"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 septembre 2007

Saint Michel et ses Archanges


En ce jour, dans le Martyrologe d'Oengus (8ème siècle), nous lisons :
"29 Septembre : Saint Michel l'Archange 'qui sicut Deus', et tous les Anges, Dédicace de la basilique de Saint-Michel sur le Monte Gargano (ou Garganus, ou Gargain).

[Epitre: Apoc. 12, 7-11 Evangile: Saint Matthieu 17, 1-9 Psaume 137: Je Te louerai, O Seigneur, de tout mon coeur, car Tu as écouté les paroles de ma bouche. Je chanterai tes louanges en présence des Anges : je célèbrerai Ton saint temple, et je rendrai gloire à Ton Nom...." (Ou aussi Psaume 102, 20-22; Psaume 103, 1-4)]

Au combat contre le Dragon et ses multitudes, Michel le fort
victorieux soldat de la blanche armée, pourfendra avec force l'AntiChrist.
"

Oremus - prions
Deus qui miro ordine angelorum ministeria hominumque dispensas, concede propitius ut quibus tibi ministrantibus in caelo semper adsistitur, ab his in terra nostra vita muniatur. Per Dominum.
O Dieu, Qui distribue selon un ordre admirable les ministères des Anges et des hommes, accorde-nous miséricordieusement que ceux qui, dans le Ciel, Te servent continuellement, protègent notre vie sur la terre. Par Jésus-Christ.
in : Sacramentaire de Ratoldus de Corbie, anno 986
édition du texte critique, Henry Bradshaw Society
http://www.henrybradshawsociety.org/
Page 350 de l'édition HBS


A lire sur les Anges :

Les Anges.. et leurs plumes...
Chateaubriand, "les Martyrs", 1826
"Voyez dans le "Dictionnaire hébraïque", au mot "Malach", et dans le "Dictionnaire grec", au mot "Aggelox". Les noms propres des Anges indiquent également leur ministère. "Michael" signifie "semblable à Dieu" ; "Gabriel", "force de Dieu", etc. ; ce n'est qu'à cause de la nature de leurs fonctions qu'on les représente avec des ailes."

Saint Denys l'Aéropagyte, "La Hiérachie céleste"
http://orthodoxie.club.fr/ecrits/peres/denys/cel.htm

Enseignement de l'Église sur les Anges, prières, iconographie, enluminures
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/les-saints-archanges.html

enluminure


Théologie : Qu'est-ce que l'économie / oikonomia?


De: nick cobb
Forum / Newsgroup: alt.religion.christian.east-orthodox
Sujet: What is Oiconomia - Economia?
Date: Mardi 25 Septembre 2007 11:24:04 -0400

Étymologie : en grec, oikonomia = bonne gestion d'une maisonnée / du ménage.
[Le Littré nous dit à ce sujet : "ÉCONOMIE (é-ko-no-mie) s. f.
1° Bon ordre dans la conduite et l'administration de tout établissement qui s'alimente par la production et la consommation.
L'économie est le jugement appliqué aux consommations, J. B. SAY., Traité, 1841, p. 455.
L'économie ne veut rien consommer en vain ; l'avarice ne veut rien consommer du tout, J. B. SAY., ib.. Économie domestique ou privée, administration d'un ménage privé, d'une maison. [...]
Lat. oeconomus, du grec, maison (le grec est le même que le latin vicus, d'où vicinus, voy. VOISIN), et du grec, administration. On remarquera que Oresme écrit yconome, ce qui est la prononciation de la syllabe grecque"
]

Lorsqu'il est employé dans l'Église, c'est le principe de "gestion de l'Église" afin qu'y règne le bon ordre. Dans l'Église, nombre de gens croient et utilisent cette terminologie dans un sens erroné, comme si cela signifiait une "dispense" ou une "exemption." Ce qu'EST l'économie, c'est la reconnaissance que tout ce qui fait l'Église et son peuple, tout cela n'est pas simplement noir ou blanc. Beaucoup disent et croient que soit on accepte les Canons à 100%, soit on est un hérétique. C'est une approche très rigoriste, et à vrai dire, pas même Orthodoxe.
Il y a différents Canons dans l'Église. Certains sont absolus, tels les Canons définissant les doctrines de l'Église (Dieu est 3 Personnes d'une même Nature). Ces Canons sont intangibles. La plupart des autres Canons sont des "guides" et ont été rédigés afin d'amener à un bon ordre dans l'Église. CEPENDANT, l'Église reconnaît que les gens et la vie elle-même ne sont pas une question de noir ou blanc. Pour cette raison, l'Église donne aux évêques la flexibilité pour faire usage du principe "d'économie" pour traiter des situations dans la vie de l'Église où des décisions "noir ou blanc" ne sauraient être prises.
On en trouvera un exemple dans les deuxièmes voire 3ème mariages. L'Église croit au mariage unique, d'un homme avec une femme, mais la faiblesse humaine et les situations de la vie font qu'ils n'y parviennent pas toujours.
A propos d'une récente discussion concernant les évêques mariés [sur le forum alt.religion.christian.east-orthodox; ndt], il est nécessaire de dire qu'il n'y a rien de théologiquement erroné à cet égard. Par respect pour le "bon ordre dans l'Église", des évêques mariés peuvent être réinstaurés; de même que des diaconnesses si l'Église le souhaite.




