"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 janvier 2008

Sainte Geneviève contre Attila: héraut de Dieu contre fléau de Dieu

Voyons d'abord le héraut de Dieu, l'héroïne spirituelle, la grande sainte par excellence, Geneviève de Lutèce.


procession médiévale hétérodoxe du reliquaire de sainte Geneviève dans Paris

Sainte Geneviève (Genovefa), Vierge
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Née à Nanterre près de Lutèce, Gaule (Paris, France), vers 422; morte à Lutèce, vers 500.
Le nom de Geneviève signifie "bouche céleste" ou "fille du ciel". Chez les Celtes, "gen" ou "geni" signifiait "engendrer". Dans le Pays de Galles, "genoeth" veut encore dire "jeune fille". Dans le même pays, on dit aussi "genoe" pour signifier la bouche. De leur côté, les bas Bretons, pour désigner la bouche, se servent du mot "geno" ou "genou" (prononcez "ghenou"), qui se rapproche encore plus de "Genovefa" ou "Genouefa", comme on écrivait autrefois. Quant à la terminaison "efa", que l'on trouve dans un si grand nombre de noms Celtes, comme "Marcouefa", "Landovefa", "Genovefa", etc, auxquels répondent les noms masculins "Marculfus", "Landulfus", "Genulfus", il nous a semblé en trouver l'explication dans l'ancien mot breton "eff", qui veut dire le ciel. Ainsi "Genouef" voulait dire "bouche céleste" ou "fille du ciel". Encore de nos jours, dans la basse Bretagne, pour dire bouche céleste, on écrirait "gheno n'eve". (Bullet, Mémoires)

A l'époque de sa naissance, presque tout l'Occident était en ruines spirituelles profondes. Lorsque Rome tomba aux mains d'Alaric le Wisigoth, et que nul sursaut spirituel n'avait pu naître malgré la menace, Saint Jérôme s'était répandu en regrets sur cette situation. Un peu partout, l'Occident était secoué soit par l'hérésie de Pélage, soit par celle d'Arius. Les peuplades qui livraient leur âme à ces hérésies redevenaient barbares, violentes, et vite païennes. Rien n'a changé depuis! La réaction divine était la même que dans l'Ancien Testament : susciter quelques foyers de profonde Foi, des femmes et des hommes providentiels, pour relever les ruines et tourner à nouveau les peuples vers Dieu. Geneviève appartient assurément à cette catégorie, comme quelques grands autres de son époque, comme nous le verrons plus loin.

Don du Ciel et providence pour son pays, Geneviève naquit dans un village à la périphérie de Paris à l'époque d'Attila le Hun. Elle était bergère, fille unique de Sévère et Gérontia, des paysans durs à la tâche. Geneviève était si radieuse et pétillante que lorsque saint Germain, évêque d'Auxerre, visita son village accompagné de saint Loup, en chemin vers l'Angleterre, en 429, pour aller y extirper l'hérésie de Pélage, il eut son attention attirée par la fillette de 7 ans. Après son sermon, les habitants s'assemblèrent autour de lui pour recevoir la bénédiction. Germain s'enquit de ses parents et leur prédit sa future sainteté. Quand il demanda à Geneviève si elle voulait devenir l'épouse du Christ et ne servir que Dieu seul, elle lui demanda de la bénir et de la consacrer dès ce moment.

Tirant de sa bourse une pièce d'or, il la lui donna, disant qu'elle devait la conserver en souvenir de ce jour, et de Dieu, à qui sa vie appartenait. Même lorsque des années plus tard, Geneviève allant souvent manquer de quoi vivre, elle ne se débarassera jamais de cette piécette. Une autre version, rapportée par Constance de Lyon, plus ancien biographe de saint Germain, rapporte comment le saint évêque partit pour l'église, suivit par le peuple, et durant le long chant des Psaumes et des prières, "il étendit sa main sur la tête de la jeune fille." Dans les 2 cas, elle continua ensuite à s'occuper des moutons et à aider sa mère aveugle à coudre et à tisser.

A 15 ans, Geneviève devint orpheline de ses 2 parents, et elle partit pour vivre à Paris, où elle répèta ses voeux, et où l'évêque de Paris lui donna la voile, ainsi qu'à 2 autres jeunes filles. Elle s'installa chez sa marraine. Le temps passant, elle devint célèbre par sa sainteté. Elle ne mangeait en général que 2 fois par semaine - et maigrement : un peu de pain d'orge et quelques fèves. Elle continua ce jeûne jusqu'à ses 50 ans, lorsque son évêque lui ordonna d'assouplir son ascèse.

