 2,6). Le Ciel a reçut les habitants de la terre. "Les premiers fruits de ceux qui étaient endormis" sont à présent en haut, et en Lui toute la Création est récapitulée et rassemblée. "La terre se réjouit dans le mystère, et les cieux sont remplis d'allégresse."

"La terrible ascension.."
Frappés de terreur et tremblant, les armées angéliques se tiennent à contempler l'Ascension du Christ. Et en tremblant, ils se demandent les uns les autres : "quelle est cette vision? Qui est celui qui ressemble à un homme et qui monte en Son corps plus haut que les cieux, tel Dieu?"

C'est en ce langage poétique que l'Office de la Fête de l'Ascension dépeint le mystère. Comme au jour de la Nativité du Christ, où la terre était surprise en contemplant Dieu dans la chair, à présent les Cieux tremblent et s'exclament "Le Seigneur des Armées angéliques, Qui règne sur tout, Qui est Lui-même la tête de tout, Qui domine en toutes choses, Qui a réinstauré la Création en son ordre antérieur – c'est Lui le Roi de Gloire." Et les portes célestes sont ouvertes : "Ouvrez-vous, portes éternelles, et recevez Dieu dans la chair." C'est une allusion ouverte au Psaume 23,7-10, interprété prophétiquement. "Portes, ouvrez vos vantaux, ouvrez-vous, portails antiques, afin que puisse entrer le roi de gloire! Qui est ce roi de gloire? - C'est le Seigneur, héros valeureux..." Saint Jean Chrysostome dit "à présent les Anges ont reçut ce pour quoi ils attendaient depuis longtemps, les Archanges ont vu ce après quoi ils aspiraient depuis si longtemps. Ils ont vu notre nature brillant sur le trône du Roi, scintillante de gloire et de beauté éternelle.. Dès lors ils montent afin de contempler la vision inhabituelle et merveilleuse : l'homme apparaissant au Ciel."


Ascension, enluminure de la premiere Bible de Charles-le-ChauveLe Christ en majesté entouré des quatre évangélistes
et des prophètes Isaïe, Ezechiel, Daniel et Jérémie

Première Bible de Charles le Chauve, Tours, France, 9ème siècle
Folio 329v


L'Ascension est la marque annonçant la Pentecôte, le signe de sa venue.
"Le Seigneur est monté au Ciel et va envoyer le Consolateur au monde."

Car le Saint Esprit n'était pas encore dans le monde, tant que Jésus n'avait pas été glorifié. Et le Seigneur Lui-même avait dit aux disciples, "Si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous" (Jean 16,7). Les dons de l'Esprit sont "dons de réconciliation", c'est le sceau du Salut accomplit et de la réunion finale du monde avec Dieu. Et cela ne fut accomplit que dans l'Ascension. "Et l'on vit les miracles suivre les miracles", dit saint Jean Chrysostome, "dix jours auparavant cela, notre nature montait sur le trône du Roi, alors qu'aujourd'hui, le Saint Esprit est descendu sur notre nature." La joie de l'Ascension réside dans la promesse de l'Esprit. "Tu as donné la joie à Tes disciples par la promesse du Saint Esprit." La victoire du Christ est accomplie en nous par la puissance du Saint Esprit.

"Là haut se trouve Son corps, ici en bas avec nous est Son Esprit. Et dès lors, nous avons Son gage en haut, c'est Son corps, qu'Il a reçu de nous, et ici en bas nous avons Son Esprit avec nous. Les Cieux ont reçu le Saint Corps, et la terre a accepté le Saint Esprit. Le Christ est venu et a envoyé l'Esprit. Il est monté, et avec Lui, notre corps est aussi monté" (Saint Jean Chrysostome). La révélation de la Sainte Trinité était accomplie. A présent l'Esprit Consolateur est répandu sur toute chair. "C’est de là que tout provient : la prévision de l’avenir, l’intelligence des mystères, la compréhension des choses cachées, la distribution des charismes, la participation à la vie du Ciel, le chant en choeur avec les Anges, la joie sans fin, la demeure permanente en Dieu,la ressemblance avec Dieu, enfin le suprême bien désirable: 'devenir Dieu '." (Saint Basile, Traité du Saint Esprit, IX). Commençant avec les Apôtres, et à travers la communion avec eux – par une succession ininterrompue- la Grâce est répandue sur tous les fidèles. Par le renouvellement et la glorification dans le Christ Exalté, la nature humaine devint réceptive à l'Esprit. "Au monde, Il donne les forces d'éveil à travers Son corps humain," dit l'évêque saint Théophane le Reclus. "Il le tient complètement en Lui-même et l'imprègne de Sa force, de Lui-même; et de la même manière Il attire les Anges à Lui par l'esprit de l'homme, leur donnant l'espace pour agir et les bénissant de la sorte." Tout ceci est fait à travers l'Église, qui est "le Corps du Christ"; c'est à dire, Sa "plénitude" (Ephésiens 1,23). "L'Église est l'accomplissement du Christ," continue l'évêque Théophane, "on peut dire que c'est de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. Car ce qui est contenu dans la graine sous une forme concentrée reçoit son développement dans l'arbre."

L'existence même de l'Église est le fruit de l'Ascension. C'est dans l'Église que la nature de l'homme est vraiment élevée vers les divines hauteurs. "Il a tout mis à Ses pieds, Il L'a donné, par-dessus tout, comme Tête à l'Église" (Ephésiens 1,22). Saint Jean Chrysostome commente : "Surprenant! Regardez à nouveau, comment Il a élevé l'Église. Comme si Il l'élevait à l'aide d'une machine, Il l'a élevée à une haute place, et l'a placée sur le trône là-haut; car là où se trouve la Tête, là est aussi le corps. Il n'y a pas d'espace de séparation entre la Tête et le corps; car s'il devait y avoir une séparation, alors l'un ne serait plus un corps, ni l'autre ne serait la Tête." Toute l'humanité doit suivre le Christ, jusqu'en Son ultime exaltation, "pour suivre Son sillage." Au sein de l'Église, par l'acquisition de l'Esprit dans la communion des Sacrements, l'Ascension continue, et continuera jusqu'à ce que la mesure soit pleine. "La Tête ne sera comblée que lorsque le corps aura été rendu parfait, quand nous sommes tous soudés les uns aux autres et réunis," conclut saint Jean Chrysostome.

L'Ascension est un signe et un gage de la Seconde Venue.
"Ce Jésus qui vient de vous être enlevé vers le ciel, en reviendra de la même manière que vous L'y avez vu monter" (Actes 1,11).

Le mystère de la Providence de Dieu sera accomplit dans le Retour du Seigneur Ressuscité. Dans l'achèvement des temps, la puissance royale du Christ sera révélée et répandue sur toute l'humanité fidèle. Le Christ transmet le Royaume à tous les fidèles. "Et c'est pourquoi Je dispose en votre faveur du Royaume, comme Mon Père en a disposé en Ma faveur; vous pourrez ainsi manger et boire à Ma table dans Mon royaume et siéger sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël" (Luc 22,29-30). Ceux qui L'auront fidèlement suivit siégeront avec Lui sur leurs trônes au Jour de Sa Venue. "Au vainqueur J'accorderai de siéger à Mes côtés sur Mon trône, comme Moi-même après Ma victoire J'ai pris place auprès de Mon Père sur Son trône" (Apoc. 3,21). Le Salut sera parfait dans la Gloire. "Imaginez-vous le trône, le trône royal, imaginez l'immensité du privilège. Ceci, pour autant que nous en faisions le choix, pourrait être bien plus à même de nous effarer, oui, même plus que l'Hadès" (Saint Jean Chrysostome).

Nous devrions trembler bien plus à la pensée de cette abondante Gloire qui est prévue pour les rachetés, qu'à la pensée des ténèbres éternelles. "Penses un instant près de Qui se trouve ta tête.." Ou plutôt, Qui est la Tête. En vérité, "Ta divine Ascension de la montagne est merveilleuse et terrible, O Donateur de Vie." Et le trône du Roi se trouve à une hauteur terrible et merveilleuse. Face à cette hauteur, toute chair fait silence, se tenant dans la crainte et le tremblement. "Il descendit Lui-même aux tréfonds de l'humiliation, et éleva l'homme à la hauteur de l'exaltation."