Réflexions de traduction.


Je commencerai par la fin, les évêques mariés. Il se fait que l'Orient Orthodoxe, pour des raisons qui lui sont propres, avait fermé la longue lignée d'évêques mariés (tel saint Grégoire de Nysse, rien que ça!), et cela en Concile qu'il décréta Oecuménique... sans même que l'Occident Orthodoxe n'y ait été convié. Et cela alors que des évêques mariés continuèrent chez nous à exister. A présent, confronté à un gros problème d'épiscopat, l'Orient se retrouve lié par des Canons qu'il a pris unilatéralement, et que bien des monastères où se trouvent des volontaires à l'épiscopat voudraient bien voir considérés comme de niveau équivalent aux doctrines christologiques. Chasse gardée contre bon sens pastoral... Mais là n'est pas le plus intéressant de cette réflexion de Nick.

Car c'est un excellent rappel qu'il a posté : ce sont les évêques qui sont RESPONSABLES de ce qu'on appelle "économie" dans l'Église. Nul higoumène / abbé, nul moine, nul prêtre, nul diacre, nul laïc - fut-il officiellement "théologien" - n'a le droit de s'arroger une telle position. Cela rejoint d'ailleurs tout à fait ce que je postais en réponse à un lecteur, au sujet des choix liturgiques (voir commentaires de l'article sur saint Lambert). On en trouve bien trop à se le "permettre." Au nom de quoi? Dans la plupart des cas, à cause d'une ignorance profonde de l'Église, d'un manque total de "sensus Ecclesiae" – voire carrément de "sensus Fidei", y compris dans le clergé. Il faut le refuser avec fermeté, car c'est à l'évêque que Dieu demandera les comptes. Et c'est à l'évêque de devenir un père pour son peuple, à défaut de déjà l'être. Et aux fidèles de prier pour qu'il le devienne, s'il ne l'est déjà. Et pas à l'aduler et à l'idolâtrer, comme c'est trop souvent le cas. Car ça, ce n'est pas aider/aimer son évêque!

Il me semble cependant nécessaire d'aller un peu plus loin. Est-ce qu'un évêque, qu'il soit auxiliaire, titulaire d'un modeste diocèse, d'un siège de métropolite ou d'un siège patriarcal - ce qui, aux yeux de l'Église Indivise qui a développé ce système, n'est jamais rien qu'une fonction purement administrative et contingentielle, strictement rien de plus – bref, quel que soit son rang administratif, peut-il changer les règles de fonctionnement de l'ENSEMBLE, à lui tout seul? Dans l'Église, la réponse est claire, c'est NON.

Depuis les saints Apôtres du Christ (cfr Actes 15), les responsables ecclésiaux décident tout ce qui est important pour l'ensemble de manière exclusivement collégiale. Et avec l'assentiment du peuple de Dieu dont ils font partie, au-dessus duquel ils ne se trouvent donc pas de manière absolue. Donc si "économie" il doit y avoir, cela ne saurait jamais être le cas face à quoi que ce soit qui touche le plérôme du Corps du Christ. Pour ce dernier point, seul un Concile Oecuménique pourrait le faire. C'est d'ailleurs ce que ceux parmi les Chrétiens Orthodoxes nés ou vivant en Occident et ayant un peu de conscience ecclésiale attendent tous avec impatience : que ce fameux Concile pan-Orthodoxe promis depuis si longtemps, Concile qui sera donc nécessairement Oecuménique puisque nous seuls sommes l'Église, soit ENFIN réuni, et décide ENFIN de refonder l'Église ici, où elle a disparu il y a un millénaire. Et la fonde ailleurs sur terre, là où aucun Canon n'a jamais prévu quoi que ce soit, puisqu'à l'époque où ces Canons ont été pensés, priés et inspirés par Dieu le Saint-Esprit, les porteurs de la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus-Christ n'avaient pas encore atteint les confins de cette planète.
En conclusion, je dirais que ce Concile, on ne pourra pas en faire.... l'économie...

que les saints Pères et Apôtres nous y aident!