Elle eut visions et prophéties, ce qui provoqua au départ l'hostilité des Parisiens - au point qu'on tenta même de la tuer. Mais le soutien de Germain, qui vint lui rendre à nouveau visite, et la justesse de ses prédictions aussi, changèrent les comportements. Durant sa visite, Germain adoucit aussi quelques unes de ses plus lourdes auto-pénitences.

La jeune fille aimait venir prier la nuit seule dans l'église. Une nuit, un coup de vent souffla sa bougie, la laissant dans l'obscurité. Geneviève en conclut que c'était le démon qui tentait de l'effrayer. C'est pour cela qu'on la dépeint fréquement tenant une bougie, parfois avec un diable irrité se tenant derrière elle.

Sa bravoure permit de rassembler la ville en 451, quand le Hun Atilla II et son armée marchèrent sur la cité, voulant arracher la Gaule aux Wisigoths. Les citoyens étaient prêts à évacuer la ville. Comme les Huns se trouvaient aux portes de Paris, Geneviève persuada les hommes de rester et de rassembler les femmes de la ville pour prier. Son courage venait de son entière confiance en Dieu, et pendant qu'Attila et son armée s'approchaient, elle encourageait les Parisiens à jeûner et à prier dans l'espoir que Dieu éloignerait le désastre. Nombre de citoyens passèrent des nuits entières en prière, avec elle, dans le baptistère. C'est de là que provient la dévotion à Sainte Geneviève, que l'on pratiquait auparavant dans l'ancien baptistère de l'Eglise de Paris, à Saint-Jean-le-Rond. Elle rassura les gens, leur disant qu'ils avaient la protection du Ciel. Elle prit soin des malades, nourrit les pauvres, et inspira partout confiance. "Dieu vous protégera", disait-elle, "il faut Lui faire confiance."

Cependant, à un moment, la crise fut à son paroxysme, et les gens paniquèrent, s'opposant même à elle, voulant la lapider et disant qu'elle était une fausse prophétesse qui voulait les mener à la destruction, et ils la menacèrent de la lapidation. Mais le bon évêque Germain ne l'avait pas oubliée, et bien qu'il était gisant à Ravenne, en Italie, il envoya son archidiacre Sedulius pour pacifier les gens. Sedulius persuada la foule en panique que Geneviève n'était pas une prophétesse de malheur, mais qu'il fallait écouter ses conseils et ne pas abandonner sa maison.

Nombre des habitants pourtant prirent peur et s'enfuirent en panique, mais Geneviève à nouveau rassembla les femmes autour d'elle, et les mena sur les remparts de la ville, où dans la lumière de l'aube naissante et en face des flèches des ennemis, elles prièrent Dieu pour la délivrance. Providentiellement, cette même nuit, les envahisseurs détournèrent leur route vers Orléans, et à nouveau, la ville fut sauvée lorsque Geneviève, qui était vénérée même par l'ennemi, fut acclamée comme salvatrice et héroïne de son peuple.

En 486, la bravoure de la sainte fut à nouveau de grand profit pour la ville de Paris. Clovis, roi Franc, avait tué Syragrius, le représentant de Rome à Soissons, mettant un terme à la gouvernance romaine sur les Gaules. Childéric, roi Franc, assiégea Paris, affamant ses habitants.

Une nuit, alors que la ville était encerclée et qu'il y avait une terrible famine, Geneviève prit un bateau qu'elle avait acheté, et descendit seule (mais plus probablement à la tête d'un groupe) la Seine, dans l'obscurité, jusqu'à Arcis-sur-Aube et Troyes. Elle se glissa silencieusement et secrètement derrière les lignes de l'ennemi, mettant pied à terre à l'aube, loin de la ville, et alla de village en village pour implorer de l'aide et rassembler de la nourriture, puis retourna à Paris - échappant à nouveau à la surveillance de l'ennemi - avec 11 bâteaux chargés de maïs. D'autres sources disent qu'elle commanda 11 barges pour aller chercher du blé en Champagne.

Lorsque le siège fut levé, Childéric, le conquérant toujours païen, par admiration pour son courage, lui envoya une ambassade, lui demandant ce qu'il pouvait faire pour elle. "Relâchez vos prisonniers", répondit-elle. "Leur seule faute a été qu'ils aient tant aimé leur ville." Et cela lui fut accordé.