Dès lors, que devrions-nous faire? "Si vous êtes le corps du Christ, portez la Croix, car Il l'a portée" (Saint Jean Chrysostome).

"Par la puissance de Ta Croix, O Christ, affermis mes pensées, de sorte que je puisse chanter et glorifier Ta salvatrice Ascension."


Article original : St Vladimir's Seminary Quarterly, Vol. 2 # 3, 1954.
Republié dans OCA/Lives of Saints

Archiprêtre George Florovsky

*-*-*-*-*-*-*
Biographie résumée :
Odessa, 1893 - Princeton, 1979
Théologien Russe. Exilé en France, il a enseigné à l'Institut Saint-Serge à Paris (1926-1948), à Harvard (1955-1964) et à Princeton (1964-1979). A oeuvré à l'ouverture à l'Occident de la théologie Orthodoxe. Parmi ses ouvrages, "La voie de la théologie russe" (1937)

Saint Philarète de Moscou : Homélie pour la fête de l'Ascension de notre Seigneur et de l'invention des reliques du saint évêque Alexis (Prononcée à l’église du monastère des Miracles, le 20 mai 1854)


Ascension & Psaume 20: oraison du Breviarum Gothicum


Oraison (Prière de collecte) sur le 2ème Psaume des Matines de l'Ascension (Ps 20,4)

Breviarum gothicum secundum regulam Beatissimi Isidori Archiepiscopi Hispalensis, col. 204

"quoniam praevenies eum benedictionibus bonitatis"
Domine, qui nos praevenire dignatus es gratia redemptionis:
praeveni item in benedictione dulcedinis;
ut, qui vitam temporalem cunctis mortalibus tribuis,
vitam penitus aeternam nobis omnibus largiaris.


"Tu l'as prévenu de bénédictions bienfaisantes"
Seigneur, qui as daigné nous prévenir par la grâce de la Rédemption,
préviens-nous encore par une bénédiction bienfaisante:
Toi qui accordes à tous les mortels la vie passagère,
daigne nous accorder à tous la vie vraiment éternelle.


"La grâce de Dieu devient plus admirable lorsque les hommes ayant vu disparaître ce qui leur inspirait de l'adoration, leur foi n'a pas connu le doute, leur espérance n'a pas été ébranlée, leur charité ne s'est pas refroidie."
Saint Léon le Grand, Homélie pour l'Ascension, 2,1

Cantique de l'Ascension, par Saint Hervé (6ème siècle):
lascension-notre-futur-cheminement.html



Fête de l'Ascension dans le Rite Orthodoxe Occidental (EORHF)

Matines
Psaumes 8 & 20
2 Rois 2,1-15
Ephésiens 2, 1-16

COLLECTE POUR L'ASCENSION (priée tout au long de l'Octave de l'Ascension)
O Dieu Tout-puissant, nous Te supplions de nous accorder Ta grâce, à nous qui croyons que Ton Fils unique Jésus-Christ, notre Seigneur, est monté aux Cieux, d’y monter aussi coeur et âme, et de demeurer continuellement avec Lui, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Liturgie :
Épître: Actes d'Apôtres 1,1-11
Évangile : saint Marc 16,14-20
Enfin il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas croire ceux qui l'avaient vu ressuscité. Puis il leur dit: "Allez par tout le monde, prêchez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et se fera baptiser sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: ils chasseront les démons en mon nom, parleront des langues nouvelles; ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux infirmes, qui s'en trouveront guéris." Après leur avoir parlé, le Seigneur fut enlevé au ciel, et s'en alla siéger à la droite de Dieu. Les disciples s'en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait leur parole en l'accompagnant de miracles.


HOMÉLIE POUR L'ASCENSION
Homélie 29 de saint Grégoire le Grand sur les Évangiles
source traduction
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le jour de l'Ascension

Le retard qu'ont mis les disciples à croire en la Résurrection du Seigneur n'a pas tant été de leur part une infirmité que pour nous, si j'ose dire, le gage de notre future fermeté. En effet, à cause de leur doute, cette Résurrection a été démontrée par des preuves nombreuses; et découvrant ces preuves à la lecture, c'est par les doutes mêmes des disciples que nous sommes affermis. Marie-Madeleine, qui a cru plus vite, m'a été moins utile que Thomas, qui a douté longtemps. Car lui, dans son doute, a touché les cicatrices des plaies, ôtant ainsi de notre coeur la plaie du doute.

Pour mieux nous persuader que le Seigneur est vraiment ressuscité, il nous faut noter ce que Luc rapporte : "Comme Il était à table avec eux, Il leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem" (Ac 1,4). Et un peu après : "Tandis qu'ils Le regardaient, Il fut élevé, et une nuée Le déroba à leurs yeux" (Ac 1, 9). Observez ces paroles, remarquez bien le mystère : "Comme Il était à table avec eux, Il fut élevé." Il mange et Il monte : Il Se nourrit pour faire connaître qu'Il a une chair véritable.

Quant à Marc, il rappelle qu'avant de monter au Ciel, le Seigneur a repris Ses disciples pour leur dureté de coeur et leur incrédulité. Nous devons considérer ici que si le Seigneur a choisi, pour réprimander Ses disciples, le moment où Il les quittait corporellement, c'est afin de graver plus profondément dans le coeur de Ses auditeurs les paroles qu'Il prononçait en partant.

Ecoutons ce qu'Il demande aux disciples après leur avoir reproché leur dureté : "Allez dans le monde entier; prêchez l'Évangile à toute créature."

2. Fallait-il donc, mes frères, prêcher le Saint Évangile à des objets inanimés, ou à des animaux sans raison, pour que le Seigneur dise ainsi à Ses disciples : "Prêchez à toute créature." Non, bien sûr! C'est l'homme qu'on désigne par l'expression "toute créature." Car si les pierres existent, elles ne vivent pourtant pas, et elles n'ont pas de sensations. Si les herbes et les arbres existent, s'ils vivent même, ils n'ont cependant pas de sensations; ils vivent, dis-je, non par un souffle animal, mais par une force végétale, puisque Paul affirme : "Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie s'il ne meurt auparavant" (1 Co 1536). Ce qui meurt pour reprendre vie, vit donc. Ainsi, les pierres existent, mais elles ne vivent pas. Les arbres existent, ils vivent, mais ils n'ont pas de sensations; les animaux sans raison existent, ils vivent, ils ont des sensations, mais ils ne peuvent juger. Les Anges, eux, existent, ils vivent, ils ont des sensations et ils peuvent juger. Or l'homme possède en lui quelque chose de chacune de ces créatures : être lui est commun avec les pierres, vivre avec les arbres, avoir des sensations avec les animaux, comprendre avec les Anges. Si donc l'homme a quelque chose de commun avec toute créature, il est en quelque manière toute créature. Par conséquent, prêcher l'Évangile au seul homme, c'est le prêcher à toute créature, puisque c'est l'enseigner à celui pour qui tout sur terre a été créé, et à qui rien de ce qui existe n'est étranger, du fait qu'il présente quelque similitude avec tout le reste.

L'expression "toute créature" peut aussi désigner toutes les nations païennes. En effet, si le Seigneur avait commencé par dire : "N'allez pas vers les païens" (Mt 10,5), Il ordonne maintenant: "Prêchez à toute créature." La prédication des Apôtres, que les Juifs avaient d'abord repoussée, nous est ainsi venue en aide, dès lors que ces orgueilleux, en la rejetant, ont témoigné de leur damnation. Et quand le Christ, qui est la Vérité, envoie les disciples prêcher, Il ne fait rien d'autre que d'y répandre la semence dans le monde. Il n'envoie que quelques graines en semences, pour recueillir en retour les fruits de moissons abondantes issus de notre foi. Car une si grande moisson de fidèles n'aurait pu lever sur le monde entier, si la main du Seigneur n'avait fait venir, sur la terre des intelligences, ces graines de choix que sèment les prédicateurs.