25 septembre 2007

Saint Serge, père spirituel de la Russie


(vers 1314 - 1392)
Fêtes : 5 juillet & 25 septembre

Saint Serge de Radonège est le saint patron de la Russie, père du monachisme du nord de la Russie, et fondateur du monastère de la Trinité-Saint-Serge (anciennement "Sainte Trinité"). Peu de gens ont exercé une si profonde influence sur la vie Russe comme l'ont fait saint Serge
antique icone de saint Serge de Radonezhet son monastère. C'était un grand mystique et ascète, dont la vie a parcouru presque tout le 14ème siècle, en une époque où la Russie était occupée par les Mongols Tartares. Déjà enfant, le futur saint était dévoué à la Sainte Trinité et aspirait à la vie monastique. Après le décès de ses parents, en 1334, le jeune de 20 ans s'enfonça dans une profonde forêt, à quelque 20 kilomètres au nord-est de Moscou, pour chercher la solitude spirituelle comme dans un désert. Il y mena une vie ascétique très austère, marquée par une extrême pauvreté, le dur labeur physique, et une profonde humilité et simplicité. Après quelques années de retraite en solitaire dans la forêt, des disciples commencèrent à se rassembler autour de lui, et la Russie changea à jamais. Par les oeuvres des disciples de saint Serge, le désert des forêts du nord vit fleurir de nombreux monastères, qui allaient jouer un rôle très important dans la vie à venir de la Russie (et de l'Amérique). Dans sa grande humilité, saint Serge rejeta tous les honneurs : il n'accepta que contraint et forcé à être ordonné prêtre et nommé abbé de son propre monastère. Et il refusa tout sec d'endosser la charge ministérielle de métropolite de Moscou. Parmi les nombreux dons spirituels qui lui avaient été accordés, on trouvait une prière profonde et puissante, la clairvoyance, la direction spirituelle, et nombre de visions d'avenir. Il s'endormit dans le Seigneur en 1392.

L'église de saint Serge, son monastère et l'oeuvre de sa vie furent dédiées à la Sainte Trinité. Car la Sainte Trinité exprime l'unité entre les trois Personnes du Dieu Un, et dès lors, symbolise aussi la vision spirituelle de la restauration de toutes choses dans leur unité originelle, y compris la Russie. Saint Serge comprit que l'Église et le peuple de Russie étaient unis, et que l'unification des terres russes était nécessaire pour le bien-être commun. Dès lors, sous la guidance spirituelle et avec la bénédiction de saint Serge, le grand prince de Moscou, saint Dimitri Donskoi, unit sous la gouvernance de Moscou toutes les principautés russes divisées et, en 1380, réussi ainsi à triompher des Mongols Tartares. Il s'en suivit que Moscou devint le centre de la vie de la Russie, et saint Serge et son monastère de la Sainte Trinité se virent ensuite sans cesse consultés pour guidance et soutien.



L'église de la Sainte Trinité originellement construite en bois par saint Serge brûla, et elle fut remplacée en 1422 par une église en pierre blanche, pour laquelle saint André Roubliev réalisa la plupart des oeuvres iconographiques, y compris sa si célèbre icône dite de la Sainte Trinité. Cette Icône est une expression éloquente et un témoignage à la vision spirituelle de saint Serge de ce qu'est la beauté du Salut.


Pendant les travaux de construction de l'église en pierre, on découvrit les reliques de saint Serge, et on s'aperçut que 30 ans après, ses reliques étaient restées incorrompues. Elles furent placées dans un reliquaire dans son église de la Sainte Trinité, toujours accessibles pour vénération. Depuis la découverte de ses reliques incorrompues, un nombre incalculable de guérisons et autres miracles ont eu lieu. Tous les jours, du matin au soir, des pèlerins viennent et vénèrent les reliques de saint Serge, et son profondément touchés de se trouver en présence de saint Serge.

Article rédigé par Jane M. deVyver, M.Th., Ph.D.

Icône peinte par le p. Theodore Jurewicz, d'Erie, Pennsylvanie, et elle se trouve dans l'église Saint Innocent of Irkutsk Orthodox Church à Redford, Michigan.

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reliquaire de saint SergeLe reliquaire et son couverclereliquaire de saint Serge, couvercle
2 versions plus complètes de sa vie, en anglais
http://www.fatheralexander.org/booklets/english/saints/sergius_radonezh.htm
http://ocafs.oca.org/FeastSaintsLife.asp?FSID=102725

Et une version encore plus complète, encore en anglais
http://www.st-sergius.org/life1.html

elles sont à traduire... une autre année... si Dieu (et saint Serge) veut

Comme saint Seraphim de Sarov bien plus tard, saint Serge
était aussi bien en paix avec Dieu qu'avec la nature toute entière, y compris les ours

Absolument à rechercher en occasion et à lire : Pierre Kovalevsky, "Saint Serge et la spiritualité russe", éditions du Seuil, Paris, 1958. C'est pure merveille.

la rencontre avec le mystérieux "moine", qui transforma la vie du jeune Serge
célèbre tableau de Mikhaïl Nesterov


saint Serge bénit saint Dimitri Donskoi, qui repoussera victorieusement les hordes musulmanes venues de Mongolie et semant la terreur en Russie depuis 2 siècles