A la mort de Childéric, Clovis lui succéda et consolida son contrôle sur les terres entre le Rhin et la Loire. Il épousa la fille ainée de Childéric, Clothilde, qui était Chrétienne Orthodoxe et tenta de convertir son mari, mais sans succès au départ. Clovis autorisa le Baptême de son premier fils, mais celui-ci mourrut. Le second fils fut baptisé, il se trouva vite à l'article de la mort, mais il recouvra la santé par les prières de Clothilde et de Rémi.

Pendant ce temps, Geneviève devint sa conseillère de confiance. Clovis dût livrer une terrible bataille, et promit d'être baptisé s'il gagnait. Il gagna, et sous l'influence de Geneviève, il se convertit en 496. Son peuple et ses serviteurs le suivirent. Comme Childéric, Clovis relâcha nombre de prisonniers à sa demande. Plus tard, cependant, des troubles éclatèrent en ville, et à nouveau elle fut menacée d'invasion.

Geneviève fut aussi à l'origine de l'intérêt pour nombre de gens à bâtir une église en l'honneur de saint Denis, qui sera par la suite rebâtie en monastère par le roi Dagobert, en 629. Geneviève fit de nombreux pélerinages avec d'autres jeunes vierges vers le tombeau de saint Martin, à Tours. Sa réputation de sainteté était si grande qu'elle parvint même à saint Siméon le Stylite : il lui demanda qu'elle se souvienne de lui dans ses prières.

A l'époque où elle allait mourrir, le roi Clovis en était arrivé à concevoir une grande vénération pour la sainte. C'est à la suggestion de Geneviève que Clovis entama la construction de l'église des saints Pierre et Paul au centre de Paris, où il fera enterrer son corps. Plus tard, l'église sera redédicacée à sainte Geneviève, et rebâtie en 1746.

Même après le Schisme, l'aval donné aux terribles hérésies vaticanes et la chute de la France hors de l'Église, lors des grandes crises nationales, nombre de Français se sont souvent tournés vers Geneviève pour avoir son aide. Mais en 1793, une majorité étant passés d'hérétiques à athées, le corps de sainte Geneviève fut arraché de son tombeau et publiquement brûlé place de Grève. A l'époque de la Révolution Française, l'antique bâtiment religieux fut sécularisé, et est à présent appelé "Panthéon", un lieu de sépulture pour les "célébrités" Françaises. Mais quelques unes de ses reliques purent être préservées, et plus tard replacées dans l'église de Saint-Etienne-du-Mont, où des foules les visitent chaque année.


sainte Geneviève protège les habitants de Lutèce
peinture au Panthéon, temple païen de la Paris déchristianisée

La plupart des informations concernant Geneviève proviennent de la Vie que l'on attribue à un contemporain; certains auteurs modernes discutent de son authenticité et de sa valeur. Le fait qu'elle aurait été bergère est une affirmation récente, et certains pensent qu'elle serait de famille aisée. Ce détail n'empêchant pas les parents d'avoir été de riches fermiers et de l'avoir mise au travail comme bergère. Et cela expliquerait d'ailleurs l'achat des 11 bâteaux pendant la famine. Geneviève fut une personne bien réelle et son nom est repris dans le Martyrologe Hiéronymien, qui est une continuation au 6ième siècle de celui "de saint Jérôme", ce qui rend son culte fort ancien, attesté peu après sa naissance au Ciel.

Dans l'art, on la représente en bergère, habituellement tenant une bougie - qu'un diable tente d'éteindre, pendant qu'un ange la garde. Ou avec un livre, ou une torche. Elle peut avoir une pièce accrochée au cou - celle que Germain lui donna. Parfois on peut la montrer en moniale avec un mouton à ses côtés, un diable à ses pieds avec un soufflet, une clé en main et une bougie dans l'autre. Ou redonnant la vue à sa mère, qui n'aimait pas qu'elle aille à l'église.
Elle est la sainte patronne de Paris, et invoquée contre les désastres, sécheresse et pluies excessives, et la fièvre.


Quelques "images pieuses"
(hétérodoxes, car il n'y a hélas qu'une seule Icône existante)


Séquence de sainte Geneviève
antique Liturgie romaine orthodoxe

Bénie fut la naissance de cette jeune vierge,
C'est ce dont le hiérarque Germain rendit témoignage,
Et la révélation qu'il en reçut en esprit
Par sa vie qu'elle mena, la vierge le confirma.