3. Le texte poursuit : "Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné." Peut-être chacun se dit-il en lui-même : "Moi, maintenant, j'ai cru, et donc je serai sauvé." Il dit vrai, si sa foi inclut les oeuvres. Car une foi véritable exige qu'on ne contredise pas dans sa conduite ce qu'on affirme par ses paroles. C'est pourquoi Paul déclare à propos de certains faux fidèles : "Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes" (Tt 1,16). Et Jean : "Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur" (1 Jn 2,4). Puisqu'il en est ainsi, c'est en examinant notre vie que nous devons vérifier la vérité de notre foi. En effet, nous ne sommes vraiment croyants que si nous accomplissons en nos oeuvres ce que nous promettons en nos paroles. Le jour de notre Baptême, nous avons promis de renoncer à toutes les oeuvres et à toutes les séductions de l'antique ennemi. Que chacun d'entre vous se considère donc lui-même avec les yeux de l'esprit : si après le Baptême, il garde ce qu'il avait promis avant le baptême, qu'il soit certain d'être un vrai croyant, et qu'il se réjouisse. Mais s'il est tombé en commettant de mauvaises actions ou en désirant les séductions de ce monde, il n'a pas gardé ce qu'il avait promis. Voyons s'il sait pleurer maintenant ses égarements. Car devant le Juge miséricordieux, celui qui revient à la vérité ne passe pas pour un menteur, même après avoir menti : le Dieu tout-puissant, en recevant volontiers notre pénitence, couvre Lui-même nos égarements par Sa sentence.

4. Le texte poursuit : "Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en Mon Nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris." Cela, mes frères, vous ne le faites pas; est-ce à dire que vous ne croyez pas ? Non, bien sûr ! Ces signes ont été nécessaires au début de l'Église. La Foi, pour croître, devait alors en être nourrie. Nous aussi, quand nous plantons des arbres, nous leur versons de l'eau jusqu'à ce que nous ayons constaté qu'ils ont repris; mais une fois leurs racines fixées en terre, nous cessons de les arroser. D'où le mot de Paul : "Les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les incroyants" (1 Co 14,22).

A propos de ces signes et de ces manifestations, il nous reste quelque chose à considérer de plus près : c'est que la sainte Église opère spirituellement chaque jour ce qu'elle opérait corporellement par les Apôtres en leur temps. En effet, que font les prêtres de l'Eglise quand ils exorcisent les fidèles en leur imposant les mains, et qu'ils interdisent aux esprits malins d'habiter dans leur âme? Que font-ils, sinon chasser les démons? Et que font les fidèles lorsque délaissant les paroles mondaines de leur vie passée, ils proclament les saints mystères et chantent tant qu'ils peuvent les louanges et la puissance de leur Créateur? Que font-ils, sinon parler de nouvelles langues? Et ne prennent-ils pas en main des serpents quand ils enlèvent le mal du coeur des autres en les exhortant au bien? Et lorsqu'ils entendent des conseils empoisonnés sans se laisser pourtant entraîner à de mauvaises actions, n'est-ce pas là boire un breuvage mortel, mais sans qu'il leur fasse de mal? Et que font les hommes qui, dès qu'ils voient leur prochain faiblir dans l'accomplissement des bonnes actions, volent à son secours de toutes leurs forces, et raffermissent par l'exemple de leurs oeuvres la vie de ceux dont le comportement devenait chancelant? Que font-ils, sinon imposer les mains sur les malades pour qu'ils soient guéris?

Ces miracles sont d'ailleurs d'autant plus grands qu'ils sont spirituels, d'autant plus grands que ce ne sont pas des corps, mais des âmes qu'ils régénèrent. Et ces signes-là, frères très chers, vous-mêmes, en vous plaçant sous la gouverne de Dieu, vous pouvez les accomplir si vous le voulez. Les signes extérieurs ne peuvent obtenir la vie à ceux qui les opèrent. Car si ces miracles corporels manifestent parfois la sainteté, ils ne la font pas exister. Au contraire, les miracles spirituels, qui se réalisent dans l'âme, ne manifestent pas au-dehors la vertu de notre vie, mais ils font exister cette vertu. Si même des gens mauvais sont capables des premiers, seuls les bons peuvent jouir du fruit des seconds. D'où ce mot de la Vérité à propos de certains hommes : "Beaucoup Me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en Ton Nom que nous avons prophétisé, en Ton Nom que nous avons chassé les démons, et en Ton Nom que nous avons fait beaucoup de miracles? Alors Je leur affirmerai avec assurance : Je ne vous connais pas; éloignez-vous de Moi, artisans d'iniquité" (Mt 7,22-23). N'aimez donc pas, frères très chers, ces signes que les réprouvés peuvent eux aussi réaliser. Mais aimez ceux dont nous venons de parler, les miracles de charité et de piété, qui sont d'autant plus sûrs qu'ils sont cachés, et d'autant mieux récompensés du Seigneur qu'ils sont moins glorifiés des hommes.

5. Le texte poursuit : "Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s'éleva au ciel; et Il siège à la droite de Dieu." Nous savons par l'Ancien Testament qu'Élie a été ravi au Ciel (cf. 2 R 2,11). Mais outre le ciel aérien, il y a le Ciel éthéré. Le ciel aérien est proche de la terre : ainsi, nous parlons des oiseaux du ciel, parce que nous les voyons voler dans les airs. Or c'est dans ce ciel aérien qu'Élie a été élevé pour être conduit soudainement dans une région secrète de la terre, où il vit dans un grand repos de la chair et de l'esprit jusqu'à ce qu'il revienne à la fin du monde et acquitte sa dette envers la mort. S'il a en effet remis sa mort à plus tard, il n'y a pas échappé. Notre Rédempteur, au contraire, n'ayant pas remis Sa mort à plus tard, en a été vainqueur; Il a détruit la mort en ressuscitant, et manifesté la gloire de Sa Résurrection en montant au ciel. Il faut encore noter qu'Elie, d'après ce que nous lisons, est monté au ciel dans un char : cela montrait bien que n'étant qu'un homme, il avait besoin d'une aide extérieure. Ces secours et les signes qui nous les révèlent sont le fait des Anges : Élie, appesanti qu'il était par la faiblesse de sa nature, ne pouvait monter par lui-même au ciel, fût-ce le ciel aérien. Quant à notre Rédempteur, on ne lit pas qu'Il fut élevé par un char ou par les Anges : Celui qui avait tout créé n'avait besoin que de Sa propre puissance pour Se voir porté au-dessus de tout. Il S'en retournait là où Il était déjà; Il S'en revenait de là où Il demeurait, puisque lors même qu'Il montait au ciel par Son humanité, Il contenait à la fois la terre et le Ciel par Sa divinité.

6. De même que Joseph, vendu par ses frères, a figuré la vente de notre Rédempteur, Enoch, transporté (cf. Gn 5,24), et Élie, élevé au ciel aérien, ont symbolisé l'Ascension du Seigneur. Ainsi, le Seigneur eut des précurseurs et des témoins de Son Ascension, l'un avant la Loi, l'autre sous la Loi, pour que vînt un jour Celui qui serait capable de pénétrer vraiment dans les cieux. D'où l'ordre qui existe entre l'élévation du premier et celle du second, lesquelles se distinguent par une certaine gradation. Car on nous rapporte qu'Enoch fut transporté, et Élie élevé au ciel, pour que vînt ensuite Celui qui, sans être ni transporté ni élevé, pénétrerait dans le Ciel éthéré par Sa propre puissance. Par le transfert de ces 2 serviteurs qui symbolisaient Son Ascension, puis en montant Lui-même au Ciel, le Seigneur a voulu aussi manifester qu'Il allait nous accorder, à nous qui croyons en Lui, la pureté de la chair, et faire croître par Son aide la vertu de chasteté à mesure que les temps se développeraient. Enoch eut en effet une épouse et des fils. Par contre, on ne lit nulle part qu'Élie ait eu une épouse et des fils. Mesurez donc par quels degrés la sainte pureté s'est accrue, d'après ce que ces serviteurs transportés et le Seigneur en personne dans Son Ascension nous font voir clairement : Enoch, qui fut engendré par une union charnelle, et qui engendra de la même manière, fut transporté; Élie, qui fut engendré par une union charnelle, mais qui n'engendra pas lui-même de cette façon, fut enlevé; quant au Seigneur, qui n'engendra pas ni ne fut engendré par une union charnelle, Il S'éleva au Ciel [par Sa propre puissance].

7. Il nous faut aussi considérer pourquoi Marc affirme : "Il siège à la droite de Dieu", alors qu'Etienne dit : "Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu" (Ac 7,56). Pourquoi Etienne assure-t-il le voir debout, alors que Marc le voit assis? Mais vous le savez, mes frères : siéger convient à celui qui juge, se tenir debout, à celui qui combat ou qui vient au secours. Puisque notre Rédempteur, élevé au Ciel, juge dès à présent toutes choses, et qu'à la fin des temps Il viendra en Juge universel, Marc nous Le représente siégeant après Son élévation, puisqu'au terme, après avoir été glorifié en Son Ascension, Il apparaîtra en Juge. Etienne, lui, en proie aux souffrances du combat, vit debout Celui Qui le soutenait : pour qu'il pût triompher de l'incroyance de ses persécuteurs sur la terre, Dieu combattit pour lui du haut du Ciel en le secondant de Sa grâce.

8. Le texte poursuit : "Pour eux, ils s'en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l'accompagnaient." Que devons-nous considérer en cela, que devons-nous en confier à notre mémoire, sinon que l'ordre du Seigneur fut suivi d'obéissance, et l'obéissance de miracles ?
Mais puisque Dieu nous a guidé pour parcourir avec vous ce passage d'Évangile en l'expliquant brièvement, il ne nous reste plus qu'à vous faire part de quelques considérations sur la grande solennité [d'aujourd'hui].

9. Il faut d'abord nous demander pourquoi nous ne lisons pas [dans l'Évangile] que les Anges apparus après la naissance du Seigneur se fussent montrés vêtus de blanc, alors que nous le lisons de ceux envoyés lors de Son Ascension, comme le dit l'Ecriture : "Tandis qu'ils Le regardaient, Il fut élevé, et une nuée Le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'éloignait, voici que 2 hommes parurent auprès d'eux, vêtus de blanc" (Ac 1,9-10). Les vêtements blancs manifestent au-dehors la joie et la fête de l'esprit. Pourquoi donc les Anges n'apparurent-ils pas vêtus de blanc après la naissance du Seigneur, mais vêtus de blanc lors de Son Ascension, sinon parce que l'entrée au Ciel du Dieu fait homme a constitué pour les Anges une grande fête? Si par la naissance du Seigneur, la divinité semblait abaissée, par Son Ascension, l'humanité a été glorifiée. Or des vêtements blancs conviennent mieux à une glorification qu'à un abaissement. Les Anges devaient donc se montrer vêtus de blanc au moment où le Seigneur montait [au Ciel], puisque celui qui dans Sa naissance était apparu comme un Dieu abaissé Se manifestait dans Son Ascension comme un homme glorieusement élevé.

10. Mais en cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd'hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : "Tu es terre, et dans la terre tu iras" (Gn 3,19), est aujourd'hui montée au Ciel. C'est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d'une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l'Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : "Il n'a pas reconnu la route de l'oiseau" (Jb 28,7). C'est à juste titre que le Seigneur a été appelé "oiseau", puisque Son corps de chair S'est élancé vers l'éther. Celui qui n'a pas cru à l'Ascension du Seigneur au Ciel n'a pas reconnu la route de cet oiseau.

C'est de la fête d'aujourd'hui que le psalmiste affirme : "Ta magnificence S'est élevée au-dessus des cieux" (Ps 8,2). Et encore : "Dieu est monté au milieu d'une grande joie, le Seigneur au son de la trompette" (Ps 47,6). Et enfin : "Montant sur les hauteurs, Il a emmené en captivité notre nature captive; Il a offert des dons aux hommes" (Ps 68,19). Oui, montant sur les hauteurs, Il a emmené en captivité notre nature captive, puisqu'Il a détruit notre corruption par la puissance de Son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l'Esprit, Il a accordé à l'un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d'opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l'interprétation de la parole (cf. 1 Co 12,8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.

C'est aussi de cette glorieuse Ascension que [le prophète] Habacuc a dit : "Le soleil s'est élevé, et la lune s'est maintenue à sa place" (Ha 3,11, d'après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l'Église? Tant que le Seigneur ne s'était pas encore élevé dans les cieux, Sa sainte Église était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu'après avoir été fortifiée par Son Ascension, elle s'est mise à prêcher ouvertement ce qu'elle avait cru en secret. Le soleil s'est donc élevé, et la lune s'est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l'autorité de la prédication de Sa sainte Église s'en est accrue d'autant.

Au sujet encore de l'Ascension, Salomon prête à cette Église la parole suivante : "Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines" (Cant 2,8). Considérant les points saillants des grandes oeuvres du Seigneur, l'Église dit : "Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes." Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers ? Du Ciel Il est venu dans le sein [de la Vierge], du sein [de la Vierge] dans la crèche, de la crèche sur la Croix, de la Croix au sépulcre, et du sépulcre Il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car "le Seigneur s'est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie" (Ps 19,6), afin que nous puissions lui dire de tout notre coeur : "Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l'odeur de tes parfums" (Cant 1, 4).

11. Il nous faut donc, frères très chers, suivre le Seigneur par le coeur là où nous croyons qu'Il est monté par le corps. Fuyons les désirs terrestres, et que rien parmi les choses d'ici-bas ne puisse désormais nous séduire, nous qui avons un Père dans les Cieux. Considérons bien que Celui qui S'est élevé au Ciel tout pacifique sera terrible lors de son retour, et que tout ce qu'Il nous a commandé avec douceur, Il l'exigera alors avec rigueur. Faisons donc tous grand cas du temps qui nous est accordé pour faire pénitence; prenons soin de notre âme tant que c'est possible. Car notre Rédempteur reviendra nous juger d'autant plus sévèrement qu'Il Se sera montré plus patient avant le Jugement.

Souciez-vous donc de ces choses, mes frères, et ressassez-les en toute sincérité. Bien que votre âme soit encore ballottée par le remous des affaires, jetez pourtant dès maintenant l'ancre de votre espérance dans la patrie éternelle; affermissez l'orientation de votre esprit dans la vraie Lumière. Le Seigneur est monté au Ciel, ainsi que nous venons de l'entendre; méditons donc sans cesse ce que nous croyons. Et si nous sommes encore retenus ici-bas par l'infirmité de notre corps, suivons cependant notre Dieu à pas d'amour. Jésus-Christ notre Seigneur, qui nous a donné un tel désir, ne le laissera pas sans réponse, Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Dieu le Père dans l'unité du saint Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Amen.
+ Grégoire, évêque et pape de Rome


16 mai 2007

Saint Brendan, l'abbé Orthodoxe qui implanta l'Église en Amérique au 6ème siècle – l'évangélisation du Grand Nord

Craggaunowen, photo du Brendan, reconstitution par Tim Severin du bateau de Saint Brendan le Navigateur, photo copyright JMD 9 aout 2005

Et depuis lors, les missionnaires Orthodoxes ne cesseront de s'y rendre. Cependant, après le Schisme, l'Amérique devra attendre plusieurs siècles et les
missions des Russes en Alaska, pour que l'Église du Christ puisse revenir prendre pied sur ces terres-là. Cela culminera avec les grands saints tels que saint Tikhon (futur patriarche-martyr, qui demandera prophétiquement la réinstauration du Rite Orthodoxe Occidental au Saint-Synode de Russie), saint Raphaël de Brooklyn (qui aidera saint Tikhon, aussi pour le Rite Occidental), saint Pierre l'Aléoute, saint Juvénal, etc, quantité de grands saints et de martyrs aussi. Pour aujourd'hui, où nous fêtons saint Brendan, nous regarderons sa "geste" ainsi que celle de ses successeurs, Erik le Rouge et ses Vikings.


Vie de Saint Brendan: iconographie, cartographie, hymnographie orthodoxe




Ou: Qui a réellement découvert l'Amérique?

Les cartes de l'époque de Christophe Colomb mentionnaient souvent une île appelée Île de Saint-Brendan, qui était positionnée dans l'ouest de l'océan Atlantique. Les cartographes de l'époque n'avait pas la moindre idée de sa position exacte, mais croyaient qu'elle existait quelque part à l'ouest de l'Europe. Elle était mentionnée dans un texte latin datant du 9ème siècle, titré "Navigatio Santi Brendani Abatis" (le Voyage de l'abbé Saint Brendan). Il décrivait le voyage ayant eu lieu au 6ème siècle. Plusieurs copies de ce texte ont survécu dans des monastères dans toute l'Europe. C'était une partie importante du folklore dans l'Europe médiévale et a pu avoir influencé Christophe Colomb.