Il suspendit une piècette de bronze
Sur sa virginale poitrine,
Afin d'être un sceau de sa virginité,
Parce qu'on y voyait le signe de la Croix.

Divinement il dota Geneviève
En offrant les Dons,
Faisant d'elle le temple du Saint-Esprit,
Par une alliance conclue avec le Christ.

Ayant levé sa main sur l'innocente,
Sa mère est privée de la vue,
La vierge, compatissante face à la souffrance maternelle,
Lui rendit une vue immaculée.

Geneviève à la main généreuse
Soumettait son corps par les jeûnes
Et, arrosant la terre de ses larmes,
Elle se réjouissait dans un martyr continuel.

Sous la guidance de son céleste Maître,
Elle illumina tant les cieux que les abysses,
Et par la lutte de ses prières
Elle sauva son peuple face à une nation barbare.

De plus, Dieu donnant,
Elle soulagea la soif des ouvriers,
Et ramena guérit à sa mère effondrée
Son fils unique, handicapé par un accident.

A la première prière de cette vierge
Les démons tremblent tous de terreur;
La paix est accordée aux démoniaques,
L'espoir aux malades, le pardon aux coupables.

Les cierges se rallument en ses mains
Par la grâce du Ciel,
Par elle le cours de la rivière en crue
Rejoignit les limites de son lit.

Vivante après la mort, par ses justes prières
Elle transforme le saint feu en douce brise,
Elle qui avait d'abord conquit en elle-même
La flamme du bois de chauffage intérieur.

Elle commande à la mort, et aux démons,
Aux maladies et aux éléments,
Et ainsi par ses prières, Geneviève
Surpasse les lois de la Nature.

Elle accomplit pour les petits enfants
Les puissantes oeuvres de la force du Christ.
Pour d'aussi grands miracles, ayons pour le Christ
Une louange continuelle et glorifions-Le sans cesse!

Sequentia, 8ième siècle



A Zepperen, près de Tongeren, dans le Limbourg belge, une église lui est dédiée, Sint-Genovevakerk. Construite à partir du 12ème siècle. Couverte de fresques du début des années 1500, dont 11 retraçant la vie de sainte Geneviève.
voir cette belle page : http://www.impens.com/


pour pallier à la famine dûe à la guerre civile entre Francs et Gallo-Romains, elle dépense tous ses biens pour affrèter des bâteaux et part acheter du blé à Troyes-en-Champagne.
église de Zepperen, Limbourg belge


Tropaire de sainte Geneviève ton 1.
Tes larmes abondantes
ont arrosé et fécondé le désert des coeurs stériles,
tes prières et tes soupirs
ont produit du fruit au centuple.
Prie pour ta cité, o sainte Geneviève,
et pour ceux qui vénèrent avec amour ta sainte mémoire.

Kondakion de sainte Geneviève ton 2.
Pour l'amour du Seigneur, o sainte Geneviève,
tu as pris en haine le désir de repos,
ayant éclairé ton esprit par le jeûne,
car tu as vaincu les bêtes avec force.
Mais par tes prières tu as écrasé l'agitation des ennemis.

autre image hétérodoxe

Comparons à présent en plaçant Geneviève en contraste avec les protagonistes historiques de son époque, le roi Hun Attila II qui n'avait de cesse d'étendre son empire aux dépens de l'empire romain, agonisant en Occident et déjà fortement affaibli en Orient, les autres rois et empereurs, les généraux, et bien entendu les autres saints de son époque. Voyons les personnages, leur orientation spirituelle aussi, et l'impact qu'ils ont sur le cours des événements.

On pense à Rome et aux autres grandes villes impériales de l'époque avec notre regard moderne. Si on a un intérêt culturel, par exemple, on pensera à Virgile, et cela donnera une illusion de grandeur

Si on a une conception impérialiste, selon qu'on soit pro-byzantin ou pro-occidental, on concevra une admiration sans bornes et sans réflexion historique soit pour l'ancienne Rome, soit pour la nouvelle Rome – oubliant au passage que ce ne sont que des termes conciliaires ne recouvrant plus aucune existence réelle depuis des siècles.