Les historiens rapportent que Brendan est né vers 484 près de Tralee, dans le Comté de Kerry. Il a été ordonné par l'évêque Erc et navigua à travers le nord-ouest de l'Europe, répandant la Foi Chrétienne et fondant des monastères, le plus grand étant à Clonfert, Comté de Galway, où il sera enterré en 577, décédé à l'âge de 93 ans.

Le récit du voyage de Brendan contient une description détaillée de la construction de son bateau, qui n'était pas différente de celle des coracles (currachs) encore construits de nos jours dans le Comté du Kerry. Les sceptiques ne pouvaient pas admettre qu'une embarcation apparemment aussi fragile puisse naviguer en haute mer. Plusieurs passages du texte semblaient aussi incroyables, légendaires – ils avaient été "soulevés sur le dos de monstres marins", ils avaient "traversé des cristaux qui s'élevaient vers les cieux", et avaient été "bombardés avec des rochers en flammes et en fumées par des habitants d'une grande île se trouvant sur leur route." Pour finir, ils étaient parvenus à une magnifique terre qu'ils avaient appelée "Terre Promise des Saints." Ils l'avaient explorée jusqu'à ce qu'ils parviennent à une grande rivière (ou fleuve? Ndt) qui partageait le pays en deux. Le voyage de Brendan et de ses moines avait duré 7 ans. Le voyage du retour avait probablement été la partie la plus longue de l'odyssée.

En 1976, Tim Severin, un érudit Britannique spécialisé en navigation embarqua à Brandon Creek dans la péninsule de Dingle (Irlande) sur un coracle qu'il avait construit en suivant à la lettre les détails donnés par Brendan. Son but était d'établir si le voyage de Brendan et de ses moines était possible. Ils tannèrent des peaux de vache avec de l'écorce de chêne, les tendirent sur une armature en bois, les cousirent ensemble avec des lanières de cuir, et graissèrent les peaux avec de la graisse animale pour les étanchéiser. L'examen des cartes maritimes avait porté Severin à conclure que la route de Brendan serait gouvernée par les vents dominants, ce qui lui ferait traverser la partie la plus au nord de
l'Atlantique. Ca lui ferait croiser au large de l'Islande et du Groenland, et il accosterait probablement en fin de voyage au Newfoundland (Saint-Brendan Isle). Ce serait d'ailleurs la route qu'aurait prise Leif Erickson au 10ème siècle. Nombre d'escales de Brendan au cours de son voyage étaient des îles où les moines Irlandais ont installé des monastères primitifs. Les Vikings qui ont voyagé en ces eaux ont visité ces îles, et ont rapporté leurs rencontres avec les "Papars" (Pères).

Severin et son équipage furent surpris de découvrir à quel point les baleines qu'ils rencontraient étaient amicales. Les baleines nageaient à l'entour et même sous leur bateau Ce dernier aurait pu être reconnu comme une autre baleine par les mammifères géants. Les baleines ont même pu être beaucoup plus amicales à l'époque de Brendan, avant que les navires motorisés ne leur apprennent à se méfier de l'homme. Si amicales en tout cas qu'elles auraient bien pu soulever le bateau du moine dans une attitude de jeu.

Après s'être arrêté aux Îles Hébrides, Severin avait fait route vers les Féroés, îles danoises. Sur l'île de Mykines, ils avaient rencontré des milliers d'oiseaux de mer. Brendan avait appelé cette île "Paradis des oiseaux." La plus grande des îles, il l'avait appelée "Île des Moutons." Le mot Faroe lui-même signifie "île des moutons." On trouve aussi Brandon Creek [Crique de Brendan] sur l'île principale des Féroés, que les habitants pensent avoir été le point d'embarquement de Brendan et de son équipage.

La route de Severin les avait amenés en Islande, où ils avaient hiverné, comme l'avait fait Brendan. Les volcans sur l'île ont été actifs des siècles durant et pourraient bien avoir été en éruption alors que les moines s'y trouvaient. Phénomène qui aurait pu être ce bombardement de rochers en flammes et en fumée que le texte du 9ème siècle rapporte. Les moines n'avaient jamais vu d'icebergs auparavant, dès lors leur manière de les décrire comme des palais de cristal a du sens.

Le bateau de Severin fut endommagé, percé par un bloc de glace flottant au large de la côte du Canada. Ils furent capables de réparer avec un morceau de cuir cousu par dessus le trou [la tête plongée dans l'eau glacée; ndt]. Ils touchèrent terre sur l'île de Newfoundland le 26 juin 1977. Cette dernière pourrait bien avoir été pour Brendan cette "Terre Promise des Saints" dont il est question dans la Navigatio.

Le voyage de Severin n'a pas prouvé que Brendan et ses moines sont arrivés en Amérique du Nord. Cependant, il a prouvé qu'un coracle de cuir tel que décrit dans la Navigatio aurait pu accomplir un voyage tel que celui décrit dans le texte. Il ne fait non plus aucun doute que les Irlandais étaient des marins habitués aux courants de l'Atlantique nord 900 ans avant le voyage de Christophe Colomb.

Des preuves plus concluantes de l'exploration Irlandaise de l'Amérique du Nord nous viennent de l'ouest de la Virginie. Là-bas, on a découvert des pierres gravées qui ont été datées entre 500 et 1000 après Jésus-Christ. Les analyses par l'archéologue Robert Pyle et l'expert reconnu en linguistique le pr. Barry Fell ont montré qu'elles ont été écrites dans l'ancien irlandais en utilisant l'alphabet oghamique. D'après le pr. Fell, "les textes en ogham de l'ouest de la Virginie sont les plus anciennes inscriptions en ogham au monde. Ils présentent une grammaire et un vocabulaire de vieil irlandais d'une manière auparavant inconnue dans de semblables antiques gravures sur pierre dans quelque langue celtique que ce soit." Le pr. Fell continue en supposant qu' "il semble possible que les scribes qui ont gravé les inscriptions de l'ouest de la Virginie aient été des missionnaires Irlandais arrivés dans le sillage du voyage de Brendan, car ces inscriptions sont Chrétiennes. Les antiques symboles de piété Chrétienne, tels que les divers monogrammes Chi-Rho (Nom du Christ) et Dextra Dei (Droite de Dieu) apparaissent sur les sites en même temps que les textes en ogham."

L'absence de tout récit écrit de cette exploration pourrait s'expliquer par le fait que les explorateurs n'auraient pas su rentrer dans leur patrie. Si en effet ils sont allés aussi loin que dans l'actuelle Virginie de l'ouest, il serait très douteux qu'ils auraient pu réussir à rentrer en Irlande en partant d'un point d'embarquement situé aussi loin au sud. La conception de leur coracle nécessitait des vents et des courants favorables, orientés dans la bonne direction pour une bonne navigation. Severin a découvert qu'il était extrêmement difficile de virer de bord comme les autres navires à voile étaient capables de le faire. C'est peut-être la raison pour laquelle il fallu 7 ans à Brendan pour accomplir son voyage.

Nous pouvons conclure que le voyage de saint Brendan n'était pas une simple fantaisie médiévale, mais un récit hautement plausible. C'était des hommes d'exception. Ils cherchaient les terres au delà de l'horizon, les royaumes merveilleux qui devaient être dévoilés par Dieu – les Terres Promises.

Pour en savoir plus sur Tim Severin (en anglais):
http://www.iol.ie/~spice/severin.htm

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Prières de la Liturgie de l'ancien Rite Orthodoxe Occidental romain, trouvées à la fin d'une Vie de Saint Brendan, Paris MS 2333 A. Colbert "Missa in festo Sancti Brendani"

COLLECTE: O Dieu, Qui nous a offert aujourd'hui ce jour très saint, la fête de Ton confesseur et abbé le bienheureux Brendan, soutiens Ton Eglise par ses prières, afin que celui dont les vertus sont assurées puisse glorifier Tes miséricordes.

SECRETE : Sur les saints Autels, O Seigneur, où ont lieu les sacrifices, que le saint abbé Brendan supplie notre Seigneur afin qu'Il vienne favorablement à nous.

PRIERE DE POST-COMMUNION: Permet au Bienheureux abbé Brendan de nous protéger, O Seigneur, par la compréhension de Tes Mystères, intercédant pour nous afin que nous connaissions le signe de sa sainte vie, et puissions connaître les grâces de son intercession.



ORATIO.
DEUS, qui hodiernam diem sacratissimam nobis, beati Brendani confessoris tui atque abbatis solempnitate, tribuisti, adesto piis Ecclesie tue precibus, ut cujus gloriatur mentis, muniatur suffragiis.

SECRETA.
Sacris altaribus, Domine, hostias superpositas beatus Brendanus abbas in salutem nobis pervenire deposcat.

POST COMUNIONEM.
PROTEGAT nos, Domine, cum tui perceptione sacramenti beatus Brendanus abbas pro nobis inercedendo, ut conversacionis ejus experiamur insignia, et intercessionis ejus experiamur suffragia.


La Lorica de saint Brendan, en latin :
"Oratio Sancti Brendani"
(copie du 9ème siècle)

Hymne à Saint Brendan, par Guido d'Ivrea (Bobbio, 11ème siècle)
sancti-brendani-abbatis-ora-pro-nobis.html


Texte latin et traduction de la "Navigatio"

http://www.utqueant.org/net/doc.3.Bren.II.html


Petroglyphe & ogam
Afin de l'arracher au Christ et de le faire se prosterner devant des hommes, depuis un millénaire, l'Occidental a été spirituellement et intellectuellement déformé. On lui a appris à ne rien croire de ce que ses véritables Pères dans la Foi lui ont légué. Reste donc à utiliser ce qu'il veut encore bien regarder, au moins distraitement, comme par exemple "la science", et ici, en l'occurence, c'est l'archéologie qui vient nous aider. Car il est aberrant de maintenir mordicus que tout cela serait faux quand jusqu'au centre des États-Unis d'Amérique, on retrouve des écrits dans une langue qui n'a existé qu'en Irlande et n'a surtout été utilisée qu'avant le 8ème siècle. Et ayant en tout cas intégralement disparu plusieurs siècles avant Christophe Colomb....
http://members.aol.com/jlcooke2/petroglyph.htm
Cette stèle du Wyoming, calendrier solaire, a finit par être traduite, elle porte un message de Noël.
"Au moment du lever du soleil, un rayon effleure le passage du côté gauche du Jour de Noël, la première saison de l'année, la saison du bienheureux Avent du Sauveur le Seigneur Christ. Voyez, Il est né de Marie, une femme."
L'article dit entre autre aussi ceci :
"En 1985, l'éminent érudit celtique, le professeur Robert T. Meyer, visita le site et répondit à la question de l'authenticité de ces paroles : 'Nul n'aurait pu créer un tel faux à moins d'avoir une connaissance extrêmement profonde de la philosophie celtique, car ceci est très archaïque, et probablement du 6ème ou 7ème siècle. Pour les érudits Celtiques, ceci est probablement au moins aussi important que la découverte des Rouleaux de la Mer Morte.. parce que cela montre que des moines Irlandais, je présume, sont venus ici il y a quelque 1500 ans d'ici.'
Depuis lors, d'autres gravures en ogham ont été découvertes en Virginie de l'ouest à Bear's Fork dans le Conté de Fayette et à Horse Creek dans le Conté de Boone; de même qu'à Red River Gorge dans le Kentucky; Shell Rock Canyon, dans le Colorado, et au Newfoundland."

Les inscriptions en ogam dans l'Ouest de la Virginie à Horse Creek
www.islandnet.com/~edonon/horse.html

Explications sur l'écriture og(h)am
très complet, en anglais
http://en.wikipedia.org/wiki/Ogam

plus succint, en français
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89criture_oghamique

Quelques siècles plus tard après le célèbre abbé-missionnaire Irlandais, d'autres Orthodoxes, des Vikings cette fois, partiront REcoloniser ces terres lointaines. Voici leur histoire, tout aussi méconnue de nos concitoyens, et tout aussi importante pour la véritable Histoire de l'Église, et donc la nôtre.

Il y a 1000 ans d'ici, les Chrétiens Orthodoxes en Amérique du Nord

http://www.roca.org/OA/151/151g.htm


par le prêtre Andrew Phillips


Bien que l'on n'enseigne plus aux écoliers que Christophe Colomb a découvert l'Amérique, ce qu'on ne leur dit pas – et qui n'est en général pas connu – c'est que le premier Européen à avoir mis le pied dans le Nouveau Monde était un Chrétien Orthodoxe, quelque 500 ans avant le catholique-romain Génois. Qui était-ce donc?



Au cours des 2 derniers siècles du premier millénaire, les pays du nord-ouest de l'Europe et ailleurs découvrirent l'existence de peuples appelés les Hommes du nord ou Vikings - de "viks" ou "wicks", villages situés dans des criques des terres froides et désolées de Scandinavie. Faisant voile sur leur navires caractéristiques, longs et avec une haute proue, ils partaient chercher du bois de construction, du poisson et des terres agricoles. Les Vikings gagnèrent une durable mauvaise réputation par leurs attaques sauvages contre des pays pacifiques. Leurs attaques à répétition contre l'Angleterre furent particulièrement brutales. Martyrisant des centaines de moines et de moniales, ils mirent un terme à l'âge d'or de la culture de l'Église d'Angleterre.


Cependant, tous les Vikings n'étaient pas belliqueux. Un groupe à l'Est, que nous appellerions aujourd'hui Suédois, était principalement fait de mercenaires et de commerçants. Ils ont voyagé au large vers l'Est et le Sud à travers la Russie, où ils ont fondé une dynastie, les Rurik, et ont été jusqu'à Constantinople. Un troisième groupe, qui habitait dans l'actuelle Norvège, était composé de marchands et d'explorateurs, qui voyageaient principalement vers l'Ouest. Ils s'installèrent sur les îles Shetlands et Orkneys, qui étaient habitées par des ermites, dans le nord-ouest de l'Écosse et de l'Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande. En 870, ils commencèrent à coloniser l'Islande où des moines Irlandais, les "papars" habitaient déjà. C'est ici que la vieille langue viking, le Vieux Norvégien, a quasiment pas changé en mille ans, étant préservée dans cette sorte de ca
psule temporelle de l'Islande moderne. De là, certains sont partis vers le Groenland. Le principal d'entre eux était Eric (Erik) le Rouge. Hors-la-loi comme son père, il quitta l'Islande en 982 et passa plusieurs années ensuite à explorer les côtes sud-ouest d'une terre entourée de glace, qu'il appela Groenland dans l'espoir d'y attirer des colons. Ensuite il y dirigea une expédition forte de 700 émigrants. Leurs descendants devaient occuper ce pays durant 5 siècles, jusqu'à finir par mystérieusement disparaître dans les années 1500. Nous reviendrons par la suite à cet Erik le Rouge. Parlons d'abord de la Christianisation de ces Hommes du Nord.

Les Vikings étaient païens, et ils avaient leur propre mythologie ténébreuse et désespérante faite de dieux païens et de sorts. Bien que leur attaque contre la Chrétienté avait au départ amené à nombre de bains de sang, les plus spirituellement sensibles d'entre eux commencèrent à accepter le Christianisme. A la fin du 9ème siècle, les Vikings Danois qui s'étaient installés en Angleterre après avoir causé d'énormes dégâts, avaient accepté la Foi des mains d'Alfred le Grand. Il est à noter cependant que le Danemark en lui-même n'acceptera pas le Christianisme avant bien plus tard. Un siècle plus tard, les Vikings de Suède avaient commencé à accepter des missionnaires venant d'Angleterre, dont la présence est prouvée, entre autres choses, par l'église Saint-Pierre à Sigtuna, de style vieil-anglais. Cependant, c'est parmi les Vikings Norvégiens de l'Ouest que l'influence du Christianisme anglais était la plus forte.



En 994, le chef des Vikings de Norvège, Olaf Tryggvason, assiégea Londres, et tout le monde se souvient qu'il en détruira le London Bridge. Cependant, Olaf vécu un changement dans son coeur, et fut Chrismé et confirmé à Andover, au sud de l'Angleterre, par Alphege, évêque de Winchester, qui était alors la capitale royale anglaise. Lorsque devenu un nouvel homme, Olaf Tryggvason quitta l'Angleterre en 955, il emmena avec lui des évêques et des prêtres de Winchester et d'ailleurs en Angleterre, y compris l'évêque Grimkell, un Anglais d'origine Danoise, qui devait devenir évêque de Nidaros, la capitale de Norvège d'alors, appelée Trondheim de nos jours. C'est cette mission qui allait mener à la diffusion du Christianisme en Norvège et à la vénération locale de saints Anglais tels que saint Swithin de Winchester. Avec le temps, l'influence Chrétienne d'Olaf Tryggvason se répandit parmi tous les futurs Norvégiens, et aussi hors de Norvège. C'est ainsi que la Saga islandaise Kristni et la Saga d'Olaf Tryggvason rapportent comment, à son instigation, la Foi Chrétienne fut apportée aux colons Norvégiens en Islande vers l'an 999. Le succès du Christianisme fut tel qu'il est rapporté que vers 1050, un missionnaire Islandais, Thorwald, mourut à Kiev alors qu'il y était en visite. Retrouvons à présent la Saga d'Erik le Rouge, le voyageur ayant découvert le Groenland, où commence vraiment notre histoire.

Saint Olaf, dans l'église Överselö kyrka



(saint Olaf a été canonisé en 1031)

Un des Islandais d'origine Norvégienne qui s'était joint à l'expédition de colons d'Erik le Rouge au Groenland s'appelait Herjolf. D'après la Saga des Groenlandais, à bord du navire d'Herjolf, se trouvait un Chrétien des Hébrides qui, navigant vers l'inconnu, avait adressé la prière suivante au Christ :

Maître des moines, le très pur
Je Te supplie, protège mon voyage.
Daigne le Seigneur des Cieux me bénir
Et étendre Sa main sur moi.

En arrivant au Groenland, Herjolf installa sa maison sur un promontoire ou "ness" pas loin d'Erik le Rouge, qui installa une ferme dans un endroit appelé "Brattahlid", "la pente raide."

Cet Herjolf avait un fils déjà grand, Bjarni, qui était marchand. Lorsque Bjarni Herjolfsson rentra de Norvège en Islande, après y avoir commercé, et découvert que son père était partit pour le Groenland, il décida d'aller l'y retrouver. Cela se passait en l'An de notre Seigneur 986. Faisant route vers le Groenland, il dériva vers le sud, à cause du mauvais temps. Bjarni aperçu une terre, boisée, pas montagneuse. Réalisant qu'il s'était égaré, il fit cap au nord, et croisa une seconde terre, plate et boisée, et puis une troisième avec des côtes rocheuses plates et des montagnes de glace. Pour finir, il parvint au cap portant le nom de son père, Herjolfsnes, dans le sud du Groenland : Bjarni avait vu des terres nouvelles et inconnues – mais n'y avait pas débarqué.

L'ami et guide d'Herjolf, Erik le Rouge, avait eu 4 enfants Groenlandais : 3 fils - Leif, Thorvald, et Thorstein – et une fille, Freydis. En 999 son premier fils, Leif Ericsson, "de très belle apparence, et de plus sage et modéré en tout, de même que hautement respecté", fit voile du Groenland vers la Norvège. Hivernant à Trondheim, à la cour royale, il rencontra le roi Olaf Tryggvason et, presque certainement, l'évêque Anglais de Trondheim, Grimkell, que nous avons mentionné auparavant. Selon les Sagas, le roi Olaf reçut Leif avec grand honneur et, en tant que nouveau dirigeant Chrétien, il le convertit au Christianisme. Selon la Saga d'Olaf, "ce fut facile de baptiser Leif", et Olaf lui donna pour tâche de convertir les Groenlandais, encore païens, au Christianisme.

Au printemps suivant, l'An Mil, Leif repartit comme missionnaire vers le Groenland. Il emmena avec lui un prêtre, peut-être un de ces nombreux missionnaires Anglais qui étaient à l'oeuvre en Norvège, de même que "d'autres saints hommes pour baptiser le peuple là-bas et leur enseigner la vraie Foi." La Saga d'Erik le Rouge rapporte qu'à l'arrivée de Leif à Brattahlid, sa mère, Thjodhild, reçut le Baptême, et qu'ils y bâtirent la première église du Groenland. Leif et le "papa" ou prêtre baptisèrent bientôt la plupart des Groenlandais, et cette première église fut suivie de 16 autres, y compris une cathédrale cruciforme et aussi un monastère et un couvent. Les ruines de cette première église furent découvertes et fouillées presque mille ans plus tard, en 1961. C'était un petit bâtiment en bois, de quelque 10 mètres sur 3,5 mètres, avec des murs de tourbe, entouré de quelque 16 tombes.





C'est ici, au Groenland, en 1001, que Leif Ericsson entendit pour la première fois parler de la découverte par Bjarni Herjolfsson de nouvelle terres au sud-ouest. Ce récit le décida à acquérir le navire de Bjarni, avec l'intention de découvrir pour lui-même ces nouvelles terres. Nous ne saurions dire quelles étaient les motivations exactes de Leif, mais puisqu'il s'était vu confier la mission d'amener le Christianisme au Groenland, ce qu'il avait fait avec l'aide du clergé, son but pourrait avoir été au moins en partie missionnaire Dès lors, probablement en 1002, Leif Ericsson partit du Groenland avec 34 compagnons, et il découvrit en effet les mêmes terres que Bjarni, mais dans l'ordre inverse, du nord vers le sud. Tout d'abord, il trouva une côte de dalles de pierre derrière lesquels s'élevaient des glaciers, "des montagnes de glace." Il l'appela "Helluland" (Terre des pierres plates). Ensuite il trouva une terre basse, boisée, avec des plages de sable blanc, qu'il appela "Markland" (Terre boisée). Enfin, 2 jours plus tard, plus bas au sud, il parvint à une autre terre, de verts pâturages et de bois, avec un cap et une baie peu profonde, où leur navire toucha terre. Les Vikings tirèrent leur navire dans une crique d'un petit lac, près duquel ils construisirent des maisons. Ils "donnèrent à la terre un nom en accord avec les bonnes choses qu'ils y avaient trouvées, l'appelant Vinland" ou "Vinland la Bonne", signifiant non pas "terre des vignes" comme on le pense souvent, mais "terre des prairies" : en norvégien, "vin" signifie "prairie." Comparé au Groenland, l'endroit était un paradis pour les Vikings, car ils pouvaient y faire paître leurs troupeaux et boire du lait frais. Ils y trouvèrent du blé sauvage et nombre de fruits, ce avec qui ils firent du pain et du vin. Ils y bâtirent "de grandes maisons" et restèrent l'hiver, ne voyant pas de neige tomber.

A son retour au Groenland au printemps suivant, Leif trouva son père mourant, et il assuma la tâche de gouverneur de la colonie groenlandaise devenue nombreuse. L'an suivant, 1004, son frère Thorvald fit voile vers "Leifsbudir", le camp de Leif à Vinland. L'été suivant, Thorvald explora le pays vers l'ouest, avec ses forêts, ses sables blancs et nombreuses îles. L'été d'après, navigant vers l'Est, il découvrit un petit cap qu'il nomma "Kjalarnes," "Keelness." Sur une avancée de terre à l'est de cet endroit, Thorvald fut tué dans un accrochage avec des "Skraelings" hostiles – des "hurleurs", comme les Sagas appelaient les indigènes, d'après leurs bruyants cris de guerre. Avant de mourir, Thorvald demanda qu'en Chrétien, on plante une croix en tête et au pied de sa tombe. Ces croix furent les premières plantées sur le sol américain, et c'est donc de manière appropriée que le lieu fut appelé "Krossanes".

Mort de Thorvald Ericsson

Après l'hiver, l'équipage de Thorvald rentra au Groenland. Un an plus tard, en 1008, le 3ème frère, Thorstein Ericsson, partit à son tour pour le Vinland mais n'y parvint pas. Vers 1020, le nouveau mari de la veuve de Thorstein, un Islandais s'appelant Thorfinn Karlsefni, navigua 2 jours durant avec 2 navires, 140 personnes et des troupeaux, partit pour Helluland et Markland, hiverna près de Kjalarnes avec son longues plages. C'est là que naquit un fils, Snorri, le premier Européen né au Nouveau Monde. Ce petit-fils allait devenir l'évêque Thoral d'Islande. Karlsefni rentra au Groenland avec une cargaison de fourrures qu'il avait achetée aux Skraelings, et aussi avec des Skraelings qu'il avait capturés à Markland. Il les fit baptiser – probablement qu'il avait emmené un prêtre avec lui – leur enseigna le norvégien, et les Norvégiens apprirent un peu de skraeling. Pour finir, après la mort de Leif en 1020, la soeur de Leif, Freydis, visita le campement original de Leif au Vinland, avec 2 navires, vers 1024.

Les informations complémentaires sur ces antiques colons sont maigres. En 1117, un évêque Erik Gnupsson fit voile pour le Vinland en partant du Groenland, où il était légat papiste, commissionné par le pape de Rome Pascal II pour répandre le contrôle papiste sur la Scandinavie et le nord. Il resta au Vinland, "ce pays étendu et très riche" durant au moins 2 ans. Les Annales Islandaises en 1347 indiquent qu'il y avait une sorte d'implantation nordique au Markland. Mais au delà de cette date, jusqu'à ce que des preuves nouvelles démontrent le contraire, il est généralement accepté qu'aucune installation permanente n'a été établie là au Vinland, alors que les implantations au Groenland y ont survécu quelque 500 ans.

Ce n'est qu'au 20ème siècle que les vérités de ces Sagas et chroniques islandaises, telles que rapportées ci-dessus, ont été interprétées et prises en compte. En prenant les directions, distances et descriptions précises données par les Sagas, il est à présent clair que le Helluland des Sagas, la terre des pierres plates et des glaciers, c'est l'île de Baffin, un territoire canadien à quelque 200 miles marins du point le plus proche au Groenland. Markland, la terre plate de forêts, c'est le Labrador. Kjalarnes c'est le Cap Porcupine, et, bien que parfois auparavant identifié avec des régions aussi loin au sud que Rhode Island et Cape God, le Vinland doit être en fait le Newfoundland. Ceci fut confirmé par la découverte saisissante en 1960 d'une installation en tourbe et bois à L'Anse-aux-Meadows, près du Cap Bauld, sur la pointe nord du Newfoundland. Intensivement étudiée par le pr. Helge Ingstad, le site fut fouillé par des archéologues Norvégiens sous la direction de mme Anne Steine Ingstad, et la datation au carbone 14 donna approximativement l'An Mil. Les restes de l'implantation suggèrent un grand hall avec 4 chambres, quelques 8 autres bâtiments jusqu'à 20 mètres de long, y compris une maison-lavoir et un atelier de ferronnerie, de même que 4 abris à bateaux. Une des maisons contenait une niche couverte d'ardoise identifiée comme trou à braises, similaire à celui retrouvé en creusant à Brattahlid. En 1964, un jeune Canadien aidant au chantier a sorti de terre une petite roue en stéatite, une roue pour filer la laine, preuve qu'il y avait des femmes parmi les colons. On a retrouvé le même genre de roues dans les sites nordiques du Groenland, d'Islande et de Norvège. L'architecture à L'Anse-aux-Meadows correspond de même aux plus anciennes bâtisses au Groenland; les murs du bas sont en tourbe, tandis que les murs supérieurs sont de bois. On trouve juste à côté des ruines de 2 cairn en pierre – est-ce que cela a pu être autrefois des hautes croix érigées debout?




Bien qu'on ne puisse pas l'affirmer avec certitude sur base des preuves existantes, il est probable que ceci était l'emplacement même du camp original de Leif Ericsson, agrandît par ceux qui l'y ont suivit. Le nom même du lieu est frappant. "L'anse" est un mot français qui signifie aussi "crique", et en norvégien, le mot anglais "meadow" signifie, comme indiqué auparavant, "vin"; Vinland, la terre des prairies, la terre des pâturages. Juste à côté on trouve une crique à travers laquelle les Vikings ont pu tirer leur navire. Elle mène à un petit lac qui est entouré de larges prairies, au bout desquelles s'étendaient autrefois des forêts. Autrefois, les indiens Beothik Algonquins y vivaient, mais massacrés par les colons Français et Anglais, ils s'éteignirent en 1829. N'étaient-ce pas eux, les "Skraelings" de la Saga? La région autour de l'Anse-aux-Meadows abonde de
baies sauvages, canneberges, groseilles rouges et mûres, dont les indigènes faisaient du vin. Une sorte de blé sauvage (Elymus arenaria) y pousse, et parfois les hivers, adoucis par le courant du Gulf Stream, ne subissent aucune chute de neige. Nous pouvons bien nous représenter qu'il y a mille ans d'ici, quand le climat était plus doux, les hivers sans neige pouvaient avoir été la norme.

Qu'est-il advenu de ces colons? Sont-ils tous repartis pour le Groenland? Certains pensent qu'ils ont été décimés par une maladie. D'autres pensent qu'il est plus probable qu'il y ait eu des mariages mixtes avec les "Skraelings." Des rapports d'explorateurs des 16ème et 17ème siècles tels que Champlain parlent "d'Indiens" à la peau blanche et aux cheveux blonds, sur des "navires en bois." Une autre hypothèse est que les colons furent tués par les agressifs Skraelings; nous savons que l'implantation à L'Anse aux Meadows a été incendiée, ne laissant plus que les bas murs en tourbe.

Peu importe la manière dont nous envisageons la chose, le fait est que les premiers Chrétiens installés en Amérique du Nord venaient de Scandinavie, à une époque où les Chrétiens Scandinaves faisaient intégralement partie de la Chrétienté Orthodoxe.

Ce n'est peut-être pas une vaine spéculation de se demander ce qui aurait pu se passer si ces anciens Scandinaves s'étaient installés en grand nombre en Amérique du Nord. Nous pouvons supposer qu'avec leurs prêtres et évêques, ils seraient progressivement descendus plus au sud, vers un climat plus propice, convertissant encore plus d'indigènes Américains chemin faisant. Peut-être alors que Christophe Colomb lui-même aurait trouvé ici une ancienne civilisation native Chrétienne Orthodoxe, une Amérique Orthodoxe. Mais l'Histoire a prit un autre chemin. Et dès lors, il revient à nous de reprendre la mission entamée sur cette terre par Leif Ericsson et ses descendants Orthodoxes.

Adapté d'un article plus long du prêtre Andrew Phillips
http://orthodoxengland.org.uk/

Pour approfondir, lisez "Orthodox Christianity and the English Tradition", "Orthodox Christianity and the Old English Church", et "The Tragedy of English History" – tous du p. Andrew Phillips.

Lire aussi : G. M. Gathorne-Hardy, The Norse Discoverers of America, 1921. H. Hermansson, The Problem of Wineland, 1936. R. A. Skelton et all., The Vinland Map and the Tatar Connection, 1965. Helge Ingstad, Westward to Vinland, 1969. Anne Ingstad, The Discovery of a Norse Settlement in America, 1977. Finn Gad, Groenlands Historie indtil 1700, 1978.

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note de traduction : vu les évidences historiques en faveur de saint Brendan et des missions Irlandaises, je ne partage pas l'intégralité de la conclusion du p. Andrew quant aux premiers colons Orthodoxes en Amérique. Mais je trouve plutôt qu'avec cette arrivée des Vikings christianisés, on y voit une continuité Orthodoxe occidentale en Amérique du Nord.
Si vous voyez ce que je veux dire
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Historique et cartographie antique, sur ces pages Orthodoxes Islandaises, en russe et en anglais :
http://orthodox-iceland.blogspot.com/2005_10_01_archive.html

Un petit Viking et un grand rêve, un conte de Stuart (5ème année)


Un site internet exceptionnel (en anglais) : le texte de toutes les Sagas Vikings sur la redécouverte du Nouveau Monde!


Un éditeur danois vend des fac-similés des Sagas d'Islande :


L'Évangile était proclamé de manière Orthodoxe en Scandinavie. Depuis que ce n'est plus le cas, on voit ce que ça donne... voyez les moeurs..

En Norvège, on trouve encore quelques églises en bois debout, les Stavkirker, dont certaines ont près de mille ans, et appartiennent donc encore à la période Orthodoxe du pays. Ce qui donne une bonne indication sur l'inculturation de l'Évangile à l'époque. Une leçon pour aujourd'hui, pour ici.