Si on a une vision spirituelle, Orthodoxe, de l'Histoire, on regardera les faits pour ce qu'ils sont, et on cherchera à voir "la main de Dieu" dans le fil des événements, sans glorifier des systèmes politiques humains qui ne sont que passagers, contingentiels, que leur hiérarchie soit
Orthodoxe ou non.

Il est important pour nous de nous souvenir des circonstances de vie et de relation à Dieu quand nous regardons la vie d'une sainte ou d'un saint. Nous avons beaucoup à en apprendre. Nombreux pensent, lisant les vies de saints tirées hors de leurs contextes, que les saints seraient des sortes "d'extra-terrestres" que Dieu aurait dotés de qualités supérieures, ou que tout était ciel bleu là où ils vivaient. En vérité, l'ascèse Chrétienne Orthodoxe est la clé sans laquelle l'histoire de ces saints est impossible à comprendre. Ils étaient comme nous, ils ont vécu parfois dans des périodes bien pires que les nôtres. Mais ils ont tant aimé Dieu qu'ils ont tout donné pour Dieu. Et ont coopéré avec Dieu à un point au-delà des lois de la nature, ou plutôt, de ce que le rationalisme humain pense en connaître. Ils ont tout surpassé.

Revenons à Geneviève. Constantinople, la Nouvelle Rome comme ils aiment encore de nos jours à s'appeler, n'était cependant pas à la gloire quand les Huns s'y attaquèrent. Il lui faudra bien des manipulations et compromissions pour non pas vaincre le péril Hun, mais... lâchement le détourner sur un Occident dont on voulait être le chef, sans vouloir en assumer les conséquences, notamment en matière de protection militaire.



L'Ancienne Rome était un cloaque, un bouge immonde, un amas de lieux peu recommandables, où les Chrétiens Orthodoxes se faisaient de plus en plus rares. Ce n'est pas pour rien que saint Jérôme et ses disciples finirent par prendre le large, direction la Terre Sainte, alors qu'il était pourtant le "chouchou" de l'évêque et pape du lieu!
Depuis 17 avant Jésus-Christ, son statut même de capitale d'empire était très discutable, et le lieu réel de villégiature des empereurs en est, je pense, une preuve claire. L'empereur Auguste, en fondant en 17 avJC sa nouvelle ville "colonia Augusta Treverorum" sur l'emplacement de l'ancienne capitale de la tribu celtique belge des Trévires (la future et actuelle "Trêves", aujourd'hui en Allemagne), avait fait un choix de renouveler son siège hors de ce cloaque romain.




Car réformer Rome était déjà impossible, d'où sa nouvelle installation. Et elle sera devenue l'une des capitales réelles de la Tétrarchie à la fin du 3e siècle et siège d'un atelier monétaire impérial à partir de 294, étant même qualifiée de "Roma Secunda." C'est d'ailleurs là que Constantin-le-Grand régnera au départ, à la suite de son père (hééé oui, ils n'étaient pas Grecs..), avant d'aller s'installer plus au sud et au soleil, après avoir doté Trêves de fantastiques installations (dont sa basilique, toujours debout) et de fonder sa nouvelle ville de Constantinople.. loin des barbares préparant les invasions à venir, qui amassaient leurs tribus et troupes au delà du Rhin.. Car il n'est pas revenu à Rome, l'empereur Constantin...


Constantin et Fausta


A l'époque de Geneviève, nous sommes très loin de la fin des années 200, où les généraux romains luttaient avec succès contre les ennemis de l'empire simultanément en Afrique, Grande-Bretagne, Germanie, Perse et divers autres endroits d'Orient. Le 20 novembre 303, le duumvirat fit sa triomphale entrée à Rome, et ce sera la dernière fois que le monde aura vu les empereurs romains ainsi fêtés.

Alors à Rome, que trouvait-on encore de relatif à "l'empire romain?" Le Sénat. Il y demeurait, mais était resté païen, attaché à toutes les horreurs du vieux culte. A l'époque d'Attila, ce Sénat n'avait cependant plus de dieu vivant vers qui se tourner, puisque depuis Théodose le Grand, l'empereur avait renoncé à son titre de "pontifex maximus," grand pontife du culte païen en vigueur depuis Auguste, et "dieu vivant" en vigueur depuis Dioclétien (303). Il n'y avait donc plus que des statues mortes. Et une population et des élites où l'Orthodoxie n'était plus la majorité (pas plus qu'à Constantinople ou Alexandrie), et où tout ce qui était mauvais dans l'empire trouvait son chemin.

[suite en travaux]